Ce que Marcel Légaut, me dit : ...
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Marcel Légaut ( 1900-1990 ), agrégé de math. professeur en faculté à Nancy, Rennes, puis Lyon, est devenu berger en 1940. Il est mort, il y a juste 20 ans.
Je retiens de son témoignage de' vie spirituelle ',qu'il est nécessaire de partir de l’homme, de l’expérience humaine ( même s'il n'est pas si aisé de ' lire sa vie '; sa vie - en relation avec celle de Jésus … ).
Suffit-il de rechercher le sens de la vie ? Non ... D'ailleurs, y aurait-il un sens ( imposé ) pour tous ?
Il ne s’agit pas non plus de trouver un sens à sa vie…
La recherche de chacun concerne le sens de sa ‘ propre vie ‘ … Quelles sont mes relations avec autrui ? Quelle est mon action pour que la société devienne une ‘ communauté humaine ‘ ?
La foi, qui n’est en rien une croyance, est une réalite à double face : « la foi en soi » ( la valeur de sa propre réalité ), et « la carence d’être » qui s’éprouve dans la vie relationnelle … et qui peut (doit ) s'ouvrir en ' la foi en l’autre ' …
« Ce que l’homme sait ne pas être, ne pas pouvoir être et cependant devoir être pour humainement exister lui révèle sa carence d’être. (…) Il entend à travers la conscience de sa carence de base, grâce à la foi en soi, le silencieux appel à être. Il entrevoit en elle et comme en creux l’être qui s’annonce en lui " .(“L’homme à la recherche de son humanité”)
Pour Marcel Lègaut, ce travail intérieur s’approfondit au travers de l’amour humain, de la paternité, de la responsabilité, de l’activité créatrice, de ses états d’âme, de la conscience qu’il mourra….etc
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A mon avis, cette humaine tension ne se convertit en spiritualité, qu’à la condition de ' relire sa vie ', d’alterner - action et méditation … L’homme, pour s'envisager existentiellement, se doit de se mesurer à ses limites… Le vrai, ne se révèle, que dans l’expérience de sa réalité…
Quel est le sens de ce que j’ai vécu d’essentiel … ?
Face à l'absurdité du mal, j’ai besoin d’un autre que moi ... Un Homme, déjà ' au-delà de soi ' , qui me conforte, qui se manifeste dans l'intime de moi ... Pour Légaut, cet Homme est Jésus.
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Le sens propre de sa vie.
Plus on avance sur ce chemin, mieux on entrevoit la cohésion interne de ce qu’on a vécu dans le passé sans en avoir eu conscience sur le moment même et, du même mouvement, mieux on pressent la cohésion des manières dont on aura à vivre l’avenir. On saisit l’unité foncière de sa vie, son unicité, et finalement la solitude où son existence se développe, que nul ne peut violer mais où autrui peut prendre présence.
A mesure qu’on s’approche du but, plus il s’éloigne. On découvre en soi une impuissance radicale à être tout ce qu’on voit devoir être …
Marcel Légaut
Dietrich Bonhoeffer: un christianisme sans religion
Dietrich Bonhoeffer, est un véritable 'témoin' du Christ, par ce qu'il a - au risque de sa vie - qu'il a donnée - refusé toute compromission. Il
affirme ne pas pouvoir appartenir à une Eglise qui accepte l'exclusion des juifs de la cité.
Ce témoin du Christ, à l'écoute des 'non-croyants', en appelle à l'humanité de chacun, pour parler de Dieu sans religion.
En prison, Bonhoeffer développe sa théologie du monde qui vient.... Comment être chrétien dans un monde devenu adulte ? Comment vivre sa foi dans un monde sans religion ?
"Je voudrais arriver, dit-il, à ce que Dieu ne soit pas introduit en fraude par un biais habilement dissimulé, mais qu’on reconnaisse simplement le caractère adulte du monde et de l’homme ; qu’on "n’éreinte" pas l’homme dans sa laïcité, mais qu’on le confronte avec Dieu par son côté fort" (Lettre du 8 juillet 1944).
