mythe
La rencontre avec E. Quinet – le Graal et le mythe.
Charles-Louis de Chateauneuf reçoit comme un immense privilège l'attachement du professeur Edgar Quinet (1803-1875) à son égard...
Beaucoup de choses les rapprochent : le goût pour le Moyen-âge, pour les philosophes allemands et pour Madame de Staël... E. Quinet est franc-maçon. Loin d'être athée ; s'il est anti-clérical, il reste attaché à la foi chrétienne... On lui reproche d'ailleurs, à lui, et à beaucoup de maçons, un certain ''illuminisme'' ( nous sommes encore au milieu du XIXe siècle...)
Nous reviendrons plus tard sur ''la religion d'Edgar Quinet'' ...
Pour l'heure, Charles-Louis, parle à l'historien; pour lui faire état du parcours des ses aïeux : Roger Laron, J.- L.de la Bermondie... etc … et lui explique sa quête autour du Graal, et des templiers...
Edgar Quinet, connaît bien Heidelberg, c'est au cours d'un de ses séjours, qu'il a rencontré son épouse Minna... Minna qui tente de décrire à Charles-Louis, les paysages qui entourent Ansbach, et tout à côté Eschenbach... Malheureusement, elle ne peux rien dire du château de Montsalvage, cité par Wolfram von Eschenbach, dans son Parsival... Edgar et Minna sont beaucoup plus prolixes sur le beau château de Heildelberg...
Le couple Quinet, écoute avec beaucoup de plaisir, les explications sur la signification, pour Charles-Louis de ce que peut signifier cette Quête : « La recherche du 'Graal', c'est la recherche de la 'Présence' du Christ... » explique le jeune homme...
De même que le Graal peut se matérialiser par une Coupe, ou par une Pierre; la Présence se comprend et se représente selon diverses formes...

Parler de Présence de Jésus, alors que - personnage historique - il est mort ; c'est exprimer par la foi : qu'il est ''vivant''... Aussi, sa Présence est bien autant mystérieuse que cette du Graal ; à la différence près que la ''relique'' que représente la Coupe n'est qu'un objet ; on ne prie pas le Graal … !
Également, ''la Parole'', contenue dans la Bible, et en particulier les Quatre Evangiles, ne se modifient pas ; pourtant, la Quête du Graal, bien qu'utilisée sous les mêmes mots, est bien différente selon les époques ( comme nous l'observons ici sur ce site depuis l'époque médiévale, jusqu'à aujourd'hui), selon les cultures, et même selon les personnes....
Le Mythe est le seul mode adéquat de la connaissance religieuse.
En ce XIXe siècle, il faut rendre compte de la réflexion de nombreux théologiens allemands :
Wilheim Martin Leberecht de Wette (1780-1849), professeur à Berlin, puis à Bâle... Elève en sa jeunesse de Jakob Friedrich Fries (1773-1843), professeur à Heidelberg, libre philosophe kantien, de Wette avait beaucoup réfléchi au rôle de symbole dans la connaissance religieuse. Comme il n'est pas possible au croyant de parvenir à une connaissance de Dieu déterminée, en usant des concepts dogmatiques, inadéquats à la réalité de l 'Absolu, comme le pur sentiment l'abîme dans une sorte de vénération aveugle, seule l'organisation des symboles par le récit mythique lui permet une entrée en communication avec l'Infini.
(...)
Le mythe est « le libre jeu de l'Esprit » et que, originairement ( le mot est important) il n'est objet ni de foi ni de vénération.
La foi crée et se nourrit de mythes et de récits qui expriment comment l'humain se tient devant son Dieu, mais qui n'ont ni visée historique ni prétention dogmatique.
(…)

Si le temps des mythes est par excellence celui d'une littérature collective et orale, quoi d'étonnant à ce que la Bible ait partagé le sort commun ?
David Strauss( 1808-1874) , élève à Tübingen de Ferdinand Christian Baur, devient répétiteur au séminaire protestant de la ville, mais doit abandonner son poste après la publication du Das Leben Jesu ( la Vie de Jésus) … ( traduit en français par Émile Littré entre 1839 (tome 1) et 1853 (tome 2). ) - Ce livre a scandalisé son époque en montrant un Jésus historique et non divin et par sa vision des évangiles comme récit inconscient des premières communautés chrétiennes.
L'histoire évangélique semble fondre sous la plume de Strauss. Après tous ces déblaiements, il n'est guère possible de voir dans la Bible un autre paysage qu'un « champ de ruines », selon l'expression de Quinet...

Purger tout récit des interventions divines, miracles... c'est monter qu'on ne prend pas ces textes au sérieux, avec leur poids de foi. Le Mythe souffre de dédain dans la pensée occidentale... Heyne, Schelling et leurs disciples allemands y virent au contraire la porte d'entrée dans les cultures du passé ; mieux, le chemin d’accès à une réalité que seuls les poètes et les ''croyants'' connaissent. En admettant la dimension mythique de la Bible, les théologiens allemands mirent en meilleur jour la dimension symbolique de toute connaissance religieuse.
Les bouillonnements culturels qui se produisent outre-Rhin intriguent les français. Victor Cousin (1792-1867) décide d'aller sur place, entreprend plusieurs voyages en Allemagne de 1817 à 1824, rencontre Schleiermacher, Goethe, Creuzer et surtout Hegel, avec qui il se lie durablement. Dans ce courant de sympathie pour la culture allemande, il entraîne bientôt Michelet, puis Edgar Quinet.
Ce denier surtout fait de très longs séjours en Allemagne où il réside de décembre 1826 à 1838. Il épouse Minna la fille d'une pasteur du Palatinat. En 1827, il fait paraître la traduction de l'ouvrage de Herder : Idées sur la philosophie de l'Histoire de l'humanité (1784-1791).
(...)
Cousin et le courant spiritualiste dont il est le chef de file sont soucieux à la fois de garder à la religion son rôle dans la société et de ne pas redonner au catholicisme la situation qu'il occupait sous l'Ancien Régime. Ils le souhaitent plus ouvert et déplorent l'inertie de la théologie française devant les innovations allemandes. Le grief devient public grâce aux articles publiés par Quinet dans la Revue des deux mondes en 1838 et 1842.
Sources : La Bible en France: Entre mythe et critique, XVIe-XIXe siècle, de François Laplanche (1928-2009) : historien français, spécialiste de la pensée religieuse en France.
L'Histoire de Parzival de Wolfram von Eschenbach – 6/,- Parzival, Roi du Graal.
(Livre XIV) – Perceval et Gauvain – Gauvain engage le combat avec le chevalier inconnu qu'il vient de rencontrer. Cependant les messagers d'Arthur arrivent au camp de Gramoflant et invitent ce dernier à se rendre à Joflanze. A leur retour, ils aperçoivent Gauvain, qui échange avec son adversaire de furieux coups d'épée et semble sur le point de succomber. Ils poussent des cris, prononcent le nom de Gauvain. Aussitôt le chevalier inconnu cesse de combattre et se fait connaître : c'est Perceval. Sur ces entrefaites arrive Gramoflant, qui, voyant l'épuisement de Gauvain, remet au lendemain le combat qui devait avoir lieu ce jour là. Perceval accompagne Gauvain vers les tentes d'Arthur. Il est accueilli avec joie et reprend sa place parmi le chevaliers de la Table Ronde. Il supplie Gauvain de le laisser combattre Gramoflant qui, de son côté, était venu seul en reconnaissance. Les deux chevaliers foncent l'un sur l'autre, et Gramoflant est forcé de reconnaître la supériorité de Perceval. C'est lui qui, cette fois, est à bout de forces quand arrive Gauvain, et il lui faut consentir à un nouvel ajournement.
Arthur profite de ce répit pour essayer de régler à l’amiable le différend qui oppose le frère et le fiancé d'Itonié. Il y réussit à la suite d'habiles négociations. Gramoflant devient alors l'époux d'Itonié. Arthur unit en outre la seconde sœur de Gauvain avec Lischoix, et Sangive avec Florant. Orgueluse fait savoir à tous les prétendants qui l'avaient suivie que l'époux de son choix est Gauvain. La joie est générale. Seul, Perceval demeure triste en songeant à son épouse Condwiramour, dont il est séparé depuis si longtemps.
A l'aube, il revêt son harnois et s'en va au hasard, loin de tous.
( Livre XV) – Parzival et Feirefils – Parzival rencontre sur sa route un chevalier païen qui,venant d'Orient, a naguère abordé dans les environs, avec une flotte immense. Les deux chevaliers engagent le combat. Pour la première fois, chacun se trouve devant un adversaire qu'il ne peut vaincre. Mais, au cours du combat, l'épée de Parzival se brise. Le païen ne veut pas frappé un ennemi désarmé. Il cesse de combattre et prie Parzival de lui faire connaître son nom ; il dit lui-même qui il est : il s'appelle Feirefils l'Angevin ; il est fils de Gamuret et de Belacâne. Les deux héros sont donc frères. Parzival conte à Feirefis, qui ne le savait pas encore, la mort de Gamuret.
Puis les deux frères se rendent ensemble au camp d'Arthur. Ils sont d'abord reçus par Gauvain. Arthur, accompagné de toute sa cour, vient ensuite les saluer. Le lendemain, le roi donne une grande fête en l'honneur de Feirefis et de Parzival. Au cours du festin apparaît Kundrie la sorcière ; elle vient de Montsalvage, en messagère, pour annoncer que le ciel lui-même a désigné Parzival comme roi du Graal. Accompagné du seul Feirefis et guidé par Kundrie, Parzival se met en route vers Montsalvage.
(Livre XVI) – Parzival, Roi du Graal.- A Montsalvage, Anfortas, dont les souffrances sont plus vives que jamais, supplie les Templiers de le laisser mourir. Il adresse la même prière à Parzival, quand celui-ci se présente au château. Mais Parzival, après avoir prié, pose à Anfortas la question si longtemps différée : il lui demande quel est son mal. Anfortas recouvre aussitôt la santé. Mais il a cessé d'être roi du Graal : cette dignité appartient maintenant à Parzival.

