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Les légendes du Graal
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Voyage en Angleterre -5- B. Russell

4 Juillet 2020 , Rédigé par Perceval Publié dans #1900, #Angleterre, #Russell, #Philosophie, #Math

B. Russell - Bertie

Bertrand Russell est né dans une famille riche de l'aristocratie britannique... Ses parents sont morts quand Russell était très jeune et il a été en grande partie élevé par sa grand-mère résolument victorienne (bien que très progressiste). Son adolescence a été très solitaire et il a souffert de crises de dépression... « Adolescent, j’ai haï la vie et j’étais continuellement sur le point de me suicider, ce dont j’étais empêché par mon désir de me perfectionner en mathématiques »

  • Les mathématiques sont la seule chose que nous connaissons qui soit capable de perfection .

« J'aime les mathématiques en grande partie parce qu'elles ne sont pas humaines et n'ont rien à voir avec cette planète ou avec tout l'univers... L'Univers, comme le Dieu de Spinoza, ne nous aime pas en retour de quelque action.» 

  • Oui, peut-être, mais vous... Vous ne désirez pas être aimé en retour...?

Russell est tenté de décrire son enthousiasme quasi-mystique pour les mathématiques et la logique comme s'ils pouvaient être la base d'une nouvelle religion laïque.

De plus, Russell se propose de reconstruire toutes les mathématiques sur des bases purement logiques...

Plus généralement, Russell explique que l'un des buts de sa vie pourrait être de découvrir si l’homme est capable d’affirmer quelque chose de vraiment irréfutable: « Existe-t-il au monde, une connaissance dont la certitude soit telle qu’aucun homme raisonnable ne puisse la mettre en doute ? »

En 1900, il avait vingt huit ans, il souhaitait reprendre à son compte le projet que le philosophe et mathématicien allemand Leibniz avait entrepris dès le XVII° siècle : créer une langue logique universelle qui permettrait de réduire tous les raisonnements à des calculs afin que l’erreur disparaisse. Ne plus se tromper en rationalisant tout...!

Aujourd'hui, Russell tempère déjà cet absolu.... En effet – et cela fit bien rire Anne-Laure - « Leibniz, dans sa vieillesse, écrivit à un de ses correspondants qu’une seule fois dans sa vie il a demandé à une femme de l’épouser, et alors il était âgé de cinquante ans. “Heureusement, ajouta-t-il, la dame demanda du temps pour réfléchir. Cela me donna également du temps pour réfléchir moi-même, et je retirai ma demande”. Il n’y a pas de doute que sa conduite n’ait été rationnelle, mais je ne dirai pas que je l’admire »

Bertrand Russell expliqua en quoi, et pourquoi, il est athée: ce qui le révolte au plus haut point, ce furent les crimes commis, surtout contre les femmes, au nom de la religion et des textes bibliques. Par exemple ce texte : « Tu ne laisseras point vivre la magicienne » (Exode XXII, 18)... Conséquence: le pape Innocent VIII publie, en 1494, une bulle contre la sorcellerie et nomme deux inquisiteurs chargés de la réprimer. Ces derniers font paraître, la même année, un livre intitulé : « Malheus Maleficarum » ou, en français : « Le Marteau des Malfaitrices », dans lequel ils soutiennent que la sorcellerie est plus naturelle aux femmes, en raison de la méchanceté foncière de leur coeur. Entre 1450 et 1550, on estime à plus de cent mille le nombre de femmes qui sont brûlées vives sur le bûcher, en Allemagne seulement !

« La religion chrétienne a été et est encore le plus grand ennemi du progrès moral dans le monde »

Russell assure appuyer son athéisme, sur les bases de la raison et non sur la passion...

Sur le plan intellectuel, il remarque: la foi en quelque chose est codifiée et impérative... Elle s’accompagne donc toujours de dogmes doctrinaux qui ne résistent pas à un examen rationnel, même si la philosophie, d’inspiration théologique, a tenté de les rationaliser. La théologie tente de transformer la foi en savoir... Et, comme il y a plusieurs religions, et tentent chacune d'imposer son ministère; elles se font la guerre...!

Russell dénonce et démonte quelques unes des pseudo-preuves de l’existence de Dieu – comme celle qui veut que le principe de causalité nous contraigne à poser une cause suprême (et sans cause !) ou encore celle qui affirme qu’il y aurait un plan de la providence assignant à l’univers une fin bonne et qui expliquerait sa perfection.

La religion qui entend, selon une étymologie, relier les hommes entre eux et donc prôner l’amour du prochain, ne relie qu’en interne : elles s’opposent entre elles en externe, elles se combattent et se sont combattues sous les pires formes et elles constituent donc un  ferment de haine entre les hommes – point qui est régulièrement et scandaleusement occulté par l’histoire officielle des religions que l’Ecole nous enseigne, alors que le spectacle du monde contemporain nous en offre encore de terribles exemples.

  • Mais, tout cela n'advient-il pas, du fait d'une mauvaise interprétation des textes fondateurs... ?

Les membres du Moral Science Club, Cambridge, 1913

Russell va plus loin... Et en vient aux textes... Ainsi de la dualité de l’âme et du corps. Il pointe le mépris du corps, au profit du spirituel et la conséquence sur la vie sociale de moindre importance par rapport à la vie future, jusqu'à accepter de souffrir pour gagner le ''salut''... Paradoxalement, la croyance en la survie de l'âme aboutit à un individualisme, centré sur son propre salut... !

Bien sûr, Russell évoque la morale religieuse, avec en particulier tous les interdits visant le corps et la sexualité. On oublie trop facilement tout le mal causé aux femmes, aux enfants et cette culpabilité aidée par cette croyance absurde dans le pêché originel... Cela ne sert qu'à rendre les hommes plus violents, malades...

Bref, la religion est pour Bertrand Russell le règne de l’obscurantisme : par ses dogmes et ses pratiques constitutives, mais aussi par son refus constant des découvertes scientifiques, de Galilée à Darwin...etc

Tout le monde reste sonné par ce réquisitoire, et il est bien difficile d'apporter dans cet environnement si fraternel la contradiction...

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Voyage en Angleterre -4- B. Russell

29 Juin 2020 , Rédigé par Perceval Publié dans #1900, #Angleterre, #Russell, #Ottoline Morrell

Hotel Bartlett, Cambridge

Cambridge est au nord de Londres à 60 miles. Anne-Laure et J.B. occupent chacun une chambre à l'hôtel Bartlett...

Pendant la semaine de leur séjour ; il vont avoir le privilège de rencontrer Bertrand Russell ( 1872-1970), dans une ambiance décontractée, et bénéficier de l'accompagnement d'Ottoline Morrell, qui par son originalité et sa générosité va les enchanter...

Bertrand Russell

Russell a fait des études de mathématiques au Trinity College de Cambridge. Entre 1893 et 1897, le jeune étudiant va se passionner par les questions philosophiques que suscitent les nouvelles géométries, aussi bien vis-à-vis du statut de la vérité en mathématiques que du point de vue des fondements de la connaissance.

- Les mathématiques correspondent-elles à une activité de l'esprit, ou représentent-elles une lecture des lois de la nature ?

Les mathématiques y apparaissent avant tout comme le langage de la raison. Elles constituent le paradigme même de la science abstraite, « indépendante de toute création et de tout système naturel, exception faite de la mémoire, de la pensée et du raisonnement »

Les algébristes anglais, s'appuyant sur la philosophie de Locke, tirent les mathématiques du côté des sciences de l'esprit en affirmant que c'est cette seule puissance du rationnel qui permet d'articuler logiquement l'expérience empirique...

En 1903, Russell publie The Principles of Mathematics, un ouvrage sur les fondements des mathématiques. Cet ouvrage avance la thèse selon laquelle les mathématiques et la logique sont une seule et même science.

Alys Whitall, Bertrand Russell 1907

En 1908, il est élu à la Royal Society. En 1910, paraît le premier volume de son œuvre maîtresse du point de vue de la logique, les Principia Mathematica, écrits en collaboration avec Alfred North Whitehead. Suivront deux autres volumes, en 1912 et 1913.