Dans ce monde devenu majeur, il faut, dit-il, renoncer à un “Dieu bouche-trou” et à une foi qui se nourrit de la faiblesse et des limites de l’homme.
"Les gens religieux, dit-il, parlent de Dieu quand les connaissances humaines se heurtent à leurs limites ou quand les forces humaines font défaut - c’est au fond toujours un “deus ex machina” qu’ils font apparaître...". Et d’ajouter : "J’aimerais parler de Dieu, non aux limites mais au centre, non dans la faiblesse mais dans la force, non à propos de la mort et de la faute, mais dans la vie et la bonté de l’homme" (Lettre du 5 mai 1944).
Bonhoeffer plaide pour un christianisme non religieux où le chrétien - être chrétien, c’est être homme - est appelé à vivre “laïquement” en se libérant "de toutes les fausses attaches et des obstacles d’ordre religieux". Autrement dit, à vivre dans le monde "en tant qu’homme qui parvienne à vivre sans Dieu". Bref, à devenir humain au sens plein du terme.
On perçoit la fécondité d’une telle pensée et aussi son actualité pour aujourd’hui - pensée en consonance avec l’humanisme laïque mais en rupture avec un certain christianisme religieux dominant.
Cette idée de réalité est développée par ailleurs dans l'Ethique, dans des termes très proches de ceux des lettres de prison:
"L'affirmation que Dieu lui-même est la réalité suprême n'est pas une idée destinée à sublimer le monde, ni le revêtement religieux d'une vision profane du monde (...). Le principe de
l'éthique chrétienne n'est ni la réalité du moi ni celle du monde, pas plus que celle des normes et des valeurs, mais la réalité de Dieu dans sa révélation en Jésus-Christ (...). Il s'agit donc
d'avoir part aujourd'hui en Jésus-Christ à la réalité de Dieu et du monde, de telle manière que je n'éprouve jamais la réalité de Dieu sans celle du monde et vice versa ."
"Comment le christ peut-il devenir aussi le Seigneur des non-religieux ? Comment parler de Dieu sans la religion ? Un jour viendra où des hommes seront appelés de nouveau à prononcer la Parole de Dieu de telle façon que le monde sera transformé et renouvelé. Ce sera un langage nouveau, peut-être tout à fait non religieux, mais libérateur et rédempteur, comme celui du Christ ; les hommes en seront épouvantés et, néanmoins, vaincus par son pouvoir ; ce sera le langage d'une justice et d'une vérité nouvelles, qui annoncera la réconciliation de Dieu avec les hommes et l'approche de son royaume..."
Dietrich Bonhoeffer
La bonne question de Benoit XVI
« "Quelles sont les exigences que les gouvernements peuvent raisonnablement imposer aux citoyens, et jusqu'où peuvent-ils aller ? A quelle autorité peut-on se référer pour résoudre des dilemmes moraux. Ces questions nous emmènent directement aux fondements éthiques du discours civil"…….. Si les principes moraux qui sous-tendent le processus démocratique ne sont eux-mêmes déterminés par rien de plus solide que le consensus social, alors la fragilité de ce processus ne devient que trop évidente. C'est là que se trouve le défi de la démocratie »
Benoit XVI: discours au Parlement et à la British Society, Westminster Hall, City of Westminster, vendredi 17 septembre 2010.
Pour Benoit XVI, la foi
apporte un ‘plus’ à la raison, et ne la dénie pas. Inversement, la raison « purifie la religion et la structure ».
De plus, je reconnais, avec Benoit, que le pragmatisme, l’air du temps, le court terme… conseillent mal « la raison » . La religion, quelle qu’elle soit, dans un débat éthique, - ajoute aux textes de référence, la tradition de nos sages anciens.
