christianisme
Nicodème : Un Maître Spirituel Pharisien en Quête de Vérité
Nicodème est une figure composite, issue à la fois des Évangiles canoniques et d'une riche tradition apocryphe et littéraire. Il incarne le cheminement complexe de la foi, le dialogue entre la raison et le mystère, et la transformation progressive de la discrétion à l'engagement public.
Nicodème, tel que dépeint dans l'Évangile de Jean et interprété par diverses traditions, est bien plus qu'un simple disciple hésitant. Il émerge comme une figure éminente du judaïsme de son temps, un maître spirituel imprégné de la sagesse pharisienne, dont le parcours reflète les tensions et les profondes interrogations intellectuelles et existentielles face à l'avènement de Jésus.
Un homme de Rang et de Savoir, Nicodème est d'abord défini par son statut social et religieux élevé. Il est un pharisien, un membre du Sanhédrin ( le conseil dirigeant juif ) et un docteur de la Loi (ou « maître d'Israël »). Ce titre n'est pas anodin ; il signifie qu'il est un érudit, très compétent en matière de théologie et reconnu pour sa sagesse. Son nom grec, Nikódēmos (victoire du peuple), bien que d'origine étrangère, n'est pas rare parmi les Juifs de l'élite hellénisée. Certains érudits ont même suggéré une identification avec Nicodème ben Gourion, un homme riche et pieux du 1ᵉʳ siècle mentionné dans le Talmud, renforçant l'idée de son statut distingué et de sa sainteté. Cette position lui confère une autorité juridique et religieuse.
En tant que pharisien, Nicodème adhère scrupuleusement à la Torah écrite et orale, croyant que le salut s'obtient par une observation rigoureuse de la loi et des traditions. Sa formation impliquait la prière, l'étude assidue de la Torah, les rituels de pureté, et une profonde attente messianique. Il est, par excellence, un représentant de la piété personnelle et de l'interprétation des Écritures, des caractéristiques majeures du judaïsme pharisien.
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La fameuse rencontre nocturne avec Jésus (Jean 3,1-21) le présente comme un chercheur sincère, venu "de nuit", non seulement par prudence vis-à-vis de ses pairs, mais aussi par une recherche spirituelle intime, une quête de lumière face à son incompréhension. Lorsqu'il déclare : « Rabbi, nous savons que tu es un docteur venu de la part de Dieu ; car personne ne peut faire ces miracles que tu fais, si Dieu n’est avec lui », il exprime une reconnaissance intellectuelle, mais Jésus le conduit au-delà de cette admiration basée sur les signes.
Sa question réitérée : « Comment un homme peut-il naître quand il est vieux ? Peut-il une seconde fois entrer dans le sein de sa mère et naître ? » est souvent jugée naïve lors d'une lecture rapide. Ironiquement, ses questions ont aussi donné naissance au mot « nigaud » !
Heureusement, de nombreux exégètes modernes réhabilitent cette figure. Ils y voient non pas de l'ignorance, mais un procédé littéraire johannique où le malentendu permet à Jésus d'approfondir son enseignement. Nicodème, en bon maître, force Jésus à préciser son propos. En effet, nous connaissons notre impossibilité humaine de se recréer soi-même et la difficulté universelle de la renaissance spirituelle sans l'action de Dieu.
La nécessité, et la difficulté, de "naître de nouveau" (ou d'en haut, anōthen) sont au cœur de la pensée mystique de Simone Weil. C'est-à-dire, le processus par lequel le "moi" doit mourir ou se dissoudre pour laisser place à la grâce divine, et qu'elle nomme ''décréation''.
Pourtant, les pharisiens, répondaient: Oui, une renaissance spirituelle est possible : la téshouva ( repentir) est une voie de renaissance, elle efface les fautes et « recrée » l’homme ; et pas seulement par des rites ; mais par la fidélité à la Torah (par l’étude et la pratique des commandements) et la prière. La téshouva est demandée comme un don divin.
