foi
La recherche du sens aujourd'hui -2-
La recherche du sens :
Le sens n'est pas connu d'avance. Nous avons toujours à interpréter « les signes des temps ». Interpréter, c'est se questionner à neuf. C'est quelque chose que le judaïsme, nous apprend très bien : il y a une Parole ( personnelle et bien peu collective ) de soi à plus grand que soi... Parole qu'il ne faut jamais cesser de dire, de lire, de mâchonner, et d'interroger, et non pas pour la saisir et la rigidifier, mais pour l'interpréter... Il n'y a pas de rapport objectif avec cette connaissance, nous attendons trop souvent une parole d'expert ( cette sécurité a un rapport bien sûr avec notre peur …)
Nous n'avons pas à construire un sens fixe, mais accepter l'incertitude du sens – ce qui ne veut pas dire qu'il
n'y a pas de sens – .On ne peut pas faire ce que l'on veut, il y a un sens à questionner encore et encore … Le judaïsme, lui, accepte que le sens ne soit pas définitif... Le sens n'est pas
« subjectif », il s’interprète, il se partage, il est toujours à rechercher.
Il n'y a de lecture réelle de la Parole, qu'en tant qu'elle nous travaille, qu'elle nous transforme …
La peur : exemple, lu dans la presse
: « C’est une question de valeur
morale, de civilisation même, explique Anne-Charlotte, mère de quatre enfants qu’elle dit vouloir “protéger de la déliquescence” de la société. Cela veut dire qu’on pourra habiller les filles
comme des garçons et des garçons comme des filles, en leur expliquant que c’est normal. »
« L’aventure moderne est donc une aventure de la liberté. Elle nous montre comment habiter un monde où la stabilité n’est pas donnée préalablement, où le chaos est reconnu. Ce monde troué, sans repères sûrs, est une chance. Ma conviction est que notre époque est heureuse si on est à la hauteur de ce qu’elle nous adresse, et malheureuse si nous nous y fermons, comme c’est trop souvent le cas. » Fabrice Midal

« Pollock ( peintre : ci-dessus.) témoigne d’un espace où le chaos n’est plus une menace… Pour nous Occidentaux, c’est très difficile à penser et pourtant urgent. L’instabilité n’a pas à être une menace, mais notre refus de la reconnaître est une catastrophe. » F Midal
Rilke : « Les dragons ne sont peut-être que des princesses qui attendent d’être reconnues. »
Ce texte 'personnel' est inspiré des propos de Fabrice Midal, à propos de son dernier livre : Auschwitz, l’impossible regard.
De Noël, au Royaume à construire
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Noël, c'est parfois, pour quelques instants ou quelques jours, la trêve des égoïsmes habituels. On se prend ainsi à rêver d'un monde où, grâce à la mobilisation générale des bonnes volontés, régnerait enfin la paix.
Un rêve? Non, mais - selon le témoignage de Jésus - le dessein très concret conçu par Dieu dès le
commencement - et dont, infatigablement, il poursuit la réalisation malgré les refus et les incompréhensions des hommes. Tout au long des siècles, il les a patiemment formés dans
l'espérance d'un Messie, un Sauveur, qui libérerait les hommes et le monde de tout esclavage et de toute violence...
Le règne de Dieu peut commencer ...!
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Quelle place, dans la foi, tient aujourd'hui la virginité de Marie ?
La virginité perpétuelle de Marie, est une « Vérité » qui reposerait sur la réplique de
Marie à l'ange Gabriel venu lui annoncer son enfantement divin: "Comment cela se fera-t-il, puisque je ne connais point d'homme?" (Luc, I, 34).
Polémiquer sur la rupture ou non de l'hymen de la mère de Jésus, ne relève t-il pas d'une lecture matérialiste des Evangiles ? Cette lecture amène à nous interroger sur le fait que Marie ait pu concevoir le Christ en son sein sans avoir eu de relation avec un homme, mais aussi qu'elle lui a donné naissance ... sans que son hymen soit rompu. Ce qui implique que Jésus soit né miraculeusement, en sortant de son ventre … comme Jésus ressuscité rentrait dans les maisons: sans passer par la porte !
