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Les légendes du Graal
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22 mars 1966 – Les Cathares à la télévision

4 Décembre 2024 , Rédigé par Régis Vétillard Publié dans #Cathares

Les Cathares gagnèrent leur célébrité au cours du mois de mars 1966.

Nous les connaissions au travers des romans de Zoé Oldenbourg (1916-2002), avec Les brûlés, Les cités charnelles, et pour notre part '' Le bûcher de Montségur ''.

Cet ouvrage dense raconte la fin du catharisme dans le midi de notre France, et ''la fin de l'indépendance relative de la civilisation des pays d'Oc.'' comme les gens de là aiment à dire. L'analyse de l'auteur sur la religion cathare écarte quelques outrances ésotériques ( comme les théories de F. Niel). L’enchevêtrement du politique et du religieux, permet à Madame Oldenbourg de dénoncer la théocratie pontificale et le nationalisme monarchique.

 

Je ne vais pas évoquer un livre, mais une série télévisée diffusée sur la première chaîne de l'ORTF ( en noir et blanc). L'ORTF était supervisé par le ministre de l'Information, Alain Peyrefitte de 1962 à 1966. Également porte-parole du gouvernement il avait un contrôle significatif sur les informations diffusées au public. Il veillait à ce que les médias reflètent les politiques et les messages du gouvernement gaulliste.

 

L'une des émissions vedettes de la Télévision française se trouve être ''La caméra explore le temps'' écrite par Alain Decaux et d’André Castelot, accompagnés du réalisateur Stellio Lorenzi. Il s'agit d’une trentaine d’émissions d’une durée moyenne de deux heures par sujet, réalisées entre 1957 et 1966.

Dans Le Figaro, du 17 mars1966, André Brincourt écrit: « Cette émission est attendue comme un événement… parce qu’il s’agit de la dernière ''Caméra explore le temps''.» !

A la demande du pouvoir politique, l'ORTF, met fin, à cette série de neuf ans d'émissions. Stellio Lorenzi est secrétaire général du Syndicat CGT des réalisateurs. De nombreux réalisateurs à la télévision française sont également engagés politiquement et affiliés au Parti communiste.

L’annonce de la fin de La Caméra explore le Temps à l’apogée de sa popularité suscita une vague d’indignation, aussi bien dans la presse que parmi le public.

Le soir de l’ultime diffusion, Télé 7 jours consacrait une double page à l’événement, intitulée « Vingt millions de téléspectateurs brimés disent ce soir adieu à La Caméra explore le Temps ».


 

La dernière diffusion de la série, concerne l’inquisition médiévale et le combat contre l’hérésie cathare en Languedoc. Elle est diffusée en deux fois, le 22 et 29 Mars 1966. Le premier épisode s’intitule La croisade et le second a pour titre L’Inquisition.

Les auteurs se sont inspirés du livre de Zoé Oldenbourg le Bûcher de Montségur, qui leur paraît offrir toutes les garanties d'objectivité. Ils n'ont pas négligé cependant des écrits prenant parti comme la Croisade des Albigeois, de Pierre Belperron (1893-1949) qui défendait les actions de l'Église et justifiait la croisade ou des études spécialisées de MM. Nelli, Niel, Duvernois, Roger.

Il s'agit à la télévision d' «.une véritable fresque historique, d’autant que les décors et costumes médiévaux rajoutent encore au spectaculaire. »

Le résumé présenté est ainsi: '' Au début du XIIIe siècle, en Occitanie, les efforts de Dominique pour réduire l’hérésie cathare (ou albigeoise) par le prêche échouent. Le Pape déclare la Croisade quand son Légat est assassiné, en 1208. Le Roi de France s’y rallie, voyant l’occasion d‘agréger le riche et quasi indépendant domaine des Comtes de Toulouse au sien. La direction militaire de la Croisade est confiée à Simon de Montfort, qui ravage le Languedoc et s’empare de Toulouse. Mais les Comtes (Raymond VI, puis son fils), résistent malgré l’excommunication, soutenus par un sursaut nationaliste du peuple et par l’aide anglaise. Saint-Louis intervient directement après que Toulouse soit reprise par Raymond VII et triomphe définitivement à la Bataille de Taillebourg, en 1242. L’ultime forteresse cathare, Montségur, est prise en 1244 et ceux refusant de se convertir sont brûlés vifs.''

Au point de départ, il y a le développement au XIIIe siècle dans le pays d'Oc d'une secte nouvelle dont les thèses furent taxées d'hérétiques par la papauté, parce que, dans son dualisme de type manichéen, elle prétendait que tout ce qui était charnel tenait du principe du mal; elle rejetait donc la divinité du Christ. Cette doctrine, qui allait dans le sens d'une recherche de la pureté pour échapper au mal, eut d'autant plus d'adeptes, on le sait, que le clergé romain donnait souvent l'exemple de mœurs dépravées.

Le film commence par une séquence de la fin de la croisade et de la prise du château de Montségur. L'évêque cathare Bertrand Marti accorde le consolamentum aux cathares qui préfèrent être brûlés vifs plutôt que de renoncer à leur religion. Il leur rappelle que selon la doctrine cathare, le monde réel en proie au mal a été créé par le Diable et non pas par Dieu....

Et, pour la Fin: Le roi de France met le siège autour du château de Montségur où sont réfugiés beaucoup de cathares. Le siège est très difficile du fait des capacités naturelles de défense du site. Les assiégés finissent par se rendre en 1244. Les catholiques peuvent quitter le château. Les cathares qui refusent d'abjurer sont brûlés vifs dans un bûcher collectif, mais trois d'entre eux évacuent un trésor des cathares dont on ne sait s'il est matériel, spirituel ou imaginaire.

La série se terminait par les interventions de Castelot et Decaux. Pour la plupart des téléspectateurs ce sujet était inconnu, et cette émission fut un révélateur pour le grand public.

Michel Roquebert, écrira que « Cette émission fut "une bombe" dans le Sud de la France : en 1966, des millions de téléspectateurs apprenaient que pour que le Languedoc soit français il avait fallu une horrible guerre. » Des téléspectateurs, réunis en télé -clubs dans des salles municipales, allaient découvrir une partie de leur histoire, sanglante et oubliée.

Ce téléfilm souleva un intérêt pour l'histoire des cathares et le régionalisme occitan, dans un contexte de violents débats politiques et de critique du régime gaulliste.

 

L'histoire des cathares - vaincus par les croisés venus du nord - devient un récit populaire en Occitanie. Le Midi aurait perdu son âme et son indépendance au profit des rois français.

« L’histoire des cathares devient le symbole de la destruction d’une civilisation qui aurait été autonome » souligne Julien Théry.

La presse salue les deux émissions:

« Plusieurs scènes restent inoubliables, comme le bûcher de Montségur. Les superbes performances des acteurs parachèvent le spectacle, on appréciera en particulier les prestations de Jean Topart en Raymond VI, celle de Denis Manuel en Raymond VII ou encore de Denis Manuel en évêque cathare, mais toute la distribution est digne d’éloges. »

« Dix millions de Français ont trouvé un sujet de conversation : les Cathares… C’est que notre histoire a ses prudences… Or, n’est-ce pas le rôle de la télévision d’ouvrir les dossiers et n’est-il pas significatif, en cette période d’œcuménisme et de tolérance religieuse, de montrer l’évolution de l’Église ? C’est le miracle de la télévision : la France entière met en question un moment de son histoire » ( Le Figaro, 28 Mars 1966)

Un homme de 38 ans, agent PTT explique : « En toute honnêteté, j’ai presque honte d’être chrétien, de voir comment le peuple à une époque traitait les gens. Ça rappelle même un peu la Gestapo (…). L’arrestation de ce pauvre type, ça rappelle la Gestapo. Contre la force, y’a pas beaucoup de résistance.(…) L’église, c’était la dictature de l’époque ».

