foi
Libérons nous de nos croyances.
A travers cette mise en garde « libérez-vous de vos croyances » - conseil tout à fait bouddhiste ; il y a – à mon avis - également une part de « vérité chrétienne ».
Le Bouddhisme est bien une
religion ( dans notre langage, pas le leur … ! ) ; mais une part de lui-même lutte constamment contre les croyances induites ( la plupart constructions « populaires »). Le
bouddhisme est une connaissance ( le dharma ) et une pratique : il faut « voir » pour comprendre … et pratiquer pour voir …
Dans le bouddhisme « les déités » sont des réalités secondaires...
Nos pensées créent des formes... Il ne suffit pas de dire qu'elles sont illusoires ; elles existent bien sur un certain plan.
Parfois, elles sont même « imagées » par des déités,
des symboles, des personnages archétypiques … Si elles deviennent trop nocives ou envahissantes, il est bon de les supprimer !
Pour ma part, j'ai supprimé le « Dieu-Jupiter ».
Le bouddhisme zen aime rappeler cette sentence : " Si tu vois le Bouddha, tue-le ! " Et pourtant... Il s'agit bien dans l'objectif de zazen de contempler la nature de Bouddha .. !?
Le moine zen Kosen , d’ailleurs répond ceci : « Qui y a-t-il d’autre à voir que Bouddha?
Comment tuer ce qui est sans naissance et immortel ?
Si tu le vois à l'extérieur tu mourras, si tu le vois à l'intérieur t'es déjà mort depuis longtemps.
S’il te voit de l'Intérieur, il t'aimera et te sauvera, tu ne seras plus jamais seul. »
Personnellement, je remplacerai bien volontiers ici, Bouddha par Dieu... !
Sans doute, le support même de ce que nous ressentons de notre existence, est une croyance... Je suis « croyant » d'être séparé des autres et du monde qui
m'entoure … je « crois » au moi et au non-moi ( l'autre ), je m'attribue des qualités et des défauts, et je coupe le monde en deux !
Une croyance est une représentation, mais le paradoxe est que seule la croyance peut dire ce qu'elle représente … Donc, je crois que « ma représentation représente » la réalité, alors qu'elle risque – au contraire – de me couper de la réalité … ! Par exemple : un jugement peut devenir une croyance, une identification ….
La conséquence malheureuse, de cette construction mentale faite de croyances, c'est qu'il y a antinomie entre « comment sont les choses » et « comment j'aimerais qu'elles soient ».. Conclusion : je ressens un stress, une angoisse …. Je me surprends à dire « si seulement, j'étais … ou si seulement, j'avais … » !!!
Méfions-nous de nos croyances … ! Et, cela va bien au-delà des « croyances religieuses »...
Jésus, l'héritier - histoire d'un métissage culturel
Ci-dessous, de larges extraits de l'Introduction de ce livre ( à lire ...) :
Jésus, l'héritier ; histoire d'un métissage culturel
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Christian Elleboode (Auteur) , Editeur : Colin; Date de sortie : 30/11/2011
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Description
À l´heure du grand retour des fondamentalismes religieux et des crispations identitaires, n´avons-nous pas, plus que jamais, besoin de mettre en évidence le ciment culturel qui unit les hommes ? À tous ceux qui craignent les « chocs de civilisations », nous nous devons de rappeler qu´une civilisation, quelle qu´elle soit, est inséparable des autres. Faire appel à l´Histoire, à des faits avérés, à des sources partagées, voilà sans doute la meilleure manière d´inviter les religions au dialogue. L´auteur de ce livre original et courageux nous offre les résultats d´un travail monumental : il a remis en perspective les croyances et les pratiques des peuples contemporains des Hébreux et de leurs ancêtres, qui ont vécu à un prodigieux carrefour culturel où se sont exercées les influences des grands empires de Mésopotamie, d´Asie mineure et d´Égypte. Cette enquête nous montre à quel point, humainement parlant, il est absurde qu´une religion s´imagine marquée du sceau de la « pureté ». Tout dès le départ est partage. Le rappeler ne saurait porter atteinte à la part du divin, bien au contraire, c´est nous ramener aux racines communes des fois distinctes. Christian Elleboode enseigne à la faculté catholique de Lille.
La culture religieuse, brassage de convictions, est ce par quoi l’homme développe ses héritages, ce par quoi il donne et exprime le sens de son existence. Le fait religieux est présent dans toutes les cultures humaines, même les plus primitives : fondamentalement, le fait religieux lie l’homme à des puissances qui sont plus qu’humaines.
…
La religion est ambivalente, car elle est à la fois source de communion et de confrontation. Elle favorise la communion entre les membres d’une même communauté, mais aussi la confrontation avec ceux d’une autre culture. En même temps, les religions sont travaillées de manière interne par des logiques contradictoires qui tendent parfois à l’ouverture à l’autre, parfois à la fermeture sur soi. À des degrés divers selon les religions, on trouve des messages de paix mais aussi des messages intolérants et des prescriptions rituelles excluantes pour les autres, qui favorisent le mépris.
… il n’y a pas de culture « pure », c’est-à dire authentique. Toute culture est métissée car faite d’emprunts. L’étude attentive de la rencontre des cultures révèle que celle-ci se réalise selon des modalités multiples et qu’elle aboutit à des résultats extrêmement contrastés selon les situations de contact. Les recherches sur l’acculturation, que l’on peut définir comme l’ensemble des changements socioculturels entraînés par le contact prolongé entre des groupes et des sociétés de cultures différentes, ont permis de dépasser nombre d’idées reçues sur les propriétés de la culture, et de renouveler le concept même de culture. L’acculturation n’apparaît pas comme un phénomène occasionnel, mais comme une des modalités habituelles de l’évolution culturelle de chaque société. Cela est bien évidemment vrai pour la culture religieuse.
