foi
Le mal
" le mal en moi dit "je" " Simone Weil
Nous préfèrerions être dissociés du mal… Le mal pourrait être un diable, par exemple, qui serait un « autre »… Ce que symboliquement, il est habile de ritualiser, pour ne pas s’identifier à la faute.
Peinture du Caravage: détail de 'Madonna dei Palafrenieri ' ( Jésus soutient le pied de marie, qui écrase le serpent. )
L'intérêt de « la faute originelle » c'est, qu'elle me rappelle à la vigilance…
Le diable n’existe pas, il n’est l’image que d’un « transfert ».
Eloge de la religion
Nous avons besoin de la religion ( catholique, en ce qui me concerne…) pour nous apprendre à devenir chrétien. La religion n’est donc qu’un véhicule, mais nécessaire…
Aux injonctions de toutes sortes : « Sois bon ! » « Aime.. ! » « Libère-toi ! » etc …
Je
pourrais dire que ma religion m’est nécessaire en ce que je ne suis pas chrétien, et que j’ai le désir de le devenir … De plus, je ne peux devenir chrétien, aux seules forces de ma volonté et de
mon intelligence… Je compte sur la Foi, c’est à dire sur la grâce ( par la prière …) [ mais aussi, bien sûr, sur ma volonté ( et une méthode ) et sur l’intelligence ( la raison ..). Pour ce qui
est de la méthode, là aussi bien entendu, j’ai besoin de la religion … ]
Prière:
De Saint Ignace de Loyola
" Prends Seigneur et reçois toute ma
liberté,
ma mémoire, mon intelligence
et toute ma volonté.
Tout ce que j'ai et tout ce que je possède,
c'est Toi qui me l'as donné.
Tout cela, Seigneur, je Te le rends.
Tout est à Toi, disposes-en
selon Ton entière volonté.
Donne-moi seulement de T'Aimer,
donne-moi cette grâce,
elle seule me suffit. "
L'Incréé et les "énergies divines"
" La science, et la connaissance de certaines techniques, permettent d’être en prise directe avec le Divin… Ce savoir, est caché…
puisqu’il permettrait d’atteindre Dieu, seul … sans Eglise! "
Il y a parmi les controverses théologiques, une ( qui pourrait en englober d’autres …) qui mérite à mon avis d'être prise en considération parce qu’elle rejoint aujourd’hui certains débats ( que nous croyons modernes …) sur « le surnaturel « ( tendance paranormal )… Je veux parler, de tous ces débats par forums interposés, ou conférences, livres… sur « les énergies divines, champs, ondes .qui permettraient d’expérimenter la réalité « matérielle », voire la mise en équation de ..comment dire ? – je ne dirai pas du « divin », mais je reprendrai le termes des pères ( lors de ces fameuses controverses ) : L’incréé.
Le terme, même, me semble signaler la contradiction qu’il y aurait de se lancer dans une entreprise qui consisterait à expérimenter scientifiquement « l’incréé » !
Cependant - dans cette hypothèse, en contradiction avec le message catholique ( il y a une logique ! ) –
cela signifierait que « le monde » ( la création ) et Dieu ne
seraient pas séparés … qu’il n’y aurait pas d’altérité entre le créé et l’incréé… ! ( voir le document du Vatican : « Jésus-Christ, le Porteur
d'eau vive. Une réflexion chrétienne sur le « Nouvel Age »...).
Ainsi, le Messalianisme ( hérésie gnostique condamnée au concile d'Ephèse en 431) affirmait que l'on pouvait accéder au salut par une méthode ascétique extrême aux résultats garantis… Et, dans un langage moderne, que les « énergies divines » permettaient de connaître expérimentalement le Divin…
Saint Grégoire Palamas qui fut au XIVe siècle le grand docteur de la théologie de la Lumière incréée, permettra de concilier l’apparente contradiction qu’il pourrait y avoir entre la voie mystique et la voie théologique.
« L’essence divine reste totalement incommunicable et Dieu s’unit à l’homme dans ses énergies dans lesquelles il est totalement présent : « L’illumination et la grâce divine et déifiante n’est pas l’essence, mais l’énergie de Dieu ».