Dans La Croix, du 24 Mars 1966, Jean Vigneron écrit « J’ignore si les auteurs savaient, quand ils l’entreprirent, que ce grand dessein serait aussi le dernier. En tout cas, ils n’ont rien négligé pour qu’on parle beaucoup de leur Drame cathare. Et la vision du bûcher de Montségur sur lequel s’ouvre et se ferme leur évocation, me paraît, en l’occurrence, exemplaire. (…) Aux yeux et aux oreilles de beaucoup – de trop de téléspectateurs – le Drame cathare ne peut manquer d’apparaître comme l’un des visages… de l’Église d’aujourd’hui. Ce serait monstrueux. Mais à qui la faute ? ».

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Montsalvat - le Graal sur fond de Croisade

29 Novembre 2024 , Rédigé par Régis Vétillard Publié dans #Cathares, #Pierre Benoît, #Graal, #Montsalvat, #Montsalvy

Je ne peux m'éloigner des années 60, sans évoquer le thème des ''Cathares '' qui fut l'occasion d'un voyage mémorable de Lancelot et d'Elaine sur les terres de l'hérésie albigeoise, en 1967, je crois, avec en main le livre de Michel Roquebert, ''Citadelles du vertige ''.

Pierre Benoît

Anne-Laure, la mère de Lancelot, vouait à Pierre Benoît (1886-1962), une admiration littéraire sans bornes. Bien qu'elle lusse tous ses ouvrages, bien qu'il eut affiché des convictions royalistes (mais pas orléanistes comme la comtesse de Sallembier), et bien qu'elle eut à le croiser souvent, elle s'en était tenue éloignée du fait d'une certaine mauvaise réputation.

Lancelot, grand lecteur de ses œuvres également - au point que ma sœur Axelle se nomma comme l'une de ses héroïnes ( toutes ''en A'' ) – observa pendant l'Occupation, sa présence régulière aux dîners de l'ambassade d'Allemagne pendant la guerre, et son appartenance au comité d'honneur du '' Groupe Collaboration'' alors qu'il refusait, il est vrai, bien d'autres compromissions avec le régime de Vichy...

Pierre Benoît fut un grand écrivain, au succès considérable, avec des titres comme, Kœnigsmark qui fut choisi, en 1953, pour être le N°1, à la création du Livre de poche.

En 1957, à l'occasion de son 40ème roman, Montsalvat, Pierre Benoît fête son cinq millionième livre vendu.

 

Montsalvat, de par son thème fit partie de l'immense collection de livres que nous entretenons autour du Graal. Pour ma part, sa lecture suivait celle d'un autre roman, de Zoé Oldenbourg, La pierre angulaire, chronique de trois générations à l'époque médiévale dont une partie emprunte les routes du Languedoc dévasté par la Croisade des Albigeois... Nous étions alors, juste avant la vague qui allait promouvoir les cathares comme les héros d'une grande cause occitane.

 

Le roman de Pierre Benoît se déroule pendant l'Occupation allemande en France en 1943.

Dans un train pour Montpellier, à côté d'un compartiment '' réservé aux officiers de la Wehrmacht '', se rencontrent un homme et une femme qui lisent le même ouvrage: un ouvrage allemand d'Otto Rahn ( Kreuzag Gegen Gral), dans une traduction française au titre '' Croisade contre le Graal''.

Ils se sont sans-doute déjà rencontrés à la faculté de Lettres, car elle le reconnaît. François Sevestre achève une thèse sur les Albigeois, et la jeune femme se nomme Alcyone de Pérella, Alcyone, du nom d'une jeune fille transformée par Junon en colombe, et de Pérella, pour le seigneur cathare de Montségur, condamné et exécuté comme hérétique au XIIIe siècle, dont elle est une descendante.

* N'existe t-il pas, selon un vers wagnérien, « une colombe … vient tous les ans lui rendre sa splendeur. C'est le Saint-Graal... » ?

* Je rappelle que ''Perceval ou le conte du Graal '' de Chrétien de Troyes date de 1183, avec ses continuations à partir de 1210.

La relique si mystérieuse est évoquée à travers le récit de la croisade contre les albigeois, de l'histoire de châteaux ou refuges pouvant Le cacher. Et donc aussi, à la recherche de Montsalvat...

* Dans le ''Lohengrin'' (1850) : Lohengrin révèle à Elsa qu’il vient d’un château nommé Montsalvat où se trouve le Saint Graal dont son père, le roi Parsifal, est le gardien.

Montsalvat, ne serait-ce pas : Montserrat, Montségur, ou simplement Montsalvy ?

Le nœud de l'intrigue se situe ici, à Montsalvy, « chef lieu de canton de 800 habitants, qui domine la vallée de la Truyère, au-dessus d'Entraygues, à une quarantaine de kilomètres d'Aurillac. », où se rend chaque semaine Alcyone.

 

Fin décembre; ils se rendent tous deux à Montsalvy - de Montpellier, après « le terrible plateau de La Cavalerie », Millau, Estaing - au seuil de l'Auvergne. C'est là, dans ce château où Alcyone a grandi, que vit encore sa mère, et pour l'heure, une garnison de soldats allemands.

Deux officiers sont à la recherche du Graal : le major Cassius, un antiquaire dans le civil, et le lieutenant Karlenheim, un ancien moine visiblement amoureux d'Alcyone. Ils prennent chaque jour de mystérieuses mesures dans une des salles du château, en suivant l'évolution du soleil.

Je passe sur le contexte familial de François, qui lui permet avec Alcyone, de faire équipe, autour de l'histoire du Graal, et de la recherche de ses refuges successifs.

Le lieutenant Karlenheim est tué par des maquisards. Il laisse des papiers personnels pour Alcyone, fruits de ses recherches sur le Graal.

Montségur - Delphine Dente

Après leur retour à Montpellier, François et Alcyone se retrouvent pour un départ de Lavelanet, traversée de Villeneuve-d'Olmes, puis Montferrier; et dans la nuit, sous la neige, la montée vers une forteresse appelée le Temple de la Lumière, Montségur. Dans la salle d'honneur, ils attendent un mince rayon d'or du soleil levant, qui apparaît jusqu'à désigner, gravé sur la muraille, '' une roue dentée d'un pouce de diamètre''...

Après Tarascon sur Ariège, ils passent à Lombrives dans une grotte ''macabre'', toujours pour remémorer l'itinéraire qu'a emprunté la Sainte relique, après son arrivée en Gaule apportée de Césarée de Palestine par Joseph d'Arimathie. Avant Montserrat, ils font halte à Queribus... A Granollers, ils apprennent l'accident de voiture subi par l'officier allemand Cassius sur la route de Montserrat. A l'hôpital de Sabadell, le major confie à Alcyone qu'il sait où se trouve le Graal, et avant de mourir, lui révèle « l'endroit exact qui recèle la coupe d'émeraude de Joseph d'Arimathie. »

 

Je ne vais pas révéler la fin de cette Quête, qui ne s'achève pas en Espagne....

Je vais juste reprendre les lieux du Graal – selon Pierre Benoît - qu'évoque Alcyone en commençant par Montsalvy, fief des Pérella comme gardiens du Graal, de la fin du VIIIe s. à 1204. De 1204 à 1244, Il sera à Montségur, d'où « le Graal s'en va chercher refuge à la cathédrale souterraine de Lombrives. Lombrives, où il demeurera jusqu'en 1328, date de la défaite définitive de l'Hérésie et de la victoire de l'inquisition. »

« A partir de cette date, ce ne sont plus les Sectateurs de l'Emeraude palestinienne chez qui elle trouve son plus sûr asile, mais bel et bien l'Eglise Catholique.... » avec Montserrat, et '' peut-être '' le monastère de San Juan de la Pena, puis la cathédrale de Valence, possibilités que semble ne pas approuver Alcyone.

