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Les légendes du Graal
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L'Histoire de Lancelot, du pays de Passais -3- Le temps des ermites

5 Octobre 2020 , Rédigé par Régis Vétillard Publié dans #Fraimbault, #Mayenne, #Lancelot, #Lieux de légende

Cette histoire commence au temps du '' Passage '' … Le passage du temps des cultes celtes ou gallo-romains, aux cérémonies chrétiennes... Dès le VIe siècle, des saints ermites remplacent les druides les magiciens.

La forêt est vivante : elle accueille les ermites mais aussi les travailleurs du bois. C’est une zone de ramassage du bois mort, de coupes mais aussi d’élevage des porcs, des bovins et des chevaux.

C’est l’évêque du Mans qui, au VIe s., confie à Ernier la mission d’évangéliser le Passais en compagnie de Bômer et Fraimbault.

 

Le père Degoué tenter de répertorier les ermites à l'origine de l'évangélisation de la région. Il faut commencer par noter que les moines-ermite ne restent pas longtemps isolés, ils fondent une chapelle et attirent les paysans ( pagani=païens) par leurs vertus et leur pratique de la prière; ensuite ils visitent les néophytes, forment les catéchumènes, bénissent les sépultures... Et, une communauté s’installe, préfigurant la paroisse....

Ainsi, au VIe siècle, Ernier s’installe à Ceaucé, Auvieu à Mantilly. Dans la seconde moitié du VIIe siècle, Céneri s’installe dans la vallée de la Sarthe, Évremond en forêt d’Écouves et Évroul en forêt d’Ouche. Et, pour ce qui nous concerne ici, il s'agit de Saint-Fraimbault, né vers 500...

 

Rechercher des renseignements sur ces ''saints'', c'est se confronter à des récits merveilleux, ou du moins naïfs...

- Et, cela ne vous gène pas, mon père, dans vos recherches... ? Demande, Anne-Laure...

- Les ''légendes'' sont des récits à lire ( legenda), si nous les intégrons dans nos liturgies ce n'est pas pour leur valeur historique... Tenez ; puisque vous me parliez de votre ancêtre limousin Roger de Laron ; et bien nous pouvons douter que Saint-Martial qui vécut au IIIe siècle et premier évêque de Limoges - n'est-ce pas... ? - ait été selon la légende, l'enfant que Jésus montra digne du royaume des cieux et qui lui présenta la corbeille à la multiplication des pains...

Ce qui m'intéresse, c'est qu'à une place donnée, un temps donné, un personnage a été l'objet d'un culte... Comme on dit, rien ne peut lui disputer cette ''niche''... et surtout, dans notre recherche, la Légende appartient à notre sujet...

- On peut donc mêler le sérieux de la foi, et la légende... ?

- Il est rare que l'on ne quitte la légende, sans profit.... Vous le savez bien … !

 

Il est curieux d'ailleurs de se rendre compte que les légendes qui vous intéressent, comme celle du Roi Arthur ou Artus, utilisent un matériau qui date de cette période de passage... Artus a pu être ce roi semi-légendaire du Ve et VIe siècle, celte et gallois, il tente de prendre la tête de clans contre les conquérants anglo-saxons. Il périt dans cette lutte, mais son corps n'est pas retrouvé... Il reste son histoire, celle d'une cour brillante en son château de Caerléon, ou Camalot... Le roi qui participe à douze batailles, est blessé par trahison, mais est transporté dans l'île d'Avalon auprès de la fée Argante...

 

La Comtesse de Sallembier goûte à quel point son abbé s'est imprégné de la légende arthurienne....

- Mais, à part la période , il n'y a pas de rapport entre nos ermites et les chevaliers de la Table Ronde... !

- En êtes-vous si sûre... ? Il me semble, pourtant, que nous empruntions le même chemin.... Je vous assure.., soyez patiente.

Au cours de ces temps qui nous paraissent obscurs, et sans-doute assez déstabilisants, l'Eglise représente un roc de sécurité; et à l'intérieur de l'Eglise, l'institution monastique...

Nos ermites ont suivi l'exemple de Martin de Tours (316-397), ancien soldat, c'est lui qui a introduit le monachisme en Gaule. Résolu de se faire ermite, il a refusé la prêtrise et recherché la solitude qu'il a trouvé à Ligugé ( près de Poitiers). Il est rejoint par des disciples et son exemple est contagieux...

Saint-Benoît de Nursie (480-547) fonde l'ordre des bénédictins, et institue une ''règle'', base du monachisme occidental.

 

En ce ''Haut Moyen-âge'', peu de moines sont ordonnés, la célébration de la messe n'est pas la tâche propre des moines; et n'est pas journalière... Un moine peut être désigné par l'abbé pour l'ordination, sous la condition de n'être pas ''travaillé par la vaine gloire''... Il n'y a pas une seule manière de célébrer la liturgie, elles sont nombreuses en occident ( gallicane, ambrosienne, mozarabe, celtique, lyonnaise, romaine...)...

 

Radegonde (520-587), princesse, est la cinquième et avant-dernière épouse du roi franc, Clotaire, fils de Clovis... Radegonde, catholique, éprouve du dégoût pour la violence de son mari qui assassine ses plus proches ; et décide de prendre le voile et le cloître... Elle s’installe à Poitiers et fonde deux monastères...

Après avoir en vain essayé de récupérer son épouse, Clotaire soutient les fondations de Radegonde... Il va même rechercher la compagnie des saints ermites... Dans les dernières années de son règne, alors qu’il va guerroyer contre Chramme, Clotaire s’arrête auprès de Fraimbault installé dans une forêt du Maine. Cette halte montre que le roi le connaissait déjà de réputation. Au retour, il passe par les mêmes lieux, et annonce à Fraimbault qu’il lui fait don du domaine de Javron, au nord de l’actuel département de la Mayenne.

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L'Histoire de Lancelot, du pays de Passais -2-

30 Septembre 2020 , Rédigé par Régis Vétillard Publié dans #Lanzelet, #Fléchigné, #Lieux de légende, #Trèfle, #Mayenne

En ce début du XXe siècle, Anne-Laure ne connaît pas l'existence de ces histoires... Je rappelle que cette histoire de Lancelot que connaît Anne-Laure depuis son enfance, provient du '' Lanzelet '' , écrit à la fin du XIIe siècle par un poète de Suisse alémanique, Ulrich von Zatzikhoven. Il prétend tenir son intrigue d'un chevalier venu d'Angleterre, Hugues de Morville, qui lui aurait soumis ce modèle : un modèle anglo-normand.

En effet, en décembre 1193, Aliénor a réuni la rançon de Richard et part pour l'Allemagne, accompagnée des otages dont Hugues de Morville et ce fameux ''Welchez Buch''... Et, de ce motif, Ulrich von Zatzikowen, poète souabe, en fera le Lanzelet.

Dans ce roman, Lanzelet poursuit Valerîn, ravisseur de Guenièvre, et libère celle-ci, mais il n'est à aucun moment l'amant de la reine... Ulrich se référerait donc à un état de la légende antérieur à l'œuvre de Chrétien, où le rapt de la femme d'Arthur ne donnerait pas encore lieu à des développements de type courtois. Cette histoire d'enlèvement, participe d'un genre littéraire, celui de l'aithed celtique...

 

L’église du hameau a bénéficié pendant longtemps de la présence d'un vicaire, et même de sa résidence surplace... Le manoir de Fléchigné, à la sortie du hameau comprenait un corps de ferme, entourée des terres de la propriété... Il était à l'écart, et semblait isolé de la fureur du monde....

 

Depuis quelques années, ce vieux prêtre - que nous appellerons Charles Degoué - s'est laissé prendre par la passion de l'histoire locale ; peut-être a t-il voulu suivre les traces de Ferdinand Gaugain,  Alphonse-Victor Angot, eux-mêmes prêtres et historiens mayennais... ?

