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Les légendes du Graal

Quel rôle spirituel pour l’humain à l’âge de l’intelligence artificielle ?

26 Septembre 2026 , Rédigé par Régis Vétillard Publié dans #Réel, #Intelligence Artificielle, #Climat, #La Quête du Graal

En m’asseyant ce matin à la table de travail de l'atelier radio de Fléchigné, mes yeux se posent sur un vieux téléviseur jaune Grundig qui semble retenir le temps. Lancelot et sa mère Anne-Laure imaginaient sans doute l'an 2025 comme un monde d'usines propres et de voitures volantes, où la technologie humaine aurait maîtrisé en toute sérénité, la nature.

Mais la réalité de notre siècle a balayé ces utopies rétro-futuristes. Nous n’avons pas maîtrisé la nature ; nous l’avons rompue.

Aujourd’hui, la Terre Gaste climatique et numérique s’est installée au cœur de nos vies. L’intelligence artificielle générative imite nos pensées tandis que le climat gronde et que les conflits fragmentent notre sol. C'est à ce point d’inflexion, avant d’ouvrir d'autres chapitres, qu’il me faut poser la question cruciale : quel rôle spirituel reste-t-il à l’humain face au miroir de la machine ?

La crise contemporaine, qu’elle se manifeste par le dérèglement climatique ou par l’automatisation généralisée, n’est pas un simple dysfonctionnement technique que l’on pourrait résoudre par un surcroît de calcul. Elle est le symptôme d'une crise spirituelle profonde, dont les racines plongent dans le dualisme occidental hérité de Descartes et Galilée. En séparant le monde entre une matière inerte disponible et un esprit souverain, la modernité a opéré ce que Whitehead appelle la « bifurcation de la nature ». La nature a été réduite à une surface d'exploitation et de calcul statistique, dépouillée de son intériorité et de son mystère.

Mais la matière n’est pas muette. Ce que Jean-Luc Marion nomme le « déchet » de la représentation, cette matérialité sauvage qui échappe à nos équations, comme le dérèglement du climat ou l'effondrement de la biodiversité, est en réalité la protestation du Réel contre son objectivation forcée. En voulant traiter le cosmos comme une horloge mécanique dont l'homme serait le maître exclusif, nous avons provoqué une désertification physique et spirituelle. L’avènement de l’IA s’inscrit dans cet héritage : elle modélise l’intelligence comme un simple traitement de l’information statistique, déconnecté de toute incarnation et de tout engagement charnel.

 

L’IA générative simule le langage humain avec une fidélité troublante. Elle s’appuie sur des architectures statistiques à milliards de paramètres pour générer du texte plausible. Devant ce double de silicium, la modernité succombe à une tentation technocratique majeure : celle de déléguer à la machine le pouvoir de juger, de soigner, voire de gouverner au nom de l’efficacité et de la neutralité.

Pourtant, « penser n'est pas compter ». L’IA ne décide pas, elle calcule ; elle ne juge pas, elle trie et optimise à partir du passé. Cette délégation croissante de notre souveraineté à l’algorithme marque une régression anthropologique majeure : l’humain y est réduit à un simple « nœud de fonctions » ou à un consommateur profilé, vidé de son intériorité. La machine peut simuler la conscience morale, mais elle ne possède pas la capacité d’éprouver le monde. Un robot ne vit pas sous l'horizon de sa propre mort, il n'éprouve ni la souffrance, ni l'angoisse, ni la grâce d'un choix libre. Confondre la puissance de calcul avec le pouvoir de juger, c'est abdiquer notre liberté spirituelle et notre responsabilité devant le vivant.

 

Pour résister à cette réduction machinique, nous devons traquer tout résidu de dualisme. C'est ici que l'enseignement de ma tante Elaine prend toute sa force à travers le concept d’« embodiment » ( Whitehead). La conscience humaine n’est pas un signal désincarné planant au-dessus d'un corps-machine ; elle est une participation incarnée à l’ordre vivant du monde, une « Vibration » ou une « Synthèse vivante » où le corps, l’esprit et le milieu forment une unité indissociable.

Comme l’enseignait Édith Stein, la conscience n'émerge pas d'un agencement mécanique de données abstraites. Elle s'enracine dans le « corps vécu », cette chair sensible qui éprouve de l'intérieur la douleur, la fatigue, la joie et l'empathie .

Le cerveau n’est pas l’organisme exclusif qui produit la pensée, mais une interface, une « tête de lecture » ou un récepteur qui focalise un flux d'expériences cosmiques déjà présentes. L’IA, parce qu'elle est désincarnée et n'habite pas le monde, est structurellement fermée à l’expérience subjective. La chair humaine, dans sa vulnérabilité même, résiste à toute dématérialisation algorithmique. Elle est le lieu sacré de notre ouverture à la transcendance et de notre capacité de communion.

Le chemin du Graal

Dans ses premières recherches, mon grand-père Lancelot aimait utiliser l'analogie de la lampe de poche. Heureux d'éprouver la rigueur de sa pensée, il définissait le sujet comme le « pilote » de la lampe, projetant souverainement son faisceau d'attention dans le noir pour constituer la réalité. Mais, sous l'influence phénoménologique de Jean-Luc Marion, ma pensée a dû opérer une conversion radicale.

