L’écologie et les spiritualités.
L’exigence écologique attise les (re)lectures des textes spirituels… Aussi à l’opposé de la thèse selon laquelle le monothéisme serait l’une des causes de la crise environnementale ( Lynn White (1967)), les théologiens ne cessent de montrer qu’à partir des textes, il est possible de produire une conception ( chrétienne, juive, musulmane, bouddhiste …) respectueuse de l’environnement ( et de l’homme ! ).
« La possession n’est pas un acte de création divine, elles est un acte de destruction et d’aliénation. L’avoir diminue l’être » Emmanuel Lévyne ( rabbin français ).
Les musulmans ( Fazlun Khalid ( Indonésie), Ibrahim Abouleish ( Egypte )) partagent cette vision du monde, selon laquelle l’humain n’a aucun droit de propriété sur la terre et que la logique de possession, qui se traduit par l’accumulation d’objets, contredit les valeurs de l’existence spirituelle.
Les conceptions religieuses pourraient aller du :
- Dualisme ontologique : Dieu est considéré comme éminemment transcendant, et le monde aucun lien sacré… l’écologie est alors profane et utilitaire
- Aux théories classiques des monothéismes …
- Au panthéisme ou à l’animisme, dans lesquels Dieu est identifié au monde, la nature est sacrée car divine… ( immanence ..)
- Jusqu’au panenthéisme :
conception dans laquelle est affirmé que « Tout se trouve en Dieu ». La création ne serait que le pôle manifesté de Dieu… Tout a une âme … L’ésotérisme de diverses religions y
puisent…
Aujourd’hui, les grands courants spirituels participent activement au nouveau défi écologique :
- Le bouddhisme socialement engagé rappelle la non cohérence du bouddhisme avec le consumérisme
- En France la dynamique écospirituelle est portée par des sœurs orthodoxes ( Solan ), par Pierre Rabhi agronome, lama Denys Rimpoché du sangha Rimay ( notion d’interdépendance …)
- Le CCFD mouvement chrétien qui s’engage dans un travail de conscientisation sociale et individuelle à propos de l’écologie ( réflexion Nord-sud, les conséquences de l’hyperconsommation ..)
( Synthèse personnelle d’un dossier du ‘ Monde des Religions ‘ )
J. MOINGT La mort, la résurrection - la Vie …:
Les notes, ci-dessous, sont retranscrites à partir de ce que j’ai entendu d’un entretien avec Joseph MOINGT, un théologien prêtre jésuite, que j’écoute ou que je lis - avec la joie de comprendre ce dont j’ai l’intuition en lisant les Evangiles… J’adhère à tout ce qu’il exprime…
La résurrection est commencée avec la création : nous sommes appelés à vivre éternellement avec Dieu, à condition d’orienter notre
existence dans le sens de la gratuité , la gratuité d’une vie qui coopère à la création … Dieu donne La vie , en donnant Sa vie.
« Ce que vous avez reçu gratuitement, donnez le gratuitement ». Nous sommes débiteurs de la création, des autres… Grâce à eux nous sommes en lien avec le « Corps de Christ » ; avec eux nous empruntons un chemin vers ce qui se construit : le royaume ( ou le règne ) de Dieu. Le Royaume arrive avec la Résurrection, Saint Paul annonce tantôt l’un, tantôt l’autre …. La Résurrection est un processus : c’est la vie qui se dégage de la mort. Nous entrons dans ce process dès que nous entreprenons de vivre gratuitement, et cela commence avant notre mort… Notre résurrection se fait par notre travail dans le monde, sur le monde, pour le monde… Nous œuvrons pour rendre la terre plus habitable à chacun, plus accueillante…Ce qui impose des actes de dépossession, ce que St-Paul appelle « mourir au vieil homme », c‘est à dire à l’égoïsme… Nous devenons créature nouvelle et semence de nouveauté…
La mort arrivant, elle n’interrompt pas ce don d’une existence gratuite ; nous poursuivons notre résurrection en restant en lien avec cet univers dont nous sommes les ‘ produits ‘… Nous ne sommes des être humains qu’au travers les relations que nous entretenons avec les autres… Nous continuons à rester en lien avec les autres et l’univers… C’est pour moi, ce que signifie la résurrection corporelle …
Ce qu’il reste de notre identité ? Mais... Qu’est ce que notre identité ? C’est notre corps ? ( de qui le tenons-nous ? ) Qu’est-ce ? Un amas de cellules , de la poussière d’univers .. ? Pour moi, nous ressuscitons dans ce que nous recréons de nous-mêmes, dans la liberté, la gratuité, la justice et l’amour… C’est l’être totalement libre qui ressuscite de nous ; cette identité n’est jamais strictement notre individualité.. parce que, nous sommes en constante évolution – création ; nous nous créons nous-mêmes à l’image de Dieu, notre véritable et commune identité .. Vivre gratuitement, c’est vivre pour les autres… Notre ‘personne ‘ se développe dans les autres, elle devient relationnelle .. Nous nous recréons non pas dans une individualité enfermée dans une coque .. mais comme un être ouvert, exposé aux autres : un nœud de relation, c’est cela qui est appelé à ressusciter …
On
ne se fond pas dans le « Grand Tout »… Il y a l’idée que nous nous intégrons dans des tissus d’humanité pour reconstituer un seul Homme dans le Christ : l’Homme nouveau.
