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Les légendes du Graal

moyen-age

Roger de Laron, les Lusignan et les Templiers -1/.-

16 Novembre 2017 , Rédigé par Perceval Publié dans #Contes Mythes Légendes, #Moyen-âge, #Roger de Laron, #Templier

Lors de la lecture de l'histoire '' Dame Margot - leberou et la forêt de Laron '' ICI , vous avez sans doute fait le rapprochement avec La Fée Mélusine ; en particulier au cours de ce passage ...
« Par une lucarne donnant sur sa chambre, Roger voit sa dame, toujours aussi belle, malgré sa douleur, se mirer dans une glace, la poitrine nue jusqu'à la taille. Mais il s'aperçoit avec horreur que son corps s’achève en forme de loup-garou... »
 
Le rapprochement est bon à faire ; d'autant, si l'on sait que : 1) Mélusine est une fée qui engendre dix fils, et avec Raymondin du Forez, originaire du Poitou, fonde la lignée des ''Lusignan''
et 2) des rapports qu'entretenaient Roger de Laron avec la Maison des Lusignan, en particulier la lignée de Terre Sainte …
 
Roger de Laron, avait rencontré Amaury de Lusignan (1272-1310) seigneur de Tyr, avec les Templiers, il fait partie du complot d'Amaury - en 1306 - contre son frère Henri II de Lusignan (1271-1324), roi de Chypre... Il lui permit ainsi de devenir régent de Chypre, avant qu'il soit assassiné.

 

Alors que Roger était déjà revenu en France, en cette funeste année 1307 durant laquelle Philippe IV le Bel fait arrêter et emprisonner tous les templiers ce 13 octobre... Roger de Laron est interrogé à Clermont-Ferrand en 1309, et finalement relâché, fin 1312, ayant ''choisi'' de dire tout ce que la commission voulait, plutôt que de s'exposer à une ''question non modérée''. Il abjure son apostasie et ses erreurs... Puis, il reçoit l'absolution, et la liberté...

 

Son activité ''Templière'', pourtant, continue...
 
1313 : Roger de Laron, après un séjour dans son château limousin, repart, rencontrer les banquiers de la ''Compagnia dei Bardi'', à Florence, qui gèrent une partie ''cachée'' des biens financiers des Templiers ; puis revient dans le Comté de la Marche, avant de partir en Angleterre …
Il reviendra l'année suivante accompagnée d'une femme ; que les légendes locales – peut-être du fait de sa beauté et de son ''étrangeté'', préféreront voir venir du monde féerique... ( Voir les histoires concernant Marguerite de Laron)
 
 
En Angleterre, Roger entre en relation avec une autre dame qui se réclamait de la Maison de Lusignan... Elle aussi, demande le soutien des Templiers, c'est ainsi que l'on retrouve le chevalier Roger apportant, une fois de plus, un soutien à la maison des Lusignan, en la personne de Jeanne de Geneville (1286-1356) , petite-fille du dernier comte de Lusignan (Hugues XII), et dont la mère Jeanne de Lusignan dite «de la Marche»- a été cohéritière du Comté de la Marche... Elle dut s'en dessaisir au profit de Philippe le Bel. Jeanne est l'épouse de l'anglais Roger V Mortimer (1287 – 1330), comte de March …
 
Roger de Laron, porteur de documents importants, (et ''d'objets'' appartenant au trésor des Templiers), rencontre Roger Mortimer qui prend contact avec les chevaliers du Temple, pour avoir leur soutien, contre les favoris du roi Edouard II... Roger de Laron, négocie aussi, le passage d'un nombre important de chevaliers français en Angleterre où pour l'instant, la répression n'est que de façade ...

( à suivre …) 

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Dame Margot – Leberou - et la forêt de Laron.

13 Novembre 2017 , Rédigé par Perceval Publié dans #Contes Mythes Légendes, #Moyen-âge, #Limousin, #Roger de Laron, #Dame Margot

Voici un autre récit, de la mort de Marguerite de Laron : le point commun est la nature diabolique de cette femme. Nous verrons cependant, qu'il existe des histoires, ou Dame Magot partage la nature bienveillante des fées ...
 

On dit la châtelaine et épouse du seigneur de Laron, très belle et son époux très amoureux d'elle. Mais Dame Margot, sous ses abords avenants, est - dit-on – une créature femelle d'une essence diabolique. C'est elle qui commande au château, mène les domestiques, dirige les gens d'armes. Le seigneur de Laron, rongé sans-doute par quelque culpabilité et par les souvenirs d'un passé templier dont il vaut mieux – en ces années - ne pas se vanter ; partage avec cette femme qui le fascine, une relation tempétueuse ; et leurs disputes puis leur retrouvailles sont tonitruantes...

Roger de Laron, a remarqué, que chaque dimanche, la belle disparaît avant la messe, se rend invisible à tous, sans donner d'explication à quiconque, même à lui. Chaque fois qu'il essaie de lui demander raison de sa curieuse absence dominicale, elle se met à l'accuser de ne pas l'aimer, de se méfier d'elle …

Roger de Laron, avec les richesses qui ne lui manquent pas, fait fructifier  – pour son salut et celui de sa lignée - un prieuré avec quelques frères et un chapelain installé près de la fontaine Saint-Laurent, au bas de ce qu'on appelle aujourd'hui le Mont-Larron. Geoffroy , le jeune et saint prieur entend régulièrement, les plaintes des villageois, écoute leurs récits où il n'est question que d'exactions, de bêtes égorgées, de loups-garous et d'autres diableries.
Dame Margot, n'apprécie pas ce saint voisinage. Malgré les remontrances de son époux, elle refuse toute aide aux moines. On dit qu'elle se livre, dans la tour magne du château, à des manigances secrètes. L'on murmure bientôt que la dame de Laron y concocte philtres et sortilèges. Mais on dit tant de choses...
On a dit que les religieux perdent leur ferveur.. Peu à peu, malgré la pieuse présence du prieur... L'esprit maléfique de la forêt reprend le dessus. Étrangement... Les religieux – malgré les sévères semonces du prieur - perdent leur ferveur, délaissent leur règle très stricte et succombent aux multiples tentations que leur envoie Dame Margot. Les nuits de pleine lune, on en aurait vu forniquer avec de belles sorcières. Ils s'enivrent du vin qui coule dit-on subitement à la fontaine du monastère à la place de son eau pure. Certains moines, s'étant mêlés sans pudeur au sabbat d'enfer que de jolies succubes mènent dans les clairières les plus retirées de la forêt. Il paraît que de nouveaux démons seraient nés de ces étreintes ; ainsi, des ''manjasang'' et des esprits malfaisants se seraient multipliés et repeupleraient la forêt, alors que les moines les en avaient sanctifiée et purgée.
 
