anne laure de sallembier
1908 Lettre d'Anne-Laure de Sallembier à W. James
Mon objectif sur plusieurs articles, est – à partir du début du XXème siècle jusqu'à aujourd'hui – de montrer comment notre appréhension du Réel, s'est modifiée grâce aux savoirs croisés de la science et de la métaphysique. Je commence avec cette lettre datée de 1908.
J'ai entre les mains une lettre d'Anne-Laure de Sallembier ( enfin, son brouillon...) . Mes doigts glissent sur le relief des caractères, et s'éveille l'impression de sa présence. J'imagine, en la lisant, sa voix murmurant les nouvelles dimensions de notre Quête.
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Au tournant du XXe siècle, Anne-Laure de Sallembier (1875- 1954) a su transformer la quête spirituelle de sa lignée en un véritable chemin de connaissance, faisant dialoguer la rigueur de la science de la Belle Époque avec l'intuition métaphysique.
Elle a activement cherché à dépasser le matérialisme positiviste de son temps pour réconcilier la raison et l'invisible.
Fidèle à son esprit de curiosité, Anne-Laure fréquentait assidûment les milieux intellectuels et s'est liée avec d'éminents savants de son époque : ( voir ici, dans les articles précédents...)
- Camille Flammarion : Aux alentours de 1895, le célèbre astronome et vulgarisateur, qui éprouvait pour elle un penchant certain, lui a rendu visite au manoir de Fléchigné. Ensemble, ils discutaient des lois de la physique céleste tout en s'adonnant à des expériences spirites.
- Henri Poincaré : Par l'intermédiaire de son compagnon Jean-Baptiste de Vassy (J.B.), un érudit qui travaillait comme employé à la bibliothèque du Collège de France et transcrivait les cours de Poincaré, Anne-Laure a fréquenté de près le cercle intime du mathématicien. Elle se pressait régulièrement pour écouter ses conférences publiques (notamment celle sur « La morale et la science »).
- Emmy Noether : En 1906, lors d'une réception à Nuremberg, Anne-Laure s'est liée d'amitié avec cette jeune mathématicienne de 24 ans (qui allait révolutionner l'algèbre abstraite). Emmy l'a notamment initiée à la géométrie et au mystère du « carré magique » d'Albrecht Dürer.
- Paul Painlevé : Ce grand mathématicien et homme d'État était un ami très proche d'Anne-Laure, qui le recevait dans ses salons parisiens aux côtés d'autres figures de l'élite intellectuelle.
- William James : Lors du Congrès International de Philosophie à Heidelberg en 1908 (où elle accompagnait le philosophe des sciences Émile Boutroux), sa rencontre avec le psychologue et philosophe américain a été déterminante pour l'évolution de sa pensée.
Ci-dessous: de Besnard Albert - La Vérité entrainant les sciences à sa suite répand la lumière sur les hommes 1890
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Aux alentours de 1900, la vision scientifique d'Anne-Laure s'est construite en réaction directe contre le réductionnisme mécaniste de la fin du XIXe siècle :
- Le refus de la « bifurcation de la nature » : Inspirée par Henri Bergson, elle rejetait la séparation moderne entre les faits mesurables d'un côté (la science) et les valeurs de l'autre (le sens, l'âme). Pour elle, l'idée de Nature englobe intimement le divin, l'humanité et l'univers. Elle considérait que le visible est le miroir de l'invisible, le "surnaturel" n'étant qu'une dimension plus vaste du naturel que la science classique refusait de voir.
- Le conventionnalisme de l'observateur (Poincaré) : En écoutant Poincaré, elle a assimilé l'idée que les lois de la nature ne sont pas des dogmes figés, mais des « conventions commodes ». Elle comprenait ainsi que le Réel représenté par la science n'est jamais totalement indépendant de l'esprit de l'observateur.
- L'identité comme processus et la quatrième dimension : Contre l'illusion des substances statiques ou des essences fixes, elle percevait les êtres et le monde comme des flux de relations en perpétuel devenir. De plus, elle était convaincue que le passé ne meurt pas mais subsiste éternellement dans une quatrième dimension temporelle (qu'elle associait à la fois à l'astronomie et à la mémoire involontaire proustienne).