Cependant on annonce que Condwiramour s'est mise ne route pour rejoindre son époux et qu'elle est arrivée sur les bords du Plimizel. Parzival se rend au devant d'elle avec une troupe de chevaliers. Aprsè avoir été saluer, en passant, l'ermite Trévrizent, il arrive au petit matin dans la plaine où sont dressées les te,tes de Condwiramour et des guerriers qui l’accompagnent.
Il retrouve son épouse, qu'il avait quittée depuis cinq ans, et voit pour la première fois ses deux fils, Kardeis et Loherangrin.

Le premier, désigné pour devenir roi de galles et d'Anjou, repart avec les chevaliers qui l'avaient escorté jusqu'au Plimizel. Parzival prend, avec Condwiramour et Loherangrin, le chemin de Montsalvage. Une grande fête réunit au château tous les chevaliers autour du roi Parzival et de la reine Condwiramour.
Repanse de joie, accompagnée comme à l'accoutumée de vingt-quatre autres demoiselles, apporte le Graal dans la grande salle des fêtes. Mais le Graal demeure invisible à Feirefis, qui est païen.
Transporté par la beauté de Repanse de Joie, Feirefis exprime le désir de l'épouser et se déclare prêt à devenir chrétien. Son souhait est exaucé le lendemain, après qu'il a reçu solennellement le baptême. Au bout de douze jours, il repart avec son épouse pour l'Inde ; il aura d'elle plus tard un fils qui sera le Prêtre Jean.
Des années s'écoulent et Loherangrin devient un chevalier accompli. Un jour, sur l'ordre du Graal, il part pour le Brabant, afin de venir en aide à al duchesse, menacée par ses vassaux. Il s'offre à devenir son époux, à la condition qu'elle ne cherche jamais à savoir qui il est. Elle accepte et, pendant de longues années, les deux époux vivent heureux ; Loherangrin rétablit l'ordre dans le duché de Brabant. Mais, un jour, la duchesse ne peut s'empêcher de lui poser la question défendue. Il l'abandonne alors et retourne à Montsalvage.
Wolfram termine son poème par quelques réflexions sur les modèles qu'il a suivis et sur lui-même.
Sur la piste du Graal : le comte de l'X. -4- L'Histoire de Parzival.

Pour en revenir au Graal, le comte de l'X. et le professeur Guillaume-Alfred Heinrich, insistent sur le fait que les croisés, tout pleins du sentiment de la Passion, ont cru trouver en Palestine plus d'une relique de ce sacrifice mémorable. Bien sûr , il évoque le ''Sacro Catino'' transporté à Gênes, en 1101, nous dit-il … Mais, par exemple, les moines de Fécamp en Normandie possédaient un autre saint Graal ; ils conservaient aussi dans une fiole de cristal du sang de Jésus-Christ, recueilli par Nicodème...

Enfin, il nous rappelle que le dogme de l'Eucharistie reçut une glorification nouvelle: au XIIe siècle, par la condamnation de l'archidiacre Bérenger de Tours; au XIIIe , et par l'institution de la fête du Saint-Sacrement... Ce qui prouve bien que notre légende ne fut pour certains esprits qu'une sorte de représentation séculière de l'eucharistie...
Pourtant, le Graal de Wolfram von Eschenbach, n'est pas explicitement une coupe … !
L'ermite conte à Parzival l'histoire merveilleuse de la fraternité du Graal :
« L'ermite parla ainsi : il m'est parfaitement connu que de vaillants chevaliers ont leur demeure à Munsalvaesche, auprès du Graal . Ils partent fréquemment à cheval en quête d'aventures . Ces templiers livrent combat afin d'expier leurs péchés et peu leur importe d'être victorieux ou vaincus. Là vit donc une troupe de valeureux guerriers, et je vais vous dire de quoi ils vivent : Leur nourriture ils la reçoivent d'une pierre, qui en son essence est toute pureté, et si vous ne la connaissez pas je vais vous dire son nom : on l'appelle " Lapsit exillis " . C'est par la vertu de cette pierre que le phénix se consume et devient cendre ; mais il renaît de ses cendres .C'est grâce à cette pierre que le phénix accomplit sa mue pour resplendir ensuite aussi beau qu'auparavant ...La pierre donne à l'homme une telle force que le corps garde la fraîcheur de sa jeunesse . Cette pierre aussi a pour nom le Graal ... »
Je vous disais, dans un article précédent, que le conte de l'X. et Charles-Louis de Chateauneuf, privilégiaient la ''piste germanique'' du Graal... En effet, dans ces années 1830-1850 ; les spécialistes de littérature française, n'ont toujours pas pris la bonne mesure de ce qu'au XVIIIe siècle, on appelait les ''antiquités françaises''...

