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Les légendes du Graal
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1960 - La bombe atomique

29 Mars 2024 , Rédigé par Régis Vétillard Publié dans #1960, #bombe atomique, #Dubarle

Le père Dubarle

Lancelot, grâce à la fréquentation du dominicain Dubarle, qu'il connaît et rencontre depuis 1945, s'interroge sur les doctrines d'emploi de la bombe atomique. La dissuasion à ne pas l'employer est-elle efficace ?

Dubarle se demande même : « Qui sait, si le moment n'approche point du rire commun devant le grotesque de la surenchère ? » En envisageant le pire, en cas de conflit nucléaire, il doute de la possibilité d'une extinction totale de l'humanité.

Dominique Dubarle préfère réfléchir sur l'emploi de l'atome à des fins autres que belliqueuses...

L’essentiel de la course aux recherches devrait s'orienter sur les utilisations pacifiques, sur l'industrie bien plus que sur l'armement.

- Lancelot précise : « Après la pile expérimentale du fort de Châtillon, après l’ensemble de réalisations, déjà beaucoup plus considérable, qui se groupe à Saclay, il devient possible de construire à Marcoule, dans le Gard, un centre de production de plutonium qui, d’ici trois années, sera à même de livrer un nombre déjà appréciable de kilos de ce métal par an. »

- Dubarle s'en félicite.

- Lancelot ajoute cependant que « Mise en face de l’apparente puissance militaire que la bombe atomique donnait aux États-Unis, la Russie s’est fiévreusement occupée d’égaler ces derniers en potentiel d’armement nucléaire. », « L’Angleterre elle-même, espérant faire valoir sa place entre les deux colosses, a organisé sa première expérience d’explosion atomique à Montebello, le 3 octobre 1952. Partout dans le monde, il semble que les programmes de quelque importance relatives au potentiel nucléaire aient été développés en fonction de la priorité militaire. »

Ne convient-il pas à notre pays de regarder les choses en face et le cas échéant, de réformer son option pacifique de 1946 ?

Aujourd'hui : Un pays sans arme atomique n'est-il pas à la merci de ceux qui possèdent cette arme. Une défense nationale sans arme atomique n'est-elle pas incomplète, et inefficace ?

A quoi répond le père Dubarle :

- Si nous parvenons à produire quelques bombes de modèle A. Que signifieront elles dans un monde où Russie et Amérique fabriqueront des bombes H par centaines ? Nous nous serons épuisés à construire un matériel en retard de quinze ans ! Nous ne pouvons tout faire à la fois.

Pour ce qui est du domaine des applications pacifiques de l'énergie nucléaire, des certitudes d'application existent.

Certes, avec un avec un potentiel militaire faible, on est parfois envahi. Avec un équipement industriel archaïque, on est certainement colonisé. Et avec la fin de notre empire colonial, nous devrons nous questionner sur nos ressources en matières premières.

Nous risquons de perdre une position « morale et politique ». D'un équipement nucléaire militaire, en résulte: contrôle politico-policier des équipes de recherche, secret de l'information, visage inquiétant de la force et de ses surenchères.

Œuvrer pour la destruction pure finit par écœurer le chercheur. Aujourd'hui plus que jamais, les problèmes fascinants et les objectifs capables de susciter la ferveur de l'effort sont du côté des applications pacifiques. On a trouvé en France des équipes de jeunes enthousiastes pour se dévouer à la réalisation de Saclay, et l'on peut espérer que l'entrain de ces chercheurs et de ces techniciens est aussi une fermentation génératrice d'idées et de trouvailles. On en trouvera davantage encore si on continue dans le même sens. Mais si nos installations se muent en usines d'armement, si le laboratoire prend le visage de la caserne scientifique, si au lieu de rêver des machines de l'avenir on s'épuise à reproduire les bombes du passé, alors tout cet élan retombera à rien. Les scientifiques qui espèrent en une création s'en iront ou se résigneront à n'être plus que les fonctionnaires déçus d'un parc d'explosifs. L'horizon des problèmes neufs nous sera retiré. Croit-on que cela est négligeable pour un pays comme la France, qui ne peut pas se permettre de décourager beaucoup le goût de vivre et d'entreprendre au sein de ses générations présentes ? » Dom Dubarle

 

Peut-on être optimiste pour ce monde, où la science et la technique sont si agissantes ? Interroge Lancelot :

Dubarle répond : - « La condition dans laquelle sciences et techniques se développent est celle d’une contingence réelle ou l’échec est possible, d’autant que le rôle de la nature décroît et que la part de l’action libre de l’homme est de plus en plus prépondérante. Cela augmente les risques mais aussi les chances de réussite, d’où un optimisme modéré et volontariste. La réussite dépend de plus en plus de l’homme lui-même et de sa liberté. »

- Nous nous éloignons de l'histoire dure, besogneuse de la condition humaine

- L'impact des progrès scientifiques, est à présent sensible sur le plan démographique, et même sur nos conditions d'existence. Je veux parler « d’une survie collective dans des conditions qui soient acceptables et dignes de l’homme tel qu’il se conçoit et tel qu’il se veut aujourd’hui. » (…) « ce n’est pas simplement un problème de technique et de politique ; c’est plus profondément un problème d’éthique humaine, et dans le plus grand sens du mot éthique. »

- Pourquoi '' éthique '' ?

- Parce qu'il s'agit d’une question de « liberté humaine qui a de plus en plus de pouvoir de faire et d’agir, de sorte qu’on peut de moins en moins parler de destin et que se pose la question de la destinée de l’homme... »

 

Lancelot semble être pris dans la contradiction de sa conscience qui interdit la guerre nucléaire avec sa pratique qui l’envisage et la prépare. ?

Dubarle répond : « Que peut à cet égard le théologien ? Beaucoup voudraient qu’il leur montre une ligne de conduite toute tracée, une recette de moralité qui les mette à l’abri des reproches de leur conscience. Mais cela ne correspond plus au rôle du théologien dans le monde tel qu’il est aujourd’hui devenu. Le problème de la guerre nucléaire étant celui de la mise en œuvre humaine de la science, c’est à la société scientifique elle-même et à ses maîtres d’œuvre qu’appartiennent les responsabilités spirituelles et morales qu’assumait autrefois le théologien. Une certaine croissance spirituelle de l’humanité s’est accomplie avec le passage à l’ère scientifique. C’est donc aux techniciens de résoudre leur problème. Le théologien ne peut plus leur mâcher la besogne comme il avait coutume de le faire avec une humanité moins adulte. »

Le théologien accepte de tâtonner dans le concret avec chacun d'entre nous... La philosophie et la théologie se présentent comme des partenaires. La science n'est plus seulement une affaire de savant seul dans son laboratoire, c'est l'affaire de l'Etat, donc de la politique...

Sa question est celle-ci : « Que peut devenir politiquement une collectivité humaine qui, en masse, sociologiquement, se met a vouloir la science, notre science moderne, comme sa vocation humaine et sa finalité ? » ( Dubarle: Articles et La civilisation de l’atome, Paris, Ed. du Cerf, 1962)

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1958 - L'arme nucléaire

24 Mars 2024 , Rédigé par Régis Vétillard Publié dans #1958, #Nucléaire, #De Gaulle

« Il y a tout lieu de croire que les atomes des éléments radioactifs renferment une énorme quantité d’énergie latente... Si on parvenait à contrôler la vitesse à laquelle se désintègrent ces éléments, une petite quantité de matière libérerait une masse colossale d’énergie. » E. Rutherford, Ed. Cambridge at the University Press (1904). Rutherford est celui qui a présenté en 1911, le modèle où l'atome est représenté par un espace presque vide avec, au centre, un noyau massif et dense.