- L'expérience et la « volonté de croire » (James) : William James lui a enseigné que pour savoir si une chose est vraie, il faut d'abord poser une croyance, puis la tester. Cette approche pragmatique lui a permis de comprendre que le Graal n'était pas une relique physique ou matérielle à posséder, mais un chemin de la Nature vers la Grâce à valider par l'expérience vécue.
En somme, pour Anne-Laure de Sallembier, la science était une discipline admirable et nécessaire pour déchiffrer l'univers, mais elle demeurait insuffisante à elle seule s'il lui manquait la dimension qualitative, relationnelle et spirituelle du vivant.
À la fin du XIXᵉ siècle, la physique semble avoir atteint une grande maturité. En 1894, Albert Michelson peut même penser que les grands principes de la physique sont désormais solidement établis.
Pourtant, en avril 1900, le physicien britannique Lord Kelvin prononce une conférence devenue célèbre, intitulée Nineteenth Century Clouds over the Dynamical Theory of Heat and Light.
Kelvin considère que la physique de son époque est remarquablement cohérente et qu’elle explique avec succès une grande partie du monde physique. Mais, selon lui, deux problèmes persistent, comme deux « nuages » qui viennent obscurcir ce tableau apparemment achevé.
Personne ne le sait encore, mais ces deux difficultés vont ouvrir la voie à deux bouleversements majeurs de la physique du XXᵉ siècle : la relativité et la physique quantique.
En mécanique, depuis Newton, puis Lagrange et Hamilton : le mouvement est l'effet de la rencontre de forces et de matière.
On sait calculer avec une précision remarquable : les trajectoires ; les mouvements planétaires ; les oscillations ; les collisions ; les systèmes mécaniques ; les phénomènes de gravitation.
En électromagnétisme, selon Maxwell et Hertz, les charges et les courants produisent des champs électromagnétiques, qui eux-mêmes permettent la propagation des ondes. La lumière est une onde électromagnétique.
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La physique possède donc déjà une théorie unifiée de l'électricité, du magnétisme et de la lumière.
En 1900, les physiciens disposent d'une physique extrêmement efficace des phénomènes observables, mais ils ne savent pas encore clairement ce que sont les constituants ultimes de la matière.
La chimie utilise depuis longtemps les notions d'atome et de molécule. La théorie cinétique des gaz fonctionne remarquablement bien. Mais une partie des physiciens considère encore les atomes comme des constructions théoriques utiles, pas nécessairement comme des objets physiquement réels.
Dans ce contexte, je vous présente ci-dessous une lettre de Anne-Laure de Sallembier, qui remercie William James, de discussions avec elle et Emile Boutroux - lors du Congrès International de Philosophie à Heidelberg en 1908 ( <- suivez ce lien) . Cette lettre pose – à mon avis - exactement la bonne question.
Le mécanisme classique s'effondre, et personne ne sait encore ce qui le remplacera. Dans cet espace d'incertitude, Anne-Laure introduit une intuition et une question.
La question centrale du siècle sera de savoir si une conception honnête du Réel peut faire droit à la fois à ce que la science mesure et à ce que la conscience éprouve, sans sacrifier l'une à l'autre.
Paris, le 24 octobre 1908 À l'attention du Professeur William James
Mon cher Professeur,
C'est avec une profonde gratitude et une vive émotion que je reprends la plume pour vous écrire, alors que le souvenir de nos douces déambulations à Heidelberg, lors de ce IIIe Congrès International de Philosophie, illumine encore mes pensées. Les riches discussions que nous avons partagées, en compagnie de mon cher Émile Boutroux, résonnent en moi comme une merveilleuse promesse de réconciliation entre l'exigence de la raison et le frémissement de l’âme.
Ma lecture récente de Pragmatism et votre enseignement sur la « volonté de croire » et l'idée que la vérité est une expérience vivante, m'ont profondément marquée. Selon vous, la vérité ne vit que de ce que nous lui apportons, elle est moins un trésor qu'une flamme : réelle tant qu'elle brûle, et qui s'éteint faute d'être entretenue. Vous avez su donner une assise philosophique à ce que je pressentais de manière intuitive : notre quête du Graal n'est pas la recherche d'une relique matérielle ou d'un fait scientifique inerte, mais un véritable chemin de la Nature à la Grâce que l'on doit valider par l'expérience et l'effort de notre intériorité.