Dans le Traité contre Akindynos, Palamas écrit : « Dieu est appelé Lumière non selon son essence mais selon son énergie ». Une série de conciles échelonnés de 1340 à 1360 donnèrent raison à saint Grégoire et officialisèrent la doctrine de la distinction de l’essence et des énergies divines » "Dieu est Lumière" par le Père Pierre Struve
Ce début de réflexion, est à mon avis salutaire, quand on a le désir d’approfondir le contenu de sa Foi .. Il s’agit de raisonner valablement et de bien différencier : naturel et surnaturel, science et Foi, religion et mystique ..etc…
L’attention selon S. Weil
«Quand on fait vraiment
attention à quelque chose, de toute son âme, cette chose se donne à vous».
« Le poète produit le beau par l'attention fixée sur du réel. »
« Il y a quelque chose dans notre âme qui répugne à la véritable attention beaucoup plus violemment que la chair ne répugne à la fatigue. Ce quelque chose est beaucoup plus proche du mal que la chair. C’est pourquoi, toutes les fois qu’on fait vraiment attention, on détruit du mal en soi. »
« L’attention absolument pure est prière. »
L'amour divin, n'est pas celui d'une mère.
Intéressant, la remarque d’André Conte-Sponville :
« J’ai vécu la perte de la foi comme une libération plutôt que comme un deuil. .. « Enfin, seul ! » (Jules Renard )… : Quelle liberté soudain, quelle légèreté ! Quoi de plus pesant qu’un regard omniscient ?
C’est un regard d’amour. Raison de plus ! Qui voudrait vivre toujours sous le regard de sa mère ?... »
Parler de
l’expérience de dieu, c’est revoir constamment nos définitions, nos images, un peu paresseuses..., que nous reprenons sur Dieu, mais aussi sur la Vérité, ou comme ici, sur l ‘Amour
divin.
Pour évoquer la relation que Dieu entretient avec l'Homme; nos Textes évoquent l’amour d’une mère ... mais ce ne peut être qu'une "analogie", évidemment ...
Cet Amour divin, n'est entaché d'aucun désir de possession... Souvent il s'en démarque, ainsi l'attitude même de Jésus, qui s'écarte volontairement de sa famille et appelle à quitter père et mère… pour plus grand... Le Dieu d'Abraham, est un Dieu inattendu qui demande de tout quitter, de ne s'attacher ni à sa femme, ni à son fils ( Isaac )... C'est un dieu qui fustige toute idole, même éventuellement la sienne...
Qui est Jésus ?
Question bien différente que celle qui est posée par Jésus lui-même …
« Il leur dit : Et vous, qui dites-vous que je suis ? » Marc 8,29
En effet, cette question sous-tend,
que Jésus se serait, par exemple, lui-même défini ainsi : « je suis Dieu », ou « je suis l’égal de Dieu » : ce qui eut été, à mon avis, contraire à la pédagogie même de Jésus ! Et de plus ... je
pense que Jésus a eu la divine intuition de ne rien en dire ....!
Aucune trace de tels propos dans les synoptiques… L’Evangile de Jean, ( rédigé entre 80 et 100) est déjà une réflexion théologique sur ce qui s’est passé... Ensuite, affirmer « être Dieu » ne conduit-il pas naturellement vers l’hôpital psychiatrique !
Chez Paul, Jésus est « l’image du Dieu invisible »( Col 1,15). Il est le Christ, le Seigneur, le fils de Dieu … Paul et les apôtres,
premiers théologiens, tentent de traduire en langage théologique la réalité de l’expérience vécue ( et qu’ils continuent de vivre …). C’est ainsi, que l’Evangile de Jean, me semble comme un
extraordinaire témoignage de la Présence de Dieu et de sa Révélation.
Répondre à cette question : « Pour vous qui suis-je » est une invitation à se construire soi-même une réponse.
Je serais, éternellement, redevable que cette réponse, puisse s’élaborer au sein d’une Tradition - riche de plusieurs siècles de débats théologiques, de prières et de témoignages – qui n’a pas craint de relever dans l’extrême humanité de Jésus, la totalité du Divin … Quel génie d’avoir ainsi fait descendre la toute puissance du dieu jupitérien, dans ce galiléen mort dans l’infamie du supplice de la croix !!!
« Au cœur de la foi chrétienne, il y a cette conviction que le Christ est le visage de Dieu. A travers lui, nous sommes en communion avec Dieu » Bernard
Sesboüé.