Si on envoie un neutron sur un noyau d'Uranium ; l'Uranium 235 est capable de se couper en deux, et produire une énorme énergie. Il sera démontré qu'1cm3 d'Uranium U-235, soit 20 grammes, peut fournir autant de chaleur que 50 m3 de pétrole.

 

Herbert George Wells a publié en 1914, The World Set free ( La Destruction libératrice ), ce livre est une réflexion sur les conséquences d'une course à l'énergie. Si la société bénéficie de conditions de vie améliorées, un scientifique Holsten, découvre à partir de la radioactivité la possibilité d'une énorme énergie ; et prévoit une catastrophe prochaine. Les inégalités sociales se sont creusées, et la classe politique est sourde aux avertissements. Un conflit mondial inévitable, entraîne l'utilisation de bombes atomiques.

Pourquoi une destruction ''libératrice'' ? Parce que, cette catastrophe a entraîné un monde meilleur, sans frontières, avec un gouvernement mondial. Avec surprise, peut-être pour certains, on voit que Wells considère le christianisme comme faisant partie de la solution. Nous lisons :  « Le bon sens de l'espèce humaine a peiné au fil de deux millénaires d'expériences qui l'ont mûrie, pour en arriver à saisir le sens véritablement profond des mots les plus familiers de la foi chrétienne. ». Et de plus : « Le penseur scientifique qui s'attaque aux problème moraux posés par la vie en société, ne peut de manière inévitable qu'en venir aux paroles du Christ, et aussi inévitablement, lorsque s'éclaire ainsi sa réflexion, en arriver à la République universelle. » 

 

Pour Aldous Huxley (1894-1963), l'auteur du fameux roman Le Meilleur des mondes (1932) ; l'homme n'aurait plus d'autre choix, que de se détruire ou se surpasser.

 

En 1932, James Chadwick établit que le noyau est composé de protons et de neutrons.

Otto Hahn et Lise Meitner découvrent ''la fission des noyaux lourds '' - processus permettant de produire de l'énergie - en décembre 1938 à Berlin. Mais seul Hahn, recevra le Nobel, en 1945.

F. Joliot voit la possibilité d’une réaction en chaîne. Une première pile atomique est inaugurée en décembre 1942 aux Etats-Unis, et en 1948 en France ( Zoé).

Les 6 et 9 Août 1945, la fission nucléaire - pour la guerre - est utilisée sur Hiroshima et Nagasaki

 

 

Dès octobre 1945, le Général de Gaulle avait créé le Commissariat à l’énergie atomique (CEA) pour lancer la recherche et l’industrialisation de l’énergie nucléaire en France. 

Un premier réacteur nucléaire est projeté ( CEA et EDF) à Marcoule, en 1955.

Pierre Mendès France et Guy Mollet, en 1954, décident d'octroyer, dans le plan de l'énergie atomique du CEA, des crédits secrets pour des applications militaires. Le programme militaire nucléaire français est lancé.

Le 22 juillet 1958, le général de Gaulle confirme l'ordre d'expérimenter l'arme nucléaire.

 

Lors du dernier gouvernement de la IVè République, avec de Gaulle ; Lancelot de Sallembier réussit à échapper au cabinet de la présidence du Conseil, et revient à son ministère d'origine, le ministère des armées. Plus précisément il est nommé rédacteur à la Direction des applications militaires (DAM) et conseiller auprès du ministre. Le chef de ce département est le général Buchalet, auquel Jacques Robert va succéder en 1960. Il s'agit de suivre les applications militaires de la physique nucléaire, et d'en informer le ministre et son cabinet.

A la D.A.M., Lancelot retrouve plusieurs collaborateurs de ce qui était le BCRA pendant la guerre.

Caricature. F. Behrendt « De Gaulle et l’OTAN »

 

Les services travaillent dans le plus grand secret. Si la France appartient depuis 1949, à l'Alliance Atlantique ( OTAN) ; elle regrette avec de Gaulle, les pressions américaines concernant la CED, la crise de Suez, la décolonisation... Et, nous estimons devoir développer notre indépendance militaire et nucléaire. Les Etats-Unis s’y opposent, et refusent toute aide au programme français nucléaire.

De plus les milieux scientifiques français, selon la ligne de Joliot-Curie ou à l'inverse selon la ligne américaine, sont encore en majorité défavorables à un programme nucléaire français.

 

Lancelot se rend régulièrement à Bruyères-le-Châtel ( dénommé 'B3') ( à 40km de Paris), où les équipes scientifiques depuis 1956 cherchent à fabriquer la première bombe atomique française, en coordination avec le fort de Vaujours qui met au point le détonateur.

Les armées sont chargées de mener à bien les essais de la nouvelle arme. La réalisation d'engins balistiques est à l’œuvre.

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1984 de George Orwell - 2

19 Mars 2024 , Rédigé par Régis Vétillard Publié dans #1984, #Orwell, #Réalité, #Simone Weil

La ''réalité en soi'' serait-elle dépendante de l'esprit humain ?

Évoquer la réalité ''en soi'' vient de Kant : ce serait dire qu'il y a, dans le monde, des faits entièrement indépendants du langage ou du cadre conceptuel que nous utilisons pour les décrire. Et bien, Kant pense que la réalité en soi, n'est pas connaissable.

Pourtant, un cadre conceptuel, comme la science, montre que la réalité est intelligible. La connaissance s'inscrit dans ce cadre et figure la coopération entre un être intelligent et son environnement intelligible. Même ainsi, cette connaissance, qui n'est peut-être que partielle, n'est pas seulement dépendante de l'esprit humain....

 

Pour en revenir à 1984, O'Brien, tente de persuader Smith que la réalité n'existe que dans l'esprit humain - mais pas dans l'esprit individuel, ce serait l'objet de désordres - dans l'esprit d'une institution ( un collectif immortel ) comme ici, le Parti. Tout ce que le Parti tient pour être la vérité, est la vérité. Il est impossible de voir la réalité si on ne la regarde pas avec les yeux du Parti.

Finalement, y aurait-il une réalité extérieure, hors celle décrite par le parti ? Non. Si la notion de Vérité a un sens, c'est celle que le Parti tient pour vrai, et qui justifie qu'il existe un ''Ministère de la Vérité''.

Le passé n'est qu'une représentation qui se fabrique dans l'esprit collectif et immortel du Parti.

 

Lancelot se souvenait de ses discussions avec l'abbé Degoué, qu'il eut la chance d'avoir comme maître à Fléchigné, alors que sévissait la Première Guerre.... Le prêtre lui présentait la philosophie idéaliste de Berkeley ( début 18è siècle). Elle pouvait se présenter ainsi : L'arbre que je perçois, n'est que cette somme de perceptions. La réalité ( la matière ) est un produit fabriqué par notre esprit.

- Alors, quand je ne regarde plus l'arbre, existe t-il encore ?

- Oui, si on considère que Dieu est à la source de mes idées, de mes perceptions. C'est Lui qui coordonne cette réalité.

Cet idéalisme outrancier, correspond à celui promu par Big Brother. La seule réalité est ce que perçoit le Parti.

 

Allons plus loin. Winston Smith interroge : - Big Brother existe-t-il ?

- Naturellement, il existe. Le Parti existe. Big Brother est la personnification du Parti.

- Existe-t-il de la même façon que j’existe ?

- Vous n’existez pas. !

« Vous n’existez pas », ne contenait-il pas une absurdité logique ? Se demande Winston...

 

Dans 1984, le rôle de la '' Police de la pensée '' n'est pas seulement d'arrêter, de punir, d'avoir des aveux publics ; c'est de contrôler, soigner, laver la pensée. L'individu, pour son bien, et le bien du collectif, doit croire sincèrement à ses aveux, il doit se repentir et finir par aimer ''Big Brother''.

