foi
L'année de la Foi
« Avoir la foi, c'est croire dans quelque chose que je ne peux pas maîtriser, seulement espérer,
qui me vient d'ailleurs. » P Alain-Christian Leraître,
-
La foi n'est pas qu'une conviction transmise par l'expérience familiale, sociale …
-
La foi n'est pas seulement une expérience ...
-
La foi n'est pas une certitude, une évidence … un savoir.
-
La foi … n'est pas de l'ordre de l'avoir... « on l'a, on ne l'a pas... on la perd » …
-
La foi, ne se réduit pas à un condensé dogmatique comme le Credo... « la foi est Quelqu'un » Madeleine Delbrêl
-
La foi ne s'apprend pas, mais elle s'enseigne... Elle n'est pas une somme de connaissance, mais elle est connaissance … ! ( un peu comme l'Amour … ? )
La foi, pourrait être :
-
une démarche, une dynamique … une « force intérieure » qui porte.
-
« Croire, c'est s'appuyer solidement sur ... » le P. Bezançon
-
On peut croire au progrès, à l'amour de sa femme, à l'efficacité de la politique, ou de son génie … Pour un chrétien : la foi, est : « la réponse libre de l'homme à l'initiative de Dieu qui se révèle » ( catéchisme de l'église catholique)
-
Acte d’adhésion individuelle, avec une dimension collective, parce qu'elle rejoint la réponse des générations qui nous ont précédés et des croyants d'aujourd'hui.
Sources : « La Croix » du 1er décembre.
Enseignement bouddhiste, et chrétien ...
Alors que je suivais, l’enseignement de Roland Rech,- moine zen, thérapeute et
directeur du dojo zen de Nice - , au travers de l’émission « sagesses Bouddhiste » ; je traduisais ses propos dans le langage de ma tradition chrétienne
…
Le sujet, ce dimanche, se porte sur la notion de «bodaishin» ou bodhicitta , ce que l'on désigne encore par «Voie d'éveil», ou encore «Esprit d'éveil» dans la tradition zen sôtô.
On ne continue pas le « zazen » pour ses bienfaits, son « bien être » …etc, sans retomber alors , par l'esprit avide, dans ses illusions …
Il ne s'agit pas non plus, d'avoir comme but de se sortir de nos souffrances et de nos attachements, oubliant du même coup les êtres sensibles et qui souffrent eux aussi.
En effet : « Si l’on voit clairement que non seulement tout ce qui constitue notre personnalité est sans substance, mais que nous n’existons que dans des relations d’interdépendance avec tous les êtres, alors il n’est plus possible d’être indifférent à la souffrance des autres. »R Rech
Il y a trois sortes d’esprit : l’esprit de discernement, l’esprit universel et l’esprit embrassant l’essentiel.
-
Citta : L'esprit qui discrimine : le mental ou l’intellect, qui n'est pas à rejeter puisque c’est par l’esprit de discernement que nous nous éveillons à bodaishin. Mais cet esprit est différent de bodaishin...
-
Hridaya : l'esprit universel, qui anime tous les êtres, l'essence de toutes les existences
-
Irita : l'esprit qui ne crée pas de séparation, l'esprit qui permet de s'harmoniser avec cet esprit universel, et qui résulte de la pratique de la méditation, dans le lâcher prise
La bodhicitta correspond donc à l'aspiration que nous avons à atteindre l'état d'éveil... elle a deux aspects, puisque au cours de
cette vie, nous aspirons à une attitude ouverte, chaleureuse et bienveillante à l'égard d'autrui... C'est la bodhicitta relative.
Et, la bodhicitta ultime, ou absolue ; elle désigne le dépassement des illusions qui entretiennent la fiction du soi et la saisie dualiste...
De même, dans les Evangiles, la voie de l'amour , ne consiste pas à trouver dans le service du prochain, un moyen pour gagner le Royaume. La voie évangélique, est de nature supérieure à la recherche, de la guérison, ou d'un meilleur sort matériel … ( c'est évident … ! ) et même de la recherche de notre propre salut ...!