Pour conjurer le mauvais sort et ces pratiques sataniques, le prieur Geoffroy souhaite construire une chapelle, au cœur de la forêt de Laron... Mais les matériaux manquent. Les bois appartiennent au seigneur, mais Dame Margot s'oppose à ce que l'on donne le bois nécessaire à la construction de l'édifice …

Roger de Laron refusant donc de donner à Geoffroy le bois nécessaire à la construction de son édifice ; le moine décide de le convaincre de l'aider.
Un jour que Roger de Laron doit chasser en forêt, Geoffroy se rend sur un chantier d'abattage, où des bûcherons s'activent. Geoffroy leur demande l'hospitalité et, en échange, les prie de lui prêter une cognée afin de les seconder dans leur rude travail. La meute du seigneur surgit, poursuivant un magnifique cerf, et passe fièrement devant les bûcherons émerveillés.
Roger de Laron reconnaît parmi eux le moine. Mécontent de le trouver ici, il stoppe le cortège et vient l'accuser de dévaster ses bois et de venir troubler la chasse. Devant l'assemblée des chasseurs et des bûcherons, Geoffroy ne perd pas son calme. Il reproche au seigneur, sa dureté envers ses sujets, ses ''dérèglements'' passés, et sa passion coupable pour une ''sorcière''... !
Le saint moine ose même le menacer de la vengeance du ciel s'il ne se confesse pas de tous ses péchés. Furieux de cette diatribe, Roger de Laron fait rappeler sa meute et ses piqueurs, bien décidé à effrayer et s'amuser de ce clerc insolent...
Mais, les chiens viennent entourer et se coucher aux pieds de Robert... Puis, le cerf lui-même, surgit pour la seconde fois dans la clairière, il arrête sa course et vient également s'agenouiller aux pieds du ''saint prieur''.... Le plus profond silence s'établit...
Stupéfait par cette scène miraculeuse, Roger de Laron se prosterne à son tour devant le saint moine, et lui demande humblement comment il peut racheter ses fautes.
Geoffroy bénit le chevalier et lui dit:
- Messire! Dieu ne veut pas la mort du pécheur. Il vous prie simplement de nous aider de vos deniers à bâtir une chapelle consacrée à Marie, mère de Jésus. Et, pour votre pénitence, vous viendrez chaque année faire jeune et retraite durant trois jours en ce lieu...
Pour marquer à tout jamais ce lieu d'une protection divine, il frappa le sol et une fontaine se forma et coule toujours...
Les deux photos représentent le lieu des fermes du moyen âge, Saint Julien aux Bois ( Corrèze) 
 

 


Enragée par la construction de la chapelle qu'elle réprouvait, Dame Margot décide de faire un exemple dans la contrée.
Elle réunit ses hommes d'armes, et chevauchant à leur tête, elle exécute une opération punitive contre ses sujets. Elle saccage quelques hameaux des alentours et bat à mort ceux des manants qui tentent de résister.
Rentrée au château, ses proches terrifiés la félicitent de sa vaillance et de son courage... Pourtant, l'une de ses jeunes demoiselles de compagnie, lui reproche sa férocité.

 

Margot se met en colère ; outrée que ce soit sa favorite qui la morigène ainsi, elle se met fort en colère, bat sa jolie suivante et la jette dans le puits du château... ! Mais... Elle regrette aussitôt ce mouvement d'humeur. Comme elle aime beaucoup sa jeune suivante, elle veut la sauver et ordonne qu'on la tire de là. Hélas, on ne lui remonte qu'un cadavre.

Inconsolable, Dame Margot s'enferme trois jours durant dans son appartement de la tour magne, sans accepter de nourriture, ni ouvrir la porte à quiconque.
Dimanche arrive sans que la dame du seigneur de Laron ne réapparaisse ou donne signe de vie. Fort inquiet, son époux décide d'aller rejoindre sa femme par une voie détournée. Il se fait hisser jusqu'au sommet de la tour et, pénètre secrètement par les greniers, dans le refuge de son épouse.

 

Par une lucarne donnant sur sa chambre, Roger voit sa dame, toujours aussi belle, malgré sa douleur, se mirer dans une glace, la poitrine nue jusqu'à la taille. Mais il s'aperçoit avec horreur que son corps s’achève en forme de loup-garou...

 

Trahie, son terrible secret découvert, elle court se réfugier dans la forêt... Roger n'a qu'à la suivre ; Lui et la ''louve'' se dirigent vers l'endroit même où ils se sont rencontrés … A l'endroit, où se trouve à présent la chapelle de Dom Geoffroy.
Roger va traquer ''la bête'', jusqu'à sa mort...Étrangement, c'est le corps d'une femme, que l'on va retrouver entouré de la meute ; et c'est le corps de Dame Margot qui sera veillé dans cette chapelle... Nous retrouvons ainsi dans cette version de la mort de Dame Margot, les même éléments que la fin d'une histoire précédente

Bien sûr, on raconte aussi que depuis, âme damnée et inconsolable, Dame Margot erre autour de son ancien château, apparaissant parfois au voyageur attardé sous l'aspect d'une belle femme nue perchée sur les branches d'un arbre … La nuit, elle se transforme en loup-garou...

Je vous raconterai, plus tard, l'histoire de Robin, bossu et musicien, qui s'était endormi en plein bois près du château de Laron.. Et, qui a eu le privilège de confondre '' Dame Margot '' dans une autre nature, plus bienveillante …

A suivre …

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Le Diable dans la Légende Arthurienne, XIIe et XIIIe s. -2/2-

4 Novembre 2017 , Rédigé par Perceval Publié dans #Contes Mythes Légendes, #La Quête du Graal, #Moyen-âge, #Légende arthurienne

Le roman de Perceval laissé inachevé par Chrétien de Troyes a fait l'objet, entre la fin du XIIe et le premier quart du XIIIе siècle, de quatre continuations. La Continuation de Gerbert de Montreuil est la quatrième après la Continuation de Manessier.

Delacroix

L’œuvre d’origine picarde, est datée du premier tiers du XIIIe siècle. Elle se situe au moment ou Perceval arrivé au château du Roi Pêcheur a réussi à ressouder les morceaux de l'épée brisée en laissant cependant apparaître un petit défaut à la soudure. Alors que dans le récit de Manessier le Roi Pêcheur livre à ce moment à Perceval le secret du Graal, pour Gerbert de Montreuil, Perceval n'est pas encore digne d'entendre le secret et devra se lancer dans de nouvelles aventures avant de l'apprendre de la bouche du Roi Pêcheur. Entre autres aventures « felenesses et dures » : un mariage avec Blanchefleur, de chaleureuses retrouvailles avec Tristan, Gauvain, le vieux Roi Ermite qui veille sur le tombeau de sa mère et même avec Gornumant de Grohaut, son maître ès armes.