Ce qu'il faut retenir de 1984, ce sont une série de thèmes : la novlangue, l'utilisation extrême de la propagande, de la censure et de la surveillance, les slogans qui signifient le contraire de ce qu'ils disent, la réécriture de l'histoire, la double pensée, le crime de la pensée, la police de la pensée, etc., qui interroge notre monde sur la véracité de ce qui est annoncé. C'est à dire, qui interroge notre confiance en une parole ; et en celui qui la porte... Il y a là un mal qui ronge notre temps, même en Eglise, sûrement...

 

Pour George Orwell, ( selon James Conant ( philosophe américain)) avoir une ''intelligence libre'', c'est « concevoir la vérité comme quelque chose d'extérieur à soi, comme quelque chose qui est à découvrir, et non comme quelques chose que l'on peut fabriquer » ou préfabriqué. Le totalitarisme veut briser la personne en détruisant « ses croyances fondamentales, celles où son identité est en jeu », en le détachant de la réalité, en interdisant l’expression de sa pensée, et en dictant ce qui doit être pensé.

 

Pour le Christ ( c'est à dire ''l'homme Jésus en Dieu'' ), devant la question de Pilate à un homme qu'il va condamner à mort :

- « Qu’est-ce que la vérité ? »...

Devant cette question, qui relativise toute vérité, qui affirme peut-être même qu'il n'y a pas de vérité. Ou encore, qu'il doit décider, lui, ce qu'est la vérité....

Le Christ répond : « Je suis la Vérité. ». Autrement dit : '' Je témoigne de la Vérité, « Le Père et moi, nous sommes un ». Il s'agit d'une vérité vivante parce qu'humaine, et ''Toute Autre'' parce que divine.

Simone Weil ( morte à 34ans, en 1942), est précisément pour Lancelot, alors qu'il redécouvre sa pensée, une chercheuse de Vérité ( du Graal ). Au nom de cette Vérité, elle fréquente les syndicalistes révolutionnaires (1935), elle s'engage sur le front espagnol (1936), elle rejoint la résistance à Londres. Elle interroge l’institution-Église et désavoue parfois ses choix. Elle dénonce l'endoctrinement de la pensée ; elle se retrouve souvent seule et incomprise.

Elle refuse que l'individu soit subordonné à la société, c'est l'enjeu de la démocratie. L'homme doit penser par lui-même, exercer son « attention » c'est à dire laisser disponible son esprit à recevoir la vérité.

Lancelot se souvient bien de son témoignage sur la souffrance qu'elle avait ressentie à l'usine, où le seul moyen de survivre était d'arrêter la pensée.

Ce qui la choquait, dans l'histoire de l’Église, c'est qu'elle ait brûlé des hérétiques, qu'elle condamne encore les ''mauvais croyants'', par cette formule « anathema sit », et qu'elle affirme que « hors de l’Église, point de salut ». Il y a , disait-elle, un « malaise de l’intelligence dans le christianisme », et « partout où il y a malaise de l’intelligence, il y a oppression de l’individu par le fait social, lequel tend à devenir totalitaire ».

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1984 de George Orwell - 1

14 Mars 2024 , Rédigé par Régis Vétillard Publié dans #1984, #Orwell, #1949, #La Vérité

Lancelot en flânant parmi les rayons de livres neufs chez Gibert, feuillette une édition d'un roman qu'il est nécessaire d'avoir lu : 1984 de George Orwell, mort prématurément de la tuberculose le 21 janvier 1950 (à 46 ans). Il repense alors à cette discussion, à propos de livres ''à lire'', avec Edmund Wilson à Rome – je rappelle que Wilson était considéré comme un critique littéraire réputé – Lancelot l'interrogea sur George Orwell, de qui le critique assurait avoir fait sa réputation grâce à ses éloges sur '' la Ferme des animaux'' ( paru en 1945) qui « l'a aidé à vendre plusieurs milliers d’exemplaires aux États-Unis ».

George Orwell, 1941

Cependant, pour ce roman 1984, paru en 1949 avec succès, Wilson regrette qu'il ait causé de grands dommages à la langue anglaise ; cette critique cache sans-doute la principale raison, qui tient aux idées politiques de Wells.

Wilson admirait Lénine et Trotsky, et même s'il reconnaissait les dérives de Staline, il trouvait injuste le parti-pris anti-bolchevique d'Orwell.

Il est vrai qu'Orwell, considérait la tactique de terreur stalinienne comme l’aboutissement logique des tendances totalitaires de Lénine :

- Orwell manque de subtilité politique !, et le plus grave, c'est qu'il disait lui-même : « Quand je m’assois pour écrire un livre, je ne me dis pas : '' Je vais produire une œuvre d’art '', Je l’écris parce qu’il y a un mensonge que je veux dénoncer, un fait sur lequel je veux attirer l’attention, et ma première préoccupation est d’obtenir une audience. »

Et cependant, Wilson enjoignait Lancelot, pour d'autre raisons, de lire '' 1984 '' !

 

Les amateurs de science-fiction pourraient être déçus, et préférer ''Le Meilleur des mondes'' (1932) d'Aldous Huxley, sans doute plus prémonitoire dans ce contexte actuel de ''guerre froide''. D'autres attaquent encore Orwell, le considérant trop conservateur et trop peu confiant en l'humanité...

Dans ce livre, qu'il a fini d'écrire en 1948 ( d'où le titre 1984), Orwell imagine qu'une guerre nucléaire eut lieu en 1950 ; et qu'un régime totalitaire s'est installé à Océania, région toujours en guerre, et gouvernée par un '' Big Brother '' omniprésent et invisible, seulement représenté sur des affiches, avec le slogan « Big Brother is watching you ».

La propagande est incessante, en particulier au moyen d’une écran : le ''télécran'', qui est à la fois l’œil et la voix de Big Brother. La surveillance repose sur la délation, considérée comme une vertu et encouragée aux enfants, promus ''espions'', vis à vis de leurs parents.

Des semaines de la haine, sont organisés contre le complot imaginaire de ''Golstein'', et contre l'ennemi extérieur. « La guerre est une affaire purement intérieure… l’objet de la guerre n’est pas de faire ou d’empêcher des conquêtes de territoires, mais de maintenir intacte la structure de la société… »

Un Ministère de la Vérité, assure un contrôle total du passé… « Nous ne savons jamais de quoi HIER sera fait. », aussi est-il nécessaire de rajuster, de rectifier le passé !

La langue usuelle, la novlangue, est rectifiée, pour être au service de l'idéologie, le vocabulaire est diminué ; et des formules largement affichées comme « La guerre, c'est la paix », « La liberté, c'est l’esclavage », « L'ignorance, c'est la force » tordent le sens de toute réflexion.

Dans cet environnement, Winston Smith, employé du ministère de la Vérité, révise l’histoire pour la rendre adéquate à la version du Parti. Smith est lucide sur les manipulations opérées par le Parti, mais il dissimule ses opinions. Cependant accablé par le doute et la solitude, il écrit son journal intime en cachette du télécran.... Il rencontre une jeune femme, Julia, et ensemble transgressent les règles... Trahis par O' Brien, qu'ils pensaient appartenir à une ''fraternité'' clandestine ; ils vont être arrêtés. Sa rééducation est conduite par O'Brien...

 

Ce qu'il me reste dans la tête, après la lecture, c'est une formule qui à présent va rester attaché à ce roman : '' 2+2=5 '', et dans ce cadre, une formule terrifiante.

Et si le parti décide que 2+2=5 ? Le totalitarisme de 1984, n'a pas pour fin, une société nouvelle et heureuse ; la volonté du parti d'un contrôle total sur les esprits est la seule fin, une fin en soi.

C'est vraiment pousser la logique du totalitarisme à son paroxysme...