C'est bien l'école romantique - allemande avant la française – qui va re-découvrir ces textes... Voilà ce qu'en dit Paulin Paris (1800 - 1881) un historien français de la littérature, spécialiste de l'époque médiévale.
« J’apprendrai sans doute à plusieurs lecteurs que l’histoire des chevaliers de la Table ronde, celle du beau Tristan, de la belle Isolde, de Lancelot et de la Dame du Lac ; que les douze Pairs de la cour de Charlemagne sont tous originaires de France... (…) quant aux Français, loin de tirer parti d’une source aussi riche, ils ont préféré emprunter les étrangers qui les avaient eux-mêmes copiés. »
Ainsi, comme le remarque Michel Zink : « Faut-il donc passer par le romantisme, et par le romantisme allemand, pour en venir aux littératures de la France médiévale ? »
Le conte de l'X. et C.-L. de Chateauneuf, vont avoir la chance de rencontrer – en visite à Paris - Friedrich de la Motte Fouqué (1777-1843), qui se passionne pour l'épopée du Graal, et qui recherche les sources françaises... Descendant de huguenots réfugiés en Allemagne, l'écrivain n'a plus qu'un objectif : écrire une épopée qu'il nomme '' Der Parcival''...
Friedrich de la Motte Fouqué, a publié en 1811, une œuvre qui va le rendre célèbre '' Undine '' ( Ondine). Marié à une écrivaine qui tient salon, il est un ami d'Adelbert von Chamisso...
En France, il vient rencontrer l'académicien Paulin Paris; et aussi le breton, Théodore Hersart, vicomte de La Villemarqué (1815 -1895).
** Le Parzival de Wolfram von Eschenbach a déjà été édité, en allemand moderne, par Karl Lachmann, en 1833... Mais rien de tel - en français - pour Chrétien de Troyes... !
Le Conte du Graal de Chrétien de Troyes n’est accessible qu’à travers quelques rares et précieux manuscrits médiévaux ; aucune œuvre de Chrétien n’a fait l’objet d’une édition moderne... Seule , l'anglaise Charlotte Guest a publié en annexe de ses Mabinogion, une transcription passablement fautive du ''Chevalier au lion'' , et qui est due, précisément, à La Villemarqué... Quant à Perceval et le Graal, ils semblent recueillir encore moins d'intérêt que Merlin, ou Lancelot ...
La Villemarqué collecte en Bretagne, les anciennes chansons populaires, et contes... Il publie un recueil , nommé Le Barzaz Breiz , qui sera reconnu par les lettrés parisiens... Soutenu par Augustin Thierry, Sainte-Beuve... Parmi les romantiques, on le compare à Grimm...
Hersart de la Villemarqué, dans ''les Romans de la Table Ronde et les Contes des anciens Bretons'' (1859) a traduit et publié: Owenn ou la Dame de la fontaine, Ghérent ou le Chevalier au faucon, et Pérédur ou le Bassin magique.
Le philosophe Arthur Schopenhauer compare le mythe Jésus, à celui qui en train de retrouver vigueur, après s'être formé au Moyen-âge autour du Roi Arthur, précisant « il y a quelques années, le ministère de l'instruction publique de France a envoyé en Angleterre M. de la Villemarqué, pour rechercher l'origine des mythes relatifs à ce roi Arthur. »
« Nous, les Bretons, attendons le retour du roi Arthur comme les juifs celui du Messie », écrit Chateaubriand dans son Essai sur la littérature anglaise (1836). D'ailleurs au XIXe siècle, se développe une certaine idée interceltique... A Glastonbury, notamment en 1838, La Villemarquée, participe au renouveau des relations interceltiques...
Théodore Hersart de la Villemarqué, même s'il ne s’intéresse que très peu aux textes de Chrétien de Troyes, tente d'expliquer l’apparition du Graal dans le roman de Chrétien... Sous sa plume, le Graal dérive à la fois du bassin de Keridwen cité dans l’Histoire de Taliesin, de l’histoire du héros gallois Peredur – dont il explique le nom par «homme des bassins» – et du chaudron de Bran-le-béni.. Au sujet de ce chaudron, La Villemarqué écrit: « Ce vase avait, comme le graal, la propriété de guérir les blessures mortelles, et même de rendre la vie; mais de peur que la personne ressuscitée ne révélât le secret de sa guérison, elle recouvrait la vie sans l’usage de la parole». Voilà qui expliquait, selon La Villemarqué, le mutisme de Perceval. Quant à la lance qui saigne La Villemarqué la trouvait aussi chez Taliesin: «Le pays des Loègres (l’Angleterre) périra par la lance sanglante»...
Nous sommes donc loin, en France, d'une véritable compréhension de la Quête du Graal ...

Jacques Boulenger en 1923, écrira :
« Néanmoins, nos grands écrivains romantiques, à qui elle aurait pu inspirer de beaux poèmes, ignoreront la '' Matière de Bretagne ''. Il n’y a jamais eu, depuis 1591, qu’un seul essai d’adaptation littéraire des romans de la Table ronde : c’est celui de Paulin Paris (1868-1877), qui, travaillant sur les manuscrits mêmes, n’a pu achever son ouvrage et n’a rempli, d’ailleurs sans grand talent, il me semble, que la moitié de son dessein. »
Revenons donc à l'allemand, Friedrich de la Motte Fouqué...
A suivre ...
Sur la piste du Graal : le comte de l'X. -1-

Le comte de l'X. ramène de Palestine quantités d'antiquités et même quelques ''fausses'' reliques avec certificats. Ainsi : un fragment de la Sainte Eponge, un plâtre moulé dans l'Empreinte du pied du Christ laissées lors de l'Ascension et conservée sur le Mont des Oliviers. Plusieurs pierres, dont l'une proviendrait du Temple de Salomon, etc ...
Les Templiers, auraient mis en œuvre le plus grand trafic de reliques qui n'ait jamais existé... ! Ils se sont appropriés le Mont du Temple, et l'ont fouillé de toutes parts … Ils sont devenus les possesseurs et les convoyeurs des plus importantes reliques, comme des fragments de la Vraie Croix...


1119 : Fin de la restauration de la tombe du Christ par les Croisés et début des travaux de la nouvelle Basilique. Les futurs Templiers se sont emparés des reliques de la tombe du Christ pendant la restauration. Créé en 1120, par quelques chevaliers, l'Ordre du Temple s'est développé dans tout l'occident...
1146-1147 : Robert de Craon - le second maître de l'Ordre du Temple jusqu'en1149 - ramène en France une partie des reliques de la tombe du Christ. ...
En 1247, le patriarche de Jérusalem confie à un templier le soin d'apporter au Roi d'Angleterre Henri III, l'ampoule contenant le ''Saint Sang'' ...
Le 15 mai 1272, le maître du Temple Thomas Berard envoient en Occident « du bois de la vivifiante croix du Seigneur, des reliques de la Table du Seigneur, du sépulcre du Seigneur , etc.. Auparavant elles ont été authentifiées par Jean archevêque de Tyr, et par Humbert, frère du Temple et évêque de Banyas »
Une relique très particulière, aurait été mis au ''secret'' : la Coupe de la cène, lors du dernier repas … Une coupe mythique jusqu'en son matériau, et son origine …
Pour ce qui est de la ''Sainte Coupe'', ou du Saint-Calice.. ; c'est à dire du Graal … Voici ce que le Comte retient de ses nombreuses interrogations auprès des archéologues, du moins ceux qui prennent au sérieux la question …
Une tradition veut qu’après la dernière cène, l’Apôtre Pierre ait pris le Graal pour l’emmener jusqu’à Rome. Il y serait resté jusqu’à la persécution de l’empereur Valerian (257-260). Nous sommes alors en 258 après JC, le diacre Lawrence reçoit du pape Sixte II les trésors de l'Église, avec la tâche de les protéger et les cacher ....