L'aventure du Chevalier au Dragon, assortie d'un sermon, porte un sens. L'auteur s'adresse aux chevaliers pour les décider à renoncer à leur vie de péché, car il n'est pas de faute irrémissible. L'épisode, tel un livre d'images, montre le diable redoutable, en apparence invincible, mais bientôt vaincu par le Chevalier du Christ. Il prouve que des plus mauvais chemins, il est possible de revenir.

Le Chevalier au Dragon assiège la Demoiselle de Montesclaire .. Ce méchant chevalier s'est donné au Diable, en échange de quoi il a reçu un écu à tête de dragon qui jette des flammes et brûle ceux qui osent l'affronter. Perceval n'hésite pas à tenter l'aventure. Son bouclier le protège du feu mortel et met le démon en fuite ; mais, sur l'invitation de son adversaire, il renonce bientôt à sa protection surnaturelle. Il finit quand même par triompher, de toutes les façons, puisqu'il obtient que le vaincu se confesse et meure en chrétien.

Lamia - John William Waterhouse

Dans les dernières continuations de Perceval, L'Estoire del Saint Graal, le diable endosse le corps de « la plus belle jamais vue », on nous parle de sa grâce, de son maintien, de son palefroi noir ( un signe ..) ; elle accouche de deux filles qui ne présentent aucun signe disgracieux... mais, elle connaît le passé, et manifestement si elle se rend à l'église pour y entendre la messe, elle en sort systématiquement avant l’élévation ( ce qui fait scandale …) ( le livre de Baudoyn, conte de Frandre) … La succube ne peut être démasquée que par un ermite, qui se signe et l'exorcise … Elle disparaît, et ses filles affirmeront ensuite leur caractère maléfique …

 

Dans la '' Queste del saint Graal'' ( récit chrétien qui appartient au cycle du Lancelot-Graal (1230) ) le diable est désigné par '' enemi''. La notion de diable est abstraite.

« Le diable tente Perceval sous la forme d'une femme. Ayant échoué une première fois il recourt au procédé de l'intimidation et oppose ses conseils à ceux de l'ermite. Le récit que la jeune fille fait de ses prétendus malheurs pour attendrir le jeune homme est, en fait, l'écho de ceux qui sont arrivés à Lucifer et aux anges révoltés. Le dénouement de l'épisode est soigneusement préparé. La damoisele fait apprêter un magnifique lit : tout, dans la description, vise à insister sur la surprise dont use le diable pour faire de Perceval sa victime. C'est la vue de l'épée et le signe de croix qui sauvent Perceval. Le fantastique accompagne la défaite du diable : « …et maintenant vit le paveillon verser, et une fumee et une nublece fut entor lui, si grant que il ne pooit veoir goute ; et il senti si grant puor de totes parz qu'il li fu avis que il fust en enfer. »

Arthur, Lancelot et Guenièvre ...

 

Ce qui va perdre Lancelot, ce n'est pas Satan, mais Guenièvre. La christianisme va faire de ''l'amour courtois'' la tentation suprême, que l'on n'ose pas ouvertement, sauf une fois, présenter comme un piège du malin... Les chevaliers vont périr parce qu'ils faillissent à leur vocation spirituelle... Ce qui perd le royaume arthurien, c'est l'imprudence des amants, la rancœur du roi, la guerre qui oppose à Lancelot tout le lignage de Gauvain... Point de sortilège, mais plutôt la notion antique de Destin. ( La Roue de Fortune …). Le XIIIe siècle lettré, va tenter de ne pas croire au Démon, mais au Destin... La Merveille appartient aux créatures de la mythologie qui habite encore les campagnes... Et le Diable, lui, va prendre de l'importance dans les exempla, les vies de saints, les miracles de la Vierge.

 

Au début du XIVe siècle, le Diable devient une figure ressentie comme une menace pour les chrétiens … '' L'Autre Monde '' est devenu suspect...

Les fées se dépouillent de leur lumière : et Morgane ( ou Morgue) deviendra lubrique, jalouse et méchante, et Viviane perfide …

L'oiseau ''faé '' d'Yonec ( un des lais de Marie de France, XIIe s) - lorsqu'il se transforme en beau chevalier - provoque chez la mal mariée un mouvement de doute et de recul, l'angoisse de la dame est vite dissipée, quand elle voit son futur amant recevoir le ''corpus Dei''. , la dame n'accepte l'amour du chevalier qu'à condition qu'il croie en Dieu : c'est pourquoi il récite son Credo et communie ensuite, après avoir revêtu l'apparence de sa future amie (qui se cache) pour que nul ne soupçonne sa venue.

Dans le lai de Désiré, Graelent et Mélion ; Désiré se repent d'avoir soupçonné son amie la fée d'être un être diabolique lorsqu'elle communie à ses côtés pour lui prouver son innocence. L'autre monde ne redevient maléfique, à l'occasion, que plus tard, au XIIIe siècle.

Sources: Le diable au Moyen Âge : Doctrine, problèmes moraux, représentations [en ligne]. Aix-en-Provence : Presses universitaires de Provence, 1979 (généré le 29 septembre 2017). Disponible sur Internet

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Le Diable dans la Légende Arthurienne, XIIe et XIIIe s. -1/2-

1 Novembre 2017 , Rédigé par Perceval Publié dans #Diable, #Contes Mythes Légendes, #Légende arthurienne, #Moyen-âge

Le Diable dans la Légende Arthurienne, XIIe et XIIIe s. -1/2-

Nous sommes au XIIe et XIIIe siècle, et le diable n'est pas encore dotée d'une identité propre ; la figure du Diable recouvre le plus souvent d'anciennes divinités païennes combattues par le christianisme. Aujourd'hui, le Diable correspond à une expression ou réalité théologique... Au Moyen-âge, le diable est du niveau de l'humain il est présent dans le quotidien ; c'est une réalité que nous nommons aujourd’hui de ''folklorique'' ( sens étymologique)

Par exemple, le Diable peut prendre le masque chevalin … c'est l'épisode du cheval tout harnaché qui s'offre de lui-même. Il emporte ensuite à un rythme effréné le chevalier démuni, et tente de le noyer... Le diable trouve ses images dans la tradition populaire comme la ''Chasse infernale'' ( ou Mesnie Hellequin)...