Revenons au concept de culture. Le propre de l’homme n’est ni l’émotion, ni la station debout, ni la fabrication d’outils. Le propre de l’Homme, c’est le langage ; et par le langage, il peut communiquer aux autres ce qu’il a appris : au commencement « était le Verbe » ! À cause du langage, les mutations de l’humanité ne sont plus génétiques », mais culturelles. Capable de se projeter dans l’avenir, l’homme n’est pas totalement soumis à la loi de la génétique. Il est à même de faire des choses que les animaux ne font pas, pour le meilleur et pour le pire. Pour le pire : les animaux ne sont ni bons ni méchants, car ils font ce que leur « programme génétique » leur prescrit. Il n’y a donc pas de meurtre chez les animaux. À l’inverse, dans le souvenir originel de toutes les religions, nous affirme René Girard dans son livre Des choses cachées depuis la fondation du monde6, il y a le meurtre, « le péché originel », le meurtre du Frère (Caïn), celui du Père (Oedipe). L’homme peut transgresser la loi génétique et assassiner son frère. D’où l’absolue nécessité pour les hommes d’établir des lois morales ou religieuses afin de supplanter à la carence des lois naturelles. L’homme est ainsi cet être qui a doublé son code génétique par un code culturel. Admettre que notre patrimoine culturel est aussi celui des autres, c’est s’ouvrir aux autres et proscrire notre ethnocentrisme spontané, consistant à estimer la culture des autres comme inférieure ou méprisable. Il y a dès la Préhistoire une « culture » humaine toujours menacée d’oubli. Admettre l’héritage ne veut pas dire sombrer dans le relativisme culturel qui consiste à affirmer que tout fait culturel n’a de sens que dans le contexte de leur propre culture. Sous une forme extrême, le relativisme culturel refuse l’existence de valeurs universelles puisque toutes les cultures se « valent ». C’est bien pourquoi les religions modernes doivent s’attacher à reconnaître et à retrouver l’héritage des croyances plus anciennes, tout en affirmant leurs propres ruptures et innovations par rapport à ces mêmes croyances. Admettre ses dettes n’est aucunement en contradiction avec le fait de mettre en avant ses apports. Le travail n’est certes pas aisé, car si prendre conscience des césures ne va pas de soi (le Christ était juif et ne souhaitait pas créer une nouvelle religion), interpréter les croyances de nos ancêtres est peut-être encore plus difficile. Même si l’interprétation d’un texte sacré fait sens pour nous, rien ne prouve qu’elle corresponde à l’intention des rédacteurs. C’est pourquoi il faut toujours garder une certaine prudence dans ce domaine et maintenir en éveil notre capacité de discernement. Aborder l’aspect ésotérique des enseignements ne doit pas devenir un prétexte pour débrider notre … Il faut donc se méfier de certaines interprétations qui, pour être habiles, n’en sont pas moins suspectes, par exemple cette façon douteuse d’interpréter les lettres INRI, Jesus Nazarenum Rex Judeorum : Jésus, le Nazaréen, roi des Juifs par Igne Natura Renovabitur Integra, « la nature sera renouvelée totalement par le feu » ! Procéder ainsi reviendrait à ramener l’exégèse, soit l’herméneutique des textes sacrés, à un simple jeu de langage et ignorer son caractère rationnel ou scientifique ; jeu qui n’a rien d’anodin, surtout en ce domaine. Il n’est pas question dans ce domaine de chercher à se faire plaisir en jonglant avec des significations supposées.
Un autre risque serait de prendre pour argent comptant les théories évolutionnistes (développées au XIXe siècle parallèlement aux travaux de Darwin sur l’évolutionnisme biologique), qui considèrent que l’humanité prise dans son ensemble progresserait par étapes, des formes archaïques d’organisation sociale vers des formes complexes de civilisation. Même si l’évolutionnisme ne s’identifie pas à une vision linéaire et gradualiste de l’histoire dans la mesure où il peut exister des ruptures, il considère que les différentes sociétés emprunteraient le même chemin. Ce sont les fameuses séquences « historiques » de Comte, Marx ou Frazer (on y reviendra). Au dire des évolutionnistes, un progrès serait associé à un développement continu, nécessaire, qui se répète d’une société à une autre, même si les rythmes sont inégaux. Les différentes sociétés représenteraient des stades différents de l’évolution universelle et les sociétés dites primitives seraient les témoins résiduels de l’« enfance de l’humanité ». En matière de religion, nous savons désormais que les thèses d’un Lewis Henry Morgan ont montré leurs limites : au départ, les premières religions n’étaient pas inintelligibles, comme il le supposait, même si les premières sociétés semblaient « saturées » de religion. Le passage progressif du naturisme au fétichisme, qui était déjà une première forme d’idolâtrie, puis du fétichisme à l’animisme et au totémisme, puis enfin du totémisme au polythéisme et au monothéisme, n’est plus admis. La thèse de Lucien Lévy-Bruhl sur les mentalités primitives qui avaient une aversion pour le raisonnement, comme celle de James G. Frazer sur les trois stades de la pensée (magique tout d’abord puis religieuse et enfin scientifique) témoignent déjà, en leur temps, de la limite d’une telle approche. Non pas que ces travaux soient dépourvus d’intérêt, bien au contraire : l’histoire des religions a été inaugurée avec l’évolutionnisme. Mais ils correspondent bien à l’esprit du xixe siècle encore très marqué en Occident par l’esprit chrétien et par le siècle des Lumières qui le précède, où le progrès est vu comme le fruit de la raison. Mais comment prouver qu’il existe un sens unique de l’évolution, sans régressions, ni blocages, ni pertes ?
