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Les légendes du Graal

la verite

Les Mathématiques, et la Réalité

28 Janvier 2025 , Rédigé par Régis Vétillard Publié dans #Mathématiques, #La Vérité, #Cantor

Yvain revient au miroir qui les intriguait tous les deux, avec Elaine: - cette image énigmatique rejoint mon idée que la réalité n’est plus simplement ce que j'observe directement, mais elle inclut des phénomènes invisibles à l’œil nu... Je pense, dit-il, aux interactions quantiques et aux forces gravitationnelles, qui modélisent, en partie seulement, notre perception du monde.

- En t'écoutant, ajoute Elaine, je rapprocherais bien ces aspects réels du monde, qui ne sont pas directement observables, aux ''Formes '' antiques...

Mais, sans y avoir trop réfléchi, je pensais que la manière dont nous en rendons compte, par des équations par exemple, dépendait de nous, de notre cerveau, de ce que nous apprenons...

Les nombres ou les formes géométriques, sont des entités idéales et abstraites. Ma question c'est: Ces objets mathématiques, existent-ils indépendamment de notre esprit , ou sont-ils des constructions humaines?

Et je rajoute, dit Elaine, si ces objets mathématiques, sont découverts et non inventés, les mathématiciens peuvent-ils témoigner d'un lien particulier entre ces '' Formes '' et leur intuition ?

Ramanujan

- Oui... répond Yvain. Je pense à présent, à ce curieux personnage qu'est Ramanujan, un génial mathématicien indien autodidacte, qui avait la conviction que ses découvertes mathématiques étaient révélées par une source divine! Il ne se fiait - disait-il - qu'à son intuition et à ses visions pour formuler des théorèmes et des formules, dont beaucoup se sont révélés corrects et profonds.

Elaine connaissait l'histoire de ce mathématicien indien, invité à Cambridge, du fait que son père – après la première guerre - l'avait rapidement rencontré, grâce à Russell... ( cf, le chapitre: Lancelot de Fléchigné - Cambridge – Russell )( Tome 4)

 

Yvain, qui reçoit les félicitations de Lancelot, pour prendre avec beaucoup d'application la Quête en chemin, nous explique comment les Universaux trouvent un écho important dans ses propres travaux de mathématiques.

Il commence, avec beaucoup d'à propos, par cette citation de W. V. O. Quine, il écrivait :

«  Les trois principaux points de vue médiévaux concernant les universaux sont appelés par les historiens réalisme, conceptualisme, et nominalisme. Pour l’essentiel ces mêmes trois doctrines réapparaissent dans les vues d’ensemble du vingtième siècle sur la philosophie des mathématiques sous les nouveaux noms ( à côté de celui de réalisme ( Cantor)  de logicisme, intuitionnisme et formalisme. »

 

Après la querelle médiévale des universaux s’est ouverte à cause de Cantor, peut-être, une querelle similaire, la Querelle des Mathématiques. Dans l'optique de notre intérêt, il s'agit bien d'une querelle métaphysique.

Georg Cantor (1845-1918), mathématicien allemand, s'est heurté à l'attitude hostile de ses contemporains. Cependant, ses idées ont finalement été reconnues comme révolutionnaires et ont profondément influencé les mathématiques modernes. Il sépare ''infini potentiel '' ( indéterminé) de l'infini actuel comme par exemple '' l'ensemble de tous les nombres entiers finis '', cet ensemble, précise-t-il, est une chose en soi . ''L’infini actuel'', dit-il, est un infini parmi d’autres, avec une hiérarchie complexe de différents types d’infinis.

Cantor pense que les objets mathématiques, y compris les ensembles infinis, existent indépendamment de notre pensée. Cette position est en ligne avec le réalisme mathématique, qui soutient que les entités mathématiques ont une existence objective et indépendante

 

Paul Bernays ( 1888-1977 - mathématicien suisse) défend un logicisme : les concepts mathématiques peuvent être définis en termes logiques, pour lui les mathématiques sont une activité de l’esprit qui réagit à des situations, plutôt qu’un simple réservoir de connaissances. Il rejoint en un sens, Bertrand Russell.