Pour ce qui est du Merlin de Robert de Boron, les plans infernaux sont mis définitivement en échec : la vierge - de confession chrétienne - qui enfantera Merlin est trop sainte et trop sage pour que son fils hérite d'une nature mauvaise.

Conception de Merlin

La figure de Merlin permet de faire le lien entre le paganisme qui s'éteint et la foi chrétienne ; ensuite il ne sera plus question d'intervention diabolique ...

 

Chez Chrétien de Troyes, le diable n'intervient pas ( ou appartient au ''merveilleux'' )... L'accent est mis sur la liberté individuelle.( cf Abélard ou Hugues de Saint Victor) . Pour Saint-Anselme le Mal est un ''non-être'' ; il ne se définit que négativement. Après la chute ( effective ) d'Adam et Eve, il faut réparer l'offense à Dieu. Les anges déchus n'ont pas le plein pouvoir sur l'homme, pour se racheter il bénéficie de '' la grâce''

 

Le Diable n'est pas responsable du Mal dans la société car c'est toujours l'homme qui porte en lui une vulnérabilité et une faiblesse coupables.

Dans le Chevalier au Lion, Yvain doit affronter des ''netuns'' ( lutins ) pour libérer les captives du Château de Pesme Aventure, ces ''démons'' sont d'origine païenne ; ils ne participent du Diable qu'à demi, parce qu'ils sont les fils d'une mortelle et d'un incube.

Dans Perceval, quand Gauvain s'entretient avec Grinomalant de la ''male pucelle'' dont il dit qu'elle est ''plainne de deable''(v.8837) ; ''deable'' symbolise la perfidie.

The Temptation of Sir Percival by Arthur Hacker

Dans le Conte du Graal, ce n'est pas au terme d'une tentation que Perceval oublie Dieu, mais seulement parce qu'il s'est dispersé dans ces activités mondaines que sont les tournois et plus généralement la quête de la vaine gloire.

 

Dans les récits arthuriens, le diable n'est pas tout-puissant ; il reste généralement sous contrôle de héros : exemple : l'épisode de la ''Main Noire'', dont Perceval vient à bout à l'aide d'un simple signe de croix.

 

-'' La Main Noire ''-

Dans la Troisième continuation de Manessier, l'auteur revient sur la fameuse scène du repas chez le Roi Pêcheur : le Graal et la Lance repassent … Le Roi parle : la Lance est celle de Longin, le Graal a été rapporté par Joseph d'Arimathie …etc, et l'épée brisée était celle qui par un Coup Félon et Douloureux avait frappé Goon du Désert... Goon sera vengé quand l'Epée sera ressoudée et Perceval devra pour achever la guérison du Coup Douloureux, tuer Partinal sire de la Rouge Cour...

Perceval devra encore combattre '' La Main Noire'', pour ôter d'une chapelle ''souillée'' le corps d'une reine devenue nonne et décapitée par son propre fils... Exorciser l'autel, le corps et la chapelle ; et en particulier une fenêtre dans laquelle est lové le Diable …

Perceval combat cette mystérieuse Main Noire dans une tempête de feu, de foudre et d'éclairs ; le diable perd son lieu d'attache - avec l'aide de Dieu et du signe de croix …

En Irlande, Lug porte le le nom de '' à la main longue'' : il possède un long bras, ou une main avec lequel il accomplit des exploits ...

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Le Diable au Moyen-âge -2/2-

28 Octobre 2017 , Rédigé par Perceval Publié dans #Diable, #Contes Mythes Légendes, #Moyen-âge

Bien évidemment, quand Satan se présente devant des mortels, il prend grand soin de masquer sa véritable identité, dissimulant autant que possible sa démoniaque nature ( pieds fourchus …) sous des vêtements.

 

Le Diable peut également, au gré de ses caprices, prendre l'apparence de divers animaux : chats, lèvres, corbeaux..

Le Malin connaît toutes les ruses du déguisement et du masque et quand il veut séduire, il emprunte ( dit-on) à la femme tous ses artifices. Ainsi paré, il tente fréquemment d'inciter au péché prêtres et moines, qui sont pour lui des proies de choix.

 

Au Moyen-âge, Satan, toujours à l'affût d'une âme à pervertir, apparaît dès qu'il entend son nom aussi prend-on garde à ne jamais le nommer véritablement. Pour éviter une visite indésirable, on le surnomme de diverses manières: Le Malin, l'Ennemi, le grand Bouc, le Cornu, le Vilain, etc..

Le Diable aime à transgresser les règles établies et courir les fêtes. Parfois, quand les réjouissances se terminent après minuit, Satan s'invite et, sous la forme d'un bel homme, il charme les jeunes filles. Fort heureusement, les hommes, qui se méfient inévitablement d'un étranger aussi séduisant, remarquent vite ses pieds fourchus et préviennent ces demoiselles. Sitôt démasqué, Satan disparait dans un nuage de fumée, laissant derrière lui une odeur de souffre ou, s'il refuse de partir, il peut se faire exorciser.

 

Les personnes qui aiment les plaisirs faciles et y cèdent sans vergogne ont également ses faveurs car leurs âmes se trouvent tout naturellement propices à écouter ses paroles doucereuses. Au XIIIe siècle, Ranulphe de la Houblonnière dresse la liste des péchés réputés attirer le démon: l'orgueil, la colère, l'envie, l'avarice, la luxure et la gourmandise.

 

A la demande de ses sujets, Satan peut les transformer en loups-garous, déchaîner des orages, exciter des tempêtes ou faire tomber la grêle et la foudre. Il est également capable de causer un sommeil profond, plonger en extase, révéler des événements lointains ou à venir, rendre un homme invulnérable, lui donner la capacité de se rendre invisible, le transporter dans les airs, faire disparaître des objets, soit en condensant d'épaisses vapeurs, soit en les enlevant subtilement, rendre malade, tantôt en altérant l'organisme, tantôt en transportant des miasmes contagieux, et même guérir, ce qu'il fait très rarement, le bien n'étant pas son fort, sauf pour parvenir à ses fins ...

 

Le moyen le plus courant pour empêcher Satan de pénétrer dans une maison est de placer une croix de paille sur la porte d'entrée.. Brûler des branches de genévrier au nouvel an est également supposé la protéger.

Pour obliger le Diable à quitter un corps qu'il possède, il existe diverses méthodes dont certaines ne nécessitent pas l'intervention de l’Église.

L'une d'entre elles consiste à rouer de coups le possédé ou à lui infliger divers sévices cruels afin d'inciter le démon à partir. Les amulettes peuvent également constituer de véritables moyens d'exorcisme, agissant d'elles-mêmes par la seule vertu de leur consécration ou des formules qui s'y trouvent inscrites....