 

Pierre Benoît n'a pas craint d'ajouter ses propres inventions à la légende des lieux qui auraient abrité le Graal... Je regrette, dans ma lecture, que le romanesque ait pris le pas sur l'Histoire, en particulier celle des Cathares...

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Planète – L'Intelligence artificielle

24 Novembre 2024 , Rédigé par Régis Vétillard Publié dans #Planète, #Pauwels, #Bergier, #Intelligence Artificielle, #Kubrick

C'est avec un esprit de détente, et de curiosité – après la lecture du '' (Le ) matin des magiciens'' de Jacques Bergier et Louis Pauwels ( 1960) – que Lancelot feuillette le nouveau numéro de '' Planète ''. Lancelot a déjà rencontré les deux auteurs, avant qu'ils aient acquis cette nouvelle notoriété. Il a apprécié cette proposition d'incursion à l'intérieur du « réalisme fantastique » ainsi dévoilé, et il ne pouvait pas ne pas la prendre au sérieux. « Rien de ce qui est étrange ne nous est étranger ! » est le point de départ de découvertes à chaque numéro de la revue qui a été créée suite au succès du livre (500.000 ex en 1965).

Edgar Morin parle de « phénomène Planète », qui tire à 100.000 exemplaires dès les premiers numéros.

La revue mélange les genres : sciences, et science-fiction, ésotérisme et religion, sociologie et littérature...

Les auteurs s'expliquent : « On définit généralement le fantastique comme une violation des lois naturelles, comme l’apparition de l’impossible. Pour nous, ce n’est pas cela du tout. Le fantastique est une manifestation des lois naturelles, un effet du contact avec la réalité quand celle-ci est perçue directement et non pas filtrée par le voile du sommeil intellectuel, par les habitudes, les préjugés, les conformismes »

Effectivement, la mécanique quantique, les matériaux semi-conducteurs, la cybernétique offrent dans l'avenir sans aucun doute des perspectives, tout à fait matérielles, que nous avons du mal à imaginer.

Planète. Juillet 1967

Précisément le numéro 35 de Planète propose un article de Jacques Bergier, sur la ''prévision de l'avenir'' qui fait un inventaire de quelques « bureaux d'augure ( prévision) américains et européens. » ; tels que la Rand Corporation et sa ''méthode Delphi'', une approche structurée et itérative utilisée pour recueillir les idées et les opinions d’un groupe d’experts afin de parvenir à un consensus sur un sujet spécifique.

Il cite l'organisme français S.E.D.E.I.S. fondé par Bertrand de Jouvenel, que connaît bien Lancelot, et qui reçoit son bulletin , dans lequel d'ailleurs, il avait lu, pour Jouvenel, la nécessité d’appuyer le discours politique sur les données de la science écologique pour minimiser les conséquences négatives sur la nature des activités humaines. Nous en reparlerons.

Enfin, J. Bergier présente l'Hudson Institute, un organisme de recherche fondé en 1961, par Herman Kahn, physicien, stratège nucléaire et éminent futuriste. A partir de l’analyse des systèmes et d’outils mathématiques ( théorie des jeux) , il a développé la méthode des scénarios. Il est connu pour son analyse des effets possibles d'une guerre nucléaire. Dès 1962, il met au défi les chercheurs de « penser l'impensable ».

On lui doit l'idée de  la Machine du Jugement Dernier, qui apparaît dans le film de Stanley Kubrick, “Docteur Folamour”, ( titre original : “Dr. Strangelove or: How I Learned to Stop Worrying and Love the Bomb”), une comédie militaire et satirique sortie en salle en 1964.

 

J. Bergier annonce que les prochaines industries qui devraient gagner beaucoup d'argent, pourraient concerner : - le Laser, - la Super-conductivité qui permettraient de fabriquer de « très petites machines électriques, la fabrication d'électro-aimants permettant de produire l'énergie atomique légère ; - les Convertisseurs d'énergie qui « permettent de transformer n'importe quelle forme d'énergie en électricité. ». Il prévoit avant 1980, la naissance de l'industrie de l'automobile électrique, de robots domestiques, et de l'électronique de poche ; - la biologie moléculaire appliquée...

 

Le film suivant de Kubrick, en collaboration avec Arthur C. Clarke, - 2001, l'Odyssée de l'espace (1968) , permet de s'interroger si l’intelligence humaine et l’intelligence informatique fonctionnent de manière similaire.

the HAL 9000 computer case

Dans le film, HAL est le nom du système informatique embarqué du vaisseau spatial habité Discovery One, chargé d'enquêter à l'autre bout du système solaire sur le signal émis par un monolithe basé sur la Lune en direction d'un point proche de la planète Jupiter.

HAL est un système avancé de machine pensante capable de participer avec fluidité à une conversation, via une interface de synthèse vocale optimisée. Il est apte à prendre de manière autonome des décisions et gère tous les systèmes de navigation, de contrôle et de communication du vaisseau. En principe, HAL est capable de diriger seul le vaisseau.

Un dysfonctionnement repéré par Franck et Dave, les décident à déconnecter les fonctions « intellectuelles supérieures » de HAL …

Seulement lorsque Dave demande d’ouvrir les portes de la nacelle, le superordinateur répond étrangement : « Je suis désolé, Dave. J’ai bien peur de ne pas pouvoir le faire... Cette mission est trop importante pour que je vous permette de la mettre en péril. » !

 

C'est lors de la conférence de Dartmouth, en 1956 que le terme '' intelligence artificielle '' a été proposé par John McCarthy, pour nommer la simulation de l'intelligence humaine.

On pourrait se demander si une Intelligence artificielle conçue pour un objectif précis, ne s'efforcera pas de l'atteindre quels qu'en soient les moyens. Sans éthique, elle pourrait même éliminer les êtres humains qui viendraient l'en empêcher...

L'intelligence humaine est combinée avec la motivation et l'objectif final. Par exemple, il nous semblerait irrationnel de vouloir compter tous les brins d'herbe du monde... Par contre, une machine super-intelligente pourrait avoir à peu près n’importe quel but final ; elle pourrait également agir de manière antithétique à nos propres intérêts. 

 

Autre point, en Intelligence artificielle, nous pouvons concevoir des systèmes modulaires qui se concentrent sur une compétence spécifique. Par exemple, la reconnaissance d'images, ou la traduction automatique. On peut améliorer une compétence sans effet sur l'autre.

Si un humain ne peut généralement exceller dans toutes les compétences ; une Intelligence artificielle en combinant tous les systèmes, le pourrait-il ?

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Le Graal, ça n'existe pas ! 7

19 Novembre 2024 , Rédigé par Régis Vétillard Publié dans #Graal, #Esprit

Il n'est pas déraisonnable de penser que différents ''modes d'existence '' puissent s'interpénétrer, ce serait même une possibilité que nous offre l'anthropologie humaine telle que je la conçois. J'y viendrai après avoir repris les ouvertures proposées par Whitehead et Uexküll, dans le cadre d'un mode d'existence scientifique.

Nous connaissons depuis le XXème siècle, un changement de paradigme ( = cadre conceptuel, grille de lecture qui structurent notre compréhension...) qui remet en cause une science ''mécaniste'', celle du XVIIe s. de Kepler, Descartes, Newton... Une vision de l'Univers qui reposait sur une machine gouvernée par des lois éternelles données par le Grand Architecte, Dieu. L'humain, seul possédait une ''âme''. Les deux modes d'existence, spirituel et matériel, étaient séparés; au point même de s'ignorer.