À l'aune de nos échanges, je ne peux m'empêcher de contempler l'état extraordinaire de nos connaissances scientifiques en ce début de siècle. Un érudit attentif ne peut que constater que le vieux mécanisme newtonien vit ses dernières heures de certitude absolue. Le monde solide et prévisible des physiciens du siècle dernier vacille sous les assauts de découvertes déroutantes. La mise en évidence de l'électron, les mystères des rayons X, la radioactivité et la dissolution progressive de l'hypothèse de l'éther nous révèlent que la matière n'est pas une substance inerte, mais un tissu complexe d'énergies et de relations.
Ce grand débat s'incarne aujourd'hui sous nos yeux à travers deux visions fascinantes :
D'un côté, la physique statistique de Boltzmann et les démonstrations expérimentales récentes de Jean Perrin, qui viennent d'établir de manière indiscutable l'existence physique et granulaire de l'atome.
De l'autre, la vision énergétique de Wilhelm Ostwald, pour qui la matière se dissout dans le concept plus vaste d'énergie et de champ d'interactions.
On me rapporte que le mathématicien Minkowski vient de proposer à Cologne une vision saisissante : l'espace et le temps ne seraient plus deux réalités séparées, mais les dimensions d'un seul et même continuum. Je ne sais si cette idée survivra à l'examen — mais elle me trouble d'une façon que je ne saurais encore nommer.
Grâce à mon compagnon Jean-Baptiste de Vassy, qui transcrit avec tant de dévouement les leçons de son maître Henri Poincaré, j'ai assimilé cette idée capitale : les lois scientifiques ne sont que des conventions commodes. La géométrie d'Euclide elle-même n'est pas l'expression d'un espace absolu, elle est simplement la plus avantageuse pour notre esprit. Comme Poincaré l'a si bien rappelé lors de la récente controverse sur la rotation de la Terre, et dans sa réflexion sur la relativité du mouvement, nos représentations de la réalité dépendent de nos conventions .
C'est ici que votre pragmatisme rejoint la philosophie de la « durée » de Bergson qui m'est si chère. Contre la science froide qui découpe le temps en instants figés comme des photographies, vous nous invitez à ressentir le flux continu du devenir. Tout comme mon ami Camille Flammarion me le suggérait lors de ses soirées d'astronomie à Fléchigné, tout le visible n'est que le miroir de l'invisible. La nature englobe le divin, l'humanité et l'univers dans un immense jeu de correspondances spirituelles.
Madame Curie nous a montré, par la seule rigueur de son travail, que la matière recèle des énergies que nous n'imaginions pas.
Mon petit Lancelot, qui avait huit ans lors de notre séjour, joue encore parfois dans le salon en répétant les mots anglais que vous lui avez murmurés avec tant de bienveillance. Il est, lui aussi, le témoin de cette transition vers un monde nouveau où la science apprendra peut-être enfin à consoler les cœurs.
Recevez, mon cher Professeur, toute l’admiration fidèle de mon esprit éveillé par votre présence, et l'assurance de mon amitié la plus respectueuse.
Anne-Laure de Sallembier
1954 – Fin de la vie d'Anne-Laure de Sallembier
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De façon très inhabituelle, Anne-Laure de Sallembier s'est couchée avant le repas du soir ; elle avait simplement demandé à Madeleine de faire manger Elaine, et de la coucher. Elle se sentait fatiguée, et avait besoin de récupérer. Le lendemain, Madeleine appelait Lancelot à Paris, pour lui faire part de son inquiétude sur la santé de sa mère. La comtesse de Sallembier n'a plus quitté son lit ; et Lancelot vécut les semaines les plus intenses et douloureuses de sa vie.
Après la visite du médecin, et quelques analyses effectuées dans une clinique aux alentours de Paris. La mère de Lancelot exprime son impérieux souhait de revenir à Fléchigné, et de mourir nulle part ailleurs !
Pourquoi Fléchigné ? Parce que une part de soi est ici, parce que cette maison a toujours été un refuge, ce dont elle a besoin à présent. « Ici, je continue à vivre, dit-elle, ailleurs je commencerai à mourir. »
« Si je meurs, dans mon logis, ma présence continuera à vous accompagner ».