Le ministère de la Vérité - 1984 - Orwell

Et le pire, c'est se dire que même les faits passés – à priori à l'abri de l'opinion : '' ce qui a eu lieu, a eu lieu. On n'y peut rien, on ne peut rien y changer...'' Même le passé, se plie à l'autoritarisme. Qui pourra jamais dire qu'il n'est pas tel que Big Brother l'a décidé. Même le passé peut s'effacer définitivement et ne plus exister ! Les promesses du parti, non tenues, peuvent être mises à jour : c'est le travail de Winston Smith de rectifier les archives des journaux selon la vérité du Parti.

Pourtant , il ne peut s'empêcher de ''penser'' : peut-on modifier le passé ?  Ce qui était vrai reste vrai, car ce qui a eu lieu a eu lieu ; mais, que se passe t-il, s'il n'y a plus de trace, et à la limite s'il n'y a plus personne pour le croire ?

- « La réalité, c'est ce qui continue d'exister quand on cesse d'y croire. » selon Philip K. Dick

Dans le monde de 1984, ce n'est pas assez d'effacer les traces du passé, il faut aussi effacer dans son propre cerveau les traces de cet effacement. Dans tous les bureaux, qui détruisent des documents, il existe un ''trou de mémoire'': on est censé oublier soi-même ce qu'on vient d'y jeter, et même oublier le fait qu'on vient d'y jeter quelque chose. Ce n'était qu'une '' hallucination '' !

Plus précisément, Orwell décrit le phénomène de ''doublepensée '' : c'est la capacité de se mentir à soi-même consciemment, et en toute conviction ( il ne s'agit pas de mauvaise foi), si parfaitement que l'on oublie s'être menti. Aussi, est-on capable de tenir vrai, même des contradictions, même que 2+2 font 5.

Cette tentative de décrire un fonctionnement de pensée, n'est pas fantaisiste ; elle pose une réponse philosophique : la réalité en soi, serait dépendante de l'esprit humain.

A suivre...

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1958 Une nouvelle Constitution avec de Gaulle

9 Mars 2024 , Rédigé par Régis Vétillard Publié dans #1958, #De Gaulle, #Ve République

Après avoir donné ses instructions à Michel Debré – chargé de préparer ce nouveau texte constitutionnel - de Gaulle s’envole pour Alger, en Caravelle, où il débarque le 4 juin au matin en tenue de général.

De Gaulle est accueilli par une population en délire, certaine d'avoir contribué à faire revenir le défenseur de l'Algérie française. Reçu par les généraux Salan, Massu, le cortège est acclamé dans les avenues, aux cris d’ "Algérie française'', ''Vive de Gaulle".

Au balcon du gouvernement général vers 19 heures, il se montre, lève les deux bras en signe de victoire, et clame : « Je vous ai compris », parole saluée par une immense clameur de joie et d’applaudissements.

 

Dans ce dernier gouvernement de la IVe république, même si de Gaulle qui n'a pas de tendresse particulière pour les partis ; il a besoin d'eux pour la suite...

Il souhaiterait en grouper le maximum autour de lui : Les socialistes, les radicaux, le MRP, les indépendants ont chacun trois ministres.

 

Ainsi, Pierre Pflimlin participe au nouveau gouvernement de Gaulle, pour y représenter le MRP et l'associer au nouveau pouvoir qui s'installe. Il incarne une certaine continuité de l’État, mais au contraire de Georges Bidault qui avait approuvé le putsch d’Alger, il exprime, lui, la volonté de modifier la politique algérienne dans le sens libéral.

 

Un premier groupe de travail, avec des juristes, est chargé de proposer les premières rédactions sur chacune des dispositions de la Constitution.

Elles sont discutées sous la présidence de de Gaulle, avec un comité interministériel dont des leaders de l’ex-quatrième République, Guy Mollet, Pflimlin qui sont intervenus, en particulier pour défendre les droits du Parlement et pour limiter le recours au référendum mais le texte définitif reprend les orientations imposées par le général de Gaulle : rôle prépondérant du président de la République, limitations des prérogatives du "pouvoir législatif", et cet article 16, relatif aux pouvoirs exceptionnels attribués au président de la République en temps de crise que certains vont nommer ''dictature temporaire''.

Le nouveau texte constitutionnel est adopté par le Conseil des ministres le 3 septembre, soumis au peuple par le référendum du 28 septembre 1958.

 

Comme beaucoup l'observent, Lancelot remarque que pour la plupart des électeurs, le référendum portera sur la confiance au général de Gaulle beaucoup plus que sur une constitution dont bien peu sont capables d’apprécier objectivement le contenu et moins encore les conséquences.

Il est clair que deux autres questions inquiètent beaucoup plus l’opinion : d’abord celle de l’Algérie et du terrorisme et ensuite celle de la hausse des prix qui continue d’entretenir un mécontentement latent.

 

Pierre Pflimlin, confie à Lancelot, que pendant ces quelques jours de son gouvernement, le plus difficile a été de se rendre compte qu'il se passait beaucoup de choses derrière son dos.

« Pendant quinze jours, j'étais dans une situation dramatique et je recevais de très nombreuses informations qui étaient toutes plus alarmantes les unes que les autres : ce qui se passait en Algérie, ce qui se préparait en France... Il y avait au sein du gouvernement une assez grande cohésion. J'avais conscience de la précarité du gouvernement. C'était évident. Mais quand on est en pleine action, on essaie de faire face à ce qui se passe. »

Il est certain que de Gaulle avait le souci de respecter la légalité. Ce qui ne l'a pas empêché de «  forcer le rythme par son fameux communiqué : « le processus est engagé... »

Pflimlin reconnaît : « j'étais bien convaincu que le retour au pouvoir du général de Gaulle était sans doute la seule solution. »

Plus tard de Gaulle fera l'éloge de la conduite de Pflimlin pendant cette crise.

 

Enfin, le 28 septembre 1958, Lancelot avec 79,2% des français ( seulement 15,6% d'abstention...) approuvent par référendum, le texte de la nouvelle Constitution ( la 5ème) . A noter le score de 96% en Algérie.

Aux législatives, l'UNR ( gaullistes) obtient 212 sièges ; les modérés, indépendants.. 118, et le MRP avec Pflimlin 56 sièges ; la SFIO 44 sièges et le PCF 10 sièges. La nouvelle chambre est nettement ''à droite''.

 

« Le général de Gaulle devint, le 15 mai 1958, le seul homme capable de rassembler pacifiquement les trois fragments de la nation française divisée : les Français d’Algérie, l’armée, les républicains de France, c’est-à-dire la grande masse de la nation. » ( Raymond Aron, « Discours à Harvard », Le Monde, 5 juillet 1958 )

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1958 - Pierre Pflimlin – 2

4 Mars 2024 , Rédigé par Régis Vétillard Publié dans #Pflimlin, #1958, #Algérie, #De Gaulle

Raymond Aron

Lancelot s'interroge sur la possibilité d'un retour du Général. Malgré son âge, peut-il apparaître, à nouveau, le recours qu'attend la France ? Lui-même semble en douter, quand il exprime fermement sa répugnance à se présenter comme un chef de parti. S'il a rendu leur liberté, à ceux qui le soutenaient au sein du RPF ; et admit l'échec du Rassemblement, quelle stratégie reste t-il à cette forte personnalité pour arriver au pouvoir ? Entrevoit-il un changement de régime ? La République, et même la démocratie ne seraient-elles pas en danger ?

 

Raymond Aron, exprime qu'il ne croit plus à l'efficacité du mythe gaulliste. A l'opposé '' les barons '' du gaullisme, Malraux, Debré, Soustelle, Pompidou, Fouchet, Guichard... entretiennent l'idée du Général, que « plus cela irait mal, plus son heure approcherait. »

En ce début d'année 1958, la « traversée du désert » du Général apparaissait, subitement, à beaucoup, sur la fin.

