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Les légendes du Graal
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Découverte de la philosophie de Schelling

22 Mai 2019 , Rédigé par Perceval Publié dans #Mythe, #Schelling, #Philosophie, #Allemagne, #XIXe

La découverte grâce à Monsieur de Balzac, des théories de Swedenborg, semble autoriser Charles-Louis de Chateauneuf, à imaginer le monde du Graal, et de la Légende arthurienne, comme un ensemble d'arcanes et de correspondances avec le monde naturel … Cet univers serait-il parallèle au notre, comme peuvent l'être d'autres univers mythologiques … ?

Mme Félix Ravaisson-Mollien

L'époque étant au rationalisme, comment donner raison à tout cela … ?

Avec Mme J., Charles-Louis de Chateauneuf partage ces discussions et les querelles philosophiques du moment avec un jeune couple Marie Françoise Aglaé et Félix Ravaisson, jeunes mariés et assidus de divers salons mondains...

Ami d'E. Quinet, Félix Ravaisson (1813-1900), est agrégé de philosophie, et inspecteur général des bibliothèques... Ses goûts sont éclectiques, et ce choix lui valut sans-doute sa place à l'université en philosophie ; il est passionné d'archéologie et les recherches du Graal de Ch.-L. l'interroge … Son oncle, qui l'a beaucoup marqué disait de lui à huit ans : « Félix est un Mathématicien complet, un antiquaire, un historien, tout enfin.. »

« M. Ravaisson aimait le monde. Tout jeu­ne, peu connu encore, il voyait, grâce à sa parenté avec l'ancien ministre Mollien, s'ouvrir devant lui bien des portes. Nous savons qu'il fréquenta chez la princesse Belgiojoso, où il dut rencontrer Mignet, Thiers, et surtout Alfred de Musset ; chez Mme Récamier, déjà âgée alors, mais gracieuse toujours, et groupant autour d'elle des hommes tels que Villemain, Ampère, Balzac, Lamartine : c'est dans le salon de Mme Récamier, sans doute, qu'il fit la con­naissance de Chateaubriand. Un contact fréquent avec tant d'hommes supérieurs devait agir sur l'intelligence comme un stimulant. » Bergson

Portrait de Jean Gaspard Félix Larcher Ravaisson-Mollien par Théodore Chassériau (1846)

 

Félix Ravaisson avait étudié le violon avec Alard, la peinture avec Broc, élève de David ; il peint, à plusieurs reprises il expose au Salon, sous le nom de Laché... Il admire Léonard de Vinci... Il pense que l'art ou la métaphysique ont la même intuition …

Eugene-Delacroix

D'abord disciple de M. Cousin qui règne sur la philosophie, il reste rebelle à l'autorité d'autrui ; il s'éloigne du maître, et de la chaire de philosophie … !

 

Le couple Ravaisson rejoint le cercle des admirateurs de madame de Staël ; germanophile il se dit élève de Schelling qu'il a rencontré en Allemagne …

Avec les conseils et les appuis d'E. Quinet, Ravaisson s'est rendu à Munich à la fin de 1839. Il a découvert dans les cours de Schelling « les éléments d’une philosophie libre et substantielle et, comme il l’appelle, véritablement positive », une philosophie nouvelle et prometteuse...

Ravaisson, admirateur de la philosophie allemande, félicite Schelling de l'avoir réorientée à partir « de la réalité vivante et de l’énergie spirituelle »

 

Pour nous, la nature est un spectacle, nous l'admirons de l'extérieur … Pourtant, dans la contemplation, nous reconnaissons un moment où « l’acte et la vision de l’acte ne font qu’un. ». Schelling dit qu'alors l'intuition intellectuelle est cette « faculté de voir l’universel dans le particulier, l’infini dans le fini.. » Schelling relève le contraste entre l’intuition, qui voit la continuité, et la réflexion, qui marque les césures...

Friedrich Wilhelm Joseph von Schelling

 

Découvrons Schelling :

Alors que Kant différencie le ''moi connaissant'' et la nature ; puisque qu'il ne nous serait pas possible de connaître la nature ''en soi ''… Fr. W. Schelling (1775-1854) exprime que la nature n'est que l'expression de '' l'Esprit du monde'', elle est de l'esprit visible, un esprit qui ordonne et structure... Et cet esprit est à l’œuvre dans la conscience de l'homme...

Charles-Louis, en écoutant exposer Revaisson, se disait alors qu'en entrant à l'intérieur de soi-même l'homme pourrait ressentir le mystère du monde … Et, cela semblait vibrer avec le mystère du Graal ...

De plus, toutes ces légendes que nous affectionnons – sans nous expliquer pourquoi elles nous fascinent – imagent l'âme d'un peuple... C'est '' l'esprit du monde '' qui est présent, dans la mythe, dans l'art, dans la nature …

 

Pour Schelling, le monde est « en Dieu » ; pour Hegel (1770-1831) '' l'esprit du monde '' est la somme des manifestations humaines ; seul l'homme a un esprit, et cet esprit du monde progresse à travers l'histoire...

Intéressant de voir que Schelling a pris la suite de Hegel à l'université de Berlin... Et, en 1841, voir Kierkegaard (1813- et Karl Marx, ensemble, suivre les cours de Schelling … ! Même si Marx, lui, se dit que « les philosophes se bornent à interpréter le monde alors qu'il s'agit de le transformer. »

William Blake - The Ancient of Days

 

Revenons aux idées de Schelling, mises en notes par Ch.-L. de Chateauneuf, enthousiasmé :

Au commencement … était «  l'Un originel », la pure indifférenciation … Il n'existe pas encore de séparation entre Dieu et ''le Monde'', la nécessité et la liberté, le conscient et l'ombre, le sujet et l'objet, ici et là, avant et après …

Ensuite... La nature est empreinte d'une volonté originelle de différenciation... Y a t-il '' quelque chose qui veut ?... C'est vrai que... Hegel se moque … « Cet ''Originel '' serait « la nuit où tous les chats sont gris, un manque de connaissance et une grande naïveté... »

Schelling tente d'expliquer que cet ''Un originel'' ne peut être objet de la pensée, avant précisément qu'il existe de la différenciation .. 

L'art est l'« organon de la vérité » : en se reconnaissant dans l’œuvre, l'homme accède à sa subjectivité, sa conscience de soi et sa liberté.

Questions : Alors que dans l'univers tout a sa raison d'être, comment le mal peut-il exister ? Et quand tout dépend de tout et que chaque être et chaque fait sont liés aux autres, comme le veut chaque système, comment peut-il être question de liberté ?

Les Mythes :

par Carola-Eleonore Thiele

Pour Schelling, le mythe n'est pas le résultat de l'imagination de l'homme, c'est au contraire la conscience de l'homme qui est le résultat des mythes. Les mythes ne sont ni des vérités cachées, encore moins des allégories ou des métaphores.

Les mythes sont des tautégories: ils ne disent rien d'autre que ce qu’ils disent. La question n'est pas de savoir s'ils sont vrais ou faux. Ils existent et ne signifient que ce qu'ils sont. « Pour elle, les dieux sont des êtres qui existent réellement, qui ne sont rien d’autre, ne signifient rien d’autre, mais signifient seulement ce qu’ils sont. »

Il faut reconnaître au mythe la capacité de véhiculer une vérité qui lui est propre, c'est à dire encore – pour être bien compris – « tout dans le mythe doit être compris comme il l'énonce, , et non pas comme si une chose était pensée, une autre dite. » Schelling... Malheureusement... - si l'on peut dire - nous ne croyons plus aux dieux … !

Et '' en même temps '' Le mythe est à la fois porteur d’un sens, d’une « vérité » plus ou moins haute, et investi d’une fonction sociale qui en double l’importance.

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Lire Swedenborg, au XIXe siècle... Balzac

17 Mai 2019 , Rédigé par Perceval Publié dans #Balzac, #Swedenborg, #Anges, #Mythe, #XIXe, #Philosophie

Pour Swedenborg, au-dessus du monde matériel décrit par la science, se trouve un monde spirituel qui n’est pas moins substantiel, ni moins réel, que celui que nous observons.

Comment Balzac, et avec lui – l'un de ses lecteurs – Charles-Louis de Chateauneuf, appréhendent-ils les thèmes développés.. ? Je viens de lire, précisément, ''Louis Lambert'' , '' La Peau de chagrin'' et ''Séraphita''...