 

Elaine nous rappellerait qu'avant d'être ''moderne'', nous nous représentions l'Univers comme un organisme vivant. La Nature était vivante.

Ensuite, nous sommes passés de la métaphore de l'organisme à celles de la machine, écoutons Johannes Kepler en 1605: « Mon but est de montrer que la machinerie céleste doit être comparée non pas à un organisme divin, mais à une horloge. ( …) De plus, je montrerai comment cette conception purement physique peut être soutenue par le calcul et la géométrie. ».

A la fin d'un XIXe siècle scientiste, Lord Kelvin pensait que la science avait déjà découvert la plupart des lois fondamentales de la nature et que les découvertes futures consisteraient principalement à affiner les constantes et à perfectionner les applications. Le physicien Albert Michelson écrivait en 1903: « Les lois et les faits fondamentaux les plus importants de la science physique ont tous été découverts, et ceux-ci sont si fermement établis que la possibilité qu’ils aient jamais été supplantés à la suite de nouvelles découvertes est extrêmement éloignée. »

Erreur ! En 1915, Albert Einstein a introduit la relativité générale, une théorie révolutionnaire de la gravitation. Puis la mécanique quantique proposait des concepts contre-intuitifs comme la dualité onde-particule et l'incertitude de Heisenberg. La découverte de l'ADN, ouvrait la voie à la biologie moléculaire et à la génétique moderne.

Une théorie qui unifierait relativité, quantique, c'est-à-dire les quatre forces fondamentales ( la gravité, l'électromagnétisme, l'interaction faible et l'interaction forte ) devrait intégrer différentes dimensions de la réalité.

Le vivant, à la différence d'une machine, est créatif. Il s'adapte à son environnement, il grandit et forme de nouvelles structures. L'approche mécaniste, tente d'expliquer le tout par les parties; ce qui finalement consiste à détruire ce qui faisait de l'organisme, un être vivant. La nature, par évolution créative, forme des entités plus grandes que la somme de leurs parties.

Selon Whitehead « la biologie est l'étude des grands organismes, et la physique celle des petits. », et de grands comme les planètes, les galaxies... L'Univers est un organisme !

 

Bien d'autres questions restent encore posées aux scientifiques, qui peuvent faire évoluer nos représentations..: Comment s'applique la loi de conservation à la matière noire, à l'énergie noire...? Que penser de la création continue d'énergie noire, proportionnelle à l'expansion de l'Univers? Quelle quantité d'énergie contient le vide quantique?

D'où viennent et comment sont mémorisées les lois et constantes de l'Univers? Sont-elles fixes, évolutives?

 

L'anthropologie chrétienne des Pères de l'Eglise, - avec la représentation de l'humain, comme ''corps-âme et esprit'', est l'expression spirituelle de cette dynamique. L'humain est un être unique et intégré, et entre corps, âme et esprit, s'exprime une dynamique complexe et interconnectée. Nous sommes loin du dualisme dans lequel le corps et le tombeau de l'âme...

'' Avant la révolution mécaniste du XVIIe s. il existait trois niveaux d'explication: le corps, l'âme et l'esprit. Le corps et l'âme faisaient partie de la Nature. L'esprit était immatériel mais interagissait avec les être matériels à travers leur corps et leur âme. Après la révolution mécaniste, l'âme est devenue un fantôme immatériel enfermée dans la machinerie du corps, elle disparaissait de la Nature. Nous sommes passés dans la dualité ''Matière-Esprit'', puis il n'y en eut plus qu'une, ''la Matière''.''

 

Avec la Quête, la légende du Graal nous ramène à l'anthropomorphisme ternaire, par la richesse et la complexité de son symbolisme. La quête représente une dimension physique du voyage. Les chevaliers entreprennent des quêtes ardues, traversent des épreuves physiques et démontrent leur bravoure et leur force. L'objectif ultime nécessite, par le corps, une purification et un dépassement. Et, bien-sûr, les chevaliers doivent démontrer des vertus telles que la loyauté, la foi, la chasteté et la charité. Le chemin vers le Graal est souvent ponctué de tentations et de défis moraux, symbolisant l'épreuve de l'âme et son élévation spirituelle. Mais, la Quête présente avant tout une dimension spirituelle et divine. Le Saint Graal - calice contenant le sang du Christ - est associé à l'expérience du divin.

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Le Graal, ça n'existe pas ! 6

14 Novembre 2024 , Rédigé par Régis Vétillard Publié dans #Whitehead

Je ressens le besoin, en conclusion de cette longue réflexion sur l'existence d'une chose – et à partir des notes de Lancelot que je viens de vous transcrire - de faire ma synthèse.

Il y a plusieurs manières d'être et elles ne sont pas limitées par la matérialité. Nous n’avons accès qu’aux phénomènes, pas aux '' choses en soi ''. Croyance et connaissance se confrontent, s'entraident... Le réel est-il rationnel dans la manière dont il nous apparaît ?

L'humain est-il un ''étant'' comme les autres ? Le Graal est-il le chemin de la Nature à la Grâce?

* Je ne tiens pas – et c'est important de le noter – à passer à une parole essentiellement religieuse ou spirituelle; je tiens à appuyer ma réflexion sur ce qui ''existe '', sur ce qui est d'ordre naturel; aussi je tente ( en priorité) de comprendre l'avancée conceptuelle de philosophes et de scientifiques....

 

Pour clore ces réflexions sur ''ce qui existe'', je reviens vers quelques idées parmi celles de Alfred North Whitehead, que j'arrive à conceptualiser.

Alfred North Whitehead

Je n'oublie pas que Lancelot nous en parlait souvent: Whitehead - Les légendes du Graal

Alfred North Whitehead (1861-1947) était un mathématicien et un philosophe,. A Cambridge, sa thèse portait sur la théorie de l’électromagnétisme de Maxwell, qui a été un développement majeur dans les idées qui ont conduit aux théories de la relativité restreinte et générale d’Einstein. Il est devenu le tuteur de Bertrand Russell au Trinity College dans les années 1890; il a collaboré avec son ancien étudiant sur "Principia Mathematica", un ouvrage majeur en logique mathématique.

Alors que sa carrière de mathématicien universitaire touchait à sa fin; il se consacre à des travaux philosophiques, comme son Enquête sur les principes de la connaissance naturelle, Le concept de la nature et Le principe de la relativité, publiés entre 1919 et 1922.

L’apogée de son œuvre métaphysique est venue avec son monumental Process and Reality en 1929 et ses Adventures of Ideas en 1933. Sa lecture est difficile. Il n'est pas étonnant que pour Whitehead, la connaissance est une aventure dans laquelle l’individu doit se lancer tout entier, une véritable Quête... Il parle également que '' les idées ne flottent pas en l’air comme des spectres : dans la mesure où elles sont vraies, elles appartiennent à un monde idéal qui est aussi un « modèle » des processus de la nature.''

Whitehead y jette les bases de son « principe ontologique », rejetant le dualisme corps-esprit. Il vise à construire une cosmologie capable de rendre compte d'un univers en devenir, c'est-à-dire en perpétuel processus de transformation.

Pour Whitehead le réalité n'est pas composée d'une collection d'objets statiques, elle est un flux constant de processus et d'interactions.

 

Jakob von Uexküll (1864-1944). Naturaliste et biologiste allemand, fit ses études à Heidelberg. Il partage, avec Whitehead l'idée que la réalité est subjective et dynamique, et insiste sur l'importance de l'expérience individuelle et de l'interconnexion entre les êtres vivants et leur environnement.

