foi
Questionner La Parole : Jean 2, 1-11 : Les noces de Cana
A propos de la lecture de l’Evangile, se dire qu’aucun mot, n’est là par hasard. Tendre vers une lecture spirituelle,
c’est à dire traverser les interprétations, qu’elles soient
littérales, historiques, symboliques ou religieuse ; et ne garder que ce qui nous ‘con-vient’ pour une compréhension spirituelle de la Parole.
Dans cet objectif, et selon le témoignage de Perceval : Questionner, interroger…
Bien entendu, il s’agit de précéder cette rencontre avec le Graal, par une traversée de ses ombres. Il s’agit de porter ‘ attention ‘ aux signes, aux rencontres, de séparer l’ivraie du bon grain…etc. C’est le but même de la quête. Mais, la différence entre le mythe et ma vie ; c’est qu’ici et maintenant tout est lié… Il s’agit quotidiennement de ‘délier’, de tailler pierre après pierre, alors que l’œuvre est déjà faite en partie… Alors que la pierre d’angle est déjà posée, en pleine gloire ; j’en suis, moi, aux fondations …
Apprenti, j’interroge le Maître. Je suis rempli d’inquiétude, la voie est remplie d’embûches, mes frères me soutiennent. Frappe, et l’on t’ouvrira. Interroge et l’on te répondra.
Je taille en direct ma planche, avec un texte célèbre : les noces de
Cana.
Lors de cette rencontre, s’approcher avec respect et Ecouter … Une ‘ lectio divina ‘ avec le corps, à voix haute…
Trois jours, le sens ? La suite, est-elle sur le même mode de compréhension ? Une noce, le
sens ?, en Galilée.. ? La mère de Jésus : elle est là ; à quel moment aussi ? Le lien ? Jésus indépendant de Marie, mais avec ses disciples.. Ses disciples,
ici?
Le vin manque… Quelle importance ? Ce n’est pas une histoire de vie ou de mort ! J’ai parfois entendu noter « Marie sait que Jésus ne peut rester insensible à l’embarras de ceux qui l’ont invité avec ses disciples…etc » Pas convainquant ! la famille est aisée.. Pas de grand enjeu ?
Le langage de Jésus, n’est pas anodin : «Que me veux-tu, femme ? Mon heure n’est pas encore venue». Sens littéral ? Pourquoi :« Femme » ? « Mon heure .. » Jésus connaît donc, déjà, la fin ? Marie répond… Le dialogue n’est pas convenu…
Six jarres ! Il y a la
quantité ! Pourquoi Jésus utilise t-il des jarres pour les ablutions ? Les remplir d’eau, toutes… Pourquoi une telle quantité ? Du bon vin ! Après le moins bon ?
Pourquoi, pourquoi ?
Est-ce une démonstration de la puissance de Jésus… ? Non ! ( se souvenir des tentations …). Et pourtant, il s’agit bien d’une certaine ‘manifestation’ de la ‘gloire ‘ ( mon heure n’est
pas venue ..)
Ce n’est pas l’obéissance de Jésus qui est louable, ici… D’autant que le miracle va assurément conduire les invités à l’enivrement ! Pourquoi Jean, nous rapporte t-il cette anecdote ?
Pourquoi, est-il noté que le miracle de Cana s’achève par l’adhésion des disciples qui « crurent vers lui »… Nous savons que leur foi n’est pas sûre… En
quoi étaient-ils donc, avant, disciples ?
Voilà... C'est ainsi, avec toutes ces questions, que le pèlerin que je suis, arrive, au rituel eucharistique... J'attends avec impatience, l'homélie ( réservée au clerc..!) pour saisir le message
qui m'est lancé au travers de cette Parole... Il est peu de dire, que je suis si souvent déçu...: une récitation convenue d'un catéchisme moralisant . Certes, tous les prêtres ne sont pas
Zundel...!
Malgré tout, je lance un avis: ' Recherche maître spirituel '. Amen.
Edith Stein, Zundel, Rilke,F. Midal, et moi ...