On soutient que le légendaire Calice pourrait être encore à Rome. Mais où? Peut-être, selon certains indices, dans la basilique Saint-Laurent hors des murs. Sur la tombe de Saint-Laurent, est clairement représenté un calice avec quelques gouttes de sang stylisées.
Pourtant, là à Rome, il y aurait une fresque qui représente Henri II, le duc de Bavière recevant une coupe en or de Lawrence. La coupe serait donc passée en possession des souverains de l'empire germanique ...
Cependant, le Comte de l'X, évoque le ''calice de Gênes'', en lien d'ailleurs avec les templiers... Nous sommes alors à l'époque de la République de Gênes, une des républiques maritimes d'Italie. L'implantation des templiers ( Roger de Flor, y est connu..) s'est faite principalement dans les villes côtières et avait pour objectif de fournir des hommes pour les états latins d'Orient. A Gênes, donc, - commanderie templière ( Domus Templi de Sancta Fide , Sancte Fidei - la tradition dit que l'on conservait en sa cathédrale Le ''Sacro Catino'', transporté à Gênes par Guglielmo Embriaco dans le butin de la conquête de Césarée en 1101. Guillaume de Tyr le décrit comme un "vaisseau de la couleur la plus verte, en forme de plat de service" ( vas coloris viridissimi, in modum parapsidis formatum ) que les Génois disaient être en émeraude …
L'original aurait été caché ( dans ce cas, où?), et remplacé par une copie... En effet, lors la campagne d'Italie menée par Napoléon Bonaparte, la copie fut dérobée et emmenée à Paris en 1809... Et, une commission de l'Académie des sciences de l'Institut de France conclut que ce vase était fait en verre coloré, et non pas en émeraude... L'objet fut de plus rendu (en 1815) cassé ; et reste exposé à la cathédrale Saint-Laurent de Gênes.
Le Comte de l'X, fut ébranlé, par le récit de cette histoire... Ses recherches, lui ont permis de collecter diverses légendes autour de ce Graal … - Un Graal d'émeraude.

Le "Sacro Catino" aurait été rapporté, par les templiers croisés, résultat de leurs premières fouilles à Jérusalem... Dans les restes du temple construit par Hérode Ier le Grand en l'honneur d'Auguste à Jérusalem..
Non seulement, le Christ aurait bu dans le Sacro Catino, mais avant cela il aurait été offert par la reine de Saba (Yémen, Arabie) au roi Salomon pour garnir son temple construit pour abriter l'arche d'alliance, coffre contenant la table des Dix Commandements reçue par Moïse.
D'après Hérodote, cette coupe d'émeraude se trouvait dans le temple d'Héraclès à Agrigente.

Jacques de Voragine dans sa Chronique de Gênes (Chronicon januense, fin du XIIIe siècle) dit que Jésus et ses disciples mangèrent dans un plat d'or ou d'émeraude lors de la Cène, et que, selon certains livres anglais, Nicodème utilisa pour recueillir le sang du Christ, un vase d'émeraude appelé Sangraal.
Jean Danton, l'historiographe de Louis XII en fit une description en 1501 dans sa « Vie de Louis XII deuxième partie chapitre XXI » comme l'ayant vu :
« Ce très précieux vaisseau est une émeraude entaillée en manière d'un grand plat en largeur de deux palmes d'un si beau vert que toute émeraude mise auprès en est obscurcie et contient en rond au-dessus du plus large six palmes en quadrature au fond dudit plat est un autre petit rond fait au compas selon la proportion de sa grandeur et dès le bord de ce rond jusqu'au bout du plat sont six quarrures faites à la ligne et pour soutenir ce plat au-dessous sont deux anses de même pierre assez larges pour passer la main d'un homme et d'un travail merveilleux aussi dit-on que Jésus Christ au jour de sa cène le fit lui-même d'un peu d'argile. Ce trésor d'inestimable prix est soigneusement gardé dans le sacraire du grand dôme de Saint Laurent de Gènes. »
L'homme qui a perdu son ombre... l’histoire de Peter Schlemihl -1/.-
Peter Schlemihl, un jeune homme sans fortune – qui débarque d'on ne sait d'où – est à la recherche d'un emploi... Il se présente chez un riche, Monsieur John, avec une lettre de recommandation... Il est reçu, alors que son hôte reçoit des invités... Il est invité à se joindre à la compagnie...
Il s’aperçoit que chaque fois que quelqu’un exprime un désir, un étrange personnage vêtu de gris sort de sa poche et présente l’objet de ce désir. C’est d’abord un pansement, ensuite une longue vue, ensuite un tapis de plus de cent mètres carrés, puis une tente de même surface avec tous ses accessoires, enfin trois chevaux tout sellés pour la monte.

Pris d’inquiétude, Peter quitte discrètement la compagnie pour tomber, au détour d’une allée, sur ''l’homme en gris'', qui lui dit ceci : « Pendant le court moment que j’ai eu le bonheur de passer près de vous, j’ai plusieurs fois – permettez-moi de vous le dire, monsieur – réellement contemplé avec une indicible admiration l’ombre si belle, si belle que vous projetez au soleil, avec –une sorte de noble dédain, sans y faire attention – oui, cette ombre superbe que voilà à vos pieds. Pardonnez-moi une proposition téméraire sans doute. Répugneriez-vous à me céder cette ombre ?»
Parmi les huit merveilles qu’il lui propose en échange, l’homme en gris cite la bourse inépuisable que l'on appelle ''La bourse de Fortunatus '' … Elle permet à son propriétaire d'en tirer des pièces d'or à volonté... Il accepte. L'homme en gris s'éclipse ensuite, en indiquant qu'il retrouvera le jeune homme un an plus tard, jour pour jour....
La bourse de Fortunatus est aussi le nom donné à un objet mathématique, similaire au ruban de Möbius mais avec une dimension supplémentaire (ce qui le rend impossible à fabriquer dans notre monde à trois dimensions). Tout comme le ruban de Möbius n'a qu'une face, les faces externe et interne de la bourse de Fortunatus sont confondues (on peut passer de l'une à l'autre sans franchir de bord), ou selon une interprétation plus symbolique, le monde au-dehors de la bourse étant aussi au-dedans, celle-ci contient le monde entier.

C’est dans les yeux des autres qu’il va s’apercevoir très rapidement de ce qu’il a perdu.
Cette nuit- là, Peter Schlemihl en s’endormant sur l’or puisé dans sa bourse, fait un rêve où il voit Chamisso, assis à sa table de travail, mort... !
Je dois préciser que le narrateur est Peter, lui-même, qui écrit à son ami Chamiso ( l'auteur, donc …)
Schlemihl, devenu fabuleusement riche, s'aperçoit que le fait de ne plus avoir d'ombre l'isole irrémédiablement de la communauté des hommes, qui éprouvent un violent dégoût vis-à-vis de celui qui est affligé d'une telle infirmité.

Il finit par quitter la ville en compagnie de son domestique Bendel ( serviteur honnête et entièrement dévoué à son maître et qui va être le seul à connaître son secret) et quelques autres dont le coquin Rascal qui fera courir le bruit que Schlemihl est le roi lui-même voyageant incognito. « J’étais flatté, fût-ce dans ces conditions, d’avoir été pris pour le souverain révéré. »
Schlemihl va essayer d’organiser sa nouvelle vie. Les dispendieuses largesses de Schlemihl lui gagnent le cœur d'une population à qui il s'est bien gardé de révéler son secret : ne sortant qu'à la nuit tombée, il donne chez lui de somptueuses réceptions...
Il quitte une femme (Fanny) dans les yeux de laquelle il a lu l’horreur devant l’absence d’ombre... Cependant, il tombe amoureux de Mina, la fille d'un notable local.... Elle « éclipse les autres femmes comme le soleil éclipse les astres de la nuit », et grâce à elle « la majesté, l’innocence et la grâce, unies à la beauté », règnent. Il se propose de l'épouser, dès lors qu'il aura revu l'homme en gris et qu'il lui aura racheté son ombre.
Une journée avant la date fatidique ( un an s'est passé …).. Rascal quitte avec fracas le service de son maître, dont il fait mine d'avoir récemment découvert ''le secret'', qu'il se hâte de répandre dans toute la ville.
Le père de Mina refuse de donner la main de sa fille à un homme dépourvu d'ombre, et chasse le jeune homme.