L'abbé Degoué est fasciné par les hérésies médiévales, et le moyen-âge en général... Erudit, curieux de tout, il a développé une spiritualité assez marginale, qui lui a valu - sans-doute - d'être oublié par ses supérieurs dans cette petite localité...

Une bénédiction pour Anne-Laure et Lancelot... Il trouve au manoir de Fléchigné des oreilles attentives à tout ce qu'il peut rapporter de ses lectures et recherches ; au point d'en négliger la pastorale …

Son âge ne lui permettant plus d'être mobilisé - il est d'ailleurs handicapé d'un pied bot - il va passer beaucoup de temps à Fléchigné, et s'obliger à continuer l'instruction de Lancelot, pendant ces quatre années de guerre... Quatre années hors du temps …

 

L'abbé Degoué est très intéressé par la Quête d'Anne-Laure : Elle lui raconte - documents à l'appui tout ce qu'elle sait des recherches de ses aïeux... L'abbé découvre les origines, l'histoire, les méandres et la philosophie qui entourent la légende arthurienne. Anne-Laure illustre ses propos de ses rencontres, et en particulier au cours de ses voyages en Allemagne et au Royaume Uni.

Le prêtre est heureux de découvrir à quel point le Moyen-âge a exploité le thème du Graal ; et comment il éclaire une manière de comprendre le Monde qui nous échappe aujourd'hui.

Non seulement le prêtre est enthousiaste ; mais il ressent fortement que l'histoire même de cette région, que ces temps troublés et cette retraite, peuvent encore apporter à la poursuite de la Quête.... Cet enthousiasme va être un bienfait pour Anne-Laure, et l'apprentissage de Lancelot.

 

Le domaine de Fléchigné domine les bocages. A l'arrière, c'est le domaine de la forêt, composée essentiellement de feuillus comme le chêne rouvre, et aussi de châtaignier et de bouleaux. En bas, près du village coule un affluent de la Mayenne...

Le corps de ferme en carré, s'organise autour du logis, et la vie est tournée sur la cour intérieure...

La ferme couvre 50 arpents, à peu près... et le domaine comprend aussi une forêt, des étangs..

Au-dessus d'une fenêtre, près de l'entrée principale du logis, on remarque le blason : d'argent( blanc) à la bande de gueules (rouge), accompagnée en chef et en pointe d'un trèfle ( de sinople). Et sur le linteau de la porte est sculpté un triangle dominé par la figure d'un trèfle.

 

 

Précisément, les couleurs ont été recherchées et précisées par le Père Degoué... En effet, c'est lui qui s'étonna du trèfle sur le blason, et fit quelques recherches essentielles...

 

Ce que l'on rapportait, ici, de la signification du trèfle : c'est qu'il rappelait, pensait-on, une évidence : nous sommes dans une ferme ; ensuite, il rappelait le choix du lieu du à l'abondance du fourrage, enfin sa caractéristique agreste, isolée, écartée du hameau...

Le père Degoué, ajoute spontanément, ce à quoi il pense en premier : le trèfle rappelle l’affirmation essentielle de la foi chrétienne : la Trinité, trois en Un...

D'autres aspects vont encore apparaître …. Mais, il nous faut avancer lentement, même si mes commentaires vont s’enchaîner beaucoup plus rapidement que les événements de la Grande Guerre...

Sources: Nous ferons référence, plus en avant de ces articles, aux travaux et articles de Georges Bertin...

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L'Histoire de Lancelot, du pays de Passais -1-

25 Septembre 2020 , Rédigé par Régis Vétillard Publié dans #Fléchigné, #Lancelot, #Lieux de légende

Je rappelle que, Anne-Laure, est l'unique héritière d'une riche famille de négociants qui a fait fortune dans le commerce des tissus au long du XIXe siècle. Elle a épousé le Comte de Sallembier, aristocrate – de trente ans de plus qu'elle - qui après une vie de célibataire longue et épicurienne, a su (?) monnayer son titre … Le 10 Décembre 1900, elle met au monde un fils, qu'elle appelle Lancelot... Quelques années après son mariage, Georges de Sallembier, meurt subitement d’une fièvre typhoïde, à Paris...

 

Anne-Laure de Sallembier ignore encore, la relation qu'entretiennent sa famille, la propriété de Fléchigné qu'elle possède de sa mère ; avec la figure du chevalier Lancelot... Même - et c'est incroyable - si comme nous le savons bien, la légende arthurienne est au coeur de cette Quête familiale....

 

Précisément - et c'est sans-doute une manière d'approcher ce mystère - ... Connaissant les goûts d'Anne-Laure, pour le Moyen-âge, Monsieur de Sallembier, a présenté sa jeune épouse à un étrange personnage: Hélie de Talleyrand-Périgord (1859-1937), lui-même passionné par la période médiévale et descendant ( par dignité...) - affirme t-il – d'un chevalier - Richard du Hommet (†1179) - qui dit-on aurait pu être le modèle du chevalier Lanzelet (et, un conte de l'enfance d'Anne-Laure..), de la légende arthurienne... !

D'ailleurs, la Société des antiquaires de Normandie ( fondée en 1824), aidée de spécialistes aurait localisé le texte d'Ulrich von Zatzikhoven, grâce aux toponymes qu’il mentionne, dans le pays des Morville-Limors... Le lieu de la première aventure de Lancelot, serait le nom d’un bois du Cotentin, situé au sud de leurs terres.

 

Aujourd'hui, nous pouvons entendre lors de randonnées sur ces terres, raconter certaines légendes où se croisent le roi Arthur, les fées, les lutins, et les génies de la forêt.… Il s'agit du Mortainais: à la fin des années 1050, Guillaume le Conquérant met son demi-frère Robert de Mortain, en qui il a toute confiance, à la tête du comté de Mortain. Avec le comté de Domfront, limitrophe, ils furent démembrés, à l'époque de saint-Louis (1235)...

Pour ce qui est de Lancelot, on dit qu'Hélène, sa mère, qui vit mourir son mari et enlevé son fils, prendra le voile dans une Blanche Abbaye de nonains, comparable à celle que fonda à Mortain, en Cotentin, le demi-frère du Conquérant.

Abbaye de Blanchelande

Il s'agirait de l'abbaye de Blanchelande, qui se trouve près de La Haye-du-Puits ( Cotentin) , au milieu de la forêt de Limors.

Le conte de Limors apparaît dans le Conte ''Erec et Enide'' ( vers 1170) de Chrétien de Troyes ; récit courtois où Erec partage sa quête chevaleresque avec sa femme ; non sans quelques difficultés... Limors tente de s'emparer d'Enide, alors qu'Érec, laissé pour mort, est amené dans le château du comte de Limors. ...

Et le château de Blanche Lande est évoqué dans le Roman de Tristan et Iseut, (chap 16 ( J Bédier)) : la reine Iseut, le roi Marc, toute sa mesnie, tous ses écuyers et tous ses veneurs quittent Tintagel pour s’établir au château de la Blanche-Lande …

De fait, l'Abbaye de Blanchelande, reconstruite, que nous pouvons voir, fut fondée en 1154 par le baron de La Haye-du-Puits, et elle fut un site religieux important au Moyen-Âge,

 

Enfin, à sept kilomètres à l’ouest de Domfront, en direction de Mortain, à la sortie du village de Rouellé, une petite route sur la droite mène au site de la « Fosse Arthour ».

La rivière, écumant sur les rochers qui encombrent son lit, se fraye un parcours dans le bois. Le chemin qui la borde mène au gouffre où selon la légende, le roi Arthur et la reine Guenièvre furent engloutis.