Je suis, ce matin, très entouré et sollicité…
Jugez : à peine éveillé, c’est Edith Stein qui m’interpelle : « Chaque être créé a un sens qui lui est propre, et c’est sa manière particulière d’être à l’image de l’essence divine ». Quelle belle reconnaissance du chemin de chacun ! Quelle confiance en la liberté de chaque humain…
Le plus beau, est qu’à l’instant suivant, Zundel ajoute : « Il faudrait crier sur les toits que Dieu est liberté infinie, que le sens de la création c’est la liberté infinie, mais que cette liberté – comme celle de Dieu – elle ne peut s’accomplir que par le vide total que l’on fait en soi »
La clé de cette
liberté est là : le vide… L’absence de mon petit ‘moi’, qui sait, qui s’impose parce qu’il aime ceci et n’aime pas cela… Moi, qui se préfère à la place qu’il pourrait faire à l’autre, par
peur d’être oublié… L’Amour, non pas celui que je prends, mais celui que je donne … D’ailleurs, je n’aime pas prononcer ce mot…
Fabrice Midal, me tape sur l’épaule : « En effet, me dit-il, il nous semble que l’on nous a tant parlé d’amour, d’une manière désincarnée, fausse Nous savons la déceler dans les propos de ceux qui ont toujours le mot « amour » à la bouche. L’amour sert très souvent à des manipulations psychologiques mesquines voire perverses. Toutefois, le prix à payer de cette analyse est lourd. On a liquidé la possibilité de comprendre, de transmettre et de vivre ce qu’est l’amour.
L’autre écueil, c’est la sentimentalité qui nous fait confondre le rêve de midinette et le véritable amour qui n’est pas une consolation mais un risque. L’amour ne nous endort pas, mais nous réveille ! L’amour, pour prendre le titre de mon précédent livre, implique de « risquer la liberté ».
De ces deux façons — en l’instrumentalisant ou en le rêvant — , on a rendu le chant de l’amour inaudible. » C’est vrai !
Il ajoute : « Et si de l’amour on ne savait rien ? ( le titre de son nouveau livre ). Ensuite, sans autre formalité, il me présente un ami à lui, que je sais assez proche : Rainer Maria Rilke.. !
Les poètes ne sont pas toujours très clairs, à la première lecture, mais ce qu’il dit : me parle.
« Est-il possible qu’on n’ait encore rien vu, rien su, rien dit qui soit réel et important ? Est-il possible qu’on ait eu des millénaires pour regarder, pour réfléchir, pour enregistrer et qu’on ait laissé passer ces millénaires comme une récréation dans une école, pendant laquelle on mange sa tartine et une pomme ?» ( Rainer Maria Rilke, Les Carnets de Malte Laurids Brigge, Gallimard, 1991, p.38.)
Oui, c’est bien cela. Moi, peut-être chacun de nous ; j’attends, je cherche cette chose à voir, à entendre, rien que pour moi. Cette chose essentielle,
qui, j’en ai l’intuition a plus à voir avec de l’être, que de l’avoir, que du faire …. Cette chose qui m’est propre, qui serait ma manière particulière d’être …
« à l’image de
l’essence divine » me souffle Edith Stein …
La Bible traduite par Meschonnic, et lue par P. Sollers ..!
" C'est l’histoire de cette brave dame catholique qui voit un vieux monsieur ne payant pas de mine en train de lire un livre. « Vous lisez quoi, cher monsieur ? — La Bible, madame. — Mais en quelle langue ? — En hébreu. — Ah bon, la Bible a aussi été traduite en hébreu ? »
Voici un extrait d'un texte de Sollers, sur la traduction de la Bible par Meschonnic...
" Meschonnic traduit la Bible, et la démonstration est faite que nous n’avons eu entre les mains, jusqu’à présent, que des approximations ou des recouvrements, tradition hellénique ou chrétienne, compromis du rabbinat, dévotion, timidités, voiles. « L’Occident ne s’est fondé que sur des traductions et, pour le Nouveau Testament, fondement du christianisme, des traductions de traductions de traductions… Si l’anglais et l’allemand ont eu un original second, avec la King James Version et avec Luther, le français n’en a jamais eu. » Voilà le point essentiel. Dieu, en français, est quasiment inaudible, à moins de le prendre pour Victor Hugo. Il faut donc qu’une énergie particulière, simultanément poétique et de traduction, nous fasse franchir cette surdité acquise, sirop, emphase ou répulsion. Le poème, pour Meschonnic, est une « force-sujet dans le langage », et les versets de la Bible sont cette force qui n’a pas encore été dégagée comme telle.