La crise financière actuelle est l’exemple typique des dérives que nous devons dénoncer.
La réponse de Benoit XVI, pousse encore plus loin, la nécessité de la Foi, cette foi qui encore aujourd’hui, malgré tout ( voir l’article précédent ) , anime l’espérance des démocraties actuelles, et la moralité républicaine et éducative.
Il y a nécessité de trouver des raisons à la morale ; mais à force de questions, - l'ultime, ne sera t-elle pas existentielle ?
L’avenir du Christianisme ?
Nous vivons à mon avis, une période extrêmement favorable pour ce qui pourrait être un renouveau salutaire du Christianisme. Après un réel et regrettable passage, durant des siècles, par les affres du pouvoir … Nous avons l’occasion de revenir aux fondamentaux d’un Evangile bien compris …
Je reprendrais volontiers les paroles de Fabrice Hadjadj « Le christianisme comme entité sociologique, ou bien comme moyen d’avoir des « repères » et des « valeurs »… ça ne m’a jamais beaucoup excité.. »…
Aujourd’hui, chrétiens ou non, nous sommes appelés à nous questionner sur l’essentiel. Aujourd’hui, les ‘chemins’ se rencontrent. Aujourd’hui, nous sommes questionnés au-delà de la morale et de la doctrine. Et c’est de là, où Jésus s’était volontairement placé !
Aujourd’hui, notre
civilisation est fortement imprégnée de christianisme : la protection des ‘faibles’, le souci de justice, la redistribution des richesses, la compassion pour les coupable, la primauté de la
personne, de la liberté, de l’égalité et de la fraternité. Même la place de la raison et de la laïcité sont des fruits chrétiens, et paradoxalement combattus par ceux la mêmes qui auraient du, en
tous les siècles les favoriser … !
Notre christianisme, aujourd’hui doit être résolument ‘moderne’ et accompagner le désir de plus d’humanité. Nous devons lutter contre les images païennes du dieu
archaïque et magique, et retrouver le chemin de l’intériorité. Le don, la force
de
l’être humain « vient du fait qu’il a quelque chose de Dieu en lui » ( Alain Richard : franciscain ) . « Parce qu’il est relation, dieu n’aime pas les murs. Il
nous demande de les détruire. » AR
Parmi les paradoxes, il y a « Vatican II », ce concile qui n’a toujours pas été reçu… « Il est certain que la station debout au milieu du gué, où s’est installée l’Eglise depuis Vatican II, est la plus inconfortable et la plus périlleuse » J.P. Mignard ( avocat ).
« La reconquête des catholiques »
Le ‘catholique’ que je suis a t-il beaucoup ‘à voir’ avec Monsieur Sarkosy ? Beaucoup moins que l’Europ-écologiste’ que je suis, ou que l’enseignant (
proviseur ) que je suis… Certes, ma
conscience d’homme,
m’empêcherait , j’espère, de collaborer avec la politique actuelle contre les ‘roms’, les ‘sans-papiers ‘…etc
Les articles récents des journaux sur la visite de notre président au pape, me désespèrent de pouvoir faire comprendre aux ‘ non-croyants ‘ ( ce terme ne me plait pas du tout , mais on se comprend… ! ), ce que peut signifier pour moi d’être catholique … !
Etre catholique, m’aide à me définir dans mon humanité ‘ corps, âme et esprit ‘. Etre catholique, ne me fait pas meilleur que tout autre homme ; au contraire,
cela m’aide à me comprendre faible, et me souhaiter ( et ‘travailler’) fort.
Le divin, ayant assumé toute mon humanité, jusqu’au plus obscur de moi-même ( confrontation avec le mal, la souffrance, la mort, l’impermanence…) ; j’ai la chance d’avoir un Chemin à suivre : c’est une chance, une responsabilité avec ses devoirs… mais surtout un soutien, une aide… Je constate autour de moi, des personnes qui témoignent de leur humanité, - nombreux sont les ‘ non-croyants ‘ ; je suis interpelé et les admire. Etre catholique, m’aide à leur emboiter le pas, sur cette ascension vers l’Humain, que nous sommes tous appelés à devenir.
