graal
La rencontre avec E. Quinet – le Graal et le mythe.
Charles-Louis de Chateauneuf reçoit comme un immense privilège l'attachement du professeur Edgar Quinet (1803-1875) à son égard...
Beaucoup de choses les rapprochent : le goût pour le Moyen-âge, pour les philosophes allemands et pour Madame de Staël... E. Quinet est franc-maçon. Loin d'être athée ; s'il est anti-clérical, il reste attaché à la foi chrétienne... On lui reproche d'ailleurs, à lui, et à beaucoup de maçons, un certain ''illuminisme'' ( nous sommes encore au milieu du XIXe siècle...)
Nous reviendrons plus tard sur ''la religion d'Edgar Quinet'' ...
Pour l'heure, Charles-Louis, parle à l'historien; pour lui faire état du parcours des ses aïeux : Roger Laron, J.- L.de la Bermondie... etc … et lui explique sa quête autour du Graal, et des templiers...
Edgar Quinet, connaît bien Heidelberg, c'est au cours d'un de ses séjours, qu'il a rencontré son épouse Minna... Minna qui tente de décrire à Charles-Louis, les paysages qui entourent Ansbach, et tout à côté Eschenbach... Malheureusement, elle ne peux rien dire du château de Montsalvage, cité par Wolfram von Eschenbach, dans son Parsival... Edgar et Minna sont beaucoup plus prolixes sur le beau château de Heildelberg...
Le couple Quinet, écoute avec beaucoup de plaisir, les explications sur la signification, pour Charles-Louis de ce que peut signifier cette Quête : « La recherche du 'Graal', c'est la recherche de la 'Présence' du Christ... » explique le jeune homme...
De même que le Graal peut se matérialiser par une Coupe, ou par une Pierre; la Présence se comprend et se représente selon diverses formes...

Parler de Présence de Jésus, alors que - personnage historique - il est mort ; c'est exprimer par la foi : qu'il est ''vivant''... Aussi, sa Présence est bien autant mystérieuse que cette du Graal ; à la différence près que la ''relique'' que représente la Coupe n'est qu'un objet ; on ne prie pas le Graal … !
Également, ''la Parole'', contenue dans la Bible, et en particulier les Quatre Evangiles, ne se modifient pas ; pourtant, la Quête du Graal, bien qu'utilisée sous les mêmes mots, est bien différente selon les époques ( comme nous l'observons ici sur ce site depuis l'époque médiévale, jusqu'à aujourd'hui), selon les cultures, et même selon les personnes....
Le Mythe est le seul mode adéquat de la connaissance religieuse.
En ce XIXe siècle, il faut rendre compte de la réflexion de nombreux théologiens allemands :
Wilheim Martin Leberecht de Wette (1780-1849), professeur à Berlin, puis à Bâle... Elève en sa jeunesse de Jakob Friedrich Fries (1773-1843), professeur à Heidelberg, libre philosophe kantien, de Wette avait beaucoup réfléchi au rôle de symbole dans la connaissance religieuse. Comme il n'est pas possible au croyant de parvenir à une connaissance de Dieu déterminée, en usant des concepts dogmatiques, inadéquats à la réalité de l 'Absolu, comme le pur sentiment l'abîme dans une sorte de vénération aveugle, seule l'organisation des symboles par le récit mythique lui permet une entrée en communication avec l'Infini.
(...)
Le mythe est « le libre jeu de l'Esprit » et que, originairement ( le mot est important) il n'est objet ni de foi ni de vénération.
La foi crée et se nourrit de mythes et de récits qui expriment comment l'humain se tient devant son Dieu, mais qui n'ont ni visée historique ni prétention dogmatique.
(…)

Si le temps des mythes est par excellence celui d'une littérature collective et orale, quoi d'étonnant à ce que la Bible ait partagé le sort commun ?
David Strauss( 1808-1874) , élève à Tübingen de Ferdinand Christian Baur, devient répétiteur au séminaire protestant de la ville, mais doit abandonner son poste après la publication du Das Leben Jesu ( la Vie de Jésus) … ( traduit en français par Émile Littré entre 1839 (tome 1) et 1853 (tome 2). ) - Ce livre a scandalisé son époque en montrant un Jésus historique et non divin et par sa vision des évangiles comme récit inconscient des premières communautés chrétiennes.
L'histoire évangélique semble fondre sous la plume de Strauss. Après tous ces déblaiements, il n'est guère possible de voir dans la Bible un autre paysage qu'un « champ de ruines », selon l'expression de Quinet...

Purger tout récit des interventions divines, miracles... c'est monter qu'on ne prend pas ces textes au sérieux, avec leur poids de foi. Le Mythe souffre de dédain dans la pensée occidentale... Heyne, Schelling et leurs disciples allemands y virent au contraire la porte d'entrée dans les cultures du passé ; mieux, le chemin d’accès à une réalité que seuls les poètes et les ''croyants'' connaissent. En admettant la dimension mythique de la Bible, les théologiens allemands mirent en meilleur jour la dimension symbolique de toute connaissance religieuse.
Les bouillonnements culturels qui se produisent outre-Rhin intriguent les français. Victor Cousin (1792-1867) décide d'aller sur place, entreprend plusieurs voyages en Allemagne de 1817 à 1824, rencontre Schleiermacher, Goethe, Creuzer et surtout Hegel, avec qui il se lie durablement. Dans ce courant de sympathie pour la culture allemande, il entraîne bientôt Michelet, puis Edgar Quinet.
Ce denier surtout fait de très longs séjours en Allemagne où il réside de décembre 1826 à 1838. Il épouse Minna la fille d'une pasteur du Palatinat. En 1827, il fait paraître la traduction de l'ouvrage de Herder : Idées sur la philosophie de l'Histoire de l'humanité (1784-1791).
(...)
Cousin et le courant spiritualiste dont il est le chef de file sont soucieux à la fois de garder à la religion son rôle dans la société et de ne pas redonner au catholicisme la situation qu'il occupait sous l'Ancien Régime. Ils le souhaitent plus ouvert et déplorent l'inertie de la théologie française devant les innovations allemandes. Le grief devient public grâce aux articles publiés par Quinet dans la Revue des deux mondes en 1838 et 1842.
Sources : La Bible en France: Entre mythe et critique, XVIe-XIXe siècle, de François Laplanche (1928-2009) : historien français, spécialiste de la pensée religieuse en France.
Lohengrin – le chevalier au Cygne:

À la fin du Moyen Âge, la légende du Chevalier au Cygne jouit d’un grand succès en langue française et connaît une extraordinaire diffusion dans la littérature germanique, qui, dès le XIIe siècle, l’associe à celle du Graal, avec l’établissement d’un lien de filiation direct entre Lohengrin et Perceval...
Pour Eschenbach, Lohengrin, en tant que fils de Parsifal, est prédestiné à la vie de chevalier du Graal.
On connait la légende du chevalier au cygne, avec Geoffroy d'Auxerre ( 1187)
« Dans le diocèse de Cologne, se dresse au-dessus du Rhin un palais immense et fameux que l’on nomme Nimègue. C'est là que jadis, à ce que l'on dit, en présence de nombreux princes et de l'empereur, on vit aborder sur la rive une petite barque qu’un cygne tirait par une chaîne d’argent passée à son cou : tous les spectateurs se dressèrent, stupéfaits devant ce prodige. Alors un tout jeune chevalier, inconnu de tous, sauta de la barque ; et le cygne, comme il était venu, repartit en tirant la barque par sa chaîne.