Marie « est restée Vierge en concevant son Fils, Vierge en l'enfantant, Vierge en le portant, Vierge en le nourrissant de son sein, Vierge toujours. [...] Il se créa donc une Mère tout en demeurant dans le sein de son Père ; et naissant d'elle, il ne cessa de demeurer en Lui. Et comment aurait-il cessé d'être Dieu en se faisant homme puisqu'il accordait à sa Mère de ne pas cesser d'être Vierge, tout en l'enfantant ? Aussi en se faisant chair le Verbe n'a point péri, il ne s'est point transformé en chair ; c'est la chair qui s'est unie au Verbe pour ne point périr. » Saint-Augustin dans un de ses sermons.
Peut-on croire à la fois en la conception virginale et en l'Incarnation ? Si Jésus est Dieu et homme, n'est-il pas à la même enseigne que tous les humains... ? Pourquoi « désincarner » Marie ?
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Jan Gossaert dit Mabuse (1458-1541) est un peintre flamand. Si on excepte la nudité de la poitrine, sa Danaé est traitée comme la vierge Marie, une attitude modeste et soumise, le regard reconnaissant, on peut y ajouter le bleu du vêtement bien qu’à cette époque la relation ne soit pas encore aussi forte entre Marie et la couleur bleue. |
Fra Angelico |
René Laurentin (1) dans son Court traité sur la Vierge Marie, défend ce « dogme » ; en expliquant que l'âme est souvent ( et malheureusement ) présentée « comme un double et un au-delà du corps, alors qu'elle en est la forme substantielle et constitutive. Le corps est fâcheusement conçu comme un vêtement, voire une "guenille" ou "une prison de l'âme", alors qu'il en est l'organe vivant et transparent, le signe connaturel. Nos contemporains pensent facilement que ce qui advient au corps n'a pas d'importance pour l'"âme". Quoi d'étonnant que le mystère corporel et spirituel de la virginité en général et de la virginité dans l'enfantement en particulier, paraisse dépourvu de signification religieuse et qu'on bute également sur la transfiguration du Christ chère à l'orient, et, plus généralement sur tous les mystères qui impliquent un rayonnement des réalités spirituelles au niveau du corps?, Laurentin, pp. 177-178.
« Selon la Tradition, en effet, elle est parfaitement "Mère" en même temps que parfaitement vierge. La virginité ne
diminue pas plus la maternité comme telle, que la divinité du Christ ne diminue son humanité. Il ne faut donc pas hésiter à dire: Marie, intégralement Mère, a mis au monde par ses forces
naturelles, avec ce sentiment de don de soi, de maîtrise de soi, et de liberté qui convient à une authentique maternité [...], Laurentin, p. 178
Comment les Pères de l'Eglise ont-ils pu concevoir une « chose » aussi exceptionnelle et non-naturelle ? Laurentin répond qu'ils « Ils s'expriment à ce sujet dans une langue religieuse et poétique, non en termes cliniques. Nous imiterons cette discrétion qui tient à ce qu'ils expriment le droit fil du mystère, et entendent nourrir la foi, non la curiosité. »
Pourquoi affirmer un tel « mystère » ?
Parce qu'il serait lié à la « naissance du Verbe »... Les pères chercheraient à affranchir la naissance
de Jésus, des servitudes et déterminismes de la chair. Le fils de Marie, selon l'humanité est ainsi bien le fils de Dieu de toute éternité.
Comment exprimer que Jésus, est homme mortel, et divin dans sa perfection universelle et éternelle ?