L’intuitionnisme est défendu par L. E. J. Brouwer : Les objets mathématiques n’existent pas indépendamment de notre pensée, Ils sont une création libre de l’esprit humain. Le point intéressant concerne '' l'Infini '' :l’intuitionnisme rejette l’idée de ''l’infini actuel'' de Cantor. Par exemple, un nombre réel ne peut être représenté comme une suite infinie de décimales que si nous disposons d’un moyen effectif de calculer chacune de ces décimales.

Le formalisme ( David Hilbert ) est une position philosophique en mathématiques qui soutient que les mathématiques consistent essentiellement en la manipulation de symboles selon des règles formelles, sans se préoccuper de la signification ou de l’existence des objets mathématiques eux-mêmes, en particulier des infinis...

Ces trois courants s'opposent au réalisme de Cantor en ce qui concerne la nature et l’existence des objets mathématiques. Cantor voyait les ensembles infinis comme des entités réelles et indépendantes.

 

Et aujourd'hui – dans les années 60 – 70, quels sont les scientifiques qui seraient dans la ligne du réalisme mathématique ?

Kurt Gödel

Kurt Gödel, autrichien ( 1906-1978), il a collaboré à Princeton avec Albert Einstein. Gödel a travaillé sur les fondements des mathématiques et a prouvé des théorèmes d’incomplétude – c'est à dire que la cohérence et la complétude des systèmes mathématiques ne peuvent être ni prouvées ni réfutées à partir des axiomes de ce système.- et ont eu des implications profondes pour la théorie des ensembles. Gödel était un réaliste platonicien, il pense les objets mathématiques sont découverts plutôt que créés; ils sont découverts à travers la recherche et la logique. Les objets mathématiques, seraient indépendants, tout comme les objets physiques tels que les planètes ou les atomes.

Roger Penrose (1931- ) physicien et mathématicien britannique, croit que les mathématiques existent indépendamment de l’esprit humain et qu’elles révèlent des aspects fondamentaux de la réalité. Il utilise les théorèmes de Gödel pour argumenter que la conscience humaine ne peut pas être entièrement expliquée par des systèmes formels ou des algorithmes

Michael Atiyah (1929-2019) un mathématicien britannique qui a contribué de manière significative à la topologie et à la géométrie a souvent parlé de la beauté et de l’élégance des mathématiques.

 

Elaine réagit: - Prenons, la mathématique comme un langage : elle décrit la réalité en représentant des faits et des objets. Mais, si on va en profondeur, de notre relation au langage par son apprentissage, on peut soutenir que le langage ne se contente pas de décrire la réalité, il la construit. Nos concepts et catégories linguistiques façonnent notre perception du monde, diront certains.

Yvain répond: - je pourrais dire que les vérités mathématiques existent indépendamment de la manière dont nous les conceptualisons. Il me semble que la mathématique est un langage universel, les concepts mathématiques eux-mêmes transcendent les différences culturelles. Le fait est que, souvent, en mathématique, nos propositions, bien qu'étonnantes, sont validées par l'expérience...

Une autre fois, Yvain souhaite nous parler d'une nouvelle théorie, qui rejoint les discussions précédentes. Il s'agit de la '' Théorie des Cordes '' : elle concerne les particules élémentaires, c'est à dire, les plus petits objets physiques dont sont constituées la matière et les forces de l'univers.

Nous pensions que les électrons, les neutrons et les protons, représentaient les particules fondamentales dont toute matière est faite. Mais, la découverte des quarks constituant les nucléons allait relancer la course à la recherche des particules élémentaires.

Une ''particule'' était considérée comme un point sans dimension, occupant une position précise dans l’espace. Ses caractéristiques étaient la masse, la charge électrique (positive pour les protons, négative pour les électrons, et neutre pour les neutrons), et le spin (une propriété quantique intrinsèque).