Schlemihl retrouve, donc, l'homme en gris... Mais, celui-ci ne lui rendra son ombre qu'en échange de la signature d'un contrat au libellé lapidaire :
« Je soussigné lègue au porteur du présent mon âme après sa séparation naturelle de mon corps. » Comprenant alors à qui il a affaire, Schlemihl refuse.
Le Diable lui montre alors ce qui se passe au même moment chez les parents de Mina : ceux-ci sont en train de négocier la main de leur fille à Rascal, qui s'est considérablement enrichi en volant consciencieusement son maître durant le temps qu'il le servait. Schlemihl est au désespoir, mais il résiste et ne signe toujours pas : la jeune fille est donc mariée contre son gré avec l'ancien domestique de Schlemihl.
Rascal épouse Mina, Bendel emporté par le désir de venger son maître poursuit l’homme en gris...

Les habitants, peu reconnaissants envers leur bienfaiteur, refusent de compter parmi eux un homme sans ombre. Schlemihl part seul, après avoir donné, la mort dans l'âme, son congé et beaucoup d'or à son fidèle Bendel.
Le diable apparaît sous différentes formes sans jamais être reconnu d’emblée par Schlemihl qui poursuit une ombre sans maître sur la lande.
« Une sueur d’angoisse coulait de mon front, de sourds gémissements déchiraient ma poitrine, la démence grondait en moi », dit Schlemihl.
Le Diable suit toujours Schlemihl, et lui propose d'être son serviteur, il lui laissera tout le temps qu'il restera à son service la jouissance de son ombre, en attendant que Schlemihl signe enfin le fameux contrat qui lui ferait échanger son ombre contre son âme, ce qui lui permet de retrouver – un temps - la compagnie de ses semblables.
Pourtant, il résiste... D'autant, qu'il voit ce qu'est devenu Thomas John : un fantôme livide et épouvanté que le diable sort de sa poche... Saisi d'horreur, Schlemihl jette la bourse de Fortunatus ( qui le lie au diable) dans un gouffre. Le Diable disparaît alors..
Peter Schlemihl, a tout perdu, la fortune et son ombre …
A suivre ...
Alphonse-Louis Constant, et le Féminin. -2/2-

Sur le plan personnel de la vie d'A.-L. Constant, il est intéressant d'imaginer – d'après ce que l'on sait - son rapport avec des femmes proches de lui...
Constant rencontre en 1843, Mle Eugénie Chenevier, sous-maîtresse à l’Institution Chandeau (à Choisy le roi) .
Parmi les pensionnaires de l’Institution se trouve la jeune Marie-Noémi Cadiot, à laquelle Eugénie s’est liée d’amitié. Lorsque les deux jeunes filles sortent le dimanche, A. Constant les accompagne et ils passent tous trois de bons moments. Eugénie et Alphonse-Louis, envisagent de se marier; et déjà, Eugénie attend un enfant de lui … Mais Marie-Noémi est tombée amoureuse... Et, elle lui envoie des lettres enflammées, des poèmes...et finit même par fuguer de chez ses parents pour aller se réfugier dans la mansarde de celui-ci. Son père exige alors le mariage, sous la menace d'une accusation de détournement de mineure, car la jeune fille n'a même pas 18 ans. A. Constant doit se résigner. Le mariage a lieu le 13 juillet 1846.
Eugénie a un fils ( Alphonse), en 1846, que son ''père'' ne reconnaît pas … Plu tard, il tentera de se rapprocher de lui...
Marie-Noémi prend des cours de sculpture auprès de James Pradier (1790-1852) dont elle est aussi le modèle et la maîtresse...
Marie-Noémi va devenir une femme de lettres, romancière, une sculptrice, une critique d'art et une révolutionnaire qui aura un rôle actif dans le mouvement féministe issu de la Révolution de 1848.
- Vers 1851-52, A. Constant rencontre le mathématicien polonais Josef Hoëné-Wronski (1776-1853), dont l’œuvre fait sur lui une impression durable et l’oriente vers la pensée mathématique et le messianisme... Le 15 août 1803, il eut une révélation de ''l’Absolu'', et jusqu’à la fin de sa vie il ne cessa d’élaborer une théorie générale de « Messianisme », ou de « Paraclétisme », fondée sur cette découverte, et de l’exposer dans de nombreux ouvrages philosophiques et politiques. En avril 1810, Josef Wronski a épousé Henriette Victoire Sarrazin de Montferrier...
Marie-Noémi quitte A. Constant pour l'écrivain et mathématicien Alexandre, marquis de Montferrier (1792-1863) et beau-frère d' Hoëné-Wronski. En 1875, elle épousera le député de Marseille Maurice Rouvier (1842-1911) qui deviendra plus tard ministre du gouvernement de Jules Ferry.
Elle expose des sujets mythologiques au Salon de Paris à partir de 1852 d'abord sous le nom de Noémie Constant, puis, à partir de 1864, sous celui de Claude Vignon (personnage de "La Cousine Bette", roman de Balzac). Elle fréquente le club des Femmes d'Eugénie Niboyet, écrit dans Le Tintamarre et Le Moniteur du Soir des feuilletons littéraires sous le pseudonyme de « Claude Vignon »
A.-L. Constant a pris le pseudonyme d'Éliphas Lévi, ou Éliphas Lévi Zahed (traduction en hébreu de Alphonse-Louis Constant), et va devenir une grande figure de l'occultisme...
« La foi n'est qu'une superstition et une folie si elle n'a la raison pour base, et l'on ne peut supposer ce qu'on ignore que par analogie avec ce qu'on sait. Définir ce qu'on ne sait pas, c'est une ignorance présomptueuse; affirmer positivement ce qu'on ignore, c'est mentir. » Eliphas Lévi
Eliphas Lévi, se fait connaître par ses connaissances sur l'Esotérisme, en général … Il donne des leçons à l'évêque d'Évreux, Mgr Devoucoux, sur la Qabbale.
Comme grand admirateur de Balzac, je note qu'Eliphas Lévi connaît très bien la veuve d'Honoré de Balzac, Ewelina Rzewuska Comtesse Hanska ; elle le reçoit dans son château de Beauregard, à Villeneuve-Saint-Georges, il apprécie la magnifique bibliothèque... Il est très lié également avec Judith, fille de Théophile Gautier et première femme de Catulle Mendès. Quand il tombe malade d'une mauvaise grippe, il quitte Paris et s'installe chez Mme de Balzac... Avec le comte Alexandre Branicki, hermétiste, il aurait réussi quelques expériences probantes du Grand Œuvre dans un laboratoire installé au château... Malheureusement, un an plus tard, Mme de Balzac meurt.
Avec Mendès, Judith – elle a 24 ans - rencontre Wagner à Bayreuth. Il s'enflamme pour elle. Judith Gautier inspire à Wagner les « filles-fleurs » de Parsifal. Elle traduira en français le livret...
Le tableau représente le moment où Parsifal, héros chaste dont le destin est de reconquérir le Saint-Graal, vient de terrasser les gardiens du château du magicien Klingsor. Il s'éloigne dans le jardin enchanté, sourd aux appels des filles-fleurs, femmes fatales aux corps à peine couverts de fleurs.
Les jeunes filles entourent le jeune homme pour se disputer ses faveurs, mais il se décide finalement à les repousser. Kundry, qui obéit aux ordres du magicien, renvoie les Filles Fleurs et use à son tour de son charme pour tenter de le faire succomber.