De plus, la vierge Marie voudrait représenter « l'icône parfaite de la foi qui est l'âme de la virginité. » parce que « elle réalise corporellement ce que l'Eglise réalise
spirituellement dans sa foi, c'est-à-dire la virginité dans la fécondité, elle qui a conçu Dieu en son coeur avant qu'en son corps (Augustin) »
Jésus-Christ et le couronnement de la Vierge- Marie:
la-peinture-de-sienne-eglise-sata-maria
Pas sûr, qu'aujourd'hui nous comprenions très bien ce rapprochement entre Marie, l’Église et la foi
… !
Marie serait la « nouvelle Eve », donc un nouveau point de départ de la création …
Alors, si j'apprécie le symbolisme du corps, comme partie intégrante de l'homme, qui est sauvé par le Christ... Il
m’apparaît, qu'aujourd'hui, nous ne pouvons comprendre que la non-virginité soit l'image de la chute...
Ainsi, Justin philosophe chrétien du IIème siècle, oppose Ève et Marie. Il explique qu'Eve était "vierge et non souillée" avant d'écouter le serpent. Pour réparer la faute d'Eve, Marie doit forcément être vierge.
Ces conséquences théologiques, aujourd'hui, deviennent incompréhensibles … !
(1) René Laurentin est né le 19 octobre 1917 à Tours (France). Prêtre, théologien, exégète, historien, spécialiste notamment des apparitions mariales. Ancien expert au Concile Vatican II, Membre de l’Académie théologique pontificale « Pontificia Academia Mariana Internationalis » de Rome...
La "conversion" d'Ignace de Loyola -3-
« Inigo », de François Sureau ( 2010 ) est le récit d'une conversion, d'une aventure intérieure qui a lieu de 1521 à 1523, d’une tourmente spirituelle à une époque charnière où l’ère chrétienne, médiévale et féodale, bascule dans la Renaissance, autrement dit dans la modernité.
C'est dans sa chambre de convalescent qu'« Un matin, il s’aperçut que le Roi d’Espagne ne lui suffisait plus. Ni le roi ni sa cour, ni ses généraux ni ses prêtres : ils n’étaient que des hommes arrêtés à mi-chemin et qui se satisfaisaient de peu de chose. Ils portaient de l’or et de la pourpre, mais vivaient d’arrangements, comme le moindre des fermiers du Guipúzcoa. Il passa tout le jour à chasser cette pensée, qui revenait sans cesse. » (p. 74)
Jacopo TINTORET 1518-1594 Conversion Saint-Paul
Quel est l'objet de sa conversion, sachant qu'Ignace n'était pas un païen, mais un chrétien du passé, d'une foi reçue mais non choisie … Sa « conversion » n'est que l'amorce d'un long et douloureux cheminement où vont alterner illuminations, visions, pleurs, doute, désespoir, lassitude..etc
« Une nuit qu’il ne pouvait plus prier en silence tant sa confusion était grande, il se mit à hurler en appelant Dieu au secours. Il lui disait n’avoir trouvé aucun remède chez les hommes ou en lui-même. Il suppliait que Dieu lui montrât ce qu’il devait faire pour être délivré. Il se dressait éperdu devant le Créateur, et d’une voix inhumaine lui promettait de suivre même un chien, si c’était ce qu’il devait faire. Réveillés par le bruit, deux frères dominicains, alarmés, vinrent frapper à sa porte. Il ne leur ouvrit pas. Il était au-delà de la charité des autres. Il n’avait plus confiance que dans ce Dieu invisible qui s’était pourtant retiré de sa vie. » (p. 130)
« L'appel de Dieu n'a pas contredit cette nature, mais l'a poussée, en la purifiant, à son point d'aboutissement »
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| Jacopo Robusti, dit Tintoretto, en français Le Tintoret, (1518 - 1594) |
«Dieu vient chercher les hommes là où ils sont nés et tels qu’ils sont» (p. 15). Il prendra Inigo avec sa violence, son désir de gloire et des femmes, son goût du bonheur aussi. Nul saint n’a choisi de devenir saint. Inigo cherche la joie, «avec le pressentiment d’une vie plus grande cachée sous l’autre» (p. 63)
« Il comparait ce qu’il avait lu et ce qu’il avait vécu », indique François Sureau, soulignant par là l’originalité de ce qui deviendra la méthode ignacienne : un regard libre sur une expérience éprouvée. Il lit saint Augustin et saint Benoît. « Il ne s’agissait pas de se conformer aux traditions pour trouver sa place dans un monde qui n’était chrétien qu’en apparence »
Ignace devient pauvre avant de devenir saint, Inigo vit d’errances et de mortifications. « D’où tenait-il que Dieu lui avait demandé de pareils sacrifices ?» se demande l’auteur. L’orgueil prévaut dans les macérations. Et la prière, Inigo l’apprend : « On se tait en présence du roi. Il voulait se taire en présence de Dieu. La plupart des mots que prononçaient les hommes étaient inutiles, et les autres étaient impurs.»
