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Noël
6 janvier, 25 mars, 10 avril, 29 mai, toutes ces dates ont, à un moment de notre histoire, été célébrées comme marquant la naissance du Christ, avant que ne s’impose le 25 décembre.
L'origine du mot '' Noël '' serait gauloise, il viendrait de deux mots gaulois "noio" (nouveau) et "hel" (soleil). Cette origine fait référence au caractère profane de la fête et notamment à la fête du solstice d'hiver fêtée par les Gaulois. D'ailleurs, La bûche de Noël vient d'une coutume païenne; on rallume le feu au début de l'année...

'Christmas' en anglais, signifie la messe du Christ...
Comme toujours les grandes fêtes religieuses chrétiennes et les fêtes païennes se superposent et s'entremêlent, il est donc difficile de retrouver les origines exactes de la fête de Noël.
Au Moyen-Âge, Noël ! Noël ! était le cri de joie poussé par le peuple à l'arrivée d'un heureux événement.
Au Moyen-âge, Noël ce n'est pas seulement, le 24 au soir, ou le 25 décembre … C'est toute la période de l'Avent ; et la fête elle-même peut durer plusieurs semaines...

Noël avec Cornacchia.
Un peu de féerie, dans ce monde médiéval et brutal ...
C'est Noël en féérie... Sont de sortie belles princesses et monstres effrayants, sur fond de paysages fantastiques, tous se rendent à la fête...
C'est l'univers féérique incroyable et touchant de Cornacchia. L’artiste russe Cornacchia laisse libre court à son imagination et crée de véritables chefs d’œuvres de créativité.
Chaque image raconte un morceau d’histoire où l’étrange et le mignon se côtoient habilement.
Cornacchia se sert de son talent en photomanipulation, autant que celui en digital painting pour réaliser des illustrations colorées, détaillées, si réalistes qu’on a envie de toucher, ou de goûter !
Sagesse et Magie au Moyen-âge
La réputation du Roi Salomon, au Moyen-âge, est au plus haut ; en sagesse, mais aussi pour avoir été un roi exorciste et magicien... Ce modèle ambivalent a clairement inspiré le roi Alphonse X de Castille (1252-1284) et sa politique de traduction d’ouvrages d’astronomie, d’astrologie et de magie, destinée à percer les secrets de Dieu, de la nature et de son peuple.
Ce modèle, a peut-être aussi inspiré le roi de France Charles V (1364-1380), dit ' le sage '
Après la peste ( depuis 1347..), le froid polaire de l'hiver 1364, et les famines, après les
défaites militaires de ses prédécesseurs ( Crécy, Poitiers …) ; Charles V diminue la domination anglaise grâce Du Guesclin. Il établit enfin officiellement des règles de succession à la couronne claires et précises. Le trône revient à l’héritier mâle le plus proche, et le domaine royal devient indivisible. Le Roi de France devient le seul habilité à battre monnaie : la monnaie devient enfin stable et Charles V en profite pour renforcer et rationaliser la fiscalité...
<- Du-Guesclin-fait-connetable-par-charles V - 1370
Charles V est aussi reconnu pour son immense savoir ... Dès 1367, il transforme le Louvre en Palais Royal et y crée une bibliothèque immense, forte de milliers de manuscrits. Aristote, Saint-Augustin, Traités d’Histoire, d’astrologie,…
« On ne peut trop honorer les clercs qui ont sapience, tant que sapience sera honorée en ce royaume, il continuera à prospérité, mais quand déboutée y sera, il décherra. » Charles V. Quelques années plus tard, le royaume sera dirigé par son fils, Charles VI, dont les crises de démence dévastatrices mèneront le royaume de France au bord du chaos… !
* Pour ce qui est de l'art de la ''magie'', les consciences évoluent lentement...
Je retiens, ces citations:
Le ''Policraticus'' de Jean de Salisbury, au milieu du XIIe siècle: si « les magiciens […] sont ceux qui, avec la permission du Seigneur (Domino permittente), troublent les éléments, enlèvent aux choses leur aspect normal, […] bouleversent les esprits des hommes en leur envoyant des songes et les tuent par la seule violence de leur enchantement » ils sont également, et c’est nouveau, ceux qui « prédisent ordinairement l’avenir ». Joannis Saresberiensis Policraticus I-IV, 
A cette époque, les hommes ont du mal « à tracer la limite entre le savoir scientifique et les arts défendus, entre l'astronomie et l'astrologie, la psychologie et la divination, certaines expériences mystiques et les invocations du diable »
Françoise Autrand, Charles VI. La folie du roi.
Cependant, l'astrologie, les sortilèges et en général toutes les pratiques qui touchent à la sorcellerie et à la magie étaient très en vogue au XIVe siècle
''Démonstrations contre sortilèges'' est un traité en prose qu'Eustache Deschamps, poète de cour sous les règnes de Charles V et Charles VI, rédigea dans le dernier quart du XIVe siècle. Par son titre, cet ouvrage met en relation deux modes de pensée, l'une rationnelle, et destinée à établir une vérité, l'autre irrationnelle, relevant de pratiques obscures et gouvernée par le hasard.
Extrait par J. Véronèse, « Le Contra astrologos imperitos atque nigromanticos (1395-1396) de Nicolas Eymerich ( inquisiteur catalan) : « par l’art de nigromancie nous ne pouvons pas juger de manière certaine et infaillible, ni même de façon conjecturale des choses cachées présentes, passées ou futures. Cette conclusion se justifie ainsi. Le diable, invoqué dans les sacrifices et attiré par les honneurs divins, qui parle et répond dans les cadavres des morts, est notre ennemi capital, notre hostile séducteur, le menteur, et même le pire des menteurs, et par conséquent par les réponses qu’il donne dans les cadavres susdits nous ne pouvons ni ne devons juger des événements occultes susdits de manière certaine, infaillible, voire même conjecturale »
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Ce livre – Le Liber Razielis – Raziel de l'hébreu, signifie ''secret de Dieu'', secret délivré à Adam après l'expulsion du paradis, en un livre de magie révélant les mystères de la Création. Dans ce livre, le fameux ''Semiphoras'' : la connaissance de ce nom caché et omnipotant de Dieu, retrouvé par Salomon, est susceptible de donner au roi magicien, nouveau Moïse, un pouvoir quasi divin sur les éléments et sur les hommes.
« Salomon dit : J'ai trouvé le Semiphoras, par lequel Moïse a fait les plaies en Egypte, a asséché la Mer Rouge, produit de l'eau à partir de la pierre et traversé le désert, par lequel il savait tous les secrets de son peuple,a vaincu rois, princes et puissants, a parfait tout ce qu'il a voulu faire et accomplir, a détruit tout ce qu'il voulait détruire, et par lequel ila accompli tout ce qu'il a voulu en bien et en mal. » Liber Semiphoras ( Le Liber Semiphoras en annexe au Liber Raziel dans l'exemplaire de Halle, est consacré à un exposé sur le nom de Dieu formé de 72 noms de trois lettres …)
Viviane, la Dame du Lac
La fée Viviane est identifiée à la dame du lac.
Elle donne l'épée Excalibur au roi Arthur, guide le roi mourant vers Avalon après la bataille de Camlann, enchante Merlin et éduque Lancelot du Lac après la mort de son père.
Le même personnage peut se nommer Viviane, Niniane, Nyneve ou Nimue. * Viviane, vit dans la forêt, en compagnie de nombreux animaux féeriques, comme les dragons.
