foi
Dietrich Bonhoeffer: un christianisme sans religion
Dietrich Bonhoeffer, est un véritable 'témoin' du Christ, par ce qu'il a - au risque de sa vie - qu'il a donnée - refusé toute compromission. Il
affirme ne pas pouvoir appartenir à une Eglise qui accepte l'exclusion des juifs de la cité.
Ce témoin du Christ, à l'écoute des 'non-croyants', en appelle à l'humanité de chacun, pour parler de Dieu sans religion.
En prison, Bonhoeffer développe sa théologie du monde qui vient.... Comment être chrétien dans un monde devenu adulte ? Comment vivre sa foi dans un monde sans religion ?
"Je voudrais arriver, dit-il, à ce que Dieu ne soit pas introduit en fraude par un biais habilement dissimulé, mais qu’on reconnaisse simplement le caractère adulte du monde et de l’homme ; qu’on "n’éreinte" pas l’homme dans sa laïcité, mais qu’on le confronte avec Dieu par son côté fort" (Lettre du 8 juillet 1944).
Dans ce monde devenu majeur, il faut, dit-il, renoncer à un “Dieu bouche-trou” et à une foi qui se nourrit de la faiblesse et des limites de l’homme.
"Les gens religieux, dit-il, parlent de Dieu quand les connaissances humaines se heurtent à leurs limites ou quand les forces humaines font défaut - c’est au fond toujours un “deus ex machina” qu’ils font apparaître...". Et d’ajouter : "J’aimerais parler de Dieu, non aux limites mais au centre, non dans la faiblesse mais dans la force, non à propos de la mort et de la faute, mais dans la vie et la bonté de l’homme" (Lettre du 5 mai 1944).
Bonhoeffer plaide pour un christianisme non religieux où le chrétien - être chrétien, c’est être homme - est appelé à vivre “laïquement” en se libérant "de toutes les fausses attaches et des obstacles d’ordre religieux". Autrement dit, à vivre dans le monde "en tant qu’homme qui parvienne à vivre sans Dieu". Bref, à devenir humain au sens plein du terme.
On perçoit la fécondité d’une telle pensée et aussi son actualité pour aujourd’hui - pensée en consonance avec l’humanisme laïque mais en rupture avec un certain christianisme religieux dominant.
Cette idée de réalité est développée par ailleurs dans l'Ethique, dans des termes très proches de ceux des lettres de prison:
"L'affirmation que Dieu lui-même est la réalité suprême n'est pas une idée destinée à sublimer le monde, ni le revêtement religieux d'une vision profane du monde (...). Le principe de
l'éthique chrétienne n'est ni la réalité du moi ni celle du monde, pas plus que celle des normes et des valeurs, mais la réalité de Dieu dans sa révélation en Jésus-Christ (...). Il s'agit donc
d'avoir part aujourd'hui en Jésus-Christ à la réalité de Dieu et du monde, de telle manière que je n'éprouve jamais la réalité de Dieu sans celle du monde et vice versa ."
"Comment le christ peut-il devenir aussi le Seigneur des non-religieux ? Comment parler de Dieu sans la religion ? Un jour viendra où des hommes seront appelés de nouveau à prononcer la Parole de Dieu de telle façon que le monde sera transformé et renouvelé. Ce sera un langage nouveau, peut-être tout à fait non religieux, mais libérateur et rédempteur, comme celui du Christ ; les hommes en seront épouvantés et, néanmoins, vaincus par son pouvoir ; ce sera le langage d'une justice et d'une vérité nouvelles, qui annoncera la réconciliation de Dieu avec les hommes et l'approche de son royaume..."
Dietrich Bonhoeffer
De la philo à la spiritualité :
(Pour les universitaires dédaigneux :… Je parle de la philo. « type terminale »… Je le précise, tant pis ! ).
« A l’école des stoïciens et des épicuriens, j’essaie de mieux habiter le présent. A la suite de Spinoza, je tente de convertir mes désirs passifs, inadéquats, pour m’orienter vers la joie, souverain bien de l’existence. En somme, la philosophie est une discipline de soi qui m’aide à me rendre plus vivant et à assumer toujours mieux le métier d’homme pour aller vers l’autre, répandre la joie. » Alexandre Julien.
