Le roman de Perceval laissé inachevé par Chrétien de Troyes a fait l'objet, entre la fin du XIIe et le premier quart du XIIIе siècle, de quatre continuations. La Continuation de Gerbert de Montreuil est la quatrième après la Continuation de Manessier.
Delacroix
L’œuvre d’origine picarde, est datée du premier tiers du XIIIe siècle. Elle se situe au moment ou Perceval arrivé au château du Roi Pêcheur a réussi à ressouder les morceaux de l'épée brisée en laissant cependant apparaître un petit défaut à la soudure. Alors que dans le récit de Manessier le Roi Pêcheur livre à ce moment à Perceval le secret du Graal, pour Gerbert de Montreuil, Perceval n'est pas encore digne d'entendre le secret et devra se lancer dans de nouvelles aventures avant de l'apprendre de la bouche du Roi Pêcheur. Entre autres aventures « felenesses et dures » : un mariage avec Blanchefleur, de chaleureuses retrouvailles avec Tristan, Gauvain, le vieux Roi Ermite qui veille sur le tombeau de sa mère et même avec Gornumant de Grohaut, son maître ès armes.
L'aventure du Chevalier au Dragon, assortie d'un sermon, porte un sens. L'auteur s'adresse aux chevaliers pour les décider à renoncer à leur vie de péché, car il n'est pas de faute irrémissible. L'épisode, tel un livre d'images, montre le diable redoutable, en apparence invincible, mais bientôt vaincu par le Chevalier du Christ. Il prouve que des plus mauvais chemins, il est possible de revenir.
Le Chevalier au Dragon assiège la Demoiselle de Montesclaire .. Ce méchant chevalier s'est donné au Diable, en échange de quoi il a reçu un écu à tête de dragon qui jette des flammes et brûle ceux qui osent l'affronter. Perceval n'hésite pas à tenter l'aventure. Son bouclier le protège du feu mortel et met le démon en fuite ; mais, sur l'invitation de son adversaire, il renonce bientôt à sa protection surnaturelle. Il finit quand même par triompher, de toutes les façons, puisqu'il obtient que le vaincu se confesse et meure en chrétien.
Lamia - John William Waterhouse
Dans les dernières continuations de Perceval, L'Estoire del Saint Graal, le diable endosse le corps de « la plus belle jamais vue », on nous parle de sa grâce, de son maintien, de son palefroi noir ( un signe ..) ; elle accouche de deux filles qui ne présentent aucun signe disgracieux... mais, elle connaît le passé, et manifestement si elle se rend à l'église pour y entendre la messe, elle en sort systématiquement avant l’élévation ( ce qui fait scandale …) ( le livre de Baudoyn, conte de Frandre) … La succube ne peut être démasquée que par un ermite, qui se signe et l'exorcise … Elle disparaît, et ses filles affirmeront ensuite leur caractère maléfique …
Dans la '' Queste del saint Graal'' ( récit chrétien qui appartient au cycle du Lancelot-Graal (1230) ) le diable est désigné par '' enemi''. La notion de diable est abstraite.
« Le diable tente Perceval sous la forme d'une femme. Ayant échoué une première fois il recourt au procédé de l'intimidation et oppose ses conseils à ceux de l'ermite. Le récit que la jeune fille fait de ses prétendus malheurs pour attendrir le jeune homme est, en fait, l'écho de ceux qui sont arrivés à Lucifer et aux anges révoltés. Le dénouement de l'épisode est soigneusement préparé. La damoisele fait apprêter un magnifique lit : tout, dans la description, vise à insister sur la surprise dont use le diable pour faire de Perceval sa victime. C'est la vue de l'épée et le signe de croix qui sauvent Perceval. Le fantastique accompagne la défaite du diable : « …et maintenant vit le paveillon verser, et une fumee et une nublece fut entor lui, si grant que il ne pooit veoir goute ; et il senti si grant puor de totes parz qu'il li fu avis que il fust en enfer. »
Arthur, Lancelot et Guenièvre ...
Ce qui va perdre Lancelot, ce n'est pas Satan, mais Guenièvre. La christianisme va faire de ''l'amour courtois'' la tentation suprême, que l'on n'ose pas ouvertement, sauf une fois, présenter comme un piège du malin... Les chevaliers vont périr parce qu'ils faillissent à leur vocation spirituelle... Ce qui perd le royaume arthurien, c'est l'imprudence des amants, la rancœur du roi, la guerre qui oppose à Lancelot tout le lignage de Gauvain... Point de sortilège, mais plutôt la notion antique de Destin. ( La Roue de Fortune …). Le XIIIe siècle lettré, va tenter de ne pas croire au Démon, mais au Destin... La Merveille appartient aux créatures de la mythologie qui habite encore les campagnes... Et le Diable, lui, va prendre de l'importance dans les exempla, les vies de saints, les miracles de la Vierge.
Au début du XIVe siècle, le Diable devient une figure ressentie comme une menace pour les chrétiens … '' L'Autre Monde '' est devenu suspect...
Les fées se dépouillent de leur lumière : et Morgane ( ou Morgue) deviendra lubrique, jalouse et méchante, et Viviane perfide …
L'oiseau ''faé '' d'Yonec ( un des lais de Marie de France, XIIe s) - lorsqu'il se transforme en beau chevalier - provoque chez la mal mariée un mouvement de doute et de recul, l'angoisse de la dame est vite dissipée, quand elle voit son futur amant recevoir le ''corpus Dei''. , la dame n'accepte l'amour du chevalier qu'à condition qu'il croie en Dieu : c'est pourquoi il récite son Credo et communie ensuite, après avoir revêtu l'apparence de sa future amie (qui se cache) pour que nul ne soupçonne sa venue.
