1950 – Moïra de Julien Green
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Lancelot se souvient très bien des lectures de Mont-Cinère (1926), Adrienne Mesurat (1927), Léviathan (1929) . Julien Green y dépeignait une humanité privée de transcendance, ce que refuse ce monde contemporain. Le monde n'en devient pas moins irrationnel, et incohérent. « Le vrai monde est ailleurs » répète Green.
Depuis son retour d'Amérique, l'écrivain cherchait l'appartement qui lui permettrait, enrichi de ses meubles, de retrouver le décor de sa jeunesse. Il le découvre au 52b rue de Varenne. Il restreint le cercle de ses fréquentations, et semble tourmenté par la question religieuse. Il dit apprécier le dialogue avec des dominicains qui ne craignent pas '' de vivre dangereusement, à moitié dans le monde.'', et se montre très exigeant quant à leur exemplarité spirituelle.
Lancelot évoque Teilhard de Chardin, qu'il connaît mal, et regrette que ces intellectuels fassent l'impasse, d'après lui, sur les questions non résolues du péché et de Satan.
Lancelot voulait avoir lu Moïra, avant de revoir Julien Green.
- La lecture de ce roman fut pénible, par son ambiance moite, et intolérante. note t-il. L'action se déroule dans un espace étranger, c'est à dire étrange dans sa topographie composée d'une université de Virginie, et de pensions pour étudiants, dans sa culture classique et vieillotte, et par sa religion décrite comme un carcan mortifère. A tout cela se rajoute l'angoissante culpabilité d'une sensualité exacerbée par le carcan religieux; de surcroît homosexuelle. Cela faisait beaucoup, pour Lancelot qui espérait que Green eut approfondi sa réflexion religieuse, comme le laissait transparaître les dernières discussions qu'ils avaient eues. Lancelot était déçu.
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Il eut avec Green, une discussion sincère, qui l'a réconcilié, un peu, avec le thème choisi.
Moïra représente l'instinct sexuel et s'interpose entre Joseph et Dieu. Moira est l'obstacle, Joseph fera le choix ( choisit-il vraiment ?) de s'y fracasser.
- Pourquoi, décrivez-vous la vie dans ce monde, comme un drame ?
- Je suis face à un dilemme : vivre selon ma nature ou vivre selon les commandements de Dieu ? Il faut choisir entre les joies du plaisir ou les joies de l'ange ?
- L'ange ?
- L'ange que j'aspire à devenir : je voudrais devenir un saint ! Pourquoi nous faut-il choisir entre le monde et le ciel ?
- Comment évoquer l'amour, quand Joseph associe le mal, avec tout désir ?
- Parce qu'un désir de nature homosexuel, ne peut se réaliser. Sentiment et plaisir sont dissociés ; assure Julien Green.
-Autre chose, annonce Green, ne ressentez-vous pas parfois, que ce monde est irréel ?
- Du moins, répond Lancelot, je m'interroge si le monde que je perçois est bien la réalité du monde...
- Oui... Ce monde n'est peut-être que « la projection de ce que nous portons en nous. », c'est la grande idée de ''Minuit'' (1936).
- Certains répondraient, que ce sentiment d'irréalité, est l'expression d'un refus d'accepter cette réalité... ? L'angoisse de vivre le Mal du monde … ?
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- Je sais combien vous appréciez Bernanos, et donc nous savons que le Mal travaille aussi dans l'invisible. Mais, une parole du Père Couturier m'avait frappé : « le démon ne peut faire des miracles. » ; le démon se donne des apparences de surnaturel.
Lancelot est ébranlé par ces dernières réflexions... Qu'en est-il donc, du Mal, de l'enfer... ? A l'opposé du divin, où se situe l'espace du Mal, exclusivement dans ce monde ?
- Si les tentations charnelles sont de ce monde ; y céder, finit par ….ne plus vouloir Dieu.
** PS: Suite à la lecture d'articles concernant l’édition intégrale du Journal de Julien Green, j'apprends le comportement déviant et condamnable, et je lis même les citations de propos écœurants qu'il rapporte dans son journal... Bien-sûr, quand je parle de cet auteur, je ne me rapporte qu'aux textes que je connais et parus au cours du XXè siècle.
1950-51 - La Cybernétique 2
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Un article, titré '' Le cerveau et la machine '' des ''Nouvelles littéraires ...'' du 1er juin 1950, est signé Léon Brillouin.
Lancelot se souvient bien de Léon Brillouin (1889-1969), physicien et professeur au Collège de France, au début de Vichy, il était sous-secrétaire d'Etat à la Radiodiffusion nationale depuis sa nomination par Daladier en juillet 1939. Il avait démissionné fin 40 et émigré aux Etats-Unis. Il y est toujours, et travaille chez IBM depuis 1948.
IBM est cette entreprise qui utilisait ses brevets de mécanographie, par le biais d'appareils à cartes perforées ( tabulatrices), ces cartes servaient essentiellement de support des données en entrée et en sortie. En ces années 1950, des calculateurs électroniques connectés aux tabulatrices, vont permettre, grâce à leur vitesse, des applications beaucoup plus sophistiquées.
L'intérêt de l'article de Brillouin, est que sa réflexion sur la cybernétique, s'appuie sur une comparaison avec la physique.
Sa première remarque concerne la chimie : « la chimie de la matière vivante ne se distingue pas essentiellement de la chimie générale. Elle obéit aux mêmes lois et les corps organiques sont des produits chimiques comme les autres. Dès que l’un d’eux est découvert dam la vie, il est bientôt fabriqué au laboratoire. Les réactions chimiques vitales sont très analogues à celles de l’industriel ou du pharmacien. »
Sur la physique : « Shannon, travaillant aux Bell Telephone Laboratories, s’est attaché à dégager les principes généraux de transmission, les lois essentielles des télécommunications. Il a découvert une curieuse analogie entre la notion d'information et la conception d’entropie familière aux physiciens. Le fameux principe de Carnot spécifie que, dans tout phénomène physique ou chimique, une certaine quantité, l’entropie, ne peut jamais diminuer. L’entropie a tendance à augmenter sans cesse ou peut à la rigueur rester constante. Sa variation est à sens unique. » pendant la guerre, Claude Shannon a travaillé au décodage de communications de l’ennemi.
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Je passe sur les exemples qui illustrent sa réflexion :
L’information peut se perdre, se dissiper ; elle n’augmente pas. Le lecteur de cet article peut en comprendre une partie ou la totalité. Il ne peut tirer de ces lignes davantage ou plus que l’auteur n’y a mis. ( ...)
L’information présente donc des caractères semblables à ceux d’une entropie négative ; toutes deux doivent constamment décroître ou tout au plus rester constantes.
** Tout d’abord, une différence saute aux yeux : lorsqu’en physique, deux corps échangent de la chaleur, l’un perd de l’entropie, le second en gagne. La balance est positive, l’entropie totale augmente.
Pour l’information, la situation est différente : si j’envoie un télégramme, mon correspondant ne reçoit qu’une partie des informations que je désirais lui transmettre, mais moi, l’expéditeur, je n’ai rien perdu. ( …) La différence entre information et entropie, sur ce point, est fondamentale. Nous pouvons disséminer une information sans la perdre, répandre l’instruction au moyen de cours et conférences, sans diminuer la science du professeur.