Les trois sortes d'Esprit, relevée par Roland Reich, m'éclairent également, sur la manière trinitaire qu'a l'Esprit de Dieu pour animer ma recherche spirituelle. 1- Jésus, par son incarnation a partagé l'esprit de Dieu, dans le discernement de la réalité quotidienne, jusqu'à la souffrance et la mort. 2- Cependant, Jésus le Christ nous envoie l'Esprit de Dieu, l'esprit universel et essence même de notre existence réelle … 3 -Alors que, l'Esprit de Dieu, est Celui qui unifie, ce qui est séparé ; et représente Le divin, l'amour, l'unique …
Dieu joue aux dés -1-
Einstein se méfiait de la mécanique quantique et de son interprétation dite "probabiliste". Etc... ( voir la théorie … c'est complexe!)
|
|
Niels Bohr (à gauche) et Albert Einstein en 1925. Les deux hommes interprètent différemment la mécanique quantique. : d'où la fameuse phrase d’Einstein : « Dieu ne joue pas aux dés dans l'Univers »... Et, pourtant ... |
En 1981 puis en 1982, Alain Aspect teste expérimentalement le théorème du à John Stewart Bell ( 1964) qui a finalement donné tort à Einstein. La physique quantique bouleverse décidément le sens commun !
La question ( philosophique ) est actuellement la suivante :
Existe t-il une réalité fondamentale ( sous-tendue par les phénomènes observables), même si elle ne nous est pas directement accessible ? Pour y répondre, Bernard d'Espagnat, propose l'expression : « réel voilé » pour désigner cette réalité fondamentale.
|
| Bernard d’Espagnat ( 1921- ) est à la fois physicien et philosophe des sciences. |
« Étant donné que le langage discursif est la voie par laquelle est transmis le savoir détenu par l'intelligence, il ne saurait être capable d'exprimer adéquatement les éléments de cette ultime intuition des choses. En vérité, il semble même qu'il les dissimule. Notre seul espoir de pouvoir jamais les approcher se situe du côté des modes d’expression non discursifs – contemplation, musique, art, etc ..- dans la mesure où ils sont en relation avec l'intuition première des choses » ( Bergson : L'évolution créatrice : 1914 )
Limites de la science, limites de la raison ...
« Le royaume véritable de l'intelligence n'englobe pas tout ce qui est censé
mais, au contraire, est limité à ce qui a des rapports avec l'action humaine... » B d'Espagnat ( Le réel voilé 1994 ),
A mon avis, cette conception du « réel voilé », ne laisse pas place à une assimilation du réel à Dieu comme « omniscient, omnipotent, etc … » ; par contre peut se défendre l'idée d'un Dieu personnel, mais qu'aucun hiérarque ou zélote ne pourrait représenter … !
Pour B d'Espagnat, le Réel voilé est l'Etre lui-même, hors et dans la réalité contingente, et qui exalte l'idée d'une quête de quelque inaccessible. ( Cette quête, a de tout temps donné naissance aux plus belles œuvres d'art.).
Nb / Egalement, Lire ICI: " .... C’est de ce type d’expériences où se mêlent intrication et téléportation que surgit la notion de « non-localité » de l’univers, comme si l’information pouvait être transmise d’une particule à une autre en passant par… nulle part. Comme l’écrit le physicien suisse Nicolas Gisin: « Pour le dire de façon crue : ces corrélations non locales semblent, en quelque sorte, surgir de l’extérieur de l’espace-temps ! ».