Déclin des religions, suspicion envers les idéologies politiques… Au delà d’une tendance individualiste, nous cherchons tous ( jeunes et moins jeunes ) un sens à cette
existence !
« C’est comme vivre aux côtés de Platon, d’Aristote, d’Epicure, de Montaigne, de Spinoza, de Kant, de Nietzsche, d’Alain, de Simone Weil, de Wittgenstein … J’ai les amis les plus intelligents du monde, et qui appliquent leur intelligence à ce qu’il y a de plus intéressant : la vie humaine… le but ? Une vie plus lucide, plus heureuse… » A. Comte-Sponville.
Comment au travers d’une réflexion raisonnante et pas seulement affective, je peux témoigner d’une expérience de quelque chose qui se fait ‘ en moi ‘ ?… Cela s’apparente également au ‘ développement personnel ‘, au moins dans sa partie théorique …
Catholique, je ne crains pas l’aventure… Au contraire, je la conseille… par lucidité avec soi-même. La philo. a la faculté de passer du singulier ( moi ) à
l’universel. Pas de ‘ prêt à penser ‘, pas de ‘ vérité ‘, mais de la confrontation, de la pratique ‘ existentialiste ‘ !
Cette confrontation des idées, des théories, des doctrines religieuses… m'amène 'heureusement' à m’interroger sur le ‘statut’ de La Vérité.
Jésus est le chemin ( le mien ), Jésus ‘le Christ’ est La Vérité ( la nôtre )… Il n’est pas le seul chemin, la seule icône de Dieu… Chaque visage humain, est en lui-même une icône divine. Ceci ne me pose aucun problème existentiel… Par contre, fixer Une Vérité, m’est incompréhensible… Affirmer qu’une religion puisse, seule, incarner La Vérité, me choque ! ( Jésus et la samaritaine… ! ).. Je veux bien chercher ( encore … ) à comprendre .
La voie: la vision juste, l'action juste ...
"Qu'est-ce que la vérité. Faites que je voie les choses telles qu'elles sont, que rien ne me jette de poudre aux yeux" Thérèse
d'Avila
Je reconnais facilement, que mes émotions influencent ( trop ) ma façon d'agir. A ce moment, je me 'laisse emporté', c'est à dire que j'ai perdu l'avantage de pouvoir m'observer... Mes émotions colorent le réel. Je ne suis plus conscient et présent... Je n'ai plus l'attention nécessaire ...
- Revenir à moi-même
- Reconnaître ( accepter ) le réalité comme elle est (là !)
Dans le christianisme: être libre, c'est être habité par l'Esprit. A.D. utilise l'image de l'acteur qui, habité par un rôle, en même temps détaché de l'action-réaction du personnage, est librement lui-même ... Il ne s'agit pas d'une possession, dans laquelle, je perdrai ma personnalité...
" Je vis, mais ce n'est plus moi qui vis, c'est le Christ qui vit en moi." ( Saint-Paul )- Alors, quelle liberté !
Cette liberté se resent, ainsi, en attitude d'accueil... Par exemple devant un paysage: je contemple et mon mental n'intervient pas. Je suis présent, dans l'attention pure ...
Le maître insiste:" il n'y a
que des situations: c'est le mental qui en fait des problèmes ..." AD
Je 'crois' que quand tout ira bien: je serais en paix. Et quand les difficultés reviendront, je serais à nouveau perturbé. Selon les prochains évènements, je serai frustré, je souffrirai, puis je serai comblé ...Les évènements changent... Et la réalité?
Est-ce que je vois la réalité, telle que ' Dieu ' la voit ?
Qu'en est-il de - La vision pure ...? La perception pure ...?
"Une des tâches les plus difficiles donnée à l'homme est de renoncer à lui-même, au désir de se mettre en avant, à vouloir que le monde corresponde à l'idée qu'il s'en fait" Karlfried Graf Dürckheim
" La connaissance de ce qui est résulte de la purification de l'opinion qui porte sur ce qui n'est pas. C'est, à mon avis, la définition de la vérité d'être une
certaine saisie de l'être; l'erreur, elle, est une illusion qui se produit dans l'esprit et qui donne l'apparence d'exister à ce qui n'est pas; la vérité au contraire est la ferme
appréhension de ce qui est vraiment.