Le sujet n'est pas le pilote de la lumière. Le faisceau ne part pas de nous : il vient du Réel — de la Donation — et nous atteint, nous blesse et nous suscite. L'humain n’est pas un sujet constituant et souverain, il est l'« Adonné » : celui qui se découvre lui-même en recevant l'excès du Réel qui l'impacte. Notre « fêlure » biologique et spirituelle — notre vulnérabilité charnelle — n’est pas un défaut de fabrication ou une faiblesse mécanique, mais l'ouverture métaphysique nécessaire par laquelle l'éclat de l'invisible et de la Grâce peut s'inscrire en nous.

Cette conversion éclaire la quête de Perceval. Son éveil au Château du Graal ne fut pas le passage d'une ignorance à un savoir, ce qui serait traiter la vérité comme une substance que l'on possède. Son éveil fut une transformation radicale de sa « préhension » du monde, un passage du silence conformiste à l'événement de la relation pure. En osant poser la Question Salvatrice : « Quel est ton tourment ? », Perceval s'est arraché à l'illusion de la substance pour entrer dans le processus de la compassion et du soin.

Le rôle spirituel de l’humain à l’âge des machines n'est donc pas de dominer le monde ni de fuir la technique, mais de l'habiter en conscience. À la suite de Teilhard de Chardin et de Bernard Stiegler, nous devons envisager la technique comme une dimension de la Noosphère, un vecteur possible de l’évolution de l’esprit, à condition d'être orienté par l'attention. L’IA, loin d’être une menace absolue, agit comme un miroir ontologique : elle simule parfaitement notre rationalité froide et calculatrice pour mieux révéler, par soustraction, ce qui est proprement « non fabricable » chez l’humain : notre chair, notre capacité à souffrir, à douter, à espérer et à recevoir le don gratuit.

Dans ce « Réel élargi » où l'information précède la matière (le It from Bit de John Wheeler), chaque conscience humaine est appelée à être co-créatrice du devenir cosmique. Le Graal n'est plus une coupe perdue dans un passé légendaire, mais un Objet Éternel : un potentiel pur d'unité et de fraternité qui attend d'être actualisé par notre attention pure au présent. Face au désert de l'automatisation, la présence de l'Adonné devient un acte de résistance spirituelle et poétique.

Quelle lumière offrirons-nous à ce monde en quête de sens, pour que la sève de notre culture et de nos traditions nourrisse enfin l’avenir sans que notre histoire ne s’efface dans l’indifférence ?

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Vers une Politique du Réel Augmenté

21 Septembre 2026 , Rédigé par Régis Vétillard Publié dans #Futur, #Ecologie, #Politique

Ma discussion récente avec Elaine sur les enjeux écologiques et sociaux semble, à première vue, nous enfermer dans une opposition binaire insoluble. D'un côté, l'appel à une transformation radicale de notre rapport au vivant ; de l'autre, la fidélité à un ordre hérité et à la responsabilité de transmission. Pourtant, en y songeant, sous le blason sculpté au linteau de la porte à Fléchigné, je sens que les voix de notre Lignée murmurent les prémices d’un dépassement, un « chantier à venir » que nous pourrions nommer la Politique du Réel Augmenté.

Pourquoi le '' Réel Augmenté '' ? - Je m'en explique : je considère que ce que nous appelons '' Réalité '' n'est qu'une version filtrée, réduite et simplifiée du Réel. Elle correspond au cercle de lumière que le faisceau de notre conscience dessine dans l’obscurité. C’est une construction nécessaire à notre survie, mais structurellement appauvrie par nos limites biologiques et conceptuelles. Le Réel, quant à lui, est la totalité englobante, l’obscurité infinie qui précède, contient et déborde ce cercle de lumière.

Nous avons retracé comment nous imaginions l'an 2025 dans les années 1970-1980 ; cela illustre parfaitement cette « réalité simplifiée » : un monde de voitures volantes, d'usines propres et de maîtrise technologique totale. C’est ce que Jean-Luc Marion appelle le « phénomène pauvre » (ou de droit) : un horizon de calculabilité et d'objectivation où l'esprit humain réduit le monde à sa propre mesure pour le dominer.

Cette réduction mécaniste est à la racine de nos crises actuelles (le dérèglement écologique, l'automatisation aliénante). En voulant traiter la Terre ou le travail comme des « objets disponibles », la modernité a produit ce que Marion nomme le « déchet » : cette matérialité sauvage (comme le climat en dérèglement) qui proteste contre son objectivation forcée. La crise écologique est le cri du Réel brisant la clôture de notre réalité utilitaire.

Si le Réel m’apparaît comme une obscurité infinie, je le nomme '' Réel Augmenté'' quand j'élargis mon champ de conscience.

Dès lors, le Réel augmenté ne désigne pas un complément virtuel ou une couche technologique plaquée sur le monde. Il s'agit du dévoilement d'une intensité déjà présente, un élargissement de notre attention et de notre sensibilité qui fissure la prison de nos représentations utilitaires pour nous reconnecter à la surabondance du Réel.

 

Dans notre diagnostic de 2026, la « Terre Gaste numérique » fait rage. Nous errons dans un désert de signes vidés de leur chair, où l'algorithme remplace le jugement. Face aux onze blocs de fractures ( cf article précédent) qui déchirent notre espace politique, nous ne pouvons plus nous contenter de propositions univoques et dogmatiques. Une politique du Réel Augmenté doit habiter ces tensions sous forme d'interrogations fondamentales.