Dans le lai de Désiré, Graelent et Mélion ; Désiré se repent d'avoir soupçonné son amie la fée d'être un être diabolique lorsqu'elle communie à ses côtés pour lui prouver son innocence. L'autre monde ne redevient maléfique, à l'occasion, que plus tard, au XIIIe siècle.
Sources: Le diable au Moyen Âge : Doctrine, problèmes moraux, représentations [en ligne]. Aix-en-Provence : Presses universitaires de Provence, 1979 (généré le 29 septembre 2017). Disponible sur Internet
Devant l'autel, la mosaïque “LA PUISSANCE DU SANG DIVIN” située au sol au milieu du chœur, a été redécouverte le 24 juin 2014 à l’occasion du déplacement de l’autel (en le rapprochant du vitrail du Graal), afin de faciliter la déambulation des visiteurs.
Cette magnifique mosaïque représente un calice d’où émanent 17 rayons à travers une croix de Jérusalem (comme les quatre autres que l’on peut déjà admirer autour du chœur ainsi que celle du grand vitrail, donc 4+1=5, et les 5 croix=5 plaies du Christ...) et au-dessus de laquelle on peut lire : « La puissance du Sang Divin» (soit 22 lettres !). Laissons parler les chiffres …. :
Ce Graal, est le 8ème de ce sanctuaire consacré au Graal : en correspondance avec Jésus, l'homme du ''8ème jour'' : le ressuscité...
17 est la porte qui permet à l'homme de se réaliser, c'est à dire de ressusciter lui-même dans la plénitude ( le 22) de la vie spirituelle …
17 serait le nombre du Graal. « 17 est en effet nombre du Tout, de la Résurrection, de la transmutation, et c’est le nombre atomique du chlore sans lequel le ''Grand Œuvre'' serait impossible. »
A noter, dans le cadre de la chevalerie :
- les 17 vertus chevaleresques : La foi, La loyauté, La défense, La bravoure, L’honneur, La courtoisie, La charité, La justice, La sagesse, La tempérance, L’humilité, La franchise, Le courage, La prouesse, La prudence, La fierté, La dignité.
Si dans le choeur, nous nous retournons, nous sommes face à la mosaïque du ''Cerf blanc au collier d'or '' réalisée en 1955 par les ateliers Rennais ODORICO, d’après un dessin de Jean Delpech.
La mosaïque est en reflet du grand vitrail … ( le Christ, les 4 vivants, joseph d'Arimathie, masculin, féminin ...)
Merlin changé en cerf rencontre le Roi
Le cerf porte une chaîne avec une croix, une nimbe autour de la tête, et une étoile au-dessus... Il figure l'apparition du Christ, entouré des évangélistes... Cette catéchèse passe par le monde des légendes...
La légende arthurienne, nous permet d'y voir Merlin, qui use de ses pouvoirs pour changer d'apparence, symbole de sagesse ; ou même, la divinité Cernunnos des Celtes.... Lancelot voit apparaître le cerf blanc et les lions. Ils passent sans daigner lui adresser un regard avant de disparaître par enchantement. Lancelot s’interroge. Le soir, un vieillard l’incite à renoncer à sa vie dissolue avec la reine Guenièvre. Lancelot ne peut s’y résoudre et échoue dans sa quête du Graal.
Dans '' La Queste du Saint-Graal '' Galaad ( le fils de Lancelot) , et Perceval ont une vison similaire dans la forêt ...
Lancelot du Lac, et le cerf blanc - 1480
La pierre, rappelle le perron de la fontaine de Barenton, déjà représentée dans cette chapelle... Elle est en forme de croissant de lune et évoque le Féminin ( le monde des eaux, domaine des fées) ...
La forêt est celle de Brocéliande, des cinq arbres ( image du masculin) le plus gros épouse la forme d’un soleil...
Ce cerf blanc a aussi une signification religieuse. Saint-Hubert a vu apparaître un cerf blanc portant un crucifix. On sait aussi qu'un cerf blanc et quatre lions aidèrent Joseph d'Arimathie à traverser une rivière périlleuse.
Au-dessus à droite, cinq arbres peuvent représenter les cinq plaies du Christ d'où sort le fleuve de vie, qui fait pousser l'ancolie ( visible au centre de la mosaïque) symbole de l'Amour divin, pour l'humain... L'ancolie est pour Dante, la plante ''alchimique'' plante mâle et femelle... L'abbé Gillard, a tenu à sa présence, comme signature...
A suivre... ( mais avant, la prochaine fois: La légende de Morgane et le Val sans Retour...)
Le choeur est éclairé par 3 vitraux, qui présentent le Graal sous chacune des fameuses ''Tables du Graal ''.
Et mur nord, la Table de la Cène...
Mur sud : La Table Ronde autour de laquelle sont rassemblés le Roi Arthur et les chevaliers, lors de l’apparition du Saint Graal.
Il faudrait parler de tous les détails qui se répondent d'un vitrail à l'autre …
Le Graal est représenté au centre de la Table autour de laquelle se sont réunis le Christ et ses disciples, une place reste vide, celle de Judas...