À l’opposé de l’évolutionnisme, la thèse, au XIXe siècle, d’un monothéisme originel suivi d’une déchéance conduisant à l’animisme a eu un certain succès. Il est peut-être vrai que de nombreux peuples partagent la croyance d’un être divin ayant créé intentionnellement notre monde, qui aurait été, à l’origine, un océan infini. C’est donc de la mer qu’émergent les terres dans les premières mythologies. Pour les Égyptiens, cet océan primordial était le Noum. Pour le peuple alaskien Tigikak (Arctique), c’est Corbeau qui créa le monde en harponnant une grande baleine, laquelle, en flottant, devint la terre ferme. Parfois deux êtres se partagent l’acte de modeler le monde, tels le Premier Créateur et l’Homme solitaire des Mandans, une tribu de l’Ouest nord-américain. Ils envoyèrent une poule faite de boue ramasser de cette même substance au fond des eaux afin d’en confectionner la première terre. En s’interrogeant sur les mystères de l’Univers, les hommes ont conçu de nombreuses représentations du cosmos. Beaucoup de peuples pensent que le monde est né d’un oeuf cosmique. En Chine, ce sont les forces opposées et complémentaires du yin et du yang, présentes dans l’oeuf, qui ont créé le premier être, Pan Gu. Les Dogons d’Afrique de l’Ouest évoquent un oeuf en vibration qui éclata pour libérer l’esprit créateur. Au Japon, les Aïnous croyaient que six cieux situés au-dessus de la Terre, et six mondes situés en dessous, abritaient des dieux, des démons et des animaux. Il est à noter que le monde a, de longue date, été perçu comme rond. Une légende inuit raconte que deux familles parties dans des directions opposées se croisèrent alors que leurs membres étaient devenus très vieux : ils étaient retour à leur point de départ. Selon les Mangaians de Polynésie, l’univers est contenu dans une noix de coco géante. En lisant Claude Lévi-Strauss, on sait maintenant que les mythes des peuples lointains ne sont pas plus ridicules que ceux de la Grèce ou de la Rome antique, tant admirés par les humanistes.
Les scientifiques pensent aujourd’hui que l’univers est né du « Big Bang », une gigantesque explosion survenue il y a 13 milliards d’années. Celle-ci projeta la matière dans toutes les directions, lançant l’univers dans une expansion qui se poursuit de nos jours. On pourrait considérer cette version très récente de la Création comme un nouveau mythe de l’âge scientifique. Dans son essence, il n’apparaît guère différent des mythes anciens de nombreuses civilisations, qui racontent qu’un monde ordonné est né du chaos primitif. Alors, monothéisme initial, naturisme ou polythéisme ? Que savons-nous des origines après que tant de théoriciens ont supposé, sans aucune preuve solide, que la religion provenait de l’expérience des rêves pour l’un, de la crainte de phénomènes inexplicables de la nature pour l’autre, ou encore de la fascination face à l’unité et la diversité du monde ? L’idée d’un « grand dieu », chez les pseudo-primitifs, dominant une foule de petits dieux qui lui sont soumis, n’est que l’idée d’un Être suprême dans certains polythéismes et non l’idée fondamentale d’un monothéisme. Et le polythéisme est bien plus répandu dans l’histoire de l’humanité que le monothéisme, dont rien ne prouve qu’il se place, soit à l’origine, soit comme état terminal des croyances.
Venons-en maintenant au fait : la recherche des noyaux historiques, pour tenter un début de décodage de la Bible. Notre objectif est de tenter de mettre en avant les héritages de ce que l’on qualifie de premier monothéisme, ce judaïsme dont se réclame Jésus-Christ puisqu’il est né juif et mort juif (comme disait Luther), mais aussi de comprendre en quoi Jésus, pris dans une mouvance universalisante, pour ainsi dire en voie d’autodépassement, montre que l’homme peut se libérer du culte de Dieu. Dieu, d’ailleurs, n’a jamais eu besoin et n’en réclame pas. Le meilleur culte à Lui rendre, c’est le service du prochain, l’amour des autres, la justice rendue à tous, à la suite de Jésus lui-même. Bref, c’est le message de l’Évangile, qui se traduit littéralement par la « Bonne nouvelle ». Jésus lui-même se sait héritier et à aucun moment ne pense provoquer une rupture radicale avec la religion de ses pères. Nous savons en outre que, s’il y a pu avoir des frictions avec ce qu’il appelait la « tradition des pères », car il entretenait une attitude critique à l’égard des institutions juives de son temps, il n’était pas le seul à critiquer les pratiques cultuelles du judaïsme. D’autres, comme les Esseniens dont on a découvert les célèbres manuscrits dans les grottes de Qumrân en 1947, avaient pris leurs distances par rapport au Temple et à la caste sacerdotale de Jérusalem. En tout cas Jésus ne pensait pas à fonder une autre religion, dissidente par rapport au judaïsme : il attendait le « Royaume de Dieu » ! À l’époque de Jésus, le judaïsme était en pleine évolution, très éclaté, très ouvert à la culture et la pensée grecques. Rappelons que la Palestine (que l’on n’appelait pas encore ainsi) était sous l’occupation grecque puis romaine depuis trois siècles. Par la force des choses, la question d’une ouverture plus universaliste, dans un environnement païen omniprésent, se posait à tout le judaïsme. De plus, le prosélytisme des prédicateurs juifs auprès des païens cultivés connaissait beaucoup de succès. Le judaïsme avait peut-être autant de chances que le christianisme de devenir une religion universelle. Pour des raisons historiques, culturelles et proprement religieuses, c’est un autre choix qui a été fait car il y a eu rupture avec le judaïsme. La Bonne Nouvelle qu’annonce Jésus, c’est bien déjà le christianisme ; ce n’est pas un rituel liturgique nouveau ni des prescriptions légales supplémentaires et détaillés, mais une autre façon de voir Dieu. Le message de Jésus est « transfrontalier », et c’est son ouverture totale qui va provoquer la rupture, d’autant que le judaïsme rabbinique se refermera sur lui-même, en réaction notamment à la persécution romaine.