Second point : la pensée, l’effort de réflexion du savant ou du philosophe représentent une création de nouvelles informations. (...) D’où la conclusion : la pensée crée de l’entropie négative. La réflexion et le travail du cerveau humain vont à l’inverse des lois physiques usuelles ; réflexion surprenante et dont l’examen peut nous conduire à d’étranges découvertes ! »
Pour Brillouin, la comparaison entre cerveau et machine à calculer, n'est pas fondée.
« Chaque machine, si complexe soit-elle, exige un homme (et plus exactement le cerveau d’un homme) pour la diriger et la conduire. (…) Elle ne pense pas, mais exécute. Une machine parfaite suit rigoureusement le programme de la bande perforée (…).
La machine applique le code et déchiffre le message illisible. Elle ne réfléchit pas, ne pense pas, n’invente rien et elle est tout à fait incapable d’imagination. (...)
La machine mathématique est incapable de pensée créatrice. Elle peut suppléer le travail du cerveau humain dans un rôle purement passif et son rendement entropique est dans le sens naturel de l’augmentation. (…)
Le cerveau humain crée de l’entropie négative, dont la machine est parfaitement incapable. »
1950-51 - La Cybernétique 1
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Et, aujourd'hui, le danger se serait précisé et aggravé ; puisqu'on envisage l'autonomie de la technique. En effet, nous entrons dans l'ère de la cybernétique.
La cybernétique est un mot forgé par Norbert Wiener (1894-1964), mathématicien au MIT, vers 1848. Derrière ce mot, se trouve une effervescence de projets extra-ordinaires et qui concernent : la robotique, la théorie des systèmes, la théorie de l'information, les sciences cognitives, l'intelligence artificielle... Cela a commencé par la mise au point d’un appareil de pointage automatique pour canon antiaérien avec un dispositif qui ajuste la trajectoire de tir grâce à un procédé de régulation appelé feed-back (action en retour). Wiener pense avoir découvert un mécanisme transposable à d’autres domaines.
La cybernétique devient la science des communications et de la décision et prépare la deuxième révolution industrielle, quand la machine pourra se substituer au cerveau de l'homme. En effet, la machine n'est plus seulement efficace, elle peut être intelligente, puisqu'elle traite de la connaissance.
Déjà quelqu'un comme Günther Anders (1902- ) - élève de Heidegger, il fut le premier mari de la philosophe Hannah Arendt ( ils se sont mariés en 1929, et ont divorcé en 1937), l’ami de Bertolt Brecht, de Walter Benjamin, de Theodor Adorno – répète que nous ne maîtrisons plus rien : le monde autosuffisant de la technique décide dorénavant de toutes les facettes de ce qui nous reste d’existence ; c'est ce qu'il nomme : '' L'Obsolescence de l'Homme ''. Il écrit que Hiroshima et la Shoah ne sont pas des accidents de la modernité ; ils expriment une perversion de la raison dans la rationalisation des moyens, en l’occurrence ici des moyens de destruction. L'humanisme devient hors-sujet ; puisque l'homme perd ses caractéristiques : la liberté, la responsabilité, la capacité d’agir, la capacité à se faire être.
Lancelot retrouve avec plaisir et intérêt, le dominicain Dominique Dubarle, déjà rencontré en mai 45 , il enseigne actuellement la philosophie à l'Institut catholique de Paris. Il raconte qu'après avoir suivi ses études et assimilé Aristote et St Thomas, ses supérieurs lui ont demandé de se consacrer aux scientifiques. Après avoir travaillé et rencontré des scientifiques ; il dut complètement tout repenser ! Il a passé deux ans à temps partiel au labo de Leprince-Ringuet pour faire des expériences; en math, il est très fort.
Lancelot a noté des extraits de sa discussion sur ce nouveau visage de la technique : la cybernétique.
- L'humanisme risque t-il, vraiment, d'être hors-sujet ?
- L'humanisme, n'est-ce pas aussi de vivre dans ''le monde'', et de bien le connaître pour l'adapter à soi, au lieu d'en être esclave...
Avec Pascal - continue Dubarle - je ressens en moi la grâce divine qui m'appelle vers l'infini ; et « de ce petit cachot où je me trouve logé, j’entends l’univers »... A la suite du père Teilhard, je vois l'origine de l'humanisme dans la transition qui fait de l'homme, animal parlant, un être raisonnable. Cette noogénése marque le moment où l'homme s'est élevé au-dessus de son milieu, de lui-même et se rapproche de Dieu. L'humanisme n'est-il pas de dépasser constamment sa condition ?
La création est inachevée. L'humain est inachevé.
- Vous pensez donc, qu'il ne peut y avoir d'humanisme, sans progrès ?
- L'humanisme doit poursuivre dans le sens de l'évolution ; mais il ne doit pas se laisser entraîner et se noyer... Le progrès doit s'effectuer pour le bénéfice de l'Homme. La technique ne doit pas asservir l'homme, ni le remplacer. Il est fondamental de ne pas démissionner !
- Comment faire ?
- Ce n'est pas nouveau : « Connais-toi toi-même », étendre le champ de notre conscience. Et puis, il est important de reprendre ce que dit le P. Teilhard de Chardin qui appelle à la convergence de l'en-avant et de l'en-haut, ; alors qu'un humanisme matérialiste ne conduit qu'en avant. Teilhard affirme la nécessité, pour le salut de l'humanité, d'élever l'homme au dessus de lui-même, dans la confiance et la foi, vers Dieu...
En octobre 1950, Alan Turing, publie dans la revue ''Mind'' un article sous le titre "Computing machinery and intelligence ». Il s'interroge : « Les machines peuvent-elles penser ? Turing propose de reconnaître qu'une machine est ''intelligente'' quand on ne saura discerner leur conversation de celle des humains ; et élabore un test.
1951 - Teilhard de Chardin - Une vision du Monde – 3
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Les notes de Lancelot, montrent que les paroles de Teilhard, ne cessent de résonner dans sa tête. Réflexion sur Teilhard et l'Entropie
Teilhard remarque que l'apparition de la vie, puis de la pensée, s'accompagne d'un progrès du degré d'organisation, de la complexité.
Ajoutons le fait que, par exemple : une cellule est plus qu'un simple agrégat de molécules. Dans le Tout (somme de ses constituants) émergent des propriétés nouvelles, absentes chez ses constituants.
Cependant, la vie contient un processus d'ordre et d'organisation, et un processus de désordre, la mort. Le vivant se réorganise de façon permanente. Ainsi, l'évolution du vivant s'accompagne d'une croissance d'entropie, et ( est-ce contradictoire ?) selon Teilhard, d'une convergence vers la victoire de l'esprit ( point Oméga).
![]() XVIIe siècle. Robert Fludd, Utriusque cosmi maioris scilicet et minoris , tomus II (1619) |
Nous sommes nés d'une cellule ( fusion de deux cellules...) et nous nous transformons en un corps de 30.000 milliards cellules ! Qu'en est-il de la vie et de la mort de toutes ces cellules ? Certaines se renouvellent en permanence, d'autres atteignent quelques jours, ou plusieurs dizaines d'années.
La mort continue de nos cellules, nous métamorphose.
Nous sommes comme le fleuve dont parlait Héraclite : le même et sans cesse renouvelé. Être vivant, c'est en partie mourir et renaître.
Qu'est-ce qui en nous nous remémore le passé, nous crée des émotions ? Si ce ne sont pas les cellules, qui ''meurent avant nous'' ; ce sont, l'organisation, l'information ? L'âme, dirait peut-être Teilhard.