Or il faut de
longues périodes de temps passées dans le recueillement à méditer ces hautes questions, pour parvenir à saisir péniblement ce qu'est vraiment l'être qui possède l'existence par nature et ce
qu'est le non-être qui a seulement l'apparence d'exister, mais qui n'a pas de lui-même aucune réalité." Grégoire de Nysse ( IV siècle ap. J.C.) dans " Vie de Moïse"...
Accepter ce qui "est", et agir sur ce qui sera... est le paradoxe ( parmi d'autres) qui habite le coeur de la spiritualité, et qui s'exprime, je pense au mieux, par l'assise en zen, ou l'oraison en Christ...
Le paradis n'est pas au ciel...
Avec Fabrice Hadjadj..
Que sait-on du paradis ? Autant, nous comprenons ce que peut-être - de vivre l’enfer, comme si nous comprenions mieux le mal.. ! Autant, le paradis nous
semble puéril ...
Comment puis-je tendre vers ce que je ne conçois pas ? L’imagination doit tendre vers ce que nous espérons … Certes, si la ‘ vraie vie est ailleurs ; il ne nous reste , peut-être, qu’à mépriser celle-ci ! Vision nihiliste, combattue par les matérialistes !
Le « royaume », n’est pas dans un autre monde, il est au milieu de nous. L’au-delà est un au-dedans. Il s’agit d’une vie déjà commencée. Une vie qui vient s’aboucher à sa source : elle se déploie ici-bas jusqu’à donner sa fleur là-bas, mais c’est la même sève qui circule et que les écritures appellent la grâce. . L’essence de la grâce, c’est l’accueil de l’autre. A l’inverse, l’enfer n’est qu’un repli sur soi, le désir d’un paradis à son étroite mesure.
« L’enfer, c’est de se croire au paradis par erreur » Simone Weil
" Dans le christianisme, le paradis est paradoxe. En effet, ce mot évoque deux réalités différentes : le paradis terrestre, qui est irrémédiablement perdu ; et le paradis céleste, qui est plutôt à gagner. Le premier est désormais barré par un ange à l’épée de feu : c’est un paradis régressif qu’il ne faut plus désirer. Le second est marqué par la Croix de l’amour : c’est un paradis exigeant qu’il s’agit d’accueillir. Il est refus de s’enfermer dans la nostalgie d’un monde originel, sans drame, sans péché." FH
" C’est précisément contre cela que se dresse l’appel du paradis céleste. Il nous demande d’assumer pleinement la réalité humaine, et de trouver une lumière au cœur même de la tragédie."FH
" Ce qui sauve, ce n’est pas la douleur, c’est l’amour reçu et donné. La douleur peut en augmenter le mérite mais, sans cet amour, elle ne vaut rien. Or, cet amour
est sur la terre comme au ciel. La différence, c’est que, sur la terre il se vit dans la
souffrance et la
contradiction. Il provoque des résistances, suscite même une violence à notre propre endroit, car notre orgueil ne veut pas l’admettre… À dire vrai, le paradis ne se gagne pas, il se reçoit. Avec
Dieu, il ne s’agit pas de travailler plus pour gagner plus, mais d’ouvrir notre être pour recevoir en abondance. Notre société de consommation (la publicité nous le rappelle tous les jours) peut
nous permettre de jouir des petits plaisirs de l’existence. Mais elle ne nous donnera jamais la joie, la joie profonde et vraie. Car celle-ci ne s’achète pas. "FH
« Quand l’homme essaie d’imaginer le paradis sur terre, ça fait tout de suite un enfer très convenable », Paul Claudel
« Personne n’a jamais vu Dieu » Jean( 1, 18)
Ce Dieu possible, et inconnaissable, n’est pas un objet de connaissance comme les autres…
Aussi, des philosophes chrétiens, comme J.L. Marion,
préfèrent L’aborder par la phénoménologie. Cette méthode s’applique à décrire la manière dont les choses – ou les gens – se donnent à nous, se manifestent à nous, avant même que nous nous
mettions à les considérer comme des objets dans une optique de connaissance.
La Révélation n’apporte pas une réponse à la question de l’existence de Dieu ; elle vient modifier les questions en faisant naître une toute nouvelle logique.
