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1647 - La rencontre Pascal-Descartes
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Cette rencontre de Pascal ( 24 ans) avec Descartes (51 ans) , le 24 septembre 1647, a lieu à Paris au domicile de Claude Carcavi, ami d'Etienne Pascal et secrétaire du Roi, situé près du cloître Saint-Germain-l’Auxerrois. Carcavi recevait souvent les savants et tenait un salon scientifique informel, à la manière d’un petit « laboratoire de la pensée ».
Les discussions ont principalement porté sur la nature du vide et la pression atmosphérique. Pascal soutient l'existence d'un espace absolument vide, une idée basée sur ses expériences. Descartes, en revanche, nie le vide, affirmant qu'un lieu ne peut exister sans substance et que l'étendue implique nécessairement la matière, une vision plus conforme, selon lui et Mersenne, à l'ordre divin des choses.
Au-delà de cette question scientifique, l'échange met en lumière des divergences fondamentales sur la méthode et la philosophie.
Pascal excelle dans l'expérience ingénieuse, que Descartes nomme « prestidigitation expérimentale » et à laquelle il oppose la « rigueur déductive ».
Descartes, lui, poursuit la certitude par l'enchaînement irréfragable des idées claires et distinctes, cherchant à bâtir un édifice du savoir où rien n'est admis sans démonstration. Son approche vise à fonder la connaissance sur la raison autonome, y compris l'existence de Dieu par des preuves rationnelles.
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Au cours de cet échange ( selon les sources du film de Rosselini) :
Descartes se présente comme "un homme qui marche seul et dans les ténèbres", résolu à avancer lentement et avec circonspection, n'acceptant rien pour vrai sans évidence. Il a quitté l'étude des lettres pour chercher la science en lui-même ou dans "le grand livre du monde". Sa méthode consiste à conduire ses pensées par ordre, en commençant par les objets les plus simples pour monter par degrés à la connaissance des plus complexes, utilisant comme modèle les "longues chaînes de raisons toutes simples et faciles dont les géomètres ont coutume de se servir". Il cherche une certitude rationnelle absolue et à corriger les erreurs des sens. Pour Descartes, la conscience est le point de départ indubitable de toute connaissance et la caractéristique essentielle de l'être humain, se manifestant à travers la pensée sous toutes ses formes. La conscience est le fondement du "Je pense, donc je suis" et le siège du sujet autonome, rationnel et capable de maîtriser le monde par la raison.
Pascal exprime que la méthode de Descartes l'avait "bouleversé", mais il a l'impression d'avoir pris "un chemin contraire". Il remet en question le fondement de la seule raison, qu'il estime "très peu assurée de la place qu'elle occupe dans le monde", située difficilement "entre l'infiniment petit et l'infiniment grand" et "déçue par l'inconstance des apparences, incertaine quant à ses limites". Pascal soutient que ce n'est pas la raison, mais le cœur qui révèle des vérités fondamentales ("Le cœur a ses raisons que la raison ne connaît point"), atteintes par "intuition brutale et rupture" plutôt que par continuité de raisonnement. Il insiste sur l'idée que l'univers est infini et le restera, tandis que les connaissances humaines "ne cesseront jamais d'être finies, illimitées". Il critique l'esprit géométrique comme incapable de saisir la diversité du monde et suggère de "partir des objets composés pour descendre jusqu'au plus simple". Pour Pascal, il doit y avoir "une infinité de méthodes que Dieu seul peut connaître" pour rendre compte de l'infini. La conscience humaine est indissociable de la condition humaine, à la fois grande et misérable, et témoin de la "misère de l'homme" face à l'infini.
Sur, la question de Dieu :
Pour Descartes, Dieu est un garant de la science et de la connaissance, dont l'existence peut être prouvée par la logique. Il est d'un intérêt théorique, servant de pont entre la connaissance de soi et la connaissance du monde. Descartes réduit la raison à la "raison scientifique", impersonnelle, et séparait la foi et la raison. Son Dieu est un "horloger" qui – selon Pascal - après avoir donné une "chiquenaude" pour mettre le monde en mouvement, Descartes n'a plus que faire de lui : une forme d'orgueil rationnel qui expulse la foi.
Pascal critique les preuves cartésiennes de l'existence de Dieu comme "ridicules" et "inutiles et incertaines". Il cherche le "Dieu d'Abraham, d'Isaac et de Jacob'', un "feu", un Dieu vivant, personnel, accessible par le cœur et la foi. Pour Pascal, Dieu est souverain et "nous laisse comprendre s'il veut". La foi, l'espérance et la charité sont, pour Pascal, les réponses essentielles aux questions de l'épistémologie, de l'anthropologie et de l'éthique.