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| Le Tintoret, La Cène (Ultima cena), 1594, Basilique San Giorgio Maggiore de Venise |
Plus qu'une conversion, Inigo vit une libération de ce qu'il croit être, à la lumière de l'expérience … La liberté est indissociable de l'appel de Dieu. Il s'agirait, dans l'idéal, de confirmer le projet que Dieu a sur nous. Se libérer de ce qui n'est pas moi, pour que j'existe enfin !
Ce qu’a appris Inigo, on le retrouve dans l’œuvre de Simone Weil : on ne se rend pas libre par un effort de volonté mais au contraire par la passivité, l’abandon à l’amour de Dieu.
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François Sureau est un écrivain français né en 1957 à Paris, avocat, énarque, anciennement maître des requêtes au Conseil d'État. Il est également le cofondateur et codirecteur de la Revue française d'économie. il est également président fondateur de l'association Pierre Claver, aidant les personnes déplacées par force de leur pays d'origine et trouvant refuge en France.
L’auteur qui avoue en fin de livre « Les mitres et les chasubles ne m’ont jamais plu et tout cet appareil processionnaire où l’orgueil des hommes se complaît, dans lequel ils me paraissent prostituer Dieu à leur désir de gloire, et par lequel ils maintiennent les peuples dans une crainte révérencielle qui justifie à mes yeux l’athéisme le plus incommode ».
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J'ai retrouvé [chez Ignace] un écho du Rimbaud de l'errance, qui était mû, écrit Bonnefoy, par le
« double désir d'un corps et d'une âme, d'un salut et d'une liberté dans le salut ». C'est par là, je crois, qu'Ignace m'a touché d'abord, avant même que je le
connaisse mieux. Que l'humiliation fût un moyen d'y parvenir, cette idée si étrangère à nos contemporains ne m'a pas rebuté. Quiconque a tenté de garder les yeux ouverts après
la trentaine sait sur quoi se fonde l'estime de soi et l'estime des autres et ce qu'elles valent. Que l'on pût vouloir s'en priver, comme Ignace l'avait fait, ne m'a pas
étonné. La conversion, entendue au sens non seulement d'une illumination mais aussi d'un exercice, lui avait rendu visible cette espèce de fluide du mal, qui s'insinue partout, et dont nous
pouvons freiner, ou au contraire accélérer, la circulation. Il avait compris qu'il dépend de chacun que l'empire du mal s'étende ou se réduise; je parle ici du mal
concret autant que du mal moral, de la guerre comme du mensonge, de la faute secrète et des spectacles auxquels j'ai assisté en Bosnie ou en Afghanistan et qui m'ont rendu Ignace très
proche, parce qu'il donnait du mal, non pas une explication - ce serait, dit Augustin, voir les ténèbres ou écouter le silence - mais une description utile et réaliste. Et cette description
était encourageante. Que l'homme se montre oublieux de sa filiation divine, qu'il laisse le désordre des illusions l'emporter, alors il cesse d'être libre et créateur, et le
mal conquiert de nouveaux espaces, de nouvelles âmes.C'est la victoire de la mort, une sorte de dé-création. Qu'il se souvienne, se discipline et réponde à l'appel qui
lui est adressé, il devient - fût-ce au prix d'une rude ascèse - celui en qui Dieu lui-même peut se reconnaître, parce qu'il collabore aux mille aventures d'une Création qui préfigure le
Royaume. Serviteur inutile, sans doute, mais serviteur conquérant et, d'une certaine manière, joyeux.