La reconquête de l’Humain….Vaste programme politique que M. Sarkosy pourrait s'employer à mettre en pratique.
De la philo à la spiritualité :
(Pour les universitaires dédaigneux :… Je parle de la philo. « type terminale »… Je le précise, tant pis ! ).
« A l’école des stoïciens et des épicuriens, j’essaie de mieux habiter le présent. A la suite de Spinoza, je tente de convertir mes désirs passifs, inadéquats, pour m’orienter vers la joie, souverain bien de l’existence. En somme, la philosophie est une discipline de soi qui m’aide à me rendre plus vivant et à assumer toujours mieux le métier d’homme pour aller vers l’autre, répandre la joie. » Alexandre Julien.
Déclin des religions, suspicion envers les idéologies politiques… Au delà d’une tendance individualiste, nous cherchons tous ( jeunes et moins jeunes ) un sens à cette
existence !
« C’est comme vivre aux côtés de Platon, d’Aristote, d’Epicure, de Montaigne, de Spinoza, de Kant, de Nietzsche, d’Alain, de Simone Weil, de Wittgenstein … J’ai les amis les plus intelligents du monde, et qui appliquent leur intelligence à ce qu’il y a de plus intéressant : la vie humaine… le but ? Une vie plus lucide, plus heureuse… » A. Comte-Sponville.
Comment au travers d’une réflexion raisonnante et pas seulement affective, je peux témoigner d’une expérience de quelque chose qui se fait ‘ en moi ‘ ?… Cela s’apparente également au ‘ développement personnel ‘, au moins dans sa partie théorique …
Catholique, je ne crains pas l’aventure… Au contraire, je la conseille… par lucidité avec soi-même. La philo. a la faculté de passer du singulier ( moi ) à
l’universel. Pas de ‘ prêt à penser ‘, pas de ‘ vérité ‘, mais de la confrontation, de la pratique ‘ existentialiste ‘ !
Cette confrontation des idées, des théories, des doctrines religieuses… m'amène 'heureusement' à m’interroger sur le ‘statut’ de La Vérité.
Jésus est le chemin ( le mien ), Jésus ‘le Christ’ est La Vérité ( la nôtre )… Il n’est pas le seul chemin, la seule icône de Dieu… Chaque visage humain, est en lui-même une icône divine. Ceci ne me pose aucun problème existentiel… Par contre, fixer Une Vérité, m’est incompréhensible… Affirmer qu’une religion puisse, seule, incarner La Vérité, me choque ! ( Jésus et la samaritaine… ! ).. Je veux bien chercher ( encore … ) à comprendre .
La 'quête' nourrit l'action.
Nous avons l’idée, évolutionniste, que les hommes primitifs se sont peu à peu civilisés. Et chez nous, que le progrès constant a besoin de notre soutien …
Nos anciens pensaient que le présent amorce un éloignement de l’idéal originel de la perfection … ( la ‘ Parole perdue ‘ ..etc ).
La quête du
Graal incarne, elle, une recherche d’un état de perfection, latent, qu’il convient de révéler. Cette autre dimension, qu’est le Royaume n’est pas un ‘ autre monde ‘, il est à portée d’un travail
sur soi, un chemin vers le centre de notre propre être. Cette renaissance, n’est pas sans effet sur les terres d’ici… Le Roi guérit, c’est tout le royaume d’ici bas qui retrouve la prospérité. La
franc-maçonnerie, relève de cette mystique de l’action : transcender l’intérêt individuel au service d’une société plus juste…
« Toute âme qui s’élève, élève le monde »
La spiritualité n'exprime en rien, le refus du monde... Elle est le désir d'expérimenter le coeur du monde, l'Esprit.
