Comment perçoit-on la beauté ?
Le grand violoniste français Renaud Capuçon a joué ( incognito..) sur la ligne 6 du métro parisien.
Dans le cadre d’un film intitulé 7:57 AM-PM. Il y interprète La Mélodie d’Orphée de Gluck.
“Dans un environnement ordinaire, à une heure inappropriée, pouvons-nous percevoir la beauté?”
L'anarchisme chrétien
C’est la chronique de Jean-Claude Guillebaud, enchanté par le livre :
« L’anarchisme chrétien », qui a attiré mon attention vers ce courant que l’on imagine
minoritaire :
"... l’anarchisme me paraît la conviction la plus proche, dans son domaine, de la pensée biblique." - Jacques Ellul.
Jacques Ellul a écrit un livre « Anarchie et christianisme ».
Ce courant social et politique est décrit dans ce livre au travers de la radicalité mise en avant par des têtes d'affiche que l'on connaît, superbement abordées
dans le livre, comme Charles Péguy, Georges Bernanos ou Jacques Ellul, et cent autres avec Simone Weil, Dorothy Day, Pierre Kropotkine, Hugo Ball, Novalis, Peter Maurin, Tolstoï, Félix Ortt, ce
contemporain de Péguy qui publia en 1903 un Manifeste anarchiste chrétien ou Joseph Proudhon dont – à tort – on n’interroge plus la pensée. Mentionnons encore Ernest Hello, ce sublime
Breton amoureux de Dieu et qu’admirait tant Barbey d’Aurevilly. Ces anarchistes chrétiens, si méconnus, ont une « indélogeable conviction » : « Le message évangélique est
dangereux, dérangeant, subversif, décisif ».
En 2012, ce qui nous menace de mort spirituelle, c’est le règne médiocre de la marchandise et tous les affairements de la technologie. Les auteurs citent en conclusion une phrase de saint Paul : « Ne vous conformez pas à ce monde présent, mais transformez-vous par le renouvellement de l’esprit ». (Romains 12, 2).
Quel serait l'équivalent chrétien de "Ni Dieu, ni maître"? Matthieu 23, verset 8 dit: "ne vous faites pas appeler Rabbi; car un seul est votre Maître, et vous êtes tous frères." On pourrait donc dire que le slogan équivalent serait "Dieu est mon seul maître"
Extraits d’un entretien avec Jacques de Guillebon et Falk van Gaver (Source :La Nef N°237 DE MAI 2012 )
L’anarchisme n’est-il pas l’attitude de celui qui refuse de « rendre à César ce qui est à César » ?
« C’est tout à fait le contraire : l’anarchiste rend à César ce qui est à lui, c’est-à-dire pas grand chose. Quand le Christ règle la question de
l’impôt, il la règle avec sa sprezzatura habituelle : c’est-à-dire que pour lui, ce n’est presque pas une question. César ne sait pas faire beaucoup plus que graver son visage sur une
pièce : qu’on lui rende sa pièce. Il faut de plus mettre ce
passage fameux de l’Evangile en parallèle avec un autre, moins étudié, où les Juifs pressent le Christ de payer son impôt au Temple : « Ce ne sont pas les hommes libres comme nous qui
doivent payer, apprend-il à ses apôtres, mais pour éviter de scandaliser ces bons Sadducéens et Pharisiens nous le paierons ». Et comment s’y prend-il ? Il envoie Pierre pêcher un poisson
dans le lac : « Dans sa bouche, tu trouveras une pièce de bronze, tu la porteras au Temple ». C’est dire en quelle estime le Christ tient le « sale argent » qui est à César,
cet argent qu’on trouve dans la bouche du premier poisson venu. Qui donc est César, s’il ne possède rien de plus ? Il n’y a pas à avoir peur de César, ni à lui prêter plus d’importance qu’il
n’en a.
L’anarchie permet justement de
tempérer les liens temporels. »
( …) le Christ oppose formellement le mode d’administration chrétienne et celui des rois païens : « Eux ont des esclaves à qui ils commandent en maîtres, parmi vous que le premier soit le dernier ».