Avec l’avènement de la mécanique quantique, la représentation des particules évolue, elles ne sont plus vues comme des objets ponctuels avec des trajectoires définies, mais plutôt comme des “paquets d’ondes” avec des probabilités de présence dans différentes régions de l’espace. Cette matière aurait un aspect ondulatoire ; Cette dualité ''onde-particule '' affecte donc cette représentation. Nous ne pouvons plus nous représenter les particules par de petites billes..

De plus, les physiciens ont découvert que les protons et les neutrons n’étaient pas '' élémentaires '', mais étaient composés de quarks. A présent, nous comprenons qu'il faudrait unifier dans une même théorie, les forces fondamentales (électromagnétique, faible et forte) et la gravité.

Un développement mathématique propose le modèle de cordes unidimensionnelles ( qui n’ont qu’une longueur, et n'ont ni largeur ni hauteur.). Ces cordes vibrent à différentes fréquences, et chaque mode de vibration correspond à une particule différente. La Théorie des Cordes estime pouvoir unifier la gravité et la mécanique quantique.

Cela rejoint nos discussions, autour du miroir; sur les '' formes '' mathématiques utilisées pour décrire des phénomènes physiques. Les mathématiques jouent un rôle central dans la formulation de la théorie des cordes, qui n'est que théorique... Ce serait bien du platonisme, parce que ces cordes, en un sens, ne sont pas observables, et pourraient être considérées comme des entités idéales qui sous-tendent la réalité.

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1984 de George Orwell - 1

14 Mars 2024 , Rédigé par Régis Vétillard Publié dans #1984, #Orwell, #1949, #La Vérité

Lancelot en flânant parmi les rayons de livres neufs chez Gibert, feuillette une édition d'un roman qu'il est nécessaire d'avoir lu : 1984 de George Orwell, mort prématurément de la tuberculose le 21 janvier 1950 (à 46 ans). Il repense alors à cette discussion, à propos de livres ''à lire'', avec Edmund Wilson à Rome – je rappelle que Wilson était considéré comme un critique littéraire réputé – Lancelot l'interrogea sur George Orwell, de qui le critique assurait avoir fait sa réputation grâce à ses éloges sur '' la Ferme des animaux'' ( paru en 1945) qui « l'a aidé à vendre plusieurs milliers d’exemplaires aux États-Unis ».

George Orwell, 1941

Cependant, pour ce roman 1984, paru en 1949 avec succès, Wilson regrette qu'il ait causé de grands dommages à la langue anglaise ; cette critique cache sans-doute la principale raison, qui tient aux idées politiques de Wells.

Wilson admirait Lénine et Trotsky, et même s'il reconnaissait les dérives de Staline, il trouvait injuste le parti-pris anti-bolchevique d'Orwell.

Il est vrai qu'Orwell, considérait la tactique de terreur stalinienne comme l’aboutissement logique des tendances totalitaires de Lénine :

- Orwell manque de subtilité politique !, et le plus grave, c'est qu'il disait lui-même : « Quand je m’assois pour écrire un livre, je ne me dis pas : '' Je vais produire une œuvre d’art '', Je l’écris parce qu’il y a un mensonge que je veux dénoncer, un fait sur lequel je veux attirer l’attention, et ma première préoccupation est d’obtenir une audience. »

Et cependant, Wilson enjoignait Lancelot, pour d'autre raisons, de lire '' 1984 '' !

 

Les amateurs de science-fiction pourraient être déçus, et préférer ''Le Meilleur des mondes'' (1932) d'Aldous Huxley, sans doute plus prémonitoire dans ce contexte actuel de ''guerre froide''. D'autres attaquent encore Orwell, le considérant trop conservateur et trop peu confiant en l'humanité...

Dans ce livre, qu'il a fini d'écrire en 1948 ( d'où le titre 1984), Orwell imagine qu'une guerre nucléaire eut lieu en 1950 ; et qu'un régime totalitaire s'est installé à Océania, région toujours en guerre, et gouvernée par un '' Big Brother '' omniprésent et invisible, seulement représenté sur des affiches, avec le slogan « Big Brother is watching you ».

La propagande est incessante, en particulier au moyen d’une écran : le ''télécran'', qui est à la fois l’œil et la voix de Big Brother. La surveillance repose sur la délation, considérée comme une vertu et encouragée aux enfants, promus ''espions'', vis à vis de leurs parents.