Le chevalier se révéla preux au combat, de bon conseil, heureux en affaires, fidèle à ses maîtres, redoutable pour ses ennemis, plein d’amabilité pour ses compagnons et de charme pour ses amis ; il épousa une femme de noble naissance, dont la dot lui apporta la richesse et la parenté, la puissance. Enfin, après la naissance d’enfants, bien plus tard, alors qu’il se trouvait dans le même palais, il vit de loin son cygne qui revenait de la même manière, avec la barque et la chaîne. Sans attendre, il se leva précipitamment, monta dans le navire et ne reparut plus jamais. Mais de ses enfants sont nés bien des nobles et son lignage a survécu et s’est développé jusqu’à nos jours. » ( Wiki)
Une autre version, qui se rattache aux miracles du Graal; raconte que celui-ci protège Elsa, fille du roi du Brabant: jeune et riche orpheline...
Lohengrin, alors qu'il vit au Château du Graal, entend qu'un tournoi se prépare en Flandres.. Le chevalier Telramund, tuteur de la princesse Elsa von Brabant, soutient ( à tort) que la jeune fille – par promesse devant le roi mourant - se devait de l'épouser, et exige qu'elle tienne sa promesse. La belle héritière nie cette version, et demande que justice lui soit rendue... L'empereur d'Allemagne, devant qui la question est posée, décrète que Telramund affronterait en duel le champion qu'Elsa voudrait bien choisir... Mais Telramund est craint, et nul chevalier n'ose se mesurer à lui...

Seul le ''Chevalier au cygne'', ainsi nommé, car il est apparu sur la rivière Scheldt assis dans une nacelle tirée par un cygne uniformément blanc, relève le défi du tuteur d'Elsa et le terrasse...
Elsa épouse son sauveur, qui lui fait jurer de ne jamais chercher à connaître ses origines ni lui demander son nom. Elsa promet, mais elle souffre de ce secret qui la sépare de son époux et fait de lui un étranger. Un soir, dans la tendresse des draps, elle ne peut s'empécher de l'interroger à ce sujet, arguant du fait de la vérité due à leurs deux enfants, elle ne pourrait pas refuser éternellement de leur réveler le nom et l'origine de leur père.

Alors, dans un grand soupir, le Chevalier au Cygne, l'emmene près de la rivière tout en lui disant:
- Mon nom est Lohengrin. Je suis l'un des chevaliers elfiques du château de Montsalvat, où est conservé le Saint-Graal.
A ce moment, le cygne à la nacelle fait à nouveau son apparition. Lohengrin grimpe dans la fragile embarcation et repart seul vers le château du Graal.
Cette version, est racontée, par des peintures murales dans le château de Neuschwanstein, construit selon les désirs de Louis II de Bavière, qui s'identifiait à Lohengrin...

La famille de Clèves, après l’extinction du lignage de Boulogne-Bouillon, s’est appropriée le Chevalier au Cygne comme ancêtre et rêvait de reprendre le flambeau de la croisade, pour donner à la chrétienté un nouveau Godefroy
Le duc de Clèves, le père de Marie de Clèves, s’était engagé à partir pour la croisade au fameux banquet du Faisan de Lille en 1454, avec Philippe le Bon, duc de Bourgogne. Selon Olivier de la Marche, la journée avait commencé par une joute, et la promesse au vainqueur d'un riche cygne d’or...
Pour ce qui est du lien entre le chevalier au cygne, et le Graal; - en plus de celui d'Eschenbach - on peut noter un roman d'aventures en vers, écrit entre 1270 et 1280, nommé ''Sone de Nansay'' rédigé à l'instigation d'Adélaïde de Bourgogne. Le roman contient nombre d'allusions à des situations réelles et des personnages connus liés la cour du duché de Brabant. L'ouvrage servira à ce titre à l'éducation de Jean Ier, second fils d'Adélaïde. L'auteur, célèbre son héros, chevalier au cygne, comme le fils spirituel de Joseph d’Arimathie et en lui accordant le privilège d’une visite au château du Graal, qu’il imagine en Norvège.
L'Histoire de Parzival de Wolfram von Eschenbach – 7/, - Rudolf Steiner

En France, nous situons la légende du Graal, principalement sur l'autorité de Chrétien de Troyes, puis de Robert de Boron, et ses continuateurs... Les pays anglo-saxons, s'appuient davantage sur la version de Thomas Malory (vers 1470)... Peu - en France - semblent s'intéresser réellement au Parzival de Wolfram von Eschenbach... Il serait temps, je pense, de corriger ce point de vue...
Et, si nous privilégions cette dernière version … ?
Quelques suisses et allemands, bien sûr, ont préparé cette voie. Depuis Wagner, et je pense en particulier à Rudolf Steiner (1861-1925), et ses continuateurs …
Je tiens à exprimer, avant de continuer, ma répulsion devant certaines théories raciales - qui avaient cours parmi nos meilleurs scientifiques de la fin du XIXe siècle ! ( Je pense à Camille Flammarion, que je suis en train de lire …) - et qui aujourd'hui sont totalement rejetées... Steiner n'y a pas échappé ! A nous de trier, en totale connaissance et raison … Malheureusement, en Allemagne - précisément du fait de l'intérêt au XIXe siècle pour le Parzival - la légende du Graal a pu et peut encore supporter une idéologie effrayante … ! A nous d'être vigilant …
Rudolf Steiner est né en 1861, dans l'Empire d'Autriche , exactement aujourd'hui, en Croatie... Journaliste, conférencier, il fonde l'anthroposophie...

L’œuvre de Richard Wagner ( 1813-1883), l'interroge. Je cite R. Steiner « C'était le jour du Vendredi saint 1857, dans la villa Wesendonk au bord du lac de Zurich. Il regardait au dehors la nature qui germait, bourgeonnait, fleurissait. Et à cet instant, le lien entre la nature bourgeonnante et la mort du Christ sur la croix lui apparut avec évidence. C'est ce lien qui constitue le mystère du Saint Graal. À partir de ce moment-là, l'idée d'adresser au monde, sous une forme musicale, le message du mystère du Saint Graal, s'empara de lui. »
Rudolf Steiner, imagine – à la lecture du Parzival - une communauté d'hommes et de femmes, réceptrice de ce message : des Templiers, des ''Chevaliers du Graal '' ( Lohengrin..) ; et il la différencie d'une autre communauté légendaire ( anglo-saxonne) : les chevaliers de la Table Ronde...

Par exemple : Richard Wagner voyait entre le soleil et les fleurs des échanges d'énergie, des échanges entre règne divin et végétal... Le calice de la plante est le Graal ; le rayon solaire est la Lance ( sanglante)... Le sang, c'est la Connaissance ; et l'importance de la lignée ( les liens du sang)
Cette Connaissance, c'est ce qui peut être donné aux hommes sous forme de sang coulant du calice, qui s'ouvre d'en haut ...
Gauvain, parfait chevalier de la Table Ronde, neveu d'Arthur, représente l'homme face aux affaires de ce monde... Parzival, accède à l'autre communauté des chevaliers du Graal... La coupe sacrée portant le sang divin fut apportée en Europe, aux chevaliers du Graal de Montsalvage.