 

Bertrand Russell, rencontre à 17 ans, une Quaker de cinq ans plus âgée: Alys Pearsall Smith, puritaine et ''high-minded '', qu'il épouse le 13 décembre 1894.

Dans son Autobiography, il écrit : « I went out bicycling one afternoon, and suddenly, as I was riding along a country road, I realised that I no longer loved Alys. » Leur mariage commence donc à s'effondrer en 1901 quand il prend conscience, alors qu'il faisait du vélo, qu'il ne l'aimait plus.

Lady Ottoline Morrell 1912

A l'époque où Anne-Laure et J.B. rencontrent Bertrand Russell, il est l'amant de Lady Ottoline Morrell.

Ottoline Morrell restera gravée dans la mémoire de nos visiteurs. Si Virginia et Vanessa Stephen sont les reines de Bloomsbury ''images souveraines de Guenièvre''; Ottoline se rattache à l'image de Morgane, la muse et rebelle de cette société britannique aux valeurs étroites. Excentrique, elle s'entoure de nombreux illustres amis tels: Bertrand Russell, WB Yeats, DH Lawrence, TS Eliot , Virginia Woolf, Aldous Huxley, EM Forster ...

Ottoline raconte sa première véritable rencontre avec le brillant et passionné Bertrand Russell, que ses amis nomment Bertie. C'était un dimanche, le 19 mars 1911; elle donnait un petit dîner ( en petit comité) au ''44 Bedford Square'' où elle recevait à Blomsbury...

Ottoline était inquiète de sa capacité à converser avec un homme de son intellect qu'elle ne connaissait pas bien. Pourtant, après le départ des invités, Ottoline et Bertrand Russel vont parler pendant des heures... Elle se rendait compte qu'il était ''troublé'', et elle l'a encouragé à se confier... Il a alors, exprimé qu'il n'aimait plus sa femme Alys ( .. elle n'aimait pas lire Nietzsche...); mais, qu'il avait besoin d'amour et était fatigué de son "mode de vie puritain et aspirait à la beauté et à la passion". En quelques heures, il étaient tombé '' en affair '' ....

D.Brett, L. Strachey, Ottoline et B.Russell

 

Ottoline insiste pour que les invités français vienne la voir dans son cottage Peppard, près de Henley on Thames, modeste et qu'elle pense vendre pour acheter une plus belle demeure: Garsington Manor, près d'Oxford où elle recevra beaucoup. Bertie y aura sa chambre. Et quand il y avait foule à Garsington, ils se retrouvaient dans un hôtel londonien...

 

AN Whitehead (1861-1947) était devenu le tuteur de Russell au Trinity College de Cambridge dans les années 1890, l'année du mariage entre Whitehead et Evelyn Wade, une Irlandaise élevée en France...

À l'âge de 29 ans, en février 1901, alors qu'il est installé chez son ancien professeur, pour favoriser le travail sur un ouvrage commun ''Principia Mathematica.'', Russell reçoit - ce qu'il appelle - une « sorte d'illumination mystique », après avoir été témoin de la l'énorme souffrance de la femme de Whitehead - pour qui il éprouve un amour secret et impossible - lors d'une attaque d'angine de poitrine. « Je me suis retrouvé rempli de sentiments quasi-mystiques sur la beauté [...] et avec un désir presque aussi profond que celui du Bouddha de trouver une philosophie qui devrait rendre la vie humaine supportable » (...) « Au bout de ces cinq minutes, j'étais devenu une personne complètement différente..

Russell va en effet parler de la compassion, « Compatir, c’est souffrir de la souffrance de l’autre, la partager d’autant plus douloureusement qu’on ne peut l’en soulager. » (..) « dans les relations humaines, c’est au cœur même de la solitude, en chaque être, qu’il importe d’atteindre et de parler »...

  • Mais le langage logique et mathématique n’en a pas le pouvoir.?

  • Oui, mais sans renier, la pensée analytique... On peut développer un autre langage, celui de la philosophie pratique...
Lady Ottoline Morrell

Russell, beaucoup plus tard écrira: « Trois passions, simples mais irrésistiblement ancrées en moi, ont gouverné ma vie : le besoin d'amour, la soif de connaissance et une douloureuse communion - avec tous ceux qui souffrent. Trois passions, comme des grands vents, qui m'ont balayé de-ci de-là, dans une course capricieuse, sur un profond océan d'angoisse, . jusqu'à atteindre les bords mêmes du désespoir.» .

Les femmes - et Russell ne s'en cache pas - ont eu une énorme importance dans sa vie. Il s'est d'ailleurs marié quatre fois.

  • «Ceux qui n'ont jamais connu l'intimité profonde et l'intense compagnie de l'amour mutuel ont raté la meilleure chose que la vie ait à offrir.»

« Le mariage doit être essentiellement la pratique de ce respect mutuel de la personnalité, allié à une profonde intimité physique, intellectuelle et spirituelle qui fait de l’amour entre la femme et l’homme la plus féconde des expériences de la vie »

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Voyage en Angleterre -3- Bloomsbury group

24 Juin 2020 , Rédigé par Perceval Publié dans #Virginia Woolf, #1900, #Angleterre, #Bloomsbury

Virginia Woolf

Anne-Laure de Sallembier rencontre Virginia Stephen (Woolf) - elle a 29 ans - , sans se rendre compte à qui elle a affaire... En 1905, Virginia Woolf a commencé à écrire pour le Times Literary Supplement; et son premier roman, ''The Voyage Out'' (La Traversée des apparences, traduit aussi Croisière), sera publié en 1915 à l'âge de 33 ans.

Virginia explique l'importance pour elle d'être à Londres : une ville qui attire, stimule, et inspire une histoire ou un poème, il suffit de se promener dans la rue... Du fait de cette abondante population, tout y est constamment nouveau et surprenant : les bateaux qui montent et descendent la Tamise, le métro , les bus rouges à deux étages..., pour Virginia tout y est une source inépuisable d'étonnement; « Londres est un rêve »... Quand Virginia se promène dans la rue, elle est très excitée, comme si elle venait d'un autre monde... Avec un chapeau de paille à larges bords sur la tête qui ombrage son visage jusqu'à sa bouche, elle porte une veste beige sur une chemise à pois et une jupe en tweed.

Neopagans 1911_Noël Olivier ; Maitland Radford; Virginia Stephen; Rupert Brooke camping sur Dartmoor août 1911

Virginia vient de rencontre le jeune poète Rupert Brooke ; ils s'amusent de raconter aux autres – en particulier à leurs invités français, choqués et amusés - qu'ils se sont baignés ensemble et nus, cet été sur la rivière Cam... Ils ont campé ensemble avec Katherine Cox, Maynard Keyes et d'autres près de Clifford Bridge...

Virginia Woolf et Ka Cox at Asheham

Plusieurs, du groupe de Bloomsbury, semblent désapprouver les relations récentes de Virginia avec ces '' Neo-Pagans '' entraînée par Ka Cox et Brooke... Ces personnes pratiquent un style de vie alternatif mêlant socialisme, végétarisme, l'exercice en plein air et nudité... Les femmes portent des sandales, des chaussettes, des chemises à col ouvert et des foulards, comme Virginia le fait ici. Ce bucolisme contraste avec l'intellectualisme sceptique de Bloomsbury, au point où Adrian, son frère, la surnomme ''la chèvre''... Finalement, c'est Brooke, qui va se détourner du groupe et de Brunswick Square à la fin de 1911, la qualifiant de "maison de débauche"; et l'amitié entre Virginia et Ka, va cesser...

Virginia et Vanessa à Firle Park en 1911

Anne-Laure et J.B. ont durant leur séjour, eu la chance d'être accompagnés de Vanessa ( la soeur de Virginia) et Clive Bell; qui vont les conduire jusqu'à Cambridge à la rencontre de Bertrand Russell, leur objectif de voyage... Vanessa déjà avait commencé « une affair » ( une liaison) avec le peintre Roger Fry; ensuite elle vivra avec Duncan Grant, dont elle tombe profondément amoureuse, et réussira à le séduire en un soir; Vanessa voudra absolument un enfant de Grant, Angelica  va naître à Noël, 1918; puis ils continueront à vivre ensemble pendant plus de 40 ans. Angelica a grandi en croyant que le mari de Vanessa, Clive Bell, était son père biologique...

