Le mal
" le mal en moi dit "je" " Simone Weil
Nous préfèrerions être dissociés du mal… Le mal pourrait être un diable, par exemple, qui serait un « autre »… Ce que symboliquement, il est habile de ritualiser, pour ne pas s’identifier à la faute.
Peinture du Caravage: détail de 'Madonna dei Palafrenieri ' ( Jésus soutient le pied de marie, qui écrase le serpent. )
L'intérêt de « la faute originelle » c'est, qu'elle me rappelle à la vigilance…
Le diable n’existe pas, il n’est l’image que d’un « transfert ».
Le "maître spirituel" Arnaud Desjardins, vient de mourir ...
Arnaud Desjardins né en 1925, vient de mourir ce 10 août 2011 , à Grenoble.
Lui-même disciple, de Swâmi Prajnanpad, a rencontré de grands maîtres orientaux ( Mâ Anandamayi, Taïsen Deshimaru …) qu’il a contribué à faire connaître. Il a écrit une quarantaine d’ouvrages, et animait l’ashram de Hauteville à Saint-Laurent-du-Pape.
J’ai lu plusieurs de ces livres, et je regrette de ne pas l’avoir rencontré. De très nombreux baptisés, qui se sont détachés de « l’Eglise », ont retrouvé grâce à son enseignement, la profondeur du message chrétien… Je lui dois, personnellement, d’avoir participé à éteindre cette colère ( néfaste) dont j’ai hérité avec un enseignement chrétien qui assume mal, encore aujourd’hui, ce témoignage hypocrite et sclérosant que véhicule l’histoire récente du catholicisme …
Arnaud Desjardin, a su montrer aux nombreux « déçus du christianisme », que la Voie du Christ, bien avant d’être une doctrine, pouvait être une méthode , « un yoga », pour accéder à la vie spirituelle ( « surabondante »), promise « à ceux qui découvrent en eux le Royaume des cieux comme leur réalité essentielle ( la nature de Bouddha ..) …
Arnaud Desjardins reçoit une éducation très religieuse dans le protestantisme français. Il fait de nombreuses retraites dans des monastères cisterciens…
« Je dis simplement qu’il est dommage que des occidentaux s’extasient devant les richesses de l’Orient et ignorent complètement celles du christianisme » ( En relisant les Evangiles , Page 12)
Et c’est, sans aucun doute, une faute contre l’Esprit, que de considérer comme ennemis de la Vérité, les nombreuses voies traditionnelles non-chrétiennes.
Disciple du Christ, je dois pouvoir dire, selon les enseignement d’Arnaud Desjardins, et en reprenant une écriture hindoue : « Aucune religion, pas même la mienne, n’est plus grande que la Vérité ». « ..pas même la mienne », effectivement, je ne peux m’enrichir de l’altérité, que si, moi-même, je suis bien en appui ( fondations de ma maison …) sur « ma religion » ; en l’occurrence « catholique ».
« Vous n’avez pas peur de la mort, vous avez peur de la Vie » Arnaud Desjardins
Eloge de la religion
Nous avons besoin de la religion ( catholique, en ce qui me concerne…) pour nous apprendre à devenir chrétien. La religion n’est donc qu’un véhicule, mais nécessaire…
Aux injonctions de toutes sortes : « Sois bon ! » « Aime.. ! » « Libère-toi ! » etc …
Je
pourrais dire que ma religion m’est nécessaire en ce que je ne suis pas chrétien, et que j’ai le désir de le devenir … De plus, je ne peux devenir chrétien, aux seules forces de ma volonté et de
mon intelligence… Je compte sur la Foi, c’est à dire sur la grâce ( par la prière …) [ mais aussi, bien sûr, sur ma volonté ( et une méthode ) et sur l’intelligence ( la raison ..). Pour ce qui
est de la méthode, là aussi bien entendu, j’ai besoin de la religion … ]
Prière:
De Saint Ignace de Loyola
" Prends Seigneur et reçois toute ma
liberté,
ma mémoire, mon intelligence
et toute ma volonté.