Tant de disciplines s’occupent du religieux — l’anthropologie religieuse, la sociologie religieuse, l’histoire des religions, la philosophie des religions, les théologies, etc. – que le projet que nous nous sommes donné peut sembler ubuesque. Il faudrait être inconscient ou d’une prétention inouïe pour oser affirmer faire la synthèse de ces savoirs, alors que la science des religions est en miettes. Cette réflexion s’inscrit dans une démarche transversale, pluridisciplinaire, qui ne cherche qu’à aborder quelques problèmes essentiels. Nous n’allons poser que quelques hypothèses, et surtout beaucoup d’interrogations. L’accent est mis sur la sociologie, l’histoire des religions et l’anthropologie, qui voient la religion comme une partie de la culture, afin de tenter d’expliquer les ressemblances et les différences entre phénomènes religieux dans des sociétés diverses, de l’Égypte à la Mésopotamie.
Cet ouvrage aborde les religions anciennes jusqu’au message de Jésus mais il traite essentiellement d’un concept, celui de l’acculturation, qui comprend les phénomènes qui surviennent lorsque des groupes d’individus de cultures différentes (et donc de religions différentes) entrent en contact direct et continu, et que se produisent des changements à l’intérieur des modèles culturels de l’un ou l’autre des deux groupes, ou chez les deux. Le judaïsme est le fruit de multiples rencontres culturelles, d’acculturations spontanées et forcées, mais il est devenu une religion à part entière, même si les reprises de rites ou de croyances nous renvoient parfois au plus profond des religions premières. Prendre en compte la situation relationnelle dans laquelle s’élabore une culture ne doit jamais conduire à négliger de s’intéresser au contenu de cette culture, à ce qu’elle signifie en elle-même. Jésus est celui qui bouscula l’édifice entier mais lui aussi, malgré ses rejets, gardera, consciemment ou non, nombre de traits des cultures anciennes. Après tout, il n’a à aucun moment rejeter sa religion.
- Voir précedemment: Eloge du métissage culturel et religieux
Eloge du métissage culturel et religieux
Le « syncrétisme », le métissage … méritent mieux qu’un anathème ! En rester chez les cathos. à la condamnation d’un syncrétisme qui amalgamerait les savoirs et les doctrines incompatibles… nous empêchent d’appréhender la complexité…
« Nous savons que le judaïsme a emprunté la circoncision à l’Egypte, les mythes de la création du monde à la Mésopotamie, les anges et le paradis aux
Perses et le nom même de la synagogue aux Grecs … »
Cette citation, comme toute la suite ( ci-dessous) est emprunté à un ouvrage de Christian Elleboode : « Jésus, l'héritier » ou « histoire d'un métissage culturel » (Christian Elleboode enseigne à la faculté catholique de Lille.)
- Sur la 4ème de couv.
« À tous ceux qui craignent les «chocs de civilisations», nous nous devons de rappeler qu'une civilisation, quelle qu'elle soit, est inséparable des autres. »
« Cette enquête nous montre à quel point, humainement parlant, il est absurde qu'une religion s'imagine marquée du sceau de la «pureté». (un exemple très connu avec l'arche de Noé, qu'on retrouve dans la culture des Sumériens, une image ensuite reprise par les Chrétiens. »
Tout dès le départ est partage. Le rappeler ne saurait porter atteinte à la part du divin, bien au contraire, c'est nous ramener aux racines communes des fois distinctes. »
« Toute culture ne peut être que métisse. Ne pas l'admettre, c'est se fermer aux autres et museler son esprit. Refuser le métissage des cultures au nom de l'identité (alors que celle-ci est toujours plurielle) est bien plus que de la bêtise, c'est un vrai danger pour nos sociétés ». interv de Ch. Elleboode
- Article dans le journal « la Croix »
" .. Mobilisant les résultats obtenus dans différentes disciplines, cet universitaire, enseignant aux facultés catholiques de Lille, met en perspective les influences qu’ont pu exercer sur les Hébreux les croyances et les pratiques des peuples voisins de Mésopotamie, d’Asie mineure, d’Égypte, comme celles de l’occupant romain. Il s’intéresse au processus d’« acculturation », c’est-à-dire à ce qui se produit quand un groupe culturel et religieux entre en contact avec d’autres.
Et s’il n’hésite pas à parler de métissage ou de syncrétisme en matière religieuse, c’est dans un sens positif, « comme création d’un nouvel ensemble culturel cohérent et durable ». Cette création ne va pas sans ruptures, mais celles-ci ne sont possibles que par un enracinement profond dans la tradition.
La vie de Jésus, de ce point de vue, offre un témoignage d’une fidélité créatrice. Il est d’abord un héritier, un fidèle à Loi, interlocuteur des pharisiens sans tomber dans leurs excès, souligne l’auteur dans la dernière partie de son livre, au ton plus personnel. Mais Jésus est aussi celui qui, tout en prétendant accomplir la Loi, « dépasse le judaïsme ». Le fait qu’il ait tant circulé en Galilée, « région ouverte à tous les horizons de la terre et de la mer », n’est certainement pas pour rien dans le caractère « transfrontalier » de son message.
Et c’est son ouverture totale qui va provoquer la rupture, estime l’auteur, alors que la fermeture du judaïsme rabbinique, dans le contexte de l’occupation romaine, conduira à son procès et à sa mort. L’enquête de Christian Elleboode montre en fin de compte qu’aucune religion, aucune culture ne peut prétendre être marquée du sceau de la « pureté ». Croire le contraire, c’est tout simplement nier les leçons de l’histoire et nourrir l’idéologie du choc des civilisations."
Extraits de l'Introduction de ce livre: Jésus, l'héritier - histoire d'un métissage culturel
Comment parler des fantômes, amène à parler de la Foi
Dans le numéro spécial de cet été, « La Vie » traite du surnaturel…
Le catholique, que je revendique être, se
retrouve mal dans cette analyse de ses « croyances »… Certes, mes « croyances » sont de toute sortes : sociales, culturelles.. Et, je pense que nul être humain n’échappe
à son lot de croyances… au moins pour ne pas craindre à chaque instant que le ciel ne me tombe sur la tête … ! Je sais qu’une discussion qui commence par évoquer le surnaturel : des
fantômes aux rêves prémonitoires et aux guérisseurs, des esprits des morts aux médecines parallèles… ne peut que m’amener à un moment ou l’autre à parler de ma Foi…. Et pourtant, ce n’est pas à
mon avis du même ordre… Un titre comme : Le surnaturel
: entre science et religion, que faut-il croire ? n’a que l’avantage de pouvoir préciser, ce qu’est à mon avis la Foi, et surtout ce qu’elle n’est pas.