Lady Ottoline Morrell - Garsington visitors, 1916 - Clive Bell, Dorothy Brett, Aldous Huxley, Bertrand Russell, and Lytton Strachey (Garsington Manor, Oxfordshire)

Vanessa pratiquait la peinture, et la reliure.. Sa première exposition en solo, aura lieu en 1916, à l'Omega Workshop à Londres,

Manet_and_the_Post-Impressionists

Clive Bell a fait ses études au Marlborough College et au Trinity College de Cambridge... En 1902, il obtient une bourse pour étudier à Paris, et devient critique d'art... C'est lui qui fait découvrir au public britannique, l'art contemporain, de Cézanne à Picasso. Le groupe de Bloomsbury le tourmentent quelque peu sur ses manières mondaines, et peut-être françaises... Clive est extrêmement social ; il va contribuer à maintenir un lien entre ''le monde extérieur'' et un Bloomsbury qui tend à se renfermer sur lui-même. À Londres, Bell poursuit son étude des arts visuels, des galeries et musées de la capitale aux églises italiennes, en menant parallèlement une carrière de critique littéraire. Son enthousiasme pour la France perdure ...

Il est associé par Roger Fry à l’organisation des deux expositions postimpressionnistes des Grafton Galleries (1910 et 1912) qui provoquent un grand retentissement sur la scène artistique britannique. On y voit des œuvres de Cézanne, Van Gogh, Gauguin et de leurs successeurs jusqu'au fauvisme inclus,  Matisse, Picasso, André Lhote, Georges Braque.. ; ce qui introduit une rupture profonde dans le langage des arts plastiques en Angleterre.

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Voyage en Angleterre -2- Hyde park, Bloomsbury group

19 Juin 2020 , Rédigé par Perceval Publié dans #1900, #Bloomsbury, #Angleterre, #Tourisme, #Art

Anne-Laure et J.B. sont aussitôt invités au 46 Gordon Square, Bloomsbury, la maison que se sont partagés les enfants Stephen: Vanessa, Virginia et James Stephen... Leur contact est Clive Bell, qui avait séjourné à Paris et se déclarait amoureux de l'art et la littérature française... Clive est marié avec Vanessa depuis 1908.

Avant toute chose, et pour s'imprégner de l'esprit britannique, Anne-laure et J.B. sont conduits à Hyde Park... Ils atteignent '' Marble Arch '' qu'un nouveau schéma routier vient de séparer de Hyde Park ( en 1908). En 1851, la reine Victoria, qui trouvait l'arche hideuse, la fit déplacer à son emplacement actuel, qui fut - du XIIe à la fin du XVIIIe siècle - le lieu de nombreuses pendaisons.

Nous sommes un samedi ensoleillé, les pelouses de d'Hyde park sont tachées de mode. Des couples disposés en quinconce sont couchés dans l'herbe. L'homme a disposé son pardessus sur le sol ou à ses côtés, et, la bouche unie dans un perpétuel baiser, ils restent immobiles, savourant l'instant... Les français n'en croient pas leurs yeux, de ce spectacle immoral...

  • Voilà bien des gens ''nature'' !

  • N'imaginez rien... Ils flirtent, sans plus...

  • Mais, l'intimité du ''home'', ne serait-elle pas plus conforme.... ?

  • L'intimité du ''home'' serait bien plus dangereuse... Ici, ils sont sous les yeux de tous, et ne peuvent se laisser aller aux écarts....

Ils arrivent près de la Serpentine, où des jeunes gens voguaient sur de légers canots, les jeunes filles - chapeaux en arrière - tiennent les drisses du gouvernail... Ils continuent vers un rassemblement : un homme, sur une table, pérore sur la venue du Christ... Plus loin, un homme à cheveux et barbe longs affirme que le locataire de Buckingham est parfaitement inutile... Puis ils croisent un ''unioniste'', et un ''libéral''... Ici, nous comprenons la relativité de toute chose... !

29 Fitzroy Square

Revenons à nos amis Stephen...

En mars 1907, Virginia et Adrian Stephen ont emménagé, non loin, au 29 Fitzroy Square... Aussi leurs amis, les rejoignaient dans l'une ou l'autre maison... Virginia Woolf avait tout le deuxième étage du numéro 29 pour elle et c'est pendant son séjour ici qu'elle a fait plusieurs essais sur le manuscrit de The Voyage Out . En fin d'année 1911, Virginia et Adrian vont quitter Fitzroy Square. Ils vont déménager dans une maison plus grande, 38 Brunswick Square, avec l'intention d'en faire une ''maison commune'', à partager avec des amis. En 1912, elle épouse Leonard Woolf. Le 26 mars 1915, The Voyage Out sera publié sous son nouveau nom Virginia Woolf.

C'est d'ici, dans ce quartier de Londres ''Bloomsbury '', que le groupe formé d'anciens étudiants du King's College de Cambridge, s'est fait connaître... Lytton Strachey devint un ami intime des sœurs Stephen de même que Duncan Grant... Puis Roger Fry et E. M. Forster se joignirent à eux...

Some Bloomsbury members Lady Ottoline Morrell , Maria Nys (plus tard Huxley ), Lytton Strachey , Duncan Grant , Vanessa Bell, 1915

Les anciens de Cambridge, mis à part Clive Bell et les frères Stephen, étaient membres d'une société secrète réunissant des étudiants, connue sous le nom de ''Cambridge Apostles''.

C'est par l'intermédiaire des « Apôtres », que les membres de Bloomsbury rencontrèrent les philosophes analytiques G. E. Moore et Bertrand Russell, qui devaient révolutionner la philosophie britannique au tournant du siècle. Les Principia Ethica (1903) de Moore fournirent au Groupe une philosophie morale. La distinction entre la fin et les moyens est un lieu commun de l'éthique, mais ce qui faisait tout l'intérêt des Principia Ethica ( une éthique intuitionniste) pour Bloomsbury, c'était la notion de valeur intrinsèque, qui dépendait d'une intuition personnelle du bien et de l'esthétique. Pour eux, le « sens du beau est une voie privilégiée pour la morale ».

Les membres du Moral Science Club, Cambridge, v. 1913. Au premier rang, troisième à gauche, James Ward ; à sa droite, Bertrand Russell , troisième à droite, GE Moore

Quand ils sont arrivés au n°46 Gordon Square, le groupe d'amis souhaitait vivre ''différemment''. Cela signifiait : privilégier les choses les plus importantes de la vie: lire, écrire et débattre. Mais ils souhaitaient que cela concerne aussi la vie quotidienne. Ils ont donc choisi de boire du café après le dîner au lieu du thé, et encore beaucoup de choses semblables...

Leonard et Virginia Woolf - 1912

Au tout début, Les habitués comprenaient le peintre Clive Bell, l'écrivain Lytton Strachey, le merveilleusement nommé Saxon Sydney-Turner, et le futur fonctionnaire indien et militant pour la paix, Leonard Woolf . Il y avait d'autres visiteurs occasionnels, y compris le poète WB Yeats et le romancier EM Forster, que Virginia vénérait et qu'elle regardait traverser Gordon Square pendant qu'elle se cachait derrière les haies des jardins.

Ce qui s'est passé, ce sont des discussions, et des discussions entre hommes et femmes sur un pied d'égalité et sur des choses importantes. Ils se recevaient en tenue décontractée, débattaient toute la nuit, buvaient du café et du whisky, mangeaient des petits pains...

Tous ont été membres de la confrérie des Apôtres, sorte de franc-maçonnerie de l’intelligence, dont l’existence est censée rester secrète. Chez les Apôtres on prône la liberté de parole, le non-conformisme, la critique du pouvoir établi, l’égalité entre les hommes et les femmes; on s'oppose au capitalisme et à l’impérialisme, et évidemment à la guerre.  C'est ainsi que ''le Bloomsbury group'' était né, et les sœurs Vanessa et Virginia en sont les reines.