Elle enlève le tout jeune Lancelot, après la mort de son père le roi Ban de Bénoïc. Elle l'emmène au plus profond d'un grand lac duquel il crut ne jamais pouvoir ressortir, ignorant qu'il s'agissait là du « passage » obligé pour rejoindre le royaume merveilleux et caché d'Avalon, l'île sacrée, ultime refuge de la tradition celtique. Viviane enseigne les arts et les lettres à Lancelot, lui insufflant sagesse et courage. Elle fait de lui un chevalier accompli. Elle le mène alors à la cour d'Arthur, à Camelot, pour y être adoubé.
* Selon de nombreuses variantes de la légende, Merlin succombe aux charmes de Viviane et elle lui demande de lui enseigner ses secrets. Merlin apprend à Viviane pratiquement tout ce qu'il sait. Finalement, Viviane, voulant en faire son « amant éternel », enferme Merlin dans une grotte, ou dans une tour...
Dans d'autres versions, c'est pour préserver sa virginité des assauts répétés du vieil enchanteur, que Viviane lui demande de l'initier à la magie. Dans le seul but de la conquérir, Merlin accepte, tout en sachant (grâce à son don prophétique) qu'elle causera sa perte.
Viviane l'enterre vivant dans une tombe grâce à un enchantement (cf. le Lancelot en prose ou le Merlin Huth, romans du XIIIe siècle par exemple).
La tombe sera figurée par un cercle de pierres magiques dans d'autres versions.
Parfois, Viviane et Morgane s'affrontent, à l'aide de leur magie...
Viviane protège Arthur, sa cour et l'idéal courtois et chevaleresque qu'il incarne, tandis que Morgane veut la perte de son frère et de sa belle-sœur, la reine Guenièvre (cf. le Lancelot en prose, le Merlin Huth et La Mort le roi Arthur par exemple).
Gauvain et le Chevalier Vert -2/2-
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Le dernier jour, de plus en plus insistante, la jeune femme réussit à donner trois baisers à Gauvain. Mais elle ne s'arrête pas là, et veut lui offrir un gage de son amour.
Après avoir refusé une bague, Gauvain se voit offrir une ceinture verte aux pouvoirs magiques importants, qui protège celui qui la porte de la mort. Après avoir considéré la terrible épreuve qui l'attend le lendemain, Gauvain accepte la ceinture, mais ayant promis à la belle dame de n'en toucher mot au seigneur, il ne donne à Bertilak que trois baisers...
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Le lendemain, alors que Gauvain est conduit par un homme de Bertilak jusqu'à la Chapelle verte, ce dernier lui propose de garder la vie sauve et de s'enfuir, sans que personne ne s'en aperçoive. Gauvain refuse catégoriquement une telle issue, et s'approche de la Chapelle verte. L'endroit ressemble davantage à un sanctuaire païen qu'à une chapelle, et Gauvain entend le bruit d'une faux que l'on aiguise.
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Le Chevalier vert apparaît enfin, et lui demande de se préparer à recevoir son châtiment. Gauvain retire alors son heaume et se met en position, attendant sa mort. Mais le Chevalier vert donne trois coups légers de sa hache. Au dernier coup de hache, seules quelques gouttes de sang s’échappent la nuque de Gauvain.
À peine a-t-il reçu la dernière entaille que Gauvain bondit vers son adversaire, estimant avoir tenu sa promesse jusqu'au bout. C'est alors qu'il se retrouve face à son adversaire souriant, qui lui explique qu'il est l'un des meilleurs chevaliers sur cette terre, car son seul péché a été de vouloir rester en vie.
Il lui avoue ensuite qu'il n'est autre que Bertilak, et la seule épreuve qu'a passée Gauvain se trouvait dans l'enceinte même du château, quand sa femme l'a tenté. Les deux premiers coups de hache valent pour les deux soirs où Gauvain a remis à Bertilak les présents reçus dans la journée; le troisième a puni Gauvain d'avoir gardé - pour lui seul - la pièce d'étoffe donnée par la belle épouse.
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Ayant par trois fois repoussé ses avances, il n'avait accepté que la ceinture verte, d'où l'entaille du dernier coup de hache.
Dès cet instant, Gauvain se fit la promesse de toujours porter la pièce d’étoffe afin de se remémorer cet instant de faiblesses.
La fée Morgane a contraint par enchantement Sir Bertilak - en le changeant en chevalier vert - à toute cette aventure pour effrayer la Reine Guenièvre ( et la faire mourir de peur...) et mettre Camelot à l'épreuve.
Sir Gawain and the Green Knight's Wife. Britis Library MS Cotton Nero A. X, art.3, f.129
Gauvain et le Chevalier Vert -1/2-
Gauvain, est le fils du roi Lot d'Orcanie et de la reine Morgause son épouse, il est aussi le neveu du roi Arthur et malgré la rudesse de son caractère, il est l'un des plus fidèles compagnons d'Arthur. Dans les romans français il n'occupe pas une place prépondérante, il laisse le premier rôle à Perceval ou à Lancelot alors que dans la tradition anglaise il très souvent le héros principal comme dans "Sire Gauvain et le chevalier vert".
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Dans ce récit, les chevaliers de la Table Ronde célèbrent Noël ( ou le solstice d'hiver) en compagnie du roi Arthur et de la reine Guenièvre; un chevalier vert s'annonce et porte insulte au roi Arthur.
Ce chevalier vert pourrait rappeler la figure rituelle du Feuillu lié au folklore saisonnier, et dont le sapin de Noël est l'emblème. Cet homme ''à moitié ogre'' arrive tout de vert vêtu... Il brandit une branche de houx...
Gauvain s'offre à laver l'offense et le chevalier vert lui propose un défi: le décapiter lui, ce chevalier inconnu et à accepter que ce dernier vienne lui réclamer sa tête au bout d’un an, jour pour jour…
Gauvain décapite le chevalier vert qui se relève et, sa tête sous le bras, lui rappelle de ne pas manquer à sa promesse. (à noter la scène de décapitation identique dans la légende celtique d' Uath et dans le Livre de Caradoc )
Dix mois plus tard, Gauvain, monté sur son fidèle destrier Gringalet,se met en quête du chevalier décapité. C'est alors que commence une aventure extraordinaire où son courage et sa loyauté seront mis à l'épreuve.
A quelques jours de Noël, alors qu'il erre dans une forêt...
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Comme par enchantement, un château apparaît à la lisière de la forêt. Il se nomme le château de Hautdésert, et appartient au seigneur Bertilak qui accueille Gauvain avec chaleur et joie. Étant donnée la fatigue du chevalier, le seigneur lui propose de rester et de se reposer quelques jours avant de repartir. Gauvain décline l'offre, car il doit avant tout retrouver la Chapelle verte et le chevalier vert. Bertilak le rassure aussitôt et lui apprend qu'elle n'est située qu'à quelques milles de là.
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Gauvain accepte donc de rester durant trois jours. Ils s'en vont à la messe de Noël où Gauvain rencontre la femme du seigneur, jeune et d'une grande beauté...
Du fait des festivités, Bertilak propose un jeu à Gauvain, connu sous le nom d'« échange des gains » : ce que, durant trois matins, Bertilak gagnera dans une chasse à coure, Gauvain l'aura en échange de ce que lui, resté à se reposer au château, aura gagné dans sa journée. Bertilak ordonne à son épouse de le divertir, en fait de le séduire.
Tous les matins, tandis que le seigneur Bertilak quitte le château de bon matin avec ses chiens et s’en va chasser, elle rend visite à Gauvain dans sa chambre. Gauvain ne veut accepter d'elle que des baisers, le chevalier refuse tout autre chose, à la fois il ne veut pas l'insulter en refusant ses avances et ne veut pas trahir la l'hospitalité de son mari. Tous les soirs, le seigneur et le chevalier annoncent ce qu’ils ont obtenu de la journée. Sincère, Gauvain rend ce que la jeune femme lui a offert dans la journée, pas plus qu'un baiser ...