Tout ce que j'ai et tout ce que je possède,
c'est Toi qui me l'as donné.
Tout cela, Seigneur, je Te le rends.
Tout est à Toi, disposes-en
selon Ton entière volonté.
Donne-moi seulement de T'Aimer,
donne-moi cette grâce,
elle seule me suffit. "
L'Incréé et les "énergies divines"
" La science, et la connaissance de certaines techniques, permettent d’être en prise directe avec le Divin… Ce savoir, est caché…
puisqu’il permettrait d’atteindre Dieu, seul … sans Eglise! "
Il y a parmi les controverses théologiques, une ( qui pourrait en englober d’autres …) qui mérite à mon avis d'être prise en considération parce qu’elle rejoint aujourd’hui certains débats ( que nous croyons modernes …) sur « le surnaturel « ( tendance paranormal )… Je veux parler, de tous ces débats par forums interposés, ou conférences, livres… sur « les énergies divines, champs, ondes .qui permettraient d’expérimenter la réalité « matérielle », voire la mise en équation de ..comment dire ? – je ne dirai pas du « divin », mais je reprendrai le termes des pères ( lors de ces fameuses controverses ) : L’incréé.
Le terme, même, me semble signaler la contradiction qu’il y aurait de se lancer dans une entreprise qui consisterait à expérimenter scientifiquement « l’incréé » !
Cependant - dans cette hypothèse, en contradiction avec le message catholique ( il y a une logique ! ) –
cela signifierait que « le monde » ( la création ) et Dieu ne
seraient pas séparés … qu’il n’y aurait pas d’altérité entre le créé et l’incréé… ! ( voir le document du Vatican : « Jésus-Christ, le Porteur
d'eau vive. Une réflexion chrétienne sur le « Nouvel Age »...).
Ainsi, le Messalianisme ( hérésie gnostique condamnée au concile d'Ephèse en 431) affirmait que l'on pouvait accéder au salut par une méthode ascétique extrême aux résultats garantis… Et, dans un langage moderne, que les « énergies divines » permettaient de connaître expérimentalement le Divin…
Saint Grégoire Palamas qui fut au XIVe siècle le grand docteur de la théologie de la Lumière incréée, permettra de concilier l’apparente contradiction qu’il pourrait y avoir entre la voie mystique et la voie théologique.
« L’essence divine reste totalement incommunicable et Dieu s’unit à l’homme dans ses énergies dans lesquelles il est totalement présent : « L’illumination et la grâce divine et déifiante n’est pas l’essence, mais l’énergie de Dieu ».
Dans le Traité contre Akindynos, Palamas écrit : « Dieu est appelé Lumière non selon son essence mais selon son énergie ». Une série de conciles échelonnés de 1340 à 1360 donnèrent raison à saint Grégoire et officialisèrent la doctrine de la distinction de l’essence et des énergies divines » "Dieu est Lumière" par le Père Pierre Struve
Ce début de réflexion, est à mon avis salutaire, quand on a le désir d’approfondir le contenu de sa Foi .. Il s’agit de raisonner valablement et de bien différencier : naturel et surnaturel, science et Foi, religion et mystique ..etc…
Malher décède à Vienne le 18 mai 1911, à 51ans ...
Nous célébrons, en 2011, le centenaire de la mort de Mahler.
Mahler naquit le 7 juillet 1860 à Kalist, aux confins de la Bohême et de la Moravie, second des 14 enfants de Bernhard Mahler, cafetier et distillateur, et de Maria
Hermann.
Il était donc issu d'une famille modeste juive et servit de père de famille à ses frères et sœurs dont tant moururent tragiquement. Le père tenait un débit de boisson, sa mère boitait et
cela le marquera toute sa vie ; Violence du père, douceur de la mère, mort de huit de ses frères et sœurs. Pendant sa première année, ses parents s’établirent en Moravie à Jihlava,
où il passa son enfance.