De Gaulle l'exprime à divers interlocuteurs : « je suis prêt » ! De pus, il invite les journalistes à une conférence de presse le lundi 19 mai, dans un salon de l'Hôtel d'Orsay, la télévision est là ; mais la majorité des auditeurs, d'Alger à Paris, l'écoutent sur leur poste de radio.

Le Général évoque la «crise nationale extrêmement grave» que traverse le pays depuis six jours comme le début possible «d’une sorte de résurrection».

Le général de Gaulle - Palais d’Orsay, 19 mai 1958

Duverger pose la question que l'on attendait : « Est-ce que vous garantiriez les libertés publiques fondamentales ? »

« - Est-ce que j'ai jamais attenté aux libertés publiques fondamentales ? Je les ai rétablies. - Y ai-je une seconde attenté jamais ? Comment voulez-vous qu'à 67 ans, je commence une carrière de dictateur ?! » - La presse semble conquise.

 

Pierre Pflimlin confie à Lancelot, les pressions de Guy Mollet ( SFIO) pour qu'il se rapproche du Général.

Pierre Mendès France à l'opposé, déplore qu'aucune condamnation ne soit portée contre la sédition algéroise.

Lancelot rapporte qu'une opération dite ''Résurrection'' est en cours pour une prise du pouvoir par les gaullistes ( Debré, Chaban, Soustelle...).

La rumeur se concrétise le 24 mai, la réplique d'Alger s'effectue en Corse, à Ajaccio, avec un appel à constituer des comités de salut public. Des ''paras'' appuient le mouvement.

Le ministre de l'Intérieur, Jules Moch ( SFIO) envoie un télégramme aux préfets. « Une poignée de factieux vient d'annuler en Corse un siècle d'effort démocratique ».

Alger

Lancelot est témoin dans l'entourage ministériel, que chacun se rend compte qu'un ''coup d'état militaire'' est en œuvre, et que la presse et l'opinion s'en désintéressent ( ou l'espèrent ?). Pflimin fait une allocution radiodiffusée, et dit notamment : «  il ne serait pas admissible qu'une fraction de la nation tente d'imposer sa volonté au pays tout entier. »

Nous sommes le 26 mai, un lundi de Pentecôte, férié. Sauf peut-être , ces jours derniers, des queues devant les magasins d'alimentation afin d'accumuler des denrées en prévision d'une crise ; les français profitent de leur grand week-end. Les stations balnéaires connaissent une affluence exceptionnelle.

De Gaulle répète qu'il ne serait « chef du gouvernement que dans la légalité ». Informé qu'une opération de type corse, serait projetée pour Paris ; il propose le soir même, un entretien avec Pflimlin, lui signalant que s'il refuse, il le ferait savoir publiquement !

A l'issue de cette rencontre, aucun accord ne peut être trouvé ; cependant, le lendemain, de Gaulle, comme si la chose était acquise, publie un communiqué : « J’ai entamé hier le processus régulier nécessaire à l’établissement d’un gouvernement républicain capable d’assurer l’unité et l’indépendance du pays.»

Mardi 27 mai, Pflimin, tendu, espère trouver une majorité à l’autorisation d'une révision constitutionnelle de grande ampleur, sans les voix du parti communiste, précise t-il.

Pendant ce temps, ordres et contrordres, désespèrent les militaires... De Gaulle, dans son communiqué à l'AFP, met fin au suspens : « toute action, de quelque côté qu'elle vienne, qui met en péril l'ordre public, risque d'avoir de graves conséquences. Tout en faisant la part des circonstances, je ne saurais l'approuver. »

Le message du Général, signifie qu'il gouverne, dans les faits.

Dans Le Monde du 28 mai, Duverger écrit, et se résigne : « Cette République agonise.... Qu'on appelle de Gaulle avant que la nation soit tout à fait déchirée, avant que lui-même soit devenu tout à fait l'otage d'un clan. »

Le 28 mai à 3 heures du matin, Pierre Pflimlin démissionne. De Gaulle reçoit à Colombey un émissaire de Salan, le général Dulac. L'opération ''Résurrection '' est close.

Une manifestation de la gauche se lance sur le pavé parisien. Entre cent mille ou deux cent mille personnes, et en tête, Daladier, Mitterrand, Mendès-France. Mais, dans le fond, les gens sont soulagés.

Le président Coty a la main et le 29 mai, à 15 heures, il annonce : « J’ai décidé de faire appel au plus illustre des Français". Il ajoute en présentant le général de Gaulle comme chef du gouvernement, que si l’Assemblée le repousse, il se retirera aussitôt de l’Elysée.

De Gaulle, estimant que ses conditions sont reçues : - pleins pouvoirs, - congé donné au Parlement, - constitution nouvelle à préparer par son gouvernement et à soumettre au référendum ; se présentera devant l'Assemblée le 1er Juin.

 

Le 1er Juin, l’Assemblée donne sa confiance à de Gaulle et mandat au gouvernement d’élaborer, puis de proposer au pays une réforme constitutionnelle qui respectera trois principes : – le suffrage universel source de tout pouvoir – la séparation des pouvoirs exécutif et législatif – un gouvernement responsable devant les Chambres.

Ces engagements vont satisfaire les "démocrates" ; puisque 77 députés S.F.I.O. voteront l’investiture et 74 contre. Les communistes rejette la confiance.

Au total, l’Assemblée Nationale accorde son investiture par 329 voix contre 224.

 

Au soir du 3 juin, la loi constitutionnelle donne à M. Charles de Gaulle, nommé président du Conseil, le pouvoir de rédiger une nouvelle Constitution ; la IVe République continue. M. René Coty demeure président de la République au palais de l’Élysée.

L’ambiguïté c'est que le Général est attendu, avant tout, pour régler l'affaire algérienne.

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1958 - Pierre Pflimlin – 1 -

28 Février 2024 , Rédigé par Régis Vétillard Publié dans #Pflimlin, #1958, #Algérie

Fin 1957 : Lancelot se désole, rattaché au cabinet de la présidence du Conseil, il assiste à la chute du gouvernement et à la nomination d'un nouveau président, qui ne tiendra pas plus longtemps que les autres. Renversé le 15 avril 1958, le gouvernement reste vacant pendant un mois... !

France-Soir - 6_Janvier_1957 - Alger

Précédemment, ce sont les événements du 8 février 1958 qui vont entraîner la chute du ministère. Des avions français sont entrés dans le territoire tunisien, bombardent Sakhiet Sidi Youcef, un jour de marché et causent la mort de 75 civils. Cette action dirigée contre le FLN, est réprouvée internationalement.

Le monde politique semble se défausser en démissionnant l'un des siens, devant chaque décision prise. Les partis : Radical, SFIO, et MRP à vocation gouvernementale s'affaiblissent ; chacun semble choisir la politique du pire, jusqu'à la déstabilisation d'un système qui n'en peut plus....

En ce mois de mai 1958, Lancelot craint même, une exploitation de cette crise de la part des milieux poujadistes, et de l'extrême droite.

Georges Bidault, partisan de l’Algérie française, n'est plus soutenu par son parti, le MRP, pour former un gouvernement. A son tour, René Pleven, qui prône une réforme de la Constitution, tente l'Union nationale et bute sur la question de l'Algérie, avec le refus du parti Radical.

Début mai 58, de Gaulle est satisfait que le chef de l'Etat - en toute discrétion - ''s'informe de ses intentions''. Il répond qu'il ne demande qu'à être officiellement sollicité.

Aussi, c'est une surprise d'apprendre, le 12 mai 1958, que le président Coty fasse appel au MRP Pierre Pflimlin (1907-2000) pour former le gouvernement.

Dès le lendemain, cet appel à un politique qui ne cachait pas qu'il était prêt à dialoguer avec le FLN, met le feu aux poudres parmi les partisans de l'Algérie française, et parmi les militaires.