La rencontre du mythe et de l'histoire des hommes... -3/4-
Merlin, serait un ''sorcier'', un mage... Ces personnages, en tant que prêtres des anciennes religions (druides, godi), ou en tant que devins ou sorciers, sont tenus pour des hérétiques, pour des êtres dangereux en raison de leurs pouvoirs diaboliques...Hugues de Saint- Victor (mort en 1141) par exemple, indique qu'ils tuent ou nuisent, confectionnent des amulettes, utilisent l'eau baptismale, les huiles saintes et le saint-chrême, font des statuettes qu'ils baptisent, font dire une messe des morts pour un vivant, utilisent charmes et incantations. Les pénitentiels nous apprennent qu'ils font des philtres pour susciter l'amour, provoquer l'avortement ou empêcher la fécondation...
Une des principales occupations des sorciers est la confection d'amulettes : Césaire d'Arles proscrit le port de characteres, morceaux de bois, de métal, de pierre, de tissus ou de parchemin couverts de signes; le troisième concile de Tours (813) interdit le port d'os d'animaux morts et d'herbes incantées, s'attaque au port de langues de serpent...
Cernunnos dieu celtique, symbolisé par le cerf ... | Saint Edern sur son cerf volant |
Et, finalement …
Une des formes que prend la lutte contre le paganisme est le développement d'un merveilleux chrétien: des déesses sont christianisées , comme sainte Brigitte en Irlande, les sources sont placées sous le patronage d'un saint thaumaturge, etc. Dès le VIe siècle l'hagiographie se développe, comme en témoignent la Vie de saint Martin, de Grégoire de Tours (538-594), puis celle de saint Cudhbert, de Bède le Vénérable (avant 705) ; des saints saurochtones apparaissent, la littérature des visions prend son essor à partir du VIIe siècle. Le commerce des reliques ou d'objets ayant appartenu à des saints vient peu à peu remplacer celui des phylacteria, ligaturœ, ligamina et charactered.
La lutte contre les devins, augures, oracles et autres esprits ne cesse pas de tout le Moyen Age mais change à partir de 771 environ.
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| Clovis et Clotilde |
La légende du baptême de Clovis est déjà, à bien des titres, remarquable : Dieu accorde la victoire au roi qui a promis d'embrasser la vraie foi, conception bien germanique de la réciprocité!
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| la Saint Charlemagne en France 1892 |
Jusqu'à l'avènement de Charlemagne, l'Église ne tolère rien qui ne fasse partie du dogme chrétien : ne va-t-elle pas créer une légende pour discréditer le souvenir populaire qu'a laissé Théodoric, cet arien? Le poids de la censure ecclésiastique est perceptible jusqu'au moment où l'Église trouve en Charlemagne le bras séculier qui lui faisait défaut.
Plus qu'aucun de ses prédécesseurs, le nouvel empereur romain a le sentiment profond que la religion requiert la sollicitude du prince et qu'elle engage sa responsabilité. Il va donc faire régner, ou du moins le tenter, la. pax christi, une des raisons pour lesquelles il sera canonisé en 1165. Il combat l'adoptianisme aux côtés du pape, assure l'existence du clergé en donnant à la dîme le caractère d'un impôt, soutient l'Église par le biais de ses lois: en 789, il s'attaque à la sorcellerie , en 775- 790 aux repas cultuels.
Sources : Paganisme, christianisme et merveilleux - Claude Lecouteux
La légende de Merlin l'enchanteur. 1/3
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Les seize premières miniatures ont été peintes en camaïeu par un artiste du Centre-Ouest de la France, le Maître de Charles de France. L'enluminure du folio 7 représente en une seule image plusieurs épisodes consécutifs à la naissance de Merlin : à gauche la naissance de Merlin, couvert de poils ; à droite son baptême, qui contrevient au projet du Diable de lutter grâce à lui contre l'action salvatrice de Jésus-Christ ; au centre le jugement de sa mère, tandis qu'on prépare déjà le bûcher pour son supplice.
Merlin l'Enchanteur
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ne fois, en Bretagne, une jeune femme mit au monde un bébé si velu qu'on n'en avait jamais vu de semblable. Elle demanda aux personnes qui l'assistaient de le porter immédiatement à l'église pour qu'il reçût le baptême. - Quel nom voulez-vous lui donner ? - Celui de son aïeul maternel, répondit la jeune femme.
C'est ainsi que le bébé fut appelé Merlin.
Or, Merlin avait pour père un diable, ce que sa maman n'osait avouer.
Tout en le berçant dans ses bras, elle l'embrassait malgré sa laideur et lui dit un jour :
- Parce que je ne peux désigner ton père, mon bébé chéri, tu seras appelé : « enfant sans père » et moi, selon la loi, je vais être condamnée et mise à mort. Pourtant, je ne l'ai pas mérité...
- Tu ne mourras certainement pas à cause de ma naissance.
Merlin avait alors tout juste neuf mois. La stupéfaction de sa mère en l'entendant parler fut si grande qu'elle le laissa choir. Aussitôt, l'enfant se mit à hurler, ameutant tous les voisins qui voulurent connaître la cause de ce vacarme. La mère de Merlin aurait-elle voulu par hasard le tuer ?
- Figurez-vous que Merlin parle comme une grande personne, expliquait-elle à tous ceux qui l'interrogeaient. Comme Merlin gardait la bouche close, à présent, cela rendait la chose encore plus extraordinaire et plus mystérieuse.
À la fin, certaines personnes, espérant l'entendre, le rudoyèrent. - Ah ! dirent-elles, il eût mieux valu pour ta mère que tu ne fusses jamais né. - Taisez-vous ! cria aussitôt le nourrisson, rouge de colère. Laissez ma mère en paix. Nul ne sera assez hardi, tant que je vivrai, pour lui faire du mal ou justice, hors Dieu. Si jamais gens connurent l'ébahissement, ce fut bien ceux qui entendirent ces mots. Et tous, sans exception, s'empressèrent de colporter la nouvelle à travers le village, tant et si bien, qu'elle parvint aux oreilles du juge.
Or le juge se dit : « Peut-être ferais-je bien de me débarrasser de cette affaire que j'avais oubliée et de convoquer cette mère que je dois condamner à être brûlée vive. » Au demeurant, le juge ne croyait en rien tout ce qui se racontait. Aux questions gênantes qu'il lui posa, la mère ne put que baisser la tête jusqu'à ce que Merlin, qu'elle tenait dans ses bras, éternuât bruyamment et s'écriât :

- Ce n'est pas de si tôt que vous la condamnerez, monsieur le Juge...
- Ah ! fit le magistrat qui n'en croyait pas ses oreilles. Et tu vas me dire pourquoi, j'espère...
- Certainement, répondit Merlin imperturbable, car si l'on condamnait toutes les personnes qui ne peuvent avouer le nom du père de leur enfant, il y aurait ici quantité de gens qui seraient brûlés. Je le ferais bien voir, si je voulais.
Et, ajouta le poupon belliqueux, je connais mieux mon père que vous le vôtre, monsieur le Juge, ne vous en déplaise...
À ces mots, le magistrat, le rouge au front, se disait : « ce garçon est extraordinaire. Non, je ne puis le tuer. » - Qui donc est ton père ? dit-il enfin de sa voix la plus douce. - Un de ces diables qui ont nom incubes et qui habitent l'air. De lui, j'ai la science infuse et celle des choses faites, dites, et passées. Je connais également celles qui doivent arriver...
- Les choses faites, dites et passées... répéta le juge en tremblant. Et comme il ne devait pas avoir la conscience bien tranquille, il décida de laisser la mère de Merlin en liberté.