En 1875 après avoir commencé à apprendre le piano, il est admis au conservatoire de Vienne avec l'appréciation "musicien-né".
Il débute sa carrière de chef d'orchestre à Bad Hall, une station balnéaire près de Linz. Presque par hasard et pour gagner sa vie. Ensuite viennent Ljubljana (1881-1882), Olonouc, Moravie (1883) et Kassel, Prusse (1883-1885). Il est nommé en 1885 "kappelmeister" de l'opéra de Prague, où il dirige la Neuvième symphonie de Beethoven, lui assurant une solide réputation.
Grâce à Brahms et un réseau d’amis, il est nommé Le 8 avril, comme Kapellmeister de l'Opéra de Vienne. Six mois plus tard, il est nommé directeur de l'opéra de Vienne. En
septembre 1898, Mahler prend la tête de l'Orchestre Philharmonique de Vienne. Il a donc tous les pouvoirs sur la capitale musicale du monde.
Il passa les dix années suivantes à Vienne et y acquit une réputation de perfectionnisme. Pendant cette période, pendant laquelle il alternait la direction pour neuf mois de l’année et la
composition le reste du temps - principalement à Maiernigg, où il avait une petite maison sur le Wörthersee
Dans cette période de splendeur il monte avec succès Tristan (1903), Fidélio (1904), Don Giovanni (1905), Figaro (1906). Il fait la connaissance d’Arnold Schoenberg, Alexander von Zemlinski et du
groupe Sécession, composé, en outre, des peintres Gustav Klimt et de Karl Moll. Ensuite, il compose de 1901 à 1910, sa 4e (1900) après son s'installation à Maiernigg,
« Chaque été, dans une
cabane, en pleine nature arborée, Mahler conçoit des partitions qui correspondent à des mondes. Ses symphonies sont "des romans et des épopées; ses lieder satisfont son désir de poésie". Mahler
mêle "à son univers musical toute une mémoire sonore familière (fanfares militaires, refrains populaires, rengaines juives), soulignant cruellement le conflit entre l’idéal et la réalité, entre
la nostalgie de l’enfance et l’effroi devant le temps qui dévore". »
1901 Composition de la Cinquième Symphonie. En novembre, Mahler rencontre Alma Schindler chez le docteur Zuckerkandl.
1902 Le 9 mars, mariage d'Alma Schindler (1879-1964) et Gustav Mahler et en eut deux filles. À Maiernigg, achèvement de la Cinquième Symphonie.
1907, année maudite et à cause d'attaques reçues à l'égard de ses origines et de sa musique, Mahler s’épuisait . Suite au décès d’une de ses filles, de Maria Anna (Putzi), l'aînée de ses
filles en 1907 tout s’effondra autour de lui.. Cette fille adorée, Putzi, avec qui, il se retirait pour parler avec elle une langue inconnue des autres, racontait des histoires que personne ne
connaîtra et sortait de la chambre le visage couvert de confiture. La même année, il se découvrit une maladie de cœur et il perdit son emploi à Vienne, en proie aux attaques d’une presse
largement antisémite, après avoir sans trop de succès essayé de défendre ses propres œuvres. Alors que sa quatrième symphonie avait reçu un accueil assez favorable, il lui fallut attendre 1910
pour rencontrer un vrai succès public avec la huitième symphonie. Ses œuvres ultérieures ne furent jamais exécutées en public de son vivant.
Mahler était en butte à des attaques antisémites de plus en plus virulentes quand il reçut une offre pour diriger le Métropolitain Opéra à New York. Il y dirigea une saison en 1908 mais fut
écarté au profit d’Arturo Toscanini. Il revint à New York l’année suivante pour y diriger l'Orchestre philharmonique de New York. Il restera donc deux ans au Met à New York, puis fera une tournée
avec la Philharmonie, mais sera contraint de s'arrêter, malade, durant la deuxième saison de concerts.