Alors quoi de nouveau ? Le judaïsme pharisien liait le retour à Dieu à l’alliance d’Israël et à la pratique de la Torah. Jésus annonce une renaissance accessible à tous, juifs et non-juifs, par l’Esprit.
Jésus annonce que cette renaissance commence dès maintenant, par la rencontre avec lui et par l’action de l’Esprit. Dans le judaïsme, la grande transformation spirituelle était souvent espérée pour la fin des temps (nouvelle alliance d’Ézéchiel, Jérémie, résurrection des morts).
La question de Nicodème révèle une pensée rigoureuse, peut-être trop cadrée, que Jésus cherche à ouvrir à une autre logique, celle de l'Esprit. Nicodème incarne ainsi l'intellectuel qui, malgré son savoir, doit faire face à un mystère qui dépasse l'entendement humain.
Le rôle de Nicodème ne se limite pas à cette première confrontation intellectuelle. Sa réapparition en Jean ( 7, 50-52), alors qu'il intervient publiquement pour défendre Jésus au sein du Sanhédrin, montre une progression notable. Sa question : « Notre loi condamnerait-elle un homme sans qu'il ait été entendu et sans qu'on sache ce qu’il a fait ? » est une défense timide mais courageuse, ancrée dans les principes de justice de la Loi juive. Elle témoigne de son intégrité et de sa fidélité à la justice, même quand elle va à l'encontre des préjugés de ses pairs.
Enfin, sa participation à l'ensevelissement de Jésus avec Joseph d'Arimathie (Jean 19,38-42) marque l'aboutissement de son parcours. Apportant cent livres (environ 30 à 33 kg) de myrrhe et d'aloès, un geste coûteux et digne de funérailles royales, il s'engage publiquement et sans crainte, rompant avec la discrétion de sa première visite. Cet engagement, même s'il est post-mortem, est une déclaration audacieuse, une manifestation de son amour et de sa dévotion au Christ. Il montre que ce maître pharisien, si attaché aux textes, a finalement dépassé ses résistances intellectuelles pour un engagement personnel et total.
En somme, Nicodème incarne le maître pharisien sincère et exigeant, enraciné dans le savoir et la Loi, mais dont la quête spirituelle le conduit à interroger les limites de sa propre compréhension. Il est une figure de transition entre un judaïsme légaliste et la nouveauté du Christ, montrant que même les esprits les plus brillants et les plus pieux peuvent être appelés à une renaissance radicale de leur être, un passage de l'ombre à la lumière, de la raison seule à la foi incarnée. Sa sagesse réside dans sa capacité à continuer de chercher, à poser des questions, et finalement à s'ouvrir à une vérité qui dépasse ses catégories initiales, faisant de lui un modèle pour tout chercheur spirituel.
A suivre.
Maurice Clavel - 1
Je me souviens de m'être intéressé à Maurice Clavel ( 1920-1979), quand, lors d'une émission de télévision ( A armes égales), il avait quitté solennellement le plateau en déclarant: « Messieurs les censeurs, bonsoir! » alors qu'il constatait que son film de présentation avait été coupé.
![]() « Messieurs les censeurs, bonsoir », s’écrie Maurice Clavel, le 13 décembre 1971, dans l’émission « À armes égales » |
Lancelot, qui le connaissait un peu, me parle de lui. Clavel, à vingt ans, avait fait partie de ce groupe ( finalement assez nombreux) de personnes qui avaient rejoint les Compagnons de France et les camps des écoles de la jeunesse Pétainiste qui devaient redresser la France.
Clavel a suivi le monarchiste Pierre Boutang – qu'il a connu à Normal Sup' -, au secrétariat à l'Instruction publique à Vichy. Tous deux vont s'éloigner de l’administration de Vichy et désapprouver l’esprit de collaboration. Fin 41, Boutang obtient un poste de professeur de philosophie au Maroc. Et Clavel en juin 42 rejoint la Résistance sous le pseudonyme de "Sinclair". Lancelot pense que ce choix, est lié à une conversation qu'ils avaient eue ensemble, sur le clan écossais ''Sinclair''.