A cette époque, la mère de Balzac, et Balzac, s'étaient intéressé au ''magnétisme'' qu'ils considéraient comme une expérience religieuse … Dans chaque humain, se présentent une part de l’être tournée vers l’intérieur et une qui est tournée vers l’extérieur...

Dans La Peau de chagrin, Raphaël de Valentin, est au bord du suicide, par perte en particulier de son objet d'amour... Chez un antiquaire il se retrouve hésiter entre le portrait du Christ et une peau, qui ne reflète aucune image, mais une lumière floue et qui lui promet le pouvoir absolu au prix d’une restriction de sa vie à chaque vœu. Cela rejoindrait-il, cette théorie du ''fluide vital '' ( les désirs, les émotions …) chez Swedenborg qui dissolverait l'âme... ?

Séraphita a une apparence indécise mi-homme mi-jeune fille; Minna, la jeune fille qui l’aime, le considère comme un jeune homme ; Wilfrid la considère comme une jeune femme. Mais le personnage refuse les deux identités, et l’amour terrestre sous toutes ses formes... Séraphita est un ange ; et elle exhorte Minna et Wilfrid à se tourner l'un vers l'autre...

« Son entendement, son âme, son corps, tout en elle est vierge comme la neige des montagnes. (...) Quand elle eut 9 ans, son père et sa mère expirèrent ensemble, sans douleur, sans maladie visible, après avoir dit l’heure à laquelle ils cesseraient d’être. Debout à leurs pieds, elle les regardait d’un œil calme, sans témoigner ni tristesse ni douleur, ni joie ni curiosité ; son père et sa mère lui souriaient. Quand nous vînmes prendre les deux corps, elle dit : “Emportez !” “Séraphita, lui dis-je, car nous l’avons appelée ainsi, n’êtes-vous donc pas affectée de la mort de votre père et de votre mère ? ils vous aimaient tant !

– Morts ? dit-elle ? Non, ils sont en moi pour toujours. Cela n’est rien”, ajouta-t-elle en montrant sans aucune émotion les corps que l’on enlevait. »

Être un ange, c’est être « tout » avec Dieu...

« Wilfrid et Minna comprirent alors quelques-unes des paroles de Celui qui sur la terre leur était apparu à chacun d’eux sous la forme qui la leur rendait compréhensible, à l’un Séraphitüs, à l’autre Séraphita, quand ils virent que là tout était homogène. »

Dans La Peau de chagrin, l’emprise, le pouvoir de la peau échouent à constituer des satisfactions véritables et le monde interne s’étiole. Le désir même qu'il éprouve pour Pauline qui l'aime, fait diminuer la surface de la Peau...

S'ajoute une autre idée de Balzac attachée au '' Traité de la Volonté '' qu'il envisage et qu'il prête à Louis Lambert: Raphaël n'a jamais pu renoncer ni au ''vouloir'' ni au ''pouvoir'' que le vieil antiquaire présente comme les deux causes du malheur humain: «Vouloir nous brûle et Pouvoir nous détruit »... Pour devenir heureux, en tirant profit de la Peau, il faudrait avoir l'âme assez forte pour ne pas craindre la mort...

Pour Swedenborg, l'amour conjugal permet seul de connaître l'autre sur le plan de la substance spirituelle, mais qu'à l'union des corps, il doit advenir une union des âme, qui''sexuellement'' ne va pas de soi, par ignorance des aspirations, des rêves, des désirs profonds de l’autre.

Le mysticisme de Swedenborg se fonde sur l’idée de la correspondance. Selon Swedenborg, la correspondance entre le spirituel et le naturel fonde et organise le réel. Cette voie intègre la science et la Révélation...

Cette correspondance mystérieuse entre cet univers - jusqu'au plus anodin de la nature - et la transcendance, va nourrir la naissance du romantisme anglais et allemand...

Swedenborg rationaliste, physicien, homme pratique et sociable était le familier des anges.

 

Aujourd'hui, beaucoup se disent persuadés que nos idées, nos sentiments, nos désirs, nos intuitions, notre volonté, notre conscience, nos rêves ne sont que des ''effets secondaires '', des épiphénomènes de la matière physique. L'Univers ( c'est à dire le ''Tout'' unique) n'est que matériel : réalité physique, continue, observable, régis par des règles ...etc On appelle cela le ''monisme matérialiste ''...

Swedenborg se situe à l’opposé de ce matérialisme.

Les '' Lumières '' conduisent des penseurs du XIXe siècle à s'opposer au rationalisme; en proposant cependant une pensée rationnelle tout en préservant l’essentiel des croyances en ''l’Autre monde''...

N'oublions pas qu'au siècle de Swedenborg, et au sein de l'Eglise chrétienne, Dieu était considéré comme sévère, jaloux et colérique … Le salut reposait plus sur une foi ''juste'' que sur une vie ''juste''... La damnation éternelle était promise aux païens, aux athées, aux hérétiques. Même les enfants non baptisés étaient exclus du ciel. … Le ciel était une demeure vague quelque part au-delà de l'étoile la plus éloignée....

The Angel of the Divine Presence clothing Adam and Eve with skins, by William Blake

Kant s'est beaucoup intéressé au cas ''Swedenborg''... Il s'est demandé s'il était rationnel de qualifier cette pensée de ''folle'' ? Cela le conduit à préciser l'objet de la philosophie, ou du moins les modalités de l’exercice de la raison.

The Marriage of Heaven and Hell (by William Blake)

Paul Valéry (1871-1945) juge ainsi son oeuvre : « J’y suis entré sans soupçonner que j’entrais dans une forêt enchantée où chaque pas fait lever des vols soudains d’idées, où se multiplient les carrefours à hypothèses rayonnantes, les embûches psychologiques et les échos ; où chaque regard entrevoit des perspectives tout embroussaillées d’énigmes, où le veneur intellectuel s’excite, s’égare, perd, retrouve et reprend la piste. Mais ce n’est point du tout perdre son temps. [Il] est peu de chasses plus prenantes et plus diverses que la chasse au Mystère Swedenborg. »

Balzac, influencé par Swedenborg, nous expose ses idées :

* « Dieu est une magnifique Unité qui n’a rien de commun avec ses créations, et qui néanmoins les engendre ! » Seraphita

** Louis Lambert explique tout « par son système sur les anges » et a un ardent désir de rencontrer un ange-femme... Ce pressentiment de l’existence des anges, cette aspiration vers le monde céleste sont développés dans Seraphita...

** ''L'homme intérieur '' se perfectionne par l'amour ( la charité), et la foi …

**** La science des Correspondances intéresse Balzac, particulièrement dans la Parole qui contient « des Arcanes innombrables dans le sens interne ou spirituel » que les anges seuls comprennent dans toute son étendue. Le terme « Arcane » retient aussi son attention comme la clef du « lien mystérieux entre les moindres parcelles de la matière et les cieux »
 

Dans Séraphita , le pasteur Becker, expose l'histoire de Séraphîtüs-Séraphîta, ainsi que les théories de Swedenborg :

Extrait « (…) Pour les hommes, dit-il, le Naturel passe dans le Spirituel, ils considèrent le monde sous ces formes visibles et le perçoivent dans une réalité propre à leurs sens.

Mais pour l’Esprit Angélique, le Spirituel passe dans le Naturel, il considère le monde dans son esprit intime, et non dans sa forme. 

Ainsi, nos sciences humaines ne sont que l’analyse des formes. Le savant selon le monde est purement extérieur comme son savoir, son intérieur ne lui sert qu’à conserver son aptitude à l’intelligence de la vérité. 

L’Esprit angélique va bien au-delà, son savoir est la pensée dont la science humaine n’est que la parole ; il puise la connaissance des choses dans le Verbe, en apprenant les correspondances par lesquelles les mondes concordent avec les cieux. 