La révélation produit sa propre rat
ionalité, que les hommes peuvent reconnaître, bien qu’elle ne soit pas le produit de leur p ropre intelligence. La révélation chrétienne a produit le développement de la peinture et de la musique, elle a imposé à la
philosophie des questions qu’elle ne s’était jamais posées aupara vant ; elle a réclamé l’indépendance de la
raison et la laïcité…
Il y a différents niveaux de rationalité. Les questions logiques, mathématiques, physiques, techniques, abstraites n’exigent pas une rationalité complexe, car on peut en principe maîtriser tous leurs paramètres.
L’art, la politique , la foi et l’amour, et tous les phénomènes de ce type, sont plus difficile à savoir, donc de décider, et l’on est davantage susceptible de se tromper. Ce qui ne veut pas dire que ces phénomènes ne peuvent pas donner lieu à des décisions rationnelles. Ils ont leur vérité propre.
John Henry Newman
« Les saints ne sont pas des intellectuels, ils n’aiment pas les auteurs classiques, ils n’écrivent pas des romans » : John Henry Newma.
« Guide-moi douce Lumière, dans l’obscurité qui m’entoure… » JHN
Aveugle, je ne souhaite que poser ma main sur l’épaule d’un maître à qui je peux faire confiance. JH Newman, m’interroge… N’a t-il pas craint d’affronter la perte
de ses amis, de ses repères ? Rejeté de sa propre famille, il a du renoncer aux honneurs, aux revenus de son poste prestigieux d’enseignant-chercheur, à Oxford, où il a passé vingt-huit
ans.
Il ne s’est pas ‘converti, il est simplement « rentré au port, après une violente tempête. ». Sa conversion eut lieu à 16 ans… Ensuite, il ne fut fidèle qu’à sa recherche de vérité, et qu’à lui-même…
Si « l’idée » du christianisme change, c’est « afin de rester fidèle à elle-même » JHN.
"Nous définissons, à tort, le chrétien en termes intellectuels (celui qui croit à) ou moraux (celui qui vit selon certaines valeurs) en oubliant ce qui fait le chrétien : la dimension proprement spirituelle, celle de la vie de Dieu en nous.
Au-delà de cette conscience de soi, surgit aussi la conscience d’un Autre. Newman décrit ce double mouvement : l’homme est invité à descendre au plus profond de
lui-même, il y découvre la présence d’un Autre ; cette découverte le renvoie vers le monde extérieur, à la recherche des traces de cet Autre dans le monde et dans la relation à autrui." Cf le
quotidien "La Croix"
« Guide-moi douce Lumière, dans l’obscurité qui m’entoure… »
TESTAMENT DE DOM CHRISTIAN DE CHERGÉ
TESTAMENT DE DOM CHRISTIAN DE CHERGÉ
ouvert le dimanche de Pentecôte 1996
Quand un A-DIEU s'envisage...
S'il m'arrivait un jour - et ça pourrait être aujourd'hui -
d'être victime du terrorisme qui semble vouloir englober maintenant
tous les étrangers vivant en Algérie,
j'aimerais que ma communauté, mon Église, ma famille,
se souviennent que ma vie était DONNÉE à Dieu et à ce pays.
Qu'ils acceptent que le Maître Unique de toute vie
ne saurait être étranger à ce départ brutal.
Qu'ils prient pour moi :
comment serais-je trouvé digne d'une telle offrande ?
Qu'ils sachent associer cette mort à tant d'autres aussi violentes
laissées dans l'indifférence de l'anonymat.
Ma vie n'a pas plus de prix qu'une autre.
Elle n'en a pas moins non plus.
En tout cas, elle n'a pas l'innocence de l'enfance.
J'ai suffisamment vécu pour me savoir complice du mal
qui semble, hélas, prévaloir dans le monde,
et même de celui-là qui me frapperait aveuglément.
J'aimerais, le moment venu, avoir ce laps de lucidité
qui me permettrait de solliciter le pardon de Dieu
et celui de mes frères en humanité,
en même temps que de pardonner de tout coeur à qui m'aurait atteint.
Je ne saurais souhaiter une telle mort.
Il me paraît important de le professer.
Je ne vois pas, en effet, comment je pourrais me réjouir
que ce peuple que j'aime soit indistinctement accusé de mon meurtre.