Celui-ci vécut heureux et choyé auprès d'elle jusqu'à l'âge de sept ans.
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La tour croulante
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| Manuscrit enluminé ( XIIIe) montrant Uther Pendragon , Æthelbert [ homonymie nécessaire ] , le roi Arthur et Oswald de Northumbrie , de Epitome des Chroniques de Matthieu Paris |
Il y avait alors en Bretagne un roi qui se nommait Constant. Il mourut bientôt en laissant deux enfants en bas âge : Moine et Uter Pendragon. Or, le sénéchal du royaume, un certain Voltiger, homme féroce, plein d'ambition, et qui briguait le trône, donna l'ordre de tuer les enfants.
Uter Pendragon eut la chance d'échapper à cet ordre en partant clandestinement, avec de fidèles amis, pour une ville étrangère. Et Voltiger, se croyant sûr de pouvoir agir à sa guise, ne tarda guère à se faire couronner roi de Bretagne. Mais il n'était pas digne d'une aussi haute charge. Il n'aimait que les honneurs et point du tout ses sujets. Et ses sujets le savaient bien, qui haïssaient ses petits yeux au regard méchant, et sa bouche large et mince qui ne s'ouvrait que pour blâmer et punir. Voltiger, en dépit de cette impopularité qu'il sentait grandir autour de lui, était décidé à demeurer roi coûte que coûte. Aussi voulut-il, pour se protéger, faire bâtir aux portes de la ville une tour si haute et si forte qu'elle ne pût jamais être prise. Les maçons se mirent donc à l'oeuvre, mais à peine la tour commençait-elle de s'élever de trois ou quatre toises au-dessus du sol, qu'elle s'écroula. Voltiger convoqua ses maîtres maçons et contenant à peine son mécontentement, il leur commanda d'employer la meilleure chaux et le meilleur ciment qu'ils pourraient trouver. Et gare à eux si le travail ne s'accomplissait pas correctement ! Ainsi firent-ils, vous le pensez bien.
Hélas ! quand elle fut presque achevée, une seconde fois, la tour s'écroula. Puis une troisième, et une quatrième. Si bien que les châtiments tombaient drus sur les maçons et que le roi enrageait de plus en plus. Finalement, dans la crainte de ne jamais voir sa tour édifiée, Voltiger s'avisa qu'il valait mieux s'adresser aux mages et aux astronomes qu'aux maçons. Après onze jours de graves discussions, ceux-ci persuadèrent le roi que la tour ne tiendrait jamais si l'on ne mélangeait au mortier le sang d'un enfant de sept ans, né sans père.
- Que douze messagers partent immédiatement à travers la Bretagne et ramènent un enfant qui réponde à ces conditions, ordonna Voltiger.
Un beau matin, l'un de ces messagers rencontra sur sa route des jeunes garçons en train de s'amuser. Parmi eux se trouvait Merlin. Et Merlin, qui connaissait toutes choses, s'avança vers lui et dit :
- Je suis celui que tu cherches, Messager. Enfant sans père dont tu dois rapporter le sang a ton roi.
- Qui t'a dit cela ? demanda le messager interloqué.
Ce garçon ne ressemblait pas tout à fait aux autres garçons. Il n'avait pas le regard rieur et naïf des jeunes enfants.
- Si tu me certifies que tu ne me feras aucun mal, j'irai avec toi et je t'expliquerai pourquoi la tour ne tient pas, poursuivait Merlin. Mais je pourrais d'abord te montrer que je sais bien d'autres choses, ajouta-t-il négligemment.
- Vraiment ? dit le messager. Allons Parle... Et il regardait Merlin avec une méfiance non déguisée.
- Eh bien, il s'agit d'une tour que le roi Voltiger voudrait bâtir, mais la tour s'écroule toujours. Alors il a réuni des mages... Du geste, le messager l'interrompit. Il se disait : « ce garçon est extraordinaire. Non, je ne puis le tuer. »
- Viens avec moi, ordonna-t-il à Merlin. Et, saisissant le bras de l'enfant, il ajouta plus doucement : n'aie pas peur. Merlin, lisant dans sa pensée, accepta volontiers de le suivre. Auparavant, il alla embrasser sa mère qu'il rassura pleinement. Tout au long du chemin, le messager acquit la conviction que Merlin était l'être le plus prodigieux qui eût jamais foulé le sol breton et qu'il se devait, en conséquence, de le maintenir en vie. Seulement, quand il arriva à quelques kilomètres du palais, il se demanda comment il s'y prendrait avec Voltiger. Merlin aurait-il une idée ?
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| Merlin et Vortigern |
- Dis au roi la vérité, répondit Merlin. Donne-lui l'assurance que je lui expliquerai pourquoi il ne parvient pas à bâtir sa tour. Ainsi fit le messager, si bien que le roi, intrigué au plus haut point, manda Merlin, lequel prononça alors ces mots :
- Sous les fondations de la tour, habitent deux dragons. L'un est rouge et l'autre est blanc. Quand le poids de la tour devient trop pesant pour eux, ils éprouvent le besoin de se retourner. C'est à ce moment que les murs s'écroulent.
- Dans ce cas, il ne reste qu'une chose à faire, dit le roi, creuser le sol. Et aussitôt des ouvriers se mirent au travail. Dès qu'ils atteignirent la base des fondations, ils trouvèrent deux énormes dalles qu'ils soulevèrent.
Merlin avait raison : deux dragons en sortirent qui se jetèrent sauvagement l'un contre l'autre. Stupéfaits, intrigués, Voltiger, sa cour et tous les ouvriers suivirent la bataille, qui dura deux jours.
Le dragon rouge parut d'abord avoir le dessus, mais le blanc, plus agile parce que plus jeune, finit par le tuer. Cependant, son triomphe fut bref, car il se coucha et mourut à son tour. S'adressant à Voltiger, Merlin lui dit : - Maintenant, tu peux faire édifier une tour. Voltiger hocha la tête. Après un temps de réflexion, il demanda : - Saurais-tu me dire ce que signifie la bataille des deux dragons ?
Merlin sourit : - Promets-moi d'abord de ne point me malmener pour t'avoir dit la vérité. - Je te le promets. 
- Alors, écoute bien : le dragon rouge, c'est toi, Voltiger, le dragon blanc, c'est Uter Pendragon. Dans quelques jours, vous entrerez en lutte : toi pour garder, lui pour reconquérir son royaume usurpé. Et le dragon blanc sera vainqueur du dragon rouge. À ces mots, le roi pâlit. Uter Pendragon était-il donc encore un vivant avec lequel il fallait compter ? Le coeur lourd d'angoisse, il décida par prudence d'envoyer une armée à Wenchester. Pouvait-il se douter que lorsque ses gens verraient luire au soleil les bannières d'Uter Pendragon sur le bateau qui l'amenait de Petite Bretagne au-devant de cette armée menaçante, ils le reconnaîtraient aussitôt pour leur roi légitime ? C'est ce qui arriva pourtant et Voltiger, abandonné de ses soldats et de ses amis, n'eut que le temps de s'enfuir dans un de ses châteaux forts. Il y demeura quelques jours en proie à la peur, puis, ainsi que l'avait prédit Merlin, il mourut pendant l'assaut qu'Uter Pendragon donna à la forteresse.
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Jeux de Merlin

Il advint qu'Uter Pendragon, devenu roi de Grande-Bretagne entendit parler de l'extraordinaire Merlin, qui non seulement connaissait toutes choses, mais possédait encore de singuliers pouvoirs. Le roi décida donc de le faire vivre à sa cour, et envoya des messagers à sa recherche, sachant qu'il se cachait dans la forêt de Northumberland.
