art
Poème d'Aimé Césaire
A propos d' " homme-arbre " ( cf article précédent ... )
« Le dernier des soleils tombe.
où se couchera t-il sinon en moi ?
A mesure que se mourrait toute chose,
je me suis, je me suis élargi, comme le monde,
et ma conscience plus large que la mer !
Dernier soleil.
J’éclate. Je suis le feu. Je suis la mer.
Le monde se défait. Mais je suis le monde
La fin, la fin disons-nous.
Quelle sottise. Une paix proliférante d’obscures puissances.
Branchies opacules palmes syrinx pennes.
Il me pousse invisibles et instants par tout le corps,
secrètement exigés, des sens,
et nous voici pris dans le sacré
tourbillonnant ruissellement primordial
au recommencement de tout.
La sérénité découpe l’attente en prodigieux cactus.
Tout le possible sous la main.
Rien d’exclu.
Et je pousse, moi, l’homme stéatopyge assis
en mes yeux des reflets de marais, de honte,
d’acquiescement
pas un pli d’air ne bougeant aux
échancrures de ses membres
Sur les épines séculaires
je pousse, comme une plante
sans remords et sans gauchissement
vers les heures dénouées du jour
pur et sûr comme une plante
sans crucifiement
vers les heures dénouées du soir
La fin !
Mes pieds vont le vermineux cheminement
plante
mes membres ligneux conduisent d’étranges sèves
plante plante
et je dis et ma parole est paix
et je dis et ma parole est terre
et je dis
et
la joie
éclate dans le soleil nouveau
et je dis :
par de savantes herbes le temps glisse
les branches picoraient une paix de flammes vertes
et le terre respira sous la gaze des brumes
et la terre s’étira. Il y eut un craquement
à ses épaules nouées.
Il y eut dans ses veines un pétillement de feu.
Son sommeil pelait comme un goyavier d’août
sur de vierges îles assoiffées de lumière
et la terre accroupie dans ses cheveux
d’eau vive
au fond de ses yeux attendit
les étoiles…. »
Extrait d’un poème tiré du recueil "cent poèmes d’Aimé Césaire" de Daniel Maximin, ed Omnibus, 2009
" Comme un château défait " Lionel Ray
Ma maison fut quelquefois une brève lueur,
le jaillissement subit de l'oiseau
dans l'instant immense.
Ma maison fut bâtie de paroles
par des mains invisibles.
Toi qui en es le centre, la table et la fenêtre,
entre la fin et le commencement,
que vois-tu ? qui es-tu ?
___________
Il y a toutes sortes de vies dans ta vie
et toutes sortes de mots dans tes mots,
mais qu'est-ce à la fin que ce brouillard ?
Même la lampe des morts s'éteint,
il n'y a plus où ils sont de langage.
Qu'est-ce à la fin que cette nuit
d'où tu viens, et cette nuit finale
où ni les mots ni les morts ne font signe ?
___________
Comme on glisse hors de soi
aux confins de la veille et du songe,
on regarde une autre demeure, un corps chantant.
Qui est cet homme proche de toi
si peu semblable et pourtant ressemblant,
Dans le tumulte des soifs et des mondes,
broyant le grain des paroles,
cherchant la source brève, la présence sans nom ?
___________
Monde errant sont les paroles,
forêt en marche sous le vent oblique
avec dispersion d'oiseaux.
En elles, le temps se dépose
comme une encre invisible.
La nuit descend dans ta voix,
tend le cou vers l'aurore
au-dessus des décombres.
___________
Tu parles aussi pour toi hors du temps
dans ce grand désordre couleur d'ivresse
des routes des heures des paysages.
Tu parles parmi les ombres finales de la nuit
au bord de l'inimaginable absence.
Tu ne dis rien, tu es en proie à toi-même,
tu cherches la place d'être
un autre ou personne.
___________
Tu construis une ville visible
avec des voyelles pour fenêtres,
des tunnels soudains, des pages de sable.
Les mots sont des chambres où la nuit
repose, mère du monde.