En 1910, il rencontre Freud pour résoudre une grave crise conjugale, en revisitant ses peurs enfantines d’un père violent
1911 En
février, Mahler tombe malade : il souffre d'une endocardite lente. Se sachant condamné il veut mourir chez lui, il retourne à Paris en avril : il est hospitalisé à Neuilly.
Il veut revoir Vienne et un lent convoi ferroviaire l’emmenera à Vienne après d’innombrables arrêts dans les gares où des milliers de gens voulaient le saluer. Il arrive à Vienne début Mai.
Puis il décède à Vienne le 18 mai 1911, à 51 ans à peine et après avoir pris un tournant fondamental dans sa musique. Immense est donc la perte. Un orage épouvantable se déchaîna au
moment de sa mort. Son dernier mot fut « Mozart ». Il avait voulu à tout prix retourner à Vienne, un convoi ferroviaire qui s’arrêtait à chaque gare envahie par les gens pour le saluer,
laissant inachevée sa dixième symphonie. Il y est enterré au cimetière de Grinzing avec cette inscription « Ceux qui m’aiment savent où je suis, les autres n’ont pas besoin de le
savoir".
« A la différence de Schubert, qui ne voit d'autre issue que la mort, Mahler pose déjà le début et la fin de son œuvre : cette quête d'une sorte de sérénité et d'apaisement, par dissolution dans la nature, et apprivoisement du néant. Déjà le Chant de la Terre perce dans ces chants d'amour déçu. Bien sûr le thème central du romantisme allemand depuis Novalis est bien présent : la quête de l'inaccessible fleur bleue, et le mythe du "Wanderer", de l'errant qui doit au-delà des aubes impossibles, des lumières des villages entrevus, poursuivre sa route sans espoir. »
« Comme Klimt en peinture, Mahler incarne dans le domaine sonore la Sécession viennoise, ce courant avec lequel il entretenait des rapports étroits. Leur art sensuel, raffiné, hédoniste se situe au carrefour du postromantisme, du symbolisme et de l'impressionnisme. Ils peuvent légitimement se réclamer de Mahler, artiste aux multiples facettes dont le versant morbide et noir aboutirait à Schönberg et à ses amis, le panthéisme et l'idéalisme de l'autre versant (celui de la Symphonie n° 3) se prolongeant chez Marx, Schreker et leurs émules. »
Cet été-là, août 1907, fut pour le compositeur le temps des tragédies : le 12 juillet, sa fille aînée Maria Anna mourut de la scarlatine. Peu après, il apprit qu'il était atteint d'une maladie
cardiaque. À la fin de l'été, très atteint par le déchaînement d'une campagne de presse antisémite contre lui, il démissionna de son poste de directeur de l'Opéra de Vienne.
Valery Gergiev : " Diriger Mahler, c'est organiser le chaos "
« Dans certains mouvements de ses œuvres, Mahler a cherché à atteindre un niveau sonore presque insoutenable. Comme une déflagration. Prenez le début de la Symphonie n° 6 : pendant plus de cinq minutes, il n'y a aucune pause, aucune respiration. Après un ultime paroxysme, Mahler passe à une musique pastorale, en opposition totale avec ce qui précédait. Une grande paix s'installe, mais ce monde idéal est aussitôt submergé par le second mouvement, encore plus violent. Je crois que Mahler a voulu exprimer sa peur. Il avait senti que des forces obscures, contre lesquelles le monde devrait se battre, étaient là, en sommeil. Avec sa musique, Mahler défendait un amour de la vie et de la beauté qui allait être piétiné par la barbarie des totalitarismes au XXe siècle. »
Sources: Wikipedia, et "espritsnomades.com" et Michel Fleury...
Lionel RAY
Seconde après seconde le soleil
entre dans la chambre, il est venu
de la proche montagne, a traversé
l’écroulement silencieux des nuages.