C'est trop cher payé ce qu'on appellera, peut-être, la "grâce du martyre"
que de la devoir à un Algérien, quel qu'il soit,
surtout s'il dit agir en fidélité à ce qu'il croit être l'Islam. Je sais le mépris dont on a pu entourer les Algériens pris globalement.
Je sais aussi les caricatures de l'Islam qu'encourage un certain idéalisme.
Il est trop facile de se donner bonne conscience
en identifiant cette voie religieuse avec les intégrismes de ses extrémistes.
L'Algérie et l'Islam, pour moi, c'est autre chose, c'est un corps et une âme.
Je l'ai assez proclamé, je crois, au vu et au su de ce que j'en ai reçu,
y retrouvant si souvent ce droit fil conducteur de l'Évangile
appris aux genoux de ma mère, ma toute première Église,
précisément en Algérie, et déjà, dans le respect des croyants musulmans.
Ma mort, évidemment, paraîtra donner raison
à ceux qui m'ont rapidement traité de naïf, ou d'idéaliste :
"qu'Il dise maintenant ce qu'Il en pense !".
Mais ceux-là doivent savoir que sera enfin libérée ma plus lancinante curiosité.
Voici que je pourrai, s'il plaît à Dieu,
plonger mon regard dans celui du Père
pour contempler avec lui Ses enfants de l'Islam
tels qu'ils les voient, tout illuminés de la gloire du Christ,
fruit de Sa Passion, investis par le Don de l'Esprit
dont la joie secrète sera toujours d'établir la communion
et de rétablir la ressemblance, en jouant avec les différences.
Cette vie perdue, totalement mienne, et totalement leur,
je rends grâce à Dieu qui semble l'avoir voulue tout entière
pour cette JOIE-là, envers et malgré tout.
Dans ce MERCI où tout est dit, désormais, de ma vie,
je vous inclus bien sûr, amis d'hier et d'aujourd'hui,
et vous, ô amis d'ici,
aux côtés de ma mère et de mon père, de mes soeurs et de mes frères et des leurs,
centuple accordé comme il était promis !
Et toi aussi, l'ami de la dernière minute, qui n'aura pas su ce que tu faisais.
Oui, pour toi aussi je le veux ce MERCI, et cet "A-DIEU" en-visagé de toi. 
Et qu'il nous soit donné de nous retrouver, larrons heureux,
en paradis, s'il plaît à Dieu, notre Père à tous deux. AMEN !
Insha 'Allah !
Alger, 1er décembre 1993
Tibhirine, 1er janvier 1994
Christian
La Voie: Que faut-il faire ?
Que m’apporte « ma religion », dans l’accompagnement de ma vie sociale, et personnelle ?
Ce compagnonnage
touche les aspects les plus sensibles de ma personne. J’utilise ici, le mot religion pour sa pratique : en effet, ma spiritualité est chrétienne, et ma religion est catholique.
Evidemment, la réponse ne se réduit pas à un catalogue de 'choses' à ne pas faire, ou faire...
De plus, si je m'interroge sur ma façon d'agir, je dois m'interroger sur le "niveau" de ma question… rappelons nous la demande de la mère de deux apôtres, pour qu’ils soient en ‘ gloire ‘… Jésus répond « vous ne savez pas ce que vous demandez ! … ». la plupart du temps nous restons à ce niveau là ! Aussi, pour revenir à ma question ; touche t- elle une dimension personnelle qui est encore sur - la rive d’origine, - la traversée ou déjà sur « - l’autre rive ». ( cf: Comment se situer sur « le chemin » ?) ?
Il n’est pas si simple d’être cohérent ! Je peux saisir les paroles de Jésus qui concernent le Royaume ( l’autre rive ), partager lors d’une oraison Sa Présence… Et, le lendemain, face à l’urgence professionnelle, adopter un comportement intérieur - juste assez adapté à mon rivage d’origine… !
Pour l’instant, lorsque j’agis : je crois que c’est ‘ moi ‘ qui agit . Ce ‘moi’, assez petit… c’est « l’égo ».