Ce que tu dis et ce que tu vois
ont même vêtement, même présence,
dans le jour inconnu.
___________
Dans la géométrie du soleil mobile,
ailes ouvertes sur tant de plaines,
de décombres et de scintillements,
Tu t'éloignes et te rejoins,
tu te rassembles,
Tu es toi-même chaque mot que tu dis
et chacun te conduit en ce lieu
où tu es plus toi-même que toi.
___________
Ces poèmes de Lionel Ray sont extraits d'un livre intitulé " Comme un château défait ", 1993 , éditions
Gallimard. Les photos sont de Fernand Bignon ( autour de 1925 )
Malher décède à Vienne le 18 mai 1911, à 51ans ...
Nous célébrons, en 2011, le centenaire de la mort de Mahler.
Mahler naquit le 7 juillet 1860 à Kalist, aux confins de la Bohême et de la Moravie, second des 14 enfants de Bernhard Mahler, cafetier et distillateur, et de Maria
Hermann.
Il était donc issu d'une famille modeste juive et servit de père de famille à ses frères et sœurs dont tant moururent tragiquement. Le père tenait un débit de boisson, sa mère boitait et
cela le marquera toute sa vie ; Violence du père, douceur de la mère, mort de huit de ses frères et sœurs. Pendant sa première année, ses parents s’établirent en Moravie à Jihlava,
où il passa son enfance.
En 1875 après avoir commencé à apprendre le piano, il est admis au conservatoire de Vienne avec l'appréciation "musicien-né".
Il débute sa carrière de chef d'orchestre à Bad Hall, une station balnéaire près de Linz. Presque par hasard et pour gagner sa vie. Ensuite viennent Ljubljana (1881-1882), Olonouc, Moravie (1883) et Kassel, Prusse (1883-1885). Il est nommé en 1885 "kappelmeister" de l'opéra de Prague, où il dirige la Neuvième symphonie de Beethoven, lui assurant une solide réputation.
Grâce à Brahms et un réseau d’amis, il est nommé Le 8 avril, comme Kapellmeister de l'Opéra de Vienne. Six mois plus tard, il est nommé directeur de l'opéra de Vienne. En
septembre 1898, Mahler prend la tête de l'Orchestre Philharmonique de Vienne. Il a donc tous les pouvoirs sur la capitale musicale du monde.
Il passa les dix années suivantes à Vienne et y acquit une réputation de perfectionnisme. Pendant cette période, pendant laquelle il alternait la direction pour neuf mois de l’année et la
composition le reste du temps - principalement à Maiernigg, où il avait une petite maison sur le Wörthersee
Dans cette période de splendeur il monte avec succès Tristan (1903), Fidélio (1904), Don Giovanni (1905), Figaro (1906). Il fait la connaissance d’Arnold Schoenberg, Alexander von Zemlinski et du
groupe Sécession, composé, en outre, des peintres Gustav Klimt et de Karl Moll. Ensuite, il compose de 1901 à 1910, sa 4e (1900) après son s'installation à Maiernigg,
« Chaque été, dans une
cabane, en pleine nature arborée, Mahler conçoit des partitions qui correspondent à des mondes. Ses symphonies sont "des romans et des épopées; ses lieder satisfont son désir de poésie". Mahler
mêle "à son univers musical toute une mémoire sonore familière (fanfares militaires, refrains populaires, rengaines juives), soulignant cruellement le conflit entre l’idéal et la réalité, entre
la nostalgie de l’enfance et l’effroi devant le temps qui dévore". »
1901 Composition de la Cinquième Symphonie. En novembre, Mahler rencontre Alma Schindler chez le docteur Zuckerkandl.
1902 Le 9 mars, mariage d'Alma Schindler (1879-1964) et Gustav Mahler et en eut deux filles. À Maiernigg, achèvement de la Cinquième Symphonie.