Et à ce propos, je lis un billet de Rémi Brague dans « le Monde des religions N° 45», qui cite un une petite tragédie de Pouchkine : Mozart et Salieri. Ce qui
amènera Salieri à tuer Mozart s’explique par cette scène où Mozart laisse massacrer un air des Noces de Figaro par un violoneux rencontré dans la rue … Alors que Mozart s’esclaffe et donne un
pourboire au mendiant, Salieri est indigné par ce qu’il considère comme un sacrilège : « Mozart, tu n’est pas digne de toi-même ! ». Puis, « Mozart, tu es un dieu, et toi-même tu ne la sais pas ;
moi, je le sais, moi. » (…)
- Savoir mieux que Dieu lui-même ce que Dieu devrait être !
La mort de Dieu, ou Dieu mis à mort … Cette fable de Pouchkine, illustre bien, à mon avis, les anathèmes contre ceux qui ne disent pas précisément la définition,
que l’on a donnée de Dieu…
La croyance religieuse
Croire, est le propre de notre vie : Effectivement, nous vivons sur un réseau de certitudes que nous ne remettons pas en question …
Toute croyance
, propose un horizon d’interprétation globale de ce qui peut-être tenu pour vrai avec de bonnes raisons … Il y a toujours un arrière fond de croyances fondamentales à laquelle aucune pratique de
connaissance ne peut échapper …
Si « Croire », c’est tenir pour vrai : je reconnais la difficulté de ne pouvoir partager cette connaissance, à la manière d’un « savoir »… C’est un peu comme si «
croire » était un « mode déficitaire » du savoir, une conviction mal fondée, puisque je ne peux pas « obliger » quelqu’un à partager cette connaissance.
Cependant, je souhaite comprendre, expliquer et justifier cette démarche croyante…
Croire, c’est trouver dans la « Tradition », des discours à partir desquels je peux donner un sens à mon existence… Je peux ainsi interpréter ma vie, (comme un texte..). Trouver « un sens à sa vie » est une démarche volontariste… Un travail d’interprétation.
Aussi, je reconnais en ce monde, qu’un « croire » ne peut pas être universel, qu’il est propre à une tradition, à un temps donné … Il est facilement reconnaissable, que nous
voyons, chacun, le monde de manière différente : Mon croire, n ‘est en rien transposable au monde musulman, au mode bouddhiste ou hindouiste …
Ainsi, pour moi « Croire en Dieu », c’est me comprendre face à un Dieu, dont je suis « à l’image », et c’est quelque chose de spécifiquement
judéo-chrétien…
Peut-être, est-il universel, de dire que : La religion a toujours à voir avec l’interprétation de soi dans son existence ; parce que nous sommes des êtres
conscients de soi …
Pour ce qui est d’une spiritualité occidentale, n’y aurait-il pas à en fondement, la nécessité de devoir déterminer un point de vue extérieur à soi ( un point de
vue transcendant ), face auquel on peut penser l’intégralité de son existence ?
Le religieux chrétien s’intègre dans un « existentialisme » et n’a pas à voir directement avec le « bien être » de l’individu… Il contraint l’homme à articuler sa
question du sens autour de son mal être, constitutif de son être… Il y a une tension en lui, une non-adéquation à soi et c’est uniquement face à Dieu, qu’elle peut être articulée … Cette
conception n’est pas développée ainsi par d’autres religions … C’est une vision très réaliste de ce qu’est être un homme, cette vision peut être à validité universelle, ce qui ne veut pas dire
qu’elle est universelle …
En vacances … se reposer et s'émerveiller.
Les synonymes de « vacance » sont disponibilité, suspension, vacuité …
(Matthieu 11, 25-30)
28 Venez à moi, vous tous qui êtes fatigués et chargés, et je vous donnerai du repos.
29 Prenez mon joug sur vous et recevez mes instructions, car je suis doux et humble
de coeur; et vous trouverez du repos pour vos âmes.
30 Car mon joug est doux, et mon fardeau léger.
Ce « repos », auquel notre environnement nous invite, est également l’occasion de nous « émerveiller »… Il est intéressant de lire que Jésus relie ces deux états…
Moments d’intensité, de lumière… de cœur à cœur...

27 Toutes choses m'ont été données par mon Père, et personne ne connaît le Fils, si
ce n'est le Père; personne non plus ne connaît le Père, si ce n'est le Fils et celui
à
qui le Fils veut le révéler.