Wagner dit reconnaître dans le sang du Christ : « la quintessence de la souffrance consciemment désirée, qui se déverse en tant que compassion divine dans tout le genre humain, source originelle de ce dernier. » Steiner voit en Wagner quelqu'un qui « s'est approché plus qu'aucun autre du mystère originel. C'est précisément l'énergie qu'il mit dans cette démarche qui fait de lui un grand artiste. On ne doit pas le considérer comme un musicien ordinaire, mais comme un profond connaisseur des profonds secrets du Saint-Graal auxquels, pour l'humanité moderne il voulait rendre vie. »
Pour Steiner, les ''chevaliers du Graal'' sont les chevaliers du Verbe ; et les chevaliers du roi Arthur : les chevaliers du glaive.
« L’épée du Graal, se brise quand elle vieillit. Il faut alors la rapporter à la source ce dont il ne reste que des fragments transmis par la tradition. Le passé doit être rajeuni à la source de vie. C’est là, à la source de l’esprit que l’épée du Graal se reconstitue. » R Steiner
« Si les scènes du Parzival apparaissent toujours deux fois, c’est parce que d’abord, on y revit le passé. On s’aperçoit alors qu’il est stérile. Ensuite, se produit une rénovation, les faits sont rénovés à la source de l’Esprit et deviennent alors féconds. D’ailleurs, toutes les scènes du Graal ont un double sens, historique d’une part et universellement humain d’autre part. L’être humain, par exemple, doit toujours retourner à la source, comme Parzival, qui reste en liaison avec la source de l’esprit en envoyant constamment les chevaliers qu’il a vaincu à la femme qui veille sur la source. » R Steiner.
Klingsor représente les ''anciens mystères'' profanés... Kundry comme Hérodiade, est le symbole de la force de création de la nature, qui chaste ou impudique, est ''sans rênes'' … Le pur et l'impur ont en commun une réalité sous-jacente, le désir... Kundry est une magicienne noire, jusqu'à ce que Parzival la délivre : les deux possède une sagesse …
Steiner, pense que si au Moyen-âge, on pouvait comprendre le sens du texte d'Eschenbach ; aujourd'hui c'est la musique de Wagner, qui transmet le message : « Ses mélodies portent les vibrations nécessaires à la purification du corps éthérique de l'homme aspirant à recevoir le mystère du Saint Graal. »
Ensuite, ce qui est curieux, c'est l'intérêt géographique porté aux indications géographiques de Wolfram pour identifier les lieux de l'action ; et qui va permettre à Steiner de choisir le lieu de construction du ''Goetheanum''...
Le Goetheanum est le siège de la Société anthroposophique universelle... Ont lieu des concerts et des spectacles d'eurythmie. En outre, plusieurs congrès s'y tiennent chaque année.
Ce lieu conçut par Steiner correspondrait à la localisation de l’ermitage de Sigune au pied de l’emplacement du ''château du Graal'' … !

Dans Willehalm et dans Parzifal, Wolfram von Eschenbach dit ne rien inventer...
Cependant, le style, le vocabulaire de Parzival, mettent en avant de nombreux artifices de langage et de style pour captiver son auditoire... On note de nombreux éléments merveilleux : heaume de diamant de Gamuret, château des reines dans lequel on retrouve vivante la mère d’Arthur, armure de Feirefils forgée par les salamandres, etc…
Le personnage de Gauvain, prend son intérêt dans cette histoire, du fait qu'il est le double de Parzival... Sinon, historiquement, sa quête ne fait pas avancer le récit … le roi Arthur, lui-même est un personnage secondaire …
Il semble que Wolfram se soit basé sur des lieux réels qu’il connaît pour camper le décor de son histoire avec une grande cohérence spatiale... ( nous en reparlerons...)
Plus intéressant, c'est que déjà , dans Willehalm de Wolfram von Eschenbach, est établi le lien entre le Christianisme, les Mystères et la science Alchimique des Arabes. Ce lien s’effectue grâce à Arabel/Gybourc, la femme de Guillaume, une femme arabe d’une grande culture...
L'Histoire de Parzival de Wolfram von Eschenbach – 6/,- Parzival, Roi du Graal.
(Livre XIV) – Perceval et Gauvain – Gauvain engage le combat avec le chevalier inconnu qu'il vient de rencontrer. Cependant les messagers d'Arthur arrivent au camp de Gramoflant et invitent ce dernier à se rendre à Joflanze. A leur retour, ils aperçoivent Gauvain, qui échange avec son adversaire de furieux coups d'épée et semble sur le point de succomber. Ils poussent des cris, prononcent le nom de Gauvain. Aussitôt le chevalier inconnu cesse de combattre et se fait connaître : c'est Perceval. Sur ces entrefaites arrive Gramoflant, qui, voyant l'épuisement de Gauvain, remet au lendemain le combat qui devait avoir lieu ce jour là. Perceval accompagne Gauvain vers les tentes d'Arthur. Il est accueilli avec joie et reprend sa place parmi le chevaliers de la Table Ronde. Il supplie Gauvain de le laisser combattre Gramoflant qui, de son côté, était venu seul en reconnaissance. Les deux chevaliers foncent l'un sur l'autre, et Gramoflant est forcé de reconnaître la supériorité de Perceval. C'est lui qui, cette fois, est à bout de forces quand arrive Gauvain, et il lui faut consentir à un nouvel ajournement.
Arthur profite de ce répit pour essayer de régler à l’amiable le différend qui oppose le frère et le fiancé d'Itonié. Il y réussit à la suite d'habiles négociations. Gramoflant devient alors l'époux d'Itonié. Arthur unit en outre la seconde sœur de Gauvain avec Lischoix, et Sangive avec Florant. Orgueluse fait savoir à tous les prétendants qui l'avaient suivie que l'époux de son choix est Gauvain. La joie est générale. Seul, Perceval demeure triste en songeant à son épouse Condwiramour, dont il est séparé depuis si longtemps.
A l'aube, il revêt son harnois et s'en va au hasard, loin de tous.
( Livre XV) – Parzival et Feirefils – Parzival rencontre sur sa route un chevalier païen qui,venant d'Orient, a naguère abordé dans les environs, avec une flotte immense. Les deux chevaliers engagent le combat. Pour la première fois, chacun se trouve devant un adversaire qu'il ne peut vaincre. Mais, au cours du combat, l'épée de Parzival se brise. Le païen ne veut pas frappé un ennemi désarmé. Il cesse de combattre et prie Parzival de lui faire connaître son nom ; il dit lui-même qui il est : il s'appelle Feirefils l'Angevin ; il est fils de Gamuret et de Belacâne. Les deux héros sont donc frères. Parzival conte à Feirefis, qui ne le savait pas encore, la mort de Gamuret.
Puis les deux frères se rendent ensemble au camp d'Arthur. Ils sont d'abord reçus par Gauvain. Arthur, accompagné de toute sa cour, vient ensuite les saluer. Le lendemain, le roi donne une grande fête en l'honneur de Feirefis et de Parzival. Au cours du festin apparaît Kundrie la sorcière ; elle vient de Montsalvage, en messagère, pour annoncer que le ciel lui-même a désigné Parzival comme roi du Graal. Accompagné du seul Feirefis et guidé par Kundrie, Parzival se met en route vers Montsalvage.
(Livre XVI) – Parzival, Roi du Graal.- A Montsalvage, Anfortas, dont les souffrances sont plus vives que jamais, supplie les Templiers de le laisser mourir. Il adresse la même prière à Parzival, quand celui-ci se présente au château. Mais Parzival, après avoir prié, pose à Anfortas la question si longtemps différée : il lui demande quel est son mal. Anfortas recouvre aussitôt la santé. Mais il a cessé d'être roi du Graal : cette dignité appartient maintenant à Parzival.

Cependant on annonce que Condwiramour s'est mise ne route pour rejoindre son époux et qu'elle est arrivée sur les bords du Plimizel. Parzival se rend au devant d'elle avec une troupe de chevaliers. Aprsè avoir été saluer, en passant, l'ermite Trévrizent, il arrive au petit matin dans la plaine où sont dressées les te,tes de Condwiramour et des guerriers qui l’accompagnent.
Il retrouve son épouse, qu'il avait quittée depuis cinq ans, et voit pour la première fois ses deux fils, Kardeis et Loherangrin.