Après le débarquement allié en Afrique du Nord, Boutang rallie Giraud ( concurrent de De Gaulle, devant les alliés) et devient chef de cabinet du secrétaire à l'Intérieur dans le gouvernement formé par celui-ci à Alger. Clavel, dans la Résistance rédige des bulletins clandestins.
![]() Maurice Clavel, alias Sinclair, et Silvia Monfort, à Chassant, en 1944 |
Lancelot évoque l'histoire d'amour entre Maurice Clavel, et la comédienne Sylvia Monfort (1923-1991). En 1943, Sylvia débute au Cinéma, sous la direction de Robert Bresson pour un rôle dans Les Anges du Péché. Elle est mariée. Dans le cadre du journal clandestin Combat ; elle découvre l’univers de la Résistance intellectuelle et rencontre Maurice Clavel : « Quand on rencontre un si beau jeune homme, comment résister ? J’étais amoureuse ! ». Coup de foudre, passion romanesque... Les deux amants s’enfuient...
Maurice Clavel – dit ''Sinclair '' devient chef départemental de la Résistance en Eure-et-Loir, avec sa compagne, ils partent avec une carte Michelin, cinq mille francs et un paquet de Lucky Strike: on s’inquiète pour eux... « Clavel avait des pantalons effilochés, Sylvia Montfort était vêtue d’un tapis et d’une jupette, avec des sandales grecques à lanière. Tout cela était très sympathique et très voyant ». Téméraires, les jeunes gens, hébergés de ferme en ferme, ne peuvent passer inaperçus. Ensuite, ils créent un refuge dédié aux aviateurs tombés sous les feux allemands.
Clavel et Montfort accueillent De Gaulle à Chartres le 23 août 44 lors de son discours devant la grande poste. Ils se marient, et Clavel écrit à l'intention de son épouse, sa première pièce : ''Les Incendiaires'', une magnifique et dramatique histoire d’amour se passant sous la Résistance, montée au Théâtre des Noctambules, en avril 1946.
Maurice Clavel, dans ces années d’après-guerre, est sollicité par le Parti Communiste - considéré comme le premier parti de France –, il se refuse d’y adhérer. Il est alors accusé par le PCF « d’être la voix de Goebbels ».
En 47, Clavel adhère au RPF, fondé par De Gaulle. Il écrit pour le théâtre, publie un roman, sans succès, il fait du journalisme.
1965 marque une rupture dans son évolution politique et philosophique. Il retrouve la Foi et s'éloigne de ses engagements politiques.
Les événements de Mai 68 l’entraînent à radicaliser ses engagements. Il perçoit les événements de mai comme le "soulèvement de vie" d’une jeunesse lasse de la société de consommation, il partage cette agitation révolutionnaire. Il fréquente alors les milieux maoïstes dont il soutient l’action médiatique en fondant le 18 juin 1971 l’Agence de presse Libération avec Sartre. « Une agence pour ceux qui veulent tout dire et tout savoir. »
En 1972, il obtient le prix Médicis pour son roman Le Tiers des étoiles.
Persuadé que la volonté de Dieu est perceptible au sein de l’Histoire humaine, sa réflexion dépasse toutefois largement cette question pour s’inscrire dans une opposition philosophique à Marx, Heidegger et Kant.
- J'ai lu les deux derniers livres de Clavel: ''Ce que je crois'' et ''Dieu est Dieu, nom de Dieu''. Et j'ai été très touché par son témoignage.
Il lui a fallu traverser la maladie, la tentation du suicide, la cure de sommeil, les neuroleptiques jusqu'à la folie, pour que Dieu le terrasse: relevé, la grâce l'avait transformé.