« Arthur s’était établi avec sa femme en ces lieux sauvages. Le génie du ruisseau qui traverse l’endroit l’avait séparé de la reine en enjoignant à celle-ci de se tenir sur l’autre rive : Arthur n’avait le droit de rejoindre son épouse qu’après le coucher du soleil : un jour, il contrevint  à cet interdit et voulut traverser le gué avant le soir, mais il fut précipité dans un gouffre et la reine se suicida aussitôt par désespoir. Toutefois, ni l’un ni l’autre ne sont tout à fait morts : ils gisent en état de dormition dans les cavernes inaccessibles que l’on appelle la Chambre du roi et la chambre de la reine (...). »

(Hippolyte Sauvage, in Recueil des Légendes normandes par divers auteurs, Domfront, 1872, n° 19, p.3.)

A suivre...

 

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Fin d'un monde – samedi 1er août 1914 -3-

20 Septembre 2020 , Rédigé par Perceval Publié dans #1914, #Guerre

« La vie est suspendue, haletante, bouleversée. On est là impuissant devant le jeu variable et monstrueux de la fatalité (...) Maintenant, nous voilà tous jetés dans une angoisse quotidienne et que chaque heure, chaque nouvelle avive » lettre d'Anna de Noailles à Mme Bulteau juillet 1914

1914 - Le lycée Janson de Sailly - chambre de blessés

Dès la fin de l'été 1914, une vie nouvelle s'est installée dans Paris, de nombreuses vitrines fermées, une vie au ralenti, et les premières restrictions... Beaucoup assurent que ce ne sera pas long ; qu'il faut tenter de reprendre la vie quotidienne, avec les femmes pour remplacer les hommes, et les plus âgés reprenant du service... Ainsi au lycée Janson de Sailly de Lancelot, bien qu'une partie des bâtiments soit transformée en annexe d'hôpital, on annonce pouvoir maintenir des cours...

Anne-Laure se propose comme aide-infirmière ; elle croise la célèbre Colette, devenue veilleuse de nuit au lycée... L'une et l'autre n'y resteront pas longtemps: les armes "modernes", grenades, obus, causent d'affreuses blessures: arrachements de membres, gueules cassées..

 

«Le Printemps appartient à ceux qui lui ressemblent,
Aux corps adolescents animés par l’orgueil,
À ceux dont le plaisir, le rire, le bel œil
Ignorent qu’on vieillit, qu’on regrette et qu’on tremble.

Ils avaient vingt ans, l’âge où l’on ne meurt jamais…» Anna de Noailles

 

Anne-Laure ressent une impuissance et ce qu'elle qualifie de démence difficile à supporter...

 

« Comment vivre à présent? Tout être est solitaire,

        Les morts ont tué les vivants,

Leur innombrable poids m'attire sous la terre.

        Pourquoi sont-ils passés devant? » Anna de Noailles, dans "Les Forces Eternelles''

Le gaste pays...

Anne-Laure, avant l'hiver prend la décision de rejoindre Fléchigné avec Lancelot. Précisément, elle fuit la capitale, elle fuit la guerre ; prise d'une sorte de panique, en particulier à la pensée de voir son fils, qui n'a que quatorze ans, devoir partir à la guerre... Elle veut le protéger à tout prix, et refuse d'entendre tout appel patriotique au sacrifice...

La Dame du Lac enlevant Lancelot..

Anne-Laure de Sallembier va se soustraire à ce qui rythmait jusqu'à présent son quotidien, le calendrier mondain.

Lancelot, quitte le lycée un peu après qu'il se soit lié avec un camarade de classe, Julien Green, que sa mère appelle Julian. Sa mère vient de mourir subitement ( déc. 1914). Ce décès l'a frappé; il se souvient très bien de la panique de Julien, confronté à l'évidence d'une présence aimante quotidienne qui disparait à tout jamais... Lancelot ne reverra Julien Green, que beaucoup plus tard.

C'est reclus, à l'abri des de la guerre , que vivront la mère et son fils, entourés des personnels et fermiers qui animent la vie agricole des terres de Fléchigné...

Perceval jeune, éloigné par sa mère, des dangers de la Chevalerie... 

 

Hiver 1914 : Anne-Laure avec son fils ont rejoint Fléchigné ; elle se dit qu'ils seront loin de cette absurde actualité ; elle espère que ce sera pour peu de temps...

Mais tout, autour d'elle, lui rappelle cette crise : l'absence des hommes... Les paysans sont partis en masse, laissant là les moissons en cours... L'instituteur et le médecin ne sont plus là. Puis très vite, le maire ou les gendarmes ont commencé d'annoncer de triste nouvelles. On voit arriver des réfugiés du nord de la France, et des belges... Des bâtiments publics servent d'hôpital... On dit que dans les villes, les femmes travaillent dans les usines à la place des hommes, et que le ravitaillement est difficile.

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Fin d'un monde – samedi 1er août 1914 -2-

15 Septembre 2020 , Rédigé par Perceval Publié dans #1914, #Guerre, #Aviation

« La lutte engagée contre l'Allemagne est la lutte même de la civilisation contre la barbarie », lance, le 8 août 1914 devant des académiciens, le philosophe Henri Bergson... Son discours est résolument anti-allemand. Il affirme accomplir là un « simple devoir scientifique en signalant dans la brutalité et le cynisme de l'Allemagne, dans son mépris de toute justice et de toute vérité une régression à l'état sauvage ».

L'offensive allemande est rapide, choquante en ce que l'Allemagne viole la neutralité de la Belgique, détruit des monuments comme la bibliothèque universitaire de Louvain et les cathédrales de Reims et de Malines.... On évoque aussi diverses atrocités bien réelles commises en Belgique...

Pourtant, daté du 4 octobre 1914, est publié en Allemagne, un appel des intellectuels allemands aux nations civilisées : 93 intellectuels allemands évoquent les héros allemands de la philosophie, de la musique, de la littérature, et retournent contre leurs adversaires français et anglais l'accusation de barbarie en dénonçant les "actes de cruauté" sur le front de leurs troupes coloniales "non civilisées". « Nous protestons contre les mensonges et les calomnies dont nos ennemis tentent de salir la juste et noble cause de l'Allemagne dans la terrible lutte qui nous a été imposée et qui ne menace rien moins que notre existence »...

Romain Rolland, Prix Nobel en 1915, dénonce la guerre dans Au-dessus de la mêlée ( sept 1914). Il écrit à Stefan Zweig, avec qui il correspond durant tout le conflit : « Que deviendra le monde après qu'auront passé ces cyclones de haine ? » Et bien sûr, pour tous les belligérants, Dieu est de leur côté...

 

J.B. fait partie de la réserve de l'armée d'active... Il est affecté dans la cavalerie, où il retrouve beaucoup de mobilisés issus de l'aristocratie... La cavalerie coopère aux attaques de l'infanterie, elle couvre son déploiement et la protège contre les surprises... C'est lors d'une guerre de mouvement qu'elle joue le mieux son rôle...

Beaucoup sont sous-officiers ou officiers; l'esprit est à la communion dans des valeurs traditionnelles, et se considèrent comme les lointains héritiers de la chevalerie ; ce que J.B. n'avait pas manqué de développer avec Lancelot ...

Après l'échec de la guerre de mouvement, la cavalerie désœuvrée fournit de nombreux pilotes... Les cavaliers deviennent '' chevaliers du ciel ''… Jusqu'à présent les généraux, envisageaient le ''plus léger que l'air'' ( ballons, dirigeables...) comme possible pour des missions d'observation ; mais, le ''plus lourd que l'air'' utilisé en engin de guerre, devait rester cantonné aux romans de Jules Verne... Pourtant, très vite, l'efficacité de l'aéroplane va le rendre indispensable, pour l'observation d'abord ; et le combat, ensuite...