Un jour que l'un de ces messagers parcourait cette forêt épaisse et toute bruissante du murmure des feuilles, il aperçut, vêtu d'un bliaud élimé, les cheveux hirsutes, la barbe longue, et portant sur 1'épaule la cognée des bûcherons, un homme très maigre qui l'aborda en ces termes :
- Beau Sire, vous ne faites guère, me semble-t-il, la besogne dont vous a chargé votre seigneur...
Amusé autant que déconcerté par cette remarque, l'enquêteur s'arrêta et, d'un ton de plaisanterie, demanda au bûcheron de quoi il se mêlait. Sans répondre directement à la question, celui-ci déclara :
- Si je cherchais Merlin, il y a belle lurette que je l'aurais trouvé ! Cependant, il m'a recommandé de vous dire qu'il se rendra au palais si le roi en personne vient le quérir en cette forêt. Ce qui eut pour résultat de faire ouvrir des yeux tout ronds de stupéfaction à l'enquêteur.
- Merlin ! répétait-il. Tu connais donc Merlin... ? Le bûcheron hocha la tête, puis il disparut dans un fourré après une pantomime compliquée autant qu'intraduisible. Quand le roi Uter Pendragon apprit la chose, il n'hésita pas une seconde :
- Je pars au-devant de Merlin, dit-il. Et c'est ainsi que le roi et ses gens chevauchaient, un beau matin d'automne, à travers feuilles et buissons odorants et jaunis. Parvenus a une clairière, ils virent un troupeau de moutons, puis le jeune berger qui les gardait. Ils l'interrogèrent.

- Connaîtrais-tu Merlin, par hasard ? - Certes, répondit le berger. - Tu es son ami ? - J'attends un roi et si ce roi venait, je saurais bien le mener à Merlin.
- Eh bien, conduis-nous à lui... Comme le berger se grattait la tête et paraissait hésiter, Uter Pendragon s'avança et se nomma. - Je suis le roi lui-même, dit-il. - Et moi je suis Merlin, dit le berger. Les compagnons du roi poussèrent des cris d'indignation. Quoi ! Ce berger presque contrefait se prendre pour... Mais ils n'eurent pas le temps de terminer leur phrase : à la place du berger apparut le jeune enfant qui avait expliqué à Voltiger devant tous ses courtisans ce que signifiait la bataille des deux dragons.
Alors, le roi et ses compagnons, fort impressionnés, le saluèrent et l'entourèrent. C'est ainsi qu'on apprit, pour la première fois, en Grande-Bretagne, que Merlin possédait le pouvoir de se transformer à sa guise et de prendre l'apparence d'un autre. Cependant, Uter Pendragon eut beau lui promettre monts et merveilles, Merlin refusa de vivre à sa cour. Comme c'était un sage, il se contenta de remercier le roi et de l'assurer de son aide, préférant laisser aller les choses et ne point donner aux courtisans des sujets de jalousie, ce dont il eût été le premier à pâtir. Le roi s'inclina, mais dès qu'un problème se posait, qu'une question restait sans réponse, il appelait Merlin qui accourait. Ce fut ainsi que grâce à lui, Uter Pendragon put vaincre des ennemis redoutables, les Saines, et grâce à son pouvoir d'enchanteur, donner aux soldats morts, près de Salisbury, un cimetière aux pierres tombales venues d'Islande, si longues et si lourdes que nul homme n'aurait pu les soulever, même avec un engin. Et tant que le monde durera, ces pierres seront là...
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La duchesse de Tintagel
Uter Pendragon était maintenant fort et puissant ; cependant, au milieu de ses soldats, il lui arrivait de s'ennuyer. Il songeait alors à la présence d'une reine auprès de lui, mais aucune femme ne lui paraissait assez belle ni assez sage pour lui plaire. Un jour, pourtant, il décida de rassembler pour une grande fête, dans son château de Carduel, au Pays de Galles, les seigneurs des environs, avec les dames et demoiselles. Il vint beaucoup d'invités, et parmi eux, Ygerne, l'épouse du duc Hoel de Tintagel. Dès que le roi la vit, il en tomba amoureux. Mais il n'y avait place, dans le coeur de la belle Ygerne, que pour son mari, en dépit des amabilités de toutes sortes que lui prodigua son suzerain. Convaincu qu'il ne pourrait jamais la conquérir, Uter Pendra on en éprouva un si profond chagrin qu'il en serait peut-être mort, si Merlin...

Oui, si Merlin l'enchanteur n'était accouru à son secours.
- Que faire ? Que faire ? gémissait le roi. - Sire, pourriez-vous me promettre un don... ? - Je n'ai rien à te refuser, Merlin... Merlin souriait.
Le roi songeait déjà, à son intention, à quelque récompense, mais à sa grande surprise, Merlin fit simplement préparer les chevaux.
- Voudrais-tu voyager ? demanda le roi.
- Nous allons partir tout de suite pour Tintagel, répondit Merlin. Peu avant d'arriver au château, Merlin descendit de son palefroi et cueillit une touffe d'herbe au bord du ruisseau. Puis, la donnant au roi :
- Il serait bon, sire, que vous vous en frottiez la figure, dit-il. Se demandant ce qui allait bien lui arriver, le roi se hâta d'obéir et aussitôt, il prit la taille et les traits du duc Hoel de Tintagel. Quand il se regarda dans le ruisseau, il n'en croyait pas ses yeux. À la porte du château, les guetteurs n'éprouvèrent aucun doute, et le firent entrer, le reconnaissant pour leur maître. Il était tard et la nuit ne se parait ni de lune ni d'étoiles. Qui fut encore trompée par les apparences et accueillit Uter Pendragon en croyant recevoir son époux ?
Ygerne, bien sûr, pour le plus grand bonheur du roi.
Hélas ! la semaine n'était pas terminée, qu'Ygerne apprenait que son mari avait été tué au cours d'un combat la nuit même où elle l'avait cru de retour. Jugez de son désarroi. La pauvre duchesse de Tintagel pleura toutes les larmes de son corps.

Cependant, Uter Pendragon l'aimait toujours et même davantage. Il s'empressa donc de solliciter sa main. Désemparée et libre désormais, Ygerne la lui accorda. Mais, honnêtement, elle tint à ce que le roi sache ce qui lui était advenu, certaine nuit très sombre, comment elle avait cru voir son mari. Le roi hocha la tête et sourit mystérieusement.
- Ce n'est pas tout, dit Ygerne.
- Quoi donc, ma belle amie ? Et Ygerne avoua qu'elle serait bientôt mère. Alors le roi soupira et dit doucement :
- Il ne faut en parler à personne. Quand votre enfant sera né, nous le confierons à quelqu'un qui s'en occupera. Ce fut alors que Merlin rappela au roi la promesse qu'il lui avait faite, et sollicita, en guise de don, le nouveau-né.
- C'est entendu, dit Uter Pendragon, cet enfant est tien. Et Merlin le remit à l'un des plus honnêtes chevaliers du royaume, Antor, qui le fît baptiser sous le nom d'Artus et qui l'éleva en compagnie de son propre fils que l'on appelait Keu.
Personne, sauf Merlin, ne se doutait du fabuleux destin qui attendait Artus.
Texte venu du web, auteur inconnu, merci à lui.
Ballade contée au Moyen-âge -8/8-
Et, ce jour, les deux amants éclatent de sanglots douloureux.
« Recevez mon dernier adieu, s’écrie Guillaume! C’en est fait, il n’est plus de bonheur pour moi dans cette contrée, et il faut que je la fuis, puisque je ne puis devenir votre époux. Maudites soient à jamais les richesses qui me font perdre tout ce que j’aime.