Nul ne sait encore à quoi serviront essentiellement ces phénomènes. On a parlé d’ordinateur quantique, on commence à parler d’internet non local. Mais l’impact principal, actuellement, est d’abord métaphysique. Pouvoir court-circuiter l’espace-temps remet en cause nos conceptions aussi bien physiques que philosophiques. Ce que cela induira dans notre culture reste encore à établir mais on ne court guère de risque à affirmer qu’elle en sera bouleversée." Sven Ortoli et Jean-Pierre Pharabod ont écrit Métaphysique quantique : les nouveaux mystères de l'espace et du temps (la Découverte, 2012).
Simone Weil, sur le Parvis... -2- Le dogme
Le dogme est aussi l'une des composantes de ce « nous » de l'Eglise … qui se conserve en définissant un dehors, une zone d’exclusion, qui prend des noms - païens, infidèles, hérétiques, etc. - et des justifications multiples. Plus précisément, le pouvoir de juridiction de l’Église, qui est aussi un pouvoir de délimitation serré entre un dedans et un dehors, repose sur cette petite formule plutôt troublante que souligne Simone Weil :anathema sit. Cette formule qui départage le dedans du dehors en excluant ce qui ne se conforme pas au dogme prescrit... En plus d’être un mécanisme d’exclusion, la formule « anathema sit » se propage ailleurs dans l’histoire et devient le paradigme politique du totalitarisme. ( n'oublions pas les totalitarismes de cette époque …!)
Le Petit Robert dit du dogme : « Point de doctrine établi ou regardé comme une vérité fondamentale, incontestable (dans une religion, une école philosophique ». C'est un peu « léger », comme définition, en tout cas, trop peu « spirituelle » … ! Car enfin, pour être incontestable, il faudrait au dogme de transcender le « mystère » qui l'a fait naître... et c'est précisément dans ce « mystère » que vient s'enraciner la Foi …
« La foi et la raison sont comme deux ailes qui permettent à l'esprit humain de s'élever vers la contemplation de la vérité.» J.P.II ( Fides et Ratio)... ( « La marque de la raison : c'est le doute » Alain, cité par S.W. ) Aussi, n'est-il par irraisonnable de penser que l'humain ne puisse se voir imposer une « vérité fondamentale » à laquelle sa raison n'adhère pas …

Avec Simone Weil, la femme ou l'homme d'aujourd'hui, interroge l'Eglise sur sa manière de concevoir les dogmes.
André Naud témoigne ainsi: « J’ai enfin compris, grâce à Simone Weil, que les dogmes ne sont pas faits pour qu’on se voie obligé d’y adhérer, que la liberté de l’intelligence doit être totale et doit pouvoir s’exercer non seulement sur l’ensemble des dogmes mais sur chacun d’entre eux. J’ai appris à savourer tout ce qu’implique le fait que l’intelligence puisse être ce qu’elle est, même dans la foi. »
Le message évangélique est clair : C'est la vérité ( Jésus, le Verbe …) qui libère. Et cette vérité est de manière ultime, apportée par l'Esprit, dans le plus intime du cœur de l'humain. Si Jésus ne répond pas spécifiquement à touts les questions, l'Eglise, elle, ne peut affirmer donner toutes les réponses. L'Eglise nous propose un chemin d'initiation au « mystère » divin, et non pas une explication du « mystère » …
Aujourd'hui, je serais tenter de répondre à Simone Weil, ... qu'il ne s'agit plus de savoir s'il est possible de croire le Credo.... aujourd'hui, face à de nouvelles questions que se posent l'humanité ; nous ne pouvons plus répondre par de vieilles réponses, et même par le détour des vielles questions... par exemple, aujourd'hui, nous cherchons dans un contexte de pluralisme, et nous ne pouvons pas « croire » être les seuls à détenir la Vérité …
Simone Weil serait rassuré de lire Drewermann ( Dieu en toute liberté ) : « « Etre chrétien, c’est exister et non pas enseigner ex cathedra, être présent à l’instant et non pas s’évader dans un passé dont l’exploration n’a pas de fin; être saisi dans sa subjectivité par le sentiment de la déréliction de l’individu, et non chercher l’apaisement collectif dans une communauté où des vérités estampillées et des signes du salut sont fournis...." clés en main ...!