Rien ne le montre mieux, aujourd’hui, que la parution éclatante des Psaumes sous le nouveau titre de Gloires . De la belle complainte on passe à l’interpellation directe, de la « bondieuserie » à une sorte de guerre permanente et abrupte, où les accents, les te’amim, jouent un rôle fondamental. Ce terme hébreu est le pluriel de ta’am, qui veut dire goût. La Bible est une guerre du goût. Son parler-chanter (du moins dans Gloires) doit s’entendre comme un « goût dans la bouche » - à la fois goût et raison -, comme « une physique du langage ».
Parler, chanter, raisonner sont une même substance qui peut être écoutée par Dieu, à qui on demande de prêter l’oreille. Gloires est plus fort que psaumes, à la tonalité idyllique, et sans aucun doute préférable à louanges, dont Meschonnic dit drôlement que cela aurait « un côté Saint-John Perse », comme s’il s’agissait d’une « adoration vague et d’une acceptation du monde et de son histoire ». Mais non, voyons : rien de plus tendu, de plus tremblant, de plus dramatique que ces paroles sortant enfin de la brume cléricale pour exposer l’épouvante et la peur du gouffre, l’appel au nom divin et à sa promesse de joie. La Tora n’est pas la Loi, mais l’Enseignement. Les Gloires sont des situations d’abîme : c’est l’homme qui risque d’être avalé, raflé, détruit par ses persécuteurs réels, jeté au trou, mais qui garde confiance dans son « Dieu de la multitude d’étoiles ». On presse Dieu d’écouter, d’intervenir, de parler, de trancher. Il l’a fait, il peut donc le refaire.
Des décalages justifiés de mots, et chaque fois des pans entiers de représentations fausses s’effondrent. Ne dites plus « péché » ou « pécheurs », mais plutôt « égarement », « égarés ». Les pécheurs sont des égarés et les méchants sont des « malfaisants ». Beaucoup d’égarés, beaucoup de malfaisants, ça se prouve. Voulez-vous retrouver le sens d’Amen ? Dites : « C’est ma foi. » Vous avez l’habitude d’Alleluia ? Entendez : « Gloire à Yah ». Ne récitez pas « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? » mais « à quoi m’as-tu abandonné » (ce n’est pas du tout la même chose). Traduction Dhorme (Pléiade) : « Les cieux racontent la gloire de Dieu, et le firmament annonce l’oeuvre de ses mains. » Traduction Meschonnic : « Le ciel proclame la splendeur du dieu, et l’oeuvre de ses mains est ce que raconte le déploiement du ciel. »
Autre forme, autre scansion, autre disposition des mots sur la page, avec des blancs significatifs de respiration. Début des Gloires : « Bonheur à l’homme qui n’a pas marché dans le plan des malfaisants et dans le chemin des égarés. » Ce « Bonheur à » est en effet bien préférable à « Heureux celui qui » ( « Heureux qui comme Ulysse a fait un beau voyage » ). Au passage, on signalera à ceux qui se plaignent des textes comportant trop de citations le très bel essai de Meschonnic sur Walter Benjamin dans Utopie du juif , rappelant qu’il s’agit là d’un art très ancien (le Talmud, par exemple). Principe de montage permettant un autre rapport à l’Histoire. « Les citations dans mon travail, écrit Benjamin, sont comme des voleurs de grands chemins qui surgissent en armes et dépouillent le promeneur de ses convictions. »
Les touristes de l’existence détestent ces rappels bibliques. On les comprend. Dans Gloires, la partie est rude. Il y a là un certain David, un des plus grands poètes de tous les temps, dressé dans une position limite : vous sentez passer sur lui la peur, le frisson, le spasme, la panique, la souffrance jusque dans les os ; vous le voyez inlassablement aux prises avec le mensonge, la corruption et la fraude. Il a sa musique, sa conviction, ses « prières secrètes », son murmure, jour et nuit, même s’il est courbé, épuisé, pourri, les tripes brûlantes. Il n’a plus de force, son coeur va trop vite, il est abandonné, il va devenir sourd, muet, aveugle, pendant que ses ennemis sur lui « se grandissent ». Le tumulte l’entoure, il patauge dans la détresse et des marais de boue, mais il persiste à chanter ce Dieu « qui maintient les montagnes dans sa force ». D’un côté la fosse, la mort et les amis de la mort ; de l’autre le roc, un grand oiseau aux ailes protectrices, la vie. Autant dire que Gloires est un livre d’une actualité brûlante.”