Clavel parle du marxisme, et relève une contradiction dans les termes de '' matérialisme dialectique'' « Pour Hegel, dit-il, l'être est Esprit, et seul capable de dépassement et de progrès, ce qui n'est pas le cas pour la matière incapable '' d'auto-transcendance ». Le marxisme est « le premier avènement de la barbarie en métaphysique. » Il professe que de nouvelles classes antagonistes, existeront après les classes capitaliste et prolétarienne. Le prolétariat ne connaîtra pas le triomphe définitif promis...
Le nihilisme du marxisme, donne naissance à une société où tous sont flics et bourreaux de tous les autres. Bien sûr, Clavel affirme l'incompatibilité du marxisme et du christianisme. L'athéisme est un élément fondamental du marxisme.
Les chrétiens marxistes, dit-il, découvrent Marx quand le marxisme est mort, et le prolo devenu un bourgeois.
Lancelot le rejoint sur le marxisme; mais il ne partage pas le développement de Clavel sur les rapports de la raison et de la foi. Certes Kant a « limité le savoir pour faire place à la foi. », et considère que la métaphysique, qui vise l'être, est impossible. Mais Clavel, de plus, lui reproche par « ses ridicules postulats de la raison pratique » d' « enfermer la religion dans les limites de la raison. ». Clavel se défie de la raison, et en matière religieuse devient ''fidéiste''. Pour lui la Foi est contraire à toute pensée humaine, même religieuse. Dieu s'est révélé à l'homme, « parce qu'il lui est naturellement et intellectuellement inconnaissable. ».
La raison ne peut rien dire sur Dieu, la foi ne doit rien à la raison, la pensée doit se garder de philosopher à son sujet... etc...
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Lancelot m'assure, qu'avec l'Eglise, nous pouvons reconnaître l'aptitude fondamentale de l'esprit humain à chercher Dieu et à l'atteindre de quelque manière. Si Dieu s'est révélé, il faut certes commencer par ''croire''; mais une foi, sans critère, sans justification d'aucun ordre, cette foi absurde peut être le jouet de nos fantaisies, de nos intérêts, de toute emprise...
L'humain, à l'image du divin, est doué de volonté et de liberté. Il n'est pas un pantin entre les mains de Dieu. Il est responsable de sa propre destinée, et , en partie, du monde. Blondel, Gabriel Marcel ou Maritain – ou Whitehead... - sont à la fois chrétiens et philosophes.
- Ne peut-on pas dire, avec Saint-Paul, que la foi en Christ est folie ?
Ce sont les grecs qui le lui disent... Il est vrai que le christianisme dépasse infiniment ce que la raison peut connaître de Dieu, mais il ne la nie pas pour autant. J'ose penser que la raison puisse d'elle-même connaître que Dieu existe, et quels rapports le monde ( avec l'homme) entretient avec Lui. Saint-Paul juge les païens coupables de n'avoir pas su, avec leur raison naturelle, découvrir Dieu à travers sas œuvres.
Clavel s'imagine faire de « l'antiphilosophie »; mais n'est-ce pas encore de la philosophie?
La philosophie ne commence pas à Kant... parles-en à Elaine !; de même que la France ne commence pas en 1789...
- J'ai relevé, une phrase de Clavel, qui me plaît: « Dans l'ensemble j'appelle - ' l'Homme ' celui que le Christ a fait, - ' l'homme ' celui qui a voulu et cru se faire lui-même ».
Je pense me répond Lancelot, que nous sommes - de par notre nature qui est raison et liberté - « capables de Dieu ». L'homme n'est pas une marionnette dont Dieu tirerait les ficelles. Il n'est pas un jouet entre les mains de Dieu.
Clavel écrit que « la pensée de notre temps est un bourbier, un magma, une « mixture freudo-marxisto-husserlo-sartro-heideggeriano-logistico-structuraliste ». Il écrit également que « stigmatiser la '' société de consommation '' relève d'une analyse superficielle, car ce type de société est lui-même le produit de notre nature et de notre raison. »
Clavel, rêve à la Révolution chrétienne, une sorte de mai 68, qui serait une Pentecôte de l'Esprit.