Illustrations: tableaux de Gerrit van Honthorst, vers 1617
Danger : Religion en vue … -1-
Une « religion » - nouvelle dans notre cas - est sans aucun doute un objet
difficilement identifiable, et potentiellement dangereux.
Dangereux, car elle semble avoir pris le contrôle d'« esprits » qui ne peuvent se résoudre à critiquer, et
bien sûr abandonner leur nouvelle « raison » de vivre … Dangereux, parce que la nouvelle doctrine professée remet en cause, les principes universels et humanistes que notre culture
érigent – depuis des siècles - en « valeurs » de civilisation...
Cette religion est « le post-humanisme »
*****
- Mais, ma première question, est en préalable : Est-il légitime, quand « on est une religion », d'« anathématiser » l'apparition d'une nouvelle religion ; sans réaffirmer violemment posséder, seul, la Vérité... ?
A mon avis le « croyant » ( je n'aime pas ce mot …), ne peut pas être celui qui possède la Vérité, encore moins celui qui est possédé par la Vérité. Il ne peut qu'être : celui qui est sur le chemin de la Vérité...
Une religion, n'a pas toujours l'apparence coutumière, d'un culte rendu à un être supérieur ( je fais court …). Je rapprocherais, pour ma part, religion et idéologie ; et aujourd'hui même, notre société est beaucoup plus sous l'emprise de la religion du néo-capitalisme, que du monothéisme.
Je suis catholique, et je connais mieux les conditions qui sous-tendent ma Foi chrétienne, que les « croyances » qui dirigent ma vie, et mes prochains... Ces croyances, sont
souvent le terreau de mes (nos ) névroses ; et je fais confiance à la science, à la psychologie pour les débusquer... Je maintiens que mon corps et mon âme ( psyché) sont matériels... Je ne
« crois » pas à l'immortalité de l'âme, ni à la métempsychose ; et ce ne sont d'ailleurs pas à mon avis des réponses à des questions spirituelles, mais matérielles... Je pense
qu'infini et éternité sont de l'ordre de la création, et qu'ils sont soumis aux contraintes matérielles de l'existant... La science, aura là aussi, son mot à dire …
Et le danger à mon avis, est d'établir - à partir d'hypothèses scientifiques, et matérielles – un corpus de croyances ; ce à quoi prétend le post-humanisme...
Je suis catholique, et ma Foi repose sur un socle « spirituel ». Ce socle, s'apparente beaucoup plus à « une personne », qu'à un objet ( un livre par exemple ), ou qu'à une « preuve » matérielle... Et, une « personne » : parce qu'il y a le mystère même d'une personne... Pour un catholique, cette personne c'est le Christ : c'est à dire un « homme et Dieu ».
Bref, il m’apparaît de plus en plus, qu'il est humainement dangereux d'absolutiser ( ce qu'à tendance à faire, un peu trop systématiquement, toute religion ...) des concepts sur l'existant ( matériel).
Le dieu de Simone Weil :
Avant de s'exiler aux États-Unis en 1942, - elle remet à G. Thibon négligemment un paquet contenant 12 de ses cahiers écrits à marseille, qu'il " classera " et éditera plus tard dans " La pesanteur et la grâce"; - elle écrit au père Perrin son autobiographie spirituelle, relisant toute sa vie à la lumière de Dieu. Cette lettre d'adieu " Attente de Dieu " a une portée testamentaire puisque Simone mourra un an aprés en Angleterre. La tuberculose et son anorexie l'emportent alors qu'elle n'a que 34 ans.