Les vacances pourraient être un temps d’émerveillement :
- S’émerveiller du « Père » « de sa bonté, de sa petitesse qui n'écrase personne… Jésus s'émerveille d'être reconnaissable par les moins que rien, ceux que nous rejetons peut-être parce qu'étrangers à nos manière de vivre »

25 En ce temps-là, Jésus prit la parole, et dit: Je te loue, Père, Seigneur du ciel et de
la terre, de ce que tu as caché ces choses aux sages et aux intelligents, et de ce
que tu les as révélées aux enfants.
26 Oui, Père, je te loue de ce que tu l'as voulu ainsi.
- S'émerveiller de découvrir qu'e nous sommes appelés à être dans le Père, et le Père en nous … !
- S’émerveiller de ce don de vie… afin de connaître des moments de plénitude, des moments de vrai repos.
Il est curieux, que nous ayons pu imaginer qu’une vie chrétienne puisse être aussi rude qu’un « ensemble d'obligations, de rites à pratiquer, de lois à observer… »!
Nous vivons endormis dans un Monde en sommeil.
Présence, absence ...
Le Seigneur lui dit :
"Marie !"
Elle se retourna, et lui dit en Hébreu :
"Rabbouni !" c'est à-dire : "Mon Maître !"
" Un être existe par le Monde, qui vous est inconnu et, soudain, en une seule rencontre, avant de le connaître, vous le reconnaissez. Dans la nuit un dialogue s'engage, un dialogue qui, par un certain ton, engage à fond les personnes : "C'est toi, Michel? ..."
(...)
Nous vivons endormis
dans un Monde en sommeil.
Mais
qu'un "tu" murmure à notre oreille, et c'est la saccade qui lance les personnes :
le "moi" s'éveille par la grâce du "toi".
L'efficacité spirituelle de deux consciences simultanées, réunies dans la conscience de leur rencontre, échappe soudain à la causalité visqueuse et continue des choses.
La rencontre nous crée: nous n'étions rien - ou rien que des choses - avant d'être réunis.
Gaston BACHELARD (1884-1962), Préface à JE et TU de Martin Buber ( 1878-1965 )
Proximité, distance et
séparation
Dieu ( La Présence ...) est-il Absent ?
" Et ils prirent le large. Et comme ils voguaient, Jésus s'endormit; et un vent impétueux fondit sur le lac, et la nacelle s'emplissait, et ils étaient en péril. " Luc 8, 23 darby bible
"Au secours, Seigneur, nous périssons !" Il leur dit : "Pourquoi avez-vous peur, gens de peu de foi ?" Alors, s'étant levé, (...) il se fit un grand calme…
" Et nous, pourquoi sommes-nous à toute heure en péril? " 1 Cor. 15:30
Nostalgie d’un futur promis…Héritage d’une Parole
Psaume 77
Je pense aux jours d’autrefois, aux années des siècles passés.
Je me souviens, de nuit, de mon cantique; je médite en mon cœur, et mon esprit cherche diligemment.
Le Seigneur rejettera-t-il pour toujours? et ne montrera-t-il plus sa faveur?
Sa bonté a-t-elle cessé pour toujours? Sa parole a-t-elle pris fin de génération en génération?
*Dieu a-t-il oublié d’user de grâce? A-t-il enfermé ses miséricordes dans la colère? Sélah.
Et je dis: C’est ici mon infirmité; — [je me souviendrai des] années de la droite du Très haut,
Je me souviendrai des œuvres de Jah; car je me souviendrai de tes merveilles d’autrefois,
Et je penserai à toute ton œuvre, et je méditerai tes actes.
Hébreux 11
Or la foi est l’assurance des choses qu’on espère, et la conviction de celles qu’on ne voit pas.
En quête de l'Absolu ...
En quête du Graal ou de l’Absolu, l’aventurier se bat contre l’Absurde...
Rencontrer le sublime, au travers de la Beauté, l’Art ou même ( à une certaine époque …) la Révolution , peut remplir une vie. Et pourtant, étrangement, la Joie ( profonde, intérieure…) semble absente… Le Bonheur illusoire … !
A mon avis, Jésus, le Christ, est l’un parmi nos maîtres de vie, à proposer conjointement le sublime et la paix, la beauté et la joie, la quête et le repos, le masculin et le féminin … La rencontre de l’autre et du Tout-autre.