p. 146-147 François Sureau, Inigo |
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L'attente de Qui ?
« L'Avent » : nous attendons le Seigneur... Dans quelques jours, nous n'attendrons plus : il sera là … ! Il y de la logique, du bon sens … et quelque chose qui me gène pour avancer... ? J'attendrais Dieu ? Non.. ! Il est là, présent …
Il s'agit en fait d'une erreur de perspective...
Un message posté sur le blog d'Orfée45 , trouve les mots...
Bien sûr ! L'attente de Dieu : c'est Dieu qui attend !
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" L’attente de notre venue à nous, vers Lui. Mouvement qu’il attend, en retour, qu’il attend tellement, aussi patient dans l’attente qu’il est lent à la colère.
Et si le Temps n’était que … l’Attente de Dieu ? L'une de ses expressions... " |
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L'avent, c'est peut-être aussi, une pédagogie divine : Dieu qui se fait attendre, pour en éprouver le « manque »...
Il y a aussi l'attente – façon Simone Weil - « elle y voyait la vigilance du serviteur tendu vers le retour du maître. Ce titre exprime aussi le caractère inachevé qui, à cause même des nouvelles découvertes spirituelles qu'elle fit alors, tourmentait Simone. » ( cf Préface de JM Perrin )
De l'épée au savoir, avec Ignace de Loyola ( 1491-1556) -2-
La quête d'Ignace de Loyola commence par une expérience de conversion, au double sens du terme.
D'une part une
découverte nouvelle de Dieu et d'autre part un changement dans sa manière d'appréhender l'existence. Bref, un changement de direction au cours de sa marche.
Dans sa poitrine bat un nouveau cœur: non plus celui d'un soldat, mais celui d'un moine-chevalier. Avant de quitter sa chambre de malade, il fait le vœu d'être l'esclave, le champion, le
chevalier errant de Marie. Elle est la Dame de son cœur: en bon chevalier, il se rend au sanctuaire de la Vierge à Montserrat, où il dépose ses armes devant sa statue et veille toute la
nuit.
Sa référence reste la chevalerie, et celui qu'il sert est - le Christ ...
Il décide de ne pas
manger d'autre nourriture, de ne pas porter d'autres vêtements que ceux de son Roi, et de supporter les mêmes épreuves et les mêmes veilles. Abandonnant son panache et son armure, son épée et son
bouclier, il revêt une cape de mendiant. Il se retire dans la montagne à Manresa, où il vit quelque temps dans une grotte obscure. Là il se livre à toutes les pénitences et à toutes les
mortifications pratiquées par les premiers anachorètes dont il veut imiter la sainteté. Un jour on le trouve gisant à l'entrée de la grotte, à moitié mort.
Si l'habit du pèlerin a remplacé celui de l'hidalgo, les conflits sous-jacents sont loin d'être réglés. .. Les Exercices spirituels, mis au point à ce moment-là, en portent la marque : le narcissisme du soldat entièrement donné au service de son roi fait place au narcissisme du saint, enrôlé sous l'étendard du roi céleste. A l'époque, le monde était au pèlerinage et plus particulièrement vers Jérusalem. Pour inaugurer cette vie nouvelle, Ignace se fait pèlerin.
Grotte d'Ignace de Loyola, à Manresa
Après le pèlerinage en Terre Sainte, émaillé de quelques éclats passionnés dus à son caractère... Ignace désapprend enfin ses rêves. Avec la certitude que Dieu est présent et travaille ce monde, il va chercher ses traces vivantes au cœur des hommes de son temps.