Mais, dans ce Tout : nous gardons notre liberté. Notre liberté ne s’aliène pas, nous gardons notre subjectivité et nous gardons l’identité que nous nous sommes donné, mais c’est une identité
ouverte. Ce n’est pas l’identité du moi, le moi qui ne sait dire que moi, et qui finalement est vide, vide si ce n’est de choses que nous avons accumulé et que nous perdons dans la mort… .
Notre identité se reconstruit de tout ce que nous abandonnons à la mort, tout ce que nous abandonnons de nous-mêmes pour nous occuper des autres … Ce qui ressuscite de nous : c’est un être
neuf, que nous reconnaitrons dans le Christ , à la lumière de la révélation ; ce ne sera pas notre stricte individualité, nous ressusciterons dans une plénitude d’humanité, dans laquelle,
actuellement, nous ne vivons jamais … L’homme est un être essentiellement ‘ historique ‘… Nous vivons l’histoire du monde, de l’humanité en créant notre propre histoire ; nous récapitulerons
la totalité de notre histoire, ce que nous ne pouvons jamais faire … ! Si ce n’est pas quelques souvenirs, et encore … Suis-je l’enfant que j’étais à 10 ans ? On ne peut sauver que ce
qui meurt. Il faut être mort, en donnant sa vie librement …
Dans quelle mesure un homme est-il capable de liberté, est-il capable d’Amour .. ? Je crois dans, ce qu’on appelle dans le catholicisme, la communion des saints… Ce qui veut dire que l’on peut s’aider mutuellement, même après la mort, à conquérir la plénitude d’humanité qui nous aura manqué dans cette vie. Dans la communion des saints, nous vivons une communion relationnelle plus intense que celle que nous pourrions vivre ici … et nous en aurons conscience .. Nous récupèrerons une individualité relationnelle , tissée de tous les liens que nous avons connectés aux autres … Comme une toile informatique
Le salut : une Humanisation de l’Homme qui se poursuit après la mort… La fin du monde ? A retenir chez Teilhard de Chardin : l’idée de la ‘noosphère’ ou ‘l’hyper-personne’ = un univers spiritualisé dans lequel l’être matériel et corporel se réalise. Nous fabriquons notre corps spirituel à mesure que nous vivons … C’est notre histoire qui ressuscite
Le salut de l’humanité, intégré dans l’immensité de l’univers … ? Cela dépasse l’imagination, et toute pensée constructive… Je résonne dans la Foi, la foi qui n’est pas un savoir… Je réserve la possibilité que tout retombe dans le néant, c’est par la foi que je crois que nous échappons au néant, par ma foi en la résurrection de Jésus, à cet égard, ma foi propose un modèle d’humanité différent pour celui qui y croit et pour celui qui n’y croit pas ; et donc une fin de l’histoire différente…
La rationalité de la foi chrétienne s’exprime beaucoup plus facilement dans l’engagement de vie auquel elle nous conduit … Le seul témoignage de vérité de notre foi, c’est de nous faire agir en vérité.