Le Graal est de couleur verte, l'abbé Gillard le situe dans la tradition d'une coupe taillée dans une émeraude, tombée du front de Lucifer...
Le Graal apparaît aux chevaliers de la Table Ronde. Le siège périlleux (vide) est occupé. La Quête du Graal est ici achevée, avec Galaad...
Enfin, le vitrail central, un chef d'oeuvre des ateliers parisiens Grubeër, qui a coûté au prêtre le prix d'une ferme ( un héritage..). Là, il faut prendre le temps de scruter cette forêt de symboles...
Comme au Moyen-âge, sont représentés deux donateurs ( Louis Thétiot et sa mère : cousins de l'abbé Gillard)
Au centre du vitrail, le Christ ressuscité, debout et à ses pieds Joseph d'Arimathie. Selon les évangiles, il a récupéré le corps du Christ et l'a enseveli dans son propre tombeau.
On dit qu'il a recueilli le sang du Christ, dans une coupe ( Le Graal ). Il est l'un des gardiens du Graal ; jusqu'à Galaad...
Ici, est représentée la scène où emprisonné, Joseph d'Arimathie, put se nourrir et survivre grâce au Christ Ressuscité et au Graal …
On note à gauche, l'emblème du Royaume de Jérusalem, qui évoque l'Ordre du temple, et qui est associé à la garde du Graal, par Wolfram von Eschenbach, dans son Parzifal ( 1210).
Bien d'autres symboles sont dissimulés, dans ce vitrail... Peut-être le chemin à trouver qui conduit au Graal …
Voir les deux lapins à gauche …; le phénix...
Les deux personnages, nouvel Adam et nouvelle Ève, sont recueillis autour d’un arbre arborant un unique fruit, une mystérieuse pomme bleue. Ce fruit de la Connaissance du bien et du mal ne semble pas être mangé !... ; Les quatre symboles des évangélistes... les quatre signes du zodiaque … Le bouquet de chardons ...Etc ...
« Parzival» est une œuvre qui comprend 25000 vers, alors que le Conte du Graal de Chrétien de Troyes, n'en compte que 9000. Il en reprend l'agencement, et quelques épisodes. Mais il s'en détache, et reproche – dans son prologue - à Chrétien de ne pas avoir connu « le Conte authentique » repris dans un manuscrit arabe et que Kyot le Provençal avait vu à Tolède. Il semble que utilisation d'une source exceptionnelle, ne soit qu'un artifice, pour susciter la curiosité du lecteur. ( L'exotisme ésotérique, faisait déjà quelques émules …).
Par contre nous connaissons le « vrai » auteur de Parzival ; il s'agit de Wolfram von Eschenbach, un chevalier franconien peu fortuné de l'entourage d'Hermann 1er ( 1190-1217), landgrave de Thuringe et conte palatin de saxe. Il rédige son « Parzival » vers 1204, années du siège d'Erfurt et du sac de Constantinople, auxquels le roman fait allusion. L'ouvrage connaît un succès considérable, comme le prouvent ses quatre-vingt six manuscrits médiévaux conservés à ce jour.Wolfram commence par l'histoire de Gamuret, fils cadet du roi d'Anjou, qui doit chercher fortune par ses propres moyens. Il part donc pour l'Orient …" De là, il se rendit au royaume de Zazamanc. Il y entendit tous les habitants pleurer la mort d’Isenhart, qui avait péri en combattant pour l’amour d’une dame. C’est Bélacane, la douce et loyale dame, qui avait été la source de son tourment." Cette reine Bélacane, est assiégée au milieu de sa cité circulaire par huit armées noires et huit armées blanches...Ainsi commencent les aventures de Gamuret en orient (Parzival, livre I ).
Gahmuret et Herzeloyde 1443-1446
Après maintes aventures, il épouse Bélacâne, une reine noire et païenne... Qu'il quitte pour vivre en chevalier errant.Revenu en Occident en passant par l'Espagne, Gamuret gagne, dans un tournoi, la main de la reine Herzloïde, qui lui apporte le Pays de Galles. Selon son habitude, il abandonne sa nouvelle femme. Il retourne en Orient, où il est tué au service du baruc. Il laisse deux fils : Feirefiz, du prmeir lit, et Perceval, du second.Dans les chapitres suivants, on retrouve la trame et l'action du Conte du Graal.
- Isolement de la forêt avec sa mère -
- Le chevalier vermeil
- Délivre Condwiramour, une reine, l'épouse, puis l'abandonne...
- Arrive au château de Munsalvaesche, qui appartient à Anfortas, le Roi Pêcheur infirme.
- Le Cortège du Graal … ( la lance, l'épée, le silence de Perceval …)
- Rencontre et rejet de sa cousine, et - « Les trois gouttes de sang », - la demoiselle hideuse à la cour d'Arthur...
Parzival - 1884, par Edward Jakob von Steinle (1810-1886)
1884, par Edward Jakob von Steinle (1810-1886)
Parzival quitte le Château du Graal. Aquarelle,
Pénitence de Parzival par Edward Jakob von Steinle (1810-1886)
Comme avec Chrétien, le roman se centre désormais sur les aventures de Gauvain.Perceval – en révolte contre Dieu - rencontre des pénitents. Il rencontre son oncle, l'ermite, qui lui apprend que le Graal est une pierre que des anges ont apporté du ciel, d'où ils ont été bannis en punition de leur neutralité lors de la révolte de Lucifer.
