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Sur la route à Brocéliande. L'Eglise du Graal de Tréhorenteuc. -3-
Devant l'autel, la mosaïque “LA PUISSANCE DU SANG DIVIN” située au sol au milieu du chœur, a été redécouverte le 24 juin 2014 à l’occasion du déplacement de l’autel (en le rapprochant du vitrail du Graal), afin de faciliter la déambulation des visiteurs.

Cette magnifique mosaïque représente un calice d’où émanent 17 rayons à travers une croix de Jérusalem (comme les quatre autres que l’on peut déjà admirer autour du chœur ainsi que celle du grand vitrail, donc 4+1=5, et les 5 croix=5 plaies du Christ...) et au-dessus de laquelle on peut lire : « La puissance du Sang Divin» (soit 22 lettres !). Laissons parler les chiffres …. :

Ce Graal, est le 8ème de ce sanctuaire consacré au Graal : en correspondance avec Jésus, l'homme du ''8ème jour'' : le ressuscité...
17 est la porte qui permet à l'homme de se réaliser, c'est à dire de ressusciter lui-même dans la plénitude ( le 22) de la vie spirituelle …
17 serait le nombre du Graal. « 17 est en effet nombre du Tout, de la Résurrection, de la transmutation, et c’est le nombre atomique du chlore sans lequel le ''Grand Œuvre'' serait impossible. »
A noter, dans le cadre de la chevalerie :
- les 17 vertus chevaleresques : La foi, La loyauté, La défense, La bravoure, L’honneur, La courtoisie, La charité, La justice, La sagesse, La tempérance, L’humilité, La franchise, Le courage, La prouesse, La prudence, La fierté, La dignité.
Si dans le choeur, nous nous retournons, nous sommes face à la mosaïque du ''Cerf blanc au collier d'or '' réalisée en 1955 par les ateliers Rennais ODORICO, d’après un dessin de Jean Delpech.

La mosaïque est en reflet du grand vitrail … ( le Christ, les 4 vivants, joseph d'Arimathie, masculin, féminin ...)

Le cerf porte une chaîne avec une croix, une nimbe autour de la tête, et une étoile au-dessus... Il figure l'apparition du Christ, entouré des évangélistes... Cette catéchèse passe par le monde des légendes...
La légende arthurienne, nous permet d'y voir Merlin, qui use de ses pouvoirs pour changer d'apparence, symbole de sagesse ; ou même, la divinité Cernunnos des Celtes.... Lancelot voit apparaître le cerf blanc et les lions. Ils passent sans daigner lui adresser un regard avant de disparaître par enchantement. Lancelot s’interroge. Le soir, un vieillard l’incite à renoncer à sa vie dissolue avec la reine Guenièvre. Lancelot ne peut s’y résoudre et échoue dans sa quête du Graal.
Dans '' La Queste du Saint-Graal '' Galaad ( le fils de Lancelot) , et Perceval ont une vison similaire dans la forêt ...

La pierre, rappelle le perron de la fontaine de Barenton, déjà représentée dans cette chapelle... Elle est en forme de croissant de lune et évoque le Féminin ( le monde des eaux, domaine des fées) ...
La forêt est celle de Brocéliande, des cinq arbres ( image du masculin) le plus gros épouse la forme d’un soleil...
Ce cerf blanc a aussi une signification religieuse. Saint-Hubert a vu apparaître un cerf blanc portant un crucifix. On sait aussi qu'un cerf blanc et quatre lions aidèrent Joseph d'Arimathie à traverser une rivière périlleuse.
Au-dessus à droite, cinq arbres peuvent représenter les cinq plaies du Christ d'où sort le fleuve de vie, qui fait pousser l'ancolie ( visible au centre de la mosaïque) symbole de l'Amour divin, pour l'humain... L'ancolie est pour Dante, la plante ''alchimique'' plante mâle et femelle... L'abbé Gillard, a tenu à sa présence, comme signature...
A suivre... ( mais avant, la prochaine fois: La légende de Morgane et le Val sans Retour...)
Sur la route à Brocéliande. L'Eglise du Graal de Tréhorenteuc. -2-
Le choeur est éclairé par 3 vitraux, qui présentent le Graal sous chacune des fameuses ''Tables du Graal ''.
Et mur nord, la Table de la Cène...
Mur sud : La Table Ronde autour de laquelle sont rassemblés le Roi Arthur et les chevaliers, lors de l’apparition du Saint Graal.
Il faudrait parler de tous les détails qui se répondent d'un vitrail à l'autre …
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Le Graal est représenté au centre de la Table autour de laquelle se sont réunis le Christ et ses disciples, une place reste vide, celle de Judas... Le Graal est de couleur verte, l'abbé Gillard le situe dans la tradition d'une coupe taillée dans une émeraude, tombée du front de Lucifer... | Le Graal apparaît aux chevaliers de la Table Ronde. Le siège périlleux (vide) est occupé. La Quête du Graal est ici achevée, avec Galaad... |
Enfin, le vitrail central, un chef d'oeuvre des ateliers parisiens Grubeër, qui a coûté au prêtre le prix d'une ferme ( un héritage..). Là, il faut prendre le temps de scruter cette forêt de symboles...

Comme au Moyen-âge, sont représentés deux donateurs ( Louis Thétiot et sa mère : cousins de l'abbé Gillard)
Au centre du vitrail, le Christ ressuscité, debout et à ses pieds Joseph d'Arimathie. Selon les évangiles, il a récupéré le corps du Christ et l'a enseveli dans son propre tombeau.
On dit qu'il a recueilli le sang du Christ, dans une coupe ( Le Graal ). Il est l'un des gardiens du Graal ; jusqu'à Galaad...