Le premier, désigné pour devenir roi de galles et d'Anjou, repart avec les chevaliers qui l'avaient escorté jusqu'au Plimizel. Parzival prend, avec Condwiramour et Loherangrin, le chemin de Montsalvage. Une grande fête réunit au château tous les chevaliers autour du roi Parzival et de la reine Condwiramour.
Repanse de joie, accompagnée comme à l'accoutumée de vingt-quatre autres demoiselles, apporte le Graal dans la grande salle des fêtes. Mais le Graal demeure invisible à Feirefis, qui est païen.
Transporté par la beauté de Repanse de Joie, Feirefis exprime le désir de l'épouser et se déclare prêt à devenir chrétien. Son souhait est exaucé le lendemain, après qu'il a reçu solennellement le baptême. Au bout de douze jours, il repart avec son épouse pour l'Inde ; il aura d'elle plus tard un fils qui sera le Prêtre Jean.
Des années s'écoulent et Loherangrin devient un chevalier accompli. Un jour, sur l'ordre du Graal, il part pour le Brabant, afin de venir en aide à al duchesse, menacée par ses vassaux. Il s'offre à devenir son époux, à la condition qu'elle ne cherche jamais à savoir qui il est. Elle accepte et, pendant de longues années, les deux époux vivent heureux ; Loherangrin rétablit l'ordre dans le duché de Brabant. Mais, un jour, la duchesse ne peut s'empêcher de lui poser la question défendue. Il l'abandonne alors et retourne à Montsalvage.
Wolfram termine son poème par quelques réflexions sur les modèles qu'il a suivis et sur lui-même.
L'Histoire de Parzival de Wolfram von Eschenbach – 4/,- Parzival et l'Ermite
Pendant que l'on racontait les aventures de Gauvain, quatre années se sont passées... Fondamentalement, dans son attitude, Parzival n'a pas changé... Selon lui, Dieu avait le devoir de l'aider lors du moment décisif, dans le château du Graal et, comme il ne l'a pas fait, Parzival continue à lui en vouloir; pourtant, il reste fixer dans sa recherche solitaire du Graal.
(Livre IX ) - Après diverses aventures, aidé de son épée remise par Anfortas ; le héros est arrivé dans une forêt ; il y rencontre sa cousine Sigune, qui vit en recluse dans une cellule, avec le cercueil de l'homme qu'elle aimait... Elle le reconnaît, lui demande des nouvelles du Graal. Il confesse qu'il n'a pu le retrouver. Elle lui conseille de suivre les traces de Kundrie, la sorcière, qui, peu de temps auparavant, est venue de Montsalvage lui apporter de la nourriture, comme elle le fait chaque semaine. Parzival repart en hâte, mais s'égare...

Il rencontre un chevalier du Graal, qui veut lui barrer le chemin ; il le désarçonne et s'empare de son cheval. Un peu plus tard, il croise une troupe de pénitents ; le chevalier qui marche en tête lui reproche avec douceur de n'avoir pas déposé ses armes en un jour aussi auguste ; nous sommes le Vendredi Saint !
Il lui conseille d'aller trouver un ermite qui réside dans le voisinage. Perceval, qui depuis des années avait cessé de croire à la justice de Dieu, se décide à tenter une expérience nouvelle : il s'en remet à Dieu du soin de conduire son cheval et laisse à ce dernier la bride sur le cou ; le cheval le mène tout droit à la retraite de l'ermite Trévrizent.
Perceval trouve auprès de lui un accueil simple, mais amical. L'ermite lui remontre longuement ses torts ; il l'assure que l'aide de Dieu ne fait jamais défaut à ceux qui s'abandonnent entièrement à lui. En apprenant que Parzival poursuit la Quête du Graal , il cherche à le détourner de son dessein : seuls les hommes désignés par le ciel lui-même peuvent pénétrer au château du Graal. Trévrizent révèle à Parzival l'origine du Graal, le caractère sacré de la troupe qui le garde, et lui conte les infortunes d'Anfortas, qui a jadis transgressé les règles de l'ordre auquel il appartenait ; seul, un inconnu a pu jusqu'à ce jour arriver au château, sans avoir été désigné à l'avance.
Au cours de l'entretien Parzival finit par dire son nom et conte quelques-unes de ses aventures. Trévrizent reconnaît en lui son neveu, lui fait connaître l'histoire de sa famille, et achève l'histoire d'Anfortas : le chevalier inconnu qui est arrivé un jour jusqu'à Montsalvage aurait pu délivrer de ses souffrances le roi du Graal, s'il l'avait interrogé sur la cause de ses maux ; malheureusement il n'a posé aucune question.

Après avoir partagé le frugal repas de Trévrizent, Parzival lui avoue qu'il est ce chevalier négligent. Trévrizent le console, l'engage à ne point désespérer de la bonté de Dieu ; il le garde encore quinze jours près de lui et, avant de la laisser repartir, l'absout de ses péchés.
L'Histoire de Parzival de Wolfram von Eschenbach – 2/,-
Parzival au Gralsburg ( Château du Graal) - Livre V -
Parzival a quitté son épouse Condwiramour... Le motif de cette douloureuse séparation est la quête de sa mère ; et cela veut aussi bien dire la quête de sa propre mission qui est de découvrir le Graal.
Parzival arrive le soir au bord d'un lac perdu dans une forêt. Il aperçoit deux pêcheurs dans une barque et leur demande s'il est quelque demeure, aux environs, où il puisse passer la nuit. L'un des pêcheurs lui indique le chemin d'un château proche en Terre de Salvaesche; il annonce à Parzival qu'il sera lui-même son hôte en ce château. A son arrivée, Parzival est reçu avec honneurs ; on lui ôte son harnois ; on lui prête un manteau de soie ; puis on le conduit dans une vaste salle, où sont assemblés quatre cent chevaliers, tous tristes...
Parzival retrouve là celui qu'il avait pris pour un pêcheur : c'est Anfortas, roi du pays environnant et oncle de Parzival ( Anfortas est le fils du défunt roi Frimutel et le frère de Herzeloyde)... Anfortas qui souffre d'une maladie mystérieuse *, est à demi étendu sur un lit de sangle, devant un grand feu, dans le vaste salle du château. Parzival prend place à son côté.
* Anfortas est incapable de marcher, de monter à cheval, de s'étendre, de se tenir debout, il ne peut que s'adosser à un appui. Par la pêche, il trouve un peu de à son infortune. Le roi du Graal subit le châtiment d’un amour interdit, sous la forme d’une blessure aux parties génitales infligée par un coup de lance.

Parzival assiste alors à un spectacle surprenant : un page entre avec une lance dont la pointe laisse tomber des gouttes de sang, fait le tour de la salle - des lamentations générales la suivent - puis disparaît. Viennent ensuite, en un cortège magnifique, vingt-cinq jeunes filles, qui tiennent en main des lumières, des pieds de table en ivoire, une table taillée dans une pierre précieuse et des couteaux d'argent; la reine Repanse de Schoye porte le Graal, qu'elle dépose devant le roi Anfortas
<- Parsifal avec Amfortas dans le Château du Graal. Peinture murale dans la Salle des Chanteurs, August Spiess, 1883 château de Neuschwanstein
Le Graal est une pierre précieuse, dispensatrice de vie ; il fournit aux assistants tout ce qu'ils souhaitent : mets et boissons ; et offre la vie éternelle ...
Le Graal est le but le plus élevé des désirs terrestres et le symbole du salut entre le ciel et la terre. Aucun humain n'a encore vécu - assez pur et noble - pour être digne d'être le Gardien du Graal.
Parzival admire toutes ces merveilles, mais, se souvenant des préceptes de Gornemant, s'abstient par discrétion, de poser aucune question. Il n'interroge pas même le roi, quand ce dernier lui fait cadeau d'une épée. Arès le festin, on le conduit dans une chambre où il s'endort d'un sommeil inquiet et troublé : un rêve pénible lui donne à penser que des épreuves cruelles l'attendent dans la vie.
Le lendemain, au réveil, il trouve le château désert. Il se met en selle ; au moment où il franchit le pont-levis, un écuyer invisible l'invective et lui reproche de ne pas avoir posé de questions. Parzival, poursuivant son chemin dans la forêt, rencontre sa cousine Sigune échevelée qui pleure toujours son prince mort - elle embrasse son cadavre embaumé!. Elle lui révèle qu'il vient de passer la nuit au château de Montsalvage ( Munsalvaesche).. Ce château ne peut pas être trouvé intentionnellement, seul le hasard offre cette opportunité à ceux qui sont dignes du Graal... L'épée que lui a donnée Anfortas, est une épée magique fabriquée par le célèbre forgeron Trebuchet.
Quand il est forcé d'avouer à Sigune qu'il n'a même pas été capable de dire une simple parole de consolation, elle le maudit ... Il la quitte alors. Il rejoint bientôt la duchesse Jeschoute ( Jeschute) , épouse du duc Orilus, qui l'a condamnée à mener une vie humiliante et dure, parce qu'il croit qu'elle a, un an plus tôt, accordé son amour à Parzival... Ce dernier combat contre Orilus, le vainc, jure solennellement que la duchesse est innocente, qu'il n'a jamais eu de relations avec elle, et réconcilie les deux époux. Sur son ordre, Orilus doit aller à la cour d'Arthur, pour faire savoir à Cunneware qu'elle sera vengée de l'affront que lui a jadis fait le sénéchal Ké...
( Livre VI) Arthur s'est mis en route avec toute sa cour, pour rechercher Perceval, qu'il voudrait voir de joindre à la troupe des Chevaliers de la Table Ronde. Il a fait promettre à tous ceux qui l'accompagnent de ne jamais prendre part à un combat singulier sans en avoir reçu de lui la permission. Précisément Parzival se trouve justement dans la même région qu'Arthur.