Clavel aime se dire « le plus incrédule des croyants », sceptique en toutes choses, hormis la foi. Rien ne le sépare de l'athée, sinon « l'abîme de la foi. ». il ne dit pas « j'ai la foi. », mais « la foi m'a. »
1952 - L'Europe et la Civilisation chrétienne
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Lancelot fait part à son gouvernement, de la position du Vatican sur la construction d'une Europe unie. Le souhait de Pie XII est que cette unification se fasse sur des fondements chrétiens. Il espère beaucoup de l'engagement de Schuman, d'Adenauer et de Gasperi. Cela permettrait de prendre ses distances avec les Etats-Unis, et assurer sa neutralité entre les deux blocs.
A partir de la fin d'année 50 ; Pie XII tend à infléchir son discours anti-communiste.
Après le décret de 1949, sur l'excommunication... Le pape renonce à tout nouvel anathème. Il s'agit de reconnaître que la guerre avec l'arme atomique devient une absurdité à bannir absolument ; et qu'il convient de rechercher une forme de coexistence, basée sur le respect des libertés fondamentales ( dont la liberté religieuse).
En février 1951, Frédéric Joliot-Curie, au nom du Conseil mondial de la Paix demande au Vatican d'appuyer une « proposition de réduction des forces armées... ».
Pour tendre vers l'équilibre entre les blocs, le Vatican appuie le projet d'une Europe unie. Il soutient le Traité sur la Communauté européenne de Défense ( CED), du 27 mai 1952, proposé à la ratification des états.
En mai 1952, le maire de Florence, Giorgio la Pira, prend l’initiative d'un ''congrès pour la paix et la civilisation chrétienne'', une trentaine de pays sont représentés.
Le débat sur l'Europe, dans un contexte de guerre froide, sous-tend celui de la défense de notre '' civilisation chrétienne'' en regard d'une autre proposition, celle des communistes, avec le ''Mouvement mondial des partisans de la paix''.
Mais, interroge Lancelot, si le lien entre christianisme et civilisation occidentale est évident ; peut-on aujourd'hui, encore, promouvoir une civilisation chrétienne ?
Cette question mérite le débat, elle nourrit des discussions entre Maurice M. et Lancelot qui se sent d'autant plus concerné qu'elle habite la spiritualité de sa quête.
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Charles Journet (1891-1975) est un théologien catholique suisse. Il deviendra cardinal en 1965. |
A ce propos, Maurice évoque évoque l'abbé Charles Journet (Fribourg) qui corrige l'idée du mythe d'une chrétienté de type médiéval, que l'on pourrait imaginer à partir d'une certaine ''Queste du Graal''... !.
Journet s'inspire beaucoup de Maritain.
- Puisque tu as eu le privilège de fréquenter le couple Maritain ; peux-tu nous en dire plus de cette ''nouvelle chrétienté'' dont il parlait dans ce fameux livre ''Humanisme intégral ''
- Oui... Que suis-je capable d'en dire... ? Ce livre a été publié en 1936. Pour ce qui releverait d'un ''nouveau Moyen-âge'', il s'agit d'un titre d'ouvrage de Nicolas Berdiaeff, qui date de 1927. Elaine l'appréciait beaucoup. Nous l'avions rencontré chez les Maritain. Son discours politique, pessimiste, ne passerait plus aujourd'hui...