Ici, est représentée la scène où emprisonné, Joseph d'Arimathie, put se nourrir et survivre grâce au Christ Ressuscité et au Graal …
On note à gauche, l'emblème du Royaume de Jérusalem, qui évoque l'Ordre du temple, et qui est associé à la garde du Graal, par Wolfram von Eschenbach, dans son Parzifal ( 1210).
Bien d'autres symboles sont dissimulés, dans ce vitrail... Peut-être le chemin à trouver qui conduit au Graal …
Voir les deux lapins à gauche …; le phénix...
Les deux personnages, nouvel Adam et nouvelle Ève, sont recueillis autour d’un arbre arborant un unique fruit, une mystérieuse pomme bleue. Ce fruit de la Connaissance du bien et du mal ne semble pas être mangé !... ; Les quatre symboles des évangélistes... les quatre signes du zodiaque … Le bouquet de chardons ...Etc ...
L'entrée en Brocéliande....
Avant de continuer la vie légendaire de Roger de Laron ( chevalier limousin...) . Je reprends la route de la Légende des légendes : la légende arthurienne...

''Brocéliande'' n'existe pas ! Ou Brocéliande est une sorte de … '' Sidh ''.
Ou, plus simplement Brocéliande commence par une '' estoire '' ?

Pour notre connaissance cette ''estoire'' nous est donnée par Geoffroy de Monmouth, comme celle du Roi Arthur ; mais auparavant, il s'agit de l'histoire de Conan Meriadec.
En 386 après J.C., Maxime traverse la Manche, accompagné de son cousin Mériadec. Ils conquièrent entre autres l’Armorique, dont Conan Mériadec devient le premier roi. On peut nommer aussi Ursule, première reine des Bretons...
L'histoire de l'Armorique (la Bretagne actuelle), est liée à celle de la Bretagne (la Grande-Bretagne actuelle) entre la fin du IVe siècle et tout le long du Ve et VIe siècle....

Sur le plan littéraire, Geoffroy de Monmouth est le premier à mettre en scène Arthur – guerrier et roi de Bretagne - et Merlin – prophète et ''homme sauvage'' -. Deux personnages qui vont ensuite être repris et donner naissance à une abondante littérature ( fondatrice ) entre le 12e et le 15esiècle.
Sa famille, probablement originaire des environs de Dol (de Bretagne) se serait implantée à Monmouth lors d’une redistribution des terres anglaises en 1075 par Guillaume le Conquérant.
Geoffroy (+ 1155), est né au Pays de Galles, Geoffroy, il fait partie des clercs.
Geoffroy de Monmouth fait un éloge démesuré des Bretons du continent : il va jusqu’à faire du roi Arthur un descendant de Conan Meriadec qu’il considère comme le premier roi d’Armorique.
Geoffroy écrit donc '' L’Histoire des rois de Bretagne '' : une grande fresque historique, qui relate l’arrivée de Brutus, petit-fils d’Enée, sur l’île d’Albion, après la chute de Troie, à laquelle il donne le nom de « Bretagne ». Elle va connaître une diffusion exceptionnelle, sera transcrite en langue vernaculaire romane par Wace, en 1155. Il apporte quelques modifications, et évoque pour la première fois la Table Ronde.
Geoffroy fait entrer dans l’histoire Arthur, Merlin, Gauvain, Conan Meriadec, Utherpendragon, des personnages mythiques que l’on retrouve aux côtés de personnages historiques.
L'historicité de Conan Meriadec est revendiqué par la noblesse féodale, vers les XIe-XIIe siècles, comme le fondateur du premier royaume breton armoricain. Il l'aurait constitué avec la volonté politique de créer "une seconde Bretagne" et "de la peupler uniquement de Bretons." Conan Mériadec fut d'autant plus pris au sérieux que la puissante famille de Rohan le considérait comme son ancêtre direct... !

Nous rejoignons, Brocéliande avec le temps du roi Juthaël, dixième descendant du roi Conan Mériadec.
À cette même époque, vit dans la province armoricaine de Léon ( la pointe nord-ouest du Finistère ) un roi nommé Ausochus, dont la fille Pritelle est d'une rare beauté.
La princesse refuse tous ses prétendants. C'est, qu'au fond d'elle-même, son cœur est réservé à celui dont elle a eu la vision surnaturelle... Elle attend, celui qu'elle '' a vu venir..''
Un jour en l'absence du roi, Juthaël arrive en son château. Il s'est égaré au cours d'une chasse. Ou plutôt, une force invisible , l'a conduit jusqu’auprès de la princesse.
Dès l'instant où elle le découvre, elle reconnaît celui qui lui est apparu lors de sa vision. Elle l'accueille donc en son château, lui offre une chambre pour la nuit. Et c'est alors au tour de JuthaëI, pendant son sommeil, de faire un songe énigmatique. Il y découvre une colonne. Elle est d’acier poli dans sa partie basse, d'or dans sa seconde moitié.
Juthaël se met à prier. C'est alors que le ciel s'ouvre et que lui apparaît Pritelle. Elle lui affirme qu'elle doit lui rendre cette colonne dont la garde lui avait été confiée. A son réveil, frappé par cette vision nocturne, Juthaël envoie un de ses serviteurs consulter un ermite nommé Talosémius - lequel passait pour avoir la faculté de prédire l'avenir. L'ermite déchiffre le songe merveilleux. Explique qu'il signifie que Pretelle donnera à Juthaël un fils « plus illustre que lui sur la terre et dans le ciel. »