1907, année maudite et à cause d'attaques reçues à l'égard de ses origines et de sa musique, Mahler s’épuisait . Suite au décès d’une de ses filles, de Maria Anna (Putzi), l'aînée de ses
filles en 1907 tout s’effondra autour de lui.. Cette fille adorée, Putzi, avec qui, il se retirait pour parler avec elle une langue inconnue des autres, racontait des histoires que personne ne
connaîtra et sortait de la chambre le visage couvert de confiture. La même année, il se découvrit une maladie de cœur et il perdit son emploi à Vienne, en proie aux attaques d’une presse
largement antisémite, après avoir sans trop de succès essayé de défendre ses propres œuvres. Alors que sa quatrième symphonie avait reçu un accueil assez favorable, il lui fallut attendre 1910
pour rencontrer un vrai succès public avec la huitième symphonie. Ses œuvres ultérieures ne furent jamais exécutées en public de son vivant.
Mahler était en butte à des attaques antisémites de plus en plus virulentes quand il reçut une offre pour diriger le Métropolitain Opéra à New York. Il y dirigea une saison en 1908 mais fut
écarté au profit d’Arturo Toscanini. Il revint à New York l’année suivante pour y diriger l'Orchestre philharmonique de New York. Il restera donc deux ans au Met à New York, puis fera une tournée
avec la Philharmonie, mais sera contraint de s'arrêter, malade, durant la deuxième saison de concerts.
En 1910, il rencontre Freud pour résoudre une grave crise conjugale, en revisitant ses peurs enfantines d’un père violent
1911 En
février, Mahler tombe malade : il souffre d'une endocardite lente. Se sachant condamné il veut mourir chez lui, il retourne à Paris en avril : il est hospitalisé à Neuilly.
Il veut revoir Vienne et un lent convoi ferroviaire l’emmenera à Vienne après d’innombrables arrêts dans les gares où des milliers de gens voulaient le saluer. Il arrive à Vienne début Mai.
Puis il décède à Vienne le 18 mai 1911, à 51 ans à peine et après avoir pris un tournant fondamental dans sa musique. Immense est donc la perte. Un orage épouvantable se déchaîna au
moment de sa mort. Son dernier mot fut « Mozart ». Il avait voulu à tout prix retourner à Vienne, un convoi ferroviaire qui s’arrêtait à chaque gare envahie par les gens pour le saluer,
laissant inachevée sa dixième symphonie. Il y est enterré au cimetière de Grinzing avec cette inscription « Ceux qui m’aiment savent où je suis, les autres n’ont pas besoin de le
savoir".
« A la différence de Schubert, qui ne voit d'autre issue que la mort, Mahler pose déjà le début et la fin de son œuvre : cette quête d'une sorte de sérénité et d'apaisement, par dissolution dans la nature, et apprivoisement du néant. Déjà le Chant de la Terre perce dans ces chants d'amour déçu. Bien sûr le thème central du romantisme allemand depuis Novalis est bien présent : la quête de l'inaccessible fleur bleue, et le mythe du "Wanderer", de l'errant qui doit au-delà des aubes impossibles, des lumières des villages entrevus, poursuivre sa route sans espoir. »
« Comme Klimt en peinture, Mahler incarne dans le domaine sonore la Sécession viennoise, ce courant avec lequel il entretenait des rapports étroits. Leur art sensuel, raffiné, hédoniste se situe au carrefour du postromantisme, du symbolisme et de l'impressionnisme. Ils peuvent légitimement se réclamer de Mahler, artiste aux multiples facettes dont le versant morbide et noir aboutirait à Schönberg et à ses amis, le panthéisme et l'idéalisme de l'autre versant (celui de la Symphonie n° 3) se prolongeant chez Marx, Schreker et leurs émules. »
Cet été-là, août 1907, fut pour le compositeur le temps des tragédies : le 12 juillet, sa fille aînée Maria Anna mourut de la scarlatine. Peu après, il apprit qu'il était atteint d'une maladie
cardiaque. À la fin de l'été, très atteint par le déchaînement d'une campagne de presse antisémite contre lui, il démissionna de son poste de directeur de l'Opéra de Vienne.