| Jacques Maritain (1882-1973 est un philosophe et théologien français. Éminent thomiste. De Gaulle le nomme ambassadeur auprès du Saint-Siège en 1945. |
''Humanisme intégral'' (1936) de Maritain, son sous-titre est ''Problèmes temporels et spirituels d'une nouvelle chrétienté''. Il conçoit une ''nouvelle chrétienté'' autour d'un ''idéal social'', la chrétienté n'étant qu'un « âge de civilisation dont la forme animatrice serait chrétienne » Face à un humanisme marxiste, ou libéral bourgeois, inhumains ; il est de la responsabilité des chrétiens à montrer que l'ordre spirituel est de tendre « à tout pénétrer, à s'emparer de tout, à descendre au plus profond du monde. »
Nostalgie de la chrétienté médiévale ? Non. Cette nouvelle chrétienté tient à réhabiliter l'humain. Pour cela, elle repose sur trois principes : - l'autonomie du temporel ( il n'est plus un instrument du spirituel) ; – la transcendance absolue du spirituel, et la liberté de l'Eglise ; - rejet d'un dualisme, matériel-spirituel.
Maritain appelle à une nouvelle sainteté, la « sainteté profane », c'est un appel de pleine humanité sur les chantiers du monde.
Maurice, revient au père Journet, à propos de ''civilisation'' . Dans la lignée donc de Maritain, il préfère promouvoir la transcendance du christianisme qui est spirituel et éternel, alors que les civilisations sont contingentes et périssables.
- Cependant, le lien entre christianisme et civilisation occidentale, semble évident....Non ?
Lancelot se souvient que Paul Ricoeur se demandait si « le christianisme n'a pu être vécu que dans un contexte de civilisation aujourd'hui périmé, ... » ? ( C'était lors d'une conférence de la Post-fédération l'été 1946 à Melun).
![]() Paul Ricœur (1913-2005) est un philosophe français, protestant. |
Quand nous parlons de ''civilisation'', dit-il, nous comprenons bien que « nous appartenons à une certaine aventure qui a des contours géographiques et historiques et qui charrie certaines valeurs »
- « J'appartiens à ma civilisation comme je suis lié à mon corps. »
- « Une civilisation a des contours géographiques et historiques. » Nous n'y rencontrons pas toujours l'universalité de l'homme , mais une certaine aventure humaine.
* Certes, nous savons que naissent et meurent les civilisations ; mais une civilisation se construit sur des valeurs ?.
Dans ces formule de Ricoeur : « la dignité de l'homme itinérant est dans les valeurs éternelles qu'il découvre en les inventant historiquement. », je remarque une transcendance des valeurs ; même si, dit-il, - « Les valeurs ne se conservent que par la mémoire et l'invention des hommes. (…) Elles meurent quand nul n'y croit plus. »
- « Les valeurs des civilisations sont « garanties » par des valeurs'' religieuses''. » ( ici religieux ne signifie pas nécessairement foi en Dieu ). Lancelot pense alors, au communisme, qui a la prétention de construire une nouvelle civilisation....
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Maurice tente de prendre le contre-pied, et définir la civilisation occidentale actuelle sans référence au christianisme :
* Comment pourrait-on définir notre ''civilisation occidentale'' ? N'a t-elle pas été plusieurs fois inventée : avec l'antiquité, le christianisme, les invasions barbares, puis avec la féodalité, la modernité puis la révolution bourgeoise ? Ne faut-il pas être prudent sur les limites historiques et géographiques ?
-Peut-on reconnaître un ensemble de valeurs révélé par cette histoire européenne ? - On pourrait répondre : - l'humanisme... ? Non ?
Et aujourd'hui ? « Nous sommes à l'âge atomique.. »... Quelles chances vont nous offrir, les techniques modernes ?
* Il y aurait une autre manière de se poser la question, par exemple : En quoi la foi chrétienne concerne t-elle notre civilisation ?
- Reprenant l'image du corps, Maurice ajoute, ma civilisation, comme mon corps, est le '' Temple du Saint-Esprit'' . Il s'agit d'y incarner ma foi.
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- On parle donc, d'une civilisation à christianiser... D'ailleurs, il y a cette ''histoire'' de royaume, du règne à venir, de la fin de l'Histoire... Nous sommes invités donc à assumer les valeurs de l'époque, et de les convertir.