Chaque espèce voit le monde à travers ses sens et sa représentation. La Terre est peuplée de ''mondes'', dont celui des humains. Une « illusion repose sur la croyance en un monde unique dans lequel s’emboîteraient tous les êtres vivants. De là vient l’opinion commune qu’il n’existerait qu’un temps et qu’un espace pour tous les êtres vivants. »

Le monde propre de chaque être vivant est nommé par le concept de l'Umwelt ( milieu) qui souligne comment différents organismes vivants peuvent expérimenter des mondes différents au sein du même environnement. Cela renforce l'idée que la réalité est un tout interconnecté, où chaque acteur contribue à la formation du tout.

Plus avant, Uexküll, constate qu'« il est impossible d'expliquer la finalité des êtres vivants à partir de forces matérielles », la vie n'est pas réductible à des phénomènes mécaniques...

 

J’appelle une ''chose'' toute entité concrète ou non, comme un événement, concept, objet ou être que je n'ai pas encore distingué...

Ensuite je peux appeler ''être '', tout simplement '' ce qui existe '', cela englobe tout ''ce qui est'', indépendamment de sa nature. Avec un ''plus'' par rapport à la ''chose'', c'est que '' l'être '' ''est'': c'est à dire – et là je reprends la philosophie du process, ou du processus de Whitehead - qu'il est un processus dynamique et en perpétuel devenir. Chaque "être" est une occasion d'expérience. Cet être interagit avec d'autres entités dans un réseau complexe de relations.

Il me semble que l'ontologie définie ainsi par Whitehead, c'est à dire que chaque "être" est défini par ses interactions et ses relations avec d'autres êtres, faisant partie d'un tout interconnecté et évolutif; cette ontologie correspond bien aux changements de paradigmes que nous oblige la science, à savoir la remise en cause d'une science mécaniste qui ''objective'' la nature ( selon notre vieux réflexe d'appréhender toute chose dans une relation '' objet – sujet '' …) en l'assimilant à une machine. Cette science isole chaque partie, en l'objectivant, et nous fournit un modèle de type ''horloger'' qui fonctionne d'ailleurs en partie ( la physique de Newton) ; mais qui nous apparaît insuffisant aujourd'hui en particulier à l'échelle de l'Univers, ou des particules; et même pour la biologie, l'écologie...

 

Également sur le plan religieux ( nous y reviendrons) cette appréhension de la réalité, contredit un monde séparé en deux: La matière et l'Esprit.

 

Je retiens pour mon compte une méthode pour tenter de connaître cette réalité.

Ainsi, si vous me proposez de m’intéresser à une ''chose'': une fleur, un tableau, une expérience de mort imminente, celle d'un OVNI, du Graal, de Dieu, d'une guérison miraculeuse, d'une apparition, d'un amour... etc

Mon attitude face à cette expérience rapportée et sincère, ne devra pas m’amener à dire:

- Comment cela se fait-il que vous croyez à quelque chose qui n'existe pas?

Ce qui me semble raisonnable, serait de dire: - Partagez-moi, quelque chose du mode d'existence de votre expérience pour m'aider à me représenter comment vous comprenez ''le monde''. En effet, chaque expérience a un régime d'existence particulier, par exemple celui du droit, ou de la technique, ou de la religion, etc ... Un protocole scientifique et un rituel religieux, n'appartiennent pas au même mode d'existence.

De même, je ne pourrai pas juger un ''être '' à l'aune de mon ''gabarit '' c'est à dire de mon modèle organisateur... par exemple, si je dis:

- Si ce que vous me dites est vrai, prouvez-le scientifiquement...

Ce qui pourrait revenir à dire: - si c'est vrai, alors c'est un ''objet'', faites-le moi apparaître. En effet, objet désigne une chose dont les propriétés seraient perçues comme indépendantes de l'observateur, et donc objectivement vérifiables.

- Et s'il n’apparaît pas, alors c'est dans votre tête, c'est une subjectivité.

Bruno Latour, dirait que je suis ''impoli'', et qu'il s'agit d'une faute de dé-ontologie.

En effet, dans ce cas j'insiste pour un régime d'existence dans lequel aucun des êtres ne se trouve à l'aise, pas plus les êtres scientifiques que les autres, et pas les objets techniques...

Chaque mode d'existence pose ses propres critères de validité et ses propres vérités, soulignant la diversité des perspectives.

Personnellement, pour tenter de comprendre l'autre, de partager son expérience; je m'inspirerai de la méthode phénoménologique, dont j'ai déjà parlé.

- Prendre du recul. Ignorer mes préjugés...

- Observer.

- Tenter de vivre une expérience similaire.

- Interroger, écouter, dialoguer.

- Utiliser l'interdisciplinarité, les connaissances de diverses disciplines...

- Tenter de se mettre à la place de l'autre.

- Utiliser des récits, des expériences de pensée, des métaphores et des analogies pour imaginer et communiquer les expériences d'un autre ''être''. La littérature et l'art peuvent être des moyens puissants pour explorer et exprimer des perspectives différentes.

- Ceci est à comprendre, et à adapter selon la qualité de l'être, ou l’expérience rapportée....

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Le Graal, ça n'existe pas ! 5

9 Novembre 2024 , Rédigé par Régis Vétillard Publié dans #Phénoménologie, #Edith Stein, #Graal

'' Le Graal existe t-il ? ''

Je reviens à la question de l'être : '' est '' = ce qui est réel.

Georges Braque - 1939

La phénoménologie, me semble t-il, nous invite à approfondir la réalité des choses ; et examiner toutes les dimensions de l'être d'une chose.

Heidegger dirait que '' l'être de l'étant '' c'est la nature de la relation que nous avons avec cet ''étant'' ( un peu comme si je réfléchissait sur '' la vie de ce vivant'' .

La plupart des étants que nous côtoyons sont des outils : ils ont une fonctions utilitaire ; et l'être d'un outil ce n'est pas la subsistance de cette chose. L'outil n'est pas qu'une chose posée devant nous, l'être de l'outil est dans l'usage que nous en faisons.

L'être d'une chose est dans sa subsistance, il est aussi, et – en premier - dans la manière dont il se donne.

A noter que l'outil, n'est pas condamné à être un outil ; le mode d'être de la chose dépend de ce que nous décidons d'en faire : on peut s'asseoir sur un coffre, ou un rocher, on peut s'asseoir et profiter de l'ombre d'une arbre... L'être, comme outil, ne réside pas dans la chose, il réside dans le rapport à la chose.

La question essentielle, c'est l'être de l'humain. L'humain est-il un étant comme les autres ?

L'être humain, m’apparaît comme un étant qui s'interroge sur l'être ; et peut-être même, l'être de l'être humain est de se poser la question de l'être.

Il a la capacité de se questionner. Il ne peut donc se résumer à sa corporéité.

- Ok, je pense donc je suis... Descartes l'avait dit.

- Oui. Alors allons plus loin : Si l'être de l'homme est dans la conscience, peut-on ''substantialiser '' la conscience ?

- Descartes a dit : « l'homme est une substance pensante. »

- Il était dualiste : L’homme, comme être pensant, posséderait une nature constituée de deux substances distinctes : une substance pensante et une substance corporelle...

 

Husserl, rejette l'idée de Descartes, que la conscience serait une composante matérielle. Pour s'expliquer, Husserl propose ce qu'il appelle '' l'attitude transcendantale ''.

Je vais tenter de comprendre ce qu'il nous en dit : le monde apparaît à notre conscience, et nous constituons le sens du monde, à travers notre conscience. Il s'agit d’explorer comment nous donnons du sens aux choses et comment ce sens émerge de notre expérience.

Ce qui caractérise l'homme, en plus de sa conscience ; c'est qu'il n'est pas figé dans son être, comme on pourrait penser d'un animal ; sa conscience le rend capable de réinventer son ''essence ''.