Valery Gergiev : " Diriger Mahler, c'est organiser le chaos "
« Dans certains mouvements de ses œuvres, Mahler a cherché à atteindre un niveau sonore presque insoutenable. Comme une déflagration. Prenez le début de la Symphonie n° 6 : pendant plus de cinq minutes, il n'y a aucune pause, aucune respiration. Après un ultime paroxysme, Mahler passe à une musique pastorale, en opposition totale avec ce qui précédait. Une grande paix s'installe, mais ce monde idéal est aussitôt submergé par le second mouvement, encore plus violent. Je crois que Mahler a voulu exprimer sa peur. Il avait senti que des forces obscures, contre lesquelles le monde devrait se battre, étaient là, en sommeil. Avec sa musique, Mahler défendait un amour de la vie et de la beauté qui allait être piétiné par la barbarie des totalitarismes au XXe siècle. »
Sources: Wikipedia, et "espritsnomades.com" et Michel Fleury...
Lionel RAY
Seconde après seconde le soleil
entre dans la chambre, il est venu
de la proche montagne, a traversé
l’écroulement silencieux des nuages.
Puis l’haleine de la clarté toucha
les toits et les vitres, et de mouvantes
géométries sont apparues sur la table
et le papier, cheminant entre les doigts.
Entre les mots, dans les zones indécises
du silence, et tu te demandais
si cela qui vibre sur la page était
du temps, un temps très ancien,
visiteur furtif qui approche à pas feutrés
puis disparaît sans écho.
Ce poème est de Lionel Ray. Les photos de Fernand
Bignon (1888-1969)
La Beauté et les mots des poètes
A une passante
La rue assourdissante autour de moi hurlait.
Longue, mince, en grand deuil, douleur majestueuse,
Une femme passa, d'une main fastueuse
Soulevant, balançant le feston et l'ourlet ;
Agile et noble, avec sa jambe de statue.
Moi, je buvais, crispé comme un extravagant,
Dans son oeil, ciel livide où germe l'ouragan,
La douceur qui fascine et le plaisir qui tue.
Un éclair... puis la nuit ! - Fugitive beauté
Dont le regard m'a fait soudainement renaître,
Ne te verrai-je plus que dans l'éternité ?
Ailleurs, bien loin d'ici ! trop tard ! jamais peut-être !
Car j'ignore où tu fuis, tu ne sais où je vais,
Ô toi que j'eusse aimée, ô toi qui le savais !
Charles Baudelaire (les fleurs du mal)
"...Ah! faut-il éternellement souffrir, ou fuir éternellement le beau? Nature, enchanteresse sans pitié, rivale toujours victorieuse, laisse-moi! Cesse de tenter mes désirs et mon
orgueil! L'étude du beau est un duel où l'artiste crie de frayeur avant d'être vaincu..."
Baudelaire Le Spleen de Paris
" ...Il y a plus puissant que les actes et le mots. Ceux-ci ne sont finalement que ce qui nous sert à participer au quotidien commun, ce sont des échelles qui partent de notre fenêtre pour
atteindre à la maison du voisin. Nous n'en aurions guère eu besoin si nous étions restés des solitaires, chacun sur une étoile, et de fait nous n'en usons point dans les instants où nous nous
sentons tellement solitaires. Nous sommes alors tout pleins d'une expérience moins bruyante, nous sommes de retour dans un pays aux usages sacrés et secrets, en toute inactivité nous créons, et
nous sommes au-delà des mots. " Rainer Maria Rilke, extrait de La valeur du monologue (1898)
Ils appellent mystique toute expérience sensible quand elle est réfléchie.
Ainsi une pomme devient mystique quand j'y goûte
l'été et les neiges, le sauvage désordre de la terre
et l'insistance du soleil.
Autant de choses que je puis sans faute goûter dans une bonne pomme
Bien que certaines pommes aient surtout un goût d'eau, humides et acides
et d'autres le goût de trop de soleil, douceur croupie
d'une eau de lagune recuite au soleil.
Si je dis que je goûte ces choses dans une pomme, on me dit mystique et cela signifie menteur.
La seule façon de manger une pomme, c'est de la bouffer comme un cochon
et de ne rien goûter
de ce qui est réel.