Puis l’haleine de la clarté toucha
les toits et les vitres, et de mouvantes
géométries sont apparues sur la table
et le papier, cheminant entre les doigts.
Entre les mots, dans les zones indécises
du silence, et tu te demandais
si cela qui vibre sur la page était
du temps, un temps très ancien,
visiteur furtif qui approche à pas feutrés
puis disparaît sans écho.
Ce poème est de Lionel Ray. Les photos de Fernand
Bignon (1888-1969)
L’attention et Perceval
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Chez Chrétien de Troyes, Perceval échoue dans la première partie de sa quête, par son incapacité à questionner … Certains lient cette faculté à une forme d’attention…
« L’attention est la forme la plus rare et la plus pure de la générosité.
Il est donné à très peu d’esprits de découvrir que les choses et les êtres existent.
Depuis mon enfance je ne désire pas autre chose que d’en avoir reçu avant de mourir la révélation complète. […]
Cette découverte fait en somme le sujet de l’histoire du Graal. Seul un être prédestiné a la capacité de demander à un autre : « Quel est donc ton tourment ? » Et il ne l’a pas en entrant dans la vie. Il lui faut passer par des années de nuit obscure où il erre dans le malheur, loin de tout ce qu’il aime et avec le sentiment d’être maudit. Mais au bout de tout cela il reçoit la capacité de poser une telle question, et du même coup la pierre de vie est à lui. Et il guérit la souffrance d’autrui. » SIMONE WEIL et JOË BOUSQUET, Correspondance, Lausanne: L'Age d'Homme, "Le Bruit du temps", 1982, pp. 18-9.
Perceval, en effet, ne prête que rarement attention aux autres,
« ni aux chevaliers qui l’interrogent dans la forêt et auxquels il ne répond pas ; ni au désespoir de sa mère et à l’histoire familiale qu’elle lui conte ; ni à cette mère, tombée devant le pont-levis ; ni aux larmes de la demoiselle de la tente ; ni à la mélancolie du roi Arthur ; ni à la détresse de Blanchefleur ; ni au regard que pose sur lui le Roi Pêcheur, à la langue et aux membres liés. Voilà la cause de son échec. » ZINK, "Le Graal, un mythe du salut", pp. 79-80.
Il est à noter que Perceval, ne connaissait pas son nom ( non-connaissance de soi ). Et, pour comprendre les « signes », il est évidemment nécessaire de « se connaître ». ( cf Ricœur ).
Devant le cortège du Graal, deux questions s’entrechoquent : « Qui l’on sert ?», « A qui est-il parlé ?». « Car si celui à qui on sert l’objet graal est peut-être un vieux roi « esperitaus », celui à qui on sert le signe graal, en revanche, est assurément le questionneur lui-même. Et s’il avait vraiment fallu que la question de Perceval restaure un ordre perturbé, sans doute est-il plus fondé de supposer que la réponse l’aurait concerné lui plutôt que le vieux roi, et que c’est de sa propre transformation que le geste rédempteur aurait pu venir. » thèse de Christophe Imperiali : « En quête de Perceval. Étude sur un mythe littéraire »
L’attention selon S. Weil
«Quand on fait vraiment
attention à quelque chose, de toute son âme, cette chose se donne à vous».
« Le poète produit le beau par l'attention fixée sur du réel. »
« Il y a quelque chose dans notre âme qui répugne à la véritable attention beaucoup plus violemment que la chair ne répugne à la fatigue. Ce quelque chose est beaucoup plus proche du mal que la chair. C’est pourquoi, toutes les fois qu’on fait vraiment attention, on détruit du mal en soi. »
« L’attention absolument pure est prière. »
L'amour divin, n'est pas celui d'une mère.
Intéressant, la remarque d’André Conte-Sponville :
« J’ai vécu la perte de la foi comme une libération plutôt que comme un deuil. .. « Enfin, seul ! » (Jules Renard )… : Quelle liberté soudain, quelle légèreté ! Quoi de plus pesant qu’un regard omniscient ?