Très vite les combats aériens spectaculaires, et surtout la composition sociologique des aviateurs, vont amener à les comparer à des héros, comme Georges Guynemer, mort le 11 septembre 1917 à l’âge de 22 ans, comparé dans la presse à : « un preux issu des profondeurs de la race française où s’allient si splendidement ensemble le patriotisme et la foi. Charlemagne l’aurait fait asseoir à côté de Roland... » ; et Henry Bordeaux écrit : « Roland a été l’exemple des chevaliers d’autrefois. Guynemer devra être l’exemple des Français de maintenant, et tous tâcheront de l’imiter et se souviendront de lui, comme on s’est souvenu de Roland. »

Ce texte de '' La chanson de Roland '', ( XIe siècle) est lu aux élèves de l'Ecole Primaire ; texte publié en 1903, et dédié à « l'armée Nationale »...

Toujours en l'honneur de Guynemer : « Ce fut, avant tout, un volontaire, tout rayonnant, lui aussi, de belle énergie intérieure, passionné du devoir, presque mystique, âme de chevalier croisé, chevauchant la plus moderne des montures, aimant la France avec frénésie, son beau pays, dont toutes les harmonieuses qualités jaillissaient en lui. » ( Le Journal, 11 septembre 1919)

Parmi ces aviateurs, beaucoup d'entre eux, seront les ''derniers héritiers d'un monde auquel la guerre de 1914 portera un coup fatal'' ; comme Jacques Boulenger, qui écrivait lui-même :  « Nous nous étions fait dans notre petit groupe une sorte d'idéal d'humanisme élégant, de « dandysme » cultivé : on se réunissait au bar, et il ne s'agissait pas d'ignorer plus la mode des chapeaux de femmes que les hypothèses sur l'auteur des miniatures des Heures du duc de Berry. Le souvenir de Jean de Tinan régnait, le charmant P.-J. Toulet triomphait; ... on citait Catulle, on se battait en duel, on revenait toujours d'Italie, on inventait des cocktails, on discutait sur des points de langage »

Entré à l'École des Chartes à dix-sept ans Boulenger, a fait brillamment la guerre comme aviateur... Spécialiste de Rabelais, il est connu pour avoir écrit une adaptation des Romans de la Table Ronde...

Dandy, réactionnaire, Boulenger commet également des textes antisémites... !

Ainsi, Jean-Baptiste de Vassy, promu sous-lieutenant en décembre dans les Dragons, passe dans l’aviation en avril 1915, comme observateur … Il passe son brevet de pilote, puis vole sur le Farman F.40 ( baptisé Horace), un biplan monomoteur construit en bois et toile; quand il est abattu, au printemps 1916... !

La famille de J.B., puis Anne-Laure, apprennent sa disparition au-dessus des lignes ennemies...

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Fin d'un monde – samedi 1er août 1914 -1-

10 Septembre 2020 , Rédigé par Perceval Publié dans #1914, #Actualité, #Guerre

Ce samedi 1er août 1914, dans l'après-midi le monde d'Anne-Laure de Sallembier a basculé, en même temps de celui de beaucoup d'autres...

'Le populaire du centre' - le samedi 1er août 1914

Jusqu'à présent, nous retenions de l'actualité : - le retentissant procès d’Henriette Caillaux, qui avait tiré, sur le directeur du Figaro, Gaston Calmette (et l’avait tué), en mars de la même année. Elle est acquittée le 28 juillet, mais le scandale a empêché son époux d’être nommé président du Conseil qui aurait appelé Jaurès au gouvernement, - les guerres des Balkans, et même la veille, - l'assassinat de Jaurès... Mais, Anne-Laure croyait encore à l'intelligence, à la paix...

Comme écrit Colette – alors à Saint-Malo - après avoir appris la mobilisation : « La guerre ? Jusqu’à la fin du mois dernier, ce n’était qu’un mot, énorme barrant les journaux assoupis de l’été. La guerre ? Peut-être, oui, très loin, de l’autre côté de la terre, mais pas ici…

C’était la guerre ; dans Saint-Malo, où nous courions chercher des nouvelles, un coup de tonnerre entrait en même temps que nous : la Mobilisation Générale.

Comment oublierai-je cette heure-là ? Quatre heures, un beau jour voilé d’été marin, les remparts dorés de la vieille ville debout devant une mer verte sur la plage, bleue à l’horizon… Et du milieu de la cité tous les vacarmes jaillissent à la fois : le tocsin, le tambour, les cris de la foule, les pleurs des enfants… on se presse autour de l’appariteur au tambour, qui lit ; on n’écoute pas ce qu’il lit parce qu’on le sait. Des femmes quittent les groupes en courant, s’arrêtent comme frappées, puis courent de nouveau, avec un air d’avoir dépassé une limite invisible de l’autre côté de la vie. Certaines pleurent brusquement, et brusquement s’interrompent de pleurer pour réfléchir, la bouche stupide. Des adolescents pâlissent et regardent devant eux en somnambules. » Les Heures longues

1er août 1914, animation à 5 h 1-2 du soir

 

Jusqu'alors, l'actualité côtoyait de passionnants mouvements de fond du ''Progrès'', au rythme des changements industriels, scientifiques et culturels...

Paris en 1914, c'était à côté des policiers portant épée, et des soldats au pantalon rouge, des femmes élégantes aux robes moulantes et chapeaux arrondis, des messieurs la moustache finement taillée.

Sur le boulevard Haussmann, les Galeries Lafayette inaugurent leur nouveau magasin ( Oct 1912) : cinq étages, des balcons et une grande coupole, pour attirer les ''midinettes'', ces jeunes femmes qui se privent de déjeuner pour courir aux Galeries, se contentant d'un encas très rapide, une"dinette"...

Paris en 1913, ou14, c'est encore la performance flamboyante du ''Sacre du Printemps'' des Ballets Russes de Diaghilev et l'inauguration du Théâtre des Champs-Elysées de l'architecte Auguste Perret

L'aviateur Roland Garros réussit la première traversée de la mer Méditerranée, qu'il effectue le 23 septembre 1913 à bord d'un monoplan...

A Paris, banlieue nord et nord-ouest, se côtoie le monde des constructeurs automobiles ( 150 marques différentes), comme Delaunay-Belleville fabriqué des limousines pour le tsar Nicolas de Russie. 1000 films sont produits chaque année, réalisés par des noms encore connus aujourd'hui comme Gaumont et Pathé... etc...etc

 

Charles Péguy reconnaît : « Le monde a plus changé au cours des 30 dernières années que depuis toujours depuis Jésus-Christ. »

Après l'incident d'Agadir, le renforcement de l'armée avec la durée du service militaire de deux à trois ans... Quelqu'un comme Jaurès pressentait le pire, et tentait de mobiliser le prolétariat de toutes les nations à s'unir contre la guerre.

N'est-ce pas au nom de la Raison, que la France s'avance républicaine... ? Au nom toujours de la Raison, que le patriotisme valorise l'école, et l’expansion coloniale... Chacun peut s'améliorer...

 

L'Ordre de mobilisation générale est tombé comme un couperet... Vers cinq heures, la rue s'emplit d'hommes, ils s’accostent sans se connaître, s’interrogent.. L’anxiété augmente, on s’attend d’un moment à l’autre à de graves dépêches.

L'affiche du 1er août 1914 appelle 3,8 millions de réservistes à rejoindre les 800.000 soldats déjà en service actif.

On se dit qu'il ne s'agit que de la mobilisation … pas de la guerre …

Dès le lendemain, les affiches officialisent la mobilisation générale pour les hommes de 20 à 38 ans. Ils doivent se rendre dans les casernes indiquées sur leur livret militaire. Et le 3 août, l'Allemagne déclare la guerre à la France.

Très vite, on commence à retirer de l'argent des banques et à stocker de la nourriture. Spontanément, quelques manifestations patriotiques expriment le sentiment d'avoir à se défendre contre une agression...

Anne-Laure, les larmes aux yeux, avec Lancelot parcourent les boulevards. Le soleil est radieux, surgissent les fleurs aussi belles, et même le chant des oiseaux, comme s'il s'agissait d'une simple promenade...