LA PAROLE de Dieu fut entièrement écrite par pures Correspondances, elle couvre un sens interne ou spirituel qui, sans la science des Correspondances, ne peut être compris. Il existe, dit Swedenborg (Doctrine céleste, 26), des Arcanes innombrables dans le sens interne des Correspondances. Aussi les hommes qui se sont moqués des livres où les prophètes ont recueilli la Parole étaient-ils dans l’état d’ignorance où sont ici-bas les hommes qui ne savent rien d’une science, et se moquent des vérités de cette science. Savoir les Correspondances de la Parole avec les cieux, savoir les Correspondances qui existent entre les choses visibles et pondérables du monde terrestre et les choses invisibles et impondérables du monde spirituel, c’est avoir les cieux dans son entendement. Tous les objets des diverses créations étant émanés de Dieu comportent nécessairement un sens caché, comme le disent ces grandes paroles d’Isaïe : La terre est un vêtement (Isaïe, 5, 6). Ce lien mystérieux entre les moindres parcelles de la matière et les cieux constitue ce que Swedenborg appelle un Arcane Céleste. Aussi son traité des Arcanes Célestes, où sont expliquées les Correspondances ou signifiances du Naturel au Spirituel, devant donner, suivant l’expression de Jacob Boehm, la signature de toute chose, n’a-t-il pas moins de seize volumes et de treize mille propositions. « Cette connaissance merveilleuse des Correspondances, que la bonté de Dieu permit à Swedenborg d’avoir, dit un de ses disciples, est le secret de l’intérêt qu’inspirent ses ouvrages. Selon ce commentateur, là tout dérive du ciel, tout rappelle au ciel."

Séraphita d'Honoré de Balzac.

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Balzac et Swedenborg (philosophe et mystique suédois, 1688-1772)

13 Mai 2019 , Rédigé par Perceval Publié dans #Swedenborg., #Balzac, #Expérience chrétienne, #Philosophie, #Quête, #XIXe

Alkis Boutlis. Le rêve de Louis Lambert ( Balzac ).2017.

Balzac s’intéressait à la mystique, en 1830 il avait déjà lu sainte Thérèse d’Ávila, Antoinette Bourignon, Mme Guyon, Jacob Boehme, Swedenborg et Saint-Martin. Dans Seraphita il condense l’essence de la pensée de ces auteurs mystiques, surtout de Swedenborg.

 

« le swedenborgisme, qui n’est qu’une répétition dans le sens chrétien d’anciennes idées, est ma religion, avec l’augmentation que j’y fais de l’incompréhensibilité de Dieu » Une lettre de Balzac datée du 31 mai 1837.

Balzac pense pouvoir faire confiance à Swedenborg, parce que celui-ci n’est pas seulement un ''voyant'', mais un homme de science et de raison qui sait adopter un système mathématique et philosophique dans toute sa doctrine.

Emmanuel Swedenborg, né le 29 janvier 1688 à Stockholm en Suède, est très célèbre dans son pays et de son vivant... Sorte de '' Léonard de Vinci'', il est un inventeur et savant ; En 1719, le roi l'anoblit ; il siège ainsi à la chambre haute du Parlement suédois.

Emanuel Swedenborg

Swedenborg introduit en Suède le calcul différentiel et intégral mais refuse la chaire de mathématiques de l’Université d’Uppsala en 1725, préférant consacrer les douze années suivantes à son oeuvre monumentale, les Principia. Il y élabore une théorie de l’atome, une théorie de l’origine solaire de la terre et des autres planètes, une théorie ondulatoire de la lumière, une théorie nébulaire de l’origine du système solaire (chapitre 4 des Principia), et une théorie cinétique de la chaleur. Il publie une méthode pour calculer les longitudes d’après l’observation de la lune ; il se passionne pour la formation des sols et le phénomène des marées ; il contribue aux sciences naissantes de la cristallographie et de la métallurgie. Il identifie, dix-neuf ans avant Franklin, la nature des phénomènes électriques et s’intéresse bien avant Faraday au magnétisme. Il découvre que la position de l’équateur magnétique est différente de l’équateur géographique, et que le pôle magnétique Sud a un axe plus distant de l’équateur magnétique que le pôle Nord....etc

Il voyage beaucoup ; il se forme en Angleterre, en Hollande, en France...

En 1743, suite à plusieurs expériences mystiques, il abandonne ses recherches scientifiques pour se consacrer entièrement à la recherche théologique et philosophique...

Il demande à être relevé de toutes ses fonctions...

Swedenborg rédige une nouvelle œuvre colossale dont la pièce maîtresse est le Arcana Celestia, en douze gros volumes...

Le 19 juillet 1759, Emmanuel Swedenborg voit de Göteborg un incendie à Stockholm. Ce phénomène de vision à distance, ses entretiens avec les esprits, la tranquille assurance avec laquelle il se meut dans le merveilleux, le rendent bientôt célèbre dans toute l'Europe.

Il meurt à Londres le 29 mars 1772, à la date exacte qu’il avait lui-même prédite...

Sa pensée va influencer fortement la seconde moitié du XVIIIe siècle et tout le début du XIXe siècle.

Swedenborg's place of birth is commemorated at Hornsgatan 43, in Stockholm, Sweden.

Emanuel Swedenborg’s Tomb in the Uppsala Cathedral, Sweden.

Jorge Luis Borges (1899, 1996), admire Swedenborg et affirme qu'il est « l’homme le plus extraordinaire qu’ait mentionné l’Histoire […] est peut-être le plus mystérieux de ses sujets : Emmanuel Swedenborg ».

Paul Valéry, écrit : « Comment un Swedenborg est-il possible ? Que faut-il supposer pour considérer la coexistence des qualités d’un savant ingénieur, d’un fonctionnaire éminent, d’un homme à la fois si sage dans la pratique et si instruit de toute choses, avec les caractéristiques d’un illuminé qui n’hésite pas à rédiger, à publier ses visions, à se laisser passer pour visité par les habitants d’un autre monde, pour informé par eux et vivant une part de sa vie dans leur mystérieuse compagnie ? »

Balzac à sa table de travail

Balzac fut aussi passionné de sciences, attiré en particulier par la chimie dont il se fit expliquer par son ami François Arago les bases. Il lut avec passion les Éléments de philosophie chimique d’Humphrey Davy (1812) et les huit volumes du Traité de chimie de Berzélius (1829) pour pouvoir écrire un roman qui mettrait en scène un chimiste : La Recherche de l’Absolu (1834). Balzac était mu par la conviction qu’il devait exister derrière l’éclatement en divers éléments officiellement prêché, une chimie capable de tout expliquer par monisme.

Balzac a assisté aux cours du philosophe Victor Cousin; et en matière de philosophie, c'est Leibniz avec qui il a semblé partager quelque affinité : la constitution de la monade, avec ses plis multiples, les rapports corps-âme, etc… ( nous en reparlerons ...)

En ce XIXe siècle, Balzac juge que les systèmes philosophiques, en cours sont trop théoriques et rationnels, le mysticisme proprement dit ne l’est en revanche pas assez....

 

Mme de Staël, dans De l’Allemagne (1810), distingue les « théosophes » et les « simples mystiques ». Selon elle, les « théosophes » sont « ceux qui s’occupent de la théologie philosophique, tels que Jacob Boehme, Saint-Martin », avec l’ambition de « pénétrer le secret de la création », et les « simples mystiques » sont ceux qui « s’en tiennent à leur propre coeur », tels « plusieurs pères de l’Église, Thomas A-Kempis, Fénelon, saint François de Sales ». dans De l’Allemagne, 4e partie, chap. V : « De la disposition religieuse appelée mysticité »..

 

A suivre : … Lire Swedenborg, au XIXe siècle...

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La mort de Balzac

9 Mai 2019 , Rédigé par Perceval Publié dans #Balzac, #Histoire, #Littérature, #XIXe

Balzac sur son lit de mort par Emile Giraud

Le lendemain du dimanche 18 août 1850, la nouvelle courrait que Monsieur de Balzac était mort.... Bien vite Charles-Louis de Chateauneuf en eut la confirmation !

 

Charles-Louis avait rencontré l’écrivain dans divers salons. Il se souvenait avec beaucoup de reconnaissance de ses échanges sur la philosophie, la science ; et il l'avait écouté très sérieusement et avec intérêt, quand Charles-Louis avait évoqué le Graal...