Mardi 13 mai, Alger est appelé à manifester au prétexte de la mémoire de trois militaires du contingent tués par les fellaghas. Les gaullistes, les partisans de l'Algérie française, et même l'extrême droite, comptent profiter de cette occasion.

Alger 13 mai 1958

A Alger, dès 13heures l'activité de la ville s'interrompt. Des émeutiers prennent d'assaut le Gouvernement général ( CG), avec la complicité de l'armée. Un Comité de Salut public, formé d’officiers et présidé par le général Massu, exige la constitution à Paris d’un gouvernement de Salut public . Au balcon du CG, le général Massu lit le communiqué suivant :

« Nous apprenons à la population d’Alger que le gouvernement d’abandon de Pflimlin vient d’être investi (.. ) par suite de la complicité des voix communistes… Le comité supplie le général de Gaulle de vouloir bien rompre le silence en s’adressant au pays, en vue de la formation d’un gouvernement de Salut Public qui, seul, peut sauver l’Algérie de l’abandon » .

 

Le gouvernement Pflimlin est investi vers deux heures du matin du 14 mai avec 274 voix ( les communistes s'abstiennent) , et 129 contre (de la droite).

Pierre Pflimlin, se sachant le dernier recours de Coty, ne songe pas à se dérober. Sa préoccupation première n'est pas de mettre fin à la guerre d'Algérie, mais de réformer la Constitution. Il a partagé les vicissitudes de la IVe République, et souffert de cette instabilité gouvernementale.

Le nouveau président du conseil a réussi à convaincre Guy Mollet (SFIO) de l'accompagner, mais a tenté en vain d'obtenir le concours de M. Antoine Pinay.

Pierre Pflimlin (1907-2000)

Lancelot, écœuré par la politique songeait à démissionner d'un poste qu'il juge de plus en plus sans objectif, et sans intérêt. Seulement, quelques jours après l'installation du nouveau Président du Conseil, Lancelot est convoqué; ils se connaissent ' de vue' depuis longtemps, Pflimlin ne lui cache pas l'avoir reconnu, en effet, ils étaient tous deux à Vichy, tous deux travaillant alors au Secrétariat Général de la Jeunesse. Pierre Pflimlin y était, en1940-41 et pendant neuf mois, le chef de bureau de la propagande.

Sur ces expériences passées, va s'établir entre eux une connivence, pendant ces quelques mois. Le président demande à Lancelot de ne jamais évoquer avec d'autres personnes cet épisode passé, et il s'empresse d'affirmer que l'antisémitisme est depuis toujours, « un sentiment qui m'est étranger ».

Pierre Pflimlin est républicain,'' démocrate chrétien'' (MRP), ancien partisan de la CED, européen convaincu. Avec '' ses yeux d'acier '' il semble bien rigide, il n'est pas homme à faire paraître ses émotions.

Pour beaucoup, le Comité de salut public de Massu ( couvert par Salan) est qualifié de ''factieux '' ; pourtant, Pfimlin, confirme les pleins pouvoirs de Salan.

Le nouveau président du conseil, n'ignore pas que les partisans du Général, tentent le coup de force. De Gaulle, reste ambigu et souffle le chaud et le froid.

Mauriac réagit : « Nous espérons toujours en de Gaulle, mais non en un de Gaulle qui répondrait à l’appel d’un Massu. Puisse-t-il ne pas dire un mot, ne pas faire un geste qui le lierait à des généraux de coup d’État. »

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1957- Camus – l'Algérie

23 Février 2024 , Rédigé par Régis Vétillard Publié dans #1957, #Camus, #Algérie, #1958

Le contingent pour l'Algérie

L'actualité de 1957, pour un métropolitain comme Lancelot, porte son attention, le plus souvent, de l'autre côté de la Méditerranée, en Algérie, un prolongement de la France que connaît bien peu de français. De jour en jour, Lancelot observe que les français comprennent qu'il ne s'agit pas seulement d'une question de maintien de l'ordre public. De plus, l'envoi d'appelés du contingent en Algérie ne transforme t-il pas ces ''événements'' en ''guerre'' ?

Enfin, le 8 janvier 1957, 8000 paras investissent Alger pour ''rétablir l'ordre'' ; le gouvernement français Guy Mollet ( SFIO) vient de confier au général Jacques Massu les pleins pouvoirs de police.

 

En ce mois d'Octobre 1957, alors que l'on pressentait Malraux ( ou Boris Pasternak, ou Saint-John Perse ou Samuel Beckett...  ) accéder au Nobel ; c'est un homme de 44ans, Albert Camus (1913-1960), qui reçoit le prix le plus prestigieux des prix littéraires.

Camus est né et a vécu en Algérie dans un quartier populaire, sa mère est illettrée ; il s'est engagé jeune (1935) au Parti communiste. Avant la guerre, il dénonce le sort réservé aux musulmans. Il réfléchit à la notion de ''fédéralisme'' des cultures qu'il oppose au ''nationalisme'' d'un pays.

Il constatait dans le journal ''Alger républicain'' du 6 octobre 1938 « (...) nous comptons lutter contre le conservatisme social qui entend maintenir nos amis indigènes sur un plan d’infériorité ». En juin 1939, déjà, il publiait un reportage « Misère de la Kabylie », et en mai 1945, il écrivait une série d’articles, sous le nom de « Crise en Algérie ».

Albert Camus - 17 octobre 1957

En 1955, dans l'Express, au regard des ''événements'', il précise sa pensée : « Il faut choisir son camp”, crient les repus de la haine. Ah ! je l’ai choisi ! J’ai choisi mon pays, j’ai choisi l’Algérie de la justice, où Français et Arabes s’associeront librement ! »

 

Ensuite, Camus semble ne plus choisir, les intellectuels dénoncent son silence.

Puis, à l'occasion de la remise de son Nobel, Lancelot lit le compte-rendu dans le Monde (14 dec 1957) d'un exposé d'Albert Camus fait aux étudiants suédois sur son attitude devant le problème algérien. 

Une phrase lui est alors attribuée et choque beaucoup d'entre nous : « Entre la justice et ma mère, je choisis ma mère »...

Camus choisirait sa famille, c'est à dire sa communauté, celle des français d'Algérie plutôt que la justice, c'est à dire la lutte contre le colonialisme...

Pourtant, il ne s'agissait pas de cela : plus tard, le traducteur C.G. Bjurström, lui aussi témoin de l'échange, rapportera une version différente, et reconnue par d'autres témoins :
« J’ai toujours condamné la terreur. Je dois condamner aussi un terrorisme qui s’exerce aveuglément.. En ce moment, on lance des bombes dans les tramways d’Alger. Ma mère peut se trouver dans un de ces tramways. Si c’est cela la justice, je préfère ma mère. »

Camus dénonce le terrorisme.

Voici un extrait du discours du banquet Nobel, qui exprime l'état d'esprit d'Albert Camus, en cette fin d'année 1957 :« Chaque génération, sans doute, se croit vouée à refaire le monde, la mienne sait pourtant qu’elle ne le refera pas. Mais sa tâche est plus grande. Elle consiste à empêcher que le monde se défasse. Héritière d'une histoire corrompue où se mêlent les révolutions déchues, les techniques devenues folles, les dieux morts et les idéologies exténuées, où de médiocres pouvoirs peuvent aujourd'hui nous détruire mais ne savent plus convaincre… »

 

Le 1er janvier 1958, entre en vigueur, le Traité de Rome signé, le 25 mars 1957, par six pays : la Belgique, la France, l'Italie, le Luxembourg, les Pays-Bas et l'Allemagne de l'Ouest. Il instaure la Communauté Economique Européenne (CEE). Après l'échec de la CED ( sur la Défense, donc) , se met en place une coopération économique.