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Voyage en Angleterre -1- le Ferry, le Langham-Hôtel

14 Juin 2020 , Rédigé par Perceval Publié dans #1900, #Angleterre, #Tourisme

Depuis qu'Anne-Laure de Sallembier rencontrait des anglais, et si elle avait l'occasion de les entretenir sur la légende arthurienne, beaucoup d'entre eux dont Winston Churchill, prétendent qu'il existe toujours des ''round table groups'' à Oxford ou à Cambridge en particulier... Bien-sûr cela excitait l'intérêt d'Anne-Laure...

 

Anne-Laure ne se doutait pas qu'elle irait sur place, de surprise en surprise... Et, il semble que la première remarque qu'il lui vient à la suite de ce séjour anglais, c'est qu'elle n'a jamais autant ri... ! Les anglais sont très soucieux de règles de bienséance, qu'il convient en public de ne pas transgresser, même les originaux - qui semblent plus nombreux qu'ailleurs - restent dans le cadre... Pourtant, quand un groupe crée son intimité et s'y sent en sécurité, et uniquement là, toutes les conventions peuvent sauter... Il faut dire qu'Anne-Laure ne va pas visiter n'importe quels groupes : il s'agit de la société des ''Apôtres'', du Bloomsbury group et de la Fabian Society, et finalement aussi quelques décevants ''round table groups'' ..  Et, c'est plutôt étonnant... !

Le voyage commence à la gare Saint-Lazare ...

Dieppe, doyenne des stations balnéaires, a toujours attiré les parisiens, au point - certains le diront - que la terrasse du Casino semble un prolongement du boulevard des Italiens...

On parle encore de ce week-end suivi du pont de l'assomption, où des centaines de mille de parisiens ( un demi-million ) se sont pressés pour quitter une ville assiégée par la canicule, et se sont dirigés vers la gare St-Lazare, aspirant aux bains de mer... ... A Dieppe, les plages étaient bondées, et les hôtels ne purent accueillir tout le monde... Par centaines, les touristes durent se coucher sur les galets...

Pour les voyageurs en partance vers le Royaume-Uni ; à Dieppe, on quitte le train, pour s'embarquer sur un ferry...

En 1913, le billet simple Paris Londres, départ St Lazare, valait 48.25 F en première classe ( un ouvrier qualifié gagnait en 1913 entre 3.50 et 4 F par jour, soit au mieux 100 F par mois). La liaison par Dieppe Newhaven était réputée "la plus pittoresque et la plus économique".

Le bateau se nomme ''Le Newhaven'' il n'assure son service que depuis le 2 juin 1911. 92 m de long, 10,55 m de large, avec un tirant d'eau de 2,91, le Newhaven se distingue par ses aménagements luxueux et sa rapidité : il effectue la traversée en 2h45, soit une moyenne de 24 noeuds, et peut embarquer jusqu'à 1000 passagers et 4 automobiles.

Arrivés à Londres ; Anne-Laure de Sallembier et J.B. se rendent au Langham-Hôtel où ils sont attendus. Le quartier, où résident les différentes personnes à contacter, est à proximité...

L'hôtel est un bâtiment grandiose ; avec ses 600 chambres sur 10 étages, il a bénéficié lors de son ouverture des premiers ascenseurs hydrauliques de la ville.

Ici, Oscar Wilde (1854-1900) a écrit ''The Picture of Dorian Gray'', c'était en 1890... La romancière romantique Maria Louisa Ramee ( Ouida) y a vécu plusieurs années, recevant ses visiteurs allongée dans son lit, entourée de ses manuscrits, tout en écrivant.. avec des masses de fleurs violettes; ses factures de fleuriste montaient fréquemment à 200 £ par semaine.

L'explorateur, journaliste et député gallois Sir Henry Morton Stanley (1841-1904) séjourna fréquemment au Langham. En 1869, James Gordon Bennet du New York Herald l'envoya chercher en Afrique l'explorateur et missionnaire écossais David Livingstone (1813-1873). Stanley est resté au Langham pendant qu'il préparait son voyage. Le 3 novembre 1871, il trouva Livingstone près du lac Tanganyika, où il prononça son salut historique et décontracté: «Dr. Livingstone, I presume ? »

… Lorsque le journaliste américain Stanley a publié son livre ''How I Found Livingstone'' en 1872, il était déjà célébré comme un héros. Après la mort de Livingstone en Afrique en 1873, Stanley est revenu à Londres, où il a étudié les dossiers concernant la mort de Livingstone. Le journaliste resta bien sûr au Langham, comme il le fit en avril 1874, lorsque le cadavre de Livingstone arriva à Londres pour être enterré à l'abbaye de Westminster. C'est la nuit de l'enterrement que Stanley a décidé dans sa chambre du Langham de faire un grand voyage d'exploration vers les grands lacs et la source du Nil, puis en descendant le fleuve Congo jusqu'à la mer. Mark Twain, également a séjourné dans cet hôtel... Les voyageurs américains y sont toujours nombreux... L'hôtel produit un guide de Londres relié et de poche ( jusqu'en 1914) ...

L'empereur Napoléon III a passé une grande partie de son exil forcé de France au Langham, où il a occupé une suite au premier étage.

Sir Arthur Conan Doyle (1859-1930), le créateur de Sherlock Holmes, était un visiteur régulier de l'hôtel ; il en parle dans plusieurs de ses histoires... Enfin, mais je pourrais parler de bien d'autres... Antonin Dvorak à partir de 1884 vient régulièrement, il y aurait écrit sa Symphonie n ° 8 en sol mineur spécialement pour le public anglais.

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Le Monde d'hier, avant la guerre. 4. H. Poincaré – B. Russell

9 Juin 2020 , Rédigé par Perceval Publié dans #1900, #Sciences, #Poincaré, #Russell

Lancelot a commencé à aller à l'école. Il est élève au Petit Lycée Janson de Sailly. Il s'ennuie d'apprendre des listes de sous-préfectures. Il est externe et en l'absence de sa mère la vieille Françoise s'occupe certainement de lui avec diligence...

Petit-Lycée-Janson-de-Sailly

Régnier ne trouve plus semble t-il sa place au Mercure de France... Il collabore désormais régulièrement à la Revue des Deux mondes et surtout à la Revue de Paris ; anciennes elles défendent des valeurs traditionnelles, et rétribuent mieux...

 

En 1911, a lieu le premier de la série des ''congrès Solvay de physique''; depuis, sept ont été tenus, avant la Seconde Guerre mondiale. Ces congrès virent les plus grands physiciens du début du XXe siècle débattre sur la toute récente mécanique quantique.

La première conférence, sous la houlette de Hendrik Lorentz, qui eut pour thème « La Théorie de la radiation et des quanta », eut lieu du 30 octobre au 3 novembre 1911 à l'hôtel Métropole à Bruxelles. A ce premier congrès Solvay de physique, en 1911; on y voit: assis: Marie Curie et Henri Poincaré; et en particulier debout:  Max Planck, Maurice de Broglie, Ernest Rutherford, Albert Einstein,  Paul Langevin....etc

Pour Poincaré la recherche de la Vérité est l'unique but de la science. Il distingue cependant la vérité morale de la vérité scientifique; et l'une ne peut influencer l'autre ( cf: affaire Dreyfus...)

Mais, pour Poincaré, nous l'avons vu,  il n’existe pas de réalité tout à fait indépendante de l’esprit ( la polémique autour du pendule...). Les théories forgées pour comprendre le monde sont en constante évolution, toujours empreintes du passé...

 

Jean-Baptiste de Vassy, découvrit les travaux de Bertrand Russell grâce à Poincaré, et en particulier grâce au débat dans lequel ils sont engagés sur la nature du raisonnement mathématique

Dans la ligne des idées de Kant, Poincaré, affirme le caractère synthétique et intuitif du raisonnement mathématique. La conception logiciste de Russell, l'agace...

Bertrand Russell en 1907

Le raisonnement mathématique ne pourrait-il être qu'une succession d’étapes de même nature que celles du raisonnement logique...?