( …) l’anarchie, la chrétienne particulièrement – qui est la seule logique, la seule qui tienne – repose sur une vision complète de l’homme qui ne le tronque pas et reconnaît sa double fin, temporelle et surnaturelle. Elle invite, notamment à travers la question de la non-violence qui lui est congénitale, à une révolution intérieure, et à une révolte contre ses propres égoïsmes pour commencer. Naturellement, elle déborde ce cadre et inonde le monde temporel : en ce sens, elle n’est nullement contradictoire avec la vision du politique de l’Eglise, qui s’exprime particulièrement dans la doctrine sociale de nos jours, au contraire elle l’accompagne parfaitement : subsidiarité, c’est-à-dire organisation naturelle à la base ; option préférentielle pour les pauvres ; destination universelle des biens, tout cela sont ses maîtres-mots. »
La souffrance, éclairée par le bouddhisme et le christianisme...
«Si nous pouvons atteindre la compréhension de ce que nous sommes vraiment, il n’y a pas de meilleur remède pour éliminer toute souffrance …
Ceci est le cœur de toutes les pratiques
spirituelles » nous enseigne le Lama Kalou Rinpoché (1904-1989).
« Lors du tsunami – parce que les pays bouddhistes aussi ont été frappés – les journalistes occidentaux m’ont demandé comment les bouddhistes gèrent
le problème du mal engendré par cette catastrophe ? J’essayais de leur expliquer que le problème (métaphysique et théologique) du mal n’existe pas pour les bouddhistes tout
simplement parce que tout s’explique sans Dieu dans cette tradition. Ce problème n’existe que pour ceux qui croient que Dieu est à la fois tout-puissant et aimant amour, que Dieu
veut le bien-être de tous. Pourtant on constate la souffrance de tant de personnes partout dans le monde. Là il y a un type de contradiction. Certes, les bouddhistes qui ont perdu leurs biens et
leur famille souffrent comme moi je souffrirais si je me trouvais dans les mêmes circonstances. Mais pour eux, du point de vue de la « doctrine bouddhiste », il n’y pas de contradiction.
Au contraire, un tsunami, avec tout la misère qu’il engendre, est une
illustration de plus de cette réalité fondamentale que tout est éphémère. Pour nous, c’est beaucoup plus délicat, cette souffrance, avec la question de l’existence de Dieu. »
Dennis Gira ( Conférence Novembre 2007 à Altkirch ).
* La première Vérité du Bouddhisme repose sur une simple constatation froide et implacable : le monde est souffrance (dukkha). ( souffrance ressentie par un « égo » ). Dukkha, est bien entendu beaucoup plus qu'une simple souffrance physique ou morale. Dukkha signifie aussi inachevé, imparfait, interrompu, impermanent. Sous cet aspect d'impermanence, dukkha s'applique à toutes les manifestations du monde physique, psychologique et mental.
« Souvent on dit que pour les bouddhistes tout est souffrance parce que tout est éphémère, ce qui n’est pas très exact. Tout est éphémère et celui qui ne peut pas accepter que tout est éphémère, celui-là il va souffrir. » Dennis Gira
** « La souffrance semble être, et elle est, quasi inséparable de l’existence terrestre de l’homme. » (Jean-Paul II, Salvifici doloris) Mais en même temps qu’elle renvoie l’homme à sa finitude, la souffrance « manifeste à sa manière la profondeur propre à l’homme », elle « semble appartenir à la transcendance de l’homme » :
Le
récit de la Genèse révèle que ce n’est pas Dieu qui est la cause du mal dans le monde : « Le christianisme proclame que l’existence est fondamentalement un
bien, que ce qui existe est bon ; il professe la bonté du Créateur et proclame que les créatures sont bonnes. [...] L’homme souffre, pourrait-on dire, en raison d’un bien auquel il ne
participe pas, dont il est, en un sens, dépossédé, ou dont il s’est privé lui-même. » (Jean-Paul II, Salvifici doloris).
* Le bouddha nous a appris que le fait d'accepter nos difficultés ne veut pas dire rester amorphes et résignés à souffrir. Mais ce dont nous faisons l'expérience à un instant donné, quoi qu'il en soit, est la réalité de cet instant. Quand nous refusons de l'accepter, nous nous trouvons en conflit avec la réalité… Si nous acceptons la nature transitoire de notre monde, nous cesserons d'essayer de contrôler ces choses qui, par nature, échappent à notre contrôle. Nous serons en paix avec tout ce qui peut se présenter à nous dans la vie et, apaisés, nous pourrons en même temps, travailler à faire du bien aux autres à partir d'une inspiration altruiste qui apprécie, en chacun des êtres, son potentiel de transcender la souffrance et de devenir éveillé.