Effectivement, l'aîné des enfants du couple royal, Judicaël, couronné en 590 ( roi de Domnonée) et régnant jusqu'en 660, fonda l'abbaye de Paimpont, et, dans les dernières années de sa vie, quitta les ors de la royauté, déposa sa couronne, et s'enferma dans la vie de cloître, ayant pour maître spirituel saint Méen.
Si cette ''estoire'' est ''légende'', et non une quelconque fiction ; c'est qu'elle parle, et oriente des esprits... Ainsi, à Brocéliande, une jeune fille a écouté cette histoire, racontée par le prêtre, près de cette grotte où dit-on, la Vierge s'est manifestée à lui. Elle lui a demandé que l'on creuse à l'endroit par elle désigné, et une source en jaillira...
Cette jeune fille reçoit tout cela comme une invitation à pénétrer la dimension surnaturelle du monde qui l'entoure. « J'étais, je l'avoue, émerveillée de ce conte du passé, tout éclairé d'une vie surnaturelle » , dira-t-elle. Se retrouvant seule dans les bois à regagner l'antique manoir, elle ne peut s'empêcher, à l'évocation de ces songes prophétiques mentionnés par le prêtre, de penser au rêve qu'elle-même a fait plusieurs années plus tôt - ce songe « qui hantait encore [s]on cœur à plusieurs années de distance. »
Celle qui parle ici, s'appelle Geneviève ( Lefeuvre) Zaepffel (née à Paimpont en 1892 )...
Elle écrit avoir eu sa première vision à l’âge de sept ans. Un vénérable druide lui serait apparu dans l’escalier du Manoir du Tertre : « Il était assis vers le milieu, il m’apparut majestueux, enveloppé d’une cape blanche. Au col brillaient des reflets dessinant la faucille d’or et le gui, symbole des Druides.[...] Le vieillard revint en effet pendant mon sommeil pour me dicter dans ses moindres détails ma ligne de conduite et mon destin. Maintenant que des cheveux argentés auréolent mon front, je puis certifier qu’il n’avait, en effet, rien omis. » Zaepffel, Geneviève (1938) op. cit., p. 24-25
À l’âge de seize ans, elle prétend que saint Judicaël, au cours d’un songe, lui révèle les mystères de la vie et de la mort...
Brocéliande est pour elle, son '' Sidh ''
« Loin du monde, dans le silence de cette forêt, ma géante amie, où j’admirais l’œuvre de Dieu, mon âme s’épanouissait parmi les arbres, leurs branches, leurs feuilles. J’y retrouvais la force de vivre, j’y acquérais cette connaissance psychique que m’insufflaient les générations passées qui y avaient vécu et souffert. Mon initiation progressait. » Zaepffel, Geneviève (1938) op. cit., p.30-31

« Le lieu de ma naissance cadrait admirablement avec ma mission. Coin sauvage, propice à l’initiation, à la méditation, terre des Druides, dont les cendres émettent encore des radiations de foi vive, terre qui recueillit les protections occultes de Viviane, la fée bienfaisante annonçant la venue de Jeanne d’Arc plusieurs siècles avant sa naissance. Sans s’en douter, Viviane prophétisait peut-être sa propre renaissance dans la personne de Jeanne d’Arc qui fut Celte...» ZAEPFFEL, Geneviève, Mon combat psychique
Je ne veux pas discuter des errements occultistes et surtout politiques, qui l'ont entraîné - elle et son mari – lors de la seconde guerre mondiale... Ils nous montrent les limites de toute idéologie, soutenue par une croyance religieuse …
Je retiens seulement la force de l'esprit de Brocéliande... Pour elle, et pour beaucoup d'autres comme le père Gillard...
Sources : le site de '' l'encyclopédie de Brocéliande '' : http://broceliande.brecilien.org
Sur les traces du trésor des Templiers, en Limousin. -5/.-
cité de la part du Roi de France ; le grand Maître décide de rentrer en France afin de défendre l'Ordre...
Le 13 octobre, donc, Roger de Laron est arrêté, sans doute au petit jour, avec tous les membres de l’Ordre présents dans la commanderie. Ils furent emmenés sans ménagement à Limoges, semble-t-il, par la milice du Sénéchal du Limousin et entendus par Renaud de la Porte, évêque de Limoges.Après une détention de deux ans, ils sont conduits à Clermont-Ferrand pour y être de nouveau interrogés. Certains, comme Bernard de Villars (Commandeur de localité de La Roche-Saint-Paul ( en Périgord-Limousin) ), avouent alors un certain nombre de « fautes ». Bernard sera soumis à un dernier interrogatoire en 1311 à Paris, devant une commission pontificale. Il fut du nombre de ceux qui « avouèrent » alors d’autres vices plus ou moins imaginaires, sans doute sous la torture.
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Ballade contée au Moyen-âge


Quand les murs de ce château, encadraient encore la poterne, les amoureux du pays qui désiraient connaître le nombre d'années qui les séparaient du mariage tentaient d'y loger des pierres. Chaque coup manqué représentait une année d'attente avant le mariage.