*****
Extraits de « La pesanteur et la grâce », de Simone Weil :
La création, est de la part de Dieu, un acte de renonciation. Dieu renonce à être omnipotent, à être Tout : « Dieu n'a pu créer qu'en se cachant, lit-on dans la Pesanteur et la grâce. Autrement il n'y aurait que Lui. ». Le dieu de Simone Weil est un Dieu transcendant, qui s'est lié les mais devant le mal, un diue souffrant, un dieu qui n'est pas tout-puissant...Pour S. Weil, ce qu'elle appelle « la décréation », n'est pas un rejet du monde sensible, mais le projet de l'homme qui renonce ( comme Dieu) à l'indépendance que Dieu offre, pour choisir de vivre en Lui... Simone Weil utilise le langage des mystiques : « Dieu a créé notre autonomie pour que nous ayons la possibilité d'y renoncer par amour (…) Dieu par amour se retire de nous afin que nous puissions l'aimer ( …) » Celui qui ressent l'absence de Dieu, ne peut que le désirer …
Quand Simone Weil écrit : « Le moi, ce n'est que l'ombre projetée par le péché et l'erreur qui arrêtent la lumière de Dieu et que je
prends pour un être ( …) Le péché en moi dit « je » », c'est à mon avis, une manière chrétienne de reprendre la vision bouddhiste sur l'illusion du soi ( l’ego). Simone Weil,
a fréquenté et lu en sanskrit « les Upanishads.. ! ... Malheureusement, son anorexie déteint sur sa spiritualité, et refuse, même, le réconfort d'une rencontre du divin … «
Il y a des gens pour qui tout ce qui rapproche Dieu d'eux-mêmes est bienfaisant. Pour moi, c'est tout ce qui l'éloigne ». « Quand Dieu est devenu aussi plein de
signification que le trésor pour l'avare, se répéter fortement qu'il n'existe pas ( …) Il faut préférer l'enfer réel au paradis imaginaire. » … !
Camus admirait Simone Weil... Tous deux méditent sur « la tendre indifférence du monde », pour se détacher du monde terrestre. Il est nécessaire d'accepter ( sereinement …) la nécessité ( les lois inflexibles de la nature ) : « La grâce comble, mais elle ne peut entrer que là où il y a un vide pour la recevoir, et c'est elle qui fait ce vide. »
C'est en ressentant l'absence de Dieu, affirme t-elle, que nous commençons à expérimenter sa présence : « Dieu et le spirituel sont cachés et sans forme dans l'univers. Il est bon qu'ils soient cachés et sans nom dans l'âme » . « Un mode de purification : prier Dieu ( …) en pensant qu'il n'existe pas » … Cela me fait penser à Maître Eckhart... : Dieu n'existant pas sur le même plan que la création, nous ne pouvons pas le percevoir... la réalité surnaturelle peut - dans un premier temps - se confondre avec le néant.
Voir aussi: S. Weil... Loin d'une religion « consolatrice »…
Simone Weil, les années de la foi... -4-
Simone reprend ses cours à Saint-Quentin. Ses maux de tête la torturent.
« Un moment est venu, racontera-t-elle plus tard, où j'ai cru être menacée par l'épuisemet et par l'aggravation de
la douleur, d'une si hideuse déchéance de toute l'âme, que pendant plusieurs semaines je me suis demandé avec angoisse si mourir n'était pas pour moi le plus impérieux des devoirs, quoiqu'il me
parût affreux que ma vie dût se terminer dans l'horreur (…) Seule une résolution de mort conditionnelle et à terme m'a rendu la sérénité ».
En janvier 1938, elle se résout à demander un congé de maladie au ministère de l'éducation.
Un jour de 1938, à Solesmes,
elle vit l'expérience de la conversion soudaine, dont elle a laissé ce récit:
"J'avais des crises violentes de maux de tête intenses. Comme j'avais le poème dont je vous ai parlé, intitulé Amour, je me suis exercée à le réciter en y appliquant toute
mon attention et en adhérant de toute mon âme à la tendresse qu'il enferme. Je croyais le réciter seulement comme un beau poème, mais à mon insu, cette récitation avait la vertu d'une prière.