Heidegger critiquait aussi la position de Descartes : il pensait que l'humain était d'abord un être engagé dans le monde, et que l'existence précédait la pensée. L'essence de l'humain résiderait dans son ''être au monde '', le '' Dasein ''…

- Mais .. ?! L'essence ne se distingue t-elle pas de l'existence, n'est-elle pas la nature véritable de l'être ? D’ailleurs, Husserl – dans sa méthode phénoménologique – suspend son jugement sur les contenus des phénomènes, afin de préserver leur essence ….

- En effet... Pourtant, pour Heidegger, l’essence de l’homme réside dans son existence.

Et Sartre rajoute : '' l’existence précède l’essence ''. L’homme n’a pas de nature prédéfinie ; il se définit par ses choix et ses actions.

Edith Stein (1891-1942)

- Edith Stein a encore une position différente, celle que je préfère : - l’essence est inséparable de l’existence concrète d’un être. L'essence n'est pas une abstraction, elle est une structure qui se manifeste dans l'existence ; elle réside dans la singularité de la personne, l'âme en étant le noyau.

 

- L'âme … ? Comment les philosophes abordent cette notion ?

- Je dirais, pour Husserl que l'âme se déploie dans la conscience, elle représente notre subjectivité. Elle n'est pas une substance distincte du corps... De même pour Heidegger, pour qui l'âme est sans-doute liée au Dasein et à la quête de sens...

Edith Stein, rejoint Heidegger, mais rajoute que l'âme est le noyau dynamique de l'essence de chaque personne. Son intuition est que l''âme de l'humain ne serait pas que d'ordre naturel comme les autres vivants mais d’ordre proprement spirituel.

L’âme, par définition, impliquerait un espace intérieur dans l’organisme, humain ou animal.

Edith Stein souhaitait '' expliquer le mystère de l’existence humaine et surtout de son essence en devenir tout au long de sa vie libre et rationnelle.''

« Saisir le sens du réel » comme elle disait, consiste à articuler la rationalité philosophique à la vérité révélée.

Edith Stein adopte la méthode phénoménologique pour aborder le '' vécu de l'âme '' . Elle souhaite remplir cette notion d’un contenu d’expérience, et même '' redonner une pertinence philosophique à une notion devenue aujourd’hui très controversée.'' L'âme est « quelque chose qui peut nous apparaître et se faire sentir, tout en restant toujours pleine de mystère »

Edith Stein, en chrétienne, étend sa recherche dans le domaine de la personne pour passer « de la nature à la grâce ». C'est à dire passer à une anthroposophie ternaire ''corps-âme-esprit'' . L'âme aspire à une réalité au-delà de la nature. Nous le verrons plus tard...

Le Graal, est l'aboutissement du passage de la nature à la grâce. Il est une voie aux questions que je me pose et ne me pose pas encore. Le Graal représente l'existence de Ce qui ne peut se suffire à n'être qu'un objet physique. Le Graal se raconte et se transmet. Le Graal n'est pas le but, il est le Chemin.

Voilà, ce que Lancelot aurait pu répondre au libraire de Fléchigné.

Il aurait pu aussi parler de la Coupe, image du Graal.

Le Graal se reconnaît dans la Coupe du dernier repas qui annonce la mort, et la Présence vivante ( résurrection) de l'Homme-Dieu dans toute sa création. Je l'ai déjà évoqué, nous en reparlerons.

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Le Graal, ça n'existe pas ! 4

4 Novembre 2024 , Rédigé par Régis Vétillard Publié dans #Philosophie, #Réalité, #Kant

Revenons à Kant et à sa critique de la métaphysique. Je fais l'hypothèse en effet, que le Graal est un objet métaphysique.

La métaphysique explore la nature de la réalité, sachant que la réalité ne se limite pas à ce qui est directement accessible par nos sens.

La réalité est plus vaste que ce que nos sens peuvent appréhender. Elle englobe à la fois ce qui est tangible et ce qui est plus profondément caché, comme les idées, les lois naturelles, et même les réalités mathématiques. Aussi, la métaphysique s’intéresse aux questions telles que l’existence de Dieu, la nature de l’âme, du temps et de l’espace...

 

Kant nous interroge sur ce que nous pensons de la connaissance des choses.

Avant Copernic, nous dit-il, il nous semblait observer que le soleil tournait autour de la terre. Or, c'est l'inverse. De manière similaire, il nous semble que l'objet est au cœur de sa connaissance ; mais Kant replace la conscience au centre puisque c’est elle qui crée l’univers par l’acte de perception. ''Ce n'est donc plus l'objet qui oblige le sujet à se conformer à ses règles, c'est le sujet qui donne les siennes à l'objet pour le connaître'', nous dit-il, dans la préface de la Critique de la raison pure. Au risque de me répéter, avec Kant, nous réalisons que '' nous ne pouvons pas connaître la réalité en soi, mais seulement la réalité telle qu'elle nous apparaît sous la forme d'un phénomène.''

Il me semble d'ailleurs que la science confirme cet état de fait, ainsi pour ce qui est de l'espace : l'espace est une catégorie de notre sensibilité que nous projetons sur les choses . L'espace est dans notre tête ; c'est ce qui fait que nous nous faisons avoir par des dessins-perspective en trompe-l’œil : nous projetons de l'espace là où, nous interprétons la profondeur, alors que nous ne voyons en réalité que des ombres et des nuances de couleurs. Einstein, nous le redit pour ce qui est de l'espace et du temps, par raisonnement et observation scientifique...

Pour Kant il en va de même pour toutes nos catégories ( quantité, causalité, …) qui nous servent à connaître.

 

Cependant, dit Kant, la métaphysique cherche à étudier la '' réalité en soi '' qui est inconnaissable !

Pourtant, il faut bien qu'il ait une réalité avec des ''choses en soi '', pour qu'il existe des apparences, des phénomènes... ? Une réalité inconnaissable, est encore une réalité. Et, une chose en soi est un objet métaphysique. Une chose en soi, cause des phénomènes.

Kant est obligé de renier l'inconnaissabilité de la réalité en soi et de lui appliquer les catégories interdites telles que par exemple l'existence ou la causalité. Kant doit donc faire de la métaphysique pour interdire la métaphysique. Cette contradiction a été soulevée presque dès la publication de La critique de la raison pure avec Jacobi en 1815.

Je retiendrais que :

- Nous projetons des catégories a priori c'est à dire non dérivées de l'expérience dans notre propre expérience : c'est à prendre en compte.

- Si le réel est lui-même rationnel, et non un chaos informe... Il doit exister une certaine cohérence entre la réalité et la façon dont les choses nous apparaissent...

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Le Graal, ça n'existe pas ! 3

30 Octobre 2024 , Rédigé par Régis Vétillard Publié dans #David Hume, #Kant, #William James

Précisément, sur la question qui nous occupe, nous pouvons rejoindre notre aïeul Jean-Léonard de la Bermondie, quand il fréquentait, avant la Révolution, les salons où l'on conversait. Nous sommes entre 1763 et 1766 ; trois choses y sont à la mode « le whist, Clarisse Harlowe ( un roman...) et David Hume ( le philosophe) »

David Hume (1711-1776), est écossais et francophile. Il est alors le secrétaire de Lord Hertford, ambassadeur. Les salons sont « les Etats Généraux de l'esprit humain » c'est la définition que donne Hume du salon de madame Helvétius...

David Hume désire construire une " science de la nature humaine ", sur le modèle de la philosophie naturelle de Newton.

Que nous dit Hume ?