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Anna de Noailles, l'Aéroplane, Péguy et Bergson

5 Septembre 2020 , Rédigé par Perceval Publié dans #1900, #Noailles, #Péguy, #Bergson, #Histoire

Avant la cataclysme de 1914, suivons Anne-Laure à la rencontre de quelques personnalités qui ont compté...

Observons cet article qui cite les invités au mariage de Fernand Gregh et Harlette Hayem en 1903... On y croise, avec la comtesse de Sallembier : Mme Louise Halévy, Mme Jean-Paul Laurens (Madeleine Villemsens épouse du sculpteur et peintre, ami de Gide), Mme Jules Lefebvre ( peintre ), la Comtesse Colonna, Mme René Brice ( le politique) fille de l'auteur et cadémicien Camille Doucet, la Comtesse Mathieu de Noailles, Mme Taine ( l'historien), Mme de Porte-Riche, Mme de Saint-Victor... Ludovic Halévy, Louis Ganderax ( journaliste et critique) sont témoins, Henry de Régnier, José-Maria de Heredia, Abel Hermant, Henry Roujon, l'historien Henry Houssaye...etc

Harlette Hayem, est femme de lettres, elle collabore au Figaro, aux Lettres, à L'Illustration, à La Revue de Paris, etc. Elle est jurée du prix Fémina. Son père était homme de lettres, homme politique, disciple de Proudhon , et ami de Barbey d’Aurevilly...

Barbey d'Aurevilly, son parrain, avait choisi le prénom d'Harlette en souvenir de la mère de Guillaume le Conquérant qu'avait aimée Robert le Diable.

Comtesse Mathieu de Noailles par Ignacio Zuloaga

Un personnage comme Anna de Noailles est incontournable dans la vie mondaine de cette époque... Anne-Laure de Sallembier a souvent l'occasion de la rencontrer ; et semble cependant s'en écarter... Bien de ses talents pourraient l'attirer - poétesse de génie - ses mots d'esprit courent dans Paris ; mais sa personnalité effraie; elle s'impose, étouffe qui s'en approche...

Un détail : Anne-Laure en est persuadée, Anna de Noailles préfère s’ennuyer à attendre deux heures et arriver en retard aux réceptions où elle est espérée, désirée... Ainsi, elle surgit, étourdissante... Et, elle parle, d'un débit saccadé : les mots sont justes et se pressent... Tous sont à ses pieds, beaucoup lui vouent un culte... Proust la vénère. Lucie Delarue en est tombée amoureuse...

Marthe Bibesco, sa cousine, confie qu'Anna voudrait être aimée de « tous les hommes qui aiment d'autres femmes qu'elle »

Charles Demange, le neveu de Barrès, après un flirt avec Anna qui veut se venger de l'oncle, se suicide en août 1909...

Elle se console, avec Henri Franck, mais il mourra à 24ans, tuberculeux...

Seul Barrès réussira à se faire désirer...

Anne-Laure aime la liberté d'Anna : elle étonne son milieu, mais n'est pas si paradoxale que cela, Anna de Noailles est aristocrate et dreyfusarde, nationaliste et admiratrice de la culture allemande, Heine en particulier.. Elle assiste à un cours de Bergson, et s'écrie « Mais je sais tout cela depuis que je suis née ! »

Anna de Noailles se passionne, comme J.B. pour l'aventure aérienne (Anne-Laure s'en inquiète...) La comtesse de Noailles, fascinée, suit les exploits des frères Wright, le 31 décembre 1908 Wilbur Wright bat le record de distance parcourue avec un avion : 124,7 km, pendant 2 heures, 20 minutes et 23 secondes... Elle admire nos aviateurs Esnauly-Pelterie, Farman, Blériot qui vient de traverser la manche ce 19 juillet 1909

« En vain, l’intelligence, agile et sans limite,
Avide d’infini, vous repousse et vous quitte ;
En vain, dans les cieux clairs, de beaux oiseaux pensants
Peuplent l’azur soumis d’héroïques passants,
Ils seront ramenés et liés à vos rives,
Par le poids du désir, par les moissons actives,
Par l’odeur des étés, par la chaleur des mains...
» ( A de Noailles - Le Ciel bleu du milieu du jour, 1913)

1908, Henri Farman (à droite) et Paul Painlevé

J.B. avec le mathématicien Paul Painlevé (1863-1933) affirme sa confiance dans le raisonnement et les calculs pour prévoir un grand avenir au ''plus lourd que l'air'' selon l'expression de l'époque... Beaucoup de grands esprits restent sceptiques... Ainsi Lord Kelvin (1824 -1907), physicien britannique d'origine irlandaise reconnu pour ses travaux en thermodynamique aurait affirmé : « La réalisation d’une machine volante plus lourde que l’air est impossible ». Et en 1905, le physicien en balistique et militaire Emmanuel Vallier (1849-1921) termine une longue série de travaux théoriques en réaffirmant l'impossibilité pratique du vol des appareils plus lourds que l'air....

Cependant, c'est avec émotion, et enthousiasme que Paul Painlevé, le samedi 10 octobre 1908, s’élève dans les airs à bord de l’aéroplane piloté par Wilbur Wright. La balade aérienne de plus de 70 kms dure 1 heure, 9 minutes. Il est le premier passager des frères Wright...

En 1910, Painlevé publie un ouvrage intitulé L'Aviation, en collaboration avec le mathématicien Emile Borel. L'objectif du livre est de mettre à la portée du plus grand nombre possible d'esprits cultivés les lignes essentielles de l'histoire du ''plus lourd que l'air''.

Précisément, le scientifique Painlevé deviendra ministre de la Guerre, alors que le général Nivelle lance son offensive désastreuse le 16 avril 1917; il attire l’attention de Nivelle sur l’indispensable soutien de l’aviation pour repérer les positions ennemies, si le temps est clément. Painlevé défend une nouvelle stratégie aérienne: l’emploi des aéroplanes pour le repérage, la chasse, le bombardement et le transport de troupes. 

Anna de Noailles, aime fréquenter les hommes politiques, elle admire et s'accapare Briand, recherche l'avis des ministres ; elle a la gloire, et eux ont la puissance, dit-elle...

Painlevé devant l'enthousiasme d'Anna de Noailles, et son désir de monter dans un aéroplane, lui répond : « Si je disposais d'un aéroplane, il serait en permanence devant votre porte, trop orgueilleux de prêter ses ailes de toile à votre rêve... »

 

Il serait temps de dire quelques mots sur J.B. ( Jean-Baptiste de Vassy ), complice, ami et amant d'Anne-Laure; disciple du mathématicien Henri Poincaré, et admirateur d'Henri Bergson...

J.B. fait partie de ces jeunes hommes, critiques de cette République qui à présent s'impose à tous, et qui aurait perdu '' le panache, l'héroïsme, le sens du sacrifice...''; la France s'est affaiblie de son anticléricalisme... J.B. Pense comme Péguy, que la guerre peut être nécessaire pour défendre les valeurs de la France, parmi lesquelles il compterait la liberté, l'humanisme, la religion... La guerre est admise comme un choc de civilisation...

Anne-Laure ne partage pas certaines de ses convictions... J.B. défend la liberté et la raison contre l'irrationnel ; idée qui la met mal à l'aise... Anne-Laure redoute la guerre, J.B. la déclare vitale, si elle est juste...

Anne-Laure de Sallembier, est de cette aristocratie qui s'est émancipée dans la vie mondaine parisienne; proche d’Élisabeth de Gramont, elle n'hésite pas à exprimer sa sympathie au clan dreyfusard ; ni éventuellement à soutenir des artistes socialisants, ou anti-cléricaux comme Anatole France (1844-1924) tout en affichant son attachement – par liens familiaux interposés – à l'orléanisme..

Cependant, comme J.B. et la plupart de leurs amis, elle pratique ( hélas!) un antisémitisme de principe, qui placent les juifs à côté de la nation ; et ceci dit-elle : « sans aucune animosité » !

