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Les légendes du Graal

saint-augustin

Au tout début du Moyen-âge

15 Novembre 2025 , Rédigé par Régis Vétillard Publié dans #Plotin, #Saint-Augustin, #âme

Elaine a pu donner quelques cours à la Sorbonne grâce à Jean Frappier (1900-1974). Elle continuait à voir l'universitaire bien qu'il soit à la retraite de l'Université. Elle gardait grâce à lui, des contacts précieux pour sa recherche; et lui, sachant qu'elle restait attachée à l'Eglise catholique, souhaitait lui faire rencontrer un prêtre passionniste, Stanislas Breton, qui pourrait, lui dit-il, l'accompagner dans la part ''néoplatonicienne '' de sa recherche sur la Réalité. Malheureusement, en août 1974, après quelques jours de maladie, Frappier mourait subitement d'un arrêt du cœur.

 

* Pourquoi cet intérêt pour la pensée néo-platonicienne ?

Nous avons beaucoup parlé de la théorie des Formes de Platon (427-347 av. J.-C.) qui suggère que le monde sensible n'est qu'une ombre d'une réalité plus fondamentale.

Ensuite Plotin (205-270 ap JC), que l'on qualifie de fondateur du néoplatonisme, développe l'idée que tout émane de "l'Un", une réalité absolue, au travers de l'Intellect et de l'Âme. Et, Proclus (412-485), développe une cosmologie où l’Univers est structuré par des principes transcendants. Les deux vont influencer la théologie chrétienne et la mystique.

Saint Augustin (354-430) est l'un des penseurs majeurs qui a introduit et adapté le néoplatonisme à la pensée chrétienne. Sa vision de Dieu comme étant l'Un transcendant rappelle le concept de l'Un de Plotin. Selon lui, Dieu est à l'origine de toute création, et le monde matériel n'est qu'une émanation de Dieu, une réalité dégradée qui doit être transcendée pour se rapprocher de la source divine.

Elaine, aime particulièrement sa réflexion sur l'âme comme '' image de Dieu'' ( sources: De Trinitate (Livre XIV, chapitres 6-7) ). Elle possède les moyens de refléter Dieu comme Trinité divine, au travers de ses trois puissances: La mémoire (memoria) : reflet du Père ; l'intelligence (intellectus) : reflet du Fils (Verbe) et la volonté (voluntas) : reflet du Saint-Esprit. Ces trois puissances forment une unité, à l’image de la Trinité.

Pour Augustin ( De quantitate animae (chapitres 33-34) ), l'âme est également humaine dans ses trois composantes: La partie inférieure (sensitive) : liée aux désirs du corps, elle est sujette aux passions et au péché; la partie intermédiaire (rationnelle) : elle est capable de contrôler les désirs et d’orienter l’homme vers la vérité; et la partie supérieure (intellectuelle ou spirituelle) : la plus noble, tournée vers Dieu et la contemplation.

L’idée de purification de l’âme et de son retour vers Dieu s’inspire directement de Plotin (Ennéades, I, 6, "Sur le Beau"), où il explique que l’âme, en s’éloignant du monde matériel et en se tournant vers le '' Noûs '', retrouve sa source divine. Plotin, nomme - L’Un (principe suprême, au-delà de toute connaissance), - Le Noûs (l’Intelligence divine, contenant toutes les Idées), -L’Âme (qui se tourne vers le Noûs pour s’élever vers l’Un).

Ce néoplatonisme va rencontrer au cœur de la ''dispute '' médiévale, la tendance aristotélicienne ( Aristote (384-322 av. J.-C.)) qui va contredire un "monde des Idées" séparé. Pour elle, les formes sont dans les choses, pas dans un monde supérieur.

En simplifiant, on pourrait dire qu'Aristote ancre la réalité dans le monde physique et considère que la connaissance vient de l’expérience, alors que le néoplatonisme va valoriser l’élévation mystique vers une source transcendante.