Combat entre Gauvain et Perceval : le combat est interrompu. Ils se reconnaissent …
Perceval affronte son demi-frère Feirefiz, l'épée de Perceval se brise... Ils se reconnaissent … et se réconcilient
Retour au Château du Graal. Perceval devient roi et gardien du Graal. Sa femme Condwiramour le rejoint avec ses fils, Kardeis, roi du Pays de Galles, et Loherangrin. Ce dernier est le chevalier au cygne, qui se marie avec la princesse de Brabant ; il succédera un jour à son père. Feirefiz se convertit et se marie avec la Porteuse du Graal, sœur d'Anfortas, avec laquelle il engendre le Prêtre Jean. Ils s'installent en Inde qu'ils évangélisent.
En dehors de l'art divinatoire ( que j'ignore complètement...!) , le Tarot offre un outil de développement personnel et de connaissance de soi.
Tarot Arthurien - A-M Ferguson
En effet, chaque lame représente un archétype universel. Et avec 22 lames majeures et 56 mineures, l'immense diversité du monde peut s'y retrouver. Chaque lame est bourrée de symboles. On peut ainsi établir une véritable communication avec son inconscient...
Le Tarot arthurien, décrit - des personnages ou des thèmes majeurs - des légendes arthuriennes. Les archétypes puissants qui sous-tendent cette tradition recèlent encore une profonde sagesse qui nous instruit et nous encourage, si nous y avons recours. Ainsi, au-dessus de la création littéraire qui a médiatisé ces personnages, ils sont en nous tous...
La nature de leur vie et de leurs aventures est telle qu'ils accomplissent toujours des actions archétypales... Elles sont comme codifiées et alignées sur des modèles du monde naturel et intérieur...
Les histoires au sujet du Roi Arthur et de sa cour proviennent de modèles bien antérieurs au Moyen-âge, de traditions orales et mythiques celtes en particulier, puis chrétiennes ensuite … On pourrait même y ajouter les contributions de Tennyson, T.H. White, Charles Williams et de nombreux romancier(e)s modernes...
L'universalité du Tarot n'a pas besoin de preuves, non plus que le pouvoir des histoires arthuriennes d'émouvoir, et d'illuminer ceux qui en ont la connaissance...
Le symbolisme qui gouverne ce jeu est celui des '' objets sacrés '' même : l'Epée, la Lance, le Graal et la Pierre, qui sont emblématiques des éléments Air, Feu, Eau et Terre ; et qui sont les objets de cette Quête... La Quête du Sacré...
Recevoir ces ''insignes de souveraineté'', c'est ne plus nous reconnaître ''blessé'' comme le Roi du Graal de la légende, mais réalisé, restauré par le pouvoir des éléments...
Le Tarot Arthurien ( c'est à dire : le mythe), remonte plus loin que son épanouissement médiéval et littéraire plus élaboré ; aussi, les images ne représentent pas directement les personnages de la saga littéraire...
Le Tarot du Graal, associe l'objet légendaire et sacré du christianisme qu'est le Graal, et la chevalerie, avec sa composante ''légendaire'' que sont les Templiers...
Nul ne sait comment naissent les légendes... C'est un peu comme si elles avaient toujours été présente dans les recoins les plus profond de la psyché ( l'âme) humaine, et ce qui explique la grande fascination sur tous ceux qui s'y intéressent...
Le Graal est l'objet d'une Quête, il représente un lien entre le sacré et le profane.. Il est un objet pourvoyeur d'interrogations sur le monde dans lequel nous vivons, donc un outil de quête personnelle en vue d'un développement personnel, voire d'un rétablissement spirituel...
Le poète médiéval Wolfram von Eschenbach, dans son poème Parzival ( v 1220) donne à ceux choisis pour garder le Graal le nom de Templeisen ( Templiers(*) )
Je rappelle, que pour le Graal, on peut le rattacher - au chaudron que le roi Arthur et ses guerriers doivent ramener de l'autre monde et cité dans un poème gallois du IXe s. le Preiddeu Annwn, attribué au barde Taliesin ; puis, ensuite – à l'objet mystérieux cité par le français Chrétien de Troyes au début du XII e s. dans son poème inachevé Perceval ou le Conte du Graal …
Le Graal a subi, au cours des continuations de la légende, toute une série de transformations, - du paganisme celte au cœur de la foi chrétienne - preuve que l'on ne peut codifier l'objet à une image ou une idée …
Le lien des Templiers et du Graal, est faite par Bernard de Clairvaux, dans sa règle du Temple où il parle de l'ordre en termes similaires aux descriptions des chevaliers du Graal des romans médiévaux de l'époque...
Peu après que Bernard eut rédigé ce texte, l’Église avait commandité sa propre variante très christianisée de la légende arthurienne, avec l'histoire du Graal depuis l'époque du Christ à la fin du règne du roi Arthur – le Cycle Vugate ou Lancelot-Graal-
Avant de découvrir l'arcane porté par le chevalier Bohort, voici son Histoire...
Le roi Bohort, roi de Gaunes, est marié avec Evaine, sœur de la reine Élaine (elle-même épouse de Ban), naissent deux fils, Bohort (le jeune) et Lionel.