Ce château du seigneur de Laron est aujourd'hui disparu... L'espace qu'il occupait reste néanmoins visible et libre; la mémoire des locaux et quelques agencement de pierres peuvent témoigner de la présence de l'édifice...
Il se situe tout près de Saint-Julien le Petit (87), à l'intérieur d'un coude de La Maulde... ( Nous reparlerons de la lignée des Laron, plus tard ...)
Mais le château du vieux seigneur de Laron est bâti sur un monticule fort escarpé ; il se trouve en outre défendu par un fossé profond et par de fortes haies d’épines, de sorte qu’on ne peut y aborder que par le pont-levis. C’est là que s’est retiré le prud’homme ; il y vit tranquillement avec sa fille, faisant valoir sa terre qui lui rapporte annuellement mille bonnes livres de rente.
Avec une pareille fortune, vous jugez bien que la demoiselle, si bien gardée, mais si belle et aimable comme elle l’est, ne doit pas manquer de soupirants.
De ce nombre Guillaume a le projet de s'y associer et réfléchit aux soins de se faire remarquer et tenter de lui plaire...
Y arrivera t-il ?
A suivre ... ICI
Ballade contée au Moyen-âge -2/.- C'est l'histoire de Guillaume, chevalier riche en bonnes qualités, mais pauvre d'avoir. En quête de l'amour d'Ermengarde, il arrive bientôt sans …
Sur la Route de Roger de Laron, chevalier limousin. - 2/3-
Un texte de la période mérovingienne évoque déjà le nom de « Laron ». La « chapelle de Laron » est citée dans un des diplômes de Charlemagne (811) et Charles-le-Simple (905) comme appartenant au monastère de Saint-Denis, ainsi que le bourg de Peyrat et son église, d’une part, et le château de Peyrat et son église, d’autre part. On connaît aujourd’hui davantage le Mont-Larron qui est la plus haute « montagne » de la contrée (624 m) que le village de Laron situé sur une autre colline opposée dont le point culminant n’atteint que 574 m d’altitude.

Pourtant, c’est sur cette plus petite « montagne » qu’il faut rechercher les traces d’une forteresse disparue, siège d’une des plus importantes familles du Limousin implantées ici dés l'époque carolingienne. Le site du Bois de Larron ( c’est le nom qui subsistait encore au XIXème siècle) domine les gorges de la Maulde, une rivière équipée aujourd’hui à hauteur du bourg de Saint-Julien-le-Petit (Haute-Vienne) d’un barrage hydroélectrique.

Le Château :
Ce qui n’apparaît aujourd'hui que telle une motte féodale, était connu encore au XIXème siècle sous le nom de « butte de Rochein » ou « château de Rochein » ainsi que le prouve le relevé cadastral de 1835 (Saint-Julien-le-Petit, section dite « d’Artigeas », E1).
Des vestiges d’une tour ronde, de nombreuses pierres éparpillées, des restes de murs recouverts par la mousse, et aussi, côté sud, l'entrée d'un souterrain, captent l'attention. Ce château était idéalement placé, par sa position dominante sur la vallée de la Vienne et la campagne d’Eymoutiers. Il contrôlait également la Maulde. Le nom de château Rochein n'a jamais été vraiment élucidé. Pour Louis Guibert, qui reste pratiquement l'un des seuls historiens à s'être intéressé à ce site, le toponyme « Rochein » pourrait dériver tout simplement de « Rocher ». A moins qu'il ne fasse référence à la dynastie des seigneurs de Laron où le prénom « Roger » était récurrent.
La légende selon laquelle le château de Laron aurait été pris par les Anglais , grâce à la complicité d'une servante, et détruit par eux au cours de la Guerre de Cent Ans, a circulé mais les sources écrites font défaut. Vers le milieu du XIIème siècle une notice du Cartulaire d'Aureil ( non précisément datée) parle de la "guerre de Laron": "Quidam miles de Larunt, nomine Willelmus de Gemeu" (cartulaire d'Aureil, fol.2).
Près du Château, existe une fontaine dédiée à Sainte Geneviève, le site de la légende qui s'y attache se nomme "Le Mont Sainte-Geneviève"... En effet, existe sur cette colline une source qui ne tarit jamais et dont les eaux ont des pouvoirs de guérison. Un calvaire y a été installé, outre la croix on peut y voir d'un côté Marie et de l'autre Sainte-Geneviève, à leurs pieds une représentation de la biche.
Un peu en contrebas dans une excavation sourd une eau qui lors de notre visite présentait une teinte orangée qui laisse à penser qu'elle serait peut-être ferrugineuse. Ce lieu de pèlerinage est toujours fréquenté, comme le montre les morceaux de tissus installés à proximité des représentations de Sainte-Geneviève et de Marie. Des fleurs sont également disposées le long des supports des deux statues.
Cette visite des ruines du château et de la fontaine, nous permettent de pénétrer dans l'esprit des lieux, qui n'ont d'autre histoire que celles des légendes et des traditions populaires. Ils sont transmis de bouche à oreille, avant d'avoir été, pour certaines, transcrites.
Par définition, la légende tient de faits réels ; une histoire est racontée puis est transmise par oral d'où les modifications. On peut la définir comme un récit qui mêle le vrai et le faux...
Si la légende rencontre l'histoire, nous pouvons encore aujourd'hui la voir, la toucher... L'avoir là, devant nous... ! Il suffit de nous promener sur une colline près du bourg de Saint-Julien le-Petit, de l'autre côté de la Maulde qui coule dans le vallon.
Ecoutez donc la légende :