C'est au cours d'une de ces récitations que, comme je vous l'ai écrit, le Christ lui-même est descendu et m'a prise"
« Au cours de ces offices, la pensée de la passion du Christ est entrée en moi une fois pour toutes » Simone Weil a saisi l'essence de la Passion. Elle relie cette expérience intérieure à son propre état de délabrement physique.
De retour à Paris, Simone relit souvent le poème … Un jour après l'avoir récité à plusieurs reprises, se produit la
révélation : le poème la met « en présence du Christ », lui fait vivre avec une acuité renouvelée l'illumination reçue à Solesmes.
« Dans un moment d’intense douleur physique, alors que je m’efforçais d’aimer […] j’ai senti, sans y être aucunement préparée, – car je n’avais jamais lu les mystiques – une présence plus personnelle, plus certaine, plus réelle que celle d’un être humain, inaccessible et aux sens et à l’imagination, analogue à l’amour qui transparaît à travers le plus tendre sourire d’un être aimé. » ( lettre à Joë Bousquet )
Simone Weil, les années de la foi... -3-
« La mer seule peut me laver de toute cette fatigue » Eté 1935, avec ses parents.
En 1935 au
Portugal, elle assiste à une « misérable » procession... Simone Weil a la révélation du christianisme.
« J'ai eu soudain la certitude que le christianisme est par excellence la religion des esclaves, que des esclaves ne peuvent pas ne pas y adhérer, et moi parmi les autres. » ( Attente de Dieu )
Elle ne dit mot de cette expérience à quiconque. Lycée de Bourges. Elle choque souvent ses élèves par ses vues iconoclastes ( l'union libre, partage des ressources …)
Elle souffre beaucoup d'horribles migraines.
En juin 1936, la grève générale qui suit la victoire du Front populaire vient tirer Simone de son marasme.
La guerre
civile éclate en Espagne. Le 16 août 1936, elle rejoint le front de la guerre d'Espagne, et le noyau des futures brigades internationales . Munie d'une carte de journaliste qu'elle a obtenue
d'une revue syndicale, elle gagne la frontière espagnole. Elle s'expose, la guerre la dégoûte... Elle ne cesse de dénoncer les meurtres et les humiliations dont elle est témoin, et s'étonne du
sang inutilement versé...
« On part en volontaire, avec des idées de sacrifice, et on tombe dans une guerre qui ressemble à une guerre de mercenaires, avec beaucoup de cruautés en plus et le sens des égards dus à l'ennemi en moins. (...) Vous êtes royaliste, disciple de Drumont - que m'importe? Vous m'êtes plus proche, sans comparaison, que mes camarades des milices d'Aragon - ces camarades que, pourtant, j'aimais. » Lettre à Bernanos(Les Grands Cimetières sous la lune est un pamphlet de l'écrivain français Georges Bernanos, paru en 1938
Le fait d'avoir participé à la guerre permet à Simone de défendre un pacifisme radical sans crainte d'être accusée de lâcheté...
Elle fréquente le café de Flore où se réunissent les amis de Souvarine, elle rencontre Maritain, jean Paulhan ; et publie dans les « nouveaux cahiers » un plaidoyer en faveur du pacifisme.
Printemps 1937, elle concrétise un vieux rêve : visiter l'Italie.
Elle se lie d'amitié avec un jeune étudiant en médecine qui soigne sa tuberculose : Jean Posternak. Elle lui écrit souvent pour lui parler de l'art et des classiques …
« En 1937, j'ai passé à Assise deux jours merveilleux. Là, étant seule dans la petite chapelle romane du XIIeme siècle de Santa Maria degli Angeli, incomparable merveille de pureté, où Saint François a prié très souvent, quelque chose de plus fort que moi m'a obligée, pour la première fois de ma vie, à me mettre à genoux. »
Le « principe organisateur », Dennis Gira
Ce principe touche au parcours de chacun, à l'identité, à l'appartenance...