Saint-Paul lors de sa « traversée » le reconnaît : "Je ne fais pas le bien que je veux, mais je fais le mal que je hais. "Epîtres de saint Paul, VII, 19 … Une autre fois : en Galates 2:20 …; " et si je vis, ce n'est plus moi qui vis, c'est Christ qui vit en moi"
Pratiquement : avant d’agir, vérifiez - qui agit ? Et vérifier - si mon ‘ action ‘ est une véritable action, ou une simple réaction ?
Jésus nous dit que nous ne sommes pas du monde ( de ‘notre’ monde) , bien que nous vivions dans le monde. Je ne sais pas appréhender le monde, hors de ma perception. Je ne connais
pas Pascal ou Liliane : je ne connais que ‘mon’ Pascal et ‘ma’ Liliane’ .. !. De plus, j’ai souvent décidé inconsciemment comment les ‘choses’ devraient être ; et je ne vois pas ce
qu’elles sont… Je suis dans l’illusion ! Je suis dans une ‘fausse dualité’, là je ‘crois’ que moi et la réalité sont en correspondance, en unité.
‘Prendre conscience de cette dualité’ fait partie du programme de la traversée…
La non-dualité appartient à l’autre rive … ! ( Ne rêvons pas de l’effacement de l’égo … )
Les photos jointes sont représentent des oeuvres de Jeremy Moncheaux
Ce que je cherche : le bonheur. Où le trouver ? L’acceptation de ‘ ce qui est’ .
Etre heureux, est-ce un ‘état ‘, ou une succession de petits bonheurs ?
Ne suis-je pas à la merci de ‘ bonnes nouvelles ‘ et de ‘ mauvaises nouvelles ‘ ?
Pour savoir ce qui peut me rendre heureux, ne faut-il pas bien se connaître, soi ?
Avant de
tout mettre en œuvre pour supprimer cet ‘égo’ ( un mot de l’autre rive ), ne devrais-je pas me connaître assez, pour - l’expliquer comme A.D.( Arnaud Desjardin ), faire le ménage dans mon propre
royaume ; tiraillé de gauche et de droite ; en redevenir le Roi…
Il m'arrive, encore trop souvent, de regretter que ‘le monde’ n'est pas comme je voudrais qu’il soit. Le constater ( sans émotion ) , et agir : eut bien suffit !
- Accepter de commencer le chemin, là où j’en suis, dans le monde tel qu’il est – sans émotion négative – S’éveiller d’abord à cette
réalité, où Tout est déjà présent : « Je demeure en vous, et vous demeurez en moi. » Etre là, en vérité …
- - Est-il le moment de dire que le silence, ou la vérité n’existent pas ! Le silence, c’est quand il n’y a plus de bruit. La
Vérité, c’est quand toutes nos illusions ont disparu… ! Il nous faut chercher les ‘ non-vérités ‘ et les dissoudre…( il n’y a pas de chercheur de vérité ! )
- - ‘ Comment progresser sur la voie malgré les difficultés quotidiennes ?‘. A.D. répond « Vous me demander comment monter un
escalier malgré les marches. La question pourrait être : Comment progresser sur la voie grâce aux difficultés … » ! Il est relativement aisé d’être dans un état de proche
plénitude, lors d’une retraite, dans un monastère en écoutant du grégorien …. Mais, si le lendemain, dans le métro, je ressens un mal-être , ou si je suis à la merci d’une mauvaise
nouvelle.. ! A.D. me demanderait : « Si, le Royaume : c’est possible à 50%... ? » !
- Alors.. ? L’ennemi ? qu’est-ce ? Pour ma part : et les tentations de Jésus au désert en sont des
matérialisations : l’adversaire c’est le mental !
Le mental joue de ma division intérieure, de mon égo multiple qui tire de tous côtés, qui tranche tout ce qui vient, en : « j’aime et je n’aime pas ». L’enfer c’est l’autre, celui qui ne veut pas ce que je veux : l’événement… Mon mental refuse le changement ( non souhaité – la vieillesse, la santé, ..), l’impermanence, la vérité ( « Ah, non ! C’est pas vrai ! », alors que c’est la vérité .. ! J )
AD raconte ceci : Evitons de penser « le sage n’a pas d’émotions , donc un bon disciple n’a pas d’émotions » ! C’est complètement faux, et selon plusieurs points de vue, d’ailleurs … !