Il sera désormais habité par la question " Quid agendum " Que faire ?
Il décide, pour mieux conduire les âmes et accomplir sa nouvelle mission, de reprendre et de poursuivre ses études. En effet, partager l'audace de son temps, c'est prendre l'outil de son époque ( non plus l'épée... ) mais le savoir. Il sait que le Seigneur Dieu lui donne rendez-vous là où s'instruisent les hommes qui préparent le monde de demain. Ignace passe du Moyen-Age à son temps, et sa manière de faire ce passage donne naissance à une spiritualité, une manière d'aller à Dieu et d'être du monde, et à une pédagogie.

Pour Ignace de Loyola, rien ne se vit hors du monde. Le monde est le lieu où l'homme puise ses richesses, où l'homme est appelé à poursuivre l'œuvre de création. Ignace à une vision du monde qui le lui fait aimer.
Dieu serait-il inutile ?
Dieu est incompétent pour résoudre nos problèmes quotidiens... Peut-on, d'ailleurs, lui reprocher les dérèglements
de l'univers ?
Et l'inutilité d'une chose, peut induire une certaine indifférence … ( D'une chose oui, mais de l'être … ? )
Dans nos sociétés sécularisées, il est incontestable que Dieu a perdu un certains nombre de fonctions :
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La science légitimement peut rejeter l'hypothèse de la « cause première » …
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L'homme (seul) peut progresser en « humanité » ; à tel point que croyant ou incroyant, nous avons à assumer notre condition humaine, comme si Dieu n'existait pas : Dietrich Bonhoeffer du fond de sa prison de la Gestapo disait qu'à l'époque moderne, il s'agit de vivre devant Dieu l'absence de Dieu dans le monde...
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Sur le plan social, malheureusement une certaine théologie a légitimé un certain ordre social... Et depuis l'époque moderne, l'institution ecclésiale n'est plus une force de progrès social .. !
L'avantage d'un tel constat, est de pouvoir facilement rejeter toute image d'un Dieu-explication de toutes les
énigmes, un Dieu recours et manipulé … ! Il est trop facile de définir Dieu comme la réponse à toutes nos attentes.
Aujourd'hui, nous préférons parler de « gratuité », plutôt que d’utilité de Dieu... Gratuit vient de « grâce »... La grâce ne se quantifie pas, la grâce est de l'ordre de la « beauté », du « plus » que le nécessaire ...Plus que le nécessaire, parce que l'on peut découvrir alors l'au-delà de la contingence éphémère, l'au delà du non-être ...
Dieu ne répond pas aux besoins contingents … !
Illustrations de Igor Morski
Attente... un avent de quoi ..?
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| Edward Hopper: Une attente qui semble sans espérance |
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« Une idée d'orage hésite au bord du ciel clair. Le matin s'arrête en route il a oublié sa faux.
Le chemin s'arrête, il doute. » Jean Grosjean. ( Aube. ) |
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Quand la beauté s'absente, ce n'est pas la laideur qui prend sa place, mais son absence: ce qui reste de la beauté lorsqu'elle s'est retirée, ou la trace de Dieu, après que la foudre se soit abattu sur notre âme...
- Les tableaux sont de Bernard Fichera -
Poète, traducteur de la Bible, Jean Grosjean est né le 21 décembre 1912 et a travaillé comme ouvrier avant de reprendre ses études secondaires, notamment latin et grec et d'entrer au séminaire. En effet dès 1920, il découvre la Bible qui restera tout au long de sa vie un pôle très important, Bible qu'il traduira et qui sera une source d'inspiration majeure pour son œuvre poétique. Il est ordonné prêtre en 1939, mobilisé. Il est fait prisonnier et rencontre André Malraux au camp de Sens. En 1950, il quitte la prêtrise et se marie. Il est mort le lundi 10 avril 2006.