Mais, mon cher Guillaume, ne désespérons pas encore : il nous reste une ressource...
- Vous m'aviez parlé que près d’ici, à Eyjaux, vous avez un vieil oncle de l’âge de mon père et son ami d’enfance ; si vous lui êtes cher, comme je ne puis en douter, allez le trouver et lui confiez le secret de notre amour : sans doute il a aimé dans son jeune âge ; il aura pitié de nous. Dites-lui qu’il peut faire mon bonheur et le vôtre ; je ne lui demande pour cela qu’un service simulé ; c’est de vous céder, pendant quelques jours seulement, trois cents livres de rentes sur sa terre ; qu’il vienne alors me demander pour vous à mon père : il m’obtiendra de son amitié, j’en suis sûre ; et dès que nous serons unis, nous lui remettrons en mains l’acte de son bienfait ! Ah ! mon doux ami, ai-je besoin de ses présents pour t’aimer !
- J’allais mourir, s’écria Guillaume ; vous me rendez l'espoir et la vie. »
Il court aussitôt chez l’oncle et le supplia de seconder son amour, sans lui avouer cependant qu’il est aimé de la demoiselle.
« Votre choix ne mérite que des éloges, répondit celui-ci ; j'ai beaucoup entendu parler de votre mie, elle est charmante, soyez tranquille, je me charge de l’obtenir de son père, et je vais de ce pas la lui demander. » En effet, il monte aussitôt à cheval.
Guillaume, transporté de joie, part de son côté pour Châlucet où est annoncé un tournoi qui doit durer deux jours. Pendant toute la route il ne s’occupe que du bonheur qu’il pourra enfin goûter. Hélas ! il ne soupçonne guère qu’on songe à le trahir.... !
L’oncle est reçu par le père à son ordinaire ; on se met à table, où tout en buvant l’un à l’autre, les deux ''vieillards'' racontent leurs antiques prouesses en amour et en chevalerie. Mais quand on eut desservi et que tout le monde s'est retiré :
« Mon vieil ami, dit le seigneur d'Eyjaux, je suis garçon et m’ennuie de vivre seul ; vous allez bientôt marier votre fille et vous trouver de même. Acceptez une proposition que j’ai à vous faire : accordez-moi Ermengarde ; je lui abandonne tout mon bien, je viens demeurer avec vous et nous ne vous quittons plus jusqu’à la mort. » Cette proposition enchante le père ; après avoir embrassé son vieux gendre, il fait venir sa fille, à laquelle il annonce l’arrangement funeste qu’ils vient de conclure ensemble.
Si la demoiselle est consternée, je vous le laisse à penser. Elle ne rentre dans sa chambre que pour se désoler, pour maudire mille fois la trahison du perfide vieillard, pour appeler à son secours le malheureux Guillaume. Pendant ce temps, le chevalier travaille à la mériter en se couvrant de gloire à Châlucet, et il est bien loin d’imaginer que par une noirceur abominable son oncle la lui enlève, et de plus, en le déshéritant. Le soir, elle courre à la poterne, car elle ignore qu’il est au tournoi ; mais après avoir attendu longtemps sans le voir paraître, elle se croit abandonnée.
Le jour fatal vient d’être fixé par les vieillards au surlendemain. Le futur a demandé que le mariage et la noce se fissent en urgence, et en son château d'Eyjaux. En conséquence, il est réglé que, pour arriver de bonne heure, on partirait au point du jour ; et, en attendant, le gendre et le beau-père envoient dans tout le voisinage inviter leurs amis, c’est-à-dire ceux des gens de leur âge... Le lendemain, arrivent, les uns après les autres, ces barbons au corps décrépit, au front ridé, et à la tête chauve. Jamais ne s'est vue assemblée de noce plus burlesque. On pourrait penser qu'ils viennent tous, avant de partir pour l’autre monde, se dire le dernier adieu.
La journée est employée à préparer les ajustements et la parure de la triste mariée. Elle étouffe intérieurement de douleur, et se voit obligée pourtant de dévorer ses larmes et d’affecter un visage tranquille. Le père vient de temps en temps examiner si l’ouvrage avance. Dans une de ces visites, quelqu’un lui demande s’il a songé à faire venir suffisamment de chevaux pour conduire à Médot toutes les personnes qui doivent s’y rendre. « Les hommes ont les leurs sur lesquels ils sont venus, répondit-il. Ceux de mes écuries serviront ; mais, en tout cas, pour ne pas nous trouver embarrassés, il n’y a qu’à en envoyer chercher quelques-uns de plus chez mes voisins. »
Et sur-le-champ il dépêche un domestique qu’il charge de cette commission.
Celui-ci se rappelle en route que Guillaume a un cheval gris magnifique, et réputé le plus beau de toute la vicomté. Le balourd croit que ce serait sans doute flatter sa jeune maîtresse que de lui procurer, pour une cérémonie aussi agréable, une pareille monture, et il va chez le chevalier l’emprunter.
Guillaume, après avoir remporté le prix du tournoi, passe chez son oncle pour chercher la réponse qu’il attend; mais ne l’ayant pas trouvé et s’imaginant que le père apparemment fait quelque difficulté, il est revenu chez lui, du reste si parfaitement tranquille sur cette affaire, si plein de confiance en la parole du négociateur, qu’en entrant il commande qu’on fasse venir son ami Bertran le troubadour pour chanter avec lui quelques chansons amoureuses. Il se flatte que son oncle se fasse un plaisir de venir lui annoncer lui-même la réussite de son message, et, dans cet espoir, il a sans cesse les sens tournés vers la porte.
C'est un domestique qui finit par apparaître, qui, le saluant de la part de son maître, lui demande au nom du vieillard, pour le lendemain son beau destrier gris. « Oh ! de toute mon âme, répond Guillaume, et pour plus longtemps s’il le veut. Mais quel besoin a-t-il donc de mon cheval ? Sire, c’est pour mener à Eyjaux, Ermengarde, notre demoiselle. Sa fille ! Eh ! que va-t-elle faire à Eyjaux? Se marier. Quoi ! est-ce que vous ne savez pas que votre oncle l’a demandée à monseigneur, et qu’il l’épouse demain matin au point du jour ? »
À ces paroles Guillaume reste pétrifié d’étonnement. Il ne peut croire une trahison aussi noire et se la fait certifier une seconde fois. Malheureusement pour lui, les coupables sont tels qu’il ne peut s’en venger. Il se promène pendant quelque temps en silence, les yeux baissés et l’air furieux. Soudain, il s’arrête, appelle son écuyer, fait seller le cheval gris, et le livre au valet. « Elle le montera, se dit-il à lui-même, et en le montant elle songera encore à moi. Ne suis-je pas trop heureux de contribuer à ses plaisirs ? Mais non, c’est à tort que je l’accuse. On a forcé sa main, elle n’en est que plus à plaindre ; moi, j’ai son cœur, et tant que je vivrai, elle aura le mien. »
Le chevalier alors appelle tous ses gens. Il leur distribue le peu d’argent qu’il a, et leur permet de quitter son service dès l’instant même. Ceux-ci éperdus lui demandent en quoi ils ont eu le malheur de lui déplaire. « Je n’ai qu’à me louer de vous tous, répond-il, et je voudrais qu’il me fut permis de vous mieux récompenser ; mais la vie m’est à charge, partez et laissez-moi mourir. »
Les infortunés se jettent en larmes à ses genoux ; ils le conjurent de vivre et le supplient d’agréer qu’ils restent auprès de lui pour adoucir ses maux. Il les quitte sans leur répondre et va s’enfermer dans sa chambre.