L'un des thèmes les plus importants de l'Opéra Parsifal de Wagner est la lutte entre la chair et l'esprit : le magicien Klingsor, incapable de résister à ses pulsions, s'est châtré, et son obsession est de conduire à leur perte les Chevaliers du Graal, par l'intermédiaire des filles-fleurs, les tentatrices.. ( Wiki)
Oui... Nous retrouvons Parsifal... Le mythe arthurien revient sur le devant de la scène mythologique du XIXe siècle … Nous en reparlerons ….
Pour le moment, nous faisons connaissance de l'entourage de A.-L. Constant ( E. Lévi) ; qui va impressionner Ch.-L. De Chateauneuf...
Un climat spiritualiste règne à cette époque...
Gautier en 1866, fait paraître un récit '' Spirite '' ; Mendès en 1869, fait paraître un poème swedenborgien ' Hespérus ' qui évoque des noces spirituelles entre deux âmes complémentaires...
Romantisme et Symbolisme vont faire le lien ; comme dans le salon de Nina de Villard, elle-même passionnée de Kabbale et de spiritisme... Les poètes apparaissent être alors les prophètes chargés de dire l'ineffable, de retrouver la langue poétiques des origines et de hautre Tradition, des correspondances entre '' Ciel et Terre ''… Et, précisément pour E. Lévi, la ''magie'' tente de révéler ces correspondances, et de mettre de l'harmonie dans le monde ...
L'abbé Alphonse-Louis Constant, et le Féminin -1/2-
Je voudrais, parce que c'est important pour la suite de la Quête de Ch.-L. De Chateauneuf, lire ce que dit '' l'abbé'' Alphonse-Louis Constant (1810-1875), du '' Féminin '', situé dans son époque évidemment …
L'avènement de la République, aurait pu signifié – à l'image de la Liberté personnifiée par Marianne – la libération de la femme … La piété mariale ne cesse de s'intensifier. On pourrait se demander si la mariologie sert la cause féministe ? A.-L. Constant, lui, l'affirme … pour lui, le Féminin, peut incarner l'avenir du citoyen, et de l'Eglise catholique ...

Quand le jeune abbé Alphonse-Louis s'éprend d’Adèle Allenbach, il compare son amour, à celui qu'il a pour la Sainte Vierge... Mais, de plus...Il quitte le séminaire huit jours avant son ordination, bouleversé par ses sentiments...
Il écrit ''La Bible de la liberté'', et cause le scandale parce qu'il soutient que Dieu habite d’abord le coeur de chacun avant de régner sur le monde ; et « l’humanité n’a qu’une grande âme qui passe de génération en génération...». Le livre est saisi, et lui est arrêté, jugé (!) , puis incarcéré à la prison de Sainte-Pélagie. Là, il étudie les écrits d’Emmanuel Swedenborg (1688-1772), très en vogue, qui confirme son mysticisme féminin et la sainteté de l’amour.
Il publie ''La Mère de Dieu'' (1844) et poussé hors de l'Eglise, on retrouvera l’abbé Constant dans la société secrète de l’Ordre hermétique de la Rose-Croix universelle de Lausanne, où il obtient vite le grade de Grand-Maître.
Pour en revenir aux idées : Constant prévoit que l'ère de l'amour marial succède à celles de l’autorité patriarcale... « Le monde, jusqu’à présent, a connu en Dieu l’idée d’un Père et d’un Fils ; mais il n’est pas encore initié aux secrets d’amour de la mère, sur qui repose le Saint-Esprit. »
Une nouvelle ère marquée par la Liberté de la femme, l'Egalité entre les sexes, et la fraternité ( amour social...). L'humain a face à lui : la Mort ( séparation entre homme et femme) , et la Beauté ( union entre masculin et féminin). L'Amour est donc la voie de déification, car il vainc la mort... Symboliquement, l'homme est motivé par la beauté de la femme, et chacun peut en expérimenter la manifestation divine.
Dans le langage de l'époque : Constant écrit dans '' La Bible de la Liberté'' :
« L’homme est l’amour de l’intelligence, la femme est l’intelligence de l’amour.
La femme est le repos et la complaisance de Dieu, la fin de sa révélation et la couronne de ses œuvres.
La femme est avant l’homme, parce qu’elle est mère, et l’homme doit l’honorer, parce qu’elle enfante avec douleur.
Dans l’essence de Dieu, l’intelligence est avant l’amour ; mais dans la manifestation, l’amour précède l’intelligence.
C’est pourquoi la femme est plus que l’homme dans le monde.
Elle a aussi précédé l’homme dans le péché et dans la gloire ; elle a donné sa vie pour la liberté, et l’homme a donné sa vie pour elle.
Ainsi elle s’est fait Dieu en absorbant son être dans un rayon de la divinité, et l’homme l’a vue alors si belle, qu’il l’a adorée. »
Constant, ensuite choque ses contemporains, en considérant le ''péché originel'' comme nécessaire à la libération de l'humain, avec son pendant de ''souffrance''... ''L'intelligence créée a la liberté de nier Dieu... et paradoxalement continue ainsi à ''glorifier '' Dieu...
« L’amour ne connaît ni la loi ni la crainte ; il est fils de la liberté.
Il est créateur comme Dieu, et veut tout donner à ce qu’il aime... » Constant, La Bible de la liberté,
« La confiance de l’amour fait naître la foi. L’enfant croit à sa mère, parce qu’il se sent aimé d’elle, et ainsi la foi est raisonnable. Mais où il n’y a pas d’amour, la foi ne peut être que superstitieuse et servile, parce que sans amour il n’y a pas de liberté, comme sans liberté il n’y a pas d’amour. »

Abbé Constant, Le testament de la liberté
Le couple, par l’union amoureuse, reconstruit l’androgyne primordial du Banquet de Platon. Pour Constant, la femme est appelée à occuper a fortiori une place centrale dans la société et à y exercer son autorité empreinte de douceur et de tolérance, des qualités qui lui sont naturelles : « Car tout enfant obéit à sa mère, et la femme est mère de Dieu. Aussi je vous dis, en vérité, que la femme est reine du monde. » Constant, L’assomption de la femme.
Constant appelle de ses vœux un mariage libre, résultant de la liberté de l'amour … « La fille de famille riche est vendue et exploitée comme une terre... Les prostituées, ne sont que les fruits malheureux d’une société perverse et hypocrite... » etc …
Pour lui, la connaissance, à l’origine du péché (Genèse 3,6), est l’acte sacrilège nécessaire à la fondation de la civilisation qui n’a pas pu ne pas être prévu par Dieu. Et, la sexualité n’est pas la violation d’un interdit, mais un interdit désiré qui affranchit l’humanité...
Constant pense que la piété mariale, peut rassembler le peuple... Marie, porte une réflexion mystique sur '' l’Éternel féminin''. Et, en ce milieu du XIXe siècle, Constant envisage sur ces bases une religion universelle, qui serait le socialisme … !
Il appelle l’État français à se féminiser et soutenir son peuple, à l'image de Marie qui accompagne son fils... !
En cette période romantique, Constant pense que le ''sentiment religieux '' - produit d’images, de légendes » et de miracles merveilleux et glorieux - est une voie intuitive conduisant à la connaissance.
Sources : Larangé, D. (2010). Théologie mariale et discours féministe. La foi romantique en l’avenir du pouvoir féminin selon l’abbé Alphonse-Louis Constant. Tangence,
Le Romantisme, la philosophie et les Mythes. 2/2

En 1793, Fichte (1762-1814) est nommé Professeur de philosophie à Iéna, où il succède à Karl Leonhard Reinhold, qui était lui aussi un disciple important de Kant et une source d'influence pour Fichte. Ce dernier suscite très vite un enthousiasme considérable par son éloquence, par la fulgurance et la nouveauté de ses idées, mais aussi par le caractère en apparence énigmatique, voire hermétique de sa pensée. Il est renommé dans toute l'Allemagne et même en dehors ( c'est Madame de Staël qui le fait connaître en France).
La '' Querelle de l’athéisme '' ( de 1798 à 1800) contraint Fichte à renoncer à son poste de professeur de philosophie à Iéna... et rappelle les '' péripéties '' connues par Spinoza un peu plus d’ un siècle avant Fichte.
Fichte, dans son ouvrage pointe ses accusateurs en les vilipendant comme « idolâtres ». Selon lui, toute conception de « Dieu » comme « substantiel », comme une entité distribuant des récompenses et des punitions sous forme de bien être ou de mal être, doit être écartée comme idolâtre.