Des semaines de la haine, sont organisés contre le complot imaginaire de ''Golstein'', et contre l'ennemi extérieur. « La guerre est une affaire purement intérieure… l’objet de la guerre n’est pas de faire ou d’empêcher des conquêtes de territoires, mais de maintenir intacte la structure de la société… »

Un Ministère de la Vérité, assure un contrôle total du passé… « Nous ne savons jamais de quoi HIER sera fait. », aussi est-il nécessaire de rajuster, de rectifier le passé !

La langue usuelle, la novlangue, est rectifiée, pour être au service de l'idéologie, le vocabulaire est diminué ; et des formules largement affichées comme « La guerre, c'est la paix », « La liberté, c'est l’esclavage », « L'ignorance, c'est la force » tordent le sens de toute réflexion.

Dans cet environnement, Winston Smith, employé du ministère de la Vérité, révise l’histoire pour la rendre adéquate à la version du Parti. Smith est lucide sur les manipulations opérées par le Parti, mais il dissimule ses opinions. Cependant accablé par le doute et la solitude, il écrit son journal intime en cachette du télécran.... Il rencontre une jeune femme, Julia, et ensemble transgressent les règles... Trahis par O' Brien, qu'ils pensaient appartenir à une ''fraternité'' clandestine ; ils vont être arrêtés. Sa rééducation est conduite par O'Brien...

 

Ce qu'il me reste dans la tête, après la lecture, c'est une formule qui à présent va rester attaché à ce roman : '' 2+2=5 '', et dans ce cadre, une formule terrifiante.

Et si le parti décide que 2+2=5 ? Le totalitarisme de 1984, n'a pas pour fin, une société nouvelle et heureuse ; la volonté du parti d'un contrôle total sur les esprits est la seule fin, une fin en soi.

C'est vraiment pousser la logique du totalitarisme à son paroxysme...

Le ministère de la Vérité - 1984 - Orwell

Et le pire, c'est se dire que même les faits passés – à priori à l'abri de l'opinion : '' ce qui a eu lieu, a eu lieu. On n'y peut rien, on ne peut rien y changer...'' Même le passé, se plie à l'autoritarisme. Qui pourra jamais dire qu'il n'est pas tel que Big Brother l'a décidé. Même le passé peut s'effacer définitivement et ne plus exister ! Les promesses du parti, non tenues, peuvent être mises à jour : c'est le travail de Winston Smith de rectifier les archives des journaux selon la vérité du Parti.

Pourtant , il ne peut s'empêcher de ''penser'' : peut-on modifier le passé ?  Ce qui était vrai reste vrai, car ce qui a eu lieu a eu lieu ; mais, que se passe t-il, s'il n'y a plus de trace, et à la limite s'il n'y a plus personne pour le croire ?

- « La réalité, c'est ce qui continue d'exister quand on cesse d'y croire. » selon Philip K. Dick

Dans le monde de 1984, ce n'est pas assez d'effacer les traces du passé, il faut aussi effacer dans son propre cerveau les traces de cet effacement. Dans tous les bureaux, qui détruisent des documents, il existe un ''trou de mémoire'': on est censé oublier soi-même ce qu'on vient d'y jeter, et même oublier le fait qu'on vient d'y jeter quelque chose. Ce n'était qu'une '' hallucination '' !

Plus précisément, Orwell décrit le phénomène de ''doublepensée '' : c'est la capacité de se mentir à soi-même consciemment, et en toute conviction ( il ne s'agit pas de mauvaise foi), si parfaitement que l'on oublie s'être menti. Aussi, est-on capable de tenir vrai, même des contradictions, même que 2+2 font 5.

Cette tentative de décrire un fonctionnement de pensée, n'est pas fantaisiste ; elle pose une réponse philosophique : la réalité en soi, serait dépendante de l'esprit humain.

A suivre...

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Le Congrès de philosophie d'Heidelberg - 1908 - 2

22 Mai 2020 , Rédigé par Perceval Publié dans #1900, #Philosophie, #La Vérité

Retrouvons le congrès, à Heidelberg...