Je répète donc : d'un côté la thermodynamique nous explique que l'univers va vers sa fin comme un Tout, un et indifférencié, du fait de l'Entropie. De l'autre, l'Evolution semble générer des systèmes toujours plus complexes, à l'entropie négative....
En ce début des années cinquante, Lancelot remarque avec intérêt que la science - plus particulièrement par le biais de la technique - alimente la réflexion morale et même métaphysique. C'est bien-sûr causé par l'arrivée de la bombe atomique ; mais aussi par ce qui semble caractériser notre société, et que Jacques Ellul nomme la '' société technicienne '' caractérisée par « la soumission de l'homme aux nécessités rigides du milieu technique dans lequel il est désormais contraint d’évoluer. » ( La technique ou l'enjeu du siècle, écrit en 1950 et publié en 1954 )
Déjà, pour Bernanos, '' la technique '' ne désigne pas la machine, mais le système qui s'y appuie, et ne voit plus qu'au travers de cette efficacité et son développement ; la Technique comme fin, prive l'homme de sens...
« Que fuyez-vous donc ainsi, imbéciles? Hélas, c’est vous que vous fuyez, vous-mêmes – chacun de vous se fuit soi-même, comme s’il espérait courir assez vite pour sortir enfin de sa gaine de peau… On ne comprend absolument rien à la civilisation moderne si l’on n’admet pas d’abord qu’elle est une conspiration universelle contre toute espèce de vie intérieure. » ( Georges Bernanos, La France contre les robots, 1947 )
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Mais, Lancelot, se souvient aussi d'une discussion aux Rencontres de Genève, avec le journaliste René Sudre qui expliquait qu'à son avis, « la technique ne peut pas être arrêtée, (...) En ce qui concerne les moyens de résoudre le problème de l’exagération de la technique, je trouve que nous sommes tout à fait désarmés. Nous ne pouvons pas empêcher le progrès de la technique qui ira jusqu’au bout de ses possibilités (…) Je ne sais pas si ce sera un bien pour l’humanité. En tout cas, je sais que nous y arriverons. On créera des hommes, qui seront peut-être des surhommes, mais qui courront le risque d’être des monstres. ».
Le philosophe Gabriel Marcel (1889-1973), publie '' Les Hommes contre l’humain '' (1951). L'expérience des fascismes, l'amène à craindre aujourd'hui la tyrannie technocratique et bureaucratique. La technique, à présent, il nous faut apprendre à en être maître, en devenant d'abord maître de soi.
Jacques Ellul, se demande si, précisément, l'enjeu du siècle n'est plus s'il faut défaire le capitalisme ; en effet, la question du « capitalisme est une réalité déjà historiquement dépassée. (…) Ce qui est nouveau, significatif et déterminant, c’est la technique ». La technique serait d’abord un imaginaire global, une nouvelle manière de percevoir le monde...
1951 - Teilhard de Chardin - Une vision du Monde – 2
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Les intuitions du Père Teilhard de Chardin semblent sur le plan théologique véritablement révolutionnaires. Lancelot est fasciné par la cohérence qu'il pourrait ainsi exister entre matériel et spirituel. Et, précisément, le 25 mars 1951, Lancelot a l'opportunité d'assister à une conférence du père, son titre : '' Du cosmos à la cosmogénèse.''
Sans publicité, le public est composé de disciples acquis à la cause du maître. Les mots de passe pour entrer, pourraient être ''noosphère'' ou ''ultra-humain'' ; c'est que la connaissance d'un certain vocabulaire est effectivement nécessaire pour suivre l'exposé. Ce soir, il s'agit de '' cosmogénèse ''.
Le Père, spirituel et scientifique à la fois, semble inquiet de voir un public de plus en plus vaste, et enthousiaste. Il reste bienveillant, et ironique de sa popularité.
Teilhard reprend sa vision évolutive du monde : - nous pensions le Cosmos, comme un modèle statique d'Univers. Un monde qui serait donné à l'homme. - Non, le Cosmos se construit au fur et à mesure en un « mouvement d'ensemble vers l'unité , et où l’apparition de l’homme s’insère dans le développement du cosmos physique et comme son couronnement.
Le sens de l’évolution, vers l’Homme et jusque dans l’humanité encore en développement, se ferait selon une loi de complexité croissante des relations entre les éléments du cosmos.
La cosmologie devient cosmogenèse. L'Evolution devient un modèle pour penser ce qui s'est passé, de la formation de l'univers à l'émergence de la vie. Ce concept a le grand mérite de sortir le débat philosophique du dualisme stérile entre esprit ou matière dans lequel il se trouvait jusqu'alors enfermé. « D'un côté l'Esprit, de l'autre la Matière : et entre eux, rien d'autre chose que l'affirmation d'un accolement inexpliqué et inexplicable » constate Teilhard. « Atomes, électrons, corpuscules élémentaires, quels qu'ils soient… doivent avoir… une étincelle d'Esprit. ».
Le père, propose la loi de ''spiritualisation par union'', ou loi de ''complexité-conscience" : Chaque progrès dans la complexité s'accompagne d'une augmentation de conscience de l'organisme en cause.
« Laissée assez longtemps à elle-même, sous le jeu prolongé et universel des chances, la Matière manifeste la propriété de s'arranger en groupements de plus en plus complexes et en même temps de plus en plus sous-tendus de conscience; ce double mouvement conjugué d'enroulement physique et d'intériorisation (ou centration) psychique se poursuivant, s'accélérant et se poussant aussi loin que possible,-- une fois amorcé. Cette dérive de complexité/conscience (aboutissant parfois à la formation de corpuscules de plus en plus astronomiquement compliqués) est facilement reconnaissable dès l'Atomique,- et elle s'affirme dans le Moléculaire. Mais c'est évidemment chez le Vivant qu'elle se découvre avec toute sa clarté. » ( Teilhard de Chardin, L’apparition de l’homme, p 195 - 196 )
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La présentation du père, est suivie de discussions entre les participants.
Une question revient souvent et concerne la part de liberté de l'homme, dans ce processus ?
La création est un processus dynamique toujours en action; mais l'homme en est responsable ; et Teilhard a foi en l'homme. Il exprime sa conviction optimiste et soutenue par sa foi, en un avenir divin. L'Evangile est une ''Bonne nouvelle '' et révèle à l’homme ce vers quoi l’évolution elle-même l’oriente.
Une autre question concerne le lien entre Science et Métaphysique. La physique peut remettre en cause la métaphysique, non pas dans sa nature, mais dans sa formulation ; par exemple, l'évolution appartient à la science pour ce qui est de l'observation ; cependant, quand celle-ci donne lieu à des hypothèses, elles peuvent déjà constituer une approche philosophique. Enfin, le philosophe peut proposer une interprétation. La science se doit de garder son domaine propre.
Enfin, à l'occasion d'un échange, Lancelot exprime le regret que le ''Dieu'' présenté par un scientifique, semble limité par sa transcendance en quelque sorte, et fait peu cas du Dieu intérieur de saint-Augustin, par exemple. Une personne cite, alors, un livre d'un prêtre, Maurice Zundel, qui avait déjà attiré l'attention de Lancelot. Dans, ''Recherche du Dieu inconnu'' (1949), Zundel écrit : « Dieu n'est pas une invention, mais une découverte ». Le lecteur est invité à découvrir en grande partie par lui-même un enseignement vivant et libérateur des vérités de la foi. C'est publié aux Editions Ouvrières, grâce à un père dominicain, ami de Zundel réticent: le Père Moos. Ce livre eut tout de suite un grand succès.