On dort pendant ce temps au château du père. Pour pouvoir partir de grand matin on s’y est couché de bonne heure, et le guetteur du donjon a ordre d’éveiller tout le monde au son du tocsin, dès que le jour commence à paraître : Ermengarde seule ne peut reposer. L’instant de son malheur approche et elle n’y voit plus de remède. Vingt fois dans la journée la pauvrette a cherché l’occasion de s’enfuir. Elle l’aurait fait sans crainte si la chose avait été possible, mais elle a trop d’yeux à tromper, et son unique consolation est de passer la nuit dans les larmes.
Vers minuit la lune se lève. Le guetteur, qui le soir a un peu bu et qui s’est endormi, se réveille tout à coup et voyant une grande clarté, croit qu’il est déjà tard, et se hâte bien vite de sonner son tocsin. Aussitôt tout le monde de se lever, et les domestiques de seller les chevaux. Le destrier gris, comme le plus beau, est destiné pour la demoiselle. À cette vue, elle ne peut contenir sa douleur et fond en larmes. On n’y fait point attention, parce que ces larmes sont attribuées au regret de quitter la maison paternelle. Mais quand il est question de monter le cheval, elle s’y refuse si opiniâtrement qu’il faut l’y placer comme de force.
On part: d’abord marchent les domestiques, hommes et femmes, puis les gens de la noce, puis la mariée qui, peu empressée d’arriver, s’est mise à la queue de la troupe. On l’a confiée à un vieux chevalier, homme sage et renommé, lequel doit lui servir de parrain pour la cérémonie, et celui-ci ferme la marche.
Il y avait pour arriver à Eyjaux trois lieues à faire, toujours dans la forêt, et par un chemin de traverse si étroit, que deux chevaux peuvent à peine y passer de front. Il faut donc aller à la file. Pendant la première demi-lieue on cause, on s’égaye un peu ; mais nos barbons qui n’ont pas dormi suffisamment succombent bientôt au sommeil. Vous auriez ri de voir leurs têtes chenues vaciller à droite et à gauche ou tomber penchées sur les cous des chevaux.
La demoiselle suit, trop occupée de sa douleur pour songer à eux. Pareille à ces condamnés qu’on mène au supplice, et qui, pour vivre quelques instants de plus, retardent la marche autant qu’ils peuvent, elle ralentit le pas de son cheval. Mais on n’a pas fait une lieue que, sans le vouloir, elle se trouve séparée de la troupe Son vieux conducteur ne s’en aperçoit pas davantage, parce qu’il sommeille comme les autres. Cependant ses yeux s’entr’ouvrent de temps en temps ; mais comme il voit toujours devant lui le destrier gris, ils se referment tout aussitôt : les chevaux, au reste, n’ont pas besoin de guides ; dans un chemin pareil ils ne pouvent s’égarer.
Il y a un endroit pourtant où la route se partage en deux ; l’une est la continuation de celle d'Eyjaux, et l’autre un petit sentier qui conduit chez Guillaume. Tous les cavaliers de la troupe ont suivi la première comme de raison ; et le cheval du vieux parrain ne manque pas de suivre la trace des autres. Pour le palefroi gris, depuis le temps qu’il conduit son maître au rendez-vous de la poterne de Lasnours, il est si fort accoutumé au sentier, qu’il le prend à son ordinaire.
Il faut, pour arriver chez Guillaume, passer à gué une petite rivière. Au bruit que fait le cheval en mettant le pied dans l’eau, Ermengarde sort de sa triste rêverie ; elle se retourne pour appeler le parrain à son secours, et ne voit personne ; seule et abandonnée dans une forêt à pareille heure, un premier mouvement d’effroi la fait tressaillir ; mais l’idée de pouvoir échapper au malheur qui la menace étouffe sa frayeur ; et elle pousse hardiment son cheval dans la rivière, prête à périr, s’il le faut, plutôt que de consommer cet hymen abhorré. Il n’y a rien à craindre ; le cheval, selon sa coutume, traverse de lui-même le gué ; et bientôt il arrive chez son maître.
Le guetteur apercevant la demoiselle corne aussitôt pour avertir, et vient lui demander ensuite, à travers la petite porte du pont-levis, ce qu’elle veut. « Ouvrez vite, crie la jeune fille, c’est une femme poursuivie par des voleurs qui vous demande secours. » L’autre regarde par le guichet : il voit une jeune personne parfaitement belle et couverte d’un riche manteau d’écarlate. La parure, la beauté de la demoiselle, ce cheval gris qu’elle monte et qui lui semble être le palefroi de Guillaume, l’étonnent au point qu’il croit que c’est quelque fée favorable que la compassion amène auprès de son bon maître pour le consoler. Il court aussitôt l’avertir. Guillaume a passé la nuit dans les larmes. Ses gens, véritablement affligés parce qu’ils l’aiment, n’ont pas voulu se coucher plus que lui. De temps en temps ils vont sans bruit écouter à sa porte, dans l’espoir que peut-être sa douleur s’allège; mais l’entendant toujours soupirer et gémir, ils reviennent pleurer ensemble. Cependant, des qu’il apprend qu’une femme est à sa porte, par courtoisie il va au-devant d’elle et fait baisser le pont-levis.
O joie inespérée ! O bonheur ! il voit sa mie. Elle s’élance dans ses bras, en criant : « Sauvez-moi » ; et en même temps elle le serre avec les siens de toutes ses forces, et regarde derrière elle d’un air d’effroi, comme si réellement des ravisseurs l'ont poursuivie.
« Rassurez-vous, s’écrie-t-il, rassurez-vous, je vous tiens et il n’y a personne sur la terre qui puisse désormais vous arracher à moi. » Alors il appelle ses gens, leur donne différents ordres, et fait lever le pont. Mais ce n’est pas assez ; pour être parfaitement heureux, il faut qu’il soit de façon urgente l’époux d'Ermengarde ; il la conduit donc à sa chapelle, et, mandant son chapelain, lui ordonne de les marier ensemble. Alors la joie rentre dans le château ; maîtres et domestiques, tous paraissent également enivrés de plaisir ; et jamais à tant de chagrin ne succèdent aussi promptement des transports de joie aussi vifs.
Il n’en est pas ainsi à Eyjaux. Tout le monde y est arrive excepté la demoiselle et son gardien. Mais on a beau se demander ce qu’ils sont devenus, personne ne peut l’apprendre. Enfin son gardien parait, toujours dormant sur son cheval ; et il est fort étonné, quand on le réveille, de ne plus voir la mariée devant lui.
Comme on soupçonne qu’elle ait pu s’égarer dans la forêt, plusieurs domestiques sont détachés pour aller la chercher. Mais on sait bientôt à quoi s’en tenir par l’arrivée d’un écuyer qu’envoie Guillaume, et qui vient annoncer que la demoiselle est chez lui et - de la part du chevalier - invite le père et tous les gentilshommes de la noce à se rendre chez lui. On y court ; Guillaume va au-devant d’eux, tenant par la main sa nouvelle épouse qu’il leur présente sous cette qualité.
À ce mot d’abord s’élève dans la troupe un grand murmure. Mais quand Guillaume prie qu’on l’écoute, quand il a conté toute l’histoire de ses amours jusqu’à l’aventure de son fidèle destrier, tout change. Ces vieillards, blanchis dans des principes d’honneur et de loyauté, témoignent même leur indignation de ce qu’on les a rendus complices d’une perfidie ; et ils se réunissent tous pour presser le père de ratifier l’union des deux jeunes gens.
Celui-ci ne peut s’y refuser, et la noce se fait chez Guillaume.