N'oublions pas que ces aristocrates, se considèrent eux-mêmes d'une autre ''race'', que témoignent leur nom, la considération qu'ils se portent mutuellement, et le respect intimidé que leur témoignent les grands bourgeois, les artistes désireux d'être admis dans leurs hôtels...

Cependant, J.B. défend Bergson, contre les antisémites et les fanatiques... Il n'aime pas Maurras... Bergson- dit-il - nous fait considérer le réel pur, et réconcilie la philosophie avec la théologie …

24 janvier 1914 : Henri Bergson entre à l’Académie française, il est alors l'objet d’attaques antisémites ordurières de Léon Daudet dans l’Action Française.

De plus... Le 1er juin 1914, Rome met à l'Index les ouvrages de Bergson !

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Le XIXe siècle découvreur de Mythes – Le Vril -4/.-

1 Septembre 2020 , Rédigé par Perceval Publié dans #Vril, #Contes Mythes Légendes, #Histoire, #XIXe, #XXe

''The Coming Race '' ( La race à venir) d'Edward Bulwer-Lytton, publié en 1871; nous semble bien inoffensif...

Pourtant, s'est construite une légende de la '' Société du Vril '', apparentée à la Société de Thulé : une petite société raciste pangermanique en Allemagne entre 1919 et 1933...

Revenons en arrière...

Edward Bulwer-Lytton, influencé par le mesmérisme, imagine un grand fluide qui pénétrerait toute la nature. Et - dit-il - « de même certains êtres, comme la torpille, peuvent être chargés d'électricité, sans jamais pouvoir communiquer ce pouvoir à d'autres ; j'ai supposé l'existence d'une race chargée de cette électricité et ayant acquis l'art de la concentrer et de la diriger - en un mot d'être les conducteurs de ses éclairs. »

Ensuite, cette notion de Vril va être développée par Louis Jacolliot (1837–1890), écrivain et consul de France en Inde durant le second empire dans Les Fils de Dieu (1873) et dans Les Traditions indo-européennes (1876). pendant son séjour de trois ans en Inde, il va être très inspiré par la culture et la mythologie indiennes...

Jecolliot reprend l'histoire du continent perdu de Mu, en appelant cette terre Rutas et engloutie dans l'océan indien... Dans '' Les Fils de Dieu '' il propose le nom d'Asgartha signifiant « la ville du soleil » soit une ancienne cité du  grand-prêtre brahmatma.

Alors, L'Agarttha signifierait : insaisissable à la violence, inaccessible à l'anarchie, et serait une ville située sous les monts de l’Himalaya en 1800 av. J.-C. Son roi garde un secret qui permet de fabriquer des armes puissantes grâce auxquelles le Christ anéantira le mal et établira la paix.

L'Agartha est en général présentée comme un monde idéal dépositaire de connaissances ou de pouvoirs surnaturels. On évoquerait ainsi, un royaume souterrain au nom d' "Agartha", et sa capitale "Shamballah". Shambhala (en sanskrit शम्भल « lieu du bonheur paisible »)

Archéomètre

Le nom d'Agartha est employé par Joseph Alexandre Saint-Yves (1842 -1909), un érudit, poète et écrivain français. A ce propos, Saint-Yves commence à réfléchir, à travailler sur l'Archéomètre dans le courant des années 1890 et travailla sur ce sujet jusqu'à sa mort.. Gérard Encausse ( alias Papus) et quelques amis et collaborateurs de Saint-Yves publient un gros livre, L'Archéomètre - Clef de toutes les religions et de toutes les sciences de l'Antiquité - Réforme synthétique de tous les arts contemporains ; et c'est dans ce livre qu'est révélé l'existence d'une société entièrement fermée sur elle-même, l'Agarttha, un corps enseignant, une université antique issue de l'empire de Ram au travers des âges.

Ce dont le ''Vril '' est le support, c'est l'idée ( le rêve, l'espoir..) d'une énergie naturelle, puissante, illimitée... et pourquoi pas ''spirituelle''...

La légende se fabrique en s'attachant à des personnages réels qui évoquent plus ou moins cette idée, en les rattachant ensuite à un développement en prise avec la réalité historique. Le nazisme et son idéologie se prêtent bien à ces rêves fous de super-pouvoirs …

Ainsi sont sollicités des personnages, comme :

Karl Haushofer (1869-1946) théoricien de la géopolitique allemande, qui a été récupéré par le nazisme. «  Ainsi, c'est bien mon vieux compagnon de voyage qui fut responsable, sans que je sache si c'était à dessein, du déplacement fondamental, et fatal pour le monde, de la stratégie d'Hitler. » Zweig

Marié à une femme de religion juive ; il est un proche de Thomas Mann et rencontre Stefan Zweig lors de son voyage en Inde...

Nikola Tesla dans son laboratoire

On évoque aussi, l’ingénieur Nicolas Tesla (1856-1943), génial découvreur en énergie électrique ... Et, important, il s’intéressait aux spiritualités orientales...

« Dans quelques générations nos machines seront animées grâce à une énergie disponible en tous points de l’univers.[…] [En effet,] dans l’espace, il existe une forme d’énergie. Est-elle statique ou cinétique ? Si elle est statique, toutes nos recherches auront été vaines. Si elle est cinétique – et nous savons qu’elle l’est –, ce n’est qu’une question de temps, et les hommes réussiront à connecter leurs machines aux rouages de la nature. » Conférence 1892

Willy Ley (1906-1969), auteur scientifique américain d'origine allemande. Il a été un des pionniers de la conquête spatiale.

Il quitte en 1935, l'Allemagne nazie pour le Royaume-Uni puis les États-Unis. Il aurait évoqué l'existence d'une société nazie consacrée à la recherche du Vril ...

Pseudoscience in Naziland », essai de Willy Ley, paru dans le magazine de science-fiction Astounding, mai 1947   --->

 

Enfin, La légende d'une société du Vril, nous met sur la piste de médiums allemands autour de belles jeunes blondes aux longs cheveux, dont Maria Orsic- professeur de ballet - serait une grande prêtresse, évadée de Berlin en 1945, et dont on aurait perdu la trace. Elle serait en lien avec une civilisation extra-terrestre …. J'ignore l'origine et comment cette histoire est venue rejoindre la saga du Vril … ?

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Le XIXe siècle découvreur de Mythes – Le Vril -3/.-

28 Août 2020 , Rédigé par Perceval Publié dans #Vril, #Atlantide, #Contes Mythes Légendes, #XIXe

''The Coming Race '' de Edward Bulwer-Lytton, publié en 1871, nous présente une ''race'' d'hommes souterraine, les Vril-ya, détenteur du Vril, une énergie qui leur donne des pouvoirs psychiques comme la télépathie et la télékinésie...

D'autres légendes, d'autres traditions mythiques à travers le monde évoquent des territoires engloutis et de cités perdues, comme Avalon, Ys, l'Hyperborée, Bimini, Mu, la Lémurie, etc. Il en est des mythes de cités ou continents perdus comme de ceux du Déluge : ils appartiennent à toutes les civilisations et à toutes les cultures.

Helena Blavatsky ( 1831-1891), fondatrice de la Société théosophique en 1875, décrit dans '' la Doctrine secrète '' l'évolution de sept humanités (races-racines) sur différentes parties du globe. La ''Terre Sacrée Impérissable'' serait le berceau du premier homme : les Auto-générés furent les Chhâyâs . Les deuxièmes seraient les Hyperboréens. Puis : les lémuriens, les atlantes, les aryens, …

Elle affirme que certains supra hommes ont survécu à la destruction de l’Atlantide, en gardant le haut niveau de conscience qu’ils possédaient à l’époque. ..

Vision du Bonheur - Pierre Puvis de Chavannes - 1890

Aristote aurait dit : « Le mythe est un récit mensonger qui représente la vérité. » Mais, quelle ''vérité'' ?

Même, l’histoire qui est également récit, contient une part de création...