Le Climat et le Réveil Écologique : - Le Constat : nous l'avons vu précédemment. - Mon interrogation : Devons-nous concevoir la nature comme un « partenaire sujet » exigeant la décroissance et le respect des « seuils de convivialité » d'Ivan Illich ? Ou la sauvegarde de notre civilisation repose-t-elle sur la souveraineté technologique, l'innovation décentralisée et la gérance humaine ? Comment articuler la vulnérabilité intrinsèque du vivant avec notre besoin de développement ?

La Technologie, l’Intelligence Artificielle et le Travail : - Mon interrogation : L'automatisation cognitive est-elle une occasion d'émancipation libérant l'humain des tâches répétitives, ou la forme suprême de notre déracinement spirituel ? Le travail doit-il se redéfinir comme une « activité de contribution » gratuite et soignante, ou devons-nous réhabiliter la valeur morale de l'effort, du mérite et du courage individuel ? Comment poser la question de Parsifal — « Quel est ton tourment ? » — dans un monde géré par des algorithmes de boîte noire ?

La Santé et la Sécurité : Mon Interrogation : Ces technologies d'anticipation favorisent-elles notre épanouissement, ou nous enferment-elles dans une surveillance algorithmique liberticide qui abolit le droit à l'erreur et à l'imprévu ? Comment garantir un accès équitable à la santé sans réduire le corps humain à un ensemble d'inputs et d'outputs modélisables ? Où placer la frontière entre la protection collective et l'irréductible liberté de la chair ?

L’Éducation et le Pouvoir d’Achat : Mon interrogation : L'éducation doit-elle être le lieu de la restauration du mérite et de l'autorité traditionnelle, ou une initiation « organique » où l'élève réapprend à relier la physique, la géométrie et la poésie dans un contact charnel avec le vivant ? Le pouvoir d'achat se mesure-t-il par la baisse des charges et la compétitivité marchande, ou par notre capacité à concevoir une économie circulaire et symbiotique valorisant les ressources locales ?

La Nation, l’Immigration et les Frontières : Mon interrogation : Comment penser notre hospitalité sans dissoudre l'hôte qui accueille? Si, à l'image du fleuve historique de Jean-Léonard de la Bermondie, la nation doit renouveler ses eaux pour rester fidèle à son génie, à quelles conditions de réciprocité républicaine un tel métabolisme est-il possible ? Devons-nous opposer l'enracinement local au devoir d'hospitalité mondiale, ou concevoir notre héritage comme un « pont » dynamique plutôt qu'une forteresse close ?

Face à ces interrogations, la tentation de notre époque pourrait être de déléguer notre souveraineté de décision à une puissance technique neutre et automatisée. Mais décider n'est pas calculer. Le calcul cherche l'optimisation froide, tandis que le jugement humain exige le doute, la responsabilité et la confrontation avec le tragique de l'existence. Comme nous l'a enseigné Achille-François Delamarre au XIXe siècle, « les équations ne consolent pas ». L'amour, la douleur et l'espérance échappent structurellement à toute formalisation mathématique.

Le compromis que nous cherchons ne sera ni technique, ni bureaucratique. Il s'inscrit dans un « biréalisme » qui réconcilie le dehors matériel et le dedans conscient du monde. C'est ici que le Graal se dévoile, non plus comme une coupe d'or inerte à posséder (le piège de la substance), mais comme un « Objet Éternel » : un potentiel infini de fraternité, de guérison et de beauté qui attend d'être actualisé par la qualité de notre attention pure au présent.

Pour que la sève de notre passé nourrisse enfin l'avenir sans que notre histoire ne s'ensable dans le désert de l'indifférence, nous devons oser poser les questions fondamentales au cœur de la modernité :

Quelle lumière offrirons-nous à ce monde en quête de sens, pour que la sève de notre culture nourrisse enfin l’avenir sans que notre histoire ne s’efface dans l’indifférence ? 

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Réactions... Sur les enjeux écologiques et sociaux

16 Septembre 2026 , Rédigé par Régis Vétillard Publié dans #Politique, #Ecologie, #Travail, #Religion

Lorsque j'ai présenté mon projet à Elaine, elle a réagi dans un sens que je n'attendais pas. Voici ce que j'ai pu reconstituer de notre débat. Cela nous permettra d'être un peu plus concret que précédemment... Je ferai donc une nouvelle proposition.

L'écologie.

Régis :

« Nous faisons face à une rupture d’échelle. Le climat, la biodiversité, la santé des écosystèmes sont autant de signaux d’alerte. Il ne suffit plus d’“aménager” la nature, il faut la reconnaître comme un partenaire. C’est une révolution dans notre rapport au vivant. Il y a là une opportunité d’unir nos existences sous le signe de la reliance et du soin. »

Elaine :

« Je comprends ta préoccupation, mais je questionne cette idée d’une “nature-sujet”. L’homme doit demeurer souverain. Notre civilisation a toujours été fondée sur l’idée que nous sommes responsables du monde, mais non dilués en lui. Je défendrai une écologie de l’équilibre et de la transmission : protéger les paysages, soutenir les agriculteurs enracinés, mais sans céder à une mystique finalement anti-humaniste. »

Régis :

« Ce n’est pas une mystique, c’est un appel à sortir d’un paradigme destructeur. L’homme n’est pas hors sol. Il est un être relationnel, fragile. Il doit s’inscrire dans une économie du vivant, pas seulement de la croissance. »

Elaine :

« D’accord pour parler de limites, mais encore faut-il qu’elles soient humaines, politiques, et réalistes. La décroissance imposée, la récusation du progrès, ça peut conduire à un affaiblissement de notre civilisation. »

Régis :

« Loin de moi, l'idée de refuser le progrès ….