** L’Évangile veux aller plus loin que la simple constatation du mystère du mal et de la souffrance. Jean-Paul II introduit l’idée de « l’Évangile de la souffrance ».
La souffrance n’est plus synonyme d’absurdité ; elle devient le lieu où Dieu a aimé l’homme . Il peut être choquant à première vue, de découvrir une « qualité » à la souffrance… ( Il nous faut condamer évidemment le dolorisme …).
Jean Paul II explique que « la joie vient de la découverte du sens de la souffrance », une découverte qui est une plongée dans le mystère du Christ qui rejoint dans la souffrance le mystère de l’homme.
« Le « péché originel » est le résultat d’une relation brisée. Nous sommes tous comme saint Paul, faisant le mal que nous ne voulons pas et ne faisant pas le bien que nous voulons. C’est ça le constat. L’origine pour les bouddhistes, c’est l’ignorance. Côté chrétien, ce n’est pas forcément l’ignorance, c’est l’incapacité d’entrer dans cette relation interpersonnelle qui nous est offerte par Dieu. »
Origine et contexte ... du "Conte du Graal" de Chrétien de Troyes
On peut s’étonner du destin d’une œuvre littéraire, comme le « Le Conte du Graal » de Chrétien de Troyes. La question étant de se demander comment le « roman» (conte) devient-il un « mythe » ? Sans doute l’histoire de l’œuvre recèle une partie de la réponse…
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Nous identifions facilement les personnages comme faisant partie de la « matière de Bretagne » attachée à la légende du Roi Arthur …
- Historiquement, plusieurs rois bretons , devant l’'importante menace d'invasion des Saxons, se rangent tous sous la bannière d'un dénommé Artorius.
Ce guerrier, probablement né vers 470-475 en Cornouailles, est le chef d'une bande très mobile de cavaliers mercenaires. Tous voient en lui la seule personne capable de tenir tête à l'envahisseur. Artorius est nommé commandant en chef de la nouvelle armée et, tous unis, les rois Bretons et Gallois remportent, quelque part dans le sud-ouest de l'Angleterre vers 500-518, une grande victoire qui stoppe l'envahisseur pendant une quarantaine d'années. C'est la bataille de Mont Badon (ou Bath, ou Badbury). Quand Artorius trouve la mort dans une grande bataille, près de Camelford en Cornouailles, aux alentours de 540-542, c'est la fin de l'indépendance bretonne : à la fin du siècle, les Saxons occupent les trois quarts de l'île.
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C'est Robert Wace, dans son Roman de Brut ( Brutus ), en 1155, qui donne la coloration courtoise et légendaire à l’ « Historia regum Britanniae »du Gallois Geoffroy de Monmouth ( 1136). Arthur devient le monarque idéal, un modèle d'humanité, de vaillance, de générosité et de délicatesse. C'est lui aussi qui, le premier, mentionne la Table Ronde, symbole politique de la société courtoise.
La légende arthurienne est, dès la fin du onzième siècle, diffusée à travers toute l'Europe, et même au-delà, par les conteurs professionnels qui accompagnent les armées partant pour la Terre Sainte à l'occasion des deux premières croisades.
Chrétien de Troyes (1135-1183) , est un copiste, adaptateur de textes, et écrit sur commande, ainsi pour Marie de Champagne ( 1145-1198), fille d'Aliénor d'Aquitaine et de Louis VII ; et épouse de Henri, comte de Champagne...
Le Conte du Graal de Chrétien de Troyes est dédié à Philippe d’Alsace, comte de Flandre. Chrétien de Troyes affirme avoir composé son texte à partir d’un manuscrit fourni par le comte Philippe. Ce roman, écrit vers 1180-1190, introduit pour la première fois le motif du Graal, il est resté inachevé après la mort de Chrétien.
Philippe d’Alsace (1143-1191) fut un puissant seigneur médiéval, comte de Flandre et de Vermandois. Héritier de la maison d’Alsace, il joua un rôle politique majeur en Europe, notamment en arbitrant des conflits entre les rois de France et d’Angleterre. Son règne fut marqué par une administration efficace et une politique d’expansion territoriale.
Philippe participa à la Troisième Croisade, où il trouva la mort à Saint-Jean-d’Acre en 1191. Son soutien à la littérature arthurienne a contribué à l’essor du mythe du Graal, influençant profondément la culture médiévale et les récits chevaleresques. Son mécénat demeure un témoignage de l’importance des seigneurs dans la préservation et la diffusion du savoir au Moyen Âge.