Philippe Sollers, Le Monde du 18.05.01.
Jean-Paul II et la sainteté
Le journal ‘ La
Croix ‘, mentionne à propos de Jean Paul II, un livre de Mgr Oder qui dévoile les pratiques de mortification dont Jean-Paul II était coutumier, notamment pendant le Carême, pratiquant strictement
le jeûne et l’abstinence. Selon des témoignages recueillis auprès de son proche entourage, le pape polonais portait un cilice. Il lui arrivait de dormir à même le sol et de se flageller, mettant
ainsi en pratique, écrit Mgr Oder, ces paroles de saint Paul (Col, 1, 24) : « Ce qui manque aux souffrances du Christ, je l’achève en ma chair, pour son corps, qui est l’Église. »
Ensuite, le père Cl. Flipo tente d’expliquer cette pratique volontaire et des plus intime…
« Ainsi, vivre de son baptême, c’est entrer dans un combat intérieur, spirituel, mais aussi corporel, contre les péchés que la convoitise produit en nous.
Les Pères de l’Église, et les fondateurs du monachisme ont développé, à partir de là, une théologie pour lutter contre les passions mauvaises aussi bien l’orgueil que la convoitise.
Aujourd’hui, nous reprenons cette idée à partir de ce que dit Jésus dans l’Évangile : « Si quelqu’un veut venir à ma suite, qu’il renonce à lui-même » (Luc 9, 23). Ce renoncement implique non
seulement quelque chose de l’ordre de l’esprit, de la volonté, mais de tout l’être humain. Dans la vie spirituelle, tout se tient, la vie psychique et physique. »
De là à s’infliger des châtiments !
Mais est-ce des châtiments ? Je dirais plutôt des privations, une forme d’appel à réordonner ses désirs. Saint Ignace parle ainsi d’affections désordonnées. Les
efforts de Carême, ou encore les privations que s’imposent des personnes qui entreprennent un long et dur périple à pied vont dans le même sens. Ces privations permettent de laisser surgir un
autre désir, un désir spirituel.
Il faut se référer au sens premier de « discipline » : se donner une discipline. On peut l’entendre sous une forme négative, se faire du mal. Mais on peut aussi le voir de manière positive,
laisser développer en nous quelque chose de meilleur. On se prive pour plus grand.
Dans la vie moderne, beaucoup de personnes comprennent que l’on ne peut progresser qu’en renonçant à bien des choses. Ici, ce renoncement touche au corps : difficile à comprendre dans une société
de glorification du corps comme la nôtre."
Personnellement, je retrouve, par cette révélation, le combat spirituel du saint, qui craint profondément les démons de l’orgueil et de la désespérance. C’est aux
marges de la sainteté, que l’on a le vertige de l’abime…
Pour tenter de comprendre, il n’est que de lire Bernanos :
"L'enfer, c'est de ne plus aimer... "( L J CC )
"Il est plus facile qu'on croit de se haïr. La grâce est de s'oublier..."
"Souvenons-nous que Satan sait tirer parti d'une oraison trop longue, ou d'une mortification trop dure." (SLSDS)
"Mais celui-ci - pauvre prêtre ! - s'il doute, ne doute pas seulement de lui mais de son unique espérance.
Le péché nous fait vivre à la surface de nous-mêmes."
"Nous ne rentrons en nous que pour mourir, et c'est là qu'il nous attend."
"Ne pas désespérer du salut, même si on vit desespérément."
"Quelle épaisseur a le péché ? A quelle profondeur faudrait-il creuser pour retrouver le gouffre d'azur ?"
"Le monde n'est pas une mécanique bien montée. Entre Satan et Lui, Dieu nous jette, comme son dernier rempart. C'est à travers nous que depuis des siècles et des siècles la même haine cherche à
l'atteindre, c'est dans la pauvre chair humaine que l'ineffable meurtre est consommé."
GEORGES BERNANOS
"Mais ce qui est choquant, c’est que cette information ait été mise sur la place publique, de manière totalement sortie de son contexte, de même qu’il est
choquant que l’on ait rendu publique la nuit spirituelle de Mère Teresa."Cl Flipo.
Ce n’est pas du tout mon avis ! Je ne crois pas aux saints qui brillent sur toutes les faces. L’hagiographie est contre-productive, même les contes de fée sont plus subtils !