Lancelot fit déménager la plupart des meubles de sa chambre dans un petit salon du rez-de-chaussée. Ainsi, pendant la journée, Anne-Laure restait proche de chacun ; et pour la nuit il a été aménagé un coin nuit dans le grand salon pour la personne qui la veillait.
Une infirmière a secondé Madeleine pour les soins, le médecin venait régulièrement, et n'hésitait pas à proposer de la morphine pour atténuer les douleurs.
Lancelot est resté présent, le plus possible proche, frappé par l'abandon progressif de sa mère pour les soucis matériels, et la confiance qu'elle faisait à Madeleine en lui abandonnant tout.
Anne-Laure ne fut jamais irritée envers quiconque, elle semblait plutôt désolée du souci qu'elle donnait à chacun.
C'est à Elaine ( dix ans), qu'elle semblait vouloir raconter encore beaucoup de souvenirs ; la dernière semaine, elle n'en avait plus la force et priait Lancelot de continuer sur l'idée qui lui venait.
Alors, elle fermait les yeux et écoutait Lancelot évoquer certains personnages qu'elle avait connus, sa main acquiesçait ou s’agitait pour réfuter...
Lancelot savait que sa mère était rassurée de partir, entourée de ses proches, en particulier de son fils et de sa petite fille.
« Vous serez mes passeurs » leur avait-elle dit, alors qu'elle feuilletait, comme souvent, les cartes du Tarot. Elle avait devant les yeux l'arcane XIII.
« Il ne faut pas craindre cette image, disait-elle, elle peut apparaître comme la ''lavandière du gué'' annonciatrice d'un malheur, alors qu'elle n'est que l'annonce d'un passage, donc l'instructrice d'une connaissance. Dans notre tradition du Graal, la carte représente aussi la Jérusalem céleste. Elle est le but ultime du pèlerin, le terme de la croisade du templier.
Durant l'existence de nos ancêtres, le Graal avait quitté la Terre sainte pour l'Occident ; pour que la société arthurienne puisse donner à notre monde la dimension sacrée et spirituelle à laquelle nous aspirons. Aujourd'hui, ce Graal que nous cherchons, nous reconduit, par la Foi et la Raison, jusqu'à Jérusalem. »
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Elle rappelait souvent, à la petite Elaine, que son grand-père Charles-Louis lui racontait des histoires de l'Autre Monde, tous deux savaient que nous utilisons les images de ce monde, pour évoquer le Vrai Monde ; celui où elle se rendait...
« Si nous parlons en légendes, c'est qu'elles sont bien plus que ce que la plupart des gens se représentent. »
Elle confiait à sa petite fille comment Lancelot, fut le plus beau cadeau que la vie lui avait fait, et comment sa bonne fortune lui a permis de vivre intensément la fin d'une époque aristocratique mais réservée, il est vrai, à une petite partie de la population.
Anne-Laure avait raconté comment elle avait découvert ce monde avec Elisabeth de Gramont en particulier. Elaine se souvenait comment cette jolie demoiselle avait choisi un beau jeune homme, Philibert de Clermont-Tonnerre (1871-1940) comme époux. Elle s'installe alors en Bourgogne, a une petite fille Béatrix ; et elle s'ennuie, revient à Paris avenue Kléber... Anne-Laure et Elisabeth courent les salons, celui de madame Strauss, de Madeleine Lemaire où on pouvait voir Proust, de Robert de Montesquiou ; mais, Philibert est jaloux, violent, elle perd sous ses coups son deuxième bébé !
Anne-Laure a déjà raconté la comtesse Greffulhe, magnifiée par Proust, mais qu'elle ne reçut que vers 1904, quand sa fille épousa Armand de Gramont, ami de Proust. Sa fille, c'est Elaine Greffulhe.
Lancelot rappelle aussi qu'il y avait Anna de Noailles..
Anne-Laure a rencontré la théosophie, a fait tourner les tables. Elle s'est passionnée pour l'étude de la nature, elle fréquentait Camille Flammarion: elle se persuadait que l'idée de Nature, englobe le divin, l'humanité et l'univers... Tout le visible est le miroir de l'invisible ; et l'invisible devient simplement ''naturel''.
D'autres expériences vont enrichir sa représentation du réel, son passage au Figaro, puis au 'Mercure de France'.