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Marie de France, également connue sous le nom de Marie de Champagne, est une figure marquante du XIIe siècle. Elle est célèbre pour son soutien aux écrivains et poètes de son époque, notamment Chrétien de Troyes. C’est sous sa protection que Chrétien écrit des œuvres majeures comme Lancelot ou le Chevalier de la Charrette, où il explore les thèmes de l’amour courtois et de la chevalerie. Marie de Champagne est née en 1145, elle est la fille du roi Louis VII et d’Aliénor d’Aquitaine, ce qui fait d’elle la demi-sœur de Richard Cœur de Lion et de Philippe Auguste.
Mariée en 1164 à Henri Ier le Libéral, comte de Champagne, Marie joue un rôle politique important en assumant à plusieurs reprises la régence du comté. Mais son influence ne se limite pas à la politique : elle est aussi une mécène des arts et des lettres.
Sa cour à Troyes devient un centre intellectuel et artistique, attirant des poètes et des troubadours. Elle encourage également des auteurs comme Gace Brulé, Gautier d’Arras et Geoffroi de Villehardouin.
Marie de Champagne meurt en 1198, laissant derrière elle un héritage culturel durable. Son soutien aux écrivains a contribué à l’essor de la littérature médiévale et à la diffusion des idéaux chevaleresques.
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« Perceval, ou le conte du Graal » est le seul roman de Chrétien de Troyes qui suscitera un grand nombre de continuations et de reprises, donnant naissance à un mythe durable : le mythe du Graal.
Le Parzival de Wolfram von Eschenbach (1201-5) est le texte le plus ancien après le Conte du Graal.
Voilà, ce qui en est du contexte de l’écriture de ce « roman-conte », et finalement ces explications semblent bien insuffisantes, pour comprendre, analyser et s’enrichir d’un tel texte. Pourquoi… ?
Sans doute, le plus délicat à saisir c'est le passage du niveau conscient de la lecture au niveau inconscient de la suggestion mythique. Peut-on s’autoriser à passer de l’un à l’autre.. ? S’agit de la part de l’auteur, qui parle par images, jeux de mots … de simples allégories.. ? Par exemple :
- Le « gaste pays » ou pays dévasté a t-il un rapport avec la blessure à la hanche du souverain ? Ce rapport peut désigner le concept de « stérilité ». Il se trouve que ce rapprochement avait déjà été pratiqué ( selon Plutarque, Isis rendit sa fécondité à Jupiter en lui séparant les jambes qui se trouvaient soudées et bloquées…)
Certains auteurs ont montré que le conte du Graal, était le passage d’un mythe à un autre : il y a un mythe venu de la mémoire, ancien qui évoque le souvenir d'un monde païen, disparu ...(notamment à travers les textes littéraires que l'auteur a pu connaître), et un mythe en création ( le Graal ) ; plus précisément la christianisation d'un mythe. Nous en reparlerons...
Benoit XVI: Prier est un art qui s’apprend.
« j’ai mis un accent particulier sur la forme spécifique de la lectio divina.
Ecouter, méditer, observer le silence devant le Seigneur
qui parle est un art, qui s’apprend en le pratiquant avec constance. »
« La prière est assurément un don, qui demande toutefois d’être accueilli; c’est l’œuvre de Dieu, mais elle exige engagement et continuité de notre part; surtout, la continuité et la constance sont importantes »
" ... pour la prière chrétienne aussi il est vrai que c’est en cheminant que s’ouvrent des chemins. »
« Dans le récit évangélique, les contextes de la prière de Jésus se situent toujours au croisement entre l’enracinement dans la tradition de son peuple et la nouveauté d’une relation personnelle unique avec Dieu ».
Prier est un art qui s’apprend. ( Catéchèse Benoit XVI 30 nov 2011 )
Jésus, la Bible et ... Le Mythe.
A mon avis, de même que les archétypes, sont en chacun, humainement universels et s’expriment au
travers des mythes et des contes ( et pas seulement )… De même, l’humain est archaiquement religieux, croyant …etc .
La conversion à laquelle Jésus appelle est de passer du religieux, de la croyance ...à, La Foi.
