1970
En 1970-80 - Les enjeux du monde de demain (2025)
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Il suffit que je me retrouve à Fléchigné et dès l'entrée dans le logis, par les odeurs et la vue familière du mobilier, je me sens interpellé par tous ceux qui m'ont précédé.
Nous sommes en 2026, je ne marche pas seul. Je porte en moi les espoirs et le tracé de Roger de Laron ( Vers 1300), la rigueur de Jean-Léonard de la Bermondie ( vers 1760-1790), les élans de Charles-Louis de Chateauneuf ( vers 1840-1850), l'attention d'Anne-Laure de Sallembier ( vers 1920), la modernité de son fils Lancelot ( vers 1940...), et de sa petite-fille Elaine (fin du XXe s.). Leur Quête s'égrène tout au long d'articles de ce blog ( ou des 8 tomes...).
Riche de leurs recherches et de leur histoire, je formule mes propres questions. Après m'être appuyé sur leur héritage, j'écris désormais sous l'étiquette de mon propre blason.
Je commence cet article avec ces années 1970-1980. À l'époque, je me reposais sur les épaules de Lancelot, d'Elaine et d'Yvain pour imaginer ce que serait 2025 .
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Voici les grands enjeux du monde de demain tels qu’ils pouvaient être perçus vers 1970, et comment nous imaginions 2025. Ensuite, dans de prochains articles, je proposerai un nouveau récit, pour 2080 ...
Climat (1970) – Le réveil écologique
L’environnement commence à entrer dans les préoccupations mondiales. En 1967, eut lieu la marée noire du Torrey Canyon... Le rapport du Club de Rome (1972) s’apprête à tirer la sonnette d’alarme : croissance infinie et ressources limitées ne font pas bon ménage. J'assiste à une prise de conscience naissante face à la pollution, la surconsommation, et l’épuisement des ressources. La question démographique, est centrale dans les peurs de l'époque (La Bombe P de Paul Ehrlich, 1968) et dans le rapport du Club de Rome lui-même, qui articule croissance démographique et épuisement des ressources, pas seulement croissance économique.
Le mot "écologie" devient politique, et des mouvements verts émergent.
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Comment imaginions-nous 2025 ?
- En 2025, grâce au progrès scientifique, nous espérions avoir dompté la pollution. Des usines propres, des voitures électriques volantes, et des villes-jardins abriteront des citoyens respirant un air pur. L’énergie nucléaire, sûre et bon marché, aura remplacé les énergies fossiles ; sauf pour les écologistes qui défendaient l'idée que: - aucune civilisation n’a le droit de léguer à ses descendants des déchets ingérables pendant des millénaires. - la société devait changer de logique et le besoin énergétique de 2025 devra être inférieur à celui de 1970. Ivan Illich parlait déjà de « seuils de convivialité », au-delà d’un certain niveau d’énergie par habitant, la technique cesse de servir l’homme et commence à l’asservir.
L'idée d'un dérèglement climatique mondial était encore peu connue, et le rôle du CO₂ dans le réchauffement n'était pas pleinement saisi. A noter cependant que, dès les années 1970, des modèles internes (notamment chez Exxon) alertaient déjà sur le réchauffement.
Technologie (1970) – L’éveil numérique
Nous vivons le début de l’informatisation : les premiers ordinateurs personnels sont à l’horizon, Arpanet (précurseur d’Internet) vient d’être créé. L'informatique lourde (mainframes) structure déjà l'industrie, la finance et l'armée. L’homme a marché sur la Lune un an plus tôt (1969), ce qui nourrit un fort imaginaire technologique et spatial. Les télécommunications par satellite (Intelsat), sont opérationnelles, et préfigurent la mondialisation des flux d'information.
Nous nous interrogeons sur : quelles frontières l’humanité franchira-t-elle grâce à la science ( fusées, avions, robots...), et jusqu’où ira l’automatisation ?
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Comment imaginions-nous 2025 ?
En 2025, nous pouvions imaginer que nous aurons des ordinateurs dans chaque foyer, que les communications se feront en visiophonie, et les voitures seront presque toutes autonomes... Nous pensions que les humains voyageraient régulièrement sur la Lune, et que les robots ménagers seraient multipliés.