Les rois Bohort et Ban font alliance avec Arthur dans sa lutte contre onze rois rebelles de Bretagne – parmi lesquels Lot d'Orcanie, Urien et Caradoc l'Ancien – si bien qu'Arthur à son tour leur promet son aide contre leur ennemi Claudas, lequel se prépare à envahir leurs pays.
Toutefois, Arthur tarde à tenir sa promesse, ce qui permet à Claudas de réussir son invasion. Au cours de celle-ci les deux rois, Bohort et Ban, sont tués tandis que Lancelot, le fils de Ban, est recueilli par la Dame du Lac, et que les deux fils du roi Bohort sont capturés et élevés en captivité à la cour de Claudas.
Bohort ( l'Essilier), fils aîné du précédent, est le plus fameux des deux Bohort. Il passe ses jeunes années avec son frère Lionel à la cour du roi Claudas. Tous deux finissent par se révolter contre ce dernier et parviennent même à tuer son fils, le cruel Dorin. Avant que Claudas ne puisse se venger, les deux garçons s'enfuient avec l'aide d'un serviteur de la Dame du Lac chez laquelle ils reçoivent ensuite une éducation dans la chevalerie en même temps que leur cousin Lancelot.
Tous trois, devenus d'excellents chevaliers, se rendent à Camelot pour rallier la suite du roi Arthur. Bohort, reconnaissable à une cicatrice particulière au front, participe à la plupart des conflits engagés par le roi, y compris la bataille finale contre Claudas qui libère la terre de son père. Bohort l'Essillié est lui-même le père de Sire Hélain le Blanc et cette paternité est le résultat d'une ruse de la fille du Roi Brandegoris : cette dernière était en effet parvenue à l'attirer dans son lit au moyen d'un anneau magique. Plus tard, Bohort introduit son fils à la Table Ronde.
Bohort est réputé comme l'un des meilleurs de la Table Ronde et acquiert sa véritable gloire dans la quête du Graal dont il se révèle digne, avec Galaad et Perceval, de pénétrer les Mystères.
Les femmes démoniaques
Plusieurs épisodes illustrent son caractère vertueux. Dans l'un d'entre eux, un groupe de jeunes femmes menace de se tuer en se jetant du haut d'une tour s'il refuse de coucher avec elles. Mais Bohort refuse de rompre son vœu de célibat et lorsqu'elles tombent de la tour, elles se révèlent être en réalité des démons qui pensaient le tromper en jouant sur sa compassion.
Le dilemme de Bohort.
Un autre récit nous montre Bohort confronté à un dilemme : il doit choisir entre secourir son frère Lionel enlevé et fouetté d'épines par des brigands, ou délivrer une pucelle sur le point d'être violée par un chevalier brutal. Bohort choisit d'aider la jeune fille, tout en priant avec ferveur pour le salut de son frère. Peu après Lionel ayant échappé à ses tortionnaires et persuadé que Bohort l'a trahi, décide de se venger en le tuant au combat. Bohort, quant à lui, renonce à lever une arme sur son frère, fût-ce pour se défendre.
Un autre compagnon de la Table Ronde, Sire Calogrenant et un religieux ermite ayant tenté de s'interposer, sont tués l'un après l'autre par Lionel. Mais avant que ce dernier ne parvienne à frapper son frère, Dieu fait surgir entre les adversaires une colonne de feu pour les séparer, après quoi Bohort réconcilié avec Lionel peut partir librement.
Plus tard, Bohort, Galaad et Perceval découvrent le Saint-Graal et le transportent à Sarras (à rapprocher de Sarrasins), une mystérieuse île d'Orient où Galaad et Perceval meurent, Bohort est le seul des trois à en revenir. Comme le reste de sa famille, Bohort rejoint Lancelot en exil après que la liaison de ce dernier avec Guenièvre a été dévoilée et aide à sauver la reine du bûcher. Il devient ensuite l'un des conseillers les plus écoutés de Lancelot dans la guerre qui l'oppose à Arthur et récupère la souveraineté sur les anciennes terres de Claudas.
Arthur et Gauvain ayant été forcés de retourner en Bretagne pour combattre le malfaisant usurpateur Mordred, Gauvain envoie à Lancelot un message d'appel à l'aide. Les hommes de Lancelot arrivent à temps pour défaire le reste de la rébellion conduite par les fils de Mordred, Melehan et Melou. Dans la bataille, Lionel est tué par Melehan. Il est finalement vengé par Bohort.
La quête du Graal est portée symboliquement par des hommes, mais la place du féminin est essentielle. On compte pas moins d’une quarantaine de personnages féminins dans le roman de Chrétien de Troyes.
Elles sont des jeunes filles qui portent assistance ou incitent le héros à l’action, d’autres inspirent des sentiments amoureux, les mères suscitent affection et respect.
Elles sont le féminin agressé, la beauté incarnée ( Blanchefleur ) ou la laideur repoussante ( la demoiselle à la mule fauve ).
Ce sont des femmes qui côtoient le sacré ( Graal) ou une société de dames qui occupe le château des Reines …
Ces personnages sont rarement désignées par leur nom propre : la veuve dame ( la mère de Perceval), l’amie de l’orgueilleux, la jeune fille de la tente, la cousine de Perceval qui porte dans ses bras la tête décapitée de son amie, la jeune fille que Keu a giflée et désignée comme la demoiselle qui a ri.