Mais si je mange une pomme, j'aime la manger avec tous mes sens éveillés.
La bouffer comme un cochon, j'appelle ça nourrir les cadavres.
D.H. Lawrence, 'Derniers poèmes' ('Last poems'), traduits par Lorand Gaspar et Sarah Clair, Gallimard, Paris, 1996.
Voir la Beauté
« Regarder une chose et la voir sont deux actes très différents. On ne voit quelque chose que si l'on en voit la beauté. Alors, et alors
seulement, elle vient à l'existence.
À
présent, les gens voient des brouillards, non parce qu'il y en a, mais parce que des poètes et des peintres leur ont enseigné la mystérieuse beauté de ces effets. Des brouillards ont pu exister
pendant des siècles à Londres. J'ose même dire qu'il y en eut. Mais personne ne les a vus et, ainsi, nous ne savons rien d'eux. Ils n'existèrent qu'au jour où l'art les inventa. »
Oscar Wilde, Le Déclin du mensonge (1928)
Il me semble, que l’on pourrait – par analogie et, pour ceux qui ne comprennent pas l’engagement dans une démarche spirituelle - remplacer Beauté par Divin, remplacer poètes par apôtres, saints, ou maîtres spirituels… Quant au terme invention, je le prends dans le sens de la recherche scientifique : une étoile est inventée par celui qui la découvre …
Van Gogh
L'art est sacré lorsqu'il ne me laisse pas intact, lorsqu'il me fait participer à une vie plus grande: l'Eglise d'Auvers existe toujours, et nous passons
aujourd'hui devant elle comme devant n'importe quel édifice. Mais lorsque Van Gogh la transfigure, elle nous fait revivre une agonie et une résurrection. les murs de pierre grise et les toits de
brique sont devenus chair et sang, sous la poussée d'un ciel d'un bleu torride et noirci de serpents de couleur. Mes muscles se tendent pour résister à cet écrasement, ils sont parcourus par
toutes les tensions de ces murs gémissants, de ces tuiles sanglantes, de
cette église arc-boutée au sol pour résister à la tenaille des chemins reptiles qui l'enserrent déjà et à la pesée du ciel. Je participe tout entier à cet effort vers une impossible victoire.
Roger Garaudy. Avons-nous besoin de Dieu ? DDB, 1993, page 200
" Cette église semble craquer sous les poussées du ciel et de la terre. Elle n'est pas un paysage mais un portrait de l'âme de Van Gogh, que l'angoisse de la fin du XIXe siècle conduisit à la folie et au suicide".
(Roger Garaudy, "Comment l'homme devint humain", Editions J.A, 1979)
Proust et la religion
Proust ( juif par sa mère ) est élevé dans la religion catholique.
S’il est agnostique, il semble gêné par une laïcité qui désaffecterait les églises ( article 1919 : « La Mort des cathédrales » ).
« On peut dire que grâce à la persistance dans l’Eglise catholique des mêmes rites et, d’autre part, de la croyance catholique dans le cœur des Français, les cathédrales ne sont pas seulement les plus beaux monuments de notre art, mais les seuls qui vivent encore leur vie intégrale, qui soient restés en rapport avec le but pour lequel ils furent construits » et encore « Quand le sacrifice de la chair et du sang du Christ ne sera plus célébré dans les églises, il n’y aura plus de vie en elles ».
Dans « La Recherche … » Le narrateur n’est ni juif ni homosexuel. Albert Bloch est l’écrivain israélite assimilé et honteux de ses origines. Charles Swann est le prince des élégances mondaines, juif et dreyfusiste. La religion catholique est rattachée à une France profonde et superstitieuse …
- La religion de la beauté ?