 

Au premier regard, Balzac n'était pas beau, un homme petit, avec une grosse taille qu'un vêtement peut-être mal fait rendait grossier. Une grosse tête, un grand front et des yeux … Un regard foncé qui exprimait tant de choses... Un gros nez carré et une bouche énorme qui riait toujours... Sa bonne humeur devenait vite contagieuse

Portrait de Balzac 1842

« Il y avait dans tout son ensemble, dans ses gestes, dans sa manière de parler, de se tenir, tant de confiance, tant de bonté, tant de naïveté, tant de franchise, qu'il était impossible de le connaître sans l'aimer... » Sidonie de Pommereul épouse du général François de Pommereul

 

Son ''épaisseur'' semblait lui donner de la force, et non lui en retirer... Il agitait ses grosses mains, et chacun restait captif de son regard... Il charmait, il fascinait, entrait en confidence... Il ne pouvait être que bon ; on se sentait en confiance, comme s'il était de la famille...

 

En 1836, une jeune fille proche des Visconti, Sophie Koslowska, écrivait à son père, diplomate russe : « M. de Balzac qui est aussi un homme supérieur, goûte la conversation de Madame Visconti, et, comme il a beaucoup écrit et écrit encore, il lui emprunte souvent de ces idées originales qui sont si fréquentes chez elle, et leur conversation est toujours excessivement intéressante et amusante. Voilà la belle passion expliquée. M. de Balzac ne peut pas être appelé un bel homme, parce qu'il est petit, gras, rond, trapu ; de larges épaules bien carrées, une grosse tête, un nez comme de la gomme élastique, carré au bout, une très jolie bouche, mais presque sans dents, les cheveux noirs de jais, raides et mêlés de blanc. Mais, il y a, dans ses yeux bruns, un feu, une expression si fort que, sans le vouloir, vous êtes obligé de convenir qu'il y a peu de têtes aussi belles. Il est bon, bon à mâcher pour ceux qu'il aime, terrible pour ceux qu'il n'aime pas et sans pitié pour les grands ridicules.[...] Il a une volonté et un courage de fer ; il s'oublie lui-même pour ses amis. [...] Il joint à la grandeur et à la noblesse du lion la douceur d'un enfant. »

Balzac - Modeste-Mignon - Gravure de P. Vidal

 

Charles-Louis de Chateauneuf a rencontré Monsieur de Balzac dans le salon de la duchesse d'A.... Il eut la chance de pouvoir converser avec passion de science et de philosophie... Ensuite, alors qu'il le croisait de nouveau; il avait remarqué – avec délice – alors qu'il était entouré et en conversation – qu'il lui jeta un regard vif, pressé, gracieux, d'une extrême bienveillance. Il s'est alors approché de lui pour lui serrer la main ; et tout fut dit, sans phrase... Balzac n'avait pas le temps de s'arrêter de parler, mais c'était comme si la présence de Charles-Louis l'eût ranimé au lieu de l'interrompre...

 

En 1843, le comte Hanski, mari d'Eve Hanska meurt... Balzac fait alors plusieurs séjours à Saint-Petersbourg avec sa bien-aimée...

Balzac a de gros soucis financiers.. Il emprunte beaucoup … Balzac dépense beaucoup pour l’aménagement de la Rue Fortunée ; en proportion égale de son amour pour la belle Eve, c’est-à-dire énormément...

En 1848, Balzac est prêt à repartir. Il prend le train à la Gare du Nord le 19 septembre.. On va maintenant de Paris à Cracovie en 60 heures...

1849 : il avoue à sa sœur, en décembre « A 50 ans avoir encore 100 000 francs de dettes, et ne pas être fixé sur une question qui est toute ma vie et mon bonheur, voilà la thèse de l’année 1849. »

1850 : Balzac est terriblement épuisé par des crises cardiaques successives, des étouffements et des bronchites...

 

L'administration du tsar refuse à Mme Hanska de conserver ses terres en cas de mariage avec un étranger... L’état de santé de Balzac n'est pas bon ; finalement elle franchit ce pas tant espéré par Balzac depuis des années : en février 1850, elle prend la décision de donner ses terres et son domaine à sa fille, afin de pouvoir l’épouser et l’accompagner en France...

Le mariage est enfin célébré le 2 mars 1850, à l’église Sainte-Barbe de Berditchev en toute intimité.

Eve Hanska, épouse de Balzac

 

M. et Mme Honoré de Balzac quittent Wierzchownia le 24 avril 1850 et reprennent le chemin de Paris, à petites étapes, parce que la santé de l'écrivain exige des précautions.

Balzac se préoccupe auprès de sa mère de l’état de la maison qui doit être prête pour accueillir sa femme. Il lui écrit de Dresde, « j’espère être rue Fortunée le 20 ou au plus tard le 21, je t’en prie donc instamment, fais que tout sois prêt pour le 19 et que nous trouvions à déjeuner ou à dîner, quand bien même les provisions seraient perdues car j’ignore à quelle heure nous arriverons l’un de ces trois jours là. »

Le couple arrive enfin à Paris dans la soirée du 21 mai. Balzac voit l'un de ses rêves se réaliser : l’arrivée de sa femme dans leur demeure conjugale, 12 rue Fortunée, l'ancien hôtel de M. de Beaujon que Balzac avait acheté ( en sept. 1846) et tout fait préparer ... Mais, le domestique devant les accueillir n’est pas là ; et il faut appeler un serrurier en pleine nuit et forcer la porte…

À peine arrivé, la santé de Balzac se détériore encore. Mais, il reçoit encore... Charles-Louis de Chateauneuf a la grande opportunité d'accompagner le romancier et poète, Auguste Vacquerie (1819-1895), qui décrit ainsi sa visite : «  Puis nous passâmes tous dans le salon principal, nous vîmes Balzac assis ou plutôt à demi couché dans un grand fauteuil placé près d’une fenêtre; il était enveloppé d’une longue robe de chambre; sa tête reposait sur un oreiller, sou ses pieds s’étalait un cousin. Ah quelle lamentable métamorphose le temps la maladie avenir opéré en lui ! Tombée cette belle vitalité ; éteint cette vaillante exubérance qui rendait sa personne si originale si attractive. Le romancier n’était plus que l’ombre de lui-même ».

Ce jour là, Balzac, tient absolument à faire présent à Charles-Louis, d'un manuscrit de jeunesse... Il lui assure que ces quelques pages pourraient l'intéresser dans ses recherches « au sujet de ce Graal, dont vous m'avez parlé... (…) Et, vous reconnaîtrez quelques idées de notre cher Swedenborg (*)... »

Charles-Louis reste surpris de l'intensité de son regard où semble se réfugier toute la vie. 

***
 

En juillet, ses souffrances deviennent atroces. Au début d'août, les étouffements commencent. Balzac entre en agonie le 18. Ce jour-là, Victor Hugo est venu le voir, il a raconté cette dernière visite dans 'Choses vues'. « Une autre femme vint qui pleurait aussi et me dit : «Il se meurt. Madame est rentrée chez elle. Les médecins l'ont abandonné depuis hier. Il a une plaie à la jambe gauche. La gangrène y est.... (…) La nuit a été mauvaise. Ce matin, à neuf heures, monsieur ne parlait plus. Madame a fait chercher un prêtre. Le prêtre est venu et a donné à Monsieur l'extrême- onction. Monsieur a fait signe qu'il comprenait. Une heure après, il a serré la main à sa soeur, Mme de Surville. Depuis onze heures il râle et ne voit plus rien. Il ne passera pas la nuit. Si vous voulez, monsieur, je vais aller chercher M. de Surville, qui n'est pas encore couché. »»

(…) « J'entendis un râlement haut et sinistre. J'étais dans la chambre de Balzac.
Un lit était au milieu de cette chambre. Un lit d'acajou ayant au pied et à la tête des traverses et des courroies qui indiquaient un appareil de suspension destiné à mouvoir le malade. M. de Balzac était dans ce lit, la tête appuyée sur un monceau d'oreillers auxquels on avait ajouté des coussins de damas rouge empruntés au canapé de la chambre. Il avait la face violette, presque noire, inclinée à droite, la barbe non faite, les cheveux gris et coupés courts, l’œil ouvert et fixe. Je le voyais de profil, et il ressemblait ainsi à l'Empereur.
 »

Balzac meurt pendant la nuit du 18 août 1850. L'enterrement eut lieu le 21 août, après un office à l'église Saint-Philippe-du-Roule, au cimetière du Père Lachaise, ce haut-lieu de l’œuvre balzacienne, d'où le jeune Rastignac avait jeté son défi à Paris: "À nous deux maintenant", où gisaient Esther Gobseck, Lucien de Rubempré, tant d'autres personnages. Victor Hugo prononça l'éloge funèbre du romancier.