La courtoisie met le chevalier au service des dames, elles incarnent la faiblesse, la beauté, l’amour …
La chevalerie contribue au malheur des dames, et le chevalier est incité à se détourner du combat inutile et à évoluer … Perceval, lui-même, devient peu à peu courtois. La compassion peut conduire à l’amour : les pleurs de Blanchefleur émeuvent Perceval qui eut pour la première fois un mouvement de courtoisie. Devant les taches rouges de sang, Perceval pense à distance à son amie : c’est le propre de la fin’amor : soumission à l’image de sa dame.
Les femmes chez Chrétien de Troyes, sont détentrices d’un savoir que n’ont pas les hommes.
La mère de Perceval lui enseigne ses origines, et les bonnes manières.
La cousine de Perceval connaît l’existence du Roi Pêcheur, elle sait quelles questions il fallait poser et quelles auraient été les conséquences. Elle connaît aussi le « péché » de son cousin. C’est aussi en sa présence que Perceval découvre son propre nom… !
La demoiselle à la mule fauve, sortie d’on ne sait où, vient à la cour pour donner des informations : elle condamne Perceval au nom de ce qu’elle sait et prophétise les conséquences ; c’est elle enfin qui renseigne les chevaliers de la Table ronde sur les différentes épreuves dans lesquelles ils pourraient s’illustrer.
Les Reines se révèleront aussi détentrices de connaissances qui échappent aux mortels.
Dans l’univers de Chrétien, les femmes assurent toute la part irrationnelle de la connaissance.
Sources: Grands modèles littéraires de Catherine Durvye ( ellipses )
* Quelle est votre Question ? ( en conclusion de l'étape précédente..)
- « Quelle est la source de ma recherche. ?» ou « Qui peut- m'accompagner.. ? »
Entrez !
C'est une autre figure féminine ; la figure de la souveraine. Pour un chrétien, l'image reçue de Marie, la mère du Christ, y correspond avec la '' Marie reine'', ou la ''Mater Dolorosa''...
Dans le Premier Testament, cette figure d'impératrice est reprise par la Reine de Saba, comme épouse du roi Salomon ( carte suivante)... Elle est connue pour l'importance et la pénétration de son intuition ainsi que pour son discernement inné. Elle teste la sagesse du roi Salomon en lui posant nombre d'énigmes...
Dans les mythes du Graal, c'est la reine de Saba qui a la vison du Graal et prophétise qu'un descendant de la lignée royale Le découvrira.. Elle demande à Salomon de bâtir une nef capable de traverser non seulement l'espace, mais aussi le temps, jusqu'à l'époque d'Arthur, lorsque les mystères de la Coupe seront révélés. Au cours de la Quête, c'est le bateau dans lequel Galaad ( descendant de Salomon), Perceval et Bohort voguent vers Sarras, la ville mystique du récipient sacré.
Salomon et la Reine de Saba de Pellegrino Tibaldi , les deux personnages montrent à la fois le Haut et le Bas.
Autre personnage, qui s'en approche : Guenièvre manifeste l'harmonie entre le roi et sa contrée...
The Lady Guinevere, by Alexie King
Si elle ne trouve pas à tous les niveaux un amour réciproque de la part de son époux, elle cherche alors un champion pour faire réagir le roi et lui rappeler ses devoirs envers sa reine et le pays qu'elle représente.
Elle est en réalité défendue par de nombreux chevaliers, dont le champion du Graal, Peredur ( Perceval, Persifal), et Gereint... Chacun venge Guenièvre quand elle est insultée par un chevalier sans nom, qui vient peut-être de l'Autre-Monde...
La reine de Saba, ou Guenièvre, représente le désir d'agir et d'entreprendre ; elle est une participante puissante et redoutable à la Quête, accompagnant les chercheurs et les encourageant à faire le nécessaire pour réussir.
Pour continuer le Chemin : - Quelle est votre question ?
- « Qui est-Il?», la question devant le tombeau vide...
Ou « Quel savoir, quelle connaissance, puis-je espérer ? »
Entrez !
S'il s'agit ici, de Marie-Madeleine, il ne s'agit pas de réduire ces deux dernières cartes à un couple comme un autre. D'abord si l'on évoque l'incarnation divine, elle ne peut se réduire à du ''masculin''...
Marie-Madeleine, est la première apôtre, et le première témoin du mystère. Elle est proche de Jésus, et comme femme, elle porte l'image de l'union de l'âme humaine avec le divin... Elle rejoint d'autres mythes qui évoquent Sophia...
Alors qu'elle est l'apôtre des apôtres, nous ne retenons d'elle que l'image dévalorisante de la prostituée... ! Cette crainte de parler de Marie-Madeleine et de Jésus et de la féminité, illustre bien la difficulté de l'Eglise à donner une ''vraie'' place aux femmes en son sein... Mais, nous ne sommes qu'au XXIème siècle... Le catholicisme a encore le temps d'évoluer... Patience...
Pour ce qui est du Graal : je rappelle que lors de la procession dans le château du Roi Pêcheur, devant Perceval... Le Graal est porté par une demoiselle. Je pourrai évoquer aussi la place des femmes dans la Légende arthurienne ; et la tentative vite étouffée du rôle du féminin dans ''l'Amour courtois''...
Le personnage féminin arthurien correspondant, peut être '' la Dame du Lac''. Elle a le rôle d'instructrice, d'initiatrice... Elle assiste les chevaliers, en particulier Lancelot...