« Que
faut-il croire » n’a pour moi, aucun sens. La Foi, n’est pas de l’ordre du savoir, donc de l’erreur et de la vérité… Il ne peut pas y avoir une liste de ce qu’il « faut
croire » ! Je doute même, que quelqu’un puise « croire », ce qu’il « faut croire ».. ! Pour ma part, le dogme, n’a pas cette fonction …
Par contre je partage tout à fait la distinction que fait Élisabeth Marshall, dans son éditorial, entre Foi, et « paranormal » : « Distinguer aussi entre les dogmes de la foi (telle la résurrection du Christ), ces rites passeurs de surnaturel qui structurent les religions et fédèrent les communautés de croyants, et un paranormal que l’homme ferait surgir à volonté pour exercer sa puissance personnelle. »
Effectivement, au-delà de mes convictions personnelles, il s’agit bien de définir, ce qui me permet de me reconnaître dans la communauté catholique… Et c’est en particulier, par la manière culturelle et cultuelle, de tourner autour des « mystères » de l’être et de la Vie.
Il est difficile, aujourd’hui, ( et j’aime cette difficulté…) de comprendre ce qui relient ensemble tous les catholiques… Ce pourrait être : « La messe »?, mais alors il me semble que nous rejetterions la majorité d’entre nous … ! Et ce n’est pas les résultats du sondage de « La Vie » de ce numéro d’août, qui vont m’aider … !
- Autant ( 62 à 63%) « croient » à la traversée de la mer rouge par Moïse, qu’à la résurrection de Jésus. Pour ma part, en simplifiant… je dirais – Je ne crois pas que la mer rouge se soit ouverte en deux, comme un fait historique ; par contre je ressens dans ces paroles bibliques un enseignement spirituel. - Je crois que Jésus Christ est ressuscité ; c’est à mon avis le socle de la spiritualité catholique ( peut-être chrétienne également… sauf que le christianisme n’est pas « une » religion …mais une famille de religions …). Il est, à mon avis, bien insuffisant de s’en tenir à cela … il faudrait, sans fin, préciser ce que cela signifie …
- Je lis également ( N° de La Vie 3493 ) : Seulement 56% des catholiques « pratiquants » croient à la vie après la mort… ! Je ne comprends pas… Donc, pour les autres 44% de catholiques « pratiquants », Jésus-Christ est définitivement mort, Il n’est pas vivant ! ..?
- 64% de catholiques pratiquants « croient » à la théorie de la relativité .. La relativité est pour moi, de l’ordre du savoir, un savoir scientifique … un savoir « relatif », donc… Ce sondage semble mettre au même niveau « savoir » et « Foi »… Si les deux participent à la culture de l’humain, le savoir est limité par le cadre de ce qui est « naturel » …
Ce qui, bien souvent, est source de malentendu, c’est la confusion entre « esprit », « âme », et « psyché » … Ainsi, quand, Jean-Didier Vincent dit, à la question : « Qu’est-ce que l’esprit ? - C’est ce qui anime le corps et ce qui se tracte à l’intérieur du cerveau. ». Pour moi, il s’agit de la psyché donc de l’âme… C’est oublier l’enseignements des Pères anciens, qui définissent l’homme comme : corps, âme et esprit… Et c’est ainsi que l’on comprend ce qu’en dit Aristote, quand il parle de l’immortalité de l’âme… Et je ne sais pas,- « La croyance favorise encore les effets de l’esprit sur le corps. » J.D.V. - ce que cela peut signifier… Il paraît scientifique de penser que le corps est en lien interactif avec la psyché … ! Cela n’a rien de « spirituel » … !
Par contre, - à mon avis - l’art, le sentiment amoureux … permettent plus facilement de faire le lien entre psyché et esprit…
La réflexion qui me vient à la suite de ce dossier ; c’est la difficulté de pouvoir définir un profil « catholique »…
Que signifie aujourd’hui, hors
attachement culturel et familial, « être catholique » ? Aussi, je comprends mal, cette prière du 15 août 2012 : « Pour la France » ;
France, dont la particularité est sans doute politique, puisque je me sens comme catholique plus « humain » que « français » … Je n’ai rien contre les sujets évoqués … Par
contre, si le message explicite, semble être celui que tout le monde croit avoir compris : selon le propos de Monseigneur Podvin, porte-parole de la Conférence des évêques de France: "Ce
n'est un scoop pour personne que de dire que l'Eglise s'oppose au mariage homosexuel" (France Inter). Alors, il me semble que ces évêques chargent un peu la barque … Au nom de qui, et pourquoi
parlent-ils ainsi … ? Comment l’Épiscopat français prend-il en compte la diversité de cette église?
Religion et dialogue ...?
« Comment Vatican II développe-t-il la cohérence théologique de cette ré-interprétation positive des
confessions, religions et convictions autres ? À partir d'un modèle de type concentrique.
Au centre, se trouve l'Église catholique romaine: celle-ci est l'unique dépositaire de la totalité de la vérité révélée (et donc finalement de la vérité humaine) et de la totalité
des moyens de salut. Autour d'elle, il y a des cercles de plus en plus larges, et de plus en plus éloignés de ce foyer de vérité : d'abord l'Église orthodoxe et les Églises de la communion
anglicane, avec lesquelles il y a presque unité dogmatique; un peu plus à l'extérieur, il y a les Églises de la Réforme ; puis les grandes religions monothéistes, et ensuite les religions
animistes ; et enfin les humanismes agnostiques ou athées. L'éloignement du centre signifie un progressif dégradé de la vérité : plus on s'en écarte, moins on en possède des
parcelles (...)