Oui, c'est bien cela, conclut Maurice... Même « si l'âge moderne était un âge païen » ? Si ''Dieu est mort '' ? Il reviendrait, à l'Eglise' de convertir et de ''baptiser'' ces valeurs nouvelles....
C'est ce qu'écrit le père Journet : « le christianisme du XXe siècle doit accepter de jouer un rôle dans les formations politiques, laïques et profondément sécularisées, à condition toutefois que la liberté de la Parole soit assurée ; il doit saisir toutes les occasions que lui offre le monde moderne, toutes les '' chances '' que lui fournit la civilisation contemporaine de baptiser cette civilisation, comme elle a tenté de baptiser celle des Grecs et celle des Barbares. »
La rencontre du mythe et de l'histoire des hommes... -2/4-
« Pour ses nobles seigneurs dont chacun s'estimait le meilleur et dont nul ne savait qui était le moins bon, Arthur fit faire la Table ronde sur laquelle les Bretons racontent bien des récits. Les seigneurs y prenaient place, tous chevaliers, tous égaux. »
Wace, Le Roman de Brut, ca. 1155
La table ronde de Winchester ( photo) (5 m de diamètre) en chêne, est mentionnée dans des archives du 14e s. Elle est décorée de peintures représentant le roi Arthur et la liste de ses chevaliers.
Cette table aurait été fabriquée autour de 1250-1290, sous le règne d'Edward I, passionné par le récit arthurien, à l'occasion d'un tournoi.... Le décor peint actuel sur la table fut commandé par Henry VIII lors de la visite de l'empereur Charles V en 1522...
* Deux mythologies vont se rencontrer, s'affronter, parfois fusionner ... Le christianisme et le paganisme...
La Vérité du Christianisme, ne pouvait coexister avec des traditions qui s'étaient développées bien loin d'elle. Je veux parler, bien sûr ici, du paganisme ( sous ce mot, je regroupe toutes les croyances populaires qui ont eu cours depuis plus de dix siècles, avant l'avènement de Jésus-Christ.. ! Ce n'est quand même pas rien...)
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1477 - procession païenne |
Les ''Pères de l'Église'' dénoncent - comme des auteurs de fables mensongères - les poètes païens, fabricants de faux dieux, ils sont responsables des superstitions et de l'idolâtrie...
Les apologistes chrétiens s'appuient sur la parole du Psaume (95,5) pour dire que les dieux des nations sont des démons... C'est intéressant: ils existent donc; mais, sont démoniaques ...
Au Moyen-âge, seule l'Église est en mesure de reproduire et de diffuser des écrits, de constituer des bibliothèques ; elle peut donc opérer une censure de facto et ne divulguer que ce qui sert ses desseins. Nous assistons alors à un double mouvement : censure des auteurs et du merveilleux païens, et – ça c'est assez ''fantastique'' : récupération et création d'un merveilleux chrétien.
Le paganisme:
Les païens honorent leurs dieux dans des temples, vouent un culte aux divinités des arbres, des sources et des pierres. Notons également le culte des sources et des fontaines, bien attesté dans tout l'Occident médiéval : les lois chrétiennes du Gulathing, en Norvège, reprochent aux païens de croire aux génies tutélaires (landvaettir), que ce soit dans les bosquets d'arbres ou dans les tertres ou dans les cascades. Régis Boyer constate que les sources recevaient des offrandes de vivres en Scanie, donnaient lieu à des rites et des mariages en Vàstergôtland et à des cérémonies propitiatoires en Nárke. Toutes ces pratiques sont bien connues de l'Église qui ne cesse de les combattre; - par exemple - dans les actes du concile de Tours, en 567...
Grégoire le Grand (mort en 604) ordonne d'utiliser les édifices païens après en avoir éloigné les idoles et après lustration, mais le synode de Nantes (vers 658) rend obligatoire la destruction des édifices du culte païen ; en outre, les arbres doivent être coupés, les racines arrachées et brûlées, les pierres enlevées et jetées en un autre heu, là où elles ne pourront plus servir au culte.
A suivre ....
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