 

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Le Diable au Moyen-âge -1/2-

25 Octobre 2017 , Rédigé par Perceval Publié dans #Diable, #Moyen-âge

Il est temps de s'interroger sur ce que peut représenter '' Le Diable '' au Moyen-âge … ?

Le temps des premiers chrétiens – celui du Salut triomphant - est loin...

A notre époque médiévale, la notion de ''Salut'' individuel, prend de l'importance, et hante l'esprit de chacun..

La représentation du Diable ( chez les chrétiens) a évolué; il n'est plus un simple ennemi 'extérieur', condamné à être vaincu par les propagation d'une foi militante, jusqu'au jour où il sera enfin écrasé pour l'éternité...etc

 

Au cours du Moyen-âge, nous sommes autant chrétiens que païens ; et les démons sont une communauté d'êtres puissants et menaçants... Ils ne se contentent plus de provoquer des sécheresses, de mauvaises récoltes ou des épidémies.. Ils en sont venus à représenter des désirs que chaque ''chrétien'' peut nourrir au fond de son cœur... Et parfois, l'humain peut se sentir victime de forces qu'il est totalement incapable de maîtriser, et cela même parmi les plus religieux …

Le Diable gagne en autonomie... Par exemple, les Templiers sont accusés d'adorer une idole. Il s'avère que ceci est faux mais que dans le contexte des interrogatoires et des procès, il est nécessaire qu'il y en ait une , en tant qu'incarnation de la puissance satanique.

Un vrai croyant, ne peut abriter en soi le Mal, il est logique de rechercher la source du Mal au dehors de soi, parmi des êtres qui occupent les limites de la communauté, ils deviennent alors des proies faciles pour la projection ( telle ( en fin du moyen-âge seulement): la sorcière …).

Le Diable, dont l'existence est une vérité indiscutée au Moyen-âge, n'attend plus les égarés dans les Enfers. Il parcourt la Terre en compagnie de sa cohorte de démons et intervient activement dans les affaires des hommes.

 

Pour représenter le Démon, on utilise les images des dieux païens en cours et toujours honorés dans les campagnes reculées … Ainsi l'image du dieu Pan, avec ses pattes et ses cornes de bouc, le dieu paysan ( paysan en latin, va donner païen ) va être diabolisé au point de devenir l'image même de Satan...

le diable du Pont Valentré de Cahors

Ainsi, le Diable est représenté comme une immonde créature aux pattes poilues, aux sabots fourchus et aux griffes acérées. Sa queue et ses oreilles sont pointues, son nez crochu, son crâne s'orne de deux petites cornes et quelquefois, il possède des ailes noires, vague souvenir de ses origines angéliques. Sa voix est rauque et sauvage et il est connu pour dégager une odeur pestilentielle.

 

Raoul Glaber, moine et chroniqueur dans les années 1000, rapporta l'avoir rencontré à trois reprises et il en donne une curieuse description: « Je vis paraitre devant moi un petit monstre hideux qui avait à peine figure humaine. Il me semblait avoir, autant que je pus m’en assurer, une taille médiocre, un cou grêle, une figure maigre, les yeux très-noirs, le front étroit et ridé, le nez plat, la bouche grande, les lèvres gonflées, le menton court et effilé, une barbe de bouc, les oreilles droites et pointues, les cheveux sales et raides, les dents d’un chien, l’occiput aigu, la poitrine protubérante, une bosse sur le dos, les fesses pendantes, les vêtements malpropres; enfin tout son corps paraissait d’une activité convulsive et précipitée. »

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Histoire et Légendes en Limousin : La démone Brundemor - 6/.-

19 Octobre 2017 , Rédigé par Perceval Publié dans #Contes Mythes Légendes, #Moyen-âge

De par chez nous, on ne nomme pas trop le Diable... On s'en sort en le nommant : L'Autre... ou le Chose. Les prêtres le nomment clairement comme le Maufait, le Mauvais, le Malin … Mais en ce temps là, il s'agit non pas du Diable, mais d'un démon...

Le démon ici nommé et qui s'en prend à Roger de Laron, se nomme Brundemor. Ce démon est bien connu, sa notoriété connue jusqu'en Normandie, a pris naissance en Espagne.

Voici comment :

Au Moyen-âge, parmi les histoires édifiantes, que l'on aime raconter par nos régions, il y a celle de saint Jean Guérin, un ermite, dont on conserve - au trésor de Montserrat - les reliques.

Le comte de Barcelone avait une fille d'une beauté si merveilleuse, qu'on ne pouvait la voir sans en devenir amoureux. Richilde était dans tout l'éclat de ses charmes, lorsqu’elle se trouva possédée par un démon, du nom de Brundemor.

La jeune fille annonce qu'à son âge elle doit jouir d'elle-même et que c'est duperie de mortifier ses sens et la luxure s'allume dans ses veines...

Les exorcistes ordinaires ne pouvant la libérer, son père la conduisit à un ermite, nommé Jean Guérin, et surnommé le ''saint homme de Montserrat'', qui avait déjà chassé plusieurs démons avec le plus grand bonheur... Et, c'est précisément ce que le diable avait calculé...

On amène Richilde à Jean, qui réussit en effet à chasser Brundemor du corps de la possédée. Mais le démon, en sortant avec un cri affreux, annonce qu'il reviendra bientôt et que la fin de l'aventure tournera mal pour certaines personnes...

Afin de mettre Richilde à l'abri du retour offensif de Brundemor, son père supplie Jean de la garder avec lui pendant une huitaine de jours. D'abord Jean refuse ; mais ensuite il se laisse fléchir et consent à recevoir la jeune fille dans sa grotte.

Après que la suite du comte se soit retirée, Jean est assailli par une tentation invincible, et, malgré les objurgations de celle qu'on lui a confiée, il fait violence à Richilde. 

Mais cette fureur bestiale ne dure qu'un instant, et dès que le crime est commis, le coupable, saisi de remords, court s'en confesser à un faux ermite dont le diable avait pris la figure et l'habit. Le perfide confesseur feint une extrême sévérité, exagère encore l'énormité de la faute, représente à son pénitent sous un aspect terrible les funestes conséquences qui en résulteront, tant pour Jean lui-même que pour tous les ermites; finalement, il lui conseille de tuer Richilde et d'enterrer le cadavre : de cette façon, toute preuve du forfait disparaîtra, et Jean pourra affirmer au comte Vifroy, sans crainte d'être démenti, qu'il lui a renvoyé sa fille guérie, mais que sans doute un malheur est arrivé à la voyageuse pendant qu'elle retournait chez elle. Jean suit ce conseil diabolique, tue Richilde et l'enterre au fond de sa grotte.