La Bible, est en elle-même une bibliothèque de livres au genre littéraire différent ; elle est également une reprise ( inculturation ) de mythes fondateurs et l’occasion d’un dévoilement divin de notre véritable nature : la Bible intègre et dépasse le Mythe …
Simone Weil : « Avant d’être une théorie de Dieu, une théologie, les Evangiles sont une théorie de l’homme, une anthropologie »
Je reviens à René Girard…
Le «phénomène victimaire», est le résultat de cette religiosité archaïque. « l'acte fondamental de la société primitive, à l'origine de la nôtre, c'est de désigner
une victime, un bouc émissaire, et de cultiver l'illusion de sa culpabilité afin de permettre d'évacuer toutes sortes de tensions collectives. » R.G. « Cette illusion est ensuite
fondatrice de rites, lesquels la perpétuent dans le temps et entretiennent des formes culturelles qui aboutissent à des institutions. »
Bien sûr, des anthropologues - et même un théologien comme Rudolf Bultmann - ont insisté sur la ressemblance entre les Evangiles et d'autres récits, et ce caractère démontrerait que la mort et la résurrection de Jésus ne sont que des mythes parmi d'autres. Et « mythe » renverrait bien sûr ici, à « sornette », égarement …etc Et, si cela est entendu, c’est que le seul type de savoir que notre monde respecte encore est, la science.
« Tout cela est-il vraiment certain? Eh bien! je pense que non seulement cela n'est pas certain, mais qu'il est certain que cela ne l'est pas. L'assimilation des textes bibliques et chrétiens à des mythes est une erreur facile à réfuter.
Dans les mythes, les victimes sont toujours coupables, car le récit est toujours écrit du point de vue de la tromperie, de l'illusion créée par le phénomène victimaire.
Le christianisme contredit d'emblée les mythes. » René Girard.
- Pierre représente le modèle de l'individu qui, dès lors qu'il est plongé dans une foule hostile à la
victime, devient hostile lui-même... comme tout le monde. Et puis, tout change, la logique archaïque est inversée et les disciples finissent par se retrouver non pas contre la victime, mais en sa
faveur. A l'opposé de ce que dit Nietzsche -
«Le christianisme, c'est la foule» - la foi chrétienne exalte l'individu qui résiste à la contagion victimaire.
- Jésus arrête net la lapidation de la femme adultère en disant: «Que celui qui n'a jamais péché jette la première pierre.» Mais, selon moi, la leçon principale est ailleurs: l'entraînement mimétique, voilà ce que Jésus veut combattre.
- Les Évangiles se présentent apparemment comme n’importe quel récit mythique, avec une victime-dieu lynchée par une foule unanime, événement remémoré ensuite par les sectateurs de ce culte par le sacrifice rituel – symbolique celui-là – eucharistique. Le parallèle est parfait sauf sur un point : la victime est innocente.
Entre Dionysos et Jésus, il n'y a « pas de différence quant au martyr », autrement dit les récits de la Passion racontent le même type de drame que les
mythes, c'est le « sens » qui est différent.
Tandis que Dionysos approuve le lynchage de la victime unique, Jésus et les Évangiles le désapprouvent. C'est bien là ce que
je dis et redis : les mythes reposent sur une persécution unanime.
Déjà l’Ancien Testament montre ce retournement des récits mythiques dans le sens de l’innocence des victimes (Abel, Joseph, Job, Suzanne...) et les Hébreux ont pris conscience de la singularité de leur tradition religieuse. Avec les Evangiles, c’est en toute clarté que sont dévoilées ces « choses cachées depuis la fondation du monde » (Mathieu 13, 35), la fondation de l’ordre du monde sur le meurtre, décrit dans toute sa laideur repoussante dans le récit de la Passion.
A partir d’une interview de René Girard : "La vraie mondialisation, c'est le christianisme" publié le 14/10/1999 dans l’Express
René Girard: une pensée féconde
René
Girard, diplômé de l'École des Chartes, est né à Avignon en 1923. A partir de 1947 et jusqu'à présent, il enseigne aux États-Unis dans plusieurs universités où il est professeur. ( Il
est membre de l'Académie française) .
Professeur de littérature comparée, il étudie les grands auteurs de – ce qu’il appelle-la littérature "mimétique" : Shakespeare, Dostoïevski, Proust, Cervantes… et le décryptage des rites, des mythes et des tragédies grecques, amènent René Girard a des intuitions qu’il travaillera ensuite dans ses recherches…
Je résume : ( et j’y reviendrai…):
- le désir médiatisé (l’objet du désir est désigné par les autres) et la fascination (donc, le tabou) du mimétisme ( mimétisme parce qu’il s’agit d’un désir ( simple, universel ) par deux sujets d'une même chose. )
- La violence est le fondement de toute société et le rite religieux est le fondement de toute culture… Selon Girard, le sacré a toujours eu pour fonction de résoudre le drame de la violence par la mise en place du sacrifice de boucs-émissaires ( victimes désignées coupables)
- enfin, la religion chrétienne a radicalement bousculé ces fondements en substituant l’amour à la violence. La Bible, contrairement aux mythes, renonce à la violence et prend le parti des victimes reconnues dans leur innocence.