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Jean-Baptiste de Vassy ( J.B) disciple du mathématicien Henri Poincaré, et admirateur d'Henri Bergson, était passionné d’aviation. Il fut le compagnon de sa mère et une figure paternelle pour Lancelot, il a accompagné Anne-Laure jusqu'à sa disparition au début de la grande guerre ; avec lui elle a rencontré Bertrand Russell, et indirectement Bernanos.
L'esprit, chez les officiers comme J.B, est à la communion dans des valeurs traditionnelles, ils se considèrent comme les lointains héritiers de la chevalerie ; ce que J.B. n'avait pas manqué de développer avec Lancelot ...
Anne-Laure a beaucoup voyagé, en Allemagne, en Italie, en Angleterre et en Ecosse; sur son chemin... le Graal. Sur le chemin, également, une rencontre essentielle, celle du couple Maritain et de tous ceux qu'ils fréquentaient.
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L'Italie, c'était avec Edith Wharton, en 1908.. Mais surtout, beaucoup l'Allemagne, et la passion des auteurs allemands.
On a parlé de Vanessa Bell, et du groupe de Bloomsbury, de son ami Paul Painlevé. Puis il y eut la Guerre et ses interventions auprès des allemands, jusqu'au retour à Fléchigné; l'accueil de réfugiés. La visite de Félix, était attendue, et ''ses fruits'', inattendus... !
A sa naissance Lancelot reçoit, par sa mère, une mission : le Graal. La légende arthurienne fournit dans sa version chrétienne, un ensemble d'images qui balisent une voie, en correspondance avec le message du Christ, qui traverse les siècles. L'origine de ces images s'inscrit dans la symbolique médiévale et se confronte, parfois avec difficulté, à la modernité. Pourtant, au XXIè siècle, le Graal reste toujours le chemin et l'objectif.
Avant toute chose, avant même le Graal ; Lancelot a reçu de sa mère et de ceux qui l'entouraient, une Tradition.
Et c'est cet héritage, d'abord reçu, puis fructifié, qu'Anne-Laure espère avoir laissé à son fils.
Effectivement, pour Lancelot, ce qui caractérise le chemin emprunté par sa mère, c'est son attachement à la Tradition.
La comtesse de Sallembier avait en horreur l’idée de Révolution ; elle impose la destruction d'une structure, d'un squelette élaboré au cours des siècles, à partir de la vie des gens.
La question du vrai et du bien, ne peut être résolu par un seul personnage qui ferait table rase du passé.
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Pour Anne-Laure :
La Tradition est une somme de ''références'' vécues.
Une Tradition se transmet, se reçoit. C'est une caractéristique de notre humanité.
Une Tradition se vit, au présent. Elle est communautaire, et ne se comprend qu'en ''disputatio''.
Une Tradition ne dépend pas forcément du même référentiel que la connaissance du moment. Il y a malentendu quand elle se confronte à elle, sans ce discernement, comme par exemple lors du procès de Galilée. La raison seule, ne suffit pas à vivre la Tradition.
La Tradition n'est pas une opinion ; elle les nourrit mais ne la fige pas.
On pourrait se demander, s'il y a des traditions erronées ? - Il y aurait plutôt des pratiques erronées.
La dernière semaine, Lancelot est revenu avec Geneviève. Il a fait une surprise à sa mère, en apportant à Fléchigné un combiné radio-tourne-disques ; une boite en bois plaqué acajou, et la façade en plastique et tissu. Le son est impeccable sur toutes les gammes, et a remplacé avantageusement le vieux poste. Quelques disques 33 tours-minutes de musique classique l'accompagnent.
Anne-Laure souhaite écouter des chants grégoriens de l’abbaye de Solesmes.
Un soir, ils écoutent le Miserere mei Deus (Psaume 50), ils pleurent ensemble ; ils se regardent et rient. Anne-Laure dit qu'elle n'a jamais été plus heureuse.
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Ces deux derniers jours, Anne-Laure n'était déjà plus là ; pourtant cette dernière nuit, elle et Lancelot ont partagé comme ils ne l'avaient plus fait depuis longtemps. Au matin, Lancelot qui la veillait, s'est réveillé, elle le regardait. Il s'est approché, elle a fermé les yeux et nous a quitté.