Une couche de neige recouvre le sol. Près de lui un faucon poursuit une oie sauvage : quelques gouttes de sang tombent sur la neige, près de Parzival. Le blanc et le rouge le font songer à son épouse, Condwiramour ; il est si profondément plongé dans ses pensées qu'il est hors d'état de prêter attention à ce qui l'entoure.

Or un page, venu du camp d'Arthur, l'aperçoit et, croyant voir en lui un ennemi, va jeter l'alarme au camp. Segramor obtient d'Arthur la permission d'aller combattre l'étranger. Bien qu'à peine sorti de son état hypnotique, Perceval le désarçonne. Alors le sénéchal Ké vient à son tour le provoquer ; dans une sorte d'état de somnambulisme, Parzival jette à terre Ké, qui se casse un bras et une jambe. Gauvain enfin vient trouver le chevalier étranger et, ayant deviné la raison de son attitude singulière, cache sous un tissu les gouttes de sang répandues dans la neige. Parzival revient alors à lui. Il apprend de la bouche de Gauvain qu'il a vengé, sans le savoir, l'affront jadis fait à Cunneware. Il se rend avec Gauvain à la cour d'Arthur, où on lui fait un magnifique accueil et où l'on donne une fête en son honneur. Toute l'assemblée se réjouit.
Parzival est accueilli à la Table Ronde avec tous les honneurs de la cour ; il est ainsi monté jusqu'au sommet de la hiérarchie des chevaliers. La Table Ronde se réunit pour le repas pris en commun ; il semble que là toutes les oppositions, toutes les fautes, toutes les rivalités internes sont pardonnées et effacées.
C'est justement à ce moment, où se manifeste la splendeur et la sûreté de soi de la société noble la plus typique, que se présentent deux personnages qui détruisent totalement cette atmosphère de gaîté, en proférant malédictions et reproches amers contre l'honneur chevaleresque de Gauvain et de Parzival, ce qui met fin immédiatement à la fête...
En effet, on voit soudain apparaître Kundrie ( Cundry) la sorcière, qui maudit Parzifal, parce qu'il a négligé, lors de son séjour au Château du Graal, de poser la question qui eût délivré Anfortas. Elle invite d'autre part les chevaliers présents à tenter une belle aventure : quatre cents dames sont prisonnières au Château de la Merveille ; ceux qui les délivreront pourront compter sur la reconnaissance des prisonnières.
Kundrie possède une apparence repoussante ( nez à fome de chien, dents qui dépassent de la bouche, oreilles d'ours, mains à la peau de singe, ongles sales comme des griffes...) ; même son frère Malcreature est répugnant à l’extérieur... La raison de cette apparence laide est une "inconduite lointaine" qui remonte à Adam. Ses filles avaient été mis en garde de ne pas prendre certaines herbes pendant la grossesse, elles ont ignoré ses conseils, de sorte que des enfants déformés sont nés. Ce faisant, ils ont changé "la forme que Dieu nous a donnée dans l'acte de création"

Cundry est qualifiée de "sorcière" par la vieille reine Diptam au Château magique Clinschors, qui lui explique les remèdes avec lesquels elle prendra plus tard soin de la santé de Gauvain. Elle apporte également de la nourriture pour toute la semaine Sigune, en deuil, à l'ermitage de Trevrizent, tous les samedis...
Cundry contraste avec Parzival et les dames de la cour. En effet, elle a une haute éducation et de fortes valeurs morales, ce qui la différencie de Parzival : ainsi, elle maîtrise le latin, l'arabe et le français sans erreurs et maîtrise également la dialectique, la géométrie et l'astronomie. En raison de son savoir, elle est appelée "la sorcière". Elle est connue pour parler "comme une cascade" et son discours ne cesse jamais. Avec ses paroles, elle "détruit toujours tout plaisir et toute joie"...
Après Kundrie apparaît un chevalier étranger, Kingrimoursel ; il vient provoquer en combat singulier Gauvain, qu'il accuse ( à tort) d'avoir déloyalement fait périr le roi Kingrisin. L'assemblée se sépare tristement. Avant de partir pourtant, Parzival unit Clamadieu et Cunneware. Il apprend d'une reine étrangère, Ecuba, qu'un sien frère vit en Orient : c'est un roi puissant et riche, du nom de Feirefis.
Parzival se débat avec lui-même et contre le monde, il est tourmenté par le doute... C'est là que se révèle l'idée superficielle de Parzival au sujet de Dieu : il explique - son refus de parler au château du Graal - par le fait que Dieu a refusé de s'occuper de lui, alors qu'il aurait pu manifester sa toute-puissance en guérissant Anfortas et en préservant ainsi Parzival, son serviteur fidèle, de l'imprécation déshonorante lancée par Kundrie. Comme dans un rapport de vassal à suzerain, Parzival dénonce sa soumission à Dieu ...
Il quitte la Table Ronde, pour se lancer dans la Quête du Graal. Il part pour une recherche solitaire du Graal qui durera plusieurs années, et devient par cela même un personnage secondaire...
Gauvain de son côté, se met en route pour se rendre au Royaume d'Escalon, où doit avoir lieu son combat avec Kingrimoursel.
A suivre ...
Sur la piste du Graal : le comte de l'X. -5- Parzival.
Lorsque Théodore-Claude-Henri Hersart de La Villemarqué arrive à Paris, en 1833, pour étudier à l’École des Chartes, Paulin Paris travaille depuis cinq ans à la Bibliothèque du Roi...