Avec Aristote, on préférera dire que: L’âme est la forme du corps, c’est-à-dire son principe d’organisation et de vie. Elle n’existe pas indépendamment de la matière (De Anima, II, 1).

Thomas d'Aquin tentera une synthèse, comme nous le verrons ...

* Le Moyen Âge hérite du néoplatonisme une vision ordonnée, symbolique et hiérarchique de la réalité.

- La réalité correspondrait à une hiérarchie ordonnée. D'un côté Dieu, les anges et les âmes, la Nature; de l'autre une hiérarchie sociale médiévale: le clergé, la noblesse, les paysans.

- L'âme est une réalité intermédiaire entre le monde intelligible (celui des Idées et de Dieu) et le monde sensible (le monde matériel). Son but but est de se détacher du monde sensible pour remonter vers sa source divine, en suivant un chemin spirituel.

- Le monde sensible est un signe qui renvoie au divin ( Saint-Augustin, De Doctrina Christiana). La nature et l’histoire sont chargées de sens cachés ( conception symbolique du Monde): il s'agit donc d’interpréter les textes bibliques, d'écrire et lire symboliquement dans l'Art et l'architecture. Sont mis en avant - Le temps linéaire, orienté vers Dieu, fin ultime. - La Lumière, et l’intellect humain illuminé par Dieu

 

Je rappelle, cette déclaration d' Alfred North Whitehead: « toute l’histoire de la philosophie n’est qu’une suite de notes de bas de page aux dialogues de Platon ».

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Questions sur le Temps. Au Moyen-âge

4 Mars 2025 , Rédigé par Régis Vétillard Publié dans #Temps, #Saint-Augustin

Notre conscience du temps s'appuie naturellement sur les cycles jour-nuit, les saisons. Notre cerveau joue un rôle primordial dans la perception et la mémoire du temps. Nos rythmes circadiens ( sommeil, hormones...) contrôlés par une horloge biologique, et influencés par la lumière, la température, nous aident à mesurer le passage du temps. Notre capacité à se souvenir du passé et à anticiper l'avenir y contribuent; nous situons les événements dans le temps. Nous sommes familiers des notions de passé, présent et avenir.

La direction, le sens du temps, nous semblent naturels: Casser un œuf est un processus irréversible; je ne peux pas remettre l'œuf cassé dans sa coquille intacte.

 

Ceci dit; le concept ''Temps '' me paraît profondément métaphysique, et physique.

Nous pouvons nous interroger sur la réalité du temps; certains considèrent qu'il est une illusion, d'autres une propriété de l'Univers.

Le temps nous renvoie à la conscience, à la subjectivité; à ce que nous en percevons et qui influe sur notre présent.

Le temps nous confronte à l'infinité, à l'éternité, à l'origine, à la permanence et bien d'autres choses sans-doute...

Enfin, le Temps joue un rôle central dans les lois de la nature et les théories scientifiques.

Peut-on détacher du présent, le passé et l'avenir ? Le présent détermine-t-il ce qui va arriver ? Peut-on revenir sur ce qui est passé?

Le mouvement d'une planète en orbite, un pendule qui oscille, leurs équations de mouvement sont réversibles... Mais, selon la thermodynamique, des processus comme la diffusion de la chaleur, sont intrinsèquement irréversibles.

Aujourd'hui les avancées de la Physique nous interrogent : notre modèle du temps doit-il changer ?

 

Depuis l’Antiquité, nous nous interrogeons sur la nature du temps... "Qu'est-ce donc que le temps? Si personne ne me le demande, je le sais; mais si je veux l'expliquer à quelqu'un qui me le demande, je ne le sais plus." Saint-Augustin

Elaine Sallembier ( la fille de Lancelot..) professeur d'histoire et de philosophie médiévale, m'interpelle en historienne: le temps n'est-il pas sa matière première?

Elle rappelle que le temps individuel s'inscrit dans celui de la société dans laquelle nous vivons. Jacques Le Goff ( 1924-2014) médiéviste, fait entrer dans le champ de la recherche historique, ''le temps'', comme une catégorie essentielle de compréhension des sociétés médiévales.

