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Les légendes du Graal

Maurice Clavel - 1

6 Septembre 2025 , Rédigé par Régis Vétillard Publié dans #Foi, #Christianisme

Je me souviens de m'être intéressé à Maurice Clavel ( 1920-1979), quand, lors d'une émission de télévision ( A armes égales), il avait quitté solennellement le plateau en déclarant: « Messieurs les censeurs, bonsoir! » alors qu'il constatait que son film de présentation avait été coupé.

« Messieurs les censeurs, bonsoir  », s’écrie Maurice Clavel, le 13 décembre 1971, dans l’émission « À armes égales »

 

Lancelot, qui le connaissait un peu, me parle de lui. Clavel, à vingt ans, avait fait partie de ce groupe ( finalement assez nombreux) de personnes qui avaient rejoint les Compagnons de France et les camps des écoles de la jeunesse Pétainiste qui devaient redresser la France.

Clavel a suivi le monarchiste Pierre Boutang – qu'il a connu à Normal Sup' -, au secrétariat à l'Instruction publique à Vichy. Tous deux vont s'éloigner de l’administration de Vichy et désapprouver l’esprit de collaboration. Fin 41, Boutang obtient un poste de professeur de philosophie au Maroc. Et Clavel en juin 42 rejoint la Résistance sous le pseudonyme de "Sinclair". Lancelot pense que ce choix, est lié à une conversation qu'ils avaient eue ensemble, sur le clan écossais ''Sinclair''.

Après le débarquement allié en Afrique du Nord, Boutang rallie Giraud ( concurrent de De Gaulle, devant les alliés) et devient chef de cabinet du secrétaire à l'Intérieur dans le gouvernement formé par celui-ci à Alger. Clavel, dans la Résistance rédige des bulletins clandestins.

Maurice Clavel, alias Sinclair, et Silvia Monfort, à Chassant, en 1944

Lancelot évoque l'histoire d'amour entre Maurice Clavel, et la comédienne Sylvia Monfort (1923-1991). En 1943, Sylvia débute au Cinéma, sous la direction de Robert Bresson pour un rôle dans Les Anges du Péché. Elle est mariée. Dans le cadre du journal clandestin Combat ; elle découvre l’univers de la Résistance intellectuelle et rencontre Maurice Clavel : « Quand on rencontre un si beau jeune homme, comment résister ? J’étais amoureuse ! ». Coup de foudre, passion romanesque... Les deux amants s’enfuient...

Maurice Clavel – dit ''Sinclair '' devient chef départemental de la Résistance en Eure-et-Loir, avec sa compagne, ils partent avec une carte Michelin, cinq mille francs et un paquet de Lucky Strike: on s’inquiète pour eux... « Clavel avait des pantalons effilochés, Sylvia Montfort était vêtue d’un tapis et d’une jupette, avec des sandales grecques à lanière. Tout cela était très sympathique et très voyant ». Téméraires, les jeunes gens, hébergés de ferme en ferme, ne peuvent passer inaperçus. Ensuite, ils créent un refuge dédié aux aviateurs tombés sous les feux allemands. 

Clavel et Montfort accueillent De Gaulle à Chartres le 23 août 44 lors de son discours devant la grande poste. Ils se marient, et Clavel écrit à l'intention de son épouse, sa première pièce : ''Les Incendiaires'', une magnifique et dramatique histoire d’amour se passant sous la Résistance, montée au Théâtre des Noctambules, en avril 1946.

Maurice Clavel, dans ces années d’après-guerre, est sollicité par le Parti Communiste - considéré comme le premier parti de France –, il se refuse d’y adhérer. Il est alors accusé par le PCF « d’être la voix de Goebbels ».

En 47, Clavel adhère au RPF, fondé par De Gaulle. Il écrit pour le théâtre, publie un roman, sans succès, il fait du journalisme.

1965 marque une rupture dans son évolution politique et philosophique. Il retrouve la Foi et s'éloigne de ses engagements politiques.

Les événements de Mai 68 l’entraînent à radicaliser ses engagements. Il perçoit les événements de mai comme le "soulèvement de vie" d’une jeunesse lasse de la société de consommation, il partage cette agitation révolutionnaire. Il fréquente alors les milieux maoïstes dont il soutient l’action médiatique en fondant le 18 juin 1971 l’Agence de presse Libération avec Sartre. « Une agence pour ceux qui veulent tout dire et tout savoir. »

 

En 1972, il obtient le prix Médicis pour son roman Le Tiers des étoiles.

Persuadé que la volonté de Dieu est perceptible au sein de l’Histoire humaine, sa réflexion dépasse toutefois largement cette question pour s’inscrire dans une opposition philosophique à Marx, Heidegger et Kant.