Mais bientôt de nouveaux remords le tourmentent. Il comprend trop tard qu'un tel confesseur ne pouvait être que le diable en personne. Il va trouver l'évêque et lui avoue son double crime. L'évêque lui impose pour pénitence de retourner au Montserrat, de renoncer à la parole, de marcher désormais à quatre pattes comme les bêtes et de se nourrir en broutant l'herbe, jusqu'à ce que Dieu lui fasse connaître par un signe que le pardon lui est accordé.

Pendant sept ans, Jean exécute rigoureusement les ordres de l'évêque. Après ce temps écoulé, il advient que le comte de Barcelone et son fils, venus au Montserrat pour chasser, rencontrent cet homme aux allures de bête, qu'ils prennent pour un animal étrange et d'une espèce inconnue. Ils s'emparent de lui, le chargent de liens, l'emmènent à Barcelone pour le montrer au roi Ferdinand et à sa cour.

Tandis que le roi et les courtisans considèrent cet homme-bête avec curiosité, voici que, tout à coup, un enfant en bas-âge appelle Jean Guérin par son nom, lui annonce, de la part de Dieu, que son grand péché lui a été remis et qu'il peut reprendre la forme humaine. Jean se redresse, tombe à genoux devant le comte ( le père de Richilde) , lui fait le récit véridique de tout ce qui s'est passé, et s'offre à subir en expiation les plus cruels supplices. Mais le comte, étonné de cette histoire prodigieuse, commande seulement à Jean de le conduire à l'endroit où a été enterrée sa fille.

Des ouvriers creusent le sol de la grotte, et ce qu'ils mettent à jour, ce n'est pas le squelette, c'est le corps vivant de la jeune fille. Richilde, miraculeusement revenue à la lumière, explique qu'au moment où frère Jean Guérin lui donnait la mort, elle a invoqué sainte Engrâce. C'est donc à la protection de cette sainte qu'elle doit d'être sortie vivante du tombeau ; et elle demande à son père et à son frère d'élever sur le lieu du miracle une église et un couvent, où elle se propose de passer dans une pieuse retraite le reste de ses jours.

Voici, donc, racontés - aux travers de cette légende populaire - les méfaits du démon Brundemor. Ce même démon qui s'en prend à présent à un seigneur limousin... !

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Histoire et Légendes en Limousin : Roger de Laron. ( Saint-Julien-le-Petit ) - 5/.-

16 Octobre 2017 , Rédigé par Perceval Publié dans #Contes Mythes Légendes, #Moyen-âge, #Limousin, #Roger de Laron

Voici un autre récit qui concerne directement le seigneur de Laron... Ce texte provient d'un document recopié et qui se réclame d'un codex ayant appartenu à un frère dominicain, compagnon du limousin et inquisiteur Bernard Gui. Celui-ci devait être chargé d'écrire les témoignages récoltés, dans les campagnes limousines...
 
Je le cite :
« Ce noble, dont le comportement lui vaut de nombreux ennemis, a l'habitude de voyager de nuit pour échapper aux embuscades. Une nuit, il traverse une forêt proche de la Maulde avec son écuyer et, avant d'en sortir pour déboucher dans un champ à la lisière du bois, il envoie son écuyer voir si personne ne leur tend de piège. La lune brille et permet de bien distinguer les alentours. L'écuyer s’avance donc et aperçoit une grande armée de cavaliers approcher. Il en avertit son maître qui décide d'attendre afin de voir s'il s'agit d'amis ou d'ennemis. La troupe passe, il sort du bois et rencontre un chevalier sur un destrier, qui tient un autre cheval par la bride. Il lui demande s'il est bien son ami mort depuis peu, et l'autre acquiesce.
« Qui sont ceux qui te précédaient? » demande-t-il alors.
Le défunt répondit : « Ce sont des nobles et des chevaliers, celui-ci et celui-là, et il en nomma beaucoup, qui, comme moi,.vont cette nuit à Jérusalem puisque telle est notre Pénitence. » 

Le vivant demande à quoi sert ce cheval qu'il mène :

Il est pour vous, si vous voulez venir en Terre Sainte avec moi », et il ajoute qu'il peut monter le destrier en toute tranquillité car il sera reconduit vivant pour peu qu'il suive ses avertissements.

Le chevalier accepte malgré les objurgations de son écuyer, et disparaît aux yeux.de celui-ci. Le lendemain, l'écuyer vient attendre son maître là où il a disparu et le retrouve sain et sauf. Le mort a donné à son ami une serviette de salamandre et un couteau dans un fourreau afin qu'il ne s'imagine pas que tout cela ne fut qu'illusion. »

On commence à comprendre pourquoi, des récits anciens dans cette région évoque de nombreuses histoires avec un ''Roger le Diable''...

En effet, j'ai réuni diverses légendes locales qui semblaient sans lien avec notre personnage, et pourtant finissent par dessiner une biographie légendaire de Roger, seigneur de Laron, ancien templier ; dont la trace historique fut effacée par ses descendants ; au point de changer le nom du château ( certains préféreront parler du château de Rochain ou Rochein ) ; et d'abandonner le patronyme ''Laron'' …

 
Cette histoire de '' troupe de cavaliers fantôme'' est en ce XIVème siècle, prise très au sérieux.
Cela évoque les chasses fantastiques d' Hellequin et de sa mesnie ( maisonnée, famille …).
En Limousin, on parle de ''Chasso galero''. Roger de Laron, connaît bien ces ''chasses'', comme tous ceux de son époque : lettrés ou simplement auditeur aux veillées, il connaît bien ce que l'on raconte sur cette troupe de démons conduite par Hellequin... Fauvel, Gautier Map (De nugis curialum) en particulier, en portent témoignage …

A l'origine d'Hellequin, on trouve Herla, le "roi très ancien des Bretons". Le roi du peuple des morts s'invite aux noces de Herla et lui propose en retour de se rendre aux siennes l'année suivante. Aux termes du pacte ainsi conclu, Herla et ses guerriers rejoignent le monde des ténèbres un an plus tard. Cette troupe pourra revenir parmi les vivants, mais à condition de ne jamais descendre de cheval. Elle est ainsi condamnée à une errance éternelle. Simple armée de fantômes dans un premier temps, les légendes feront plus de cette mesnie d'Herla une troupe de chasseurs maudits. Ce thème devient ainsi une déclinaison du cycle des chasses  fantastiques que l'on rencontre un peu partout dans nos régions...