Vatican II a profondément changé le regard que les catholiques jettent sur les autres, en
dehors de groupes minoritaires intégristes. Il paraît de plus en plus évident, cependant, que le modèle concentrique est lui-même
insatisfaisant. Les prétentions de l'Église catholique romaine à posséder la totalité de la vérité paraissent exorbitantes, d'autant plus qu'il est devenu évident qu'elle s'est si
souvent trompée dans l'histoire. De plus, on reconnaît bien aujourd'hui que dans la dramatique rupture de la Réforme, Luther avait raison sur un certain nombre de points. En outre, on fait
l'expérience de s'enrichir à la rencontre des autres traditions chrétiennes, celles de l'Orient, entre autres, qu'on connaissait si peu. Et aussi dans la rencontre des grandes religions, et chez
nous dans la rencontre des convictions séculières humanistes, agnostiques ou athées. Il y a certainement une part de vérité dans certaines critiques athées contre l'Église, et en positif
l'expérience morale et spirituelle de l'existence séculière nous apporte aussi son propre éclairage. « La
prétention de l'Église catholique à être le foyer de toute vérité semble de plus en plus insupportable.
Certains affirment que la majorité des catholiques n'y croirait plus — on ne sait s'il s'agit de catholiques
pratiquants ou de ceux qu'on catalogue ainsi parce qu'ils ont été baptisés un jour et ne se sont ensuite jamais soucié de cette religion. Mais alors, est-ce le relativisme total ?
Tout se vaut-il ? C'est en tout cas la plus grande crainte des autorités ecclésiales aujourd'hui. Est-il possible de proposer un autre modèle de compréhension, qui soit radicalement
fidèle à la tradition de foi ? »
Ignace Berten (o.p.) dans ce passage d'une conférence donnée au CIL (Conseil
Interdiocésain des Laïcs de Wallonie-Bruxelles)
Foi et dialogue.
Lorsque nous parlons de spiritualité, nous reconnaissons entre nous que la question décisive est celle de « la vérité de l’humain », « du sens » que nous donnons à la vie … Il s’agit - secondairement – d’un choix de doctrine religieuses.
Aujourd’hui le mot « spiritualité « n’est plus banni au profit de la seule « raison ». Il y a une revendication explicite de spiritualité de la
part d’hommes et de femmes an dehors du champ religieux…
Aujourd’hui le « désenchantement » est du côté des scientistes positivistes …
La croyance sans appartenance, l’adhésion sélective… sont aujourd’hui répandues. Et c’est sans doute dans le domaine du corps, de l’amour, de la famille qu’ont eu lieu le plus grand mouvement d’exculturation ( la contraception, le divorce, l’homosexualité, l’avortement …). L’Eglise a perdu son autorité pour définir les règles de la morale commune…
La spiritualité aujourd’hui compose avec le christianisme, bien sûr, mais aussi avec « la kabbale, les religions anciennes (ou ce qu’on leur attribue), les traditions religieuses orientales, mais aussi l’astrologie, les traditions gnostiques ou occultistes, les perspectives holistiques et cosmiques, en lien souvent avec les multiples propositions thérapeutiques parallèles.
" Cette quête spirituelle, dans toutes ses ambivalences, est liée à la fois au doute posé sur la raison technoscientifique, aux incertitudes et insécurités du présent, et à un impératif culturel très prégnant, étroitement lié à un individualisme relationnel. »
* La question du sens :
- Le travail et le chômage, nous interpellent : En quoi les pauvres ont-ils de véritables droits à faire valoir vis-à-vis des riches ? Sur quoi se fonde cette solidarité ?
- Les biotechnologies : face aux nouvelles possibilités des sciences de
la vie et de la biomédecine, qu’est-ce que la dignité humaine ?
- Le corps, .. : qu’est-ce qui est expression de la dignité humaine ?
- L’environnement …
- Le pluralisme … et les options fondamentales communes qui s’imposent à tous ? ( les droits de l’homme ? )
* Une nouvelle culture de débat :
Le discours religieux a sa place, face au droit du plus fort, à la raison cynique du consumérisme et du plaisir, à la raison d’état… en ce qu’il est porteur d’une
dimension plus intuitive et plus « spirituelle »..
Par contre, oui : l’argument d’autorité ou de tradition est privé de pertinence… Cela n’exclut pas la parole de conviction, mais alors l’argumentation doit laisser place à la
considération de la parole et à l’interprétation… Il ne s’agit pas seulement de convaincre ou de rechercher une vérité ; il s’agit d’ouvrir un débat.
A choisir entre une décision prise à la majorité, nous préférons la recherche d’un consensus, pour ne pas exclure une minorité. Un compromis est toujours provisoire : nous reconnaissons qu’une « évolution » peut faire bouger les lignes … Il s’agit également de faire place à « l’objection de conscience » …
* L’Eglise catholique peut-elle rester « intransigeante » ?
Si l’Eglise s’affirme seule détentrice de la vérité ; si elle affirme de plus que seule une référence à « Dieu » ( lequel ? ) permet d’assurer un fondement moral à la vie. Par là, elle sape toute possibilité de principe d’une recherche commune en vue d’une société plus humaine puisque, a priori, si les autres pensent différemment, c’est qu’ils sont dans l’erreur… Cependant religions, associations philosophiques dialoguent, mais alors quel type de dialogue ?
Que propose donc la théologie ?
Lors du symposium du CCEE
(Conseil des conférence épiscopales d'Europe ) , le cardinal Vlk, dans son intervention de conclusion déclarait que le pluralisme « est un fait social inévitable par rapport auquel personne
ne peut ni ne veut revenir en arrière. Nous trouvons le pluralisme non seulement dans la société, mais aussi dans nos Églises, et même au sein des personnes. Il ouvre la voie à une pluralité et
une pluriformité riches. On ne doit certes pas le glorifier, mais il porte en lui une chance, celle de comprendre l’unité comme plénitude de diversités. »
Cependant, il semble que les théologiens, les évêques ne soient pas « libres » .. ! Parole difficile dans une Eglise crispée et une laïcité qui se méfie de toute parole catholique… ! Certains théologiens comme André Léonard ne semblent appelés qu’à diffuser et argumenter les positions du Magistère.