- J'ai lu les deux derniers livres de Clavel: ''Ce que je crois'' et ''Dieu est Dieu, nom de Dieu''. Et j'ai été très touché par son témoignage.

Il lui a fallu traverser la maladie, la tentation du suicide, la cure de sommeil, les neuroleptiques jusqu'à la folie, pour que Dieu le terrasse: relevé, la grâce l'avait transformé.

Clavel parle du marxisme, et relève une contradiction dans les termes de '' matérialisme dialectique'' «  Pour Hegel, dit-il, l'être est Esprit, et seul capable de dépassement et de progrès, ce qui n'est pas le cas pour la matière incapable '' d'auto-transcendance ». Le marxisme est « le premier avènement de la barbarie en métaphysique. » Il professe que de nouvelles classes antagonistes, existeront après les classes capitaliste et prolétarienne. Le prolétariat ne connaîtra pas le triomphe définitif promis...

Le nihilisme du marxisme, donne naissance à une société où tous sont flics et bourreaux de tous les autres. Bien sûr, Clavel affirme l'incompatibilité du marxisme et du christianisme. L'athéisme est un élément fondamental du marxisme.

Les chrétiens marxistes, dit-il, découvrent Marx quand le marxisme est mort, et le prolo devenu un bourgeois.

Lancelot le rejoint sur le marxisme; mais il ne partage pas le développement de Clavel sur les rapports de la raison et de la foi. Certes Kant a « limité le savoir pour faire place à la foi. », et considère que la métaphysique, qui vise l'être, est impossible. Mais Clavel, de plus, lui reproche par « ses ridicules postulats de la raison pratique » d' « enfermer la religion dans les limites de la raison. ». Clavel se défie de la raison, et en matière religieuse devient ''fidéiste''. Pour lui la Foi est contraire à toute pensée humaine, même religieuse. Dieu s'est révélé à l'homme, « parce qu'il lui est naturellement et intellectuellement inconnaissable. ».

La raison ne peut rien dire sur Dieu, la foi ne doit rien à la raison, la pensée doit se garder de philosopher à son sujet... etc...

 

Lancelot m'assure, qu'avec l'Eglise, nous pouvons reconnaître l'aptitude fondamentale de l'esprit humain à chercher Dieu et à l'atteindre de quelque manière. Si Dieu s'est révélé, il faut certes commencer par ''croire''; mais une foi, sans critère, sans justification d'aucun ordre, cette foi absurde peut être le jouet de nos fantaisies, de nos intérêts, de toute emprise...

L'humain, à l'image du divin, est doué de volonté et de liberté. Il n'est pas un pantin entre les mains de Dieu. Il est responsable de sa propre destinée, et , en partie, du monde. Blondel, Gabriel Marcel ou Maritain – ou Whitehead... - sont à la fois chrétiens et philosophes.

- Ne peut-on pas dire, avec Saint-Paul, que la foi en Christ est folie ?

Ce sont les grecs qui le lui disent... Il est vrai que le christianisme dépasse infiniment ce que la raison peut connaître de Dieu, mais il ne la nie pas pour autant. J'ose penser que la raison puisse d'elle-même connaître que Dieu existe, et quels rapports le monde ( avec l'homme) entretient avec Lui. Saint-Paul juge les païens coupables de n'avoir pas su, avec leur raison naturelle, découvrir Dieu à travers sas œuvres.

Clavel s'imagine faire de « l'antiphilosophie »; mais n'est-ce pas encore de la philosophie?

La philosophie ne commence pas à Kant... parles-en à Elaine !; de même que la France ne commence pas en 1789...

 

- J'ai relevé, une phrase de Clavel, qui me plaît: « Dans l'ensemble j'appelle - ' l'Homme ' celui que le Christ a fait, - ' l'homme ' celui qui a voulu et cru se faire lui-même ».

Je pense me répond Lancelot, que nous sommes - de par notre nature qui est raison et liberté - « capables de Dieu ». L'homme n'est pas une marionnette dont Dieu tirerait les ficelles. Il n'est pas un jouet entre les mains de Dieu.

Clavel écrit que « la pensée de notre temps est un bourbier, un magma, une « mixture freudo-marxisto-husserlo-sartro-heideggeriano-logistico-structuraliste ». Il écrit également que « stigmatiser la '' société de consommation '' relève d'une analyse superficielle, car ce type de société est lui-même le produit de notre nature et de notre raison. »

Clavel, rêve à la Révolution chrétienne, une sorte de mai 68, qui serait une Pentecôte de l'Esprit.

Clavel aime se dire « le plus incrédule des croyants », sceptique en toutes choses, hormis la foi. Rien ne le sépare de l'athée, sinon « l'abîme de la foi. ». il ne dit pas « j'ai la foi. », mais « la foi m'a. »

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