Sur le travail et l’économie :

Elaine:
« Tu évoques un “revenu d’existence”, un travail réinventé autour du soin et de la gratuité. Mais la France n’a pas besoin de cette utopie rousseauiste : elle a besoin de remettre à l’honneur le mérite, le courage, l’effort. Le travail est aussi une école de responsabilité, une source de dignité. Et ceux qui créent des emplois doivent être soutenus, pas suspectés. »

Régis:
« Je ne nie pas l’effort. Mais quand des millions de personnes souffrent d’un mal-être au travail, quand la finalité devient absurde, il faut avoir le courage de repenser les règles du jeu. Le travail doit se transformer en activité de contribution, orientée vers la vie, pas le profit. »

Elaine:
« Mais qui décide de cette “contribution” ? L’État ? Des comités d’éthique ? C’est dangereux. Le travail libre, c’est aussi le droit de créer, d’innover, de gagner sa vie. Un libéralisme équilibré le permet. Le retour à une économie régulée par des valeurs floues peut conduire à l’inefficacité ou au collectivisme. »

Sur l’immigration, la culture, la nation : ouverture ou enracinement ?

Régis :
« La crise migratoire n’est pas seulement un problème de frontières. C’est une question de justice mondiale, d’hospitalité. Il faut penser une société plurielle, où chacun peut trouver place sans avoir à renier son identité d’origine. »

Elaine :
« Mais c’est précisément là le danger. L’intégration ne fonctionne que s’il y a une culture commune. L’identité française ne peut pas être un patchwork de communautés juxtaposées. Elle s’enracine dans une langue, une histoire, une tradition chrétienne – même sécularisée. Nous devons pouvoir dire : ceci est chez nous. »

Régis :
« Mais “chez nous” peut aussi s’élargir. Il ne s’agit pas de renier l’histoire, mais de la faire évoluer. Le récit national doit inclure la diversité, sans nostalgie. »

Elaine :
« L’hospitalité exige un hôte. Et un hôte, c’est une culture forte, pas désincarnée. Il faut maîtriser les flux migratoires, poser des exigences d’intégration, et défendre sans complexe notre héritage. Sinon, nous allons vers un éclatement social. »

Sur la spiritualité : transcendance ou reliance ?

Régis :
« Je parle de spiritualité au sens large. Pas d’un dogme, mais d’une conscience plus vaste de l’interdépendance. C’est une manière de répondre à la crise du sens. Ni techno-science froide, ni religion autoritaire, mais une exploration du lien. »

Elaine :
« Tu refuses le mot “religion”, mais tu en fais une, sous une autre forme. Cette spiritualité de l’indistinction finit par affaiblir les repères. La France a besoin d’une transcendance claire : celle d’un héritage chrétien et humaniste, qui distingue le Bien du Mal, qui inscrit l’homme dans une verticalité. »

Régis :
« Mais ce “clair” dont tu parles devient vite excluant. Or nous avons besoin d’un espace commun plus accueillant, où chacun peut interpréter le mystère à sa manière. »

Elaine :
« L’accueil, oui. Mais sans renier le cadre. Il ne peut y avoir de liberté partagée sans fondement stable. Sans mémoire, il n’y a plus de liberté, seulement une succession d’opinions sans racines. »

Conclusion : Régis, défend une transformation culturelle et spirituelle. Elaine, plaide pour une fidélité à l’ordre, à la transmission, à la responsabilité.

Régis :
« Je crois en la possibilité d’un monde plus juste, plus vivant, qui dépasse les frontières mentales que nous avons construites. Cela demande une conversion de notre regard sur l’humain et la Terre. »

Elaine :
« Et moi je crois qu’on ne bâtit rien sans socle. Pour ouvrir, il faut d’abord tenir debout. Pour aimer l’autre, il faut savoir qui l’on est. Et pour transmettre, il faut affirmer des valeurs, pas les diluer. »

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Analyse des enjeux et des solutions divergentes pour demain

11 Septembre 2026 , Rédigé par Régis Vétillard Publié dans #Politique

Nous sommes pris dans un nœud de crises simultanées, et tout nous pousse à crisper nos positions et à répondre à l’immédiat. La politique ne peut se limiter à des réactions successives. Car derrière le bruit des urgences, un autre défi se dessine : celui de l’anticipation.

Climat – Santé – Sécurité – Éducation : ces piliers, sans-doute, d’une société viable sont aujourd'hui fragilisés. Demain, ils pourraient être transformés.

Travail – Technologie – Pouvoir d’achat : sont au cœur du contrat social moderne. Ils conditionnent notre modèle économique, notre cohésion et notre dignité collective.

Géopolitique – Immigration – Démographie – Guerre – Terrorisme : sont des lignes de tension du monde. Elles menacent, elles déplacent, elles recomposent.

Chacun de ces blocs soulève entre nous des divergences profondes — politiques, économiques, culturelles — mais il me semble évident, qu'on ne peut pas construire une politique sérieuse sans articuler présent et futur.

La politique me déçoit, parce qu'elle semble manquer de souffle et de projet. On répond à l’inflation, mais on ne parle pas du modèle de consommation. On réforme l’école, mais sans repenser ce que veut dire apprendre au XXIᵉ siècle.