La seule
religion célébrée par Proust n’est pas seulement, celle de la Beauté, celle-ci n’étant pas sans ambigüité …( nous en reparlerons ... )
Il semble que Proust affectionnait une certaine « religiosité » :
Voici deux passages:
- Celui-ci est situé juste après le célèbre épisode de la madeleine :
« Je trouve très raisonnable la croyance celtique que les âmes de ceux que nous avons perdus sont captives dans quelque être inférieur, dans une bête, un végétal, une chose inanimée, perdues en effet pour nous jusqu’au jour, qui pour beaucoup ne vient jamais, où nous nous trouvons passer près de l’arbre, entrer en possession de l’objet qui est leur prison. Alors elles tressaillent, nous appellent, et sitôt que nous les avons reconnues, l’enchantement est brisé. Délivrées par nous, elles ont vaincu la mort et reviennent vivre avec nous. »
- L’autre est consacré à la mort de Bergotte ( La prisonnière ): ci-dessous Anatole France
« Certes les expériences spirites pas plus que les dogmes religieux n'apportent de preuve que l'âme subsiste. Ce qu'on peut dire c'est que tout se passe dans notre vie comme si nous y entrions avec le faix d'obligations contractées dans une vie antérieure; il n'y a aucune raison dans nos conditions de vie sur cette terre pour que nous nous croyions obligés à faire le bien, à être délicats, même à être polis, ni pour l'artiste athée à ce qu'ils se croie obligé de recommencer vingt fois un morceau dont l'admiration qu'il excitera importera peu à son corps mangé par les vers, comme le pan de mur jaune que peignit avec tant de science et de raffinement un artiste à jamais inconnu, à peine identifié sous le nom de Ver Meer. Toutes ces obligations qui n'ont pas leur sanction dans la vie présente semblent appartenir à un monde différent, fondé sur la bonté, le scrupule, le sacrifice, un monde entièrement différent de celui-ci, et sont nous sortons pour naître à cette terre, avant peut-être d'y retourner, revivre sous l'empire de ces lois inconnues auxquelles nous avons obéi parce que nous en portions l'enseignement en nous, sans savoir qui les y avait tracées, ces lois dont tout travail profond de l'intelligence nous rapproche et qui sont invisibles seulement - et encore ! - pour les sots. De sorte que l'idée que Bergotte n'était pas mort à jamais est sans invraisemblance. »
La religion de Proust est empreinte de religiosité païenne et chrétienne, elle est dénuée de morale. L’art est son moyen ( médium ) d’expression …
" Je suis allé le voir sur son lit de mort rue Hamelin ... un homme qui donnait vraiment l'impression d'un dépouillement total ... on peut dire que c'était ce qui restait de quelqu'un qui avait laissé son oeuvre le dévorer jour après jour ". François MAURIAC
10 juillet 1871: Naissance de Marcel Proust
Son œuvre principale, À la recherche du temps perdu, est publiée entre 1913 et 1927. Cette oeuvre comprend plusieurs volumes : Du côté de chez
Swann, A l'ombre des jeunes filles en fleurs, Le Côté des Guermantes, Sodome et Gomorrhe, La Prisonnière", Albertine disparue où la Fugitive, le Temps retrouvé.
Dandy et auteur génial, Marcel Proust a marqué la fin du XXe siècle et la littérature mondiale par son oeuvre éblouissante. Elevé dans un milieu bourgeois, cultivé et marqué par un entourage féminin, le jeune Marcel se lance d'abord dans des études de droit, puis de lettres, pour finir par intégrer le milieu artistique et mondain de Paris.
Là, il commence une carrière de journaliste-chroniqueur, voyageant en Europe, travaillant à ses heures à un roman qui semble ne jamais pouvoir s'achever. La mort de sa mère déstabilise encore sa personnalité sensible et inquiète. Son activité littéraire s'intensifie, et c'est dans la solitude de sa chambre aseptisée qu'il crée l'un des romans occidentaux les plus achevés, 'A la recherche du temps perdu'.
Entre temps, il s'insurge contre la méthode critique de Sainte-Beuve, alors très en vogue.
Marcel Proust reçoit en 1919 le prix Goncourt pour 'A l'ombre des jeunes filles en fleurs', le deuxième volet de la 'Recherche'.