1951 - Teilhard de Chardin - Une vision du Monde – 1 –
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L'hebdomadaire ''Les Nouvelles littéraires, artistiques et scientifiques'' du 11 janvier 1951, offre un bel article sur le père jésuite Teilhard de Chardin ( 1881-1955). Il est à présent une des personnalités du monde religieux les plus célèbres, alors que ses écrits non scientifiques sont confidentiels, comme ses conférences.
Nommé Directeur de recherche au CNRS et élu à l'Académie des sciences. Teilhard est célèbre, et très controversé. Il sollicite Rome et interroge le Saint-Office. Fin d'année 1948, il apprend la décision de Rome : - 'non' à la publication de ses œuvres autres que scientifiques, - 'non' à son acceptation de la chaire de paléontologie humaine qu'on lui propose au Collège de France, - 'non' à sa présence en France où ses idées trouvent trop d'écho.
Le père Coignet, par exemple, proche d'une spiritualité ''type Bossuet '', lui reproche de vouloir faire du christianisme une religion de l'évolution, de nier le problème du Mal et de supprimer les notions de péché, de fausser les notions de vie sacramentaire, de Révélation et d'en supprimer tout élément surnaturel. Il lui reproche de poser en principe, la collectivisation fatale de la société. Il note cependant un effort pour repenser nos grandes vérités chrétiennes dans le cadre de la pensée contemporaine ; même s'il en constate l'échec.
A l'opposé, Jean Rostand ( 1894-1977 - agnostique, libre penseur ) lui reproche d'affirmer – au nom de la science – que l'évolution a un dessein : celui d'aboutir à l'Homme ( ou à un ''surhumain''). Il décèle en lui, une volonté désespérée de croire, Teilhard se serait écrié : « la seule issue est la foi aveugle et absolue... Coûte que coûte, je le crois, il faut se cramponner à la foi en un sens et un terme de l'agitation humaine. »
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Lancelot est sensible au difficile combat que Teilhard mène à la fois contre les méthodes de l'Eglise Romaine, d'un autre temps et de plus en plus discutées jusqu'à cette conviction manifestement fausse que le Monde a été créé par Dieu une fois pour toutes ; et aussi contre une vison scientiste et mécaniste du monde.
* Oui, Teilhard est résolument évolutionniste. Dans un texte de 1921, le père écrit: «Dieu fait moins les choses qu'il ne les fait se faire» et dans un texte de 1922 : «Plus nous ressuscitons scientifiquement le Passé, moins nous trouvons de place, ni pour Adam, ni pour le Paradis terrestre.». Le Cardinal Merry del Val, de la Curie Romaine - qui, très engagé dans la lutte contre le modernisme fit condamner le Sillon de Marc Sangnier – lui reproche de nier le dogme du Péché originel...
* Et, le combat de Teilhard est aussi de s'opposer à une vision mécaniste du monde : Forts de notre vision scientifique, nous avons abandonné une vision holistique du monde, pour une vision essentiellement mécaniste.
Que s'est-il passé ? R. Descartes (1596- 1650) acquiert la certitude que les lois de la nature sont accessibles à l'intellect, et permettent à notre esprit de déterminer l'essence des choses. ( Ego cogito, ergo sum ). Il estime que la pratique de la science permet de « nous rendre comme maîtres et possesseurs de la nature » Discours de la Méthode (6e partie).
Avec Descartes, nous avons pensé que tous les aspects des phénomènes complexes peuvent être compris en les réduisant à leurs éléments constituants. La matière comme objet scientifique est quantifiable ; et ses qualités, sont vues comme étant issues du processus mental et non des propriétés de l’objet même. Newton (1642-1727) va valider cette intuition cartésienne. Sa théorie permet de formuler des lois générales du mouvement des corps solides, jusqu'aux objets du système solaire. L'idée d'un '' Monde – machine'' s'impose et cette vision mécaniste s'étend à la sociologie, à l'économie... L'humain seul réunit deux substances, la matière et l'esprit.
*Teilhard se situe à l'opposé de cette vision mécaniste du monde :
** Autour de 1910, Teilhard lit L’Evolution créatrice (1907) de Bergson, et comprend, au contraire, qu'il existe « une hétérogénéité de fond entre Matière et Esprit - corps et âme, inconscient et conscient, deux “substances” de nature différente […] non point deux choses, mais deux états, deux faces d’une même étoffe cosmique ». Cependant, Bergson dissocie âme et corps, et envisage l'immortalité de l'âme. Teilhard préfère unir ce que Bergson sépare, et va beaucoup plus loin sur l'étendue de la conscience ( Bergson s'en tient aux animaux), il l'a fait déborder du vivant à l'Univers entier....
Je reviens à cet article des Nouvelles littéraires (1951), qui permet au père jésuite d'expliquer ses intuitions : « (...) dans l’ordre de la pensée scientifique, la découverte, la prise de conscience, veux-je dire, de l’idée d évolution — d’évolution biologique, j’entends — me permettait de relier, dans le domaine de l’expérience, les deux notions d’énergie matérielle et d’énergie psychique. »
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« (…) je ne suis ni un philosophe ni un théologien, mais un étudiant « du phénomène » (un physicien au vieux sens grec). Or, à ce modeste niveau de connaissance, ce qui domine ma vision des choses, c’est la métamorphose que l'homme nous oblige à faire subir à l’univers autour de nous à partir du moment où (conformément aux invitations impérieuses de la science) on se décide à le considérer comme formant une part intégrante, native, du reste de la vie. Comme suite, en effet, à cet effort d’incorporation, deux constatations capitales émergent, si je ne me trompe, dans notre perception expérimentale des choses. La première étant que l’univers, bien plus que par une « entropie » (le ramenant aux états physiques les plus probables), est caractérisé par une dérive préférentielle d’une partie de son étoffe vers des états de plus en plus compliqués, et sous-tendus par des intensités toujours croissantes de « conscience ». De ce point de vue strictement expérimental, la vie n’est plus une exception dans le monde ; mais elle apparaît comme un produit caractéristique — le plus caractéristique — de la dérive physicochimique universelle. Et l’humain, du même coup, devient, dans le champ de notre observation, le terme provisoirement extrême de tout le mouvement. L’humain : un bout du monde...
» Ceci posé, la deuxième constatation à laquelle on se trouve amené, à mon avis, par une acceptation scientifique intégrale du « phénomène humain », c’est que le courant de complexité-conscience, dont le psychisme réfléchi (c’est-à-dire la pensée) est expérimentalement issu, n’est pas encore arrêté ; mais que, à travers la totalisation biologique de la masse humaine, il continue à fonctionner — nous entraînant, par effet biologique de socialisation, vers certains états encore irreprésentables de réflexion collective — c’est-à-dire, comme je dis, vers quelque « ultra-humain ». »
** 1900, Max Planck, avec l'hypothèse des quanta, ruine la vision mécaniste du monde. Il écrit : « …une réalité métaphysique se tient à l’horizon du réel expérimental. » ( Max Planck, L’image du monde dans la physique moderne p 74 -1949 ) Puis, avec les relations de Heisenberg, c'est le rêve de Laplace d'un déterminisme absolu, qui s'écroule.
La physique quantique, qui analyse les composants ultimes (particules élémentaires ou quantons), met en évidence une indétermination radicale, et des propriétés de continu et de discontinu...