(*) E. Swedenborg, dans le prochain article ... A suivre ….

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Avertissement au sujet de ce Blog:

8 Mai 2019 , Rédigé par Perceval Publié dans #La Quête du Graal, #Légende arthurienne, #Mythe

A la demande de quelques lectrices et lecteurs de ce blog, je précise l’objectif de ce blog :...

La Quête de Perceval, est ici centrée bien sûr autour du Graal... Le Moyen-âge, la Légende arthurienne et donc le Graal ont alimenté les représentations de cette quête tout au long de notre histoire...

 

Selon les époques, les représentations du Graal ont évolué, même si le corpus symbolique est resté le même...

Selon les époques, la Quête s'est nourrie de philosophie et de théologie, de science et d'alchimie. Avec l'Histoire et la religion, elle a cherché à s'adapter, et traverser les crises sans transiger sur le fond, l'essentiel... représenté par le Graal ….

 

 

 

Mes articles concernent la Quête d'un personnage, projeté à différentes époques... Avec Roger de Laron au XIIIe et XIVe siècles, Louis-Léonard de la Bermondie au XVIIIe siècle, et avec Charles-Louis de Chateauneuf, dans la 1ère moitié du XIXe siècle … Ils sont tous les trois issus d'une même lignée de seigneurs limousins... Sur ce blog, je raconte dans le contexte culturel qui leur est propre, et chacun nourri de la légende arthurienne ( sur laquelle je reviens régulièrement...) leur histoire très singulière …

Bonne Quête, à vous ...

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Madame J.

5 Mai 2019 , Rédigé par Perceval Publié dans #Galanterie, #Littérature, #XIXe, #Contes Mythes Légendes, #Romantisme

Suite de: AU XIXE S. : UNE VIE INTELLECTUELLE ET MONDAINE...

Mme J. a profité de sa liberté, que lui donne un mari volage, pour parcourir l'Allemagne, mais aussi la Russie et la Pologne ...

Femme ravissante, blonde, le regard bleu plein de gaieté, aux manières simples et élégantes. Elle n’a pas froid aux yeux, c’est une femme libre. Elle est très liée à Marie d'Agoult (1805-1876). Elle est dit-on la maîtresse de Sainte-Beuve...

 

Alors qu'elle écrit à l'un de ses amants, pour lui évoquer des soucis d'argent ; on lui prêterait cette déclaration « Ce n'est pas mon mariage qui m'a gênée, mon mari n'a pas pris un sou de mon argent, il m'a même offert du sien mais comme il veut me ravoir je crains tout ce qui pourrait nous lier. C'est ce qu'on craint d'un mari, d'un maître. Ce n'est pas ce que je crains de toi, O mon amant, je te demanderais toute ta fortune sans craindre que tu ne me demandes, moi, à la fin »

Balzac-Massimilla Doni 1837

 

Ne serait-ce pas pour elle que Sainte-Beuve (1804-1869) entremêle agréablement, le latin, la philosophie et l'amour; et lui écrit quelques vers...?

 

Au lieu du frais chapeau, parure des bergères,

Au lieu d'un ruban bleu nouant vos cheveux blonds,

Vous voyez Hypatie, et la terre et les sphères,

Et vous courez aux plus grands noms.

 

Jamais de Charlemagne et de nos vieilles lois,

De certain Gondebaud, le Numa de nos bois,

Jamais du droit salique et du rang de la femme,

De cent, objets divers et de tous avec flamme,

Je ne me suis vu tant causer

Qu'auprès de vous, ce jour, lendemain du baiser !

 

Il est doux, quoi qu'on dise, avec celle qui charme,

D'échanger plus d'un mot, de croiser plus d'une arme,

De parler gloire et Grèce et Rome, et cœtera,

Pourvu qu'en tous propos la grâce insinuante

Mêle je ne sais quoi de Ninon souriante,

Que Dacier toujours ignora.

 

On écoute, on s'enflamme. A vous, sur toute chose,

La politique plaît, et pour vous plaire, on ose ;

Sur un fond de désir, je m'y sens animer ;

Pitt ou Thiers, peu importe, et ma verve est rapide...

Tout d'un coup, un regard humide

Avertit tendrement qu'il est temps de s'aimer.

Sainte-Beuve

Balzac- Dinah de la Baudraye - La Muse dép. 1837

A Paris, Mme J. s'est essayé au commerce des modes, sans réel succès; puis au roman, avec un récit qui traite fort mal le sexe fort, et qui fit scandale.

Elle est également connue pour ses récits de voyage et son intérêt pour le spiritisme.

Elle collaborera à la Revue cosmopolite...

Elle soutient, et aime chanter les chansons, aux idées libérales, de Béranger.

 

Mme J. s'intéresse à la plupart des " nouvelles " sciences en ce siècle bouillonnant : l'économie politique, l'anthropologie, l'astronomie et la philosophie. Elle lit en anglais, L'Origine des espèces de Charles Darwin (1859) , souhaite développer la philosophie populaire, et milite pour l'instruction des femmes...

 

Bien que tout ceci paraisse bien mondain; la fréquentation de cercles plus restreints, comme cette ''académie'' secrète, va permettre à Ch.-L de Chateauneuf de parfaire son chemin sur la quête du Graal …

 

Ces textes ci-dessus sont tirés, en particulier, des bio. De  : Hortense Allart ( et Sainte-Beuve) ; Olympe Audouard,

 

A suivre...

 

En notes, j'ai envie d'insister sur un ce féminisme romantique qui a pu s'imposer lors de ce XIXe siècle si misogyne …

Ariane Charton qui s’est spécialisée dans l’étude de l’époque romantique, l'a très bien décrit, avec :

- ''le Roman d'Hortense'' (2010) :

Hortense Allart (1801-1879), quitte son mari et en Italie, devient la dernière maîtresse de Chateaubriand... Puis à Londres, elle rencontre Henry Bulwer-Lytton avec qui elle vivra une histoire passionnelle, malgré des amours contingentes … Elle rencontrera Sainte-Beuve, puis se mariera en 1843, avec M. de Meritens dont elle se sépare bien vite... « c’était une femme fort galante. Intelligente d’ailleurs et très agréable ; très écriveuse aussi, et qui avait la rage d’être la maîtresse ou l’amie des hommes célèbres ». Jules Lemaître, critique.

 

et - '' Marie d'Agoult '' - grande aristocrate, mère de deux enfants qui s'éprend d'un musicien et quitte tout pour lui, et donc maîtresse de Franz Liszt – et selon les mots de A. Charton : « Marie d’Agoult représente un peu  pour Liszt la muse divine et elle, elle rêve une solitude à deux qui rendrait leur amour unique et divin. » ,

 

- Marie Dorval, la tragédienne la plus adulée du XIXe siècle, rencontre en 1829, Alfred de Vigny, le poète renommé...  Le poète installe sa muse dans un appartement de la rue Montaigne, où ils se retrouvent avec passion. Vigny est extrêmement jaloux, au point de faire suivre sa «vieille maîtresse» par l'inspecteur Vidocq lui-même, ne supportant pas sa liaison avec un poète plus jeune, Jules Sandeau. 

«Tout était passion chez elle, la maternité, l'art, l'amitié, le dévouement, l'indignation, l'aspiration religieuse ; et comme elle ne savait et ne voulait rien modérer, rien refouler, son existence était d'une plénitude effrayante, d'une agitation au-dessus des forces humaines...», écrit à propos de Marie Dorval son amie George Sand. Ariane Charton a établi l’édition de la correspondance entre Marie Dorval et Vigny intitulée Lettres pour lire au lit, correspondance amoureuse entre Marie Dorval et Alfred de Vigny (Mercure de France, Le Temps retrouvé, 2009)

 

Olympe Audouard (1832-1890), fut une « femme de lettres » comme elle se nommait, et un « bas-bleu » comme la pointait l'inamical Barbey d’Aurevilly... Une journaliste et une grande voyageuse... Elle fit de nombreuses conférences pour réclamer l’égalité complète pour les femmes, y compris le droit de voter et de se présenter aux élections.