Le regard sur l’homme : l’homme est capable du pire, surtout si nous l’examinons en grande société… Individuellement, beaucoup d’entre nous sommes capables du meilleur, qui peuvent faillir, mais aussi se relever .. Nous voyons qu’il y a dans l’homme une ressource de changement , de liberté … Nous pouvons espérer dans l’humanité … avec ce conflit en chacun de nous, entre le vieil homme et le nouvel homme… La foi en la résurrection n’est pas un optimiste beat, la foi ne donne par l’orgueil du savoir.. La Vérité de ma foi, c’est d’abord ce qu’elle me fait vivre. Dans la résurrection , je puise l’espérance dans l’humanité, l’Evangile rend capable de vivre autrement … L’espérance n’est pas une certitude …
Voir de J. Moingt : « L’homme qui venait de Dieu »
La fin de la religion ?
En Occident, le christianisme annonce et prépare depuis plusieurs siècles la fin de la religion. Il ne tient qu’à elle ensuite d’être La religion de la fin des
religions… !
Au risque, à mon avis, que
l’occident perde son âme, coupée de l’Esprit…
En effet : les causes du déclin de la religion sont :
- le mysticisme et cette recherche d’une relation directe à Dieu sans passer par le prêtre ( l’histoire de l’Eglise est jalonnée de ce désir spirituel de liberté …
- Ensuite, cette promotion humaniste de la personne prend son essor avec la modernité et la philosophie des lumières…
- Enfin, le chrétien ‘ moderne ‘ veut mettre son christianisme dans la vie, et non pas seulement dans les rites ( qui deviennent ensuite des objets culturels , vidés de leur sens..). Il est souvent amené à rechercher l’esprit originel des Évangiles à la marge de l’institution…
Le danger est qu’un humanisme qui serait
purement naturaliste et rationaliste, ne puisse survivre, faute de sens … Ce courant, légitime et non religieux a des sources chrétiennes et ce sont ces sources chrétiennes qui peuvent
encore sauver notre monde… Actuellement, l’eschatologie est encore très chrétienne, la morale communément partagée est dans son idéal assez évangélique, mais sans ‘ la Foi ‘, la notion de progrès
ne va se traduire que par les données quantifiées d’un bonheur matériel ( beaucoup d’argent, de profits, ..). La personne est essentiellement relationnelle . Cependant, la vision de
l’ultralibéralisme conçoit son progrès : chacun indépendamment de l’autre, voire de l’Etat … Et si s’enrichir revient à appauvrir d’autres gens, la notion de mérite adaptera ce salut
matériel à des raisons individualistes ( travail sur soi essentiellement… ( motivation, désir de vaincre, …) .. ) Le rôle de la religion serait alors de réagir, et de garder le sens de l’infini,
de l’absolu ( lié au sens de l’existence ..), et de l’altruisme ( compassion, souci de l’autre comme membre d’un même corps ( St-Paul…) )
Il serait nécessaire de revenir aux origines du christianisme… Jésus n’a jamais manifesté son désir d’une religion nouvelle, mais il nous a donné des Évangiles, une nouvelle manière de vivre… Il faudrait plus parler de foi que de religion .. ! Dans ce contexte le prosélytisme, n’a pas de sens ; le Royaume de Dieu n’est pas un ‘ temps à venir ‘ auquel il faut se préparer. Le Royaume de Dieu, s’inscrit dans une Parole qui se vit, qui prend racine ici et maintenant, dans l’interaction du personnel et du collectif. Cet idéal d’humanité se fonde sur la création ( toujours active ) de l’humain à l’image de Dieu et sur sa destinée à partager la vie même de Dieu.