Ce 1er jour d'an est également diffusé, sur la seule chaîne de télévision de RTF, le premier épisode des ''Cinq dernières minutes'', une série d'émissions policières de Claude Loursais, avec Raymond Souplex dans le rôle de l’inspecteur Bourrel. En radio, France IV, laisse la place à France / Paris-Inter.

On dit la France en plein essor : le PIB, la natalité, les ''vedettes'' du cinéma avec Brigitte Bardot et Jeanne Moreau, Lino Ventura et Gérard Philippe

Lancelot tient beaucoup à sa Traction Avant de Citroën, seule la future DS pourrait lui donner envie de changer de voiture.

La SNCF est aimée des français ; l'image des cheminots est bonne ( célébrée avec un film la Bataille du Rail (1946) ), on annonce de nouveaux records de vitesse, et le slogan « Une gare dans chaque commune » permet d'envisager d'échapper aux embouteillages ( Nous avons très peu d'autoroutes). Lancelot admire la Caravelle, un biréacteur qui peut atteindre 770km/h. qui va effectuer son premier vol vers New-York.

Le point noir reste le téléphone : '' la moitié de la France attend le téléphone, tandis que l'autre attend la tonalité. '' : bien trop souvent, il faut encore passer par l'intermédiaire d'une opératrice. ; on s'amuse d'entendre Fernand Raynaud, avec le ''22 à Asnières''. Les gens veulent le téléphone chez eux ; mais les listes d'attente s'allongent d'année en année.

A la surprise du monde, le 4 octobre 1957, l’URSS met en orbite Spoutnik 1, le premier satellite artificiel de l’Histoire. Nous en reparlerons. Nous déplorons, en France, en 1957, seulement 9500 nouveaux bacheliers scientifiques; 30.000 seraient nécessaires.

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1956 – L'Algérie

18 Février 2024 , Rédigé par Régis Vétillard Publié dans #1956, #Algérie, #Duras

Alors que Lancelot, retrouvait un poste au Ministère des affaires Étrangères, en 1950 ; il suivait avec intérêt la fondation du Congrès international pour la liberté de la culture (CILC) à Berlin-Ouest le 26 juin 1950. Étaient notamment présents Denis de Rougemont, Jaspers, John Dewey, Bertrand Russell, Raymond Aron, Jacques Maritain, Arthur Koestler..etc

Il se souvient aussi du « Manifeste Russell-Einstein », publié en 1955, signé de neuf prix Nobel , qui tentait de mettre en garde l’humanité contre les dangers des armes atomiques et nucléaires.

Connaissant quelques éminents membres, Lancelot se désole que le CILC soit confronté à présent à une dispute en haut rang : alors que Russell avait condamné les crimes de la CIA, après l'exécution des Rosenberg. Rougemont s'en prenait à présent aux communistes ( Figaro du 10 nov.): « Serrer la main d’un communiste occidental, qui approuve “librement” son parti, c’est saluer un complice du crime de Budapest. » Russell alors déplore que ce texte ne soit pas « contre-balancé » par une dénonciation de l’intervention anglo-française en Égypte... Chacun pense démissionner !

Marguerite Duras ( Jacques Haillot)

A Paris, dans une petite salle de la rue de Grenelle, mais pleine ; sont présents André Breton, Maurice Nadeau... Ce meeting est organisé par Edgar Morin, Dionys et Marguerite Duras, et le Comité contre la Guerre d'Algérie. Ils tiennent à dénoncer à la fois, la guerre en Algérie, la répression soviétique en Hongrie et l'intervention anglo-française à Suez. Le Comité va se disloquer, et le meeting sans suite.

Marguerite Duras, est désespérée par l'actualité, et lui prend beaucoup de temps, qu'elle ne consacre pas à l'écriture.

Elle vient de publier un étrange roman, ''Le Square'' qui n'est constitué que d'un dialogue entre une jeune fille, gardienne d'un enfant, et un voyageur de commerce. Chacun veut tromper son ennui. Lancelot évite de lui dire que sa lecture l'a déconcerté, pourtant le charme a opéré. Il ne sait pas l'expliquer. Ce n'est pas réaliste, peut-être poétique.

L'importance du dialogue ? - C'est plus fort qu'elle, dit-elle. Le langage, c'est universel. Elle tente d'écrire un roman sur l'amour fou d'une mère pour son enfant ; et les personnages parlent, parlent...

Elle confirme que Barrage contre le Pacifique va donner un film, de René Clément. Elle appréhende le résultat, d'autant qu'on ne la consulte pas pour le scénario...

Fin 1956, Lancelot s'irrite du manque de vision politique de Guy Mollet ( SFIO), pendant que Robert Lacoste ; ministre résident en Algérie donne tous les pouvoirs à l'armée. La position de la France à l'Internationale devient très embarrassante pour justifier de cette ''guerre'' ( qualifiée pudiquement d’événements).

A partir de mars 1956, suite aux ''pouvoirs spéciaux'' votés, 400 000 appelés vont rejoindre l’Algérie ; c'est la société française qui à présent se sent concernée.

Des personnalités tentent de convaincre l'opinion publique de l'importance de garder l'Algérie française : pour Debré ce serait la fin de notre régime, pour le Maréchal Juin, l'Algérie représente la vitalité française. Jacques Soustelle, ethnologue et prédécesseur de R Lacoste affirme :« L'Algérie perdue, la France cesserait d'être une puissance » et Jean Berthoin, ministre, sénateur : « C'est toute une civilisation qui est aujourd'hui menacée »

L'indépendance du Maroc, puis de la Tunisie, sont reconnues depuis le mois de mars 56. Beaucoup de français espèrent que l'intervention franco-anglaise à Suez, calme l'influence néfaste de l’Égypte sur la rébellion en Algérie.

A partir de 1957, l'opinion envisage l'abandon des départements algériens.

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Dès 1956, des intellectuels catholiques s'engagent et dénoncent le recours à la torture par l'armée.

Dans le Monde en avril 56, Henri-Irénée Marrou, écrit en titre « France ma patrie » et rappelle les méthodes de la Gestapo : « partout en Algérie, la chose n'est niée par personne, ont été installés de véritables laboratoires de torture, avec baignoire électrique et tout ce qu'il faut, et cela est une honte pour le pays de la Révolution française et de l'affaire Dreyfus ». il dénonce également les ''ratissages'' : «  l’opération consiste toujours à frapper indistinctement innocents et coupables, combattants et désarmés. ». Lancelot remarque qu'il évite de prendre position dans le conflit, par contre, Marrou souligne qu’« on ne défend pas une noble cause par des moyens infects » ; cependant cette tribune sera suivie d'une perquisition de la DST, le 10 avril, dans son bureau de Châtenay-Malabry.

Pierre-Henri Simon publie Contre la torture en 1957, qu'il dédie « aux Françaises et aux Français qui ont résisté à Hitler, à celles et ceux qui ont affronté les périls, défié la mort et subi la torture afin que cette ombre recule au ciel de l’histoire »

 

Le CCIF ( cf 1953 – le Maroc) , préfère ne pas trop évoquer les événements d'Algérie. Cependant, le 2 décembre 1957, Raymond Aron lors d'une présentation de son ouvrage '' La Tragédie algérienne '' est reçue par les sifflets des partisans de l'Algérie française, il est accusé de défaitisme.

Seuls Mauriac et Marrou le soutiennent. En effet, Aron affirme que l’indépendance de l’Algérie est inéluctable.

Il soutient qu'il n'y a pas de relations entre 'perte des colonies' et 'déclin économique' ; il s'appuie sur la prospérité économique des Pays-Bas, après la perte de l'Indonésie. Aron tente de convaincre que la fin de l'empire colonial n'est pas un signe de décadence.