Au Moyen-âge, particulièrement, nous avons adapté le sacré au profane, nous passons du temps biblique de l'Ancien Testament au temps humain. Comment ? - Avec une conception chrétienne d’un temps qui a eu une origine, sa création par Dieu, une coupure essentielle ( l'an 0) avec l’Incarnation, et qui se déroule selon un sens orienté vers une fin. Une conviction, est que tout ce qui était arrivé, tout ce qui arrivait, tout ce qui allait arriver était le résultat de la volonté divine.

Au Moyen-âge, on rajoute le rythme quotidien monastique des ''heures'', le dimanche comme jour du Seigneur, et même l'astronomie qui permet de calculer les dates des fêtes religieuses ... On pourrait y inclure également '' l'après-mort '' avec le jugement dernier, le purgatoire formalisé au XIIIe siècle.

Dans les chroniques des croisades, la référence à l’Ancien et au Nouveau Testament est constante et prend un sens particulier : celui de faire coexister deux temporalités dans le récit. Les Francs sont bien entendu le peuple élu et la croisade devient ainsi une épopée de l’histoire sainte.

Le premier souci de tout historien au Moyen Âge est de situer les événements dans un temps, bien entendu un temps chrétien, en conformité avec la vision de Saint Augustin.

La généalogie des rois de France s'arrange avec le moine Primat ( le Roman des Rois, écrit en 1274) pour faire descendre les Capétiens de la « noble lignée de Troie » , et de Charlemagne.

Mais, petit à petit le temps de l’Église se confronte au temps des artisans, des marchands, des villes...

 

Les écrits ( les Confessions, la Cité de Dieu, ses sermons, ses lettres...) de Saint-Augustin (354-430) ont posé les bases, après Saint-Paul, de la philosophie occidentale. Les théologiens médiévaux ont adopté et développé des points comme le péché originel, ou la prédestination. Augustin est déclaré docteur de l'Eglise en 1295 par le pape Boniface VIII.

Augustin défend l'idée d'un commencement de l'Univers, et argumente qu'avant la création il n'y avait pas de temps. Le temps est une propriété de l'Univers, et Dieu, dans son éternité, en est exempt. Si l'éternité est continue, d'un bloc; le temps est lui une suite de passages d'un état à un autre.

Dans "Les Confessions", en particulier dans le Livre XI, Augustin médite sur la nature du Temps. Plutôt que de rechercher un phénomène extérieur, le temps existe à l'intérieur de notre conscience; et là, se compose de trois dimensions. Le "présent du passé" est notre mémoire des événements passés, le "présent du futur" est notre anticipation ou attente des événements à venir, et le "présent du maintenant" est notre perception actuelle du moment présent.

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''Croire'', au Moyen-âge

22 Juin 2024 , Rédigé par Régis Vétillard Publié dans #Saint-Augustin, #Foi

Elaine s'interroge sur la rencontre entre la philosophie grecque, et la religion chrétienne.

Lancelot propose de voir ce qui s'est passé avec Augustin (354-430), né en Algérie actuelle, il a reçu une formation de lettré romain à Carthage et se passionne pour la philosophie, avant de se convertir en 386. Le néoplatonisme l'a fortement influencé dans sa conception de Dieu.

Saint-Augustin (354-430)

 

Augustin, partage avec Platon ce que celui-ci écrit au sujet du bonheur du philosophe qui a découvert «  l'amour de la science et à la vraie sagesse et que, parmi ses facultés, il a surtout exercé celles de penser à des choses immortelles et divines... ».

Pour le chrétien Augustin, il n'y a plus qu'une seule vraie philosophie : la philosophie chrétienne. Enrichie par cette première étape qui va des présocratiques jusqu'à Platon ( Aristote, a alors été ''oublié'..), le christianisme est le « "système le plus remarquable. » : idéal de sagesse qui se réalise dans le Christ.