"Le seigneur du château de Rochein avant de partir pour la seconde croisade, confia sa femme Geneviève et son fils Manuelou à son régisseur félon.
Au bout de la première année, pensant que son maître ne reviendrait pas il prit sa place, Geneviève se refusa à lui et préférât s'enfuir avec son garçon. Dans les bois la mère et son fils se nourrissent de racines mais l'enfant dépérit... Un soir une biche accompagnée de son faon s'approche d'eux en boitant, une épine piquée dans une patte. Geneviève lui retire délicatement, la bête se couche alors à ses pieds et permet à Manuelou de la téter.
Sept ans plus tard le Seigneur revenu de la croisade apprend par le régisseur la disparition tragique de son épouse et de son enfant. Quelques jours plus tard, il chasse dans la forêt et croise une biche qui le conduit vers une grotte où malgré les haillons, il reconnaît sa femme et son fils. Tout le monde revient au château en compagnie de la biche et de ses faons."
Sources : L'Internet, dont Wiki, les sites des communes et surtout :
LARON - Topographie, Archéologie, Histoire – de Louis GUIBERT (1893)
Sur la route de Brocéliande. - Le fantôme de Redon – Belphégor – 2/2-
C'est l'Abbé Pichot qui découvrit en 1855 une crypte et également le souterrain de l'Abbaye St-Sauveur de Redon qui menait de l'ancienne Abbaye au fleuve Vilaine :
A l'époque, l'entrée fut refermée juste après sa découverte, mais un étudiant ( Arthur Bernède ) du Lycée St-Sauveur construit sur les ruines de l'Abbaye, s'est glissé à l'intérieur du souterrain secret et aurait aperçu un fantôme ....
La sortie vers la Vilaine, aujourd'hui barricadée
Epouvanté, Arthur Bernède s’enfuit alors vers Paris, sans savoir que Belphégor est sur ses traces…
Le jeune Arthur apprend l’art lyrique. Hélas un soir de l'année 1890, il est victime d’une agression dans une ruelle obscure. Il parvient, de justesse, à se débarrasser de son adversaire, mais le mal est fait, ses cordes vocales sont fragilisées, il a perdu sa voix. Bernède comprend vite que Belphégor, ou celui qui se cache sous ce nom, est à l’origine de cette agression…
Ce n'est qu'en 1927, qu'Arthur Bernède, ayant vaincu sa peur et ses hésitations, écrit un roman, qui n'est en fait qu'un message crypté à l’attention de celui ou celle qui l’a persécuté, pour lui montrer qu’il a percé à jour sa machination.

Le roman ''Belphégor'' paraît en feuilleton dans Le Petit Parisien du 28 janvier au 30 mars 1927 . La très pudibonde Revue des lectures de l'abbé Louis Bethléem considère que « certains détails et le demi-monde où s'agitent les personnages principaux font que ce livre ne convient pas à toutes les jeunes filles... » !
« Belphégor est un mystère. Le mystère le plus troublant que l'on puisse imaginer et dont nous n'avons pas le droit de soulever, même légèrement, le voile... Qu'il nous suffise de dire que l'auteur de Judex, Cœur de Française, Surcouf et de tant d'autres récits justement célèbres n'a peut-être pas encore écrit un roman plus captivant, plus original et mieux digne de conquérir les suffrages de nos lecteurs ! » ''Belphégor'' est présenté ainsi dans Le Petit Parisien

L'histoire commence au Musée du Louvre, dans la « salle des Dieux barbares », où un veilleur de nuit surprend une étrange silhouette qui semblait vouloir s'en prendre à la statue de

« Belphégor, dieu des Moabites ». Pourchassé par le gardien, le visiteur fantomatique disparaît mystérieusement. La nuit suivante, il se manifeste à nouveau et assomme un autre gardien, retrouvé mourant le lendemain matin, à côté de la statue renversée. L'inspecteur Ménardier, chargé de l'enquête officielle, n'apprécie guère qu'un jeune journaliste intrépide s'intéresse de très près à l'affaire.
Le célèbre détective privé Chantecoq '' le roi des détectives ''., et sa fille Colette, se lancent aussi sur la piste du fantôme ...

Parmi les références que Bernède utilise dans ce roman, on peut noter que l'un des principaux personnages Jacques Bellegarde est journaliste au Petit Parisien. Au chapitre 6 de la première partie du roman, lorsque ce journaliste découvre la statue renversée de Belphégor, il se rappelle « tout à coup l’histoire, déjà ancienne mais rigoureusement authentique de cette statue moyenâgeuse de la Cathédrale de Dol, en Bretagne, à l’intérieur de laquelle, un jour, par le plus grand des hasards, un sacristain avait découvert une cachette contenant plusieurs centaines de pièces d’or ».
Belphégor, pourrait s'apparenter à la « Stèle au dieu guerrier » conservée au musée du Louvre, et dont l'identité divine ou royale est controversée. Entre autres hypothèses, il pourrait en effet s'agir d'un dieu « apparenté au Baal cananéen, dieu de l'orage ». Or selon Joseph Scaliger, le véritable nom de Belphégor serait « Baal-Reem, c'est-à-dire dieu du tonnerre ».