Avec une organisation matérielle irréprochable, le congrès de philosophie a su - malgré tous les charmes de cette vie étudiante - retrouver le sérieux des thèmes proposés...

Le thème qui s'est imposé – et dès le premier jour avec la conférence de M. Josiah Royce en l'assemblée générale – est '' le pragmatisme '' ; avec nécessairement une présentation des idées nouvelles sur la notion de '' vérité ''…

La vérité apparaît comme une chose changeante, purement pratique. Nous en arrivons à nous tourner plutôt vers l'avenir - vers les conséquences pratiques à obtenir - que vers le passé. La vérité n'est pas à trouver toute faite, il nous faut la faire; l'homme n'est pas fait pour elle, mais elle est faite pour l'homme. Ainsi conçoit-on la vérité moins en fonction d'un milieu objectif que plutôt en rapport aux besoins subjectifs d'un individu.

D'autre part, des théories récentes sont largement influencées par la recherche et les méthodes scientifiques... D'après M. Royce de nouvelles recherches - sur les bases des mathématiques, la nouvelle logique, l'étude des relations, tout cela - mettent en lumière des vérités qui sont tout à fait solides et absolues.

Peut-il y avoir une conciliation possible entre ces divers courants?

Pour M. Royce, on doit considérer la vérité absolue comme une nécessité qui s'impose à l'action plutôt que comme une évidence immédiate qui se dévoile à l'intelligence. On pourrait admettre, au-dessous de la vérité absolue, des formes inférieures de vérité empirique, relative à nos besoins pratiques... Cela ne permettrait-il pas d'accorder l'instrumentalisme et l'individualisme ?

Malgré ces vues modérées de M. Royce, le débat a donné lieu à de fortes protestations au nom des idées conservatrices, et la partie allemande de l'assemblée semblait tout de suite incliner fortement de ce côté.

Deux jours plus tard, M. Schiller prend la parole et fait de la notion rationaliste de vérité une critique bien dans sa manière, subtile et spirituelle. Comment concevoir un accord entre une pensée et un objet,comment distinguer l'évidence logique d'une simple nécessité psychologique, comment en général distinguer une proposition qui prétend être vraie d'une autre qui l'est réellement ? La ''vérité'' purement formelle prétend être vraie, mais elle n'est vérifiée que par les résultats qu'elle donne. C'est d'ailleurs, en fait, toujours par cette méthode que l'on juge. La vérité alors n'est pas indépendante de nous, sans doute, mais que nous fait un monde indépendant de nous ? il ne nous regarde en rien.

M. Schiller définit le pragmatisme comme une méthode... Il n'est ni un individualisme, ni un subjectivisme. Il n'est pas d'un bloc... L'opinion allemande ( avec le Dr Itelson de Berlin) y est décidément hostile : une « philosophie de cuisine... » !...

Pour M. Itelson, un Kepler, un Copernic ne paraissent pas avoir eu conscience de faire la vérité, mais plutôt de péniblement chercher à la voir derrière le voile qui la cache. Pour M. Mally de Graz, le pragmatisme tourne en rond : la vérité c'est ce qui est utile pour la connaissance; or la connaissance nécessaire... c'est celle qui saisit la vérité ! Et, pour M. Nelson (Gottingen) le pragmatisme aboutit à un procès à l'infini : vrai est ce qui est utile, mais comment savoir que c'est vraiment utile sinon en montrant l'utilité qu'il y a à l'admettre ?

M. Jerusalem soutient son frère d'armes anglais : Il ne s'agit pas, dit-il, pour nous, de formuler

d'oiseuses vérités de cabinet, niais d'avoir des jugements qui déterminent notre action ; exemple : « ich muss nieinen Regenschirm nehmen ».

M. Schiller a tenté de clore la discussion. Peut-on dire que : vrai et utile sont synonymes. Le vrai est utile, c'est-à-dire le vrai est vrai. Mais y a-t-il une vérité pour les pragmatistes ?