Paulin Paris ( 1800-1881) est né en Champagne. Il est membre de l'Académie des inscriptions et belles-lettres, et professeur au Collège de France... Il aime citer Madame de Staël, sur le Romantisme : « Cette littérature est la seule qui soit susceptible d'être perfectionnée, parce qu'ayant ses racines dans notre propre sol, elle est la seule qui puisse croître et se vivifier de nouveau.. »
On dit que la France n'a pas d'épopée … Alors, Paulin Paris, recherche dans les romans du Moyen-âge, et décide de publier nos anciens textes.. M. Paulin Paris publie ainsi sept volumes, de 1836 à 1848.
Il y distingue deux catégories de romans, les uns chevaleresques, les autres mystiques, faisant un ensemble assez étrange. Selon l'ordre des événements, le premier est le Joseph d'Arimatie, ou plutôt le Saint-Graal, qui en est un remaniement; puis vient le roman de Merlin l'enchanteur et ses suites, c'est-à-dire Le roi Artus, Gauvain et Perceval, Lancelot du Lac, Tristan; enfin la Quête du Saint-Graal et la dernière partie du Lancelot ou Mort d'Artus. Le mysticisme tient le commencement et la fin, les aventures chevaleresques et galantes occupent le milieu...
L'allemand la Motte Fouqué, et l'académicien Paulin Paris, tentent de comparer Chrétien et Wolfram... Le système parental ( la lignées, la généalogie...) semble plus élaboré chez Wolfram, de plus la lignée s'élargit jusque chez les ''païens'' ( caractère non endogamique). Avec le ''Prêtre Jean '' qui fondera une communauté orientale... Le monde du Graal rejoint l'histoire universelle … !
Par sa mère - Herzeloyde, sœur d'Anfortas - Parzival est de la lignée des rois du Graal...
A noter que le demi-frère de Parzival ( Feirefiz) tombera amoureux de la porteuse du Graal ( Repanse de Schoye, également sœur d'Anfortas) qu’il épousera après s’être fait baptiser : de leur union naîtra un fils, Jean, le futur Prêtre Jean...
La faute de Parzival, est plus claire, dans le bouche de l'ermite et oncle, Trevrizent : « Tu es du même lignage qu’Ither ; tu as méprisé les liens du sang ! Dieu n’a pas oublié ton forfait, et il te demandera peut-être encore des comptes. […] C’est avec douleur que je dois te dire que tu as commis deux graves péchés : tu as tué Ither et tu dois également déplorer la mort de ta mère. ». Ither, est le chevalier à l'armure vermeille que Parzival revêtira... Il n'est pas responsable de la mort de sa mère, comme dans Perceval...
Wolfram rattache à son Parzival, en épilogue, la légende du Chevalier au Cygne qui était déjà liée à la famille de Godefroy de Bouillon, l’un des chefs de la Première croisade (en 1096) et premier roi de Jérusalem. Loherangrin, l’un des fils jumeaux de Parzival et de Condwiramurs, celui qui a été appelé à Munsalvaesche par Dieu, est envoyé par le Graal en Brabant où il doit venir au secours d’une princesse harcelée par des prétendants éconduits. Conduit à Anvers par un cygne, il restaure l’ordre et la justice et épouse la princesse, après lui avoir fait jurer que jamais elle ne demanderait qui il est, et il devient prince de Brabant.... ( encore une histoire à raconter, plus tard … !)
Charles-Louis de Chateauneuf est vivement impressionné par la prégnance de l'histoire de Parzival dans la mentalité allemande ( et, il ne connaît pas encore – bien sûr – les œuvres qui se préparent de Wagner … !)...
La Motte Fouqué, parle de l'écriture de son épopée sur Parzival qui est beaucoup plus qu'un travail : « c'est le résultat d'un pacte avec Wolfram .. !. ». C'est un manuscrit de 500 pages... qu'il écrit alors qu'il vient de se remarier avec une jeune femme de trente ans plus jeune …
La Motte Fouqué ajoute qu'il vient d'obtenir de l' ''Hohenzoller Friedrich-Wilhelm IV'' (*) , la réactivation de l'ordre du cygne, éteint après la Réforme...
Ci-dessous - Dame avec le collier de l'ordre des chevaliers du Cygne (1490)

(*) De la Dynastie des Hohenzollern, Frédéric-Guillaume IV de Prusse ( 1795-1861), que l'on surnomme le « Roi romantique », est passionné par le romantisme et affiche son goût du Moyen Âge.
L' Ordre des Chevaliers de Notre-Dame du cygne, ou Ordre du Cygne , est le plus ancien ordre de chevaliers de la Prusse. Créé le 29 septembre 1440, par l'électeur Friedrich II de Brandebourg, il devait donner à la noblesse des objectifs politiques et sociaux communs sous la direction des Hohenzollern.
Le siège de la branche franconienne était la chapelle George de la collégiale Saint-Gumbertus à Ansbach, qui n’est qu’à environ 20 kilomètres d’Eschenbach, du nom de son habitant le plus célèbre, Wolfram... La Réforme vit l'annulation de l'ordre... Le 24 décembre 1843, le roi Frédéric-Guillaume IV de Prusse tente de rétablir l'Ordre du cygne en tant qu'organisation multiconfessionnelle et humanitaire, et ouvert aux hommes et aux femmes...
Richard Wagner, atteint lui aussi par le virus du Graal, en 1845, commence à concevoir son opéra Lohengrin, créé en 1850.
** Il serait temps d'entrer dans le vif de l'Histoire de Parzival, contée par Wolfram von Eschenbach.. ? Avec Heinrich, je vais tenter de vous la résumer ...
A suivre... L'Histoire de Parzival.
Sur la piste du Graal : le comte de l'X. -4- L'Histoire de Parzival.

Pour en revenir au Graal, le comte de l'X. et le professeur Guillaume-Alfred Heinrich, insistent sur le fait que les croisés, tout pleins du sentiment de la Passion, ont cru trouver en Palestine plus d'une relique de ce sacrifice mémorable. Bien sûr , il évoque le ''Sacro Catino'' transporté à Gênes, en 1101, nous dit-il … Mais, par exemple, les moines de Fécamp en Normandie possédaient un autre saint Graal ; ils conservaient aussi dans une fiole de cristal du sang de Jésus-Christ, recueilli par Nicodème...

Enfin, il nous rappelle que le dogme de l'Eucharistie reçut une glorification nouvelle: au XIIe siècle, par la condamnation de l'archidiacre Bérenger de Tours; au XIIIe , et par l'institution de la fête du Saint-Sacrement... Ce qui prouve bien que notre légende ne fut pour certains esprits qu'une sorte de représentation séculière de l'eucharistie...
Pourtant, le Graal de Wolfram von Eschenbach, n'est pas explicitement une coupe … !
L'ermite conte à Parzival l'histoire merveilleuse de la fraternité du Graal :
« L'ermite parla ainsi : il m'est parfaitement connu que de vaillants chevaliers ont leur demeure à Munsalvaesche, auprès du Graal . Ils partent fréquemment à cheval en quête d'aventures . Ces templiers livrent combat afin d'expier leurs péchés et peu leur importe d'être victorieux ou vaincus. Là vit donc une troupe de valeureux guerriers, et je vais vous dire de quoi ils vivent : Leur nourriture ils la reçoivent d'une pierre, qui en son essence est toute pureté, et si vous ne la connaissez pas je vais vous dire son nom : on l'appelle " Lapsit exillis " . C'est par la vertu de cette pierre que le phénix se consume et devient cendre ; mais il renaît de ses cendres .C'est grâce à cette pierre que le phénix accomplit sa mue pour resplendir ensuite aussi beau qu'auparavant ...La pierre donne à l'homme une telle force que le corps garde la fraîcheur de sa jeunesse . Cette pierre aussi a pour nom le Graal ... »
Je vous disais, dans un article précédent, que le conte de l'X. et Charles-Louis de Chateauneuf, privilégiaient la ''piste germanique'' du Graal... En effet, dans ces années 1830-1850 ; les spécialistes de littérature française, n'ont toujours pas pris la bonne mesure de ce qu'au XVIIIe siècle, on appelait les ''antiquités françaises''...