« Un Dieu qui doit être le serviteur des désirs est un être méprisable ; il remplit une fonction qui répugnerait à tout honnête homme. Un pareil Dieu est un méchant être ; il entretient et éternise la perdition des hommes et la dégradation de la Raison ; un pareil Dieu, c'est à proprement parler et tout justement ce Prince de la terre, jugé et condamné depuis longtemps par la bouche du Verbe dont il fausse les paroles. Son office est l'office de ce Prince ; sa fonction, de subvenir aux besoins de la police. Ce sont eux les véritables athées, ils n'ont absolument pas de Dieu ; ils se sont forgé une idole impie... Accomplir certaines cérémonies, réciter certaines formules, croire des propositions incompréhensibles, ce sont tous leurs moyens de se mettre bien en cour avec lui et de recevoir ses bénédictions. Ils adressent à Dieu des louanges, ils lui font une gloire, dont un homme ne voudrait pas ; et, ce qu'il y a de plus impie, ils ne croient même pas aux paroles qu'ils prononcent, ils s'imaginent seulement que Dieu aime à les entendre, et pour avoir ses faveurs, ils abondent en ce sens. » Fichte

Je rappelle l'évolution conceptuelle : avec Descartes je m'interroge sur ce qui est réel : je peux être victime d'erreurs, d'illusions...mais ce qui certain c'est que J'existe ( je pense être). Suis-je alors limité à ma propre perception ? Descartes ''croit en Dieu'', il est celui qui conduit ma pensée...
Puis-je penser le réel, sans faire appel à une Transcendance ?
C’est en ce sens que Kant propose de distinguer les « choses en soi » : qui est l’inconnaissable réalité objective des simples « phénomènes », qui sont ce que je perçois, grâce à l’aide d’un certain prisme : celui de l’espace, du temps, de la grandeur, des relations de cause à effet, etc.
Mais... - Y a t-il plusieurs ''choses en soi'' .. ? - Leur existence est-elle nécessaire... et seraient-elles la cause des ''phénomènes'' ?
Fichte, lui répond de façon ironique : « Comment ! tu es capable de parler d’une réalité, sans en rien savoir, sans en avoir au moins obscurément conscience, sans la rapporter à toi ? ...»
Précisément, pour Schelling, l'athéisme consiste à séparer l'homme de Dieu... Moi et non-moi, sujet et objet, phénomène et 'chose en soi' ne forment qu'un. Le monde est unité essentielle et il n'y a pas lieu d'opposer le monde idéal et le monde réel. Humain et nature ne sont que les deux faces d'un seul et même être, l'Un, l'Absolu...

Panthéiste Schelling ? Pourtant, il affirme que Dieu est point de départ, à la fois existence nécessaire, mais dès l'origine « puissance » (possibilité) d'une autre existence. La création est actualisation de cette puissance de l'être autre. L'homme est le point où l'unité des puissances est restaurée mais actualisant à nouveau cette puissance, cette fois sur le plan de la conscience : c'est l'odyssée religieuse de l'humanité d'abord sous la forme ''imaginaire'' de la mythologie puis sous la forme d'une conscience délivrée, en personne dans la Révélation.
Attention : ''imaginaire'' ne signifie pas '' qui n'existe pas '' … ! ( Voir le monde imaginal de H. Corbin...)
Sources : diverses.., notamment Van Riet Georges. Mythe et vérité. In: Revue Philosophique de Louvain.
L'émigration – le Romantisme, la philosophie et les Mythes. 1/2

L'émigré, J. L. de la Bermondie, arrive donc en Allemagne ; avec sa principale question qui concerne le Graal, le Mythe... Des articles précédents ont fait référence à Roger de Laron, chevalier templier, dont il est l'héritier …
Et précisément, il se rend compte qu'ici, des intellectuels en ont fait un problème philosophique ...
Quel est ce problème ? Tout simplement, celui de savoir ce qu'est un mythe, ce qu'il signifie, comment il faut le comprendre et l'apprécier. Quel est le sens du mythe, quelle est sa fonction dans la vie humaine, quelle valeur doit-on lui reconnaître ?

Auguste Schlegel (1767-1845) écrivain, philosophe ; en 1798 professeur à Iéna, fonde avec son frère la revue Athenaüm; il y a là également Ludwig Tieck, Wackenroder, Novalis … D'abord marié avec l'étonnante Caroline Michaelis... En 1804, il devient l'un des amants de Madame de Staël... Il lui restera fidèle jusqu'à sa mort ( à elle en 1817). Il écrit :
« Le mythe est un produit universel et nécessaire de la faculté poétique des hommes: c'est en quelque sorte une poésie originelle du genre humain »... Schlegel définit la mythologie comme « langage imagé de la raison et de l’imagination, sa sœur : ici, chaque corps se voit attribuer une âme, et tout ce qui est invisible est rendu visible »
Ces formules indiquent clairement que la mythologie n'est pas le produit d'un passé lointain ou d'une époque primitive de l’humanité. Comme le langage, elle constitue au contraire un phénomène indissociable du fait d'être homme, un principe structurel de son esprit.

L'homme appréhende le Monde par le mythe. Le peuple s'approprie le mythe et lui donne vie. Les allusions symboliques du mythe font qu'il est parfaitement reconnu par notre imagination... « Le premier mouvement de notre imagination est celui par lequel notre existence et le monde extérieur deviennent réels pour nous », écrit Schlegel...
« L'homme donne une forme humaine à toutes les forces de la nature qu'il perçoit. La personnification est la figure universelle de son langage naturel. » A. Schl.
« Le langage n'est pas un produit de la nature, mais une reproduction de l'esprit humain, qui y consigne l'apparition et les affinités de sa pensée, et tout le mécanisme de ses opérations.

Dans la poésie, quelque chose de déjà formé est donc à nouveau formé; et la capacité de son organe à prendre forme est aussi illimitée que la capacité de l’esprit à revenir sur lui-même par des réflexions toujours portées à la puissance supérieure. Il n'est donc pas surprenant que la manifestation de la nature humaine puisse en poésie plus que dans les autres arts se spiritualiser et se transfigurer, et qu'elle sache s'y frayer une voie jusqu'à de secrètes régions mystiques » A. Schl.
Critique de la philosophie des ''Lumières'' dans les leçons de Berlin d' August W. Schlegel :
L'âme humaine, écrit Schlegel, est divisée, comme l'est le monde extérieur, entre « lumière et ténèbres », et « la succession du jour et de la nuit est une image très pertinente de notre existence spirituelle ». Tandis que la lumière de la raison nous enchaîne aux « conditions de la réalité », celles-ci sont abolies la nuit, entourées d'un « voile bienfaisant », et c'est ainsi que s'ouvrent « des perspectives sur les espaces du possible ».
En ce sens, la raison et l'imagination représentent les forces fondamentales de notre nature : la raison « toujours à la recherche de l’unité », l'imagination « produisant sens cesse une variété illimitée ».