Il est intéressant de noter que René Girard est devenu croyant au fur et à mesure de ses découvertes.
René Girard,
comme anthropologue, philosophe, développe dans ses livres
(La Violence et le Sacré, 1972; Des choses cachées depuis la fondation du monde, 1978; Le Bouc émissaire, 1982) une analyse du phénomène de la violence par le désir mimétique..
La re-découverte de textes de René Girard, à la lumière de la doctrine catholique, me semble particulièrement féconde pour une réflexion religieuse…
C’est d’ailleurs le propos de James ALISON, dans son livre « Le péché originel à la lumière de la Résurrection »… Et le profond plaisir de découverte ressenti à ces lectures, me pousse à tenter de reprendre avec mes mots, ce qui me semble vraiment « lumineux ». ( à suivre )
“En observant les hommes autour de nous, on s’aperçoit vite que le désir mimétique, ou imitation désirante, domine aussi bien nos gestes les plus infimes que l’essentiel de nos vies, le choix d’une épouse, celui d’une carrière, le sens que nous donnons à l’existence. Ce qu’on nomme désir ou passion n’est pas mimétique, imitatif accidentellement ou de temps à autre, mais tout le temps. Loin d’être ce qu’il y a de plus nôtre, notre désir vient d’autrui. Il est éminemment social… L’imitation joue un rôle important chez les mammifères supérieurs, notamment chez nos plus proches parents, les grands singes ; elle se fait plus puissante encore chez les hommes et c’est la raison principale pour laquelle nous sommes plus intelligents et aussi plus combatifs, plus violents que tous les mammifères.”
René GIRARD, Celui par qui le scandale arrive, p. 18-19.
Perceval: Le chevalier Vermeil et la chevalerie. 2
( suite de l'artcle: Le chevalier vermeil, et Perceval 1 ) - - Notes de lecture de l'étude " LA LEGENDE DU GRAAL " de Emma Jung et Marie Louise von Frans.
Les contes, de toute part, nous fournissent des « chevaliers rouges », en général en relation avec l’autre monde… Le chevalier vermeil renvoie à sa composante d’ombre dangereuse (la virilité arrogante pour Perceval) … Mais …méfions nous de trop simplifier : « La mythologie associe souvent la couleur rouge, d’une part, au sang, au feu, à l’amour et à la vie, et d’autre part, à la guerre et à la mort. Cette double signification montre que la figure d’ombre n’est pas seulement destructrice, mais également capable de promouvoir les forces de vie si elle est intégrée par le conscient. »
Voilà pourquoi le Chevalier Rouge est, dans une certaine mesure, une expression de la future totalité intérieure de Perceval… Malheureusement, Perceval l’abat avec une brutalité inconsidérée que rien ne justifie. … D’un point de vue psychologique, le meurtre du Chevalier Rouge (l’ombre) traduit une répression brutale des émotions et des affects et correspond à la première étape de la construction d’une personnalité consciente. Tout jeune être qui grandit en société et qui aspire à devenir un individu responsable, doit traverser cette phase de lutte impitoyable contre ses pulsions primitives avant de s’épanouir plus pleinement. Dans notre histoire, le processus se déroule sans aucune réflexion et résulte du désir que nourrit Perceval de devenir chevalier et d’être reçu à la cour d’Arthur.
Après avoir retiré l’armure à son adversaire et l’avoir revêtue, Perceval est appelé, à son tour, le « Chevalier Rouge ». En réussissant à maîtriser les émotions intérieures qui l’assaillaient, il permet à la vitalité et à l’énergie qu’elles contenaient de se mettre au service de la conscience qui gagne ainsi en force et en signification.
Remarquons à la lecture que :
- Perceval, tue le chevalier pour prendre son armure, plus que pour lui reprendre la coupe
d’or… II la renvoie à Arthur en la confiant à l’un de ses valets, sans se donner la peine de se placer lui-même, et sans se douter qu’il y a là, par hasard, une première allusion à l’objet qui sera plus tard au centre de la quête – le vase, le Graal….