Ce principe est fondamental, pour qui se sent attiré par d'autres traditions... Agiter la
promesse de l'égarement du « syncrétisme », pour dissuader le « chercheur de Vérité », n'est pas approprié, pour le moins !
Le principe organisateur, lui, permet d'aider à progresser sur son itinéraire spirituel ; et bien sûr, il s'applique au dialogue interreligieux, mais aussi au dialogue philosophique , ou politique …
Pour comprendre sa définition ; dennis Gira se propose de commencer à répondre à ce type de question : « peut-on être bouddhiste et chrétien, à la fois ? »
Question complexe !... Car enfin, « qui est ce « on » ? » ne faut-il pas connaître la personne concernée par cette question, sa trajectoire spirituelle, culturelle et intellectuelle ? S'agit-il derrière la question, d’adhérer à un groupe donné, ou d'un engagement total au sein d'une tradition religieuse qui donne sens à sa vie ? …. Quelques exemples :
-
Un ami vietnamien, converti au christianisme, peut se considérer bouddhiste et chrétien.. Il se dit chrétien, quand il approfondit sa connaissance de la foi chrétienne et participe à la vie de l’Église ; et il se dit bouddhiste quand il affirme ses racines culturelles et ses liens familiaux … Cet ami n'est pas impliqué également sur des trajectoires parallèles …
- Cet ami français, a été baptisé bébé, et n'a jamais été « catéchisé » … Il a cherché ailleurs la source qui étancherait sa soif de vérité ; cette recherche l'a conduit au bouddhisme... Son principe organisateur est fortement bouddhiste... Quand il s'affirme également catholique; il parle du baptême, du mariage et de son milieu familial …
Le principe organisateur de chacun part dans leur trajectoire spirituelle de leur expérience la plus intime...
Pour un chrétien, la Foi en la personne de Jésus-Christ constitue le pivot de son expérience...
En s'adressant à un bouddhiste, il sera difficile d'interpréter les différents aspects du bouddhisme à la lumière de ce principe... Et, inversement
…
Par contre, c'est différent, s'il s'agit d'un chrétien à qui l'on s'adresse et que l'on tente d'interpréter ces mêmes aspects du bouddhisme à la lumière de ce même principe …
Ce qu'il faut retenir : c'est qu'il est difficile d'imaginer un dialogue interreligieux entre deux personnes dont l'une a un seul principe
organisateur et l'autre pense en avoir deux, dont celui de son interlocuteur – ce qui semble le cas de quelqu’un qui pourrait penser être à la fois bouddhiste et chrétien .
- Il peut encore se présenter les cas d'une personne, qui suite à la rencontre d'une autre voie spirituelle, souhaite en intégrer une pratique à leur cheminement intérieur. Par exemple, pour un chrétien, pratiquer le zazen... Finalement, le zazen est authentiquement bouddhique uniquement pour un bouddhiste, c'est à dire pour quelqu’un dont le principe organisateur est indissociable de la cohérence interne du bouddhisme zen. Le chrétien le situe dans une nouvelle cohérence, et il est inapproprié de penser qu'il est bouddhiste et chrétien à la fois . Et, il ne s'agit pas là de « syncrétisme » … !
Le principe organisateur, est un antidote naturel à toute forme de syncrétisme, et à toute peur de l'autre... Son propre, est
d'organiser ou plutôt de réorganiser la pensée quand elle s'interroge ou s'enrichit des idées des autres … Ce principe aide également chaque fois qu'une personne veut dire aux autres sa foi la
plus profonde car elle sait, ou devrait savoir, que ce qu'elle va dire alors doit être compréhensible pour ses interlocuteurs... Il lui faut donc prendre en considération leur sensibilité, leur
vocabulaire, la cohérence de leur tradition ..etc Finalement elle pensera sa foi autrement et laissera de côté, ou mettra entre parenthèses, certaines formules chères aux chrétiens si elle les
juge inaudibles...