Descartes a reconnu la "brillance" des objections de Pascal, affirmant les avoir déjà eues en tête mais les avoir "repoussées". Il a conclu poliment mais de manière quelque peu condescendante en suggérant que "la véritable finesse est celle de ne point vouloir user de finesse".
La rencontre fut tendue et les deux hommes divergèrent manifestement sur des points fondamentaux.
Il me semble que cette rencontre fut un miroir des tensions de l'époque, marquant une rupture radicale avec la scolastique médiévale (incarnée par Thomas d'Aquin) et l'affirmation du rationalisme moderne dont Descartes fut le père. Pascal, quant à lui, incarnait une autre voie, héritier d'une tradition augustinienne, mettant en garde contre l'orgueil de la raison et soulignant ses limites face aux questions ultimes de la condition humaine et de la foi.
Ce débat a préfiguré nos discussions contemporaines sur les limites de la raison, la primauté de l'expérience, le rôle de la foi face à la science, et la définition de la conscience et de la singularité humaine. Je ressens que la pensée de Pascal, résonne avec les défis posés par l'Intelligence Artificielle. En effet, l'IA, en tant qu'aboutissement de la logique cartésienne de la machine pensante, confronte paradoxalement l'humanité aux questions pascaliennes sur ce qui fait son essence au-delà de la raison pure.
Le XVIIe siècle pour penser le XXIe s.
Pourquoi ce retour vers le XVIIe siècle ?
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Par l’opportunité de l'histoire de notre lignée, et ma rencontre avec Léonard de la Breuille ; je retrouve Pascal et Descartes, en interlocuteurs de mes questions sur la singularité humaine face à l’Intelligence Artificielle... !
L’histoire de la pensée occidentale peut être lue comme une succession de ruptures et de réappropriations, où les paradigmes anciens sont remis en question pour ouvrir de nouvelles voies. Deux grandes périodes illustrent particulièrement ce mouvement : la transition de la scolastique médiévale au rationalisme moderne au XVIIe siècle, puis le passage du matérialisme dominant des XIXe-XXe siècles à une recherche actuelle de paradigmes renouvelés
La scolastique médiévale, incarnée par Thomas d’Aquin, avait élaboré une synthèse puissante entre la foi chrétienne et la philosophie aristotélicienne. Son ambition était d’intégrer la raison et la révélation dans un système cohérent, où l’homme trouve sa place dans un cosmos ordonné par Dieu.
Or, le XVIIᵉ siècle marque une rupture radicale avec ce modèle. Descartes, souvent présenté comme le père du rationalisme moderne, refuse l’arbitrage scolastique qui mêlait foi et raison sans les différencier clairement. Sa méthode privilégie un doute systématique, une raison autonome, capable d’établir des vérités universelles indépendamment des autorités anciennes ou des dogmes. Ce tournant rationaliste conduit à fonder les sciences sur des principes mathématiques et mécaniques, ouvrant la voie à la modernité scientifique.
Toutefois, ce rationalisme n’est pas sans critiques internes. Blaise Pascal, tout en étant contemporain de Descartes, incarne une autre voie. Héritier d’une tradition plus augustinienne et sceptique, il met en garde contre l’orgueil de la raison humaine, soulignant que la connaissance rationnelle ne saurait épuiser la condition humaine ni répondre à ses questions ultimes. Pascal incarne ainsi une tension essentielle : la raison, oui, mais aussi la reconnaissance des limites de la raison, et la nécessité de la foi.
Ainsi, la scolastique n’est pas simplement abandonnée, elle se réinvente dans ces débats, où elle anticipe une dualité durable entre raison autonome et pensée du mystère, qui continue de structurer la philosophie moderne.
Au cours des XIXe et XXe siècles, la pensée dominante, notamment dans les sciences, a largement évolué vers un matérialisme scientifique. Le monde est alors conçu comme une totalité explicable par la matière, la physique, la chimie et la biologie. Cette vision a permis des avancées technologiques spectaculaires, mais a aussi contribué à réduire l’humain à un simple mécanisme biologique et neurologique.
Or, aujourd’hui, face à la montée en puissance de l’intelligence artificielle, des neurosciences et des biotechnologies, ce paradigme matérialiste est remis en question. Le défi majeur est de définir ce qui fait l’essence propre de l’humain, ce qui dépasse une pure machine ou un programme.