Également, plus loin dans le roman, au début de la troisième partie, Bernède fait référence à des « Mémoires secrets » que l'astrologue Cosme Ruggieri (+1615) aurait rédigés peu après la Journée des barricades, alors que la reine Catherine de Médicis était contrainte de fuir Paris, pour ne plus y revenir.
Le 20 mars 1937, alors qu’il prononce un discours devant la Société des Gens de Lettres, Bernède s’écroule, terrassé par une crise cardiaque. Dans la poche de sa veste, on retrouve une menace de mort signée de ce troublant: «Belphégor»!
Entre-temps, suite à des rénovations au sein du lycée Saint-Sauveur, le sarcophage vide, accompagné des papiers du professeur Chanderne, est expédié à la section égyptologique du Louvre. Présenté, dans le pavillon égyptien de l’Exposition Universelle de Paris en 1937, il est ensuite entreposé, sous une fausse étiquette, dans les réserves du musée…
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De nos jours : Un conservateur curieux le redécouvre. Désireux d’épurer ses collections, le Louvre contacte alors la Mairie de Redon pour lui proposer de lui restituer ce pan du patrimoine local. Seulement, avec le retour de ce trésor, resurgit le spectre maléfique de Belphégor dans les rues de la cité…
Sur la route de Brocéliande. - Le fantôme de Redon – Belphégor – 1/2-
Ma route vers Brocéliande commence - par hasard ici – à Redon...
Et avant de m'attacher aux fantômes de la Matière de Bretagne... Je suis happé par le Mystère attaché à la ville de Redon . En effet, après la visite de L'abbatiale Saint-Sauveur, alors que je me rends vers le cloître de l'abbaye, je partage mes pas avec un homme qui engage la conversation sur la nef de l'Eglise qui remonte quand même au XIe siècle … Je lui fais part de mon étrange impression que j'ai ressenti et que l'on distingue sur ma photo : le chevet lumineux et ce décor baroque qui accentue le contraste, avec la nef sombre, et ses arcades en plein cintre.
L'homme me parle de Saint Convoyon ( Conwoïon) que je ne connaissais pas... Lui et ses compagnons quittèrent Vannes pour se retirer dans la solitude, et ils vinrent ici, au confluent de l'Oust et la Vilaine... Ces hommes, en attente d'un signe sur leur destinée, à l'heure de tierce, virent une croix lumineuse descendre du ciel à l'endroit où se trouve aujourd'hui le maître-autel de l'église du Sauveur. C'est ainsi que l'abbaye, fut fondée en 832, sous la règle de Saint-Benoît, puis confirmée par Nominoë le roi de Bretagne (en 834) et par l'Empereur Louis Le Pieux (en 836). Au XIIème siècle, l'abbaye de Redon possédait 26 prieurés...

On dit aussi qu'un jours, un enfant aborda presque nu sur le rivage de Redon. Les laveuses de Rieux - grande ville alors, avaient repoussé ce pauvre petit ; mais les femmes de Redon le recueillirent pleines de charité. Or, ce petit enfant c'était le Sauveur Jésus...
Deux bonnes raisons, pour que l'église soit consacrée au ''Saint-Sauveur'' …
Je demande à l'homme s'il connaît d'autres histoires... Je lui dis que je vais à Brocéliande, et suis amateur de contes et légendes... Il me regarde alors étrangement, un regard appuyé, puis se détend, sourit et m'interroge sur... la fée Carabosse !: « Savez-vous qu'elle serait originaire de la campagne redonaise ; pour preuve une chanson bien connue par ici qui raconte comment la mauvaise fée fut changée en rocher, alors que blessée au pied, elle fut traitée par un ''rebouteu'' de Redon... Depuis, elle rode dans les bois des alentours …."

L'homme me fixe à nouveau, comme s'il attendait une réaction de ma part... Piteusement, je ne sais que répondre: « C'est tout … ? »
Si vous ne craignez pas que je vous entretienne de fantôme, je puis vous parler, non pas de celui de Merlin, mais ... De Belphégor ! Vous connaissez Belphégor ?
Le fantôme du Louvre ?
Ah, non... Le fantôme de Redon ! Vous voulez parler du roman d'Arthur Bernède (1871-1937)... Vous faîtes bien de signaler l'oeuvre de cet auteur, puisqu'il est originaire de Redon, il est né rue du port ; mais le fantôme dont je parle est bien ici, lui … Êtes-vous prêt à me suivre …?
C'est ainsi que j'ai suivi, ce monsieur … J'ai depuis cherché à savoir qui pouvait-il être ; et un seul nom m'a été proposé : Patrick Denieul... Pourtant cet auteur n'était pas à Redon ce jour là … Mystère !
''L'homme'' me propose de le suivre jusqu'à une pièce de ce qui est aujourd'hui un lycée, et dont il tient seul la clé. Dans cette pièce, il a reconstitué le cabinet de curiosité d'un savant, le professeur Chanderne. Camille Chanderne fut enseignant au lycée Saint-Sauveur, au XIXe siècle. « Une de ses découvertes sera à l'origine du fantôme de Belphégor, et c'est le personnage que découvrira le public »
« Vous remarquez que le cabinet du professeur regorge d'objets archéologiques en tout genre... »

Cette histoire commence en 1867... Par une nuit brumeuse, une goélette accoste au port de Redon et débarque une caisse volumineuse que réceptionne le professeur Camille Chanderne, enseignant au lycée Saint-Sauveur et égyptologue amateur. Dans cette caisse passée en fraude se trouve un sarcophage… Après un an de fouilles dans la région de la Mer Morte, Chanderne a découvert la momie d’une prêtresse, censée incarner le dieu barbare Belphégor.
L’ancien souterrain situé sous le lycée lui sert à dissimuler sa découverte.
Quelques semaines plus tard, Chanderne est retrouvé mort dans son lit. Des papiers griffonnés gisent sur son bureau. Dans la cheminée, on a brûlé des documents. L’affaire fait grand bruit à l’époque, sans pouvoir être résolue…
Vingt ans plus tard... Nous sommes donc en 1887 : Arthur Bernède, un jeune lycéen, tombe par hasard sur le sarcophage en fouinant dans le souterrain et s’intéresse à l’affaire. Ce qu’il découvre en relisant les papiers conservés de Chanderne, le terrifie : Belphégor est vivant. La momie a disparu ne laissant que quelques bandelettes moisies. Le dieu barbare erre dans les rues sous la forme d’un spectre habillé de noir et revêtu d’un masque funéraire.
A suivre ...
Le Chevalier à l'épée – 5/ -