L’archétype ‘ Marie-Madeleine ‘
L’archétype correspond à cette image révélée par l’inconscient collectif lorsqu’il s’exprime au travers d’une individualité apaisée et libre ( le ‘nous’ : le psychisme silencieux ) . Cette vision n’est pas une réalité objective, historique…
Une lecture archétypale permet de lire un personnage biblique comme l’image d’une cristallisation d’un état de conscience en devenir… Par exemple : Job, ce peut être moi. Chez Philon d’Alexandrie, c’est ainsi que l’on parle d’Abraham… De la même façon, on peut lire dans les Evangiles les figures de Judas, ou de Pierre ( chez qui le ‘moi’ peut trahir le ‘Soi’, et le meilleur de moi-même ..)…
Marie Madeleine
c’est aussi une image en chacun de nous, qui peut nous éclairer sur notre comportement… Historiquement il s’agit peut-être d’une combinaison de 3 personnes ( on n’est pas sûr de grand chose
) , et au niveau archétypal il s’agit d’une figure qui correspond sans doute à une attente, aujourd’hui…
Jésus est vraiment Dieu et vraiment homme, il n’a pas fait semblant d’être humain… « Tout ce qui n’est pas assumé, n’est pas sauvé » selon l'adage des Pères de l’Eglise. Y aurait-il quelque chose dans notre humanité que Jésus n’aurait pas assumé , et donc qui n’aurait pas été sauvé? De la même façon que Jésus avait une intelligence, un cœur, un corps : que pouvons nous dire de sa sexualité, et de la notre ? …
La vraie question est de se demander quelle serait une sexualité vraiment habitée par l’Esprit Saint, telle qu’a pu la vivre Jésus totalement habité par la dimension divine… ? Pour certains la question ne peut pas se poser… Pourquoi ? Craint-on de reporter sur Le fils de Dieu, une sexualité bancale, une sexualité ‘malheureuse’.. ? ( Celle trop longtemps décrite par l’Eglise )
Accompagné de certains textes ( Evangiles apocryphes de Philippe, de Marie ) nous pouvons
imaginer une sexualité transfigurée, une libido qui
passe par le cœur et un corps habité par une certaine qualité d’Amour, de lumière … Si on transpose cette qualité d’amour imagée par le couple : Jésus et Marie Madeleine… On pourrait
montrer qu’il y a pour l’homme et la femme d’aujourd’hui, une manière de vivre spirituellement sa sexualité… La sexualité ne consiste pas uniquement à faire des enfants, ( sauf bien sûr, si elle
est sale ! ) … C’est peut-être aussi un lieu de communication, de rencontre de la divinité … Dieu créa l’humain : homme et femme… C’est bien leur relation qui est à l’image de Dieu…
L’anthropologie grecque a eu certainement une influence et a contribué à faire du corps le tombeau de l’âme .. ! Ce ne serait donc pas de ce côté là qu’il faudrait rechercher la
Présence ! Or St-Paul dit que le corps est le temple de l’Esprit..
Bien sûr, loin de moi, l'idée de vouloir étayer rationnellement les fantaisies de dan Brown ( ce serait trop facile de se
soustraire à cette réflexion par cet argument..! :-) )
Retraites - Productivité et réduction du temps de travail.
Cette défense à tout prix d’un ordre libéral, semble devenir avec les choix politiques récents ( démantèlement de la fonction publique, de la protection sociale…) un enjeu de civilisation. Loin de quelques mots d’ordre, je tente de réfléchir à cette question, au travers de la réforme des retraites.
Dans le système de « répartition », nos retraites sont payées par le prélèvement des cotisations sociales ( salariales et patronales) . L’ensemble de ces cotisations font partie de la masse salariale.
Cette question semble dépendre de la démographie ( taux de fécondité et , allongement de l’espérance de vie, et le papy-boom ( plus conjoncturel ) ..). ( je vais vite …)
Or, ce qui semble être une évolution malheureuse est en fait, un signe d’évolution positive ..
La proposition libérale consiste à augmenter la durée du travail, et de « ne pas toucher aux cotisations sociales déjà suffisamment élevées » E. Woerth et
L. Parisot. Pourtant, cette possible augmentation permettrait de se pencher sur l’évolution du partage de la richesse produite ( la valeur ajoutée ).
La réalité est que l’équilibre des retraites dépend de trois paramètres, et non d’un seul : le niveau des pensions, le taux de cotisation et le rapport du nombre de cotisants au nombre de retraités. ( (pension moy.)/( salaire moy )=(taux de cotis.)*(nb de cotis.)/(nb de retrait.)
Dans notre pays ( et les autres ) , nous assistons depuis trente ans à une baisse très importante de la part de la masse salariale dans la valeur ajoutée ( 8,8 point de % de la valeur ajoutée ) ( cf : la part des salaires en % de la valeur ajoutée OCDE http://hussonet.free.fr/psalfo.pdf ). Corrélativement la part des profits s’est envolée. Ex : en 1982 les seuls dividendes versés aux actionnaires ( sociétés non financières) représentaient 3% de leur valeur ajoutée brute ( celle qui permet de calculer le PIB ), en 2007, c’est 8%, soit 5 points de plus … !