Malheureusement, la politique est structurellement poussée vers le court terme : cycles électoraux courts, pression médiatique de l'instantané, financement de campagne, etc. Des acteurs pratiquent déjà l'anticipation (GIEC, Haut Conseil pour le Climat, prospective d'entreprise, think tanks) mais ils peinent à s'imposer dans la décision.

Et, surtout... Nous restons coincés entre les enjeux et nos divergences.

J'occulte volontairement ce qui semble être devenu l'axe central : le "populisme/anti-système vs establishment", ainsi que l'extrême centre qui pensait pouvoir tout contrôler... Il me semble que le vieux schéma gauche-droite reste ancré en nous. Cependant, après avoir expérimenté les conséquences d'un ''centre'', isolé et faussement omniscient, je reste interrogatif sur la manière de gouverner.

Je schématise rapidement quelques-unes des divergences entre la gauche et la droite sur les grands enjeux. D'ailleurs on peut être de l'un ou l'autre bord selon les thèmes ( par exemple : les libertariens, les souverainistes de gauche, ou les conservateurs sociaux mais europhiles, etc.).

  • Climat : La gauche privilégie restrictions et décroissance, la droite mise sur innovation et souveraineté énergétique. Sans ignorer : l'existence d'un courant écomoderniste de gauche (pro-nucléaire, pro-technologie) et d'un climatoscepticisme fort à droite...

  • Santé : La gauche défend le service public, la droite insiste sur la modernisation et l'efficacité.

  • Sécurité : La droite prône : répression et moyens accrus, la gauche favorise : prévention et lien social.

  • Éducation : La gauche lutte contre les inégalités et revalorise les enseignants, la droite met en avant le mérite et l’autorité.

  • Travail : La gauche protège les salariés et réduit le temps de travail, la droite valorise flexibilité et allègement des contraintes.

  • Technologie : La gauche est prudente sur les dérives, la droite est techno-optimiste. Et également : un courant accélérationniste de gauche (favorable à l'automatisation comme émancipation du travail) et un scepticisme technologique d'une partie de la droite conservatrice ou religieuse (défense des traditions contre la disruption numérique).

  • Pouvoir d’achat : La gauche défend la hausse des salaires et l'encadrement des prix, la droite préfère la baisse des charges et la compétitivité.

  • Géopolitique : La gauche mise sur coopération et diplomatie, la droite insiste sur souveraineté et puissance.

  • Immigration : L’extrême droite la voit comme une menace, la droite plaide pour limitation et assimilation, la gauche favorise accueil et régularisation.

  • Guerre : La gauche est pacifiste, la droite est interventionniste. Pourtant, l'histoire récente nous a montré les interventions extérieures françaises (Libye, Mali) décidées par des gouvernements de gauche, tandis qu'une partie de la droite populiste contemporaine est plutôt isolationniste ou favorable à un rapprochement avec des puissances autoritaires.

  • Terrorisme : La droite veut renforcer la sécurité, la gauche veille à protéger les libertés publiques.

Comment sortir de la logique du blocage et du rapport de force pour créer une dynamique progressive et adaptative, capable d’intégrer les divergences sans les transformer en impasses. ?

Nos visions du monde :

Nous n'avons certainement pas les mêmes visions du monde. Encore pour schématiser :

Pour les uns, le monde est une maison commune, la Terre et les humains sont liés par un destin écologique et éthique. Pour les autres, le monde est un champ de lutte, où la priorité revient à protéger ses proches, son identité, son héritage. La première vision appelle à une éthique de la solidarité planétaire ; la seconde à une spiritualité de la défense du foyer.

Certaines questions sont plus ou moins prégnantes : la technique est-elle neutre ? L’individu doit-il se réaliser par la consommation, la réussite personnelle, ou par le lien, le service, l’équilibre collectif ? Faut-il résister à la logique du marché, ou l’assumer comme forme d’émancipation ?

Certains voient dans le travail un moyen de réalisation personnelle, une activité transitoire, appelant à être repensée au profit de la liberté, de l’art, de la contemplation. D’autres y voient une vocation morale, un devoir social et spirituel, une participation à l’ordre du monde, souvent justifiée par des traditions religieuses ou des éthiques de l’effort.

Enfin une vision sera de défendre la coopération internationale, les traités, les alliances multilatérales ; l’autre de revendiquer la souveraineté nationale, le refus des ingérences, le primat de l’intérêt propre.

Pour les uns, tout humain est mon égal en dignité, quelles que soient ses origines ; l’étranger est un autre moi. Pour les autres, le monde est composé de cultures irréconciliables, et l’essentiel est de préserver sa communauté.

Les uns préféreront tenir que l’humanité est une seule famille, les frontières sont contingentes. D'autres valoriseront l’héritage, le destin collectif : un peuple, une langue, une culture sont des trésors à défendre, parfois au nom de Dieu, parfois au nom de l’histoire.

Nous savons tous, que le dérèglement climatique accentue les conflits, que le sentiment d’insécurité modifie le regard sur l’immigration ; que l'intelligence artificielle transforme le travail et donc le sens de l’éducation. Tout est lié.

Peut-être, conviendrait-il de s'essayer à relier les divergences gauche/droite aux erreurs de prévision de 1970 ou aux scénarios de 2080 ? Par exemple, montrer que le clivage climat gauche/droite d'aujourd'hui rejoue, sous une autre forme, l'opposition déjà présente en 1970 entre les tenants du nucléaire propre et les partisans de la sobriété (Illich) : ce qui en est advenu, et pourquoi ? Cela donnerait une profondeur historique à l'analyse. N'avons-nous pas tendance à penser par oppositions définitives, nettes et univoques ?