Quant à décider ce qui est bon pour moi? Je crains, encore aujourd’hui, l’accompagnateur spirituel, qui me déconseillerait quelque lecture qui pourrait me ‘ détourner ‘ du message évangélique … !
Athéisme et illusion

"Il ne dépend pas de nous de croire en Dieu, mais seulement de ne pas accorder notre amour à de faux dieux." Simone Weil.
A mon avis, chacun choisit son dieu... La plus grande illusion serait de se croire Athée !
L'attention. . L'instant présent avec Simone Weil.
La lecture d’Eckhart Tollé, me renvoie à ma propre tradition : étant acquis pour moi que Simone
Weil est une de mes compagnes spirituelles (
)…
« Les biens les plus précieux ne doivent pas être cherchés, mais attendus. »
Ce qui m’interroge sur le sens et les effets de l’occupation de mon mental. Sur le sens et les effets de ma prière… !
Paradoxe de l’étude… de l’effort. Déjà, dans le vocabulaire chrétien : - méditation, est un terme ambigu. La méditation d’un texte d’Evangile demande t-elle un effort intellectuel ?
Pour Simone Weil, l'attention est active, mais à la manière passive du désir.
« L'intelligence ne peut être menée que par le désir. Pour qu'il y ait désir, il faut qu'il y ait plaisir et joie. » … « C'est ce rôle du désir dans l'étude qui permet d'en
faire une préparation à la vie spirituelle. Car le désir, orienté vers Dieu, est la seule force capable de faire monter l'âme. Ou plutôt c'est Dieu seul qui vient saisir l'âme et la lève, mais le
désir seul oblige Dieu à descendre. »
Ainsi, les maîtres chrétiens enseignent que dans
la prière, il ne s’agit pas de mobiliser nos forces car la Présence de Dieu est un don. Il s’agit d’être nous-mêmes ‘ présent ‘
« La pensée doit être vide, en attente, ne rien chercher, mais être prête à recevoir dans sa vérité nue l’objet qui va y pénétrer »
Cela, je l’ai moi-même expérimenté, dans l’enseignement bouddhiste. Ainsi, qu’il serait donc absurde de renier les différentes traditions qui ne cessent de s’entrecroiser et d’enrichir notre vie
spirituelle !
« O Maître, mon désir est devant Toi » (Ps 37, 20)
« Seigneur, tu étais là, et je ne le savais pas » (Gn 28, 16)
« Parle Seigneur, ton serviteur écoute » réponse de Samuel
Salomon, sages parmi les sages, demandera à Yahvé « un coeur qui écoute » (1R 3, 5-9)
Jésus , un ' Dieu ' qui disparait.
Le judaïsme craignait plus que tout : l'idolâtrie.
Aussi le ‘Dieu unique’, n’avait-il aucune image, aucun nom prononçable. Lui même étant le créateur de toute chose, sur terre et dans les cieux, rien, vraiment Rien ne pouvait être divinisé :
ni homme, ni statue, ni astre ; aucune ‘nature’ ni aucun pouvoir …
Jésus, lui-même s’est inscrit dans cette tradition. Lui-même, le seul qui puisse être comparée à l’icône divine. Lui-même s’est fait le plus humble, d’entre nous… pour disparaître.
Jésus, né parmi un peuple asservi. Jésus, dont on ne connaît que trois années, de sa vie. Jésus humilié jusque
dans la mort. Jésus qui n’a rien laissé… d’autre que le témoignage de ceux qui de génération en générations, le rencontrent, au plus intime d’eux-mêmes : le seul espace occupé par
Dieu…
Ce ‘ Jésus ‘ ne veut être reconnu que dans le visage de l’homme et la femme que je côtoie. C’est là le message évangélique… Mathieu 25 !
Tout le reste n’est que religieux, …. Mais nécessaire !
Que puis-je faire seul, entre un Dieu disparu, et un 'prochain' que je ne reconnais pas?
Qui suis-je, moi … pour prétendre accéder à cette humilité divine ?
Moi, qui ne sait pas aimer ; qui confond mon ‘égo’, avec mon ‘cœur profond’.
Moi, qui m’imagine exister quand j’affirme ma
volonté… !
Alors, oui! J'ai besoin d'une religion qui fait le 'pont', qui connait sa juste place, qui enseigne
le chemin et ne se prend pas pour lui.