1950 – L'Indochine
Lancelot suit toujours avec intérêt les nouveautés en ce qui concerne la TSF, et depuis peu, la télévision avec, même, des postes de poche. Dans les actualités du ''Pathé-Journal'', on imagine un futur, où :« Plus besoin d'acheter le journal, on se branchera sur l'émission d'information; et la rue présentera un singulier spectacle », chacun déambulant les yeux rivés sur son poste. Dans le métro, on lira le poste du voisin, derrière son épaule, absorbés on se percutera dans la rue. La télévision se présentera comme un besoin impérieux, et les voitures seront munis d'un poste récepteur ; causant de multiples accidents. » !
Les hommes politiques seront « choisis par la séduction de leur sourire, et le velouté de leurs yeux. » ; les femmes se faisant particulièrement influencées. Les images, après avoir été en relief,, traverseront les murs comme le son actuellement, et s'incrusteront chez les voisins.
Nous sommes prévenus !
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Lancelot, au Cinéma, a vu et apprécié : Casablanca. L'action se déroule au Maroc. Casablanca est alors contrôlée par le gouvernement de Vichy, et relate l'histoire de réfugiés voulant fuir le régime nazi. Humphrey Bogart est Rick, un expatrié cynique Ingrid Bergman est Ilsa, une femme qu'il n'aurait jamais cru revoir, la seule qu'il ait jamais aimée...
Le tournage avait débuté le 25 mai 1942. On tourne au jour le jour, sans connaître la fin.
Il y a cette scène où un homme est abattu devant un mur peint à la gloire Pétain, et se termine par l’atterrissage d'un avion, devant des visages emplis de peur : la mort ou un billet pour la Liberté.
Dans ce décor de bar, sur fond d'espionnage avec musique américaine, des exilés errent en attente d'un billet d'avion. Rick doit-il plus s'engager dans la résistance, ou feindre la neutralité ?
Ce ne sera que le 8 novembre 42, que les forces alliées débarqueront en Afrique du Nord.
Le film sort en salle aux Etats-Unis, au moment de la Conférence de Casablanca (1943).
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L’Indochine française, regroupe des régions conquises à partir de 1858 telles que les protectorats du Laos, du Cambodge, de l’Annam et du Tonkin (Centre et nord du Vietnam), la colonie de Cochinchine (sud du Vietnam), ainsi qu’une petite partie de territoire chinois. Au sein même de l’Indochine française, les différents territoires ont des statuts variés, et sont donc administrés différemment.
En 1949, pour ce qui est de l'Indochine, nous pensions être arrivés à une solution avec la « solution Bao Daï » l'ex-empereur, à qui la France offre le pouvoir et l'indépendance du Vietnam, en 1948. Cette solution transformait l’Union indochinoise en trois États associés de la France : le Vietnam, le Cambodge et le Laos. Ils restaient cependant dépendants de Paris pour la diplomatie et les questions militaires.
A présent, Hô Chi Minh n'est plus seulement un nationaliste, mais un «pion dans le jeu de Moscou » ; et l'Indochine, un enjeu de la ''Guerre froide ''. Et, la France compte sur l'aide américaine, pour prendre le relais. Mao a pris le pouvoir en Chine, et le reste de l'Asie est sous la menace communiste.
Cependant, en France ( 1950 ), ce conflit apparaît pour certains, comme une guerre coloniale ; et pour la plupart, les laisse indifférents. D'autres, c'est vrai, souhaiteraient conserver notre Empire en le modernisant. ''Après tout'', Camus en 1945, demandait « un régime d’égalité devant la loi qui donnera au paysan annamite comme à l'ouvrier français la même part de dignité ». Il conclut : «si nous ne voulons pas perdre notre Empire », il faut «donner à nos colonies la démocratie que nous réclamons pour nous »
Lancelot, a eu la surprise de découvrir en librairie , un roman signé Marguerite Duras '' Un barrage contre le Pacifique '', et de plus sélectionné pour le prix Goncourt 1950. ( Le jury, las de ne pouvoir se décider, aura choisi Paul Colin, qui restera inconnu.). Un roman anti-colonialiste, semble t-il ?
Après l'écriture de Balzac, nous trouvons le style de Duras beaucoup plus dépouillé ; un peu comme si le narrateur tentait avec difficulté de se souvenir de la forme des personnages, et privilégiait l'atmosphère pesante, le climat à la chaleur moite, les relations ambiguës. La tension est palpable entre le chinois et Suzanne, Suzanne et son frère Joseph, et la mère sans plus d'illusions.
Lancelot est touché finalement par la sincérité de cette écriture. Le fond et la forme se mêlent, comme la lenteur de la narration, des événements...
Il s'agit de l’Indochine, avant-guerre, et la description implacable d'une société coloniale en décadence. La mère se bat contre l´administration, contre la corruption, contre le Pacifique.
Le système colonial écrase autant les indigènes, que les ''petits blancs'' ; même en 1950, cette description ne correspond pas à ce que les français se représentent de l'Indochine. Il est vrai qu'à présent ce système est menacé, le Vietnam est coupé en deux.
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Un autre point de vue, singulier et féminin, de ce livre est la relation entre une jeune fille blanche et un Indochinois (pas un vrai indigène, mais un Chinois) plus âgé, qui transgresse les codes de la société coloniale.
Les pauvres blancs, trop proches des indigènes, n'accèdent pas à la ''ville blanche''.
« Dans le haut quartier n'habitaient que les blancs qui avaient fait fortune. Pour marquer la mesure surhumaine de la démarche blanche, les rues et les trottoirs du haut quartier étaient immenses. [...] Arrosées plusieurs fois par jour, vertes, fleuries, ces rues étaient aussi bien entretenues que les allées d'un immense jardin zoologique où les espèces rares des blancs veillaient sur elles-mêmes. Le centre du haut quartier était leur vrai sanctuaire. C'était au centre seulement qu'à l'ombre des tamariniers s'étalaient les immenses terrasses de leurs cafés. Là, le soir, ils se retrouvaient entre eux. Seuls les garçons de café étaient encore indigènes, mais déguisés en blancs, ils avaient été mis dans des smokings, de même qu'auprès d'eux les palmiers des terrasses étaient en pots. ».
La mort est très présente dans Un barrage contre le Pacifique . Le livre s'ouvre et se termine sur des scènes de mort ; et la destinée de la société coloniale apparaît tragique.
Edgar Morin trouve dans la revue d'Emmanuel Mounier, Esprit, un espace de liberté et de dialogue. Dans le numéro de novembre 1951, Morin dénonce la répression en URSS, dans un article intitulé '' L'honneur de la vérité '' ; et accuse son parti de censurer ces informations... L'article provoque son exclusion du PCF. Dans sa cellule, Annie Kriegel demande « l’exclusion du camarade Morin ; le Parti doit s’épurer. ». Morin raconte : « Et tous ont voté mon exclusion. Je dois dire que cette nuit-là, j’ai eu du chagrin parce qu’alors, être exclu du Parti était une excommunication, une malédiction comme celle qu’avait subie Spinoza. En rentrant de cette séance, j’entendais dans la nuit un pick-up qui jouait la marche ukrainienne que je chantais à l’époque des victoires et de l’espoir. J’avais perdu tout espoir. Mais le matin, j’étais heureux, j’étais libre, et je suis resté libre. »
La Quête du Graal - 2– Béguin
Nos héros chevaliers, tentent de retrouver Galaad qui les précède, loin devant eux sur le chemin de la perfection; même lorsqu'il vient à leur secours et les délivre de l'ennemi, il les quitte aussitôt. La Quête s'attache aux seuls chevaliers qui conservent pendant celle-ci, leur parfaite chasteté, des trois chevaliers qui achèveront les aventures du Graal, deux sont vierges: Galaad et Perceval ; le troisième est le chaste Bohort.