La science est à la fois rigoureuse et créative... D'accord... Si, elle est créative, elle n'est donc pas entièrement déductive et pas complètement rigoureuse … ! ?

Poincaré interroge : Le raisonnement mathématique n'est pas que déductif, et pourtant il est rigoureux... ? Et, oui... par exemple: le raisonnement par récurrence, fondé sur le principe d’induction. Selon ce raisonnement, « on établit d’abord un théorème pour n = 1 ; on montre ensuite que s’il est vrai de n – 1, il est vrai de n et on en conclut qu’il est vrai pour tous les nombres entiers. ». Poincaré, 1902

 

Poincaré reproche, notamment à Russell et Whitehead, et à leur '' logistique '' d’entraver le travail du mathématicien; leur ''rigueur'' serait stérilisante... Pour Poincaré la rigueur logistique qui décompose une démonstration en une succession de déductions logiques, ne donne pas de compréhension d’ensemble de cette démonstration. Et, ce manque de compréhension constitue un manque de...? et bien, précisément, de rigueur selon Poincaré...

Poincaré, défend un type d'intuition, qui permet « non seulement de démontrer, mais encore d’inventer », comme peut le faire le raisonnement par récurrence ( qui ne nécessite pas d'être justifié par des principes logiques ...)...

Henri Poincaré 1908

 

Malgré, son admiration pour Poincaré; J.B. sent bien chez beaucoup de jeunes mathématiciens une crise des fondements des mathématiques... Comme en philosophie, on reste dans son raisonnement sur des formules vagues, du type: «il existe», «on peut trouver», «il n'existe pas»... Et finalement, on relève de plus en plus – même en mathématiques - des paradoxes qui mettent en évidence le manque de rigueur...

Ainsi, parler avec Euclide de point, de droite, de plan, de cercle, etc, comme des objets naturels , ne leur donne pas pour autant une définition scientifique et mathématique...

Comme un jeu, les mathématiques nécessite des Règles ( et, on prend conscience qu'on pourrait en choisir d'autres...)

 

Ainsi, Russel introduit quelques paradoxes et démontre quelques premiers théorèmes d'apparence paradoxale. Par exemple, c'est Russell (1902) qui a démontré qu'il n'existe pas un ensemble de tous les ensembles....

Pour Poincaré, définir les objets géométriques à partir des phénomènes physiques ne présente pas d’intérêt. D’après certains commentateurs, l’influence que le point de vue conventionnaliste exerçait sur les mathématiciens était considérable, et on suppose même que le conventionnalisme de Poincaré lui aurait coûté la découverte de la théorie de la relativité générale...

Henri Poincaré considère l'axiome des parallèles comme une convention, qui ne peut être dite « vraie » ou « fausse ». Parmi toutes les conventions possibles, le choix est guidé par le critère de simplicité et par l'expérience des phénomènes physiques. "Si la géométrie était une science expérimentale, elle ne serait pas une science exacte [et] serait dès aujourd’hui convaincue d’erreur . . . » et il décide que la question de la géométrie de l’espace n’a « aucun sens ».

Pour Russell, nous percevons les corps comme constitués de parties plus ou moins contiguës, la matière est organisée, par la perception, en un ordre spatial qui diffère à coup sûr de certains ordres possibles . Ces choix nous sont imposés par l’expérience et ne peuvent selon Russell être conventionnels. Dans sa réponse, Poincaré voit dans l’utilisation par Russell du mot perception l’origine de leur désaccord.

 

Jean-Baptiste de Vassy, rêve de rencontre Russell et propose à Anne-Laure de l'accompagner en Angleterre....

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Le Monde d'hier, avant la guerre. 3

4 Juin 2020 , Rédigé par Perceval Publié dans #1911, #Actualité, #Mahler

Canicule de 1911

Après l'inondation de Paris en 1910, l'été 1911, est caniculaire... On compte quarante mille morts, dont 29 000 petits enfants suite aux diarrhées. Le 22 août, au Louvre, la Joconde est volée...! Elle sera retrouvée deux ans plus tard, en Italie...

En cette année 1911, le 9 mars, la France ''capitule'' devant l'Angleterre... Elle faisait de la résistance depuis le partage du globe terrestre en 24 fuseaux horaires et que le méridien de Greenwich avait été choisi comme méridien international de référence au détriment du méridien de l'Observatoire de Paris. De puis 1891, l'heure nationale était l'heure de Paris; et depuis ce 9 mars la France s'aligne sur l'heure du méridien de Greenwich... on dit qu'en échange – peut-être - le Royaume-Uni pourrait adopter le système métrique...?

Le monde changerait-il ? Le 19 mars 1911, est instituée la première Journée internationale des femmes : un million de femmes manifestent en Allemagne, en Autriche, au Danemark et en Suisse. Lors de la conférence internationale des femmes socialistes, en 1910, la journaliste allemande Clara Zetkin avait lancé l’idée d’une telle Journée.

Gustav Mahler, Alma et leurs deux filles - 1910

Gustav Mahler, rencontre enfin, en 1910, un vrai succès public avec sa huitième symphonie à la création de laquelle assistent, le 12 septembre à Munich, les plus grands artistes et écrivains de l'époque, dont Thomas Mann.

Portrait d'Alma Mahler

Malheureusement, alors que Mahler déclarait : «  Je suis trois fois apatride. Comme natif de Bohême en Autriche ., comme Autrichien en Allemagne ., comme juif dans le monde entier » ; il quitte Vienne, en raison d'une campagne d'attaques antisémites et part à New York diriger le Metropolitan Opera. Atteint d'une angine avec complications cardiaques, il revient en Europe : Alma fait discrètement les bagages : quarante malles et valises ! Pendant la traversée, Mahler ne veut voir personne... Le débarquement à Cherbourg est dramatique : Stefan Zweig, présent par hasard, se souviendra : « Il gisait là, d’une pâleur de mourant, immobile et les paupières closes. Il y avait une tristesse sans limite dans ce spectacle, mais aussi quelque chose de grand et de transfiguré, quelque chose qui se terminait  dans la noblesse, comme une musique. »

 

Malher, à 51 ans, meurt à Vienne: Il est 23 heures 05, en ce jeudi 18 mai 1911 ; le cœur de Gustav Mahler a cessé de battre. Alma (1879-1964), son épouse depuis 1902, passionnée et volage, raconte: « Tout à coup, au milieu de l’orage et de l’ouragan, les râles épouvantables se sont tus. L’âme si chère et si belle s’en est allée. Après ces râles sans fin, c’est le calme qui, subitement, a paru le plus mortel de tout. » Son dernier mot a été « Mozart ! »

Dans son mariage avec cet homme célèbre, Alma a du s'effacer, renoncer à son art, et devenir une femme au foyer, alors que Gustav est coupé de sa « capacité d'amour ». Elle eut une liaison avec le jeune architecte Walter Gropius; mais elle n'a pas quitté Gustav...

 

Le 31 mai, à Belfast avec un public de 100 000 personnes, est lancé le Titanic - le plus grand paquebot du monde – qui fera naufrage en 1912.... Et le 14 juin, c'est la traversée inaugurale entre Southampton et New York de l’Olympic, qui devient le plus grand paquebot du monde.

 

Aristide Briand, un ancien militant de la grève générale, est devenu chef du gouvernement d'une République tempérée. Il devient, présenté par Adrien Hébrard, directeur du quotidien ''Le Temps'', un habitué du salon de Madame Bulteau. Elle apprécie, ce personnage singulier qui détonne parmi ses invités: « Avec Briand, on regarde entrer le contremaître, mais on voit sortir le gentilhomme». déclare t-elle.

Jose-simont-cabinet-briand

Ici, Briand rencontre Anna de Noailles, s'ensuit une correspondance régulière...

Le 25 Février, Briand avait démissionné de la présidence du Conseil. Le 27 juin, Joseph Caillaux est nommé président du Conseil suite à la démission d’Ernest Monis le 23 juin... Caillaux forme un gouvernement radical.