C’est un regard d’amour. Raison de plus ! Qui voudrait vivre toujours sous le regard de sa mère ?... »
Parler de
l’expérience de dieu, c’est revoir constamment nos définitions, nos images, un peu paresseuses..., que nous reprenons sur Dieu, mais aussi sur la Vérité, ou comme ici, sur l ‘Amour
divin.
Pour évoquer la relation que Dieu entretient avec l'Homme; nos Textes évoquent l’amour d’une mère ... mais ce ne peut être qu'une "analogie", évidemment ...
Cet Amour divin, n'est entaché d'aucun désir de possession... Souvent il s'en démarque, ainsi l'attitude même de Jésus, qui s'écarte volontairement de sa famille et appelle à quitter père et mère… pour plus grand... Le Dieu d'Abraham, est un Dieu inattendu qui demande de tout quitter, de ne s'attacher ni à sa femme, ni à son fils ( Isaac )... C'est un dieu qui fustige toute idole, même éventuellement la sienne...
Qui est Jésus ?
Question bien différente que celle qui est posée par Jésus lui-même …
« Il leur dit : Et vous, qui dites-vous que je suis ? » Marc 8,29
En effet, cette question sous-tend,
que Jésus se serait, par exemple, lui-même défini ainsi : « je suis Dieu », ou « je suis l’égal de Dieu » : ce qui eut été, à mon avis, contraire à la pédagogie même de Jésus ! Et de plus ... je
pense que Jésus a eu la divine intuition de ne rien en dire ....!
Aucune trace de tels propos dans les synoptiques… L’Evangile de Jean, ( rédigé entre 80 et 100) est déjà une réflexion théologique sur ce qui s’est passé... Ensuite, affirmer « être Dieu » ne conduit-il pas naturellement vers l’hôpital psychiatrique !
Chez Paul, Jésus est « l’image du Dieu invisible »( Col 1,15). Il est le Christ, le Seigneur, le fils de Dieu … Paul et les apôtres,
premiers théologiens, tentent de traduire en langage théologique la réalité de l’expérience vécue ( et qu’ils continuent de vivre …). C’est ainsi, que l’Evangile de Jean, me semble comme un
extraordinaire témoignage de la Présence de Dieu et de sa Révélation.
Répondre à cette question : « Pour vous qui suis-je » est une invitation à se construire soi-même une réponse.
Je serais, éternellement, redevable que cette réponse, puisse s’élaborer au sein d’une Tradition - riche de plusieurs siècles de débats théologiques, de prières et de témoignages – qui n’a pas craint de relever dans l’extrême humanité de Jésus, la totalité du Divin … Quel génie d’avoir ainsi fait descendre la toute puissance du dieu jupitérien, dans ce galiléen mort dans l’infamie du supplice de la croix !!!
« Au cœur de la foi chrétienne, il y a cette conviction que le Christ est le visage de Dieu. A travers lui, nous sommes en communion avec Dieu » Bernard
Sesboüé.
Et à ce propos, je lis un billet de Rémi Brague dans « le Monde des religions N° 45», qui cite un une petite tragédie de Pouchkine : Mozart et Salieri. Ce qui
amènera Salieri à tuer Mozart s’explique par cette scène où Mozart laisse massacrer un air des Noces de Figaro par un violoneux rencontré dans la rue … Alors que Mozart s’esclaffe et donne un
pourboire au mendiant, Salieri est indigné par ce qu’il considère comme un sacrilège : « Mozart, tu n’est pas digne de toi-même ! ». Puis, « Mozart, tu es un dieu, et toi-même tu ne la sais pas ;
moi, je le sais, moi. » (…)
- Savoir mieux que Dieu lui-même ce que Dieu devrait être !
La mort de Dieu, ou Dieu mis à mort … Cette fable de Pouchkine, illustre bien, à mon avis, les anathèmes contre ceux qui ne disent pas précisément la définition,
que l’on a donnée de Dieu…