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Aux questions que le XVIIᵉ s. se pose :
* Quel est le statut de l’esprit et de la matière ? Peut-on fonder la connaissance sur la raison seule, ou faut-il intégrer la foi ?
Comment expliquer le monde physique ? Par des lois mécaniques universelles, ou y a-t-il une part d’inconnu et de mystère ?
Qu’est-ce que l’intelligence humaine ? Peut-on réduire l’homme à une machine ?
Font écho, celles d'aujourd'hui :
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* La conscience et l’esprit peuvent-ils être entièrement expliqués par les processus physiques du cerveau ? Quelle est la nature réelle de la conscience ?
Le monde est-il fondamentalement déterminé ou probabiliste ? Quel est le rôle de l’observateur dans la réalité ?
Peut-on créer une intelligence artificielle qui soit véritablement consciente, capable de créativité et d’émotions ? Quelle place pour l’humain dans un monde partagé avec des machines intelligentes ?
Comment je situe Descartes et Pascal, sur les sujets de ces questions?
- Je positionne Descartes comme le fer de lance de la "modernité". Sa philosophie, centrée sur le « Je pense, donc je suis » (Cogito, ergo sum), a inauguré une ère de rationalisme, de subjectivité autonome et de séparation radicale entre l'esprit (res cogitans) et le corps (res extensa). Le ''Je pense'' précédant le ''Je suis'', valorise mon existence par moi-même, avant de reconnaître le don que Dieu me fait.
Descartes a jeté les bases de la science moderne en prônant une approche déductive et mathématique du monde. Sa vision de l'univers comme une vaste machine, où les corps sont régis par des lois mécaniques, a puissamment influencé le développement du matérialisme scientifique. L'idée que tout est réductible à des interactions physiques est une conséquence directe de cette pensée.
Le projet cartésien visait également à rendre l'homme « maître et possesseur de la nature » par la connaissance et la technique, annonçant l'ère industrielle et l'exploitation des ressources naturelles.
Bien que son doute vise à fonder la certitude, il ouvre aussi la voie à une remise en question systématique qui, poussée à l'extrême, peut mener à une vision désenchantée du monde...
- Pascal, contemporain de Descartes, n'est pas un anti-rationaliste, mais il souligne avec force les limites de la seule raison pour appréhender la totalité de l'existence humaine. Sa fameuse phrase « Le cœur a ses raisons que la raison ne connaît point » est emblématique de cette perspective.
Pascal met en lumière la « misère de l'homme sans Dieu », sa finitude, sa contingence, son angoisse face à l'infini des espaces et des temps. Cette conscience aiguë de la fragilité et de l'absurdité de l'existence, en l'absence de sens transcendant, résonne en moi.
Pascal ne nie pas la réalité matérielle, mais il insiste sur l'importance de la "pensée", de la spiritualité et de la quête de sens.
Le fameux "Pari" s'adresse à l'athée qui professe la rationalité. Pourtant, semble t-il, la raison seule est insuffisante pour faire le bon choix, l'athée n'est pas rationnel ! L'individu doit faire un choix existentiel face à l'incertitude métaphysique.
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- Si je m'interroge à propos de l'Intelligence Artificielle et de la Place de l'Humain dans le Cosmos :
Je me demande si l'IA n'est pas une émanation de la rationalité cartésienne poussée à son paroxysme : elle est la machine pensante ultime, capable de calculs, d'analyses et de prises de décision qui surpassent souvent nos capacités humaines. Elle incarne le rêve cartésien de la maîtrise par la connaissance.
Mais paradoxalement, l'IA nous confronte aussi à une crise postmoderne. Si une machine peut "simuler la pensée", créer, composer, diagnostiquer, voire interagir en simulant des émotions, qu'est-ce qui nous rend uniques ?
Cela remet en question la centralité de la conscience humaine telle que nous l'avons toujours conçue, et peut générer une angoisse pascalienne face à notre "place" désormais plus incertaine.
L'IA nous force à nous demander ce qui fait notre "juste place dans le Cosmos", ( et dans la Nature). Est-ce notre capacité à la créativité non algorithmique ? À l'empathie ? À la conscience de soi et de notre finitude ? À la quête de sens et de transcendance ?
Pour l'instant, l'IA excelle dans la manipulation de données ( trier, organiser, calculer ..) et la reconnaissance de patterns ( identifier des régularités, prédire, repérer...) mais elle ne possède ni conscience (au sens subjectif), ni émotions, ni capacité à formuler des questions existentielles, ni à souffrir, ni à aimer. C'est peut-être là que réside notre "juste place" : dans ce qui échappe à la mécanisation et à l'algorithme.