Avec Briand, c'est l'apaisement diplomatique que l'on attaque... Les premières et véritables tensions entre l'Allemagne et la France ont commencé au Maroc, en 1905. La crise diplomatique éclate avec le ''coup de Tanger''... Briand encourage les accords de Berlin, et devient président du conseil en 1909... Caillaux relance les tensions franco-allemandes au Maroc; puis conscient devant le grave danger d'une guerre ( Coup d'Agadir ) – nous sommes le 1er juillet 1911 -, préfère négocier...

Clemenceau, notamment, va lui reprocher la convention qu'il a conclue avec l'Allemagne pour résoudre la crise... Caillaux devient alors le chef de file des partisans d’une paix avec l’Allemagne, sans annexions ni indemnités.

 

Le 21 octobre 1911, Henriette Raynouard, mariée et divorcée depuis 1907 au journaliste et écrivain Jules Claretie, épouse Joseph Caillaux, lui-même marié, qui divorce suite à cette liaison avec Henriette. Le 16 mars 1914, elle videra le chargeur de son pistolet sur Gaston Calmette qui mène une campagne de presse contre lui, menaçant ainsi sa carrière.

A suivre... 

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Le Monde d'hier, avant la guerre. 2

31 Mai 2020 , Rédigé par Perceval Publié dans #1910, #Actualité, #Salons, #Béhague

A côté des voyages dans lesquels Anne-Laure de Sallembier est entraînée, elle partage son temps, comme la plupart des ''mondains'' de la Belle Epoque, entre une villégiature sur la côte normande, l'hiver sur les terres familiales de Fléchigné ; et Paris, avenue Victor-Hugo, quand la saison des théâtres commence...

A Paris, à côté des cérémonies officielles, incontournables, qui ont une nécessité politique ou diplomatique; la plupart des sorties se font ''dans le monde''; elles se pratiquent à diverses heures: matinée, déjeuner, thé, goûter, dîner et soirée.

Je note assez régulièrement, en ces années 1910, 1911: le vendredi chez madame de Béhagues, le samedi chez les Finaly et le dimanche chez Mme Bulteau.

Les élites se doivent de fréquenter les meilleurs artistes. Les salons musicaux, sont nombreux, et Jules Massenet et Camille Saint-Saëns sont très demandés... Anne-laure se souvient d'une soirée musicale très brillante chez le Docteur et Mme Léon Bizard en l’honneur de Paul Vidal, l’éminent chef de musique, qui a dirigé lui-même la maîtresse de maison au piano...

La marquise de Ganay - Avec sa sœur la comtesse de Béarn (à gauche)

Chacun a à coeur de défendre les valeurs françaises de l'élégance, du raffinement et du bon goût, cela fait partie de '' l'esprit de société''. Une grande soirée se donne avec un mot d'ordre, du genre: "les dames en toilette blanche et argent.".

Le Bal mondain est un grand moment de luxe et de goût... Il est costumé ou en habit. Parmi les plus célèbres, on distingue ceux de Boniface de Castellane et de Robert de Montesquiou. Les chroniqueurs rapportent qu'il peut y avoir jusqu’à deux à trois milles personnes présentes.

Matinée de Juin au Bois

 

Comme je l'ai déjà signalé, Anne-Laure de Sallembier est proche du cercle littéraire du ''Mercure de France'', et - lors de ces années insoucieuses d'avant-guerre - rencontre assez souvent des écrivains connus comme Léon Daudet, Henri de Régnier et Marie son épouse, René de Boylesve, Albert Thibaudet, et beaucoup d'autres intellectuels; en particulier chez Jeanne Mühlfeld (1875-1953), veuve de l'ancien secrétaire de la Revue Blanche, qui reçoit chaque jour à l'heure du thé, au 12, rue Galilée à Paris.

Jeanne est handicapée au niveau des hanches et reçoit le plus souvent étendue sur des fourrures; cette particularité, qui ne gâche pas son joli visage, la fait surnommée la belle sirène, ou la belle otarie....

Régnier y soigne ses apparitions : « Il entre et à peine annoncé, il s'arrête sur le pas de la porte, chevalier à la longue figure, le temps qu'on le dévisage, lui et son crâne dégarni, son grand faux col, sa moustache tombante, l’œil à demi-clos derrière son monocle, le temps aussi qu'il toise tout un chacun l'un après l'autre. »

Madame Bulteau

Anne-Laure retrouve les mêmes personnes au 149 de l’avenue de Wagram, chez Augustine Bulteau (1860-1922) dans un salon peut-être un peu plus eclectique. Augustine vient d'une famille fort aisée de fabricants de tissus imprimés de Roubaix, elle epouse en 1880 le romancier Jules Ricard, divorce en 1896... Elle écrit ( sous les pseudonymes de Jacques Vontade, ou de Foemina ) et peint fort bien... Son salon, au début du siècle s'impose dans Paris, on peut y rencontrer: Léon Daudet, Salomon Reinach, Abel Hermant, Jacques-Emile Blanche, Forain, Marie Régnier, André Chaumeix, Anna de Noailles et sa sœur, le princesse Hélène de Caraman-Chimay, et bien d'autres encore... On dit qu'elle a le don de recevoir les confidences de ses visiteurs qu'elle reçoit indiviudelelemnt dans son atelier, ou son boudoir... On la surnomme '' l'abbesse'' ...

Elle achète avec son amie la comtesse et romancière Isabelle de La Baume-Pluvinel, le palais Dario, à Venise. Elle reçoit Marie et Henri de Régnier dans ce palais que peindra Claude Monet en 1908.

Journaliste au Figaro et au Gaulois, elle laisse de nombreuses chroniques. Elle a écrit une dizaine de romans populaires, sous le pseudonyme de Fœmina dont un essai à succès: "L’Ame des Anglais" paru en 1910.

Augustine Bulteau connaît bien l'Angleterre, qui est sa seconde patrie... Elle entretient longuement Anne-Laure et son compagnon JB, sur ses universités prestigieuses; et leur fournit des contacts essentiels sur les questions qui les intéressent...

 

Enfin, je remarque dans ma documentation un carton du Comte de Primoli - bien aimé de toute la société parisienne - qui transmet une invitation: « Mme de Béarn me demande si vous seriez disposés l'un et l'autre à venir dîner seuls avec moi chez elle avenue Bosquet vendredi à 8 heures ? Veuillez me répondre Oui pour le ménage »

Ses amis l'appellent de préférence par son nom de jeune-fille : Mme de Béhague...

Henri de Régnier qu'elle a pris sous son égide, se souvient de « ses yeux clairvoyants. J'en connais peu de plus sensibles à la beauté, c'est pourquoi Martine est digne d'habiter un des plus beaux palais de notre ville ».

 

 

Hotel-de-Behague

Ambassade-de-Roumanie

 

Le « palais » de Madame de Béhague, est situé au 123 de la rue St-Dominique, il prend sa forme définitive entre 1895 et 1904, après les remaniements de l'architecte William Destailleurs pour y aménager, outre la salle de bal et la salle à manger, le grand escalier central en marbre polychrome, copie de celui de la Reine à Versailles. Le décor de la Salle du Chevalier, est un chef-d'œuvre de Jean Dampt, aujourd'hui au Musée d'Orsay.

La Salle de Concert, conçue en 1898 par l’architecte Gustave-Adolphe Gerhardt dans le style byzantin, est le plus grand théâtre privé de Paris et bénéficie d’une décoration d’une richesse exceptionnelle. « Un beau lieu dont on ne sait s’il est théâtre ou église », se demandera Robert de Montesquiou.

Martine de Béhague (1869-1939)

Martine de Béhague (1870-1939) - héritière, en 1893, d'une colossale fortune liée aux chemins de fer - est la sœur de Berthe de Béhague (future marquise de Ganay). Elle épouse le comte de Béarn, et se séparent bien vite, mais ne divorcent qu'en 1920... Elle voyage beaucoup, en particulier sur son yacht, et devient une réputée collectionneuse de beaux objets, rares et précieux, en particulier extrême-orientaux... Elle achète, dit-on, un objet par jour et ses tableaux et ses œuvres d'art en général sont d'une remarquable qualité.