Maîtresse d'Alexandre Dumas, Victor Hugo, dans ses carnets la soupçonne de concevoir pour les vieillards, pourvu qu'ils soient célèbres, d'étranges complaisances ... !

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Au XIXe s. : Une vie intellectuelle et mondaine...

1 Mai 2019 , Rédigé par Perceval Publié dans #Amour Courtois, #XIXe, #Romantisme

Pour se rendre compte que , dans le cours de ce XIXe siècle, le fil suivi – dans cette histoire - s'attache à un personnage ; je me permets de revenir sur quelques faits de l'histoire de Charles-Louis de Chateauneuf, né en 1816 à Limoges...

Au Collège Royal, son professeur de mathématiques, Monsieur Gouré, l'avait initié à ce qui pourrait être à la source d'immenses progrès, l'appréhension de l'infiniment petit, pour de grandioses calculs ...!!! M. Gouré nomme cela: les "Mathématiques transcendantes", c'est à dire le calcul différentiel et intégral...

Dandy sur un sofa

 

Charles-Louis fait partie de cette génération, aux prises avec la mélancolie propre à la Restauration. En 1832, il soutient la rébellion légitimiste, de la duchesse de Berry... Et à Paris, tout en préparant le concours d'entrée au concours de l'École polytechnique, il rejoint les errements des ''enfants du siècle; puis derrière Victor Hugo et les habitués du ''Cénacle'' , il découvre la fièvre romantique...

 

La route de Ch.-L. De Chateauneuf, est bordée d'étonnants personnages qui vont le conduire dans sa Quête : des femmes d'abord qui lui ouvrent des espaces du possible : la sensibilité, avec ce que l'on nomme à l'époque par ''les sentiments'' et un chemin de connaissance avec toujours les mathématiques ( Wronski, Sarrazin de Montferrier) et l'ésotérisme ( en opposition parfois à la doctrine catholique de ce XIXe siècle) avec A. Constant ( le futur Eliphas Lévi) et la résurgence templière …

Entre 1836 ( Ch. L. a 20ans) et 1848 ( 32ans ); Chales-Louis de Chateauneuf; tout en fréquentant les salons, et continuant ses recherches, s'est engagé dans une carrière scientifique qui aurait pu être édifiante s'il ne s'était pas ''dispersé''...

Son intérêt pour l'astronomie initiée par les cours public d’« astronomie populaire », qui remporte un immense succès, de François Arago (1786-1853)...

Charles-Louis – en suivant les méthodes mathématiques développées par Legendre - va travailler au sein d'équipes de l'observatoire de Paris... Un travail fastidieux, pas très valorisant; sur lequel il va peu s'investir, et lui permettre de pouvoir continuer ses propres recherches ...

Lors de rencontres plus mondaines, et aussi par intérêt pour l'art, Charles-Louis rencontre le fils d'Arago, Alfred Arago (1815-1892) peintre et l'un des plus joyeux compagnons du cénacle de la rue Grange-Batelière...

 

Ses recherches, en Loge, lui permettent de croiser et même de se lier avec des personnalités comme Edgar Quinet (1803-1875), Augustin Thierry (1795-1856) ou le philosophe Victor Cousin (1792-1867), le peintre Horace Vernet (1789-1863); reconnus ...

 

Accompagné de Charles de L'Escalopier, conservateur de la Bibliothèque de l'Arsenal, et les ami(e)s de Madame d'A. qui tient un salon du faubourg Saint-Germain.. Ch.-L. De Chateauneuf ne délaisse rien de ce qui – de près ou de loin – s'attache à la connaissance du Graal...

L'idéal féminin romantique

Le vent nouveau, littéraire et scientifique, agite les proches et Madame d'A. ils ne craignent pas certaines excentricités ; ainsi elle attire autour d'elle quelques romantiques : Sainte-Beuve, Eugène Sue, Liszt, etc. et aussi des artistes de la Bohème...

Elle met à la mode la fiction de l’amour platonique ( l'amour courtois...) , qui accommode agréablement les plaisirs de la coquetterie avec les avantages de la vertu. Des étrangères viennent beaucoup chez elle, la comtesse Delphine Potocka, la baronne de Meyendorff, madame Apponyi …

La coquetterie et la galanterie y règnent dans les relations des deux sexes... En amour comme en amitié, les liens sont souples, légers et durables …

 

L'esprit de Charles-Louis était – depuis un certain temps déjà - occupé par une femme qu'il avait rencontré dans le salon de la duchesse d'A.... Mme J. est belle, fine ; et il la tient pour délicate, vertueuse ; et considère que son amour naissant est sans espoir, puisqu'elle est mariée.. ! Tout juste se convainc t-il de lui faire une cour digne d'un chevalier qui aime sa Dame d'un amour courtois...

Cette Dame, germanophile et dans la lignée de Madame de Staël, pratique la conversation en petit cercle d'intimes...

Et, également, dans un cadre beaucoup plus discret, voire secret, une sorte de société secrète comme l'on disait ; où hommes et femmes se réunissaient en ''cour d'amour'' sur des sujets littéraires, philosophiques et même théologiques...

On peut y croiser des femmes comme Cristina de Belgiojoso ( 1808-1871); ou, Olympe Audouard (1830-1890) qui fut interdite de présentation de conférences par le ministre de l'intérieur considérant que «  ces conférences ne sont qu'un prétexte pour un rassemblement de femmes surémancipées. Les théories de Mme Olympe Audouard sont subversives, dangereuses et immorales. »

Ces ''sociétés'' ou ''académies'' fonctionnent pour la plupart encore jusqu’à la fin du XIXe siècle, sur le modèle maçonnique, avec ses rituels stricts, et des valeurs qui s'appuient sur un déisme de plus en plus en rejet explicite de la « religion révélée », en particulier du catholicisme.

 

Cette pratique en ''sociétés'' n'est pas nouvelle... Je rappelle, l'Ordre des Fidèles d'Amour, était une société secrète de gens de lettres à laquelle appartenait Dante, et qui aimait se référer à la longue lignée des troubadours et trouvères...

La ''Société Angélique'' était un groupe d’écrivains et d’érudits formée autour de l’imprimeur éditeur Sebastian Gryphius, puis de Nicolas de Langes, à Lyon au milieu du XVIe siècle...

Plus anecdotique, et relevant d'une tradition qui remonte au XVIIIe siècle, l'Ordre de la Félicité, regroupait hommes et femmes, dans un cadre libertin ...

 

Il semble, selon les documents laissés par Ch.-L. De Chateauneuf, que la ''société'' ou ''l'académie'' qu'il évoque, se considère avec moins de sérieux dans la forme ; mais avec le réel intérêt pour tout ce qui aliment les passions des humains : l'amour, et les questions existentielles, bien sûr ; et ceci en marge de la société bourgeoise et religieuse de l'époque …

 

Je rappelle que Balzac lui-même créa une ''société secrète'' appelée '' Le Cheval Rouge'' … Voici ce qu'en dit Théophile Gautier : « L’association, qui comptait parmi ses membres, G. de C, L. G., L. D., J. S., Merle, qu’on appelait le beau Merle, nous et quelques autres qu’il est inutile de désigner, s’appelait le Cheval rouge. Lorsqu’il fallait concerter quelque projet, convenir de certaines démarches, Balzac, élu par acclamation grand maître de l’ordre, envoyait par un affidé à chaque cheval (c’était le nom argotique que prenaient les membres entre eux) une lettre dans laquelle était dessiné un petit cheval rouge avec ces mots ; «  Écurie, tel jour, tel endroit ; » le lieu changeait chaque fois, de peur d’éveiller la curiosité ou le soupçon. Dans le monde, quoique nous nous connussions tous et de longue main pour la plupart, nous devions éviter de nous parler ou ne nous aborder que froidement, pour écarter toute idée de connivence.

Après quatre ou cinq réunions, le Cheval rouge cessa d’exister, la plupart des chevaux n’avaient pas de quoi payer leur avoine à la mangeoire symbolique ; et l’association qui devait s’emparer de tout fut dissoute, parce que ses membres manquaient souvent de quinze francs, prix de l’écot.... »

A suivre ....