La plupart d'entre nous n'avions pas réellement anticipé l’explosion du numérique, et la mondialisation accélérée... Pourtant, la science-fiction, la culture populaire de l'époque (2001, l'Odyssée de l'espace et HAL, 1968) imaginait déjà une intelligence artificielle conversationnelle...
Travail (1970) – Les Trente Glorieuses et leurs promesses
C’est une période d’expansion économique. Le modèle du salariat à vie, des grandes entreprises et des syndicats puissants, structure la société. On assiste aussi à l’entrée progressive des femmes sur le marché du travail. La productivité augmente, mais on commence à se demander si le travail rend vraiment libre... Mai 68, à peine deux ans plus tôt, a profondément questionné le rapport au travail salarié et à l'autorité en entreprise...
Les chocs pétroliers de 1973 et 1979 arrivent immédiatement et vont brutalement clore les Trente Glorieuses. Il faut donc relever la fragilité déjà perceptible du modèle (dépendance énergétique, premiers signes d'essoufflement).
Nous nous interrogeons sur comment répartir les fruits de la croissance, réduire le chômage, et améliorer les conditions de travail sans casser le modèle social ?
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Comment imaginions-nous 2025 ?
- Grâce à l’automatisation, nous travaillerons moins : 20 heures par semaine suffiront. Le travail deviendra une activité choisie, presque ludique. Les femmes auront conquis l’égalité salariale, et les syndicats géreront le partage équitable des gains de productivité.
Travailler moins... ? Mais la mondialisation et les délocalisations industrielles, sont la clé de la transformation réelle du travail occidental, pas seulement la précarisation en général.
On s’attendait à une société de loisirs, avec du temps libre accru. On voyait le progrès technique comme libérateur… sans forcément anticiper la précarisation de l’emploi ou les effets d’un monde hyperconnecté. Nous n'avons pas anticipé le vieillissement démographique et la question des retraites...
Géopolitique (1970) – Le monde bipolaire
C’est l’époque de la guerre froide entre les États-Unis et l’URSS. La menace nucléaire est bien réelle, les conflits idéologiques structurent le monde. En parallèle, de nombreux pays d’Afrique et d’Asie fraîchement décolonisés cherchent leur voie. On parle de Tiers Monde et de non-alignement. La Chine, en 1970-72 avec la normalisation Nixon-Mao, amorce déjà sa réémergence.
Nous nous interrogeons sur : comment éviter une guerre totale ( nucléaire), tout en repensant les rapports Nord-Sud et les équilibres planétaires. Se pointent, les enjeux géopolitiques (guerre du Kippour 1973, chocs OPEP) du Moyen-Orient.
Comment imaginions-nous 2025 ?
- Le monde sera devenu multipolaire. Après la fin de la guerre froide, une gouvernance mondiale plus unifiée garantira la paix. Peut-être que l’ONU deviendra un véritable gouvernement planétaire ? Pourtant les blocages du Conseil de sécurité par les vetos américain et soviétique rendaient cette utopie déjà peu crédible sur le plan institutionnel. L’Europe sera fédérale, l’Afrique riche et pacifiée, et les conflits obsolètes.
Il existait un fort espoir dans l’universalisation de la paix après les horreurs du XXᵉ siècle. On imaginait que les progrès diplomatiques et économiques mèneraient à un monde post-conflit… Nous n'imaginions pas les fractures nouvelles (terrorisme, cyberconflits, populismes).
Un '' nouveau Moyen-âge '' ?
Le plus étonnant pour Lancelot, est l'attachement de Morin - moins perceptible dans ces années70, il est vrai - à la Révolution. Moscou, Pekin, Cuba avaient déjà englouti ses rêves libérateurs; mais il avait espéré dans les explosions de Berkeley, le développement de la ''contre-culture'', ''mai 68''... A présent, il parlait d'un '' nouveau Moyen-âge '' - et Lancelot fit tout pour l'en dissuader, estimant la comparaison mal choisie...
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Morin tient à son expression pour décrire une période de crise et de transformation profonde de notre société. Il décrit nos années 70, comme un '' âge de fer planétaire '' et une ''préhistoire de l'esprit humain ''. Il appelle à repenser nos valeurs et nos structures pour évoluer vers une nouvelle forme de civilisation.