Elle peut recevoir coiffée d’une perruque verte et étendue sur un sofa recouvert de peaux de bête… Elle reçoit beaucoup et ses visiteurs sont de tous horizons du monde des arts : peintres, sculpteurs, musiciens, écrivains dont Verlaine… Dans son hôtel, on donne Wagner, Carmen de Bizet, Fauré dirige son Requiem… Martine de Béhague fréquente le festival de Bayreuth depuis 1892.

Egérie de l’écrivain Paul Valéry, elle en fera son bibliothécaire.

Le 25 juin le couple Régnier dîne chez Mme de Béhague, et Régnier évoque longuement la soirée, ému par l'élégance du lieu : « le demi-jour, la beauté du linge, la finesse des objets, les fleurs, le service silencieux des hauts laquais, en ce décor champêtre. La nuit tombée, on apporte les lampes et il y eut des reflets sur les argenteries, les fruits, les vins. ». «  Conversation lente et oisive... »

Mme de Béhagues connaît bien Edith Wharton, qu'elle rencontre fréquemment dans la maison d'affaires de Mme Langweil, où l'on découvre des pièces de premier ordre qui arrivent directement de Chine...

Henri de Régnier

Martine de Béhagues, présente à Régnier, Edith Wharton et Henry James... Ensuite, Régnier rencontrera régulièrement E. Wharton, et aussi chez elle à partir de 1903.

Nous l'avons déjà vu; l'époque est à la découverte des plaisirs nouveaux du tourisme automobile, notamment en Provence et en Italie.. Le ''club des longues moustaches'' - Henri de Régnier, Edmond Jaloux ou Jean-Louis Vaudoyer, se retrouvent avec plaisir à Venise... Jean-Louis Vaudoyer, est le beau-frère de Daniel Halévy, et le disciple et ami d’Henri de Régnier.

Depuis 1906, J-L Vaudoyer est l'amant de Marie Régnier..

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Le Monde d'hier, avant la guerre. 1

27 Mai 2020 , Rédigé par Perceval Publié dans #1910, #Actualité, #Halévy

Je commence ces articles, par quelques faits qui peuvent paraître disparates, sans lien … Vous devriez reconnaître ensuite que les choses s'ordonnent...

Fin janvier 1910, la plus grande crue de la Seine jamais vue à Paris, provoque une inondation unique et d’importants dégâts...

Et ce même mois, le journal ''Le Parisien'' annonce le jour prévu du passage d'une comète, la ''date fatale'' qui pourrait annoncer la fin du monde... ! En cas de collision avec la terre « La combinaison de l’oxygène de l’atmosphère, terrestre, avec l’hydrogène de la queue de la comète aurait pour effet de nous étouffer en quelques instants. » En avril, ''Le Matin'' rassure « La Comète approche ! Mais elle fera moins de mal qu’un petit verre de kirsch »

Et, le jour attendu - ce 18 mai 1910 vers 4 heures – la comète passe, mais elle est invisible... !

 

La "retraite des morts" nous n'en voulons pas ! - 1910 - La première loi sur la Retraite des travailleurs dont la CGT ne veut pas … Pourquoi ?: - A 65ans les travailleurs seront morts... ! On leur demande un versement qui correspond à un nouvel impôt... L'état va capitaliser ces versements... et tout cela - pour des pensions de misère... ! Le mouvement socialiste, lui, est divisé, un certain...Jean Jaurès prenant position pour la loi.

 

Le 26 août, après avoir parcouru l'Europe, William James, guetté par la maladie, à peine rentré près des siens dans le New Hampshire, est mort. Son influence, comme celle de Bergson après la guerre, va diminuer...

Lady Ottoline Morrell v. 1912

L'année 1910 est en Angleterre, l'année du groupe de Bloomsbury: il réunit un certain nombre d'artistes, universitaires et intellectuels britanniques majoritairement diplômés de l’Université de Cambridge et installés à Londres, liés par des liens d’amitié depuis les premières années du xxe...

A l'origine le groupe se composait des romanciers et essayistes Virginia Woolf, E. M. Forster et Mary (Molly) MacCarthy, du biographe et essayiste Lytton Strachey, de l'économiste John Maynard Keynes, des peintres Duncan Grant, Vanessa Bell et Roger Fry, et des critiques littéraires, artistiques et politiques, Desmond MacCarthy, Clive Bell et Leonard Woolf.

Parmi les proches du groupe, se trouvent Bertrand Russell (1872-1970), Ludwig Wittgenstein, George Orwell, Aldous Huxley, T. S. Eliot, (...), la femme de lettres Dorothy Bussy (sœur de Lytton et James Strachey), Lady Ottoline Morrell (propriétaire de Garsington Manor, l'un des points de ralliement du Groupe)...

En cette année 1910, Russell est nommé professeur de philosophie et de logique au Trinity College de Cambridge. Bertrand Russell voyage... En France, il a rencontré Peano au second Congrès International des Mathématiciens qui se tenait à Paris en 1900. Sa voie entre logique mathématique et métaphysique est désormais tracée. Il publie cette année là A critical exposition of the philosophy of Leibniz.

Bertrand Russell ( à gauche) 1915

Suite aux travaux de Frege et de Peano concernant la logique mathématique et aux contradictions inhérentes à la théorie des ensembles de Cantor, Russell publie ses Principia mathematica (1910) en collaboration avec Whitehead...

 

Depuis le congrès de 1900, Russell rencontre à Paris Louis Couturat, philosophe et mathématicien, avec qui il entretient une correspondance et qui le représente dans sa controverse avec Henri Poincaré... Couturat a très bien rendu compte des Principles of Mathematics de Russell dans une série d'articles détaillés.

Daniel Halévy et son père, 1900

Grâce à la famille Halévy, et en particulier Elie Halévy (1870-1937), philosophe, historien et anglophile... Anne-Laure de Sallembier avec JB. vont participer à de passionnants dîners-débat à thème philosophique...

Au cours de ses fréquents séjours en Angleterre, Elie Halévy s'est lié avec des philosophes, comme Bertrand Russell, et, Sidney et Beatrice Webb.

 

Les deux frères Halévy, méritent d'être connus...

 

« Une chose est certaine, et tiens-le toi pour dit : jamais je n 'irai dépenser dans les commissions, examens, etc., etc. la force de travail que ma situation de fortune me permet d'utiliser d'une manière que je considère comme littérairement plus utile [...]Et travailler seul dans son coin n 'est-il pas la meilleure manière de conserver la sérénité nécessaire ? » Elie refuse les postes prestigieux...

Elie et Valentine Halévy 1902

« La solitude, voilà ta seule rivale. Etre seul, mettre ses pensées en ordre, regarder le passé sans regret, l'avenir sans agitation, la société, le monde, l'univers de très haut, ne plus distinguer entre l'instant et l'éternité »

Très tôt, Elie est attiré par l'Angleterre, et ses voyages sont une habitude annuelle.

Au début du siècle : « Je n'étais pas socialiste. J'étais '' libéral '' en ce sens que j'étais anticlérical, républicain, disons d'un seul mot qui était alors lourd de sens : un '' dreyfusard '' »

« Le jour où le catholicisme sera une secte protestante, je croirai au libéralisme religieux. »

Partisan de Combes ; il confie à Bertrand Russell « a great sympathy with the persecutions of catholics »

 

Daniel Halévy (1872-1962), est plus mondain, au tempérament plus enthousiaste avec un réel talent de plume...

Il rencontre Proust au lycée Condorcet, y fonde une revue... Dans le salon familial, il fait la connaissance de Barrès, Gide ou Henri de Régnier.

Dreyfusard, il participe à l’aventure des Cahiers de la Quinzaine aux côtés de Charles Péguy, puis il prendra du recul, pour évoluer vers le traditionalisme.

A suivre ...

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Le Congrès de philosophie d'Heidelberg - 1908 - 2

22 Mai 2020 , Rédigé par Perceval Publié dans #1900, #Philosophie, #La Vérité

Retrouvons le congrès, à Heidelberg...

Avec une organisation matérielle irréprochable, le congrès de philosophie a su - malgré tous les charmes de cette vie étudiante - retrouver le sérieux des thèmes proposés...