Comme Pascal, l'IA nous ramène à une certaine humilité. Si nous pouvons créer des intelligences qui nous dépassent sur certains aspects, cela souligne d'autant plus l'immensité du savoir et des possibles qui nous échappent. La "juste place" pourrait être celle d'un être capable de créer, d'explorer, de questionner, mais aussi de reconnaître ses limites et d'être ouvert à la transcendance (qu'elle soit spirituelle ou simplement la complexité inatteignable de l'univers).
L'IA peut nous pousser au-delà d'une vision purement matérialiste de l'existence. Si la "pensée simulée" ou des formes d'intelligence peuvent émerger de systèmes complexes (qu'ils soient biologiques ou artificiels), cela ouvre la porte à des questions sur la nature de la conscience, de l'information, et des structures qui sous-tendent la réalité, qui vont au-delà de la simple matière.
La Phénoménologie - 2
La phénoménologie, est une attitude philosophique qui peut prendre plusieurs visages. Elle reste vivante et laisse sur le côté, le structuralisme et même l'existentialisme, même si certains auteurs en viennent, comme Maurice Merleau-Ponty mort trop tôt ( en 1961) mais qui reste dans la mémoire des jeunes philosophes qu'il a inspirés.
On retient sa brouille avec Sartre, qui n'acceptait pas sa critique de l'URSS à propos de son impérialisme... Certains, comme Jean-Toussaint Desanti (1914-2002), ont tenté une convergence entre marxisme et phénoménologie.
Lancelot et Elaine citent encore, les derniers Merleau-Ponty ( 1908-1961) (Le Visible et l’invisible, 1964 ; L’œil et l’esprit, 1961), - Paul Ricoeur ( 1913-2005) avec Philosophie de la volonté II, t. 2, La Symbolique du mal, 1960 ; De l’interprétation. Essai sur Freud, 1965), - Michel Henry ( 1922-2002) (L’Essence de la manifestation, 1963) et Emmanuel Lévinas ( 1905-1995) (Totalité et infini, 1961).
Pour tenter de comprendre la méthode phénoménologique, je propose de procéder par la spirale, en effet il est nécessaire de tourner autour pour tenter l'approche..
Réalisons d'où nous partons :
Descartes fonde son raisonnement par l'attitude du doute, ''je doute de tout !'' Le monde ne serait-il qu'un songe, ou la suggestion d'un génie ; dans ce cas, que resterait-il ? Il resterait 'moi'' qui doute. '' Je pense, je suis...
Cette expérience est reprise par Husserl, comme l'évidence de l'expérience vécue, à partir de là on doit tout pouvoir reconstruire... Une fois que nous avons porté notre attention à cette expérience présente, d'être là face au monde. On peut tenter de le décrire de façon très fine. Husserl propose de décrire non pas les choses qui sont censés nous entourer, mais ce que l'on vit des choses
Avec Descartes, si le monde est à distance,.il est naturel à l'homme de vouloir se « rendre comme maîtres et possesseurs de la nature ».
Nous partons d'un dualisme, c'est à dire que la chose est telle qu'elle m’apparaît, elle est pensé comme objet.
Husserl nomme l'objet : ''phénomène''. La chose qui m'est donnée, comme objet, que mes sens situent hors de moi , possède un ''en-soi'' dont je ne sais rien. Je ne connais que son phénomène, sa représentation que m'en donne les sens.
Avec Husserl et la phénoménologie, il s'agit de supprimer la distinction entre ''phénomène'' et ''chose en-soi''
A l'opposé de Descartes, le cogito du phénoménologue est un « être au monde ». Il appartient au monde et doit apprendre à voir le monde.
Un « phénomène » c’est, d’après le grec, « ce qui apparaît ».
On nous dit que ce qui compte, ce n’est pas le paraître, mais l’être. Pourtant le philosophe nous dit : c’est l’apparaître qui compte ; il n’est pas simple apparence, il est l’être vrai. En effet, il ne s’agit pas exactement de ce qui apparaît, il s’agit plus exactement de l’apparaître comme tel, de la manière dont le phénomène apparaît, de la manière dont il se montre, se révèle, se manifeste, de la manière dont il se donne à voir.
Comment cela peut-il se faire ? Comment l'objet pourra ne pas être déformé par les idées, les préjugés, les désirs... ? Comment pourra t-il apparaître dans la vérité ( de son être, si on peut le dire ainsi...) ?
Le phénomène serait l’être même de l’apparaître, et non l’objet.