C'est bien l'école romantique - allemande avant la française – qui va re-découvrir ces textes... Voilà ce qu'en dit Paulin Paris (1800 - 1881) un historien français de la littérature, spécialiste de l'époque médiévale.
« J’apprendrai sans doute à plusieurs lecteurs que l’histoire des chevaliers de la Table ronde, celle du beau Tristan, de la belle Isolde, de Lancelot et de la Dame du Lac ; que les douze Pairs de la cour de Charlemagne sont tous originaires de France... (…) quant aux Français, loin de tirer parti d’une source aussi riche, ils ont préféré emprunter les étrangers qui les avaient eux-mêmes copiés. »
Ainsi, comme le remarque Michel Zink : « Faut-il donc passer par le romantisme, et par le romantisme allemand, pour en venir aux littératures de la France médiévale ? »
Le conte de l'X. et C.-L. de Chateauneuf, vont avoir la chance de rencontrer – en visite à Paris - Friedrich de la Motte Fouqué (1777-1843), qui se passionne pour l'épopée du Graal, et qui recherche les sources françaises... Descendant de huguenots réfugiés en Allemagne, l'écrivain n'a plus qu'un objectif : écrire une épopée qu'il nomme '' Der Parcival''...
Friedrich de la Motte Fouqué, a publié en 1811, une œuvre qui va le rendre célèbre '' Undine '' ( Ondine). Marié à une écrivaine qui tient salon, il est un ami d'Adelbert von Chamisso...
En France, il vient rencontrer l'académicien Paulin Paris; et aussi le breton, Théodore Hersart, vicomte de La Villemarqué (1815 -1895).
** Le Parzival de Wolfram von Eschenbach a déjà été édité, en allemand moderne, par Karl Lachmann, en 1833... Mais rien de tel - en français - pour Chrétien de Troyes... !
Le Conte du Graal de Chrétien de Troyes n’est accessible qu’à travers quelques rares et précieux manuscrits médiévaux ; aucune œuvre de Chrétien n’a fait l’objet d’une édition moderne... Seule , l'anglaise Charlotte Guest a publié en annexe de ses Mabinogion, une transcription passablement fautive du ''Chevalier au lion'' , et qui est due, précisément, à La Villemarqué... Quant à Perceval et le Graal, ils semblent recueillir encore moins d'intérêt que Merlin, ou Lancelot ...
La Villemarqué collecte en Bretagne, les anciennes chansons populaires, et contes... Il publie un recueil , nommé Le Barzaz Breiz , qui sera reconnu par les lettrés parisiens... Soutenu par Augustin Thierry, Sainte-Beuve... Parmi les romantiques, on le compare à Grimm...
Hersart de la Villemarqué, dans ''les Romans de la Table Ronde et les Contes des anciens Bretons'' (1859) a traduit et publié: Owenn ou la Dame de la fontaine, Ghérent ou le Chevalier au faucon, et Pérédur ou le Bassin magique.
Le philosophe Arthur Schopenhauer compare le mythe Jésus, à celui qui en train de retrouver vigueur, après s'être formé au Moyen-âge autour du Roi Arthur, précisant « il y a quelques années, le ministère de l'instruction publique de France a envoyé en Angleterre M. de la Villemarqué, pour rechercher l'origine des mythes relatifs à ce roi Arthur. »
« Nous, les Bretons, attendons le retour du roi Arthur comme les juifs celui du Messie », écrit Chateaubriand dans son Essai sur la littérature anglaise (1836). D'ailleurs au XIXe siècle, se développe une certaine idée interceltique... A Glastonbury, notamment en 1838, La Villemarquée, participe au renouveau des relations interceltiques...
Théodore Hersart de la Villemarqué, même s'il ne s’intéresse que très peu aux textes de Chrétien de Troyes, tente d'expliquer l’apparition du Graal dans le roman de Chrétien... Sous sa plume, le Graal dérive à la fois du bassin de Keridwen cité dans l’Histoire de Taliesin, de l’histoire du héros gallois Peredur – dont il explique le nom par «homme des bassins» – et du chaudron de Bran-le-béni.. Au sujet de ce chaudron, La Villemarqué écrit: « Ce vase avait, comme le graal, la propriété de guérir les blessures mortelles, et même de rendre la vie; mais de peur que la personne ressuscitée ne révélât le secret de sa guérison, elle recouvrait la vie sans l’usage de la parole». Voilà qui expliquait, selon La Villemarqué, le mutisme de Perceval. Quant à la lance qui saigne La Villemarqué la trouvait aussi chez Taliesin: «Le pays des Loègres (l’Angleterre) périra par la lance sanglante»...
Nous sommes donc loin, en France, d'une véritable compréhension de la Quête du Graal ...

Jacques Boulenger en 1923, écrira :
« Néanmoins, nos grands écrivains romantiques, à qui elle aurait pu inspirer de beaux poèmes, ignoreront la '' Matière de Bretagne ''. Il n’y a jamais eu, depuis 1591, qu’un seul essai d’adaptation littéraire des romans de la Table ronde : c’est celui de Paulin Paris (1868-1877), qui, travaillant sur les manuscrits mêmes, n’a pu achever son ouvrage et n’a rempli, d’ailleurs sans grand talent, il me semble, que la moitié de son dessein. »
Revenons donc à l'allemand, Friedrich de la Motte Fouqué...
A suivre ...
Sur la piste du Graal : le comte de l'X. -3 Le Graal -

Le Comte de l'X. et Charles-Louis de Chateauneuf, vont rencontrer un jeune homme qui - sorti de l’École Normale supérieure - est un germaniste passionné et passe de longs séjours en Allemagne : Guillaume-Alfred Heinrich, il enseignera plus tard la littérature allemande à la Faculté des Lettres de Lyon...
Voici son enseignement sur la légende du Saint-Graal ( édité ensuite en 1855) ...

Chez Wolfram, Parzival le héros, reste né dans le pays de Galles : son origine remonte aux vieux contes populaires de la race celtique, aux Mabinogion.
Le Mythe du Graal, vient tour à tour de la Bretagne, de la Provence ou de l'Orient.
Le Saint Graal, suivant les idées du moyen âge, n'était pas seulement un vase sacré, à jamais vénérable pour avoir reçu le sang du Christ; c'était aussi un vase mystérieux, source d'abondantes faveurs pour les chevaliers chargés de sa garde.
Ainsi le roi Pêcheur, Anfortas pour Wolfram, atteint d'une incurable blessure, ne prolonge ses jours que par la vue du Graal...
Heinrich, tient aussi à raconter – l'histoire du ''vase'' selon Les Mabinogion : rapportée par l'anglaise lady Charlotte Guest..

Un jour que Bran le Béni chassait en Irlande, il arriva sur le bord d'un lac nommé le ''lac du chaudron''. Comme il errait sur le rivage, il vit un homme noir, d'une taille gigantesque, au visage hideux, sortir tout à coup des eaux avec un chaudron dans ses bras. Une sorcière et un nain l'accompagnaient.
Le géant et la sorcière suivirent Bran le Béni dans la Cambrie son pays natal, et en retour de l'hospitalité qu'ils avaient reçue, lui firent présent de leur chaudron. Ce vase, comme le Graal, guérissait les blessures mortelles, il avait même le pouvoir de rendre la vie ; mais de peur que le ressuscité ne révélât le secret de sa guérison, il ne recouvrait point l'usage de la parole.
Nous retrouvons bien là le même mystère qui entoure le Graal...

Ce vase ne resta pas longtemps en la possession de Bran le Béni. Il avait eu quelques démêlés avec le prince d'Irlande Martolouc'h. Il se réconcilia avec lui et l'invita à un banquet. Il fit servir à manger dans le chaudron magique, où les mets ne s'épuisaient pas, et à la fin du repas il l'offrit au chef irlandais comme un gage de paix et d'amitié. Cette paix ne dura guère. De nouvelles injures forcent Bran le Béni à envahir l'Irlande.
Malheureusement le vase qu'il a donné devient le plus utile auxiliaire de ses ennemis; sa vertu ressuscite chaque soldat qui perd la vie, et Bran se consume en vains efforts pour vaincre une armée impérissable. Un jour enfin qu'on jette dans le chaudron la tête d'un chef pervers nommé l'Esprit-Mauvais, ce vase, qui, comme le Graal, ne saurait être touché par un méchant, se brise de lui-même au contact de cette tête coupable, et Bran le Béni recouvre ainsi l'avantage.