Osons une approche systémique et sensible. Nous avons besoin d’une métaphysique à la hauteur du siècle, et non pas seulement de pragmatisme, et de technocratie.

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Comprendre les enjeux du monde d'aujourd'hui, pour 2080

6 Septembre 2026 , Rédigé par Régis Vétillard Publié dans #Futur

Comprendre les enjeux du monde d'aujourd'hui, ce serait dès maintenant poser un diagnostic. Et, pour demain ( disons, 2080) développer une vision, mais avant : comment en 2026, imaginons-nous 2080 ?

Climat

Sur le Climat, par exemple, les experts prévoient , la montée du niveau des mers. Si les émissions de gaz à effet de serre ne sont pas réduites, les scientifiques estiment que le niveau des océans pourrait s’élever de plus d’un mètre d’ici 2100. Cela menacerait des villes côtières comme Jakarta, Miami ou même Bordeaux, avec des migrations massives à prévoir et des coûts colossaux d’adaptation pour les infrastructures. Egalement au cœur des inquiétudes climatiques de 2026 : hausse des températures : certains seuils (+1,5°C) sont déjà quasiment atteints , fonte du permafrost, Amazonie, courants océaniques comme l'AMOC...

Et alors, comment imaginer 2080 ?

Les digues de Djakarta et de Lagos ont cédé. La montée des eaux a rendu inhabitables de vastes zones côtières. En Europe, on accueille des réfugiés climatiques venus d’Asie et d’Afrique, déclenchant tensions politiques et élans de solidarité. Des “mégaprojets” voient le jour pour créer des villes flottantes autonomes, fonctionnant grâce aux énergies renouvelables. La question n’est plus de “sauver la planète”, mais de réapprendre à y vivre autrement.

En 2080, nous aurons réussi à stabiliser le climat. Grâce aux technologies de captation de carbone, à la sobriété mondiale et à la reforestation massive, la température moyenne se sera stabilisée. La biodiversité aura retrouvé son équilibre, et les écosystèmes urbains seront fusionnés avec la nature.

Réaliste ? Cela suppose une coopération mondiale continue, ce qui reste incertain. Qui va payer l'adaptation, quels pays seront les plus vulnérables (déjà largement documenté aujourd'hui) ?

Technologie

Exemple : L’intelligence artificielle générative : Depuis deux, trois ans, l’IA est capable de rédiger des romans, produire des films ou concevoir des médicaments. Cela promet des avancées fulgurantes, mais soulève aussi des questions éthiques : à qui revient la responsabilité en cas d’abus ou de manipulation ? Que devient la place de la créativité humaine ? L'angle mort est la consommation énergétique et des ressources (eau, terres rares, électricité) que l'IA mobilise déjà massivement en 2026... La concentration du pouvoir technologique entre quelques acteurs (grandes entreprises tech), est un enjeu central du débat de 2026.

Et alors, comment imaginer 2080 ?

Les IA sont devenues co-auteures d’œuvres littéraires, juges assistants dans les tribunaux, et même confidentes personnelles. Une génération de jeunes adultes réclame le droit à l’erreur, à l’imperfection, à la lenteur : on parle alors de “sobriété numérique émotionnelle”. Des lois sont votées pour garantir une zone non-automatisée dans chaque ville, des espaces où les décisions ne sont prises que par des humains. L’humanité redécouvre la joie du non-algorithme.

Nous vivrons en cohabitation constante avec des intelligences artificielles personnalisées, sensibles à nos émotions, capables d’évoluer avec nous au fil de la vie. Certaines personnes préféreront vivre et aimer dans le virtuel. Le transhumanisme sera devenu une pratique courante, avec des implants neurologiques donnant accès direct à Internet.

Réaliste ? Le contrôle des infrastructures IA à l'échelle mondiale (qui possède les modèles, les puces, les data centers) sera déterminant pour savoir vers quel scénario on bascule.

Travail

Exemple : L’automatisation accrue des emplois : De nombreux métiers sont largement transformés, voire remplacés, par des machines : comptables, chauffeurs, employés de bureau… Le sujet dominant est à présent l'automatisation des métiers cognitifs et créatifs eux-mêmes (rédaction, code, design) via l'IA générative. Il faudra repenser la formation, le sens du travail, et peut-être imaginer de nouveaux modèles économiques comme le revenu universel – qui fait déjà l'objet d'expérimentations concrètes depuis plusieurs années - pour faire face à ces bouleversements.

Et alors, comment imaginer 2080 ?

Le salariat classique a largement disparu. À la place, les citoyens se voient confier des “missions” rémunérées et choisies, selon leurs compétences et les besoins de la société : reforestation, médiation sociale, mentorat d’enfants, archivage numérique… Le revenu de base universel garantit la stabilité, mais chacun est invité à contribuer selon ses talents. L’utilité sociale prime sur la rentabilité.

Le concept même de “travail” aura été redéfini. La majorité des tâches répétitives seront accomplies par des systèmes automatisés. Les humains auront des rôles de supervision, de création, ou de soin. Le revenu de base mondial assurera l’accès aux biens essentiels, et le statut social ne sera plus lié à l’emploi mais à la contribution citoyenne ou créative.

Réaliste ? Très spéculatif, car il remet en cause les fondements économiques et culturels actuels. Mais la robotisation pourrait y mener. Rappelons-nous un point aveugle similaire en 1970, sur le partage "équitable" des gains de productivité par les syndicats, qui s'est révélé irréaliste.