« La vérité de l’humain n’est pas donnée, mais est en permanence à rechercher concrètement ; de plus, personne ne possède la vérité et dans la complexité des situations et des décisions à prendre, il n’y a pas une seule conception de la dignité humaine qui puisse s’imposer. » Ignace Berten ( Dominicain, théologien et philosophe, membre d'Espaces, enseignant à Domuni)
Religion naturelle et religion révélée : Paul Tillich ( 2 )
N’est-il pas trop simple de distinguer une « théologie naturelle », qui se suffirait à elle-même , et une « théologie de la révélation » qui ne reconnaitrait, au mieux, en la « théologie naturelle » qu’une infrastructure de départ?
Suffit-il de dire, que la révélation a sa source ailleurs qu’en nous et de souligner sa radicale altérité ? Ne faut-il pas, aussi, expliquer comment elle nous rencontre et
montrer ce qui nous permet de l’accueillir et l’entendre ? Si la Parole divine nous était totalement étrangère, si elle ne répondait pas à une attente, elle ne nous toucherait ni ne
nous concernerait si peu que ce soit. Elle ne nous atteint que s’il y a en nous une interrogation ou un désir qui en rende l’écoute possible. Personne ne la recevrait sans une correspondance
entre ce qu’elle dit et ce que nous sommes.
La Bible utilise largement le langage religieux du monde environnant. Elle le transforme certes, mais pas complètement. Si la Parole de Dieu sauve et révèle, c’est qu’elle se dit au travers de notre culture, sinon elle ne sauverait pas … Elle détruirait. Certes, elle convertit, elle ébranle et retourne…
Il ne faut pas que l’affirmation d’un « crédo » coupe la religion de la culture, la prive de tout enracinement humain et enlève à la révélation son caractère universel pour en faire un impérialisme ou un « absolutisme » particulariste. Bien sûr, une démarche purement intuitive, raisonnée ( « naturelle » ), élimine toute référence à une véritable transcendance et pourrait affaiblir la divinité de Dieu …
Pour éviter les écueils, TILLICH propose une méthode : la méthode de corrélation :
- La théologie puise sa substance, sa matière (ce qu’elle dit) dans la révélation tandis que la culture détermine sa forme (la manière de le dire). Il y a corrélation quand on exprime le contenu de la révélation dans le langage et dans les catégories de pensée qu’analyse la philosophie de la religion.
- La théologie formule les réponses qu’apporte la révélation aux grandes questions qui s’expriment et émergent dans
la culture.
Il y a
corrélation quand on montre que les problèmes de l’homme trouvent leur solution dans la parole que Dieu lui adresse.
N’imaginons pas une révélation à l’état pur, une parole éternelle ou une essence du christianisme qu’on pourrait isoler avant de les traduire dans des langages particuliers et dans des situations diverses. L’évangile (au sens de parole divine exprimée et annoncée) est toujours culturel et contextuel ; « la révélation et la réception de la révélation forment un tout indissociable » ; le divin se manifeste toujours dans une chair…
L’interrogation a quelque chose d’étonnant et de paradoxal. Questionner suppose une précompréhension de ce qu’on quémande. Si on n’en avait aucune idée, aucun pressentiment, aucune expérience, on ne pourrait même pas songer à solliciter… Une révélation obscure amorce la recherche de la révélation ; une présence absente de Dieu conduit à s’interroger sur Dieu et à le désirer. Dieu est la source de notre quête et pas seulement sa visée ; il est la présupposition de la question de Dieu.
À l’inverse, la réponse, celle qu’apporte la révélation transcendante, n’épuise pas ni ne supprime la demande en comblant le vide d’où elle jaillit, mais elle la déplace, la dérange et la relance.
Source : Philosophie de la religion et méthode de corrélation chez Paul Tillich, d’André Gounelle
http://www.erudit.org/revue/ltp/2009/v65/n2/038403ar.html#no38
Retraite ...
« La paresse est le refus de faire non seulement ce qui vous ennuie, mais encore cette multitude d'actes - tissu de la vie, qui sans être à proprement ennuyeux, sont tous inutiles; alors la paresse doit être tenue pour une des manifestations les plus sûres de l'intelligence. » (Henry de Montherlant)
***
J’atteins l’âge heureux du « retrait ».
Soixante années qui devaient feindre d’accomplir l’objectif de "réussir sa vie"… Et bien, elles n’étaient qu’une préparation à la vie : une vie à présent lucide, et j’espère remplie
…
J’aspire enfin à la paresse, jusqu’à en croiser l’ennui… Friser le « néant » pour être aspirer par la plénitude de l’instant du sans-souci.
Je voudrai connaître ( je l’ai déjà pressenti …) le plaisir de ne pas désirer « faire », mais désirer vivre : exister sans rien faire … ! Approcher dangereusement le moment ou l’ennui exprimerait le désir de désirer (Schopenhauer ). L’ennui ne doit pas survenir de soi-même .( quand plus rien, et même vivre, ne nous fait envie …) ...
La vie est passionnante, parce qu’elle est tragique.
Et l’ennui nous le fait ressentir : aucune voix pour nous divertir, nous interpeler, nous commander.
Cette perspective pourrait sembler insupportable.. attachée au néant ; comme si mes chaines d’hier ( soucis ..) étaient remplacées par celles du néant … Fausse perspective, si nous découvrons alors, non pas seulement la passion joyeuse de la paresse, mais la destinée spirituelle de ce qui me fait Humain…
Benoit XVI: Prier est un art qui s’apprend.
« j’ai mis un accent particulier sur la forme spécifique de la lectio divina.