A l'origine de nos connaissances, sont nos perceptions. Hume appelle perception « tout ce qui peut être présent à l’esprit, que nous utilisions nos sens, que nous soyons mus par la passion ou que nous exercions notre pensée et notre réflexion ». Cette perception par les sens, donne des impressions et des idées ...

Que valent ces connaissances ?

Nous avons tendance à qualifier de ''lois'' ce que nous observons... David Hume - ''le sceptique'' - questionne cette '' relation de cause à effet '' qui fonde notre vision du monde...

Il nous semble que la véritable cause est toujours contiguë à l'effet. Mais contiguïté n'est pas causalité.. ! Un fait peut précéder un autre sans que nous le tenions pour sa cause.

La poule, constate, chaque matin, quand elle voit le fermière venir vers elle, que c'est pour lui donner à manger … La poule pourrait ainsi en établir une loi, et même se faire un jugement de bienveillance envers la fermière... Et, un jour, le seul... La fermière vient, non pour la nourrir, mais pour lui tordre le cou ...

Pour Hume, la connaissance est équivalente à la croyance. Elle peut avoir une utilité pour l’action, mais ne dit rien du réel. La vérité nous échappe en tout.

En ce début du XXe siècle. Anne-Laure de Sallembier et Jean-Baptiste fréquentent de près le cercle très philosophique des amis et parents Poincaré.

En cette année 1908 se tient à Heidelberg le Congrès International de Philosophie, et Anne-Laure et Jean-Baptiste, vont accompagner le couple Boutroux, à ce qui sera un grand évènement mondain et intellectuel. Lancelot n'a que huit ans, mais il fait partie du voyage. ( cf: - Le Congrès de philosophie d'Heidelberg - 1908 – Tome 3)

Pour préparer ce voyage nous avons les notes d'Anne-Laure qui révisait quelques notions :

En ce temps, où un monde nouveau et scientifique semble avoir du mal à faire sa place, où le nouveau siècle tarde à s'établir, la philosophie ne craint plus de se remettre en cause, à tel point que c'est la notion même de Vérité qui est questionnée, et, sans tabou religieux...

- Pour Kant (1724-1804), sensible au scepticisme de Hume, la vérité scientifique ne porte que sur les phénomènes; elle ne reflète donc pas la réalité telle qu'elle est en elle-même, mais telle qu'elle est pour nous. Les concepts métaphysiques ( Dieu, la liberté, l'âme...) sont exclus de la connaissance scientifique ; et la croyance se substitue au savoir... Nous n’avons accès qu’aux phénomènes, pas aux '' choses en soi ''.

- Anne-Laure avait rencontré William James, frère d'Henry le romancier qui fréquentait alors son amie Edith Wharton... ( voir le Tome 3). Le philosophe William James (1842-1910), répondait ainsi aux questions d'Anne-Laure :

- Pour savoir si une chose est vraie, il faut - dit-il - ''poser une croyance, la tester et l'intégrer dans un corpus plus large..''. James doute que l'on puisse observer le Réel ''en soi'' ( ce qui supposerait sortir de ses croyances, dit-il...). Il rajoute : il est des croyances ou vérités auxquelles la seule « volonté de croire » suffit... ! Par exemple, sur la question du libre arbitre: W. James dit « Mon premier acte de libre arbitre est de croire au libre arbitre ».

« Les idées ne sont pas vraies ou fausses. Elles sont ou non utiles. » Telle est la thèse centrale ( le pragmatisme) que défend William James.

Il serait donc inutile de discuter sur l'essence d'un objet, il serait suffisant d'en discuter les caractéristiques, et son utilité … 

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Le Graal, ça n'existe pas ! 2

25 Octobre 2024 , Rédigé par Régis Vétillard Publié dans #Heidegger, #Philosophie, #Graal

Comment une chose existe ; une table, une musique, un concept, le Graal ?

Ainsi une musique n'est-elle pas plus qu'une succession de notes ? Mon patron, mon voisin bruyant, un cadavre ne sont-ils que des corps.... ?

Une ''chose'' existe, d'abord en ce qu'elle se donne à nous, avant de la décrire.

Il y a ce que les sens m'en disent, et ce que mes connaissances ( croyances – savoirs ) m'en disent... De certaines choses, il y a ce que d'autres personnes m'en disent ( témoins, Tradition, Histoire, légendes...)

Et la réalité des concepts métaphysiques, des ''lois naturelles '', des formules mathématiques ?

Et l'être humain est-il un ''étant'' comme les autres ? Et, la pensée ?

La question de l'existence du Graal, condense toutes ces interrogations autour de l'être d'une chose...

 

Commençons par poser, qu'une chose ''est'' si je la perçois occuper un espace : je dis, cette table qui est devant moi existe. Le terme ''être '' est pris ici, dans le sens de la subsistance ( selon le mot de Heidegger).

Il me revient l'exemple du morceau de cire de Descartes : observons cette chose, puis approchons la d'une flamme ; nous voyons combien ses caractéristiques sensibles peuvent changer. N'en est-il pas ainsi de tout ce qui se matérialise ?

Pour Heidegger, existence n'est pas subsistance …

Prenons l'être humain. - S'il vient de mourir., son corps est toujours là. Pourtant mourir, ce n'est plus être… Être, ce n'est pas seulement occuper un espace...

Etre, exister pour un objet inanimé, n'est pas la même chose, qu'être pour un vivant...

- Le Graal, n'est peut être pas, pour moi, un '' objet inanimé '' ?

 

La phénoménologie, m'invite à envisager les choses au travers de la relation que j'ai avec elle. La façon dont les choses m'apparaissent fait aussi partie de leur être. Prenons l'exemple de l'Adagietto de la Symphonie n° 5 de Gustav Mahler, reliée pour moi à ''Mort à Venise'' : je n'écoute pas une succession de notes, une description scientifique ne dit rien de cette chose. Cette chose ''est'' , dans la mesure de la relation que j'ai avec elle, au travers de mes émotions, des images produites, de la compréhension que j'ai de cette œuvre d'art.

Heidegger nous invite à ne pas considérer une chose comme séparée de nous; il y a toujours une relation entre nous et la chose qu'on examine. Et d'autant plus, si la chose n'est pas un objet inanimé... Ainsi, cette personne, si elle est mon patron, mon voisin bruyant, ou mon libraire...

Je retiens que je ne peux pas parler des choses comme uniquement ''subsistantes''. La philosophie m'invite à me questionner de la manière dont le monde '' se donne '' à moi ; et donc à réfléchir sur la nature de la connaissance que j'ai de cette chose, et même plus généralement, de la nature de la réalité.

Elaine, qui travaille sur la philosophie au Moyen-âge ( Et oui... le humains au Moyen-âge ne sont pas des brutes, des barbares, ils peuvent être de profonds philosophes...) ; rappelle à ce propos, la réflexion qui s'appuyait sur les ''catégories '' d'Aristote, pour caractériser une chose.

La première était la '' substance '' - pas pour signifier seulement la matière dont la chose est faite – mais qui est le substrat, l'essentiel de cette chose : l'essence de cette chose, une substance immatérielle, une pure pensée.

La seconde serait la '' forme '', qui confère à l'objet sa structure et son identité. On dira aussi que l'âme est la forme du corps...

Cette manière de penser la chose, a tendance à la limiter à l'idée matérielle de cette chose. Je pense alors à la matérialité de la relique du Graal, qui serait vue ici, ou là …

Bon, mais nous reviendrons sur tout ceci au Moyen-âge. En effet, les philosophes médiévaux ont développé ces notions en science et en théologie.