- A ce stade de son développement, Perceval n’est pas conscient de la signification de la coupe.
- L’armure subtilisée à son adversaire et qu’il porte désormais constitue un autre élément important … Le mode d’appropriation est loin d’être chevaleresque, de telle sorte qu’une certaine culpabilité y est attachée. Il y a lieu de souligner que Perceval revêt l’armure par-dessus son habit gallois dont il ne veut pas se séparer. Si l’armure représente une part essentielle de lui-même, cela signifie qu’il n’est pas encore le chevalier qu’il souhaiterait être, mais qu’il n’en possède que l’apparence extérieure. Celle-ci correspond à ce que la psychologie analytique nomme la
persona (masque).
Le terme « masque » indique qu’il ne s’agit pas de la véritable nature d’un individu, mais d’une enveloppe destinée à produire un effet sur autrui. La persona forme en quelque sorte une façade et elle est généralement construite pour faciliter l’adaptation sociale de l’individu ; c’est pourquoi Jung la considère comme un élément constitutif de la psyché collective.
Il est significatif que Perceval ignore son nom et se reconnaît uniquement comme « cher fils », « beau fils » et « beau sire », les mots que la mère utilisait pour s’adresser à lui.
Ne simplifions pas… , la « persona » ne doit pas être considérée uniquement comme un masque destiné à tromper les autres, mais aussi comme un moyen d’adaptation essentiel et indispensable. La vie en société est impossible sans le respect de certaines formes
Parallèlement, la persona offre, tout comme les vêtements, une protection contre le monde, sans laquelle l’homme serait trop vulnérable. Il arrive aussi qu’elle constitue une sorte de modèle ou d’idéal que l’on espère réaliser. Dans ce cas, elle sert de ligne directrice de grande valeur pour l’individu, mais si l’idéal est mal choisi, s’il est trop ambitieux ou mal adapté, il peut conduire à des impasses.
La chevalerie représente pour Perceval un idéal de cette nature. Cependant, il n’est pas encore chevalier, il n’en possède que l’armure, c’est-à-dire l’apparence extérieure, dont il lui faudra prendre la mesure. …
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Grégoire le Grand lorsqu’il chargea Augustin d’une mission auprès des Anglo-Saxons. Il lui recommanda de ne pas agir avec brutalité et de ne pas détruire les anciens sanctuaires, mais, au contraire, de les bénir afin que le peuple se réunisse en des lieux familiers, désormais au service du vrai Dieu. « Car, disait-il, il est clair qu’il n’est pas possible qu’un esprit fruste et inculte fasse brusquement table rase du passé, tout comme celui qui se prépare à gravir le sommet le plus élevé doit le faire pas à pas, ou étape par étape, et non en quelques sauts. » |
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Saint Grégoire le Grand envoyant saint Augustin évangéliser les Angles et les Saxons. Legenda aurea. Bx J. de Voragine.
R. de Montbaston. XIVe. |
De ce point de vue, la chevalerie chrétienne eut pour mission de participer à la réalisation de l’idéal chrétien. |
Arvo Pärt , musique et mystique.
Arvo Pärt est né en Estonie le 11 septembre 1935
Für Alina, date de 1976, ce morceau marque le tournant des créations d’Arvo Pärt, qui s’illustrera désormais comme compositeur majeur du minimalisme, dans sa branche « mystique ».
« Ici, je suis seul avec le silence. J’ai découvert qu'une seule note suffit quand elle est bien jouée. Cette note, ou un moment de silence me réconforte. Je travaille avec très peu d’éléments (...). Je construis avec les matériaux les plus primitifs - avec l’accord parfait, dans une tonalité spécifique. Les trois notes de l'accord résonnent comme des cloches. Et c’est pourquoi j’appelle cela tintinnabulation. »
On retrouve dans ce court morceau cette grandeur dans la simplicité, cette fraîcheur et luminosité des sonorités détachées, et une subtilité des silences qui nous conduit vers une calme et douce extase.
