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Les légendes du Graal

l'homme sans qualites

Autour de « L’homme sans qualités » de Robert Musil – 3

28 Mai 2025 , Rédigé par Régis Vétillard Publié dans #L'Homme sans qualités

Pour ma part, conseillé par Lancelot, j'ai lu et admiré: les livres de Stefan Zweig, et de Thomas Mann (1875-1955) et particulièrement ''La Montagne Magique''. Je ne peux donc que chercher à confronter Robert Musil, avec ces auteurs.

« La montagne magique » de Thomas Mann, se déroule principalement dans un sanatorium des Alpes suisses avant la Première Guerre mondiale. Le roman est un voyage à travers le paysage intellectuel, culturel et spirituel de l’Europe de l’époque. Il propose des descriptions détaillées des lieux et des personnages, des dialogues riches et un style narratif ironique. ( 1930 - L'Allemagne - 9 - ''La Montagne Magique'' Thomas Mann (suite) - Les légendes du Graal

« L’homme sans qualités » de Robert Musil se déroule dans l’Empire des Habsbourg peu avant la Première Guerre mondiale. Les sujets tournent autour de la rationalité et l’irrationalité, l’identité et l’existence, et la recherche d’un mode de ''vie juste''.

Pour ce qui est de Mann et Musil; je relève chez eux le pressentiment que quelque-chose allait se produire, peut-être le constat d'une certaine décadence de la société européenne, et en même temps d'un enfermement dans d'absurdes conventions. Malgré tout pour Musil , le futur reste ouvert dans le sens d'une utopie...