Le rationaliste prend la vérité comme une chose absolue et achevée qu'il n'a qu'à pénétrer de plus en plus. Le pragmatiste part d'une probabilité qui va se vérifiant de plus en plus, elle tend vers une limite qui serait la vérité absolue. M. Nelson demande s'il faut concevoir que la vérité est l'utilité, ou bien seulement que l'utilité est le critère de la vérité. M. Schiller termine en signalant la valeur sociale du pragmatisme ; il y a autant de vérités que de fins, chacun se fait la sienne, c'est la paix des intelligences.

 

M. Boutroux, dans sa conférence, a tracé un tableau général de l'activité philosophique en France depuis 1867, la date du célèbre Rapport de M. Ravaisson.

La philosophie éclectique est morte... Les influences régnantes sont caractérisées par l'enseignement consciencieux de Lachelier, par l'ouvrage de Ravaisson tout brûlant d'une foi métaphysique nouvelle, par les travaux philosophico-scientifiques des Anglais, de Darwin surtout qui ont appris à apprécier l'importance philosophique des savants, par les travaux de Taine et de Théodule Ribot. Il en sort un renouveau et quelques années de travail ardent vont mener à une dissolution du mouvement philosophique en groupes distincts, à une sorte de divorce de la philosophie comme unité et des sciences philosophiques spéciales, psychologie, sociologie, histoire, logique des sciences.

 

La Philosophie finira t-elle par disparaître ?

Personne, ici n'y croit... Les sciences laissent des questions qu'elles ne peuvent traiter : sur quelle certitudes la science elle-même s'appuie t-elle, quelles sont ses sources, que vaut-elle, atteint-elle le réel et qu'est-ce que le réel ? Et puis, il y a toutes ces questions morales que les savants les plus positifs ne parviennent pas à écarter. La préoccupation philosophique subsiste...

M. Boutroux s'interroge sur le caractère de la philosophie française. Il pense y voir le goût des idées claires, joint à un souci profond de réalité et de spécificité, à un amour très vif des choses morales. De là, les directions divergentes qu'il signale.

 

Une conférence de l’italien Benedetto Croce, L'intuizione pura e il carattere lirico dell' arte. Traite de l'Esthétique : esthétique empirique, pratique ( le plaisir), intellectuelle ( théorique et logique), agnostique ( indéterminée et indéterminable), esthétique mystique pour laquelle « l'art est une fonction cognitive supérieure à la philosophie », sa dernière et grandiose manifestation fut l'esthétique romantique.

L'esthétique de l'intuition pure : En voici le point de départ : elle accepte de l'esthétique romantique l'affirmation du caractère théorique de l'art et la négation de son caractère logique, mais au lieu de faire de l'art la fonction la plus haute et la plus complexe de l'Esprit connaissant, elle en fait la plus simple et la plus primitive. L'intuition esthétique est libre de toute abstraction, de tout concept, de toute détermination conceptuelle. Elle est Intuition pure. La force de l'art vient de cette « élémentarité » de son mode de connaissance. La théorie de l'intuition pure ne méconnaît pas le caractère sentimental de l'impression artistique, bien au contraire l'intuition quand elle est pure se ramène à un état d'âme, « elle est synonyme de représentation d'un état d'âme ». L'art n'est pas la représentation des choses physiques, mais de l'esprit qui est la seule réalité. C'est la thèse idéaliste absolue.

Malheureusement, on annonce l'absence de M. Bergson... ! Cependant, on peut entendre la vénérable Me Clarisse Coignet faire l'éloge du philosophe auquel elle voue un culte touchant.

M. Winter nous fait part de deux études claires et bien fouillées sur les rapports de l'intuition et de la pensée mathématique , et sur le rôle de la philosophie dans la découverte scientifique. Il défend l'idée que les formes supérieures de la philosophie, métaphysique ou théorie de la connaissance, ne peuvent pas, et ne doivent pas influencer la Science. Et, seule la pensée philosophique qui naît au contact des réalités scientifiques a une action efficace.