Schlegel illustre l’indépendance de l'imagination face à la raison, en évoquant les rêves où l'imagination « s'adonne à ses jeux sans connaître aucune contrainte ».
Le philosophe Friedrich Wilhelm Joseph (von) Schelling (1775-1854) fera également de la mythologie, au fil des années, sa préoccupation principale...
En 1790, il rentre au Stift (séminaire) de Tübingen où il rencontre Hölderlin et Hegel.
En 1798, Schelling arrive à Jena. Comme Novalis et Ludwig Tieck , il fréquente également Schlegel. Il s'engage, même, dans une histoire d'amour avec Caroline Michaelis-Schlegel (1763-1809), qui est tolérée par son mari ; elle a créé autour d'elle un cercle d'écrivains qui est le creuset de toutes ces nouvelles idées …

En 1800, August Schlegel part à Berlin ; il va se séparer de Caroline qui va se marier en 1803 à Schelling...
À cette époque, l'idée la plus répandue sur les mythes était la suivante : ceux-ci seraient, ou bien le résultat de l'imagination des hommes, ou bien des vérités déguisées, traduisant la réalité par des allégories ou des métaphores.
Schelling s'oppose radicalement à cette interprétation du mythe. Pour lui, le mythe ne peut être d'aucune manière le résultat de l'imagination de l'homme, c'est au contraire la conscience de l'homme qui est le résultat des mythes. Les mythes ne sont ni des vérités cachées, encore moins des allégories ou des métaphores.
Les mythes sont des tautégories ( définition : les figures mythologiques signifient ce qu'elles sont et sont ce qu'elles signifient. ): ils ne disent rien d'autre que ce qu'ils disent. La question n'est pas de savoir s'ils sont vrais ou faux. Ils existent et ne signifient que ce qu'ils sont.

Quand j'écris ( voir: St-Augustin, Zundel … Secrétan...) « en moi habite quelqu’un de plus grand que moi », je suggère que la transcendance ne m'est pas externe, mais interne ; ce qui dépasse mon moi, est en moi...
« En nous tous est présente une faculté mystérieuse et merveilleuse, celle de nous retirer dans la partie la plus intime de nous-mêmes (...) afin d'intuitionner l'éternel en nous, sous la figure de l'immutabilité. Cette intuition est l'expérience la plus intime, la plus proche, celle dont dépend tout ce que nous savons et croyons quant au monde suprasensible » ( A. Schelling. Lettres sur le dogmatisme ..).
Le Mythe arthurien du Graal -1/.-
Le Graal procède du Mythe Littéraire, même si l'objet de ce mythe est bien antérieur, à l'oeuvre littéraire … Le mythe du Graal se rattache à l'histoire du Christianisme, sachant qu'il est aussi une transformation, dans le sens chrétien, du Mythe breton, celte... Revoyons ce que l'on peut dire de son histoire, puisque cela en assoit - en quelque sorte - sa légitimité

A l'origine de cette histoire un peuple breton qui ne peut oublier qu'il a été dépouillé par les saxons ; et sans doute l'espoir du retour d'un chef prestigieux, le Roi Arthur : le seul qui ait infligé aux saxons des défaites... On se raconte une légende selon laquelle Arthur, après avoir été grièvement blessé, avait été emmené dans l'île d' Avalon où il était soigné par des fées. William de Malmesbury ( moine bénédictin (vers 1090/1095 – vers 1143)) le rapporte dans ses Gesta Regum Anglorum en 1125

Après la bataille d'Hastings, Guillaume le Conquérant et ses barons deviennent les maîtres de l'île de Bretagne ; les normands considèrent les croyances ( redevenues) païennes des bretons comme des superstitions dangereuses théologiquement et politiquement …
Dans les quelques vies de saints gallois : saint Cadoc, saint Patern, saint Carantoc, que l'on estime avoir été écrites peu de temps après l'arrivée des Normands. On remarque qu'Arthur n'y est pas toujours présenté sous un jour favorable. Le moine normand William de Malmesbury reconnaît certes qu'Arthur a été un grand chef mais il ne cache pas son dédain pour les ''fables'' dont il est l'objet …
Geoffroy de Montmouth ( évêque et historien anglo-normand ( 1100-1155) au service du roi Henri Iᵉʳ d'Angleterre) , breton d'origine, écrit l'Historia Regum Britanniae, qui est dédiée à Robert comte de Gloucester.

Dans son récit Arthur est un roi magnifique et un grand conquérant. Après la grandiose épopée arthurienne, il dépeint la Bretagne conformément à la tradition populaire dans un état de profonde déchéance. Les Saxons triomphent et toutes sortes de calamités : peste, famine, etc... s'abattent sur le pays. Cadwallader, son dernier roi, se réfugie en Bretagne armoricaine;. là un ange lui annonce que son peuple renaîtra un jour « par le mérite de sa foi », mais ces temps ne sont pas encore venus. Il ordonne à Cadwallader de se rendre à Rome auprès du pape Sergius et c'est là-bas, ajoute le messager, qu'il mourra en état de sainteté. Le jour où ses reliques seront rapportées en Bretagne verra la résurection de son pays
Dans la Vita Merlini qui date de 1148 environ, le rôle de messie est également refusé à Arthur par Merlin dans un colloque où Taliessin conseille d'envoyer des messagers vers l'île d'Avalon afin de ramener le grand roi pour chasser les Saxons. C'est Cadwallader ainsi que Conan qui, selon les prophéties de Merlin, doivent être plus tard les libérateurs du pays. Du retour d'Arthur, il n'en est pas question....

L'année 1154 qui voit arriver les Plantagenets en Angleterre est aussi celle de la mort de Geoffroy de Monmouth. Dès 1155 paraît le Brut de Wace, première adaptation en français de L'Historia. Puis à partir de 1162 environ s'échelonnent les oeuvres arthuriennes de Chrétien de Troyes.
Enfin, pour en finir avec cette croyance au retour d'Arthur, c'est la prétendue découverte qui eut lieu en 1191 de la tombe du grand roi à Glastonbury. Dans ses Gesta Regum Anglorum William de Malmesbury raconte que l'on avait trouvé dans le Sud du Pays de Galles la tombe de Walwen ou Gauvain, neveu d'Arthur « Mais, ajoute-t-il, le tombeau d'Arthur ne se voit nulle part et c'est pourquoi de vieilles fables racontent qu'il reviendra ».
Pour mettre fin de manière définitive à ces croyances qui étaient un reste évident de paganisme, il n'y avait donc pas de meilleur moyen, semblait-il, que d'annoncer qu'on avait découvert les restes d'Arthur.

On sait que Glastonbury, qui est situé entre la Cornouailles et le Pays de Galles et qui, de ce fait, se trouvait au moyen âge à proximité immédiate des populations celtiques, est considéré comme ayant été un foyer très ancien de christianisme en Angleterre. Primitivement, c'était un sanctuaire druidique important et il semble que dans les récits gallois et irlandais sa colline entourée de marais soit identifiée à l'île d'Avalon, le séjour d'Arthur.
C'est là que se seraient établis les premiers apôtres qui vinrent évangéliser le pays, c'est-à-dire selon la légende, Joseph d'Arimathie et ses compagnons apportant le Graal. Ils y fondèrent l'église appelée par la suite « Vetusta Ecclesia » qui fut intégrée dans la célèbre abbaye. A l'arrivée des normands celle-ci tomba sous leur influence et lors de la découverte de la tombe d'Arthur en 1191 son abbé était Henri de Sully apparenté de fort près au roi Henri II Plantagenet . Il y a là, il faut l'avouer, un ensemble de faits, qui, s'il ne suffit pas encore à établir un rapport entre le mythe arthurien et le thème du Graal, n'en n'est pas moins à remarquer.

D'autre part, au XIIe siècle, les Croisades vont modifier les conceptions religieuses chrétiennes...
Rappelons que la première croisade débuta en 1096, soit trente ans après l'arrivée des normands en Bretagne tandis que la seconde est de 1147 et la troisième de 1186. La fondation des grands ordres de chevalerie prend place entre la première et la seconde Croisade.
Sources : Daniel de Séchelles L'évolution et la transformation du mythe arthurien dans le thème du Graal.
L'HISTOIRE DU MYTHE DU ROI ARTHUR -1/4 -