Dans l'ensemble de son oeuvre, il questionne les rapports entre temps, mémoire et écriture, tout en suivant les personnages récurrents comme Albertine, Mme de Guermantes... Connu pour la longueur de ses phrases parsemées de relatives au rythme dit 'asthmatique', Marcel Proust reste une référence et un monument incontestable de la littérature française. ( www.evene.fr )
«Nos désirs vont s'interférant et, dans la confusion de l'existence, il est rare qu'un bonheur vienne justement se poser sur le désir qui
l'avait réclamé.»
Extrait d’ A l’ombre des jeunes filles en fleurs
«Une heure n'est pas qu'une heure, c'est un vase rempli de parfums, de sons, de projets et de climats.»
Le temps retrouvé
«Il y a des moments de la vie où une sorte de beauté naît de la multiplicité des ennuis qui nous assaillent.»
Extrait d’ Albertine disparue

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De Maurois à
Proust, en passant par Simone de Cavaillet
André Maurois nous ouvre les portes d’un imaginaire selon Marcel Proust. Pour ce faire, il va jusqu’à épouser l’un des personnages de « la Recherche … » !… Ainsi, d’écrivains en personnage de ... -
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De Proust à Simone de
Caillavet
Léontine Lippmann (1844-1910), par son mariage Madame Arman, dite Madame Arman de Caillavet, amante et égérie d’Anatole France ( 1844 1924 )… MADAME ARMAN DE CAILLAVET (1855-1910) —, née Léontine ...
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La "vérité" de Proust
Entrer dans l'univers de Proust, c'est comprendre ceci: « Il ne s'agissait pas pour Marcel Proust de reconstituer l'histoire de son enfance, de son adolescence et de sa jeunesse avec tous les ...
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Proust dans "La Pléiade"
- Voyager, c’est s’autoriser à se perdre… Partir en recherche d’ « on ne sait quoi », guidé par la seule sensation d’un souvenir, d’une image … "Le seul véritable voyage, le seul bain de Jouvence, ...
Le puit de Jacob
Jacob quitte la maison paternelle et s’en va vers l’Orient « Qedem ».
Il arrive à « un puits dans la campagne » (Gn 29, 1-2). C’est là normalement que les jeunes filles sortent pour puiser de l’eau le serviteur d’Abraham « fait s’accroupir les chameaux… près du puits, à l’heure du soir (Gn 24, 11).
C’est là qu’il rencontra Rébecca, la future femme d’Isaac. Et Moïse perdu dans le désert, par crainte de Pharaon, alla en « terre de Madian et s’assit près du puits » (Ex 2, 15). Il épousa Cippora.
Jacob vint auprès du puits. Il demanda : « D’où êtes-vous? » Et la réponse fut : « Nous sommes de Harran » (Gn 29, 4). Une seconde question : « Connaissez-vous Laban, fils de Nahor? »… On lui répond : « Voici sa fille Rachel qui arrive avec les moutons » (vv. 5-6).
Une lourde pierre fermait le puits. Jacob l'a retirée pour Rachel.
Il en tombe amoureux et elle l'amène chez son père Laban qui exploitera Jacob pendant quatorze ans avant de consentir à leur mariage.
Le texte biblique dit : « Jacob embrassa Rachel, il éleva la voix et pleura » (v. 11).
Jésus dit à la Samaritaine : " donne-moi à boire." La situation, auprès du puits, rappelle la rencontre du serviteur d´Abraham avec Rebecca, quand il cherchait une épouse pour Isaac (Gn 24,17) ; elle rappelle aussi la rencontre de Jacob avec Rachel (Gn 29,1-14).
"Mais Seigneur, tu n´as rien pour puiser, et le puits est profond. D´où l´as-tu donc, l´eau vive ? Serais-tu plus grand que notre père Jacob , qui nous a donné ce puits et y a bu lui-même, ainsi que ses fils et ses bêtes ?"
Jésus demande un geste d´accueil et d´hospitalité, chose insolite entre Juifs et Samaritains ; il se situe au-delà des préjujés, de la division, de la
discrimination ; c´est à la personne qu´il s´adresse.
" Je la conduirai au désert et je parlerai à son coeur " (Os 2,16).