Géopolitique

Exemple : La lutte pour la domination technologique, militaire et économique entre les États-Unis et la Chine structure déjà l’équilibre mondial. Demain, cela pourrait redessiner les alliances, fragiliser des régions comme l’Asie-Pacifique, et mettre à l’épreuve la gouvernance internationale.

Le diagnostic devrait s'attacher également à la guerre en Ukraine, la recomposition des alliances européennes, la montée de puissances intermédiaires (Inde, Golfe) et la fragmentation des chaînes d'approvisionnement. Les institutions internationales sont en crise (ONU bloquée, OMC affaiblie).

En 2080 - Le monde s’est fragmenté en quatre grandes sphères d’influence : la technosphère sino-asiatique, la sphère euro-africaine écologiste, l’Amérique néolibérale, et une alliance des pays du Sud. Les tensions sont gérées via un Conseil des Intelligences Artificielles Diplomatiques, chargé de modérer les échanges stratégiques. Paradoxalement, ce sont les machines qui préservent la paix fragile entre des humains toujours prompts au conflit. Cela suppose que des IA échapperaient aux intérêts nationaux de leurs concepteurs, ce qui contredit la fragmentation en "sphères d'influence"...

Les États-nations auront perdu en influence au profit de grandes alliances régionales, de villes globales et de collectifs numériques transfrontaliers. Les décisions majeures seront prises à l’échelle planétaire via des plateformes d’intelligence collective. La guerre physique sera rare, remplacée par des conflits informationnels et systémiques.

Réaliste ? Le retour des nationalismes pourrait freiner cette évolution.

Santé – Vers une médecine préventive et personnalisée

En 2080, grâce aux progrès de la génomique, des nanotechnologies et de l’IA, chacun aura un jumeau numérique médical permettant de détecter la moindre anomalie bien avant l’apparition des symptômes. Les maladies chroniques seront gérées de façon automatique, et l’espérance de vie dépassera les 110 ans dans certains pays.

Réaliste ? Et la question de l’accès équitable, de la vieillesse, et des assurances … ?

Sécurité – La surveillance intelligente ou liberticide ?

En 2080, des systèmes d’analyse comportementale prédiront les infractions avant qu’elles ne se produisent. Les drones assureront la sécurité des villes et des frontières. Les cyberattaques seront les guerres du futur, et chaque citoyen disposera d’une “identité numérique sécurisée” inviolable.

Réaliste ? Sur le plan technologique, oui. Mais les tensions entre liberté et sécurité seront plus vives que jamais. Et puis… qui contrôlera les algorithmes ?

Éducation – Apprendre tout au long de la vie connectée

L’école de 2080 ne sera plus un lieu fixe, mais un écosystème d’apprentissages en réalité mixte, adapté au profil cognitif de chaque élève. L’IA jouera le rôle de tuteur personnalisé, et les enfants apprendront avec des camarades du monde entier, en temps réel. Les diplômes seront remplacés par des “portefeuilles de compétences”.

Réaliste ? Très crédible technologiquement. Mais le rôle du professeur, la socialisation, l’inégalité d’accès au numérique, Et, ne pas oublier : apprendre à vivre ensemble.

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En 1970-80 - Les enjeux du monde de demain (2025)

1 Septembre 2026 , Rédigé par Régis Vétillard Publié dans #1970, #Futur, #2025

Il suffit que je me retrouve à Fléchigné et dès l'entrée dans le logis, par les odeurs et la vue familière du mobilier, je me sens interpellé par tous ceux qui m'ont précédé.

Nous sommes en 2026, je ne marche pas seul. Je porte en moi les espoirs et le tracé de Roger de Laron ( Vers 1300), la rigueur de Jean-Léonard de la Bermondie ( vers 1760-1790), les élans de Charles-Louis de Chateauneuf ( vers 1840-1850), l'attention d'Anne-Laure de Sallembier ( vers 1920), la modernité de son fils Lancelot ( vers 1940...), et de sa petite-fille Elaine (fin du XXe s.). Leur Quête s'égrène tout au long d'articles de ce blog ( ou des 8 tomes...).

Riche de leurs recherches et de leur histoire, je formule mes propres questions. Après m'être appuyé sur leur héritage, j'écris désormais sous l'étiquette de mon propre blason.

Je commence cet article avec ces années 1970-1980. À l'époque, je me reposais sur les épaules de Lancelot, d'Elaine et d'Yvain pour imaginer ce que serait 2025 .

Voici les grands enjeux du monde de demain tels qu’ils pouvaient être perçus vers 1970, et comment nous imaginions 2025. Ensuite, dans de prochains articles, je proposerai un nouveau récit, pour 2080 ...

 

Climat (1970) – Le réveil écologique

L’environnement commence à entrer dans les préoccupations mondiales. En 1967, eut lieu la marée noire du Torrey Canyon... Le rapport du Club de Rome (1972) s’apprête à tirer la sonnette d’alarme : croissance infinie et ressources limitées ne font pas bon ménage. J'assiste à une prise de conscience naissante face à la pollution, la surconsommation, et l’épuisement des ressources. La question démographique, est centrale dans les peurs de l'époque (La Bombe P de Paul Ehrlich, 1968) et dans le rapport du Club de Rome lui-même, qui articule croissance démographique et épuisement des ressources, pas seulement croissance économique.

Le mot "écologie" devient politique, et des mouvements verts émergent.