Perceval, finalement, a vaincu l'Ennemi ; et depuis ce moment il devient véritablement le chevalier du Christ. Une dernière et profonde transformation s'opère dans l'âme de notre héros naissant à la vie spirituelle. Sur la nef blanche, la nef de Salomon, il rencontre avec ses amis élus, sa soeur, devenue la vierge sainte, vouée au martyre. Pendant des années il accompagnera partout Galaad,
dont il sera le bras droit, l'aidant à abolir les « mauvaises coutumes » du royaume de Logres, à en achever les hautes aventures. Il ceindra l'épée merveilleuse que le « bon chevalier » a retiré du perron flottant le jour de la Pentecôte à Camelot et que ce dernier lui cède, une fois armé lui-même de l'épée du roi David. Ensemble, avec Bohort, ils entreront au château de Corbenic, ensemble ils participeront au banquet de la Cène ; ensemble ils emporteront le Graal et la lance qui saigne dans la Jérusalem céleste, à Sarras. Si les trois compagnons sont admis à la liturgie secrète du Graal , seul Galaad pourra contempler ce qu'il y a dans le Graal.
Là Perceval, témoin fidèle de la disparition des reliques ravies au ciel avec l'âme de Galaad, meurt ermite, en odeur de sainteté, pour reposer aux côtés de sa soeur et du Rédempteur au Palais spirituel.
Seul Galaad, le pur, le parfait, accédera à la vision du Graal, à Sarras qu'ils ont enfin abordé avec le navire construit jadis par le roi Salomon : c’est là que se perpétue la liturgie du Graal. Mais on ne survit pas à une telle vision : Galaad demande à Dieu de quitter cette terre. Perceval à son tour mourra. Bohort reviendra à la cour du roi Arthur, c’est lui qui racontera à un clerc chargé de les mettre par écrit les aventures de la quête du saint Graal.
Le Graal et la Lance, ont disparu dans les airs définitivement ; comme à la fin de l'épopée arthurienne, l'épée d'Arthur disparaîtra dans les eaux.
Nos héros, recherchent un mystère plus élevé, et reçoivent souvent le « corpus domini » ( l'Eucharistie) ; cette connaissance est selon les mots de Galaad : « voir ouvertement ce que l'esprit ne peut concevoir ni langue décrire »
Mais... Saint-Bernard ne condamnait-il pas, que : « apprendre pour savoir est vaine curiosité.... » ?
Madame Lot-Borodine ( cahiers du Sud ) nous enseigne qu'il y avait chez les cisterciens deux courants différents de pensée : celui qui se réclame de Saint-Bernard et celui qui dérivait de Guillaume de Saint-Thierry. Ce denier inspiré par les pères grecs, en particulier les Cappadociens, n'avait pas condamné la connaissance. Il y voyait un moyen d'aimer Dieu. C'est de lui que dériverait la Queste.
La fin du roman, tient à nous renseigner sur l'origine du texte de la Quête : il serait écrit par Gautier Map à partir des notes prises par les clercs d’Arthur lors du récit fait par Bohort à son retour de la Queste. Gautier Map (1130/1135-1210) a réellement existé. C’était un ecclésiastique et écrivain anglais qui a vécu à la cour du roi Henri II Plantagenêt (1133-1189), qui régna de 1154 à 1189.
La ''Queste '' n'est qu'un élément d'un grand ensemble ( un avant-dernier chapitre) , et suppose la lecture de l’œuvre complète.
Lancelot, père de l'élu Galaad, représente la Fin'amors et le passé du temps du Graal.
La Quête – qui se passe dans une forêt magique propice aux aventures – est une recherche dans une forêt de symboles, ou d'allégories.
Albert Béguin, dit à propos du Graal, qu'il s'est servi des travaux de Myrrha Lot-Borodine (1882-1957), pour lui servir de guide.
Lancelot ne manqua pas d’aller la voir lors de sa dernière maladie, à Fontenay-aux-Roses, dans la maison-pension de Melle Blanc au 1 rue Jean Jaurès. S'y croisèrent également, Jean Daniélou qui découvrit avec elle la théologie mystique de l'Orient, et le théologien Vladimir Lossky.
A Fléchigné, visites fréquente de Robert Buron, un homme politique avec qui on a plaisir à débattre. Démocrate-chrétien, ses années de jeunesse parlent beaucoup à Lancelot. Fondateur et député MRP, il est très sensible à l'urgence sociale qui se manifeste dans ces années, il soutient son ami l'abbé Pierre. Maire en 1953, il va beaucoup faire pour ouvrir Villaines-la-Juhel à la modernité.
'' L'autre personnalité que nous avons en haute estime est le libraire de la ville.
La boutique paraît intimidante aux gens du bourg, elle fait aussi papeterie et vend les livres scolaires ; mais elle est le lieu de passage de l'élite lettrée et cultivée du pays. Si nous sommes accueillis par un jeune homme en blouse grise, que l'on appelle le grouillot, celui-ci en nous reconnaissant, appelle aussitôt son patron. En blouse blanche, celui-ci, après une conversation polie, prend connaissance de la liste que nous lui proposons. Il nous installe alors dans un petit salon ouvert ; et nous rejoint avec une pile d'ouvrages disponibles. Parmi ceux-là, il y a quelques propositions de sa part.'' Ce jour-là Lancelot revient avec la traduction française, d'un ouvrage de Stefan Zweig, Trois Maîtres, Balzac, Dickens, Dostoïevski.
Pour nous, La Comédie Humaine de Balzac, tient une place de choix dans notre bibliothèque ; c'est à dire que la série d'ouvrages est régulièrement feuilletée, jusqu'à l'envie de reprendre l'un des vingt-quatre volumes.
Le dernier repris était '' le Colonel Chabert'' qui, précisément, fait référence à un point que Zweig souligne : Balzac naît au commencement de l'Empire ; son enfance coïncide avec l'époque héroïque de l'Empire, il en fait son mythe. L'exemple de Napoléon « fait naître en lui le désir de n 'aspirer toujours qu'à l'ensemble, de chercher avidement à saisir non pas quelque richesse isolée mais toute la plénitude de l'univers... », « il comprime l'univers qu'il a ainsi dompté dans le grandiose carcan de la Comédie humaine. ». Balzac veut être le Napoléon de la plume ! Et, il montre que le pouvoir suprême est à la merci de l'homme de la plus humble extraction.
Les héros de Balzac, sont, comme lui, des ''hommes à passion'', des ''monomanes'' . Lui est créateur d'univers, un forcené du travail. « Avec chacun de ses nouveaux livres, avec chaque désir qu'il mettait ainsi en œuvre, sa vie se rétrécissait comme la magique peau de chagrin de son roman mystique. » Zweig estime que Balzac, ne pouvait pas avoir de philosophie à lui ; il épousait chacune de ses personnages. Son principe de vie était la Volonté. Une autre idée forte, source de réalité est la valeur de l'Argent. L'argent, force agissante de la vie sociale.