L'instant présent qui seul 'existe', à l'abri de nos émotions, de nos regrets, nous permet d'exprimenter le réel.
Se voir, tel que je suis ( non tel que je voudrais être ). Se voir pour s'accepter. Eprouver de la compassion pour soi... est nécessaire, pour naturellement, 'aimer
son prochain' .... et agir.
La voie: la vision juste, l'action juste ...
"Qu'est-ce que la vérité. Faites que je voie les choses telles qu'elles sont, que rien ne me jette de poudre aux yeux" Thérèse
d'Avila
Je reconnais facilement, que mes émotions influencent ( trop ) ma façon d'agir. A ce moment, je me 'laisse emporté', c'est à dire que j'ai perdu l'avantage de pouvoir m'observer... Mes émotions colorent le réel. Je ne suis plus conscient et présent... Je n'ai plus l'attention nécessaire ...
- Revenir à moi-même
- Reconnaître ( accepter ) le réalité comme elle est (là !)
Dans le christianisme: être libre, c'est être habité par l'Esprit. A.D. utilise l'image de l'acteur qui, habité par un rôle, en même temps détaché de l'action-réaction du personnage, est librement lui-même ... Il ne s'agit pas d'une possession, dans laquelle, je perdrai ma personnalité...
" Je vis, mais ce n'est plus moi qui vis, c'est le Christ qui vit en moi." ( Saint-Paul )- Alors, quelle liberté !
Cette liberté se resent, ainsi, en attitude d'accueil... Par exemple devant un paysage: je contemple et mon mental n'intervient pas. Je suis présent, dans l'attention pure ...
Le maître insiste:" il n'y a
que des situations: c'est le mental qui en fait des problèmes ..." AD
Je 'crois' que quand tout ira bien: je serais en paix. Et quand les difficultés reviendront, je serais à nouveau perturbé. Selon les prochains évènements, je serai frustré, je souffrirai, puis je serai comblé ...Les évènements changent... Et la réalité?
Est-ce que je vois la réalité, telle que ' Dieu ' la voit ?
Qu'en est-il de - La vision pure ...? La perception pure ...?
"Une des tâches les plus difficiles donnée à l'homme est de renoncer à lui-même, au désir de se mettre en avant, à vouloir que le monde corresponde à l'idée qu'il s'en fait" Karlfried Graf Dürckheim
" La connaissance de ce qui est résulte de la purification de l'opinion qui porte sur ce qui n'est pas. C'est, à mon avis, la définition de la vérité d'être une
certaine saisie de l'être; l'erreur, elle, est une illusion qui se produit dans l'esprit et qui donne l'apparence d'exister à ce qui n'est pas; la vérité au contraire est la ferme
appréhension de ce qui est vraiment.
Or il faut de
longues périodes de temps passées dans le recueillement à méditer ces hautes questions, pour parvenir à saisir péniblement ce qu'est vraiment l'être qui possède l'existence par nature et ce
qu'est le non-être qui a seulement l'apparence d'exister, mais qui n'a pas de lui-même aucune réalité." Grégoire de Nysse ( IV siècle ap. J.C.) dans " Vie de Moïse"...
Accepter ce qui "est", et agir sur ce qui sera... est le paradoxe ( parmi d'autres) qui habite le coeur de la spiritualité, et qui s'exprime, je pense au mieux, par l'assise en zen, ou l'oraison en Christ...
Le paradis n'est pas au ciel...
Avec Fabrice Hadjadj..
Que sait-on du paradis ? Autant, nous comprenons ce que peut-être - de vivre l’enfer, comme si nous comprenions mieux le mal.. ! Autant, le paradis nous
semble puéril ...
Comment puis-je tendre vers ce que je ne conçois pas ? L’imagination doit tendre vers ce que nous espérons … Certes, si la ‘ vraie vie est ailleurs ; il ne nous reste , peut-être, qu’à mépriser celle-ci ! Vision nihiliste, combattue par les matérialistes !