Bien sûr, c'est une gageure de résumer ce que Dennis Gira
tente de nous faire comprendre avec beaucoup de pédagogie et d'exemples concrets, ce
point fondamental du « principe organisateur » ... Il serait plus raisonnable de lire le texte complet …
Je comprends également, que l'évangélisation, ne peut se faire in-extenso ; elle répond aux mêmes règles que le dialogue interreligieux, et doit répondre à la cohérence de chacun …
Se questionner sur le « Dieu »
La Foi, m'oblige à remettre en question la parole sur « Dieu ». la quête du sens passe, au fil du temps, par des chemins nouveaux...
|
|
| Dieu a donné forme au chaos par sa Parole, l'avenir dépend de nos choix : « choisis la vie ! » Dt 10,15 |
La vision dynamique et expansive de l'univers, l'évolution des espèces... me fait prendre conscience de la chaîne évolutive dont je suis redevable. Je suis immergé dans un monde en constante transformation où tout se trouve en relation … La pensée de Teilhard de Chardin, m'aide à reposer la question de la création .
Le « Dieu » ne peut que participer lui-même à ce flux de transformation et de relation. Définissons-le comme l'auteur et l'acteur de ce processus ; et comme objet lui-même du process ( sa nature conséquente ) (1)
Ma tradition m'apporte que le « Dieu » d'Abraham et de Jésus, est celui dont la Parole organise le « chaos ». Il n'est pas « l'être le plus puissant », mais Puissance qui fait « être »...
S'il y a harmonie, ou ordre de l'univers ; c'est qu'il y a une restriction des possibles... mais, également une multiplicité de possibles ouvrant le futur.
Le dynamisme créateur de Dieu ouvre, comme à tout ce qui se laisse habiter par sa force de vie, de nouveaux possibles. Dieu est une puissance d'attraction vers le meilleur ( l'amour ...etc ).
|
| Sans cesse Dieu « appelle à l'existence – ce qui n'est pas - » ( Rm 4,17 ) |
Ma tradition, également, m'apporte « l'incarnation », et la « kénose » de Dieu … Que puis-je en dire .. ?
Ce « Dieu » est entièrement impliqué dans l'Humanité. Il n'est pas dilué ( panthéisme..). Dieu est lui-même « transformé » par ce qui arrive dans la création... Dieu a besoin de nous ! L'Amour de Dieu est sans limite ( tout puissant …), mais sa « puissance » est limitée par l'orientation prise par la création... Ce Dieu souffre de nos résistances ; ce Dieu incarné, qui entre en relation, ne peut être que transformé par cette relation ( sinon, elle serait « fausse »... ).
|
|
« Mon Père, jusqu'à présent, est à l'oeuvre, et moi je suis à l'oeuvre » ( Jn 5,17) |
Si avec Jésus-Christ, la mort n'a pas eu le dernier mot, c'est que Jésus a parfaitement laissé agir en lui le dynamisme créateur de Dieu.
Le Dieu de Jésus-Christ, a fait alliance avec le monde. Il ne peut rester figé dans son éternité. Je ne crois pas en Dieu situé dans un au-delà énigmatique, à la « toute-puissance » absolue et indifférente, ou qui ne tiendrait pas compte de la liberté et de la responsabilité du monde …
Sources : Claude Dubois ( la Revue du réseaux des Parvis), qui reprend lui-même quelques aspects de la « théologie du process » (1) : essai pour comprendre et dire Dieu dans un souci de dialogue avec la culture et les savoirs contemporains. Elle a le grand mérite d'être une théologie de la liberté au souffle d'un Dieu « faisant chaque jour toutes choses nouvelles » ( Ap 21,5),
Voir : J. Moltmann, P. Tillich, Hans Jonas, A Gounelle... Et F. Varillon ...