Explication : le décrochage des salaires par rapport à la productivité du travail, ( facilité par un chômage élevé … ). Donc, sont liés : chômage, stagnation de salaires et enrichissement des actionnaires…
L’augmentation des dividendes depuis 1982 est de 100 milliards ; le déficit prévu pour l’ensemble des régimes de retraite en 2010 est de 32,2 milliards.
Les retraites ne sont-elles pas une affaire de répartition juste de la richesse produite par les salariés ? Le déclenchement de la crise, dont on voit les conséquences sociales, a été produit par ce capitalisme financier ; aussi, ne serait-il pas équitable de faire cotiser les dividendes, et de soumettre à cotisation toutes les formes de rémunérations versées aux salariés ( intéressement, participation, PERP, PERCO ( exonérées..) ) ? Ne serait-il pas équitable de supprimer le plafond de 34.308€ annuels ; en effet, au-dessus pas de cotisation .. ! ?
Notre société aspire enfin, à partager les gains de productivité de travail, c’est à dire à infléchir la répartition de la richesse en faveur de tous les salariés.. La réduction du temps de travail, et donc le refus de l’allongement de la durée de cotisation, est une manière d’y tendre…
Le puits vers la source de notre véritable nature.
Il est souvent utilisé l’image du puits que chaque spiritualité creuse, pour atteindre le fleuve souterrain unique que serait la Vérité. Chacun peut s’imaginer posséder la seule eau qui désaltère… Jésus devant la samaritaine n’oppose pas le temple de Jérusalem à celui du Mont Garizim… Non, Juif, il répond à la question: « Femme, ce n'est ni sur cette montagne, ni à Jérusalem, qu'il faut adorer, mais en esprit et en vérité. »
Lors de cette rencontre, l’eau d’abord demandée au bord du puits s’est chargée de significations successives ( de l’eau pour ne plus venir au puits jusqu’au prophète reconnu et à « Je te donnerai à boire de l’eau qui fait que tu n’auras plus jamais soif », pour désigner la réalité divine qu’est la vie éternelle, et qui n’a de sens que selon la foi.
Elle illustre parfaitement l’affirmation de H. de Lubac, pour lequel « le passage de la lettre à l’esprit est le mouvement même de la metanoia », c’est-à-dire de la conversion.
C'est à cette femme, et non aux apôtres, que Jésus va décrire la véritable religion de l'Esprit! C'est en elle qu'Il va construire et susciter le sanctuaire éternel, le seul Temple de
Dieu, le seul Sanctuaire du Nouveau Testament qui est nous-même, dans notre esprit, dans notre coeur, dans cet échange total de nous-même avec Dieu qui se communique infiniment à nous. ( Zundel
)
Cette liturgie au bord du puits, que me donne Jésus, avec sa parole et les outils nécessaires pour m’abreuver à sa source, n’est pas moins vitale pour moi que ne peut l’être le ‘dharma’ pour un bouddhiste. Et cette constatation n’enlève rien à ma foi en Jésus le Christ, fils de Dieu, mort et ressuscité. Dieu - lui même Trinité -, est au cœur de la relation. Il est là, au cœur de ma liberté et de ma recherche vers ma véritable nature ( … de Bouddha… :-) ).
Critique, croyance et Foi.
La critique religieuse de Jésus, ne porte pas sur une religion. Jésus est tout à fait juif. Sa critique porte sur les ‘croyances’ établies de la religion.
« La croyance ne supporte pas la critique, alors que la foi ne peut que la désirer » Maurice Bellet. La ‘critique’ ( ou le questionnement, ou le paradoxal, ou la libre pensée …) est au cœur de l’Evangile. D’ailleurs Maurice Bellet, situe le théologique en rapport avec la philosophie et la psychanalyse qui n’existeraient pas sans la critique .. !
Ce que la science m’apprend, c’est que la réalité est à la rencontre de plusieurs disciplines : l’astronomie, la biologie, mais aussi les sciences humaines, avec leurs méthodes différentes. De même la Vérité, n’exclut aucune religion même si la pratique de l’une n’inclut pas la démarche d’une autre. L’une peut et doit éclairer l’autre. Cependant, l’homme ou la femme dans ses limites, se doit de bien connaître sa voie, pour s’enrichir d’une autre… au risque d’un syncrétisme que même les méthodes scientifiques rejettent.