Résumé : Le séjour de Gauvain au château dure un certain temps. Jugeant que son absence a assez duré, il se décide à repartir avec sa dame. Elle veut bien l'accompagner à condition d'emporter ses deux lévriers. Peu après leurs adieux au père et leur départ, ils rencontrent un chevalier en armure qui veut emmener la fille. Comme Gauvain non équipé ne peut le combattre d'égal à égal, l'autre propose que la dame choisisse qui elle veut suivre. Gauvain est confiant et accepte ce jeu.
Elle se décida pour l'homme qu'elle n’avait jamais vu. Le héros fut humilié ; mais il était si modéré et si sage que , malgré toute sa colère, il ne dit mot, et continua sa route.
A la grande stupeur de Gauvain, la dame choisit l'étranger (précisément, dit le poète, parce qu'elle connaissait les talents de Gauvain et était curieuse d'éprouver ceux de l'autre).
La demoiselle,quand elle eut fait quelques pas, s'aperçut que les chiens suivaient Gauvain. Elle voulut les ravoir et exigea de son nouvel amant qu'il allât les reprendre.

« Lorsqu'il s'est agi de ma maîtresse,répondit Gauvain au chevalier, vous avez exigé qu'on s'en rapportât à elle , et qu'elle fût libre de choisir. Il s'agit des chiens maintenant; eh bien! appelons-les, et qu'ils soient de même à celui de nous deux qu'ils suivront. »
La proposition était si raisonnable qu'on ne pouvait s'y refuser sans injustice.
Les chiens furent appelés; et ces animaux fidèles, sourds à la voix d'un inconnu, accoururent aussitôt à celle de l'homme qui les avait vus et caressés au château. « Ami, ajouta le prince, je viens de recevoir une leçon que probablement on vous rendra bientôt; mais auparavant apprenez de moi qu'on voit tous les jours des ingrates trahir ceux qui ont tout fait pour elles, et qu'on n'a point vu encore un maître délaissé par le chien qu'il a nourri. »
Le chevalier ne répondit rien, et s'en retourna; mais, quand la demoiselle le vit revenir seul, elle entra en fureur et lui déclara que, s'il ne lui rendait ses chiens, elle ne voulait le revoir de la vie.

Il galope donc de nouveau après Gauvain, la lance en arrêt. Le prince, forcé de se défendre, se couvre adroitement de son écu, et en même temps il porte au ravisseur un tel coup de la sienne, qu'il l'enlève hors de la selle. Il saute ensuite à terre, met l'épée à la main, lui soulève les pans du haubert, et lui perce le flanc; puis, appelant les chiens, il remonte tranquillement sur son cheval.
La demoiselle s’était approchée pour voir le combat. Sans ressources par la mort de celui à qui elle venait de se donner, elle se jette en larmes aux pieds de Gauvain, lui demande pardon et le conjure de ne pas l'abandonner seule, aux approches de la nuit, dans cette forêt. « Je vous laisse où vous m'avez laissé, répondit-il. Avec les talents que je vous connais, vous saurez y trouver compagnie; adieu. Alors il la quitta et il arriva le soir à Carduel, où il raconta son aventure, que l'on eut soin d'écrire aussitôt.
Explicit: | ... por sa mie qu'il perdi, |

La première partie comprend deux histoires '' connues '' qui n'ont rien à faire l'une avec l'autre : celle de l'hôte qui met à mort tous ceux qui ne lui obéissent pas, et celle du lit périlleux où un chevalier élu entre tous peut seul dormir sans être tué par une arme magique.
On peut encore noter que le piquant de l'aventure est bien émoussé par le fait que Gauvain a reçu d'avance l'avis qu'il doit se soumettre à tous les ordres qu'il recevra.
Le glaive magique a deux fonctions contradictoires : désigner, en l'épargnant seul, le meilleur chevalier du monde, et protéger la virginité de la jeune fille.. Après deux tentatives où il est légèrement blessé, il y renonce; cela lui fait jouer un rôle assez peu digne pour un chevalier incomparable. Le matin surtout, quand il reste penaud devant les questions du père au sujet de ses blessures, il fait vraiment une piètre figure.
Dans la deuxième partie, la jeune fille qui était présentée sous les traits les plus sympathiques ( alors qu'elle avait – quand même - déjà subi dans son lit, l'assaut de plus de vingt amants, qu'elle a vus tués à ses côtés à cause des désirs qu'elle leur inspirait... ! ) et qui paraissait aimer sincèrement Gauvain, se conduit, alors, comme une créature absolument méprisable et préfère un inconnu, par simple curiosité sensuelle... Les petits chiens seraient donc plus fidèles que leur maîtresse...!
Le Chevalier à l'épée – 4/ -

Résumé : Après un bon repas, voilà Gauvain et la fille couchés et nus dans le même lit. Malgré l'avertissement, Gauvain s'approche de la fille. Mais une épée suspendue au-dessus du lit s'anime et vient blesser Gauvain, au flanc. C'est une blessure légère. La fille lui explique que maints chevaliers ont perdu la vie dans ce lit. Gauvain ne se résigne pas et tente à nouveau et est une seconde fois blessé au flanc. Il se résigne.
Au petit matin, le chevalier est contrarié de revoir Gauvain vivant. Mais comme l'épée devait épargner le meilleur chevalier, Gauvain est déclaré tel et peut sans danger cette fois, donner libre cours à son désir avec la fille qui l'accepte. Il peut même prendre possession du château, ce à quoi il renonce.
Alors Gauvain en remercie le châtelain :