Le « royaume », n’est pas dans un autre monde, il est au milieu de nous. L’au-delà est un au-dedans. Il s’agit d’une vie déjà commencée. Une vie qui vient s’aboucher à sa source : elle se déploie ici-bas jusqu’à donner sa fleur là-bas, mais c’est la même sève qui circule et que les écritures appellent la grâce. . L’essence de la grâce, c’est l’accueil de l’autre. A l’inverse, l’enfer n’est qu’un repli sur soi, le désir d’un paradis à son étroite mesure.
« L’enfer, c’est de se croire au paradis par erreur » Simone Weil
" Dans le christianisme, le paradis est paradoxe. En effet, ce mot évoque deux réalités différentes : le paradis terrestre, qui est irrémédiablement perdu ; et le paradis céleste, qui est plutôt à gagner. Le premier est désormais barré par un ange à l’épée de feu : c’est un paradis régressif qu’il ne faut plus désirer. Le second est marqué par la Croix de l’amour : c’est un paradis exigeant qu’il s’agit d’accueillir. Il est refus de s’enfermer dans la nostalgie d’un monde originel, sans drame, sans péché." FH
" C’est précisément contre cela que se dresse l’appel du paradis céleste. Il nous demande d’assumer pleinement la réalité humaine, et de trouver une lumière au cœur même de la tragédie."FH
" Ce qui sauve, ce n’est pas la douleur, c’est l’amour reçu et donné. La douleur peut en augmenter le mérite mais, sans cet amour, elle ne vaut rien. Or, cet amour
est sur la terre comme au ciel. La différence, c’est que, sur la terre il se vit dans la
souffrance et la
contradiction. Il provoque des résistances, suscite même une violence à notre propre endroit, car notre orgueil ne veut pas l’admettre… À dire vrai, le paradis ne se gagne pas, il se reçoit. Avec
Dieu, il ne s’agit pas de travailler plus pour gagner plus, mais d’ouvrir notre être pour recevoir en abondance. Notre société de consommation (la publicité nous le rappelle tous les jours) peut
nous permettre de jouir des petits plaisirs de l’existence. Mais elle ne nous donnera jamais la joie, la joie profonde et vraie. Car celle-ci ne s’achète pas. "FH
« Quand l’homme essaie d’imaginer le paradis sur terre, ça fait tout de suite un enfer très convenable », Paul Claudel
« Personne n’a jamais vu Dieu » Jean( 1, 18)
Ce Dieu possible, et inconnaissable, n’est pas un objet de connaissance comme les autres…
Aussi, des philosophes chrétiens, comme J.L. Marion,
préfèrent L’aborder par la phénoménologie. Cette méthode s’applique à décrire la manière dont les choses – ou les gens – se donnent à nous, se manifestent à nous, avant même que nous nous
mettions à les considérer comme des objets dans une optique de connaissance.
La Révélation n’apporte pas une réponse à la question de l’existence de Dieu ; elle vient modifier les questions en faisant naître une toute nouvelle logique.
La révélation produit sa propre rat
ionalité, que les hommes peuvent reconnaître, bien qu’elle ne soit pas le produit de leur p ropre intelligence. La révélation chrétienne a produit le développement de la peinture et de la musique, elle a imposé à la
philosophie des questions qu’elle ne s’était jamais posées aupara vant ; elle a réclamé l’indépendance de la
raison et la laïcité…
Il y a différents niveaux de rationalité. Les questions logiques, mathématiques, physiques, techniques, abstraites n’exigent pas une rationalité complexe, car on peut en principe maîtriser tous leurs paramètres.
L’art, la politique , la foi et l’amour, et tous les phénomènes de ce type, sont plus difficile à savoir, donc de décider, et l’on est davantage susceptible de se tromper. Ce qui ne veut pas dire que ces phénomènes ne peuvent pas donner lieu à des décisions rationnelles. Ils ont leur vérité propre.