Avec le Christianisme, bien sûr, ces ''modèles'' sont délaissés... Sauf, qu'ils peuvent revenir par la sagesse populaire : ainsi le culte marial. Marie, est l'une de ces images ; et qui peut avantageusement être complétée par la figure de Marie-Madeleine.
Et, si ce n'est – toujours - pas évident pour les catholiques: nous voyons ainsi, comment la tradition très ancienne du Tarot, nous oblige à nous interroger sur là où cela peut gêner … Ici, la place du féminin ...
by Gino D'Achille
Pour continuer le Chemin : - Quelle est votre question ?
Se mettre à l’aventure, se préparer à passer outre... Une lecture de « Lancelot, le chevalier à la charette »
Illustration de Thomas Mackenzie's pour la 1ère Edition of "Arthur and His Knights" (1920)
Lancelot, est le serviteur de Dieu et de sa Dame. Ses aventures sont contées par Chrétien de Troyes, à la demande de Marie de Champagne, digne fille d’Aliénor d'Aquitaine en matière d'éthique courtoise. Le chevalier est en Quête, ce qui quotidiennement se traduit par sa recherche d'aventure. Ce mot à lire dans le contexte arthurien, a une saveur particulière... Chevaucher, se battre, pour prouver valeur et honneur, mais aussi cheminer sans qu'il ne se passe rien … Patienter, jusqu'à la rencontre – à la croisée de chemins, ou au plus profond d'une forêt ( selon son humeur ) - l'un de ses pairs, ami ou rival, un animal emblématique ou l'une de ces demoiselles ( parfois une dame ), dont nul ne sait comment elle a pu se trouver là ; sinon pour relancer à point nommé la quête chevaleresque.
L'épreuve du pont de l'épée surgit tout aussi soudainement devant le chevalier impatient d'éprouver son ardeur contre l’adversité. C'est dans un monde enchanté ( non profane ) que l'on entre ici...
Sur l'autre rive, seulement, une fois l'épreuve passée, lui sera donnée de comprendre que les lions - monstrueux gardiens du pont – n'étaient que des mirages destinés à mesurer sa détermination.. Mais au seuil du passage risqué, « l'onde félonesse » , les lions et le pont tranchant terrible forment une trilogie de l'horreur et, pour tout autre que lui, de la peur. Et l'on sent bien – à la manière dont ils sont décrits – qu'en eux résident la force même du Mal et de l'illusion contre quoi tout chevalier se doit de guerroyer. Aussi ne serait-on guère surpris de les entendre par avance ricaner, tandis que « pleurent et soupirent » les compagnons de Lancelot. Car en ce monde de rudesse guerrière, l'homme de cœur n'a point de honte à exprimer tristesse et pitié. C'est à son cœur de pierre qu'on reconnaît par contre le « mauvais » : Méléagant, le traître, ou le fils du roi Baudemagus qui assiste aux côté de son père, à l'héroïque traversée.
Sir Lancelot, par Howard Pyle
A la crainte des compagnons d'armes, Lancelot ne répond que par le rire ; un rire qu'on imagine aussi cristallin que sa foi en la miséricorde divine. Dieu saurait-il laisser choir l'un de ses preux chevaliers ? Au déchaînement des forces du Mal peuvent seules répondre intégrité et simplicité : c'est pieds et mains dénudés qu'il passera le pont, retrouvant en la circonstance l'humilité du pénitent qui fut sienne le jour où on l'adouba chevalier. Un autre miracle ne pouvait dès lors qu'éclore sous les pas du chevalier sans peur mais néanmoins ensanglanté : « L'apaise et le guérit Amour qui le conduit et le mène. » La leçon est ici bien proche de celle dispensée à Perceval – autre héros de Chrétien de Troyes - découvrant, impuissant, les souffrances intolérables du Roi-pêcheur, gardien du Graal : seule guérit la plaie l'arme qui la fit. Transpercé d'amour pour sa reine plus encore que par le tranchant de l'épée, Lancelot le serviteur épris reçoit simplement de Dieu le juste salaire de sa foi inaltérable et de sa fidélité. Bienheureux cet univers chevaleresque où il suffisait d'un acte de vrai courage – celui d'un homme de cœur – pour restituer au monde sa pureté !
Texte de Françoise Bonardel
Extrait du texte de Chrétien de Troyes:
Ils allèrent cheminant sur la route la plus directe jusqu’à la chute du jour, et ils arrivèrent au Pont de l’Épée vers le soir, passé la neuvième heure. À l’entrée de ce pont, qui était si terrible, ils descendirent de leur cheval et regardèrent l’eau traîtresse, noire, bruyante, rapide et chargée, si laide et épouvantable que l’on aurait dit le fleuve du diable ; elle était si périlleuse et profonde que toute créature de ce monde, si elle y était tombée, aurait été aussi perdue que dans la mer salée. Et le pont qui la traversait était bien différent de tous les autres ponts ; on n’en a jamais vu, on n’en verra jamais de tel.
Si vous voulez savoir la vérité à ce sujet, il n’y a jamais eu d’aussi mauvais pont, fait d’une aussi mauvaise planche : c’était une épée aiguisée et étincelante qui formait ce pont jeté au-dessus de l’eau froide ; l’épée, solide et rigide, avait la longueur de deux lances. De part et d’autre il y avait un grand pilier de bois où l’épée était clouée. Personne n’avait à craindre qu’elle se brise ou qu’elle plie, car elle avait été si bien faite qu’elle pouvait supporter un lourd fardeau.