Ecouter, méditer, observer le silence devant le Seigneur
qui parle est un art, qui s’apprend en le pratiquant avec constance. »
« La prière est assurément un don, qui demande toutefois d’être accueilli; c’est l’œuvre de Dieu, mais elle exige engagement et continuité de notre part; surtout, la continuité et la constance sont importantes »
" ... pour la prière chrétienne aussi il est vrai que c’est en cheminant que s’ouvrent des chemins. »
« Dans le récit évangélique, les contextes de la prière de Jésus se situent toujours au croisement entre l’enracinement dans la tradition de son peuple et la nouveauté d’une relation personnelle unique avec Dieu ».
Prier est un art qui s’apprend. ( Catéchèse Benoit XVI 30 nov 2011 )
L'Ascension, avec Zundel
« Notre corps,
nous l'avons vu, est revêtu d'une double fonction: d'une part il est le cordon ombilical qui nous rattache à l'univers physique et d'autre part notre corps est le sacrement d'une présence,
c'est-à-dire que le corps est à la fois une limite et une servitude, mais aussi un espace et une liberté. »
"Parce que notre corps a cette double fonction, la mort peut être envisagée sous un double aspect. La mort est toujours la rupture avec les liens cosmiques: c'est la rupture du cordon ombilical et cette rupture peut être un déchirement si on n'a pas pu faire de la mort un acte libre. Et la mort est une libération en tranchant nos liens avec l'univers physique, mais elle n'anéantit aucunement cette puissance de présence qui constitue toute la gloire de nos corps et qui fait que, derrière un visage humain, nous cherchons toujours une source, une origine. Et, sous cet aspect, le corps ne meurt pas. Le corps est une longueur d'onde, c'est le chiffre d'une longueur d'onde."
" Nous le voyons dans les apparitions du Christ: le Christ a le pouvoir de se rendre présent mais Il n'est plus lié à cet univers. Il y parait mais Il n'est plus en lui. Tout ceci pour situer l'événement de l'Ascension.
L'Ascension ne veut pas dire que Jésus est monté là-haut. Nous savons que le "Ciel" n'est pas localisable. Jésus nous a dit que le Ciel est en nous. Si les apôtres l'ont vu monter, c'est sous une vue conforme à leur psychologie, à leurs connaissances. "
"Il est bon que je m'en aille, sinon l'Esprit Saint ne viendra pas à vous." Aucune parole ne peut traduire l'échec de Jésus mieux que celle-là. Il a si bien échoué qu'il faut l'Esprit Saint pour que ses disciples découvrent enfin qui Il est. Ils ont limité Dieu. Ils en ont fait un dieu local, un dieu national, le dieu d'une nation comme si Dieu pouvait se monopoliser et ils ont attendu de Jésus qu'Il serve à l'exaltation de cette nation, à l'exploitation de ses ambitions. Ils n'ont pas compris ce que Jésus a dit à la Samaritaine. Ils n'ont pas compris que Dieu est au-dedans de nous. Il n'ont pas compris que le véritable sanctuaire de Dieu, c'est l'homme. Ils n'ont pas compris que le sanctuaire de Dieu, c'est l'homme. Ils n'ont pas compris que le Ciel authentique, c'est notre âme. "
"Il est donc nécessaire que Jésus s'en aille pour que les disciples ne L'aient plus devant les yeux, mais qu'ils Le portent au-dedans d'eux-mêmes. Car c'est au-dedans d'eux-mêmes qu'ils vont découvrir en Lui une présence universelle
Car Jésus n'est pas le roi des juifs. Il n'est pas juif du tout, d'ailleurs puisqu'Il est né de la Vierge: Il est né de la Vierge, Il est né de
l'Esprit Il n'appartient à aucune race, à aucune nation. Il n'est pas un homme. Il est l'Homme l'Homme, le Fils de l'Homme, l'Homme, le second Adam, l'Homme,
l'origine et la source d'une humanité nouvelle et cette humanité qui naît de l'esprit, cette humanité-personne, cette humanité n'a pas de frontière. Il n'y a pas de peuple
élu, il n'y a pas de chrétienté élue. Tous les hommes sont appelés, tous les hommes ont été rachetés, ont été estimés au prix du sang du Seigneur. "
"L'Ascension, cela veut dire finalement: le Ciel, c'est l'homme lui-même, le Ciel est au-dedans de nous, le Ciel, c'est aujourd'hui dans la mesure où nous nous ouvrons à cet appel, dans la mesure où nous accédons à notre grandeur et à notre dignité, dans la mesure où nous devenons nous-même une présence réelle. C'est par là que nous vaincrons la mort: il n'y a pas de mort finalement pour ceux qui vivent dans la vraie vie. Le corps peut être glorifié, peut être transfiguré, il est appelé à être ressuscité, c'est-à-dire à vivre éternellement."
Extraits d'une conférence de Maurice Zundel au Sacré-coeur - Héliopolis - (LE CAIRE) (Cassette du Père Noury) le Jeudi 23 Mai 1963 lors de la Fête de l'Ascension. " MORT ET ASCENSION "
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" Le Christ illustre l'archetype du Soi " Jung " Chez Origène (185-254), le Christ se distingue de l'imago Dei imprimee dans l'ame, qui est " une image de l'image ", le Christ étant " la vraie imago Dei ". (Jung ) "...les symboles spontanes du Soi (de la totalite) ne peuvent pas etre distingues en pratique d'une image de Dieu ". (Jung) " Le terme "incarnation" renvoie au "Dieu se faisant homme" de la Bible, mais on peut l'étendre à "la naissance de Dieu dans l'ame" ( Jung ) |
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« La quête du Graal n’est autre au fond que la Quête de "Soi", Quête unique signifiés sous tous les mythes et
les symboles.
C’est "Soi" qu’on cherche à travers tout.
Et pour cette Quête, on court partout alors que le Graal est ici, tout près ; il n’y a qu’à ouvrir les yeux. Et
c’est la découverte du Graal dans sa vérité ultime ».
M . M. Davy
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