Elle lui avait dit : « Et si la mort, était un accomplissement.. ? » et « De quoi, de qui pourrais-je avoir peur ? »
Anne Laure de Sallembier (1875-1954)
Fille de Charles. L. de Chateauneuf... et de Mme J. , reconnue par son père adoptif, époux de sa mère... Cécile-Joséphine J. est née en 1851... Elle vécut enfant avec sa mère, mais connut semble t-il assez bien son vrai père.
Elle épousera l'héritier d'une famille de commerçants, Louis-Ferdinand Vétillard, qui est donc le père d'Anne-Laure ( fille unique), un notable commerçant de Paris...

La lignée dans laquelle s'inserre Charles-Louis de Chateauneuf, est occultée assez souvent par une naissance non légitime... C'est le cas, pour ce qui le concerne, puisque né en 1816 à Limoges - enfant adultérin - il serait le fils ou neveu : de M. Joseph Châteauneuf ( né en 1759) et de Marie-Catherine-Louise de la Bermondie d'Auberoche ( née en 1780) , mariés en 1803.

Marie Catherine de La Bermondie, née vers 1780, a pour parents: Jean Léonard de La Bermondie né le 16 avril 1739 et Jeanne de VILLOUTREYS née vers 1740 ou 1750... J'ai évoqué sa vie, et son parcours sur la Quête du Graal, dans des articles précédents ...
Charles-Louis a été placé en nourrice dans la campagne limousine environnante, et a grandit ainsi, avant d'intégrer le collège royal de Limoges, en qualité d'interne...
Les documents qui nous servent de fil rouge sur cette Quête, s'enrichissent dans le temps, mais ignorent parfois une ou deux générations...

Il semble que ce soit Anne Laure de Sallembier (1875-1954), la petite-fille de Charles Louis de Chateauneuf, qui ai pris la suite de la Quête...
Anne-Laure, unique héritière d'une riche famille de négociants qui a fait fortune dans le commerce des tissus au long du XIXe siècle, épouse donc le Comte de Sallembier, aristocrate – de trente ans de plus qu'elle - qui après une vie de célibataire longue et épicurienne, a su (?) monnayer son titre...

La généalogie indiquerait en amont de ces négociants en toile une Mlle Adélaïde Haton de la Goupillière devenue Mme Vétillard, morte à Pontlieue le 30 décembre 1800 ; et dont le mari faisait commerce de toiles....
* A noter: un peu plus tard, nous retrouverons Julien Napoléon Haton de La Goupillière (1833-1927) qui est un savant français, directeur de l'École des mines de Paris de 1887 à 1900, président de la Société d'encouragement pour l'industrie nationale de 1888 à 1892 et de la Société mathématique de France en 1890, et vice-président du conseil général des mines de 1900 à 1903. Il était doyen de l'Académie des sciences.
La première génération – en Mayenne - négocie la toile de lin.. Puis, le coton va se substituer au lin. La famille ne s'occupe pas à cette époque de tissage mais seulement de négoce et de finition des tissus. Une autre génération ajoute la fabrication de coutils et calicots, puis intervient en tissant et assurant sa totale finition. Le négoce est ainsi doublé d'une réelle activité industrielle.
Autour de 1850, le grand-père est membre de la Chambre consultative, lieutenant de la Garde Nationale. Un peu plus tard juge de commerce... Avant, enfin, de monter à Paris...

Louis-Ferdinand Vétillard, devient un notable commerçant de Paris. Il fut juge du Tribunal de commerce de Paris et membre de la Légion d'Honneur...

Il est propriétaire de biens immobiliers ( la moitié de son patrimoine...) , et d'une propriété à Villeneuve le Roi. Ce domaine a environ 110 ha, comporte une belle demeure et divers bâtiments d'habitation et d'exploitation, ainsi qu'un parc composé de bois et faisanderie. La succession montre également qu'elle est composée de rentes 3 et 4,5 % et divers chemins de fer ; elle est située dans les 1 % des plus grosses successions parisiennes.
Louis-Ferdinand Vétillard, le père d'Anne-Laure, va épouser Cécile-Joséphine J. (la fille de Charles-Louis de Chateauneuf et de Mme J. .. Ils auront donc une fille : Anne Laure ....

En cette fin du XIXe siècle, Anna Laure a su rénover et moderniser le château de Fléchigné, propriété de sa mère…..
A suivre ....