Le barde Taliésin parle déjà de son initiation aux mystères du chaudron, et une fois initié, s'écrie : « J'ai perdu la parole ; » allusion évidente à la discipline du secret destiné à dérober au vulgaire quelque enseignement religieux des bardes. Quant au vase lui-même, placé dans le sanctuaire d'une déesse, il communique le don de prophétie, l'inspiration poétique, et la connaissance des lois cachées qui régissent l'univers. L'introduction du christianisme chez les populations celtiques, en changeant les croyances, altéra cette vieille tradition dont le Mabinogi de Bran est peut-être un écho déjà bien affaibli. Mais un peuple est toujours porté à mêler ses vieilles superstitions à la doctrine nouvelle qu'il accepte. La légende du chaudron mystérieux se confond avec le dogme de la Résurrection, et sans doute avec celui de l'Eucharistie.
Guillaume-Alfred Heinrich, évoque ensuite Nicodème et la tradition chrétienne transcrite par Robert de Boron....
Heinrich nous dit encore, que l'abbé de la Rue ( 1751-1835. Historien et spécialiste de littérature anglo-normande), dans ses recherches sur les origines du cycle de la Table-Ronde, parle d'un vieux texte latin rédigé, dit-on , par les ordres du roi Arthur, et placé par lui dans les armoires de la cathédrale de Salisbury... ! ?
* Mais, le roi Arthur ; qui en parle … ?
Au XIIe siècle le moine Hélinand (Cistercien, chroniqueur de l'abbaye de Frémont dans le diocèse de Beauvais.) parle comme d'une chose universellement admise de la vision qu'un ermite breton eut en 720 « au sujet de Joseph d'Arimathie et du Gradal. »... Il n'a pu, dit-il, se procurer le récit original en latin déjà difficile à trouver de son temps ; mais il en existe des traductions françaises qu'il a consultées.
Un chroniqueur anglais du XIIe siècle, Guillaume de Malmesbury, écrit sur Arthur, un héros national gallois, contre les anglo-saxons, qui a livré maint combat avant de périr , en 542, à la bataille de Camlam... Sans autre fondement historique … !
Vers 850 dans le récit de Nennius ; la résistance des Gallois contre les Saxons se personnifie dans Arthur, et la victoire ne l'abandonne jamais... De plus, Arthur va à Jérusalem et en rapporte un modèle de la vraie Croix, destiné à rendre ses armées invincibles aux païens...
Enfin, la création épique du cycle d'Arthur s'achève dans la chronique de Geoffroy de Monmouth.
Sur la piste du Graal : le comte de l'X. -2 Wolfram von Eschenbach-
Les informations – données par le comte de l'X. - sur le douteux ''calice de Gênes'' permet à Charles-Louis de Chateauneuf, de s’intéresser de plus près à ce que nous appelons Le Graal... Les légendes celtes et anglo-normandes sont prolixes à son sujet... Cependant Le Comte de l'X., lui, insiste et reste fixé sur la piste germanique. Voici quelques uns de ses arguments...
Quelques éléments d'histoire :
Hugues de Payns et Godefroy de Saint-Omer, créent en 1118 la militia Christi dans le but officiel de protéger les pèlerins.
La milice entreprend des fouilles sous le Temple de Salomon à partir de 1118.
Une dizaine d'années plus tard, à l’occasion du Concile de Troyes, cette milice devient l’ordre du Temple, placé sous le patronage de l’abbé Bernard de Clairvaux, dont l'abbaye de Clairvaux est fondée en partie grâce aux fonds de Hugues de Champagne.
Hugues de Champagne (1074-1126) - bien plus puissant et riche que le roi de France - part une 1ère fois en Terre Sainte de 1104 à 1107 ; il abandonne ses richesses et les siens pour rejoindre en 1126, le nouvel Ordre des Templiers, et se mettre au service d'un de ses anciens vassaux, Hugues de Payns.
Chrétien de Troyes (1135-1183) commence à écrire - en Champagne - vers 1160, le Conte du Graal, œuvre inachevée alors qu'il est au service d'Henri le Libéral – comte de Champagne - et de Marie de France, son épouse et fille de Louis VII et d'Aliénor d'Aquitaine. Henri revient de croisade en 1148.
Un auteur médiéval Allemand, chevalier et peut-être lui-même templier: Wolfram Von Eschembach (1170-1220), reprend ces textes pour en faire son Parzifal, ses sources proviendraient – en plus du texte de Chrétien de Troyes - de textes plus anciens dû à un certain Kyot le Provençal, qui pourrait être Guyot de Provins, lui-même affilié à l’Ordre du Temple. Il reproche même à Chrétien - dans son prologue - de ne pas avoir connu « le Conte authentique »
Le Graal aurait pu être retrouvé par les Templiers dans le Temple de Jérusalem ! Dans le Parzival écrit par Wolfram von Eschenbach, le Graal est bien gardé par des chevaliers templiers.

Wolfram von Eschenbach - né autour de 1170 dans le village d’Eschenbach, près d'Ansbach en Bavière - mort autour de 1220 - est un chevalier franconien peu fortuné de l'entourage d'Hermann 1er ( 1190-1217), landgrave de Thuringe et conte palatin de saxe... Ce chevalier poète, féru d'astrologie et d'alchimie est un personnage étonnant... !
« C'est une œuvre conquérente qui sort de la plume de Wolfram ; elle dépasse l'ambiguité de Chrétien. En fait, Parzifal inaugure, en milieu germanique, un puissant courant ésotérique, politique et philosophique qui marquera durablement l'ensemble de la tradition européenne. En ce sens, il semble bien y avoir un graal français et un graal allemand qui n'appellent pas les mêmes enjeux culturels. Au terme d'une longue évolution, le pangermanisme du XIXe siècle explorera le mythe dans des recoins ignorés des auteurs français et lui donnera un retentissement exceptionnel. Le texte de Wolfram servira de support à bien des rêves hermétistes ou occultistes jusqu'au XXe siècle. » Philippe Walter
Il est considéré comme l’un des plus grands poètes épiques de son temps et l’un des représentants majeurs de la littérature courtoise en moyen haut-allemand. Comme Minnesänger (équivalent germanique de trouvère), il est considéré comme le ''champion'' de poésie lyrique, lors de la bataille de la Wartbourg....
Le château de la Wartbourg est situé près d'Eisenach en Thuringe, Ce fut le siège de la cour des comtes de Thuringe jusqu'en 1440. Y est attaché, l'histoire d'un concours de Minnesänger (trouvères allemands), le Sängerkrieg (de), autour de 1207, qui voit s'affronter des participants comme Walther von der Vogelweide, Wolfram von Eschenbach, Albrecht von Halberstadt (de), et bien d'autres. Wagner a mis en scène cet épisode dans son opéra Tannhäuser.
Vers 1204, pendant la Quatrième croisade, années du siège d'Erfurt et du sac de Constantinople, auxquels le roman fait allusion, il écrit une histoire du Graal. Il avait traversé une grande partie de l’Europe les armes à la main, avant de se retirer dans le château la Wartbourg. Il intitule son récit Parsifal et conte l’aventure d’un roi blessé, le Roi Pécheur, souffrant dans son corps en attendant le chevalier au cœur pur qui le guérira, ramènera le Graal et saura restaurer le Royaume. ..
Nous reviendrons en détail sur le ''Parzival '' de Wolfram von Eschenbach...

Les chevaliers du Temple sont présents dans le récit de Wolfram, il dit tenir ses informations, non d'une piste celtique ; mais ''provençale''.. Ces légendes arrivent en Provence au XIIe siècle et sont contemporaines de l'établissement des Templiers dans le pays.. Naturellement, la milice qui défend le tombeau du Christ, inspire les conteurs d'une organisation comme les chevaliers du Saint-Graal. Ensuite, le temps est de sanctifier ( épurer..) la chevalerie... Ce sera l'occasion d'opposer - selon les termes médiévaux - une chevalerie célestienne à une chevalerie terrienne...
Les contes gallois sont empreints de galanterie, ce n'est pas que pour leur bravoure que Lancelot et Tristan furent si populaires... Eschenbach, lui, écrit une histoire à portée spirituelle...
Très vite les hommes les plus graves du moyen âge, se sont attachés à censurer dans les continuations du mythe, les éléments immoraux du cycle de la Table-Ronde... Wolfram veut rendre à la légende sa véritable physionomie chevaleresque et religieuse...
A suivre …