Observer. J’ai une émotion… Et voilà : je suis perturbé ! « je ne devais plus avoir d’émotions ! » … Je souffre de souffrir !! La vérité ne proclame t elle pas ‘ que je souffre ‘ ?… Et, le mental, que m’a t-il dit ?
- Ce qui est : je ne le refuse plus. Je constate et j’agis. Ce qui ‘ est’, concerne le présent ; et ici et maintenant, il n’y
a pas d’autre choix que ce qui est ! Cela évoque ce qu’aujourd’hui nous nommons : attention ( voir Simone Veil … ) , ‘ pleine conscience ‘, ‘ vigilance ‘, ‘volonté de Dieu ‘
…
« L’acceptation n’est pas autre chose qu’une qualité de l’attention » Simone Weil
Comment se situer sur « le chemin » ?
Il me semble, que chez nous les ‘ cathos ‘, la notion de « chemin spirituel » ou « voie spirituelle », ne soit pas utilisé dans son sens
efficace, presque utilitaire…
Arnaud Desjardin ( AD ), un de mes maîtres en ‘lecture’… rappelle que le Bouddha utilise l’image de «l’atteinte de l’autre rive », qu’elle est précédée par une « traversée », et elle-même par une prise de conscience d’être sur « le rivage ».
Ces images insistent sur l’apprentissage, la quête, l’exercice, l’auto-discipline …
Mais, il y a encore plus important à comprendre, je crois, c’est que chacune de ces étapes, s’accomplit à un niveau de conscience différent… Cependant, la spiritualité catholique ( et pas seulement elle … ) omet de le signaler ; et les concepts s’assemblent et se présentent à nous, au risque de n’y rien comprendre ( peut-être ) - mais surtout, de ne pouvoir y accéder par l’expérience, la pratique, ou la pensée ( ce qui déjà met en valeur plusieurs niveaux … ). Ainsi en est-il du « Royaume », notion clé de l’Evangile ; mais aussi de l’Amour ( que de malentendus … ! )…
Admettons, le plus tôt possible, que nous pouvons prendre une corde pour un serpent… Si dans la pénombre, nous distinguons un serpent : nous sommes dans la ‘ certitude de sa présence ‘. Seul un examen attentif, lucide du ‘serpent’ , nous fera reconnaître la corde ( et c’est en un instant, que nous ferons l’expérience de la ‘ vérité’ du serpent ) !...
Bien
souvent, nous nous croyons déjà sur l’autre rive, avec une manière de penser de notre rivage d’origine … Ou, encore : « nous sommes et avons toujours été déjà sur l’autre rive et il
s’agit simplement de se réveiller d’un ‘hypnotisme’… » AD… Bien sûr ; mais, c’est la même chose ! Le Royaume n’est pas une promesse d’un futur, situé après la mort.
Mon propos, concernait les « moyens habiles », pour avancer avec lucidité sur ce chemin. La religion catholique est mon ‘véhicule’, ce n’est que cela : « L’homme n’est pas fait pour le sabbat, le sabbat est fait pour l’homme ».
Je suis engagé sur un chemin, qui ne m’a pas retiré du monde. Aussi, je porte en moi des ‘espoirs’, des ambitions, peut-être des « revanches à prendre, des
frustrations à combler »... Une part – seulement- de mon « élan vital » est disponible pour me consacrer à l’Essentiel ! La force de l’Evangile, est de ne pas réserver ce
« Chemin » à ceux qui font vœu de pauvreté, ou de chasteté. Le message de Jésus, les textes des plus grands sages, parle de ‘ transformation ‘ , de ‘re-naissance ‘. Le chemin lui-même
est une suite de recommencements, de « morts à … »
Auparavant, je dois reconnaître là où j’en suis. Reconnaître ce qui, pour moi, a de la valeur aujourd’hui. Et, …Savoir, qu’avant la résurrection, il y a la mort sur la croix .. ! Si, je le savais – réellement – je gagnerai du temps ! ( A. D reprend souvent cette expression : on n’est pas mort à 80%, à 99% .. ! )
Quand on est ‘chenille’, comment penser ‘ papillon ‘… ? On peut s’imaginer papillon, mais comment accepter de cesser d’être chenille ?
Évangile selon Marc 4 : « 35. Ce jour-là, le soir venu, Jésus dit aux disciples : « Passons sur l’autre rive ».