Pour mieux saisir sa pensée il faut ici un texte du compositeur écrivit à l'occasion de la création de son œuvre Lamentate de 2002 : « Quand,
lors du vernissage dans le Hall des turbines de la Tate Modem à Londres en octobre 2002, je découvris le Marsyas d'Anish Kapoor
, la première
impression fut écrasante : Moi, cet être vivant, je suis debout devant mon propre corps et je suis mort - comme dans un décalage temporel où le futur et le présent prennent place en même
temps. Tout à coup, je me voyais déplacé dans une situation d'où ma vie m'apparaissait sous un autre jour. À ce moment j'éprouvai la vive sensation de pas être encore mûr pour mourir. Et
jaillissait cette question : que pourrais-je encore accomplir durant le temps qui me restait à vivre ? La mort et la souffrance sont des problèmes qui préoccupent tout être humain, une
fois précipité dans ce monde. Son attitude face à la vie dépend alors de la façon dont il résout (ou ne résout pas) ces problèmes - consciemment ou inconsciemment. La taille de la sculpture
d'Anish Kapoor dynamite non seulement nos conceptions de l'espace, mais aussi, selon la perception que j'en ai, les dimensions temporelles. La frontière entre le temporel et l'intemporel tend à
s'estomper. C'est la sphère thématique de ma composition Lamentate (Plaignez). J'ai de la sorte écrit une plainte, une lamentation, non pour des morts, mais pour nous, les vivants, qui devons
résoudre ces problèmes, chacun pour lui seul - pour nous qui peinons à traverser la souffrance et le désespoir dans le monde. »
L'histoire résumée du Chevalier Vermeil
Rappel de ce qui s'est passé précédemment :
Dans la Gaste Forêt, Perceval a rencontré des chevaliers pour la première fois : il est très intrigué et les somme de questions toutes plus naïves les unes que les autres ( exemple : " Êtes-vous Dieu ? / - Non, certes / Alors, qui êtes-vous donc / Un chevalier / Chevalier ? Je ne connais personne ainsi nommé / ). Il décide de tout quitter et de se rendre chez le roi Arthur pour être fait chevalier, malgré les objections et la douleur de sa mère. Avant son départ, sa mère lui donne trois recommandations :
1) Servir et secourir les dames et les demoiselles
2) Fréquenter des prudhommes
3) Prier Dieu
Il aperçoit sa mère qui est "tombée comme morte", mais ne s'en soucie pas et poursuit son chemin.
La première rencontre de Perceval, est celle d'une jeune fille sous une tente. Il met en pratique de manière très exagérée et inopportune le premier conseil donné par sa mère ( la jeune fille n'est pas en danger) : il lui vole un baiser, lui prend son anneau, signe d'appartenance à un jeune homme, il se "goinfre" des victuailles qu'il trouve et tout ceci malgré les protestations, les cris et les pleurs de la jeune fille qui redoute la jalousie de son ami.
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Perceval ( à l’allure de « paysan » ) arrive à la cour du roi Arthur. Il croise un chevalier à l'armure vermeille (rouge) qui lui demande de transmettre un message au roi : il veut que le roi lui rende ses terres qu'il revendique comme sienne ou qu'il envoie un homme pour les défendre. Il est celui qui vient de voler une coupe, défier, humilier le roi, et bafouer la reine .. !
Le jeune homme entre à la rencontre du Roi Arthur, qu’il recherche pour qu’il le fasse chevalier.
Perceval, contre tous les usages, sur son cheval, interroge le roi qui est plongé dans la mélancolie. Le jeune homme lui demande de le faire chevalier …
Le sénéchal lui dit que s'il désire les armes du chevalier vermeil, il n'a qu'à aller les chercher lui-même, et que le roi le fera aussitôt chevalier. Une jeune fille se met à rire. Keu, en colère, la frappe au visage et pousse dans une cheminée un fou qui avait coutume de dire que la jeune fille (qui n'avait pas rit depuis dix ans) rirait le jour où elle verrait un chevalier supérieur aux autres.
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Le jeune homme, parti à la rencontre du Chevalier Vermeil, lui demande de retirer ses armes, mais celui-ci veut livrer combat. Le Chevalier vermeil blesse le jeune homme à l'épaule, et Perceval ( qui ne connaît pas encore son nom .. ! ) lui lance son javelot à l'œil et atteint le cerveau du chevalier.
Avec l'aide d'Yvonnet, Perceval s'empare des vêtements du chevalier Vermeil. Dés lors, le but de Perceval est de retourner auprès de sa mère et sans plus tarder, il se met en route. Le roi regrette qu'il soit parti.
Pour une interprétation de cet épisode, selon Emma Jung: c'est ICI: Le chevalier vermeil, et Perceval 1 - Les légendes du Graal