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1956 – La Crise du canal de Suez – Intervention soviétique en Hongrie

13 Février 2024 , Rédigé par Régis Vétillard Publié dans #1956, #Canal de Suez, #Budapest, #Hongrie

Le président égyptien Gamal Abdel Nasser annonce le 26 juillet 1956 la nationalisation de la Compagnie du canal de Suez. Il refuse la négociation et une administration internationale du canal de Suez.

Une opération militaire anglo-française est mise sur pied.

La France en outre reproche à l’Égypte de soutenir le mouvement de libération nationale algérien.

La surprise vient d'Israël, qui, le 29 octobre, envahit la bande de Gaza et le Sinaï égyptien. Cet accord secret avec Israël, tenait à renforcer la sécurité d'Israël, contre des attaques incessantes égyptiennes.

La France et le Royaume-Uni bombardent Port-Saïd le 31 octobre. Le 5 novembre anglais et français sont parachutés, et le soir l'URSS envoie l'ultimatum de leur intervention. Washington avec l'accord de Tel-Aviv, appellent à '' mettre fin à l’agression '' pour empêcher la guerre.

Sous la pression des Nations unies, des États-Unis et de la Russie, le cessez-le-feu est fixé pour le soir du 6 novembre à minuit.

Pour la France - leurrés par ses alliés - l'opération est considérée comme une défaite diplomatique imputable à Guy Mollet.

Nasser gagne en prestige auprès des Etats arabes.

Le 23 novembre 1956 une proclamation du ministère des Affaires religieuses égyptien lue dans toutes les mosquées affirme que : “ Tous les Juifs sont des sionistes et des ennemis de l’Etat” et promet leur expulsion prochaine d’Egypte. Ils sont 60 000 environ et sont alors forcés de quitter le pays et se réfugieront en grande partie en Israël, en France ainsi qu’au Brésil, en Argentine et aux Etats-Unis.

Nasser ordonne l'expulsion de tous les européens présents dans le pays.

Seuls – grâce à l'activité diplomatique du Vatican – les ecclésiastiques européens échappent à l'expulsion.

La présence française et son rayonnement dans l'élite égyptienne, est balayée. De nombreux français d’Égypte ( dont 300 instituteurs), mais aussi des Grecs, des Libanais et des coptes, arrivent en France.

1500 chars soviétiques s'emparent de Budapest

Octobre 56, dans les rues de Budapest, des manifestations contre la tutelle soviétique demandent l'abolition du parti unique. Un nouveau gouvernement, sous la direction d'Imre Nagy, prend fait et cause pour les insurgés. Il proclame le retrait du pacte de Varsovie et promet d'organiser des élections libres.

Le 2 novembre, Etienne Fajon (directeur de l'Humanité) écrit qu'en Hongrie se déploie « un mouvement contre-révolutionnaire illégal aidé de l'extérieur, puissamment armé, préparé par des cadres expérimentés de l'ancienne armée fasciste. ».

Nikita Khrouchtchev charge l’Armée rouge de liquider l'insurrection hongroise par la force.

Le 4 novembre, une importante armée soviétique envahit Budapest et les autres régions du pays. La résistance hongroise continue jusqu'au 10 novembre. 2500 hongrois sont tués, et 200 000 fuient et se réfugient a l'Ouest. Un nouveau gouvernement a la solde de Moscou est retabli, et referme toutes les frontières.

6 Nov 1956 - Hongrie - Egypte

Le 4 novembre l'Humanité célèbre « l'échec final de la contre-révolution. »

 

A Rome, Pie XII relève la différence entre le traitement que l'O.N.U. a réservé à la France et à la Grande-Bretagne pour l'affaire de Suez, et à l'Union Soviétique pour l'affaire de Hongrie ; en effet la lettre d'Imre Nagy, demandant le 2 novembre 1956 que l'O.N.U. garantisse la neutralité hongroise, est restée sans effet.

 

Lancelot indique que nos ''renseignements'' sont clairs : pendant que la France et la Grande Bretagne sont occupés par Suez, et que les américains – en retrait- craignent un embrasement mondial ; Khrouchtchev nous montre son vrai visage. N'oublions pas que le début de l'année 1956, avait été marqué par le rapport Khrouchtchev qui dénonçait le culte de la personnalité de Staline.

A propos duquel, Sartre considérait que cette dénonciation de « tous les crimes d’un personnage sacré, qui a représenté si longtemps le régime, est une folie... » !

 

 

La revue Esprit accueille de nombreux intellectuels hongrois, Domenach écrit : « Grâce à eux, il devint évident que l’oppression n’était plus le fait d’un seul camp, et qu’il n’existait pas seulement l’impérialisme américain, mais aussi – ô scandale ! – un impérialisme soviétique. »

Sartre récemment converti au communisme réplique : « Les gens qui n’ont pas protesté contre les tortures en Algérie et contre Suez sont aussi totalement dénués du droit de protester contre les événements de Hongrie . »

Lancelot remarque que nombreux sont les intellectuels qui craignaient de passer pour des anti-communistes ; mais actuellement, l'intervention soviétique en Hongrie rend leur position difficile...

Rougemont lance un appel à mettre le communisme soviétique « au ban de l’humanité », et interroge Sartre sur ce qu'il a cru dire sur Suez...

 

En réaction à l'actualité Lancelot rencontre Edgar Morin, qui souhaite créer une nouvelle revue ''Arguments'' pour aider à « passer d'une critique de la pensée établie d’origine marxiste à une révision critique de toutes les idées.. ! »

Ce qui désarçonne Lancelot, c'est son idée de ''pensée planétaire'' qui lui fait dire que l'Europe lui semble une cause beaucoup trop « étriquée ». Rougemont considère là une contradiction d'affirmer en même temps que « c'est l’humanisme européen qui m’entraîne au-delà de ma province européenne au nom de l’universel. ».

Rougemont critique ce choix des intellectuels à dénoncer « des scandales lointains, d’appeler au soutien de causes lointaines (...). Ils abandonnent les problèmes prochains (et du prochain) aux soins – tournés en dérision – des technocrates ». Il pense aux technocrates européens qui font l'impasse d'une grande Idée européenne, pour créer le ''Marché Commun''

Depuis la mort de sa grand-mère, Elaine de Sallembier ( 12 ans) , a retrouvé la vie parisienne et sa mère, Geneviève beaucoup plus présente au domicile, avenue Victor-Hugo.

Elaine fréquente le lycée Jean de la Fontaine, grand bâtiment des années 30, avec ses grandes portes en fer forgé.

 

Lancelot constate avec intérêt, l'évolution qui s'est opérée chez sa femme. L'entrée des chars russes dans Budapest, semble avoir été un point de non-retour. Son mentor, Dominique Desanti rend sa carte du PC. Geneviève veut même reconnaître son trouble, lors des exclusions de Marty et Tillon.

Les camarades, dit-elle, semblent ignorer le contenu du rapport Khrouchtchev, que nous avions découvert dès le mois de mars. Même l'historienne Annie Kriegel exprime publiquement sa déception. Étrangement, la scientifique Eugénie Cotton dit pleurer « sur la mort de milliers d’êtres humains en Algérie, en Égypte et en Hongrie », mais ne condamne pas la répression soviétique ; elle ajoute : « il ne faut pas que, ce que nous considérons actuellement comme des erreurs, puisse ébranler notre confiance dans les forces du progrès ».

Emmanuel Leroy-Ladurie (1929- ), quitte le parti, le jour même de l'intervention soviétique. Son père avait été ministre vichyste, puis résistant. Jeune catholique provincial ; en 1950-51, à Normale Sup, comme un bon quart des élèves, il prend la carte du PCF. Il écrit : « Nous représentions la violence symbolique mise au service de la raison historique. » ; elle s'accompagne d'une soumission tout aussi étonnante à "l'autorité du Parti". Sa rupture en 1956, va se poursuivre par un retour progressif au catholicisme de sa jeunesse.

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