Comment imaginions-nous 2025 ?

- En 2025, grâce au progrès scientifique, nous espérions avoir dompté la pollution. Des usines propres, des voitures électriques volantes, et des villes-jardins abriteront des citoyens respirant un air pur. L’énergie nucléaire, sûre et bon marché, aura remplacé les énergies fossiles ; sauf pour les écologistes qui défendaient l'idée que: - aucune civilisation n’a le droit de léguer à ses descendants des déchets ingérables pendant des millénaires. - la société devait changer de logique et le besoin énergétique de 2025 devra être inférieur à celui de 1970. Ivan Illich parlait déjà de « seuils de convivialité », au-delà d’un certain niveau d’énergie par habitant, la technique cesse de servir l’homme et commence à l’asservir.

L'idée d'un dérèglement climatique mondial était encore peu connue, et le rôle du CO₂ dans le réchauffement n'était pas pleinement saisi. A noter cependant que, dès les années 1970, des modèles internes (notamment chez Exxon) alertaient déjà sur le réchauffement.

Technologie (1970) – L’éveil numérique

Nous vivons le début de l’informatisation : les premiers ordinateurs personnels sont à l’horizon, Arpanet (précurseur d’Internet) vient d’être créé. L'informatique lourde (mainframes) structure déjà l'industrie, la finance et l'armée. L’homme a marché sur la Lune un an plus tôt (1969), ce qui nourrit un fort imaginaire technologique et spatial. Les télécommunications par satellite (Intelsat), sont opérationnelles, et préfigurent la mondialisation des flux d'information.

Nous nous interrogeons sur : quelles frontières l’humanité franchira-t-elle grâce à la science ( fusées, avions, robots...), et jusqu’où ira l’automatisation ?

Comment imaginions-nous 2025 ?

En 2025, nous pouvions imaginer que nous aurons des ordinateurs dans chaque foyer, que les communications se feront en visiophonie, et les voitures seront presque toutes autonomes... Nous pensions que les humains voyageraient régulièrement sur la Lune, et que les robots ménagers seraient multipliés.

La plupart d'entre nous n'avions pas réellement anticipé l’explosion du numérique, et la mondialisation accélérée... Pourtant, la science-fiction, la culture populaire de l'époque (2001, l'Odyssée de l'espace et HAL, 1968) imaginait déjà une intelligence artificielle conversationnelle...

Travail (1970) – Les Trente Glorieuses et leurs promesses

C’est une période d’expansion économique. Le modèle du salariat à vie, des grandes entreprises et des syndicats puissants, structure la société. On assiste aussi à l’entrée progressive des femmes sur le marché du travail. La productivité augmente, mais on commence à se demander si le travail rend vraiment libre... Mai 68, à peine deux ans plus tôt, a profondément questionné le rapport au travail salarié et à l'autorité en entreprise...

Les chocs pétroliers de 1973 et 1979 arrivent immédiatement et vont brutalement clore les Trente Glorieuses. Il faut donc relever la fragilité déjà perceptible du modèle (dépendance énergétique, premiers signes d'essoufflement).

Nous nous interrogeons sur comment répartir les fruits de la croissance, réduire le chômage, et améliorer les conditions de travail sans casser le modèle social ?

Comment imaginions-nous 2025 ?

- Grâce à l’automatisation, nous travaillerons moins : 20 heures par semaine suffiront. Le travail deviendra une activité choisie, presque ludique. Les femmes auront conquis l’égalité salariale, et les syndicats géreront le partage équitable des gains de productivité.

Travailler moins... ? Mais la mondialisation et les délocalisations industrielles, sont la clé de la transformation réelle du travail occidental, pas seulement la précarisation en général.

On s’attendait à une société de loisirs, avec du temps libre accru. On voyait le progrès technique comme libérateur… sans forcément anticiper la précarisation de l’emploi ou les effets d’un monde hyperconnecté. Nous n'avons pas anticipé le vieillissement démographique et la question des retraites...

Géopolitique (1970) – Le monde bipolaire

C’est l’époque de la guerre froide entre les États-Unis et l’URSS. La menace nucléaire est bien réelle, les conflits idéologiques structurent le monde. En parallèle, de nombreux pays d’Afrique et d’Asie fraîchement décolonisés cherchent leur voie. On parle de Tiers Monde et de non-alignement. La Chine, en 1970-72 avec la normalisation Nixon-Mao, amorce déjà sa réémergence.

Nous nous interrogeons sur : comment éviter une guerre totale ( nucléaire), tout en repensant les rapports Nord-Sud et les équilibres planétaires. Se pointent, les enjeux géopolitiques (guerre du Kippour 1973, chocs OPEP) du Moyen-Orient.

Comment imaginions-nous 2025 ?

- Le monde sera devenu multipolaire. Après la fin de la guerre froide, une gouvernance mondiale plus unifiée garantira la paix. Peut-être que l’ONU deviendra un véritable gouvernement planétaire ? Pourtant les blocages du Conseil de sécurité par les vetos américain et soviétique rendaient cette utopie déjà peu crédible sur le plan institutionnel. L’Europe sera fédérale, l’Afrique riche et pacifiée, et les conflits obsolètes.

Il existait un fort espoir dans l’universalisation de la paix après les horreurs du XXᵉ siècle. On imaginait que les progrès diplomatiques et économiques mèneraient à un monde post-conflit… Nous n'imaginions pas les fractures nouvelles (terrorisme, cyberconflits, populismes).

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