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La Quête, et l'Amour courtois au XIXe siècle

27 Avril 2019 , Rédigé par Perceval Publié dans #Amour Courtois, #La Quête du Graal, #Moyen-âge, #XIXe, #chevalier, #femme

La Quête, et l'Amour courtois au XIXe siècle

Après une métaphore pour dire la Quête du Graal, et ''le secret'' à travers l'image de l'amour adultère... En voici une autre, avec la 'fin amor' ( la fine , la subtile …) et référence au Moyen-âge redécouvert en ce XIXe siècle … Au cœur toujours de la Quête : l'analogie à la relation ''homme-femme''...

 

Il n'est pas anodin, de relever le retour au Moyen Age ( du XIXe s.) , à travers les romans de chevalerie et la fin’amor et qui témoigne finalement du sens du mot ''Romantique '' défini par Madame de Staël dans De L’Allemagne :

« Le nom de romantique a été introduit nouvellement en Allemagne pour désigner la poésie dont les chants des troubadours ont été l’origine, celle qui est née de la chevalerie et du Christianisme. »

Ensuite, il faut bien remarquer avec Balzac que :

« Le système de lois et de moeurs qui régit aujourd’hui les femmes et le mariage en France est le fruit d’anciennes croyances et de traditions qui ne sont plus en rapport avec les principes éternels de raison et de justice développés par l’immortelle révolution de 1789. » - Honoré de Balzac : Physiologie du mariage ou méditations de philosophie éclectique, sur le bonheur et le malheur conjugal...

 

La ''Fin'amor'' s'oppose au contrat de mariage, un mariage arrangé, de raison ( convenance) et sans amour … Et où la femme a pour rôle de faire des enfants, tout en restant fidèle, bien sûr...

« Les Lenoncourt avaient perdu leurs immenses biens. Par le nom, monsieur de Mortsauf était un parti sortable pour leur fille. Loin de s’opposer à son mariage avec un homme âgé de trente cinq ans, maladif et vieilli, mademoiselle de Lenconcourt en parut heureuse. » Honoré de Balzac : Le Lys dans la vallée.

Sir William Quiller Orchardson, Mariage de Convenance, 1883

« Nos femmes légitimes nous doivent des enfants et de la vertu, mais elles ne nous doivent pas l’amour. » Honoré de Balzac : Le Contrat de mariage dans La Comédie humaine,

 

Bref ! Les enjeux sociaux qui cadrent le mariage de raison au XIXe siècle n’ont pas beaucoup changé depuis le Moyen Age... ! Laissons là, le mari....

Félix, Henriette et le comte de Mortsauf dans le salon de Clochegourde

Félix baisant la main d'Henriette de Mortsauf

L’amant, lui, se transforme en effet en un chevalier dont l’amour et la passion sont les seules devises. Il est au service d’une dame qu’il courtise et vénère. Cette image est clairement et volontairement mise en avant par Balzac dans Le Lys dans la vallée à travers l’exemple du Chevalier de la triste figure auquel Félix se compare et se réfère pour décrire sa passion et son attachement à sa propre Dulcinée...

 

Ce qui fait en outre de l’amour de Félix et d’Henriette un amour courtois, c’est que les deux protagonistes se sont promis de s’aimer d’un amour platonique, sincère, pur et qui refuse de se rabaisser pour exiger une quelconque récompense. C’est l’amour qu’Henriette exige en tout cas de Félix.

Oui, l’amour conjugal est radicalement exclu de l’amour courtois... André Le Chapelain s’appuie sur l’autorité de la comtesse de Champagne (Lettre de la comtesse de Champagne, Traité de l’amour courtois) : « Nous affirmons comme pleinement établi que l’amour ne peut étendre ses droits entre deux époux ». Les amants, en effet, s’accordent mutuellement toute chose gratuitement, sans qu’aucune obligation les pousse. Les époux, au contraire, sont tenus par devoir d’obéir réciproquement à leurs volontés et ne peuvent en aucune façon se refuser l’un à l’autre ». Une autre raison avancée par la comtesse, est que l’amour conjugal ne connaît pas la véritable jalousie. » Introduction de Charles Buridant au Traité de l'amour courtois d'André le Chapelain.

 

Une autre attitude moins ''chevaleresque '' dans Le Rouge et le noir ; déçu par les sentiments confus de Mademoiselle de La Mole à son égard, peu de temps après leur entrevue nocturne, Julien, désespéré, tente de tuer Mathilde avec une vieille épée du Moyen Âge qui était conservée à la bibliothèque :

« - J’ai horreur de m’être livrée au premier venu, dit Mathilde en pleurant de rage contre elle-même.

- Au premier venu ! s’écria Julien, et il s’élança sur une vielle épée du moyen âge qui était conservée dans la bibliothèque comme une curiosité… »

Il hésite, il se ravise … (...)

« Mlle de La Mole le regardait étonnée. J'ai donc été sur le point d'être tuée par mon amant ! se disait-elle.

Cette idée la transportait dans les plus beaux temps du siècle de Charles IX et de Henri III. »

Stendhal, Le Rouge et le noir.

 

On a dit que ''L'Amour courtois'', a été découvert ''découvert'' par Gaston Paris (1839-1903) ... Il relève l'idée de l'exaltation : ce plaisir venu de l’attente et de la non satisfaction du désir qui excite et agite l’imagination. Il note aussi que la gente féminine alliée au pouvoir est - dans ce cadre - souvent de condition supérieure à celui qui la convoite... L'homme cherche à devenir, à tout prix, le favori de la dame,  au risque de se perdre dans ce jeu littéraire d’un désir à jamais inassouvi, ou même de se faire chasser de la cour par le seigneur en cas de dépassement des bornes...

 

Dans la chevalerie initiatique, l'image du chevalier et de sa dame, est couramment utilisée pour signifier le rapport entre moi ( armuré de mes certitudes...) et de mon âme...

La fin a-mor, est aussi une confrontation à la mort... Dans le désir d'amour, tout à la volonté de la Dame, le moi s'abandonne.

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Le Secret

23 Avril 2019 , Rédigé par Perceval Publié dans #Secret, #Quête, #XIXe

Jan Brueghel 1618. - Allégorie de la vue - détail

Jan Brueghel 1618. - Allégorie de la vue - détail

La Quête du Graal côtoie le ''secret'', parce qu'il s'agit d'un chemin vers un mystère ; et donc d'une expérience très personnelle... La Quête n'est pas réservée à quelques élus ; elle est pour tous ; mais il s'agit principalement d'un chemin solitaire...

Le secret correspond à ce qui est caché … Où ? Sans doute à l'intérieur de soi.... mais, ce n'est RIEN de le dire.... C'est si mystérieux, qu'il est nécessaire d'en reconnaître un peu dans les mythes, la littérature.... Et aussi dans la rencontre de l'étrangeté, de l'autre, du féminin ( pour le masculin, et vice-versa...)...

''La Quête'' se retrouve dans deux métaphores : le Secret, l'Amour Courtois... ( et d'autres, bien sûr...). Rappel : nous sommes au XIXe siècle ...

 

Le secret

Au XIXe siècle, le secret tient une grande place... il s'agit bien souvent – gouvernement ou opposition – d'échapper au regard de l'opinion... Peut-être aussi d'échapper à la loi, mais aussi affirmer une cohésion, une identité … Également : secret d'état, complot ...etc. Les sociétés secrètes sont légions...

 

Si nous parlons du secret, en évoquant quelque société secrète, nous signifions un mystère à découvrir … Nous pourrions parler aussi de ''clandestinité'' en pensant une activité qui a lieu secrètement ; puis d'intimité pour signifier une relation inter-personnelle...

Ferragus de Balzac

 

La bonne métaphore pour développer ce que j'aimerais faire ressentir, m’apparaît en ces temps romantiques, se présenter sous la forme d'un couple ( homme et femme ), un couple adultère, donc clandestin, intime et amoureux...

Comment découvrir ce secret,  ? Par la correspondance : le secret de la correspondance amoureuse... précisément...

Il s'agit d'une longue correspondance croisée de deux amants, Adèle Schunck et Aimé Guyet de Fernex, ayant entretenu - dans le secret pendant une vingtaine d’années (1824-1849) - une liaison adultère... Cette correspondance a été mise à jour par Paula Cossart, qui a retrouvé 1500 de leurs lettres...