Et pourtant, les biologistes ne considèrent pas qu’ils possèdent - à l’exclusion des psychologues, et d’autres disciplines – les seules vraies méthodes ; et ce « relativisme » ne met pas en cause la vérité des découvertes en Biologie … !
Autre point sur lequel, il serait bon de s’interroger quand on propose à quelqu’un d’une autre culture, de se convertir : c’est ce qu’il advient de ce qui, chez cette personne, ne s’est pas directement exprimé et qui pourrait le faire au travers de son inconscient… ? Je pense aux archétypes et au symbolisme qui continuent souvent de s’exprimer dans l’ancienne culture.. ?
Ce que me dit Spinoza :
Comme les premiers chrétiens, Spinoza
fut accusé d’être athée, et rejeté de sa communauté juive d’Amsterdam.
- Spinoza pense que tout ce qui est, est en Dieu. Ainsi, il dénonce la spéculation de ceux qui adressent des prières, des offrandes pour une cause, et qu’ainsi ils bafouent l’Amour divin, qui implique de ne pas « faire effort pour que Dieu [nous] aime à son tour » !
- Que de fois, chez les chrétiens, j’entends non sans mal, l’affirmation de la volonté de Dieu qui s’exprimerait là ou ailleurs… Comme si - et maintenant je cite Spinoza - « à interroger sans relâche sur les causes des évènements, jusqu’à ce que vous vous soyez réfugié dans la volonté de Dieu, cet asile de l’ignorance » ( Ethique : 1677 ). C’est bien dit …
Le désir
Que de mal-entendus, sur « le désir », entre spiritualités même !
S’agirait-il d’abandonner tout désir pour accéder à l’éveil, à la vie éternelle.. ?
Svâmi Prajnânpad invite ses disciples, c’est à dire à ceux qui emprunte la Voie, à ne pas renoncer aux choses agréables ou désagréables, le plaisir comme la peine… Il considérait qu’un ‘humain’ ne pouvait se rendre libre d’un désir qu’en le satisfaisant consciemment et accéder par là, à la connaissance véritable de ce qui est alors en jeu, et au ‘ lâcher-prise ‘ et à la délivrance…
C’est ainsi, que j’ai quelques doutes sur la réalisation d’un esprit ‘chaste’ chez quelques hommes qui ont choisi le célibat religieux, sans expérience conjugale. Je doute parfois de quelque enseignements traitant de la conjugalité quand ils viennent d’eux. Je redoute leur comparaison de l’amour conjugal et de l’Amour entre l’Eglise et Dieu, craignant derrière - je ne sais quel fantasme d’une nuptialité éternelle ou idéale, qui n’est point humaine .. !
A mon avis, l’ordination d’hommes ( et de femmes ) mariés, libéreraient le christianisme d’une théologie de l’amour – si peu incarnée- qui joue sur les mots, et confond nuptialité et conjugalité.
La non-dualité
La
non-dualité (*): La ‘connaissance’ culmine quand on accepte qu’il n’y a pas dualité mais unité.
Svâmi Prajnânpad enseigne : « Vous êtes la dualité ici et maintenant. Voyez cette dualité, connaissez cette dualité, accomplissez cette dualité et laissez cette dualité dépérir. »
Ce que la dualité me dit, à moi catholique, c’est qu’au travers du message de Jésus, je retrouve cette compréhension d’un état au-delà du « j’aime ou je n’aime pas », du « bon ou mauvais », du « pur ou de l’impur » , de « la maladie ou de la bonne santé »… Cet au-delà de ma demande, de ma prière, de ma plainte … Au risque du mal-entendu… !
« Justice et Droit sont l’assise de son trône » ( Ps. 96, 2). Et, « Dieu n’a pas envoyé le Fils dans le monde pour juger le monde , mais pour que le monde soit sauvé » ( Jean 3, 17). Non.. pas de contradiction ; mais « en la bonne nouvelle, la justice de Dieu se révèle » ( Rom. 1, 17). Le non-jugement, la non-dualité, sont les attributs de Royaume…
(*) Dans le cadre de la tradition religieuse indienne la plus ancienne : l’Advaita Vedânta, Svâmi Prajnânpad, est un sage accompli. Il mène une vie simple et frugale… Son rayonnement a touché Arnaud Desjardin, André Comte-Sponville…