« Sire, dit-il, bien suis payé, de la pucelle seulement. »
On sut bientôt dans les environs qu'au château était un chevalier que l'épée redoutable avait épargné. De toutes parts, on accourut pour le féliciter, et sa victoire fut célébrée le jour même par une fête et des divertissements. Après le festin, les ménétriers entrant dans la salle, la firent retentir du son des violons, des flûtes et des chalumeaux: d'autres chantèrent s'accompagnant de la vielle ou de la harpe. Ceux-ci lurent des romans: ceux-là contèrent des fabliaux; et pendant ce temps, les conviés s’amusaient aux échecs ou à d'autres différents jeux.

Des troupes de musiciens ambulants étaient disponibles pour amuser la noblesse, dans les grandes fêtes, dans les cours plénières et aux mariages.. Cette profession, que la misère, le libertinage et la vie vagabonde, faisait qu'elle était fort décriée, exigeait pourtant une multiplicité de connaissances et de talents: ils pouvaient déclamer, chanter, accompagner et improviser en musique, jouer de plusieurs instruments : chansons anciennes et nouvelles, et aussi des historiettes courantes , des contes et fabliaux, qu'ils se piquaient de savoir; outre les romans du temps qu'il leur fallait connaître et posséder en partie.. Souvent aussi, ils étaient auteurs... Enfin il y en avait qui, à tous ces talents, joignaient la science de l'escamotage, de la jonglerie et de tous les tours connus
Du jeu d'échecs, on dit que ce sont des sarrasins que l'apprirent nos croisés. Un changement qu'on y fit sur la seconde pièce, qu'aujourd'hui nous nommons reine, et qu'ils nommaient fierce (vierge) présente une réflexion intéressante. Cette pièce dans l'orient s'appelle le ministre: elle ne peut aller que de case en case comme le pion, et s'éloigner du roi que de deux. De ce ministre, la galanterie chevaleresque en fit une dame: puis, trouvant que cette marche gênée, trop ressemblante à l'esclavage des femmes d'Asie, et contraire aux égards dont jouissaient celles d'Europe, lui convenait peu, ils lui en donnèrent une aussi libre qu'elle pouvait l'être, et en firent la pièce de toutes la plus importante. Eudes de Sully, évêque de Paris sous Philippe-Auguste, défendit aux clercs de jouer aux échecs , et même d'en garder chez eux.

Les plaisirs furent ainsi prolongés jusqu'à la nuit. Alors tout le monde se retira pour dormir. Quant aux deux amants, ils furent conduits en pompe dans cette même chambre où ils avoient été enfermés la veille; et comme cette fois-ci l'un n'eut point l'épée fatale à craindre, l'autre n'eut pas non plus de représentations à lui faire.
Après être resté quelque temps dans le château, uniquement occupé de ses plaisirs, Gauvain songea cependant à son départ. Une absence aussi longue pouvait causer des inquiétudes au roi, son oncle : il prit donc congé du père, et partit avec sa mie pour Carduel. Elle montait un joli cheval richement enharnaché. Lui , armé comme quand il était venu, l’accompagnait monté sur son grand palefroi.

Mais ils avaient à peine fait cent pas que la demoiselle, s'arrêtant tout à-coup avec une sorte de colère, se plaignit d'avoir laissé au château deux chiens qu'elle avait nourris et qu'elle aimait plus que tout. L'amant empressé retourna aussitôt: il les ramena et l'on continua de marcher.
Vers le milieu de la forêt s'offrit un chevalier armé de toutes pièces, et qui voyageait seul. Le prince s’apprêtait à le saluer, quand celui-ci, poussant brutalement son cheval entre les deux amants, saisit par le frein celui de la demoiselle et s'en fit suivre.

Je n'ai pas besoin de vous dire quelle fut la colère de Gauvain; mais, que pouvait-il contre un homme en armure (invulnérable) avec une épée, une lance et un écu? Il s'avança vers lui cependant, et avec un ton de fierté menaçante: «Vassal , s'écria-t-il , vous venez de commettre l'action d'un lâche. Si vous ne l'êtes pas, quittez vos armes, ne gardez que celles que j'ai, ou donnez-moi le temps d'en trouver de pareilles aux vôtres; et alors disputez-moi ma maîtresse, si vous l'osez. »
Le chevalier répondit froidement : « Vous pouvez sans crainte m'insulter; je suis armé, vous ne l'êtes pas, et j'ai sur vous trop d'avantage; mais, écoutez-moi. Cette femme est votre maîtresse, dites-vous; sans doute, parce que vous vous en faites suivre. Eh bien ! je vais l'emmener à mon tour, et elle sera la mienne. Au reste, pourquoi nous battre et ne pas nous en rapporter à elle, puisque c'est d'elle qu'il s'agit? Éloignons-nous tous deux, laissons-la choisir et suivre celui à qui elle croira devoir donner la préférence. Si elle retourne à vous, j'y renonce et vous quitte; mais si elle vient à moi... - Oh! de tout mon cœur, reprit Gauvain qui, sûr de sa mie , ne croyait pas que, pour l'univers entier, elle eût même hésité un seul instant: Çà, la belle,jugez-nous et prononcez-vous ».
A ces mots ils s'éloignent. Elle les regarde tous deux, les examine, balance; et devinez quel fut son choix?














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