Anne -Laure de Sallembier, ponctue les conversations à propos de Balzac, par des anecdotes qu'elle destine à la petite Elaine. Notre aïeul Charles-Louis de Chateauneuf, fréquentait le salon de Delphine Girardin, et pouvait croiser Balzac avec d'autres grands écrivains comme Musset, ou Hugo. Chateauneuf va s'approcher, pour une femme, d'une société secrète, dont s'inspire Balzac dans Ferragus ; et c'est chez la duchesse d'A. qu'il eut la chance de pouvoir, avec lui, converser avec passion de science et de philosophie ( Swedenborg, l'alchime et Catherine de Médicis, etc..).
La Quête du Graal - 1– Béguin
Lancelot, avec le désir de se remettre à l'équitation, fait une chute et se retrouve contraint à l'immobilisation et au port du corset. Dès ce mois passé plutôt douloureux; Lancelot est à présent poursuivi par une fièvre incessante, sans symptôme particulier, sinon un état maladif qui le renvoie à la maladie, la mort, et la réflexion.
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Lancelot a donc profité de ce congé, pour se réfugier plusieurs semaines à Fléchigné ; un livre l’accompagne : La Quête du Graal, transcription de Béghin, qu'il lui a lui-même offert ( voir précédemment : La Quête du Graal, par A. Béguin ) .
Anne-Laure lui propose d'en faire lecture, en soirée. Ainsi, Elaine entend l'intégralité d'un texte, si important pour nous. Elaine connaît déjà de nombreux personnages de la légende ; Lancelot s'étonne d'ailleurs de la fréquence à laquelle, elle trouve, dans ses jeux ou dans la vie quotidienne, des analogies pour en faire référence.
L'entrée dans la Quête du Graal, par la porte de Béguin ; arrive au bon moment pour Anne-Laure et Lancelot. De lecture aisée, nous entrons de plain pied dans la spiritualité de la Quête ; il s'agit d'un ouvrage que certains qualifieraient de religieux, déçus de n'y pas trouver les récits courtois et chevaleresques qu'a préféré retenir quelqu'un comme Jacques Boulenger dont nous avons déjà parlé, et que Lancelot avait rencontré.
Béguin, s'il est parti des manuscrits qu'avait rapportés Albert Pauphilet (1884-1948), a tenté d'offrir une traduction, plutôt qu'une adaptation de ce texte : la '' Queste del Saint-Graal'', qui date des environs de 1220.
Etienne Gilson ( 1925 dans Romania) explique que cette oeuvre exprime une conception chrétienne sous influence cistercienne, avec un Graal qui représente la Grâce.
La morale courtoise y est jugée et condamnée, à l'image de la relation entre Lancelot et Guenièvre.
L'idéal, écrit-il, « ne saurait être la connaissance de Dieu par l'intelligence, mais la vie de Dieu dans l'âme par sa charité, qui est la grâce ; d'un mot La Queste serait principalement organisée, non autour de la connaissance, mais autour du sentiment. »
Lecture :
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Apparaît à la cour du Roi Arthur, le chevalier seul digne d'occuper le '' Siège Périlleux'' de la Table Ronde : Galaad (fils de Lancelot, et de la fille du Roi Pêcheur ). Le jour de Pentecôte, « le Saint-Graal parait, couvert d'une soie blanche », personne ne le voit, et qui le porte ; il garnit chacun de mets qu'il désire ; et chacun remercie Notre Seigneur, de les nourrir de la grâce du Saint-Graal. Chaque chevalier, fait vœu de retrouver le Graal.
E. Gilson, note que le jour de Pentecôte est l'anniversaire de la descente de la grâce du Saint-Esprit sur les Apôtres : « Le Graal, c'est la grâce du Saint-Esprit, source inépuisable et délicieuse à laquelle s'abreuve l'âme chrétienne. »
Si le Roi Arthur se désole de voir partir ses meilleurs chevaliers, nombreux sont ceux qui veulent s'engager dans la Quête. C'est Galaad qui formule le serment repris par tous : « en loyal chevalier, il maintiendra la Quête un an et un jour et plus encore s'il le fallait, et que jamais il ne reviendrait à la cour qu'il n'eût appris la vérité du Saint-Graal, s'il pouvait l'apprendre. »
Ensuite, c'est séparé, chacun son chemin, qu'ils se dispersent dans la forêt, pénétrant là où elle était la plus épaisse.
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Commencent les aventures de Galaad.
Chaque aventure de la Quête , n'est en rien semblable de celle d'un chevalier qui n'y serait pas inscrit. Sur le chemin, un sage prud'homme se charge d'en expliquer le sens.
Galaad est comparé ( par la semblance) au Christ ; et les moines rappellent que les aventures du royaume de Logres ne disparaîtront qu'avec la venue de Galaad et l'issue de la Quête. La Quête ici n'est pas présenté comme la recherche de la Sainte Coupe ; mais comme un chemin aux diverses épreuves.
A la suite de la faute du jeune chevalier adoubé par Galaad, Mélyant, le péché d'orgueil, qui lui valut d'être blessé lors de la joute ; le moine qui lui explique le sens de l'aventure ; ajoute qu'il a confondu '' chevalerie célestielle'' et '' chevalerie du siècle ''.
L'écoute de la messe fait partie du quotidien du chevalier.
Le château des pucelles, que délivre Galaad de la mauvaise ''coutume'', était sous la coupe de sept chevaliers ( qui représentent les sept péchés capitaux). Il délivre les pucelles ( c'est à dire les âmes pures), à l'image du Christ.
La présence du diable constante. Les aventures ''terriennes'' , devenues des symboles de la lutte de Dieu et de l'Ennemi ...
A la différence de Galaad, qui se bat mais ne tue pas ; Gauvain est qualifié de mauvais chevalier ; de plus, il ne répond pas aux sollicitations du prud'homme et prêtre, de se confesser.
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Les aventures de Lancelot, le conduisent d'une chapelle devant laquelle, alors que le Graal lui apparaît, il reste ''endormi'' ; jusqu'à un ermitage, où il se accepte le discours de l'ermite qui l'enjoint de croire en la miséricorde de Dieu, et de se confesser. Lancelot finit pas avouer sa faute avec la Reine Guenièvre.
Les aventures de Perceval, mettent le chevalier aux prises de l'Ennemi, qui prend la forme d'un cheval noir, d'un serpent ou d'une belle demoiselle... Perceval, perd son cheval, et s'épuise à pied à rattraper Galaad.
« Ah ! Perceval ! Dit le prud'homme, tu seras toujours aussi candide ! » ; mais, il est sauvé par la grâce.
Les aventures et les échecs de Gauvain et d'Hector : Gauvain est trop sensible à la gloire et aux amours d’ici-bas. Il est le pécheur endurci ; ses actions, belles en soi, vont à rebours de celles des saints ; elles sont donc condamnables et le héros tue à son insu son ami Yvain et devient un réprouvé.
Les aventures de Bohort – un saint laborieux - et l'échec de Lionel.
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Les aventures de Galaad, avec l'Arbre de vie qui servit le bois dont est fait le navire de Salomon , les retrouvailles avec Bohort et Perceval ; arrivée de la sœur de Perceval. Si la femme de Salomon représente « l'ancienne loi », la sœur de Perceval représente la « nouvelle loi ».
Aventure et histoire de la ''nef de Salomon" ( le Temple, ou l’Église) et des objets merveilleux qu'elle abrite. Les trois compagnons prennent la mer avec la sœur de Perceval, qui mourra après avoir donné son sang à la châtelaine du château de la lépreuse.