L’oncle est mort dans l’année ; le chevalier par cet événement hérite d'Eyjaux. Peu de temps après, son beau-père étant mort aussi, il se voit un des plus riches seigneurs de la Vicomté de Limoges, et Guillaume et Ermengarde ont vécu aussi heureux qu’ils méritaient de l’être.
-- Fabliaux adapté du Lai du Palefroi Vair (Histoire du cheval gris)
Ballade contée au Moyen-âge -7/.-
A vouloir goûté un bien si précieux, il en garde nostalgie, dès sa séparation... Et, le jeune chevalier en désire encore... Mais l'épouse de son seigneur, lui fait comprendre, qu'elle n'acceptera plus de répondre à aucun marché venant de lui.
Cependant, le jeune chevalier souhaite à présent le soutien de sa dame, dans son projet matrimonial – je le rappelle, il avait imaginé avec son ami Bertran, de s'attacher la Dame de son seigneur ; pour obtenir d'elle son soutien à son projet de mariage avec Ermengarde, qui, l'espère t-il, l'attend avec plus de fidélité qu'il ne le fait lui-même...- Mais, depuis sa victoire … Dame Emma, l'évite...
Guillaume se dit, comme si ce nouveau défi l'accaparait à nouveau : que cette fois-ci, il saura utiliser la nouvelle conquête de la dame de son seigneur...
La dame même, après en avoir goûté, s'ennuie de ses empressements ; et Guillaume la prie, alors, de le soumettre, lui, à un défi, qu'il s'engage à mener à bien, pour son amour d'elle. Et, elle imagine de s’en défaire en lui faisant quelque proposition bizarre et dont l’exécution est impossible.
- Il faut me construise ici près, hors de la ville, au mois de janvier, un jardin, rempli de verdure, de fleurs, d’arbres couverts de feuilles, comme au mois de mai
Dame Emma déclare que si Guillaume ne satisfait pas son désir, qu’il ne la revoit plus jamais... !
- Et s'il m’importune encore, elle découvrira à son mari, à ses parents, tout ce qu'elle leur a caché jusqu’à présent...
Elle pense ainsi se débarrasser du chevalier de la bonne façon.
Il arrive enfin, ce mois si désiré, et la nuit après les fêtes de Noël, lorsque toute la campagne est couverte de neige et de glace, le magicien fait tant, avec le secours de son art, qu’il apparaît dans un pré voisin de la ville un des plus beaux jardins qu’on ait jamais vus, réunissant les fleurs et la verdure du printemps aux fruits de l’automne.
Dès que messire Guillaume voit ce prodige, Dieu sait s’il est comblé de joie. Il fait aussitôt cueillir les plus beaux fruits et les plus belles fleurs, et les envoie secrètement à la dame de Hauterive, en l’invitant de venir voir le jardin qu’elle a demandé, pour être convaincue de l’amour dont il brûle pour elle.
Quand la dame voit les fleurs et les fruits que son amant lui a envoyés,... elle commence à se repentir de sa promesse.
Cependant la curiosité de voir des choses si nouvelles la fait glisser légèrement sur le repentir, et elle va, avec plusieurs damoiselles, voir ce jardin miraculeux. Après l’avoir examiné, loué et admiré, elle s’en retourne chez elle le cœur très-affligé, songeant à quoi ce jardin l’oblige. Son trouble est si violent, qu’il ne lui est pas possible de le déguiser, si bien que son mari s’en aperçoit. Il lui en demande la raison. La 'situation' lui fait renfermer pendant quelque temps son secret au dedans d’elle-même ; mais enfin, pressée d’une manière à ne pouvoir s’en défendre, et résolue de sortir de situation, elle lui conte la dernière partie de cette aventure.
D’abord le mari se fâche, se met en colère, sans trop faire du bruit ; ensuite, considérant l’honnêteté de sa femme, il se calme sagement.
« Dame Emma , il ne convient pas à ma femme, lui dit-il, de prêter l’oreille aux discours des amants, et encore moins de faire un marché déshonnête, quel qu’en soit le prix ; car c’est par l’oreille qu’on arrive jusqu’au cœur, et il n’est rien de difficile dont l’amour ne puisse venir à bout. Tu as donc commis deux fautes, la première d’écouter les discours d’un homme amoureux, l’autre de prendre des engagements. Mais, pour la tranquillité, je veux bien te mettre à portée de remplir ta promesse, en t’accordant ce qu’un autre refuserait sans doute ; d’ailleurs, il est à craindre que si Guillaume n’est pas satisfait, ce ''magicien'', qui le sert si bien, ne nous jouera quelque mauvais tour. Va donc trouver le chevalier, et fais tous tes efforts pour sauver à la fois ton honneur et ta parole ; si cela n’est pas possible, que le corps cède, mais que la volonté résiste. »
La dame feint de pleurer, et dit qu’elle ne veut pas de la permission qu’il lui donne ; mais le mari use d’autorité, et il faut obéir.
Le lendemain, dès la pointe du jour, Dame Emma, travestie, accompagnée d’une servante, se rend au logis de messire Guillaume. Quel n'est pas son étonnement quand on lui annonce une pareille visite ! Il se lève et appelle le jardinier-magicien :
« Viens voir, lui dit-il, viens voir de quel trésor ton art me rend possesseur. » Il va au devant de la belle, et après l’avoir saluée avec toutes les démonstrations de la joie, il la fait entrer dans une belle chambre. Quand elle y est assise :
« Madame, lui dit-il, si l’amour que je vous ai voué, et que je vous conserverai toute ma vie, peut mériter quelque récompense, dites-moi, je vous prie, quelle heureuse occasion vous appelle chez moi à cette heure... ?
– Ce n’est point l’amour qui m’amène ici, lui répond-elle , le rouge aux joues ; ce n’est point non plus la promesse que je vous ai jurée, c’est … C'est uniquement pour obéir à mon mari, qui, plus sensible à votre amour criminel qu’à son honneur et au mien, m’a lui-même ordonné de venir vous trouver. Me voilà donc chez vous, par son ordre, et prête à faire tout ce qu’il vous plaira. »
Si la visite inopinée de la femme de son seigneur étonne messire Guillaume, son discours l’étonne bien davantage. Touché de la générosité de Guy de Hauterive, l'amour pour sa dame, se change en admiration.
« À Dieu ne plaise, ma dame, que je sois assez peu loyal et assez ingrat pour souiller l’honneur d’un homme qui a daigné s’attendrir sur mes maux ! Vous pouvez donc demeurer ici, si bon vous semble, tant que vous le jugerez à propos, avec l’assurance d’y être respectée comme ma sœur. Vous en sortirez quand il vous plaira, à condition cependant que vous voudrez bien témoigner à seigneur Guy, dans les termes que vous jugerez convenables, la juste reconnaissance dont je suis pénétré pour son généreux procédé, et que vous l’assurerez que je suis pour la vie son vassal chevalier et son serviteur. »
À ces mots, Dame Emma cache un peu sa déception, et assure être rassurée...
« J’avais de la peine à me persuader, lui dit-elle, que vous fussiez assez peu délicat pour profiter de ma situation...Ma reconnaissance, égale votre sacrifice, et je ne doute point que mon mari ne la partage. »
Guillaume ensuite, s'empresse de la soutenir pour que Guy de Hauterive consent – en suzerain – à son mariage avec Ermengarde la fille du seigneur de Laron... Et Guillaume raconte à sa dame de cœur, le refus du père de la jeune fille à la lui accorder...
Après ces mots, dame Emma prend congé, et court raconter à son mari tout ce qui s’est passé...
Inspiré d'un conte : Le jardin enchanté du Décameron













