Mais ce qui achevait de démoraliser les deux compagnons qui étaient venus avec le chevalier, c’était l’apparition de deux lions, ou deux léopards, à la tête du pont de l’autre côté de l’eau, attachés à une borne en pierre. L’eau, le pont et les lions leur inspiraient une telle frayeur qu’ils tremblaient de peur et disaient : « Seigneur, écoutez un bon conseil sur ce que vous voyez, car vous en avez grand besoin. Voilà un pont mal fait, mal assemblé, et bien mal charpenté. Si vous ne vous repentez pas tant qu’il en est encore temps, après il sera trop tard pour le faire. Il faut montrer de la circonspection en plus d’une circonstance. Admettons que vous soyez passé – hypothèse aussi invraisemblable que de retenir les vents ou de les empêcher de souffler, que d’empêcher les oiseaux de chanter, ou même d’oser chanter ou que de voir entrer un être humain dans le ventre de sa mère pour renaître ensuite ; une chose donc aussi impossible que de vider la mer. Comment pouvez-vous en toute certitude penser que ces deux lions enragés, enchaînés de l’autre côté, ne vont pas vous tuer, vous boire le sang des veines, manger votre chair puis ronger vos os ? Il me faut déjà beaucoup de courage pour oser jeter les yeux sur eux et les regarder. Si vous ne vous méfiez pas, ils vous tueront, sachez-le bien. Ils auront vite fait de vous briser et de vous arracher les membres, et il seront sans merci. Mais allons, ayez pitié de vous-même, et restez avec nous ! Vous seriez coupable envers vous-même si vous vous mettiez si certainement en péril de mort, de propos délibéré. »
Alors il leur répondit en riant : « Seigneurs, je vous sais gré de vous émouvoir ainsi pour moi ; c’est l’affection et la générosité qui vous inspirent. Je sais bien que vous ne souhaiteriez en aucune façon mon malheur ; mais ma foi en Dieu me fait croire qu’Il me protégera partout : je n’ai pas plus peur de ce pont ni de cette eau que de cette terre dure, et je vais risquer la traversée et m’y préparer. Plutôt mourir que faire demi-tour ! »
Ils ne savent plus que dire, mais la pitié les fait pleurer et soupirer tous deux très durement. Quant à lui, il fait de son mieux pour se préparer à traverser le gouffre. Pour cela, il prend d’étranges dispositions, car il dégarnit ses pieds et ses mains de leur armure : il n’arrivera pas indemne ni en bon état de l’autre côté ! Mais ainsi, il se tiendra bien sur l’épée plus tranchante qu’une faux, de ses mains nues, et débarrassé de ce qui aurait pu gêner ses pieds : souliers, chausses et avant-pieds. Il ne se laissait guère émouvoir par les blessures qu’il pourrait se faire aux mains et aux pieds ; il préférait se mutiler que de tomber du pont et prendre un bain forcé dans cette eau dont il ne pourrait jamais sortir.
Au prix de cette terrible douleur qu’il doit subir, et d’une grande peine, il commence la traversée ; il se blesse aux mains, aux genoux, aux pieds, mais il trouve soulagement et guérison en Amour qui le conduit et le mène, lui faisant trouver douce cette souffrance. S’aidant de ses mains, de ses pieds et de ses genoux, il fait tant et si bien qu’il arrive sur l’autre rive. Alors lui revient le souvenir des deux lions qu’il pensait avoir vus quand il était encore de l’autre côté ; il cherche du regard, mais il n’y avait pas même un lézard, ni aucune créature susceptible de lui faire du mal. Il met sa main devant son visage pour regarder son anneau et il a la preuve, comme il n’y apparaît aucun des deux lions qu’il pensait avoir vus, qu’il a été victime d’un enchantement, car il n’y a là âme qui vive. Quant à ceux qui sont restés sur l’autre rive, voyant qu’il a ainsi traversé, ils se réjouissent comme il est bien normal ; toutefois, ils ne savent rien de ses blessures. Mais lui considère s’en être tiré à bon compte pour n’avoir pas subi là plus de dommage. Il étanche sur tout son corps le sang de ses blessures avec sa chemise.
Louis VII de France, (1120-1180), roi des Francs de 1137 à 1180.
Henri II d'Angleterre (5 Mars 1133 au 6 Juillet 1189)
Aliénor d'Aquitaine (1122 ou 1124 à 1 Avril 1204)
Marie , comtesse de Champagne (1145 - 1198) est la fille aînée de Louis VII de France et de sa première épouse, Aliénor d'Aquitaine .
Geoffrey de Monmouth, Historia regum Britannie 1136 (latine)
Wace (1100- 1174) Roman de Brut , c. 1155 (anglo-normande)
Chrétien de Troyes (1135-1185)
Wolfram d'Eschenbach ( 1170-1220)
- La cathédrale d'Otrante, c. 1163 Mosaique : Rex Artirus
- ''Découverte'' de la tombe d'Arthur : 1190 (latin ) rapportée par Gerald of Wales
Le cycle de la Vulgate : la Queste del Saint Graal , la Mort (le roi) Artu , le Lancelot , le Estoire del Saint Graal , et la Vulgate Merlin c. 1215-1235 (Français)