On retrouve les aventures de Lancelot – le pécheur repentant - qui l'amènent à retrouver Galaad, quelques jours, avant d'errer de nouveau ; et parvenir au château du Graal. Il combat des lions fantasmagoriques, et trouve un château vide. Cependant, il s'approche d'une salle où se passe un rituel, mais l'entrée lui est interdite. Il est écarté du bénéfice de la grâce, Lancelot préférerait-il Guenièvre au Graal … ?
1950 - Félix Sinclair
Alors que Frédéric Joliot est haut-commissaire du Commissariat à l’Energie Atomique (CEA), il devient début 49, président du « Mouvement mondial des partisans de la paix ». Le président des Etats-Unis Harry S. Truman en janvier 1950, fait part des recherches américaines sur la bombe thermonucléaire. Joliot lance en mars 1950 « l’appel de Stockholm » pour l’interdiction de l’arme atomique qui recueille des dizaines de millions de signatures.
"Appel :
Nous exigeons l'interdiction absolue de l'arme atomique, arme d'épouvante et d'extermination massive des populations.
Nous exigeons l'établissement d'un rigoureux contrôle international pour assurer l'application de cette mesure d'interdiction.
Nous considérons que le gouvernement qui, le premier, utiliserait, contre n'importe quel pays, l'arme atomique, commettrait un crime contre l'humanité et serait à traiter comme criminel de guerre.
Nous appelons tous les hommes de bonne volonté dans le monde à signer cet appel."
Ses activités politiques valent à M. Joliot-Curie d'être démis de ses fonctions de haut-commissaire le 28 avril 1950.
Le Figaro du 29 avril 1950, rapporte que « C’est du reste ce que M. Georges Bidault avait déclaré la veille à M. Joliot-Curie, convoqué à l’Hôtel Matignon. Ce dernier ne trouva d’autre excuse à son obéissance à un gouvernement étranger que le slogan répandu par les communistes : « Staline travaille pour la paix, tandis que le gouvernement français prépare la guerre. » — C’est par amour et par vénération de la paix que j’ai choisi Staline, — Pour le servir en toute indépendance, lui répondit M. Georges Bidault, il est par conséquent nécessaire que vous renonciez à vos fonctions... Le Conseil des ministres s’est rangé à l’avis du président du Conseil. »
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En Ecosse, Félix Sinclair, âgé de vingt et un ans, vient d'enterrer sa mère, et découvrir la réalité des événements qui ont provoqué sa naissance. Il pose pour la première fois, un pied sur le Continent, ce jour de mars 1950. ( voir par ex/ 1941 – Lyon – Sinclair - 1941 – L'Ecosse – Rosslyn Chapel - Sinclair - )....
Avec les éléments qu'il a à sa disposition ; il trouve assez facilement le chemin de Fléchigné.
Quelle surprise pour Anne-Laure, que cette visite ! Lancelot averti, décide de les rejoindre au plus vite.
Félix, curieux de tout, en se promenant dans la région, rencontre une jeune fille, elle-même en visite chez des cousins de Mayenne. Micheline habite avec sa sœur et ses parents au Havre, actuellement en reconstruction. En attente d'être relogés dans les nouveaux immeubles de l'avenue Foch, ils habitent chez de la famille dont la maison a réchappé aux bombardements.
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Entre les deux jeunes gens, c'est un véritable coup de foudre. Ils reviennent ensemble au Havre.
Puis, Félix ''ferme la parenthèse'' et retourne en Ecosse. Quelques mois plus tard, n'ayant pas renoncé à correspondre avec elle, Félix apprend que la jeune femme est enceinte. Il est affolé, car ce projet contrevient à sa promesse faite à sa mère, quant à un mariage prévu de longue date...
Un mariage que son ''nom'' oblige, il n'a pas le choix....
Il écrit tout cela à la jeune femme ; et à Lancelot.
Pourtant, au cœur du mois d’août, il reprend le voyage pour le Havre, sûr de pouvoir laisser seul l'amour décider.
Au Havre, Félix apprend très vite que la mère de son enfant s'est mariée ; et s'est envolée avec son mari à Casablanca, au Maroc.
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Anne-Laure de Sallembier connaît bien le mari de la jeune fille ; puisqu'il est originaire de cette même région de Mayenne, en lien familial. La jeune femme, d'ailleurs, le connaissait déjà ; et le jeune homme avait l'opportunité d'un poste intéressant dans une entreprise de travaux publics, à Casablanca, qui s'ouvrait à lui, s'il partait rapidement... Juste, le temps de se marier. !
C'est ainsi que je suis né, le 10 décembre 1951, à Casablanca. J'ai, certes, modifié quelques circonstances. Ma mère est bien Micheline Haquet, havraise. Mon père se rattache à Fléchigné, il se nomme Georges Vétillard.
Lancelot et Anne-Laure de Sallembier, ont bien intégré cette marque de fabrique de leur lignée : la transmission échappe aux règles ordinaires de la famille. Elle-même, ne portât jamais le nom de son père ( qui précisément était ''Vétillard'' ! ( Louis-Ferdinand Vétillard, était un notable commerçant de Paris).
Lancelot lui-même, s'il porte le nom de son père, connut tardivement son géniteur; mais avant lui, Charles-Louis de Chateauneuf, était par sa mère, relié aux seigneurs du Limousin, mais hors lignée officielle, bien que reconnu.
Un soir, alors que Lancelot et sa mère échangeaient sur des événements du passé de la lignée. Elaine semblait douter de ce qu'ils évoquaient : « ça n'existe pas ! »
Quelle bonne question... Le passé existe t-il encore ?
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Lancelot répond rapidement à Elaine, que ce qui s'est passé dans le temps ; c'est aussi ce qui se passe dans l'espace... Je ne suis plus à Paris, avec ta maman, pourtant je suis certain qu'elle existe aussi, même si je ne suis plus à Paris.... Plus tard, à Paris, je serai sûr qu'Elaine existe bien, alors que je ne serai plus avec toi...
Anne-Laure continue : « C'est très important, ce que nous sommes en train de dire.... Crois-moi, quand tu seras vieille comme moi, et que tu reviendras à Fléchigné, tu repenseras à ces instants que nous vivons, tu regarderas les murs, tu les toucheras, tu sentiras même cette odeur, et tu sera sûre que ces instants existent encore ; dans une autre dimension que malheureusement nous n'appréhendons pas avec nos sens, c'est-à dire avec nos yeux... Je ressens bien cela, dans une Eglise, par exemple.... »
Anne-Laure et Lancelot pensent alors à la même chose ; à la ''quatrième dimension '' que Proust évoquait dans un article du Figaro ( depuis 1912, gardé précieusement) sur '' L'église de village '', « un édifice occupant, si l’on peut dire, un espace à quatre dimensions – la quatrième était celle du Temps, – déployant à travers les siècles son vaisseau qui, de travée en travée, de chapelle en chapelle, semblait vaincre et franchir, non pas seulement quelques mètres, mais des époques successives d’où il sortait victorieux... »
Elaine semble avoir compris certaines choses, puisqu'elle de mande : « mais, si la maison n'existe plus ? »
Lancelot répond : « Ce serait plus difficile, nous n'aurions plus nos sens, la vue, l'odorat pour nous aider... mais nous savons que le passé existe quand même. Tu sais, beaucoup de choses existent que nous ne percevons pas.... » Elaine répond : « comme ma maman, que je ne vois pas. ».
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