Commençons par quelques grandes notions :

La Destruction de l'Atlantide par Nicolas Roerich (1928)

L'Atlantide

L'Atlantide est une île gigantesque évoquée par Platon.. Après un un âge d'or, l'île mythique est engloutie par les flots dans un cataclysme provoqué à l'instigation de Zeus.

Francis Bacon (1561-1626) publie ''La Nouvelle Atlantide'' en 1627 qui s'inspire du récit de Platon et met en scène une société philosophie de savants sur l'île imaginaire de Bensalem

 

Thulé

Thulé est une île du Nord mentionnée par Pythéas au IV siècle av. J.-C.

Thulé est parfois employée pour désigner le point le plus au Nord, une espèce d'absolu indépassable, proche de l'idée de bout du monde.

Der König in Thule ( le roi de Thulé) est un poème de Johann Wolfgang von Goethe écrit en 1774. Le poème aborde les thèmes de l'amour et de la mort. Le thème devient populaire et est traduit en musique...

Thulé aurait été ce qui subsistait d'un continent aujourd'hui disparu, appelé Hyperborée, et ce continent serait le berceau de la race aryenne. Thulé devient le nom magique d'une civilisation germanique avancée...

 

Un société Thulé se constitue par Rudof Glauer, en 1918, elle devait n' être qu'un groupe d'études ethnologiques intéressé par l'Antiquité et la mythologie nordiques. Elle grandit dans le contexte de l'Allemagne d'après-guerre, plongée dans la crise et marquée par le "Diktat" de Versailles.  Elle prône l'antisémitisme, l'antirépublicanisme, le paganisme et le racisme...

Même si Hitler se méfie de cette société occultiste; beaucoup de nazis reprennent ses idées... Himmler et d'autres y puisent leur fantasme d'une société allemande blonde aux yeux bleus, à l'image des anciens héros germaniques. 

 

Aryen

Le mythe aryen ( aryas = personne noble ) est né d’une hypothèse à la fois scientifique et religieuse : les Européens auraient une origine commune et leurs ancêtres seraient venus d’Asie dans une migration épique depuis les hauts plateaux himalayens.

Se mélangent, des références bibliques au déluge, le rêve d’une civilisation primordiale aryenne passée ou à venir, des attentes millénaristes....

Il existe une longue tradition formalisée au XVIIIe siècle qui désigne l'Asie - sous la figure de l’Inde, du Tibet ou de la Scythie - comme le berceau originel par de nombreux savants.

Pour F. A. Pott (1802-1887), l’humanité suit le soleil et ne peut donc avoir connu de migrations que d’Est en Ouest.

 

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Le XIXe siècle découvreur de Mythes – Le Vril -2/.-

24 Août 2020 , Rédigé par Perceval Publié dans #Vril, #Contes Mythes Légendes, #Littérature, #XIXe, #Angleterre

Venons-en à l'histoire écrite par Edward Bulwer-Lytton (1803-1873), dans son roman de science-fiction ''The Coming Race '' publié en 1871 :

La Race à venir

Un mineur découvre accidentellement le monde souterrain du Vril-ya. Il s’y engage, attiré par une lueur qui brille dans le lointain. Il arrive, non pas dans une contrée déserte et peuplée de monstres, comme le voyageur de Jules Verne, mais dans un pays délicieux, couvert de monuments magnifiques, habité par une race savante, merveilleusement policée, de mœurs douces et hospitalières.

 

Le narrateur se retrouve donc seul face à un univers idyllique, peuplé d’humains dégageant une incontestable aura de supériorité. Une légère histoire d'amour impossible constitue l'intrigue ; mais il s'agit plus d'une suite de descriptions d'une société qui pourrait être considérée comme idéale...

Extraits :

« A ce moment sortit du bâtiment un être... humain ; était-ce bien un être humain ? Debout sur la grande route, il regarda autour de lui, me vit et s’approcha. Il vint a quelques mètres de moi ; sa vue, sa présence, me remplirent d’une terreur et d’un respect indescriptibles, et me clouèrent au sol. Il me rappelait les génies symboliques ou démons qu’on trouve sur les vases étrusques, ou que les peuples orientaux peignent sur leurs sépulcres : images qui ont les traits de la race humaine et qui appartiennent cependant a une autre race. Il était grand, non pas gigantesque, mais aussi grand qu’un homme peut l’être sans atteindre la taille des géants. Son principal vêtement me parut consister en deux grandes ailes, croisées sur la poitrine et tombant jusqu’aux genoux ; le reste de son costume se composait d’une tunique et d’un pantalon d’une étoffe fibreuse et mince. Il portait sur la tête une sorte de tiare, parée de pierres précieuses, et tenait a la main droite une mince baguette d’un métal brillant, comme de l’acier poli. Mais c’était son visage qui me remplissait d’une terreur respectueuse. C’était bien le visage d’un homme, mais d’un type distinct de celui des races qui existent aujourd’hui sur la terre. Ce dont il se rapprochait le plus par les contours et l’expression, ce sont les sphinx sculptes, dont le visage est si régulier dans sa beauté calme, intelligente, mystérieuse. Son teint était d’une couleur particulière, plus rapproche de celui de la race rouge que d’aucune autre variété de notre espèce ; il y avait cependant quelques différences : le ton en était plus doux et plus riche, les yeux étaient noirs, grands, profonds, brillants, et les sourcils dessines presque en demi-cercle. Il n’avait point de barbe, mais je ne sais quoi dans tout son aspect, malgré le calme de l’expression et la beauté des traits, éveillait en moi cet instinct de péril que fait naître la vue d’un tigre ou d’un serpent. Je sentais que cette image humaine était douée de forces hostiles a l’homme. A mesure qu’il s’approchait, un frisson glacial me saisit, je tombai a genoux et couvris mon visage de mes deux mains. »

 

Il est dans un palais luxueusement meublé, une merveille de mécanique; tout ce qu’il contient semble mû par une force inconnue; les domestiques sont remplacés par des automates; les objets nécessaires à la vie apparaissent, disparaissent sur un geste de la main.

« Les Vril-ya ont peu de besoins, et la satisfaction de leurs besoins leur coûte peu d’efforts ; l’outillage de l’industrie est si perfectionne, que le travail est réserve aux seuls enfants. Les adultes n’ont rien a faire, pas de luttes a soutenir, pas de dangers a éviter. Ils se promènent ; ils causent ; ils se réunissent dans des festins ou règne la sobriété ; ils entendent de la musique et respirent des parfums. »

 

« – Qu’est-ce que le Vril ? demandai-je. La-dessus Zee commença une explication dont je compris fort peu de chose, car il n’y a dans aucune langue que je connaisse aucun mot qui soit synonyme de Vril. Je l’appellerais électricité, si ce n’est qu’il embrasse dans ses branches nombreuses d’autres forces de la nature, auxquelles, dans nos nomenclatures scientifiques, on assigne différents noms, tels que magnétisme, galvanisme, etc. Ces peuples croient avoir trouvé dans le vril l’unité des agents naturels, unité que beaucoup de philosophes terrestres ont soupçonnée et dont Faraday parle sous le nom plus réserve de corrélation. « Je suis depuis longtemps d’avis, dit cet illustre expérimentateur, et mon opinion est devenue presque une conviction commune, je crois, a beaucoup d’autres amis des sciences naturelles, que les formes variées sous lesquelles les forces de la matière nous sont manifestées ont une commune origine ; ou, en d’autres termes, qu’elles sont en corrélation directe et dans une dépendance mutuelle, de sorte qu’elles sont pour ainsi dire convertibles les unes dans les autres, et que leur action peut être ramenée a une commune mesure, a un équivalent commun. » Les philosophes souterrains affirment que par l’effet du vril, que Faraday appellerait peut-être le magnétisme atmosphérique, ils ont une influence sur les variations de la température, ou, en langage vulgaire, sur le temps ; que par d’autres effets, voisins de ceux qu’on attribue au mesmérisme, a l’électro-biologie, a la force odique, etc., mais appliqués scientifiquement par des conducteurs de vril, ils peuvent exercer sur les esprits et les corps animaux ou végétaux un pouvoir qui dépasse tous les contes fantastiques de nos rêveurs. Ils donnent a tous ces effets le nom commun de vril. Zee me demanda si, dans mon monde, on ne savait pas que toutes les facultés de l’esprit peuvent être surexcitées a un point dont on n’a pas l’idée pendant la veille, au moyen de l’extase ou vision, pendant laquelle les pensées d’un cerveau peuvent être transmises a un autre et les connaissances s’échanger ainsi rapidement. Je répondis qu’on racontait parmi nous des histoires relatives a ces extases ou visions, que j’en avais beaucoup entendu parler et que j’avais vu quelque chose de la façon dont on les produisait artificiellement, par exemple, dans la clairvoyance magnétique ; mais que ces expériences étaient tombées dans l’oubli ou dans le mépris, en partie a cause des impostures grossières auxquelles elles donnaient lieu, en partie, (...)»