 

Ce IIIe Congrès international de Philosophie s'est occupé de beaucoup d'autres questions. On peut dire que les recherches de logique et de méthode des sciences ont fait l'objet d'une préférence assez marquée. Parmi les tendances, elles se sont manifestées nombreuses, mais l'une – le matérialisme – ne s'est guère présentée.

Le prochain Congrès devrait se tenir en 1912 à Bologne.

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La Quête de la Vérité - Philosophie

12 Mai 2020 , Rédigé par Perceval Publié dans #1900, #Philosophie, #La Vérité

Nous étions déjà à Heidelberg... mais, revenons il y a quelques mois au temps de la préparation de ce voyage...

La Vérité 1900

En cette époque, où un monde nouveau et scientifique semble avoir du mal à faire sa place, où le nouveau siècle tarde à s'établir, la philosophie ne craint plus à se remettre en cause, à tel point que c'est la notion même de Vérité qui est questionnée, et, sans tabou religieux...

 

Je propose – à l'aide des notes d'Anne-Laure – de réviser la notion...

 

- Si vous recherchez la Vérité au travers l'histoire de la philosophie en espérant ainsi bénéficier du progrès de la pensée, alors vous pensez que la Vérité n'est pas éternelle et immuable... ?

- Non... C'est, simplement, présumer que l'esprit évolue au cours des siècles dans sa prise de conscience... La Vérité pourrait être ce qu'elle est ; et l'esprit humain, lui, de plus en plus réceptif...

 

 

Mais, vous pourriez être sceptique, avec Pyrrhon ; ne pas faire confiance en vos sens... David Hume ( XVIIIe s), est persuadé que l'homme est inapte à atteindre la vérité absolue...

 

Si je dis , l'être est en devenir.... Je peux déjà me projeter dans l'antiquité avec Héraclite...

Ensuite Platon pense que les idées sont capables de contenir toute vérité intelligible ; et que le réel est intelligible...

Aristote ajoute qu'en étudiant le monde sensible, nous pouvons accéder aux ''causes'', jusqu'à '' l'essence''...

Pour Augustin d'Hippone, les vérités sont en Dieu.

Pour Thomas d'Aquin, la théologie tient ses principes de la Révélation ; et la philosophie est sa servante, la raison naturelle va du bas vers le haut (Dieu) : « la vérité est l'adéquation de l'intellect aux choses »

 

Descartes pense que la raison est  la « faculté de bien juger et distinguer le vrai d'avec le faux ». Une méthode est nécessaire... Il nous faut saisir les idées ( entendement), pour ensuite les affirmer ou les nier.. Malheureusement notre entendement est limité, et notre volonté est infinie... !

 

Spinoza reprend la conception classique de la vérité comme correspondance de l'idée et de l'objet.

Vous voulez dire que la recherche de vérité est une expérience de pensée : accord avec les faits et accord avec soi, pour devenir une évidence... ?

Mais, Leibniz se méfie de l'évidence intuitive.

 

Pour Kant, la connaissance vraie ne peut être qu'une connaissance scientifique qui porte sur la nature. La vérité scientifique ne porte que sur les phénomènes; elle ne reflète donc pas la réalité telle qu'elle est en elle-même, mais telle qu'elle est pour nous. Les concepts métaphysiques ( Dieu, la liberté, l'âme...) sont exclus de la connaissance scientifique ; et la croyance se substitue au savoir...

 

Nous sommes tentés de dire, que la Vérité voudrait ressembler à la Réalité...

Henri Bergson

Mais pour Bergson, la réalité est ''mouvante'' ( elle est un point de l'espace et du temps...) ; elle est particulière, singulière ( comme l'instant = division du temps) ... Et la Vérité se veut universelle...

Bergson, nous permet d'envisager qu'il peut y avoir coïncidence de l'esprit humain avec le cœur de l'être, cela se réaliserait dans l'intuition (comme la durée...)...

 

On retrouve, la soi-disant ''évidence intuitive'' … ? et, Bergson répond qu'effectivement ; il y a comme un caractère non-exact de la vérité, qui ne peut être atteinte que par d’autres formes de discours, comme la métaphore, l'analogie...

A suivre avec William James ...

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