Morin pense au Moyen-âge pour signifier la crise actuelle, parce que le Moyen-Âge est souvent vu comme une période de transition, parce qu'il est marqué par des crises multiples ( invasions, famines, épidémies), qu'il est une période de quête de sens et de renouveau spirituel.
Lancelot objecte qu'il accepterait volontiers cette expression, si elle signifiait dans son esprit, un nouveau point de départ, en faisant siennes les préoccupations spirituelles et religieuses et en appelant au génie de la synthèse, au sens de l’unité, qui caractérise cette période dans l'esprit de Nicolas Berdiaeff ( Un nouveau Moyen Age, 1924 ) ou de Rémy Brague aujourd'hui.
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La référence au Moyen-âge, permet de relever plusieurs aspects de cette période :
- la capacité à intégrer et développer les savoirs des Anciens, notamment grecs et arabes, tout en les adaptant à leur propre contexte culturel et religieux.
- l'importance de nos fondements spirituels.
- l'équilibre entre tradition et innovation.
Et pour faire plaisir – à raison – à Edgar Morin : - l'étude de manière transdisciplinaire, intégrant la philosophie, la théologie, et les sciences. Cette approche holistique est nécessaire pour aborder les défis complexes du monde contemporain.
Malheureusement, cette expression qui évoque le retour au Moyen-âge, est en général, une formule péjorative. Elle évoque un Moyen Âge, plein de violences, de désordres, de catastrophes naturelles, de seigneurs de la guerre, de querelles de pouvoir; un temps d'irrationalisme et d'inhumanité!
« Il n’y a pas un unique “moyen âge”, si l’on entend par ce terme une époque où l’homme, après la clarté de la civilisation, s’enfonce momentanément dans la nuit de l’ignorance et de la grossièreté. » C'était la définition donnée en 1921, par Walter Deonna un célèbre archéologue et historien.
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Henri Marrou, que Lancelot connaît depuis la guerre, puis à Esprit ; ( 1950 - Henri-Irénée Marrou (1904-1977) - Les légendes du Graal (over-blog.net) ) lui rappelait que dans les années 20, « le Moyen Âge était l’objet d’une vénération unanime : ce n’était pas seulement le fait des hommes de droite.. » Il se souvient de « Waldo Frank, un marxiste pourtant, ou tout au moins marxisant, ce qui ne l’empêchait pas de célébrer le temps où “le pape et l’empereur, Dante et son valet”, partageaient la même conception du monde et de la vie. Ce qu’on admirait alors dans le Moyen Âge, c’étaient moins ses grandes réalisations que le prototype qu’il nous fournissait d’une civilisation “saine”, c’est-à-dire organisée autour d’un même système idéologique, par opposition à l’anarchie des valeurs du monde contemporain » ( Henri-Irénée Marrou, « D’un nouveau Moyen Âge », Esprit, n° 344, déc. 1965, p. 1200.)
Aujourd'hui, Rémy Brague (1947 - ) penseur catholique et ancien professeur de philosophie à la Sorbonne, explique qu’il souhaite un « retour au Moyen Âge » pour dépasser l’humanisme exclusif athée qu’il accuse d’avoir entraîné l’humanité vers des idées destructrices et des menaces totales ( Rémi Brague, Le propre de l’homme. Sur une légitimité menacée, Paris, Flammarion, 2013)
Sans aller si loin ; la modernité en Europe s’est développée en grande partie en réaction au Moyen Âge. Les penseurs de la Renaissance ont cherché à rompre avec les traditions médiévales pour promouvoir des idées nouvelles basées sur la raison, la science et l’humanisme. Ils ont même défini leurs propres idées en opposition directe à celles de cette période.
Je rappelle que l’expression “Moyen Âge” a été inventée au XVIIe siècle par l’historien allemand Christoph Keller, pour la situer entre la fin de la grandeur de l'Empire romain, et cette période où quelques uns se considèrent comme vivre une Renaissance, et qui marquerait le début de l’entrée de l’Europe dans ce qui serait une forme de modernité aboutissant aux Lumières.
L’essentiel de ce que les gens imaginent être le Moyen Âge est en réalité hérité du XIXe siècle : c’est Walter Scott, c’est Victor Hugo, etc.