 

Le Vril, a une puissance est infinie. Grâce à lui les Vrill-Ya, peuvent se communiquer leurs pensées, sans parler, à des distances immenses. Emmagasiné à haute pression, ce fluide agit comme la foudre, et détruit tout ce qu’il touche. Emmagasiné à pression plus faible, ses effets sont bienfaisant : il magnétise, il endort, il guérit, il ouvre la mémoire et facilite les travaux de l’esprit. Chaque individu à donc en lui une puissance effroyable dont il peut instantanément se servir. Force dissuasive, il ne peut l'employer contre ses semblables, les représailles seraient terribles, il ne s’en sert que contre les animaux féroces qui menacent son repos.

La guerre, la lutte à main armée n’existent plus chez ce peuple bienheureux...

La cité est gouvernée par un magistrat unique. Et nul ne convoite cette charge suprême car aucun honneur, aucun pouvoir particulier n’y est attaché...

 

Le narrateur est instruit par Zee, la fille de son hôte … Et, Zee va lui faire la cour … !

« Sachez que nos Gy-ei, tant qu’elles ne sont pas mariées, voyagent seules au milieu des autres tribus, pour voir si elles trouveront un An qui leur plaise mieux que ceux de leur propre tribu. Zee a déjà fait trois voyages semblables, mais jusqu’ici son cœur est resté libre. »

(…)

il n’est pas rare qu’une jeune Gy montre un goût que les autres trouvent étrange ; mais il n’existe pas de moyen de forcer une Gy a changer ses résolutions. Tout ce que nous pouvons faire, c’est d’employer le raisonnement, et l’expérience nous prouve que le College entier des Sages essaierait en vain de raisonner avec une Gy en matière d’amour. Je suis desole pour vous, parce qu’un tel mariage serait contre l’A-glauran, ou bien de la communauté, car les enfants qui en naîtraient altéreraient la race

(...)

Vous feriez peut-être bien de dire a Zee qu’elle est laide. Cette assurance, venant de la bouche de l’An qu’elle aime, suffit d’ordinaire a refroidir la Gy la plus ardente. »

 

Qu'en est du couple, et des femmes, les '' Gy-ei'' … ?

« le divorce et la polygamie sont extrêmement rares, et les ménages paraissent très heureux et unis chez ce peuple étonnant ; les Gy-ei, malgré leur supériorité physique et intellectuelle, sont fort adoucies par la crainte de la séparation ou d’une seconde femme, et comme les An sont très attaches a leurs habitudes, ils n’aiment pas, a moins de considérations très graves, a changer pour des nouveautés hasardeuses, les figures et les maniérés auxquelles ils sont habitues. Les Gyei cependant conservent soigneusement un de leurs privilèges ; c’est peut-être le désir secret d’obtenir ce privilège qui porte beaucoup de dames sur la terre a se faire les champions des droits de la femme. Les Gy-ei ont donc le droit, usurpe sur la terre par les hommes, de proclamer leur amour et de faire elles-mêmes leur cour ; en un mot, ce sont elles qui demandent et non pas qui sont demandées. Les vieilles filles sont un phénomène inconnu parmi elles. Il est très rare qu’une Gy n’obtienne pas l’An auquel elle a donné son cœur, ..(...)»

Ce peuple, au physique parfait, est réparti en communautés autonomes et auto-suffisantes, poussant au bout le modèle de la commune anarchiste ou socialiste utopique. Une certaine égalité y règne, quand bien même celle-ci ne va pas de pair avec une uniformisation des richesses, puisque chacun possède la liberté de s’enrichir ou non. Les femmes ont même acquis une certaine supériorité, y compris physique, sur les hommes. ..

 

Enfin,

« Je devinais que Zee, sans me le dire, s’était décidée a m’aider a retourner vers le monde supérieur et que nous nous dirigions vers le lieu ou j’étais descendu. Son silence me gagnait et m’empêchait de parler. Nous approchions du gouffre. (...) »


 

« (..) j’ai cru que mon devoir envers mes semblables m’obligeait à écrire ce récit pour les avertir de la venue de la Race Future. »

 

Un monde, cependant, trop parfait …

Le narrateur ne semble pas toujours emballé … « Comme ils doivent s’ennuyer ! Ils n’ont ni les émotions de la guerre, ni les plaisirs de la chasse, car ils sont trop doux pour s’amuser a tuer des bêtes inoffensives. Ceux d’entre eux qui ont l’esprit aventureux peuvent fonder des colonies, mais ils ne courent aucun risque, et, d’ailleurs, la place finira par leur manquer. Ou bien ils s’appliquent a inventer des machines nouvelles et a faire avancer la science, ce qui ne doit pas être a la portée de tout le monde, dans une civilisation déjà si savante et si bien outillée. Ils n’ont même pas une littérature très florissante et sont obliges de relire les anciens auteurs pour y trouver la peinture des passions dont ils sont exempts, des conflits qui ne sont plus de leur siècle. Cette tranquillité d’âme se reflète sur leur visage qui a quelque chose d’auguste et de surhumain, comme le visage des dieux antiques ; ce sont des hommes de marbre. Ils ne vivent pas. »

 

La civilisation du Vril-ya ne cache pas son mépris pour les peuples qui lui sont inférieurs, car encore au stade démocratique de la bêtise de masse et dépourvus de la maîtrise du Vril, clef de tout progrès collectif.

Notre ''héros'' s’échappe et revient à la surface pour raconter l’histoire de "la race à venir", qui est à l’origine du titre. D'ailleurs, cette ''race à venir '' ne serait-elle pas celle qui nous exterminerait … ?

Pourtant, ce livre n'est aucunement ''sulfureux'' et ne préfigure rien de dangereux... Est-il néanmoins dangereux... ?

Louis Pauwels et Jacques Bergier dans ce fameux livre, "Le Matin des magiciens" soutiennent que ce livre a inspiré un groupe nazi qui se serait appelé : ''La Société du Vril''...

Difficile de penser que des gens qui se prennent au sérieux puissent s'appuyer sur un roman comme celui-ci … La théorie de la Terre creuse ( ou espaces creux) avec une civilisation cachée, n'est pas scientifique mais légendaire …

Les ''Vril-Ya'' n'ont rien à voir avec les Aryens, et sont plutôt dominés par les femmes... C'est vrai qu'ils se considèrent comme une race supérieure ( le concept de race correspond à l'époque …)

Ce qui est moins étonnant, c'est qu'à la fin du XIXe siècle, ce livre ait pu inspiré Helena Blavatsky et sa Théosophie... Pourtant, ce peuple Vril, semble s'être coupé de la passion,et celle de l'Art en particulier …

 

Aujourd'hui ce roman est peu lisible, sinon par curiosité historique. Le texte nous semble lourd, rébarbatif, similaire à un documentaire. L'action, et le suspens sont minimaux.

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