 

L'adultère est scandale... ! Il s'apparente au rapt de séduction... Au moyen-âge, l'enlèvement, le rapt de séduction enlève au mari sa femme... Ce rapt trouble la société civile et viole les lois humaines … Juridiquement, ce comportement appartient aux délits « qu'on appelle occultes et de difficile preuve... ». La preuve objective, reste le flagrant délit de « soudure » charnelle ; juridiquement : « lorsque la femme est trouvée seule, avec un autre que son mari, l'un et l'autre étant nus et couchés dans le même lit »...

 

La clandestinité amoureuse soude deux êtres épris dans l'amour passion, au mépris de la réprobation morale et sociale...

 

Adèle est mariée depuis 1812 à Philippe Henri Schunk, âgé d'une trentaine d'années de plus qu'elle. Ce n'est pas un mariage d'amour... Adèle est mère d'une petit garçon, Charles, qui a douze ans lorsque débute la liaison de sa mère. De plus ; il semble que le fils d'Adèle ne soit pas de son mari ; sa naissance semble avoir suivi de près leur mariage. Adèle est ''tombée enceinte'' et ses parents l'ont alors mariée par convenance avec Philippe Henri Schunk...

Portrait d’Adèle, peint en 1832 par Pierre Daubigny

Aimé lui est veuf, et père de trois petites filles... En 1824, lorsque leur liaison débute, Adèle et Aimé ont tous les deux un peu plus de trente ans...

 

En cette première moitié du XIXe s. le mariage est avant tout un ''établissement'' ; il assure à la femme une position dans le monde... aussi Adèle ne demande pas la séparation de corps, et le divorce est impossible ; elle tien à garder l'estime sociale... Le code l'honneur est alors un code des apparences et repose sur une culture du secret... Si l'infidélité masculine est tolérée, ce n'est pas le cas pour la femme, dont la sexualité est sous surveillance...

 

Le secret engendre un sentiment d'exceptionnalité, une valorisation du sentiment... Les amants sont seuls au monde, contre tous... Et, l’ardeur sans cesse relancée par l’obstacle, le risque, les plaisirs de la transgression et le souci constant d’une absolue clandestinité.

Prudence, crainte d'être découvert... Torture de ne point se voir … Rendez-vous furtifs ; et rencontre avec ses risques... Les promenades avenue de Breteuil ou dans le parc de Saint-Cloud... Se cacher dans la ville : le mystérieux appartement du n˚ 115, dont il importe de ne pas égarer la précieuse cle... Se promener en fiacre à l'abri des regards... Devenir anonyme …

La sphère du secret dépasse les amants... Le mari, a de forts soupçons, mais pour la défense de l'honneur se tait...

Pierre Auguste Renoir
Pierre Auguste Renoir

Pierre Auguste Renoir

Présence, absence... Des lieux divers portent la mémoire de leurs amours : maisons, chambres, jardins … La ville ( la société) est le lieu du mensonge, où l'on joue son rôle : épouse... La campagne ( la nature ) est le lieu où l'on peut être soi-même, le lieu de longues promenades... La nature est une amie pour les amants, elle entretient des rapports avec l'âme humaine : variations du temps, et sentiments de l'âme...

Apparaît un endroit intermédiaire : les bois, et les parcs, où l'on peut se cacher... Les bois sont un lieu essentiel de clandestinité... C'est dans un bois, qu'Adèle « s'est donnée » à Aimé la première fois... Rendez-vous nocturnes …

Dans cette image de l'adultère, le ''chercheur'' exprime la condamnation ressentie, de la part de l'Eglise, de sa voie ''sur les marges'' et solitaire...

 

On peut passer à présent du ''Secret'' à l'amour courtois, à la manière ''romantique'', XIXe s. oblige …. A suivre …

 

Sources :

Paula Cossart : les papiers d’Adèle Schunck - la correspondance réciproque que cette femme a entretenu avec son amant, Aimé Pierre Marie Guyet de Fernex, entre 1824 et 1849 : 1500 lettres retrouvées... Aussi : Clandestinités urbaines: Les citadins et les territoires du secret (xvie-xxe) De Emmanuelle Retaillaud-Bajac

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Résumé de '' Notre Dame de Paris '' de Victor Hugo – 1831 - 2

19 Avril 2019 , Rédigé par Perceval Publié dans #Notre Dame de Paris, #Hugo, #XIXe, #Moyen-âge, #Littérature

Résumé de '' Notre Dame de Paris '' de Victor Hugo – 1831 - 2
Résumé de '' Notre Dame de Paris '' de Victor Hugo – 1831 - 2
Résumé de '' Notre Dame de Paris '' de Victor Hugo – 1831 - 2
Résumé de '' Notre Dame de Paris '' de Victor Hugo – 1831 - 2

Livre IVVictor Hugo revient sur l'histoire de l'enfant Quasimodo, adopté à 4 ans par Frollo, enfant trouvé dans la cathédrale … Frollo est le seul à savoir communiquer avec lui, par signes.

Esmeralda pense au beau capitaine de la garde, Phœbus de Châteaupers, qui l'a sauvée... Elle ne se connaît que deux ennemis, l'archidiacre ( Claude Frollo) et la recluse d'une des logettes de la place de Grève, odieuse vieille à qui autrefois son enfant a été volé par des bohémiennes et qui voudrait dévorer, déchirer de ses griffes toutes les bohémiennes.

Livre V – Il s'agit ici d'alchimie ; et de l'invention de l'imprimerie, le livre va provoquer le déclin de l'architecture, soutient Frollo...

Livre VI : Quasimodo est jugé, puis condamné à deux heures de pilori en place de Grève... Esmeralda qui lui donne à boire.

Livre VII : Esmeralda danse sur le parvis de Notre-Dame, tandis que Gringoire, qui s'est fait truand, est à présent jongleur. Esmeralda est regardée par la foule, mais aussi par Frollo, du haut des tours, et par Phœbus de Châteaupers.

Esméralda retrouve Phoebus et tombe amoureuse de lui. Mais Phoebus est fiancé à la jeune Fleur-de-Lys... Malgré cela, séduit par la jeune gitane, il donne rendez-vous à Esméralda dans une maison 'mal famée' . Au moment où celui-ci tente de l'étreindre et de triompher de ses résistances, Frollo embusqué ( en payant Phoebus, pour assister caché à ses ébats avec la bohémienne..), surgit et le poignarde.

 

Livre VIII : Esmeralda est accusée de ce meurtre et soupçonnée de sorcellerie; elle ne veut pas, pour être sauvée du supplice, se donner à Claude Frollo... - En réalité, Phœbus a survécu, mais elle le croit mort - Esmeralda est condamnée à être pendue. Quand on l’amène devant la cathédrale pour subir son sort, Quasimodo, qui lui aussi l’aime, s’empare de la belle et l’emmène à l’église, où le droit d’asile est un rempart contre la mort. Quasimodo veille sur elle en espérant obtenir son cœur mais il n’y parvient pas.

Livre IX : Esmeralda est toujours amoureuse de Phœbus et croit encore aveuglément que le capitaine l'aime également. L'amour de Quasimodo commence à prendre le dessus sur sa loyauté envers Frollo, au point que, lorsque Frollo tente d'abuser de la bohémienne, Quasimodo lui fait barrage.

Livre X : Les truands avec lesquels vivait la jeune fille viennent la délivrer. Ils assiègent la cathédrale, défendue par les soldats du Roi Louis XI

Livre XI : Frollo - ne pouvant des faire aimer - furieux profite du tumulte pour emmener Esmeralda avec lui et la livre aux griffes d'une vieille recluse, du ''Trou-aux-rats'', en attendant l'arrivée en force de la Justice. Elle reconnaît en 'l'Égyptienne' sa propre fille, Agnès, volée par des gitans quinze ans auparavant.

Du haut de Notre-Dame, Quasimodo et Frollo assistent à l'exécution, par pendaison, d'Esmeralda. Quasimodo comprend que Frollo a livré Esmeralda ; furieux et désespéré il pousse le prêtre du haut de la tour, et va lui-même se laisser mourir dans la cave de Montfaucon, tenant embrassé le cadavre d'Esmeralda, enfin uni à elle pour l'éternité.

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