 

Appliqué à la légende d'Hellequin, sa 'mesnie' désigne la troupe d'esprits fantastiques qu'il commande : des démons, ou plutôt des incarnations de défunts, montés sur des chevaux rapides, accompagnés de chiens hurlants, qui chevauchent à travers les airs pendant les nuits d'orage en punition de leur péchés.

Voilà ce qu'écrit Orderic Vital, moine historien des XIe et XIIe siècles :
"Certain jour en en l'an de grâce mil nonante et unième, Gauchelin de Normandie, prêtre pieux et dévot, vit fantassins et cavaliers défiler par la route. Grande armée c'était, multitude innombrable et moisit en désordre, portant accoutrements noirs et pennons barrés de sable. Y avait croque-morts ayant chargé cercueils sur leurs épaules. Y avait des Ethiopiens. Y avait des nains hauts de sept empans, le chef gros comme muid ou barricel. Y avait routiers et malandrins. Y avait moines et clercs, voire juges et abbés et évêques. Y avait chevaliers en bel arroi, y avait dames chevauchant haquenées. Et soufflait un vent fort et roide, lequel vent soufflant ès-cottes, robes et manteaux, de leurs sièges arrachait les nobles dames, les soulevait la hauteur d'une franche coudée, puis cheoir les laissait en leur selle, laquelle hérissaient de longs cirais au feu rougis. Et voyant icelle foule passer, Gauchelin le prêtre s'émerveilla fort et s'écria – Haï ! ce sont les gens à Herlequin!"
Seulement à l'époque christianisée de Roger de Laron, l'expression de Mesnie Hellequin, ou de Chasso Galero a pris la signification de famille diabolique. Ainsi, c'est le Diable, qui conduit l'assemblée de cavaliers rencontrée par le seigneur... !
A partir de ce moment, Roger de Laron, va petit à petit se soustraire des yeux de la compagnie de hommes de son temps... 
Et pourtant, Roger de Laron, va trouver une épouse ; c'est une histoire assez incroyable, et représentative des croyances de cette époque …
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Histoire et Légendes en Limousin : Roger de Laron. ( Saint-Julien-le-Petit ) - 4/.-

13 Octobre 2017 , Rédigé par Perceval Publié dans #Contes Mythes Légendes, #Moyen-âge, #Histoire, #Templier, #Roger de Laron, #Limousin

Je rappelle, ce que j'avais déjà développé, pour raconter 'la légende' du retour du trésor des Templiers en Limousin … En effet, à Saint-Jean d'Acre, un personnage, entre dans la vie de Roger de Laron : il s'agit de Hugues de Clairavaux (1274- 1356), chevalier du Temple, puis de l'hôpital, commandeur de Paulhac. Je vous renvoie ici, pour le développement.

Le 13 octobre 1307, donc, Roger de Laron est arrêté, sans doute au petit jour, avec tous les membres de l’Ordre présents dans la commanderie. Ils furent emmenés sans ménagement à Limoges, semble-t-il,  par la milice du Sénéchal du Limousin et entendus par Renaud de la Porte, évêque de Limoges.
Roger de Laron, est finalement relâché, fin 1312... Il abjure son apostasie et ses erreurs... Puis, il reçoit l'absolution et est admis à la communion … Il est donc libre...
 
Une partie non négligeable de ce trésor, est récupéré directement par Roger de Laron, qui enfermé dans son château, tente ensuite de se faire oublier …


L'historique de la lignée et des terres de 'Laron', étant précisée, au mieux que je puisse. Nous pouvons à présent pénétrer dans l'esprit des lieux, qui n'ont d'autre histoire que celles des légendes et des traditions populaires. Ils sont transmis de bouche à oreille, avant d'avoir été, pour certaines, transcrites.
Par définition, la légende tient de faits réels ; une histoire est racontée puis est transmise par oral d'où les modifications. On peut la définir comme un récit qui mêle le vrai et le faux...

Si la légende rencontre l'histoire, nous pouvons encore aujourd'hui la voir, la toucher... L'avoir là, devant nous... ! Il suffit de vous promener sur une colline que l'on aperçoit du bourg de Saint-Julien le-Petit, de l'autre côté de la Maulde qui coule dans le vallon.

 

"Le seigneur du château de Rochein avant de partir pour la seconde croisade, confia sa femme Geneviève et son fils Manuelou à son régisseur Félon. Au bout de la première année, pensant que son maître ne reviendrait pas il prit sa place, Geneviève se refusa à lui et préférât s'enfuir avec son garçon. Dans les bois la mère et son fils se nourrissent de racines mais l'enfant dépérit... Un soir une biche accompagnée de son faon s'approche d'eux en boitant, une épine piquée dans une patte. Geneviève lui retire délicatement, la bête se couche alors à ses pieds et permet à Manuelou de la téter. 

Sept ans plus tard le Seigneur revenu de la croisade apprend par le régisseur la disparition tragique de son épouse et de son enfant. Quelques jours plus tard, il chasse dans la forêt et croise une biche qui le conduit vers une grotte où malgré les haillons, il reconnaît sa femme et son fils. Tout le monde revient au château en compagnie de la biche et de ses faons."


Le site de cette légende se nomme "Le Mont Sainte-Geneviève", il existe sur cette colline une source qui ne tarit jamais et dont les eaux ont des pouvoirs de guérison. Un calvaire y a été installé, outre la croix on peut y voir d'un côté Marie et de l'autre Sainte-Geneviève, à leurs pieds une représentation de la biche.

La colline Ste Geneviève et sa fontaine sont toujours un lieu de pèlerinage. Des morceaux de tissus, des fleurs sont disposés autour des statues...
A suivre ...

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Histoire et Légendes en Limousin : Roger de Laron. ( Saint-Julien-le-Petit ) - 3/.-

10 Octobre 2017 , Rédigé par Perceval Publié dans #Moyen-âge, #Histoire, #Limousin, #Roger de Laron

Carte XIXe s ... Autour de saint-Julien le Petit

Carte XIXe s ... Autour de saint-Julien le Petit

Après donc, avoir situé dans sa lignée, Roger de Laron... Je m'attache rapidement à la situation géographique du domaine du seigneur de Laron, en ce début du XIVème siècle, alors que l'ordre des Chevaliers du Temple, vient d'être dissous.

 

Je vous invite également à suivre la Route de Roger de Laron, jusqu'à St Julien le Petit: ICI...