"Au Déliant" de Henry Bauchau
Seigneur, Seigneur Dieu,
au-delà de tous les noms
Délivre-nous
ainsi que l’a souhaité Maître Eckhart
Délivre-nous
non de l’amour
mais de l’image de Toi
Comme tu as délivré mes oreilles
du bruit du monde En me
rendant presque sourd
Comme tu m’as libéré du délire
de puissance et de possession En me rendant presque aveugle
Séparé, enfermé en moi-même,
ne m’emprisonne pas avec Toi
Accorde-moi la liberté
Où parfois, en m’éveillant, je te sens si proche
Il y a la tempête solaire de l’illumination,
il y a la prière, la pauvreté des cœurs
et la miséricorde
Quand le Seigneur passe devant
Élie dans les livres des Rois
Il y a le bruissement d’un silence ténu
Je n’ai pas été, je ne suis pas prêt pour ces grands accomplissements
Je suis devant Toi avec mon fagot d’écriture
et je n’ai manqué ni d’effort ni de joie
Accorde-moi, comme aux Rois mages,
de suivre l’étoile du brûlant, brûlant amour
Que je connaisse enfin la libre efflorescence qui est, qui est là, qui est Toi,
Ô silencieux, souterrain, souverain Seigneur des eaux, des plantes, des vivants
Et de la nourriture de tous.
- publié le 17/12/2009
Poème inédit d’Henry Bauchau, offert pour publication dans ' La Vie. '
'(La mise ne page, les sauts de ligne, les caractères gras ... sont de moi ...)
Chrétien et philosophe: Jean Luc MARION
- Jean-Luc MARION, philosophe et professeur à la Sorbonne et à Chicago, est un spécialiste de Descartes, un phénoménologue ; il a développé une nouvelle approche de Dieu, débarrassée des pesanteurs de l’Etre, pour mieux reprendre cette question. Il écrit : L’idole et la distance (1977) et Dieu sans l’être (1982).
Le philosophe Jean-Luc Marion, est reçu jeudi 21 janvier sous la Coupole, au fauteuil du cardinal Lustiger
Chrétien et philosophe : comment articulez-vous cette double appartenance ?
Jean-Luc Marion : Je suis philosophe, exactement comme d’autres sont pilotes de ligne, ingénieurs, ou banquiers ! C’est un métier comme un autre, qui relève de l’ordre de la connaissance,
dirait Pascal. L’identité chrétienne n’est pas du même ordre que la rationalité philosophique. Il existe des philosophes qui ont des opinions religieuses, et heureusement !
Mais il n’y a pas en soi une « philosophie catholique », ou une « philosophie chrétienne ». C’est le propre des idéologies, comme le marxisme, que de vouloir baptiser les sciences humaines. La
révélation chrétienne ne dépend pas d’une philosophie, Dieu merci ! Mais il est vrai que je me suis intéressé à la théologie car la philosophie passe son temps à aborder la théologie. Notamment lorsque j’ai écrit Dieu sans l’être . Je ne me
suis pas posé la question de l’articulation entre ma foi chrétienne et la philosophie, mais plutôt la question du droit de la philosophie de parler de Dieu, de la révélation chrétienne, et le
problème des limites.
Le choix que l’on a proposé aux catholiques entre les deux postures, progressiste ou conservatrice, était faux. D’autres, comme Urs von Balthasar, Karol Wojtyla ou Jean-Marie Lustiger ont au contraire relu le Concile dans une perspective différente, à la lumière des Pères de l’Église, dans un mouvement de redécouverte patristique. La revue Communio a soutenu ce mouvement, et cela fait 35 ans que cette revue, principalement gérée par des laïcs fonctionne, sans subvention.
Ne craignez-vous pas cependant aujourd’hui un repli identitaire de la part des catholiques en France ?
Non, je ne crois pas, ce n’est pas un mouvement important. Les catholiques français sont en train de comprendre ce que doit être leur rôle, cela ne va pas de soi. Ils sont une minorité, mais la
minorité la plus importante, qui doit avoir voix au débat.
Certains chrétiens se crispent dans un état caduc et passé de la philosophie, appartenant à une époque scolastique, où la rationalité était définie de manière restrictive, où la confrontation
entre foi et raison n’existaient pas. Mais ils n’ont rien compris aux enjeux actuels.