Foi, espérance et Amour.
La foi, l'espérance et l'amour ; me semblent trop puissantes pour mes possibilités d'action ; et trop fragiles face aux passions de ce monde …
Pour ma part : je sais qu'elles sont là... mais je m'en débrouille si mal … !
La Foi, la Charité et l'espérance de Fra Filippo Lippi, Ghirlandaio
Les trois vertus théologales sont la foi, l’espérance et la charité. Elles tirent leur origine de la fameuse trilogie paulinienne en 1 Co 13, 13 : « Maintenant donc, ces trois-là demeurent, la foi (pistis), l’espérance (elpis) et l’amour (agapè) mais l’amour est le plus grand. » Elles sont nommées théologales pour la raison qu’elles qualifient la relation de l’homme à Dieu.
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| Maurice Denis: les 3 vertus à l'issue de la guerre. |
Les « vertus théologales » sont des dispositions que Dieu met en notre âme, elles sont trois et se réfèrent à la Trinité :
- la Foi : don de Dieu, qui appelle une réponse de l'homme
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l'Espérance :
- le mal ( la souffrance, la mort …) n'aura pas le dernier mot..
- Et, .. "Un Dieu qui aurait une réponse immédiate à toutes nos soifs ne serait pas un Dieu de liberté". Antoine Nouis
- L’espoir s’estime à l’aide de la raison. L’espérance se vit sous le regard de la foi !
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la charité ( l'amour) :
Hannah Arendt, dans ses vies politiques raconte l’histoire suivante à propos de Jean XXIII : « Le Vatican payait ses ouvriers un salaire
de misère malgré la doctrine de Rerum Novarum de Léon XIII. Jean XXIII se promenant demande à l’un d’eux comment cela allait, et l’autre lui répondit que ça allait mal vu le peu qu’il était payé
et le nombre de bouches qu’il avait à nourrir. Le Pape qui pensait avoir le pouvoir de changer les choses alla voir ses cardinaux pour améliorer le sort des ouvriers se vit répondre qu’on ne
pouvait faire face à de nouvelles dépenses sous peine de rogner dans les oeuvres de charité. Le Pape répliqua alors imperturbable qu’il fallait rogner car la justice passe avant la
charité »
L'année de la Foi
« Avoir la foi, c'est croire dans quelque chose que je ne peux pas maîtriser, seulement espérer,
qui me vient d'ailleurs. » P Alain-Christian Leraître,
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La foi n'est pas qu'une conviction transmise par l'expérience familiale, sociale …
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La foi n'est pas seulement une expérience ...
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La foi n'est pas une certitude, une évidence … un savoir.
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La foi … n'est pas de l'ordre de l'avoir... « on l'a, on ne l'a pas... on la perd » …
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La foi, ne se réduit pas à un condensé dogmatique comme le Credo... « la foi est Quelqu'un » Madeleine Delbrêl
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La foi ne s'apprend pas, mais elle s'enseigne... Elle n'est pas une somme de connaissance, mais elle est connaissance … ! ( un peu comme l'Amour … ? )
La foi, pourrait être :
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une démarche, une dynamique … une « force intérieure » qui porte.
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« Croire, c'est s'appuyer solidement sur ... » le P. Bezançon
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On peut croire au progrès, à l'amour de sa femme, à l'efficacité de la politique, ou de son génie … Pour un chrétien : la foi, est : « la réponse libre de l'homme à l'initiative de Dieu qui se révèle » ( catéchisme de l'église catholique)
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Acte d’adhésion individuelle, avec une dimension collective, parce qu'elle rejoint la réponse des générations qui nous ont précédés et des croyants d'aujourd'hui.
Sources : « La Croix » du 1er décembre.
« Il ne ferait aucune différence entre les castes
»


C'est précisément là, au coeur de la crise, dans nos tourments, que le poète y voit aussi une
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