 

La question de l'existence du Graal occupe l'esprit de Lancelot, au point d'être abordée lors d'une séance de jeu de cartes. Ces séances s'organisent régulièrement à Fléchigné depuis la retraite de Lancelot. Ce soir là, sont présents le père Maillard et Elaine. Il suffit d'être quatre, la soirée libre pour que Lancelot propose le couvert, le gîte ( éventuellement) et une partie de Tarot ( le jeu d'Anne-Laure de Sallembier). Je signale cette soirée, parce qu'à la suite de sa visite chez le libraire, Lancelot fit part à Maurice Maillard de sa difficulté à ''disputer'' cette affirmation de la non-existence du Graal.

- C'est d'autant plus difficile, j'imagine, que tu ne peux présenter à l'appui de son existence, qu'une liste de personnages légendaires, et d'histoires merveilleuses.... Pour ma part, concernant l'existence de Dieu, j'ai l'appui de la Révélation, de l'expérience mystique, et l'appui de toute une Tradition...

C'est ce soir là, peut-être, que vint à l'esprit de Lancelot, le projet de façonner l'équivalent pour ce qui concerne le Graal. Un quête au travers d'une lignée, à l'aide de la connaissance acquise le long de ces siècles en philosophie, en sciences, en art et en théologie.

Idée que j'ai reprise et menée en partie, dans ces livres.

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Le Graal, ça n'existe pas ! 1

20 Octobre 2024 , Rédigé par Régis Vétillard Publié dans #Graal

Mon Fléchigné à moi ( Régis), je le situe dans ces dernières années 60. Après la mort de ma mère, il était devenu habituel que je passe une bonne partie des vacances d'été chez mon grand-père. La plupart du temps nous étions seuls et j'étais entièrement libre de mes journées. Les premiers temps Elaine était souvent là. Je profitais au maximum de sa présence, l'accompagnant au village assis à l'arrière du Solex, ou rejoignant ses amis . Je me souviens ainsi des chansons d'Anne Sylvestre, dont l'écoute de sa voix, avec son timbre si particulier, me replonge aujourd'hui, dans ce temps. Ce temps des copains, où trop jeune, je n'étais que spectateur d'un groupe de garçons et de filles qui s'amusaient au son de 45 tours posés sur un électrophone Teppaz.

Quand j'étais seul avec mon grand-père, nous mangions face à face. Je n'osais pas trop l'interroger sur ce qui l'occupait. Son bureau était hors de la maison, une guérite en forme de petite maison d'une pièce, à l'abri d'un corps de ferme où il rangeait la Citroën Traction Avant , beaucoup de matériel, et avec un coin atelier.

Les quelques fois où je suis entré dans son bureau, je me souviens le plaisir qu'il avait à me montrer de vieux ouvrages. Je montrais de l'intérêt pour les livres, et il me conseillait des lectures qu'il estimait de mon âge. C'est ainsi que j'ai reçu pour Noël, des éditions modernes de ''Quentin Durward'', ''Ivanhoé'', romans historiques de l'auteur écossais Walter Scott ; et aussi des romans d'Alexandre Dumas, Jules Verne ; et surtout ce livre qui m'est encore le plus précieux de tous : '' La Quête du Graal '' ( Le Seuil, 1965) édition établie par Albert Béguin.

Mon regard était attiré également vers de nombreux dossiers, remplis de pages manuscrites ; mais il ne souhaitait pas encore m'en parler ; puis, je comprenais qu’il était temps de le laisser seul.

Je pouvais revenir seul vers la maison, et ouvrir la bibliothèque du salon et prendre chacun des ouvrages ici exposés. Il s'y trouvait de belles éditions, celle de la Comédie Humaine de Balzac était à l'honneur ; et j'ai le souvenir précis de ma lecture des dix tomes de Jean-Christophe de Romain Rolland. Je me permettais, sans permission, de visiter le grenier, fouiller dans des cantines remplies de vieux habits, et feuilleter de vieux magazines. Je pouvais également utiliser un vélo et sillonner les alentours. J'étais le plus souvent seul.

Il n'y avait pas de télévision. Le soir, nous lisions en silence ; parfois nous jouions aux dominos.

 

Le centre urbain le plus près de Fléchigné, grâce à notre député-maire MRP, devenu ministre, prend un nouvel essor. La présence d'une entreprise comme Moulinex témoigne de ce dynamisme.

Lancelot , toujours à l'aide de sa Citroën Traction Avant, se rend à la ville pour faire ses courses, et ne manque pas de faire un tour à la librairie-papeterie. Extérieurement, repeinte la façade n'a pas changé. La même porte vitrée, et la clochette qui tinte doucement, annonçant notre arrivée.

Le fils du libraire a modifié la configuration du lieu. Les clients, à présent, ont la permission de choisir eux-mêmes leurs ouvrages qui les attendent sur de nouvelles étagères qui s’étirent jusqu’au plafond et chargées de livres aux couvertures neuves. L’odeur du papier et de l’encre flotte dans l’air.

Le grincement du plancher se mêle au doux murmure des clients qui feuillettent les livres.

Le comptoir, bien plus restreint qu'autrefois, se tient près de l'entrée, avec sa caisse enregistreuse. Derrière lui, des tiroirs en bois renferment des stylos à plume, des encriers et des carnets. Des almanachs, quelques manuels scolaires, des cahiers, les règles et les compas sont soigneusement empilés.

Ce qui est étonnant, c'est à côté des présentoirs pivotant de cartes postales, un tourniquet avec des livres de poche.

 

Le libraire est devenu un personnage incontournable de notre ville. Dans l'opposition municipale, il regroupe autour de lui la minoritaire ''gauche intellectuelle'' qui se mobilise pour tous les combats actuels, comme celui de la guerre au Vietnam. Il provoque volontiers Lancelot, en l'appelant « Monsieur le Comte... », même si ce dernier ne se présente plus que sous le patronyme de Sallembier.

- Plus sérieusement, M'sieur Sallembier.... : le Graal, ça n'existe pas !

- Vous pensez que je m'intéresse, à une chose qui n'existe pas ?

- De belles et anciennes légendes. Mais à un moment il faut être clair : les mythes, les histoires religieuses... Tout ça, ça nous parle de quelque chose qui n'existe pas ! Disons-le franchement ; ensuite : on peut s'y intéresser ; à l'égal de la culture, de la littérature, de la fiction...

- Vous pourriez classer les livres, d'un côté : ce qui existe, d'un autre : ce qui n'existe pas... Mais, avez-vous reçu ma commande ?

- Oui bien sûr. Moi, je vous dis ça ; c'est pour discuter. Vous commandez tout ce qui tourne autour de ce truc, alors …. Ça m'étonne, c'est tout...

En plus, votre fille semble vous accompagner là-dessus.... Faudra que je lui en parle. Elle sera plus bavarde que vous.... Et, plus attrayante... ; je plaisante, M'sieur Sallembier.... !

 

Lancelot s'en veut de ne pas avoir répondu plus justement... Cette discussion sans importance, ne manque pas pourtant de titiller Lancelot : «  le Graal, ça n'existe pas ! ».

Il serait nécessaire de plus de temps, pour s'en expliquer. Que dire pour se faire comprendre ?

Peut-être faudrait-il commencer par le début ; c'est à dire, définir comment une ''chose'' existe ou n'existe pas.

Autrement dit : comment peut-on prouver l'existence d'une chose ?

Et si on disait : elle ne se prouve pas, elle s'éprouve.... ?

- Qu'entendez-vous par ''chose'' ? ( Lancelot s'imagine le dialogue...)

- Ce qui est réel est une chose : son caractère propre ( 'propre', c'est à dire indépendamment de mon esprit ) est la réalité. La phénoménologie, avec Husserl, nous invite à « retourner aux choses-mêmes », à expérimenter comment la chose se donne à nous, avant de la désigner dans un modèle scientifique.

En revenant à sa table de travail, Lancelot tente de creuser ce sillon.

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