Justement, pourquoi insistez-vous ainsi sur le lien indissoluble entre foi et raison ?
Je crois que nous sommes arrivés à un moment clé de cette réflexion. Ceux qui opposent foi et raison ont une vision de la foi comme n’ayant pas de logique. Or il y a une logique de Dieu dans la
révélation chrétienne, car Dieu c’est le logos, la raison. Et les mêmes qui nient cette part de recouvrement de la raison par la foi reconnaissent aujourd’hui que nous nous trouvons face
à une crise de la rationalité : qui peut, après le XXe siècle, dire ce que l’on entend par raison ?
La frontière entre le rationnel et le non rationnel n’a plus rien d’évident. La science n’est plus la vérité absolue comme on a voulu le croire, le progrès scientifique prend désormais aussi
l’aspect d’une menace, c’est tout à fait évident avec la crise écologique.
Dans ce que j’appelle cette « inquiétude rationnelle », les chrétiens ont toute leur place, et leur contribution peut être fondamentale. À condition qu’ils n’apportent pas au débat des
convictions frénétiques, mais des positions raisonnables. « Raison garder », voilà ce pour quoi les chrétiens sont peut-être qualifiés, car leur Dieu n’est pas un Dieu de la toute-puissance
irrationnelle, mais le Dieu du logos.
Penser autrement « la mort de Dieu », objet de l’Idole, et la distance (1977) en considérant cette mort comme, avant tout, la mort d’un concept, d’une certaine primauté de l’Etre et du « Dieu moral ». Il considère ce retrait du divin comme l’ultime figure de la révélation. En somme, dit-il 1/ Le Dieu qui est mort est une représentation (une idole) contre lequel il faut lutter 2/ Dieu, lui, est mort sur la croix et est donc en retrait – manière, pour nous, d’éprouver la filiation.
Penser autrement l’amour et la charité. Dans Le phénomène érotique (2003) il indique, au début de son livre, que la « philosophie ne dit aujourd’hui plus rien de
l’amour, ou si peu », qu’elle « n’aime pas l’amour » et que nous constatons un « divorce » entre la philosophie et l’amour, que nous vivons
« dans un grand cimetière érotique ». Il y a, dit-il, une « rationalité érotique » et l’amour en relève.
Source: ( La Lettre d'information de Canal Académie )
"Sagesse" à l’académie française : F. DELAY
-
Florence DELAY, de l’Académie française
- La liberté.
"Chaque fois que j’ai terminé un livre, je me dis que je n’ai pas été suffisamment libre..
- L’oisiveté. "Ne pas trop combler son temps ; profiter de ce moment de la vie pour le hasard, la rêverie, la lecture ; découvrir cet "otium", l’oisiveté au sens noble". -
Ce mot est désormais entré dans le Dictionnaire. Vivre avec. Chrétiens, juifs, musulmans, ont vécu, avec des heurts mais en se supportant. "Cette période de la vie en Espagne, avant la Reconquête qui a voulu imposer la religion, reste un modèle. L’esprit triomphe des murs. L’important est de tourner son esprit
vers l’au-delà, vers Dieu. La convivance semble impossible alors qu’elle a eu lieu pendant des siècles."
- La convivance:
Au regard du monde, de la société, qu’est-ce qui vous parait essentiel à dire aujourd’hui ?
"A chacun de retrouver une vie intérieure, une vie où l’on fait confiance à ses propres forces. On se repose trop sur le collectif, les mêmes schémas, les machines. On perd sa singularité. On ne peut pas se fondre avec les autres tout le temps. J’aime chercher, je ne veux pas qu’une machine trouve pour moi, me prive de cette "promenade"".
La spiritualité, hors religions ? "Elle m’a souvent parue imbécile car les religions contiennent assez de grandeur pour qu’on s’y trouve bien. J’ai
découvert tardivement les grands textes chrétiens mais c’est passionnant !" Il y a un élan vers "la vie intérieure" qui doit être nourrie quotidiennement.
Aujourd’hui, quelle est votre motivation essentielle ?
"Aller le mieux possible vers la fin de mes jours, ne pas perdre la force d’âme ni le pouvoir de m’émerveiller. Tenter de trouver la joie du vieil âge." Et d’évoquer la très ancienne sagesse des Indiens Navarros sur la piste de la beauté.