 

Nous nous interrogions sur ce à quoi on croyait dans l'Antiquité ; et nous pouvons avoir la même question pour le Moyen-âge.

Une formule est traditionnelle : « Credere Deo, credere Deum, credere in Deum. » soit '' Croire à ce que dit Dieu, Croire qu'il est Dieu, croire en Dieu '' ; sachant que: selon la théologie scolastique : « fides quaerens intellectum » c'est à dire que la foi ( première) est en quête d'intelligence.

Dans la liturgie, le Symbole de la Foi, est le ''Credo'' ; en compagnie du ''Pater'' et représentent la connaissance minimale du fidèle. Nous avons un Père ( Dieu), une Mère ( l'Eglise) et une Foi ( par le baptême).

Pour les laïcs, la liturgie ( dogmatique, rituelle, sensible ) reste le vecteur principal de la transmission de la foi.

Hors les monastères, et à partir du XIe siècle, naissent les Universités d'où émerge ce que l'on va nommer la scolastique ( de schola = Ecole ), une réflexion sur la relation entre la foi et la raison.

La pensée d'Aristote va profondément influencer la scolastique, mise au point par Saint Anselme (1033-1109), Abélard (1079-1142), et inspirer Albert le Grand et Thomas d'Aquin.

A l'Université, l'enseignement s'ouvre aux textes de philosophie, c'est à dire grecs et arabes. Thomas d'Aquin conciliant, adapte la théologie au modèle aristotélicien, un modèle que l'on estimerait aujourd'hui scientifique.

M.-D. Chenu (1895-1990), avec son livre sur la théologie au XIIe siècle, où écrit que l'on passe d'une « théologie monastique » ( celle de St Bernard...) à une « théologie scolastique »  et que ce passage coïncide avec l’essor de l’Ordre dominicain et de l’Ordre franciscain. Il ne s'agit plus de seulement commenter les textes sacrés, mais de développer une '' intelligence de la foi '' ( recherche des ''causes'' et des ''raisons''..)

 

Je note également, d'Henri de Lubac, les quatre volumes parus de 1959 à 1964, sur '' l'Exégèse médiévale, Les quatre sens de l’Écriture '' : la théologie et la spiritualité chrétiennes ont été façonnées par la conviction selon laquelle l’Écriture n’a pas seulement un sens littéral mais aussi un sens spirituel ; cette conviction, héritée du Nouveau Testament lui-même et des Pères de l’Église (en particulier d’Origène), a sans cesse commandé la pratique de l’exégèse médiévale.

 

Avec son ouvrage '' Corpus mysticum '' H. de Lubac nous fait remonter au XIe siècle, alors que l'on s'interroge sur l'articulation entre « sacrement » et « réalité ». Si ''sacrement '' s'affaiblit, ''mystique '' s'affaiblit tout autant ; et le ''symbole '' se dévalorise. Pour de Lubac, le « spirituel » est plus réel que le « matériel ».

Cela fait penser à cette phrase du père Teilhard de Chardin : qui voit « le Christ plus réel que toute autre réalité du Monde. »

 

« Le symbolisme (...) donne maints signes de décadence. Ses racines sont lentement rongées par l’analyse (...) Il devient de plus en plus, au sens moderne du mot, un allégorisme.. » ( H de Lubac)

Ou, comme le théologien Walter Kasper le formule bien, je trouve : En premier ''Symbole'' signifie une chose qui en un certain sens '' est '' ce qu'elle signifie, ou encore : '' une réalité qui participe à ce qu’il signifie. ''.

Aujourd'hui, on comprend désormais dans un symbole ( et donc dans un sacrement) une chose qui n'est pas réellement ce qu'elle signifie...

Le symbole se présente comme le moyen par lequel une vérité spirituelle est rendue accessible et compréhensible pur un être humain. Pour un catholique, l'exemple concret d'un symbole religieux est l'Eucharistie : il est une véritable participation au mystère du Christ...

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