Le thème qui s'est imposé – et dès le premier jour avec la conférence de M. Josiah Royce en l'assemblée générale – est '' le pragmatisme '' ; avec nécessairement une présentation des idées nouvelles sur la notion de '' vérité ''…

La vérité apparaît comme une chose changeante, purement pratique. Nous en arrivons à nous tourner plutôt vers l'avenir - vers les conséquences pratiques à obtenir - que vers le passé. La vérité n'est pas à trouver toute faite, il nous faut la faire; l'homme n'est pas fait pour elle, mais elle est faite pour l'homme. Ainsi conçoit-on la vérité moins en fonction d'un milieu objectif que plutôt en rapport aux besoins subjectifs d'un individu.

D'autre part, des théories récentes sont largement influencées par la recherche et les méthodes scientifiques... D'après M. Royce de nouvelles recherches - sur les bases des mathématiques, la nouvelle logique, l'étude des relations, tout cela - mettent en lumière des vérités qui sont tout à fait solides et absolues.

Peut-il y avoir une conciliation possible entre ces divers courants?

Pour M. Royce, on doit considérer la vérité absolue comme une nécessité qui s'impose à l'action plutôt que comme une évidence immédiate qui se dévoile à l'intelligence. On pourrait admettre, au-dessous de la vérité absolue, des formes inférieures de vérité empirique, relative à nos besoins pratiques... Cela ne permettrait-il pas d'accorder l'instrumentalisme et l'individualisme ?

Malgré ces vues modérées de M. Royce, le débat a donné lieu à de fortes protestations au nom des idées conservatrices, et la partie allemande de l'assemblée semblait tout de suite incliner fortement de ce côté.

Deux jours plus tard, M. Schiller prend la parole et fait de la notion rationaliste de vérité une critique bien dans sa manière, subtile et spirituelle. Comment concevoir un accord entre une pensée et un objet,comment distinguer l'évidence logique d'une simple nécessité psychologique, comment en général distinguer une proposition qui prétend être vraie d'une autre qui l'est réellement ? La ''vérité'' purement formelle prétend être vraie, mais elle n'est vérifiée que par les résultats qu'elle donne. C'est d'ailleurs, en fait, toujours par cette méthode que l'on juge. La vérité alors n'est pas indépendante de nous, sans doute, mais que nous fait un monde indépendant de nous ? il ne nous regarde en rien.

M. Schiller définit le pragmatisme comme une méthode... Il n'est ni un individualisme, ni un subjectivisme. Il n'est pas d'un bloc... L'opinion allemande ( avec le Dr Itelson de Berlin) y est décidément hostile : une « philosophie de cuisine... » !...

Pour M. Itelson, un Kepler, un Copernic ne paraissent pas avoir eu conscience de faire la vérité, mais plutôt de péniblement chercher à la voir derrière le voile qui la cache. Pour M. Mally de Graz, le pragmatisme tourne en rond : la vérité c'est ce qui est utile pour la connaissance; or la connaissance nécessaire... c'est celle qui saisit la vérité ! Et, pour M. Nelson (Gottingen) le pragmatisme aboutit à un procès à l'infini : vrai est ce qui est utile, mais comment savoir que c'est vraiment utile sinon en montrant l'utilité qu'il y a à l'admettre ?

M. Jerusalem soutient son frère d'armes anglais : Il ne s'agit pas, dit-il, pour nous, de formuler

d'oiseuses vérités de cabinet, niais d'avoir des jugements qui déterminent notre action ; exemple : « ich muss nieinen Regenschirm nehmen ».

M. Schiller a tenté de clore la discussion. Peut-on dire que : vrai et utile sont synonymes. Le vrai est utile, c'est-à-dire le vrai est vrai. Mais y a-t-il une vérité pour les pragmatistes ?

Le rationaliste prend la vérité comme une chose absolue et achevée qu'il n'a qu'à pénétrer de plus en plus. Le pragmatiste part d'une probabilité qui va se vérifiant de plus en plus, elle tend vers une limite qui serait la vérité absolue. M. Nelson demande s'il faut concevoir que la vérité est l'utilité, ou bien seulement que l'utilité est le critère de la vérité. M. Schiller termine en signalant la valeur sociale du pragmatisme ; il y a autant de vérités que de fins, chacun se fait la sienne, c'est la paix des intelligences.

 

M. Boutroux, dans sa conférence, a tracé un tableau général de l'activité philosophique en France depuis 1867, la date du célèbre Rapport de M. Ravaisson.

La philosophie éclectique est morte... Les influences régnantes sont caractérisées par l'enseignement consciencieux de Lachelier, par l'ouvrage de Ravaisson tout brûlant d'une foi métaphysique nouvelle, par les travaux philosophico-scientifiques des Anglais, de Darwin surtout qui ont appris à apprécier l'importance philosophique des savants, par les travaux de Taine et de Théodule Ribot. Il en sort un renouveau et quelques années de travail ardent vont mener à une dissolution du mouvement philosophique en groupes distincts, à une sorte de divorce de la philosophie comme unité et des sciences philosophiques spéciales, psychologie, sociologie, histoire, logique des sciences.

 

La Philosophie finira t-elle par disparaître ?

Personne, ici n'y croit... Les sciences laissent des questions qu'elles ne peuvent traiter : sur quelle certitudes la science elle-même s'appuie t-elle, quelles sont ses sources, que vaut-elle, atteint-elle le réel et qu'est-ce que le réel ? Et puis, il y a toutes ces questions morales que les savants les plus positifs ne parviennent pas à écarter. La préoccupation philosophique subsiste...

M. Boutroux s'interroge sur le caractère de la philosophie française. Il pense y voir le goût des idées claires, joint à un souci profond de réalité et de spécificité, à un amour très vif des choses morales. De là, les directions divergentes qu'il signale.

 

Une conférence de l’italien Benedetto Croce, L'intuizione pura e il carattere lirico dell' arte. Traite de l'Esthétique : esthétique empirique, pratique ( le plaisir), intellectuelle ( théorique et logique), agnostique ( indéterminée et indéterminable), esthétique mystique pour laquelle « l'art est une fonction cognitive supérieure à la philosophie », sa dernière et grandiose manifestation fut l'esthétique romantique.

L'esthétique de l'intuition pure : En voici le point de départ : elle accepte de l'esthétique romantique l'affirmation du caractère théorique de l'art et la négation de son caractère logique, mais au lieu de faire de l'art la fonction la plus haute et la plus complexe de l'Esprit connaissant, elle en fait la plus simple et la plus primitive. L'intuition esthétique est libre de toute abstraction, de tout concept, de toute détermination conceptuelle. Elle est Intuition pure. La force de l'art vient de cette « élémentarité » de son mode de connaissance. La théorie de l'intuition pure ne méconnaît pas le caractère sentimental de l'impression artistique, bien au contraire l'intuition quand elle est pure se ramène à un état d'âme, « elle est synonyme de représentation d'un état d'âme ». L'art n'est pas la représentation des choses physiques, mais de l'esprit qui est la seule réalité. C'est la thèse idéaliste absolue.

Malheureusement, on annonce l'absence de M. Bergson... ! Cependant, on peut entendre la vénérable Me Clarisse Coignet faire l'éloge du philosophe auquel elle voue un culte touchant.

M. Winter nous fait part de deux études claires et bien fouillées sur les rapports de l'intuition et de la pensée mathématique , et sur le rôle de la philosophie dans la découverte scientifique. Il défend l'idée que les formes supérieures de la philosophie, métaphysique ou théorie de la connaissance, ne peuvent pas, et ne doivent pas influencer la Science. Et, seule la pensée philosophique qui naît au contact des réalités scientifiques a une action efficace.

 

Ce IIIe Congrès international de Philosophie s'est occupé de beaucoup d'autres questions. On peut dire que les recherches de logique et de méthode des sciences ont fait l'objet d'une préférence assez marquée. Parmi les tendances, elles se sont manifestées nombreuses, mais l'une – le matérialisme – ne s'est guère présentée.

Le prochain Congrès devrait se tenir en 1912 à Bologne.

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