 

''Saint-Julien-le-Petit '', est le nom de la paroisse où se trouve le château du Laron, elle appartient au bailliage crée par Philippe IV, qui est qualifié de bailliage (ou prévôté) royal de Laron, mais aussi de Laron et Masléon.
Pour atteindre à Saint-Julien le Petit, ce qui devait être l'emplacement du château, on franchit – aujourd'hui - la rivière au '' Moulin de Larron '' puis on grimpe la colline, motte féodale dans la forêt, qui surplombe le barrage sur la Maulde : l'endroit était connu encore au XIXème siècle sous le nom de « butte de Rochein » ou « château de Rochein » ainsi que le prouve le relevé cadastral de 1835 (Saint-Julien-le-Petit, section dite « d’Artigeas », E1).

Des vestiges d’une tour ronde, de nombreuses pierres éparpillées, des restes de murs recouverts par la mousse, et aussi, côté sud, l'entrée d'un souterrain, attirent l'attention.

 

Le nom de château Rochein n'a jamais été vraiment élucidé. Pour Louis Guibert, qui reste pratiquement l'un des seuls historiens à s'être intéressé à ce site, le toponyme « Rochein » pourrait dériver tout simplement de « Rocher ». A moins qu'il ne fasse référence à la dynastie des seigneurs de Laron où le prénom « Roger » était récurrent.
Des témoignages de riverains du site ont été recueillis au XIXème siècle, révélant des vestiges plus abondants qu'aujourd'hui. La plupart des pierres de construction ont été réemployées, sans doute pour des édifices de la région. Dans quelques vieilles maisons voisines, on peut remarquer des linteaux remarquables. Les ''anciens'' disent connaître l'emplacement du château disparu et en parlent...

Sur cette disparition du château, diverses légendes circulent... On dit que le château de Laron aurait été pris par les Anglais , grâce à la complicité d'une servante, et détruit par eux au cours de la Guerre de Cent Ans... Une notice du Cartulaire d'Aureil ( non précisément datée) parle de la "guerre de Laron": "Quidam miles de Larunt, nomine Willelmus de Gemeu '' (cartulaire d'Aureil, fol.2).
Une autre éventualité a refait surface au cours du XIXème siècle, entretenue par les histoires que se transmettaient ''les anciens'', elle évoque un chevalier Templier qui se serait ici terré ; et rendu fou par la possession d'un fabuleux trésor …
 
Le nom de Saint-Julien-le-Petit viendrait de Juliannus martyrisé à Brioude au IIIème siècle. Antérieurement au Xème siècle la commune se nommait Saint-Julien-près-de-Laron ( ou Larron) , puis fut baptisée de son patronyme actuel en 1135.
Saint-Julien le Petit est dans l'orbite de Saint-Léonard de Noblat...


- Les premières mentions qu'on connaisse d'un ''Léonard'' au cours du VIème siècle, se trouvent dans la chronique d'Adémar de Chabannes écrite vers 1028 et dans la correspondance de l'évêque Fulbert de Chartres mort cette même année. Par l'intermédiaire du chroniqueur, c'est surtout Jourdain de Laron, évêque de Limoges de 1023 à 1051 qui semble être le véritable inventeur du culte de saint Léonard. Jourdain de Laron était en effet précédemment dévôt laïc du chapitre collégial de l'église de Noblat où était conservé la dépouille de Léonard. Devenu évêque au moment où prends corps la légende de l'"apôtre" Martial et qui favorise le sanctuaire de l'abbaye de Saint-Martial, il va naturellement s'attacher à organiser le culte de saint Léonard, lieu dont il était le seigneur laïc. Adémar commence donc par relater que vers 1017, plusieurs saints, dont le saint confesseur limousin Léonard, se signalèrent par d'éclatants miracles.
Parmi, ces grands barons, il ne faut pas oublier les prélats et, en premier lieu, l'évêque qui dispose d'un episopium substanciel. Ce domaine épiscopal sur lequel il "règne" en seigneur ne le distingue pas des autres potentats. Il y possède des châteaux qu'il confie à des chevaliers vassaux...


Dès le XIème siècle, les évêques sont maîtres de la Cité, l'ancien chef-lieu de la civitas du Limousin, fortifiée depuis le IVème siècle. Ils contrôlent aussi les domaines constitués autour de Saint-Junien, d'Eymoutiers, de Chateauneuf, de Laurière, de Razès, de Nieul et de Noblat, il se font reconnaître suzerains des castra d'Alassac, de Donzenac et de Voutezac et, vers 1210 seulement de Malmort.

A Noblat, quoique seigneur éminent du castrum puisque ses partiaires lui devaient hommage, l'évêque n'était que médiocrement le maître : il devait partager avec trois autres co-seigneurs la jouissance de la tour-maîtresse à raison d'un trimestre chacun.

Au cours du XIIIe siècle, les rois de France donneront des privilèges aux habitants de la cité ; c’est ainsi qu’ils élisent, tous les ans, huit consuls.

Raynaud de la Porte,  ancien évêque de Limoges
Raynaud de la Porte, ancien évêque de Limoges


Les terres du seigneur de Laron, font partie de des terres relevant du temporel de l'évêque de Limoges entre la Haute-Marche et les vicomtés de Limoges et de Bridiers (Bénévent et le Grand-Bourg de Salagnac dans la Creuse actuelle) et d’autres relevant directement du Poitou (Peyrat-le Château, Haute-Vienne) et Bourganeuf (Creuse).
Signalons que c'est à l'époque de notre Roger de Laron, que vécut Raynaud de la Porte (1260-1325), évêque de Limoges. Raymond fut un des huit juges au procès des templiers. On peut voir son tombeau dans la cathédrale de Limoges.

Raynaud de la Porte,  ancien évêque de Limoges. C'est le plus ancien tombeau de la cathédrale de Limoges, datant du premier tiers du XIVe siècle. Nommé cardinal en 1320, il mourut à Avignon en 1325.

Au XIII et XIVe siècles, en Limousin, 6 grandes villes sont prépondérantes  : Felletin, Saint-Léonard-de-Noblat, Tulle, Brive-la-Gaillarde et surtout Limoges-Cité et Limoges-Château. Les ensembles Brive-Tulle et Limoges-Saint-Léonard forment deux pôles principaux.

-- Je rappelle enfin :
Jean de Bretagne devient vicomte de Limoges, en 1301. En 1308, les provinces d'Aquitaine retombent dans les mains des Plantagenêts, le prince de Galles ayant épousé Isabelle, la fille de Philippe le Bel (1285-1314).
En 1309, les papes, à la demande de Philippe le bel, s'installent à Avignon jusqu'en 1376.

En 1314 : Jacques de Molay, grand-maître des Templiers est condamné à brûler vif. Les Templiers avaient été arrêtés, dans tout le royaume de France, le 13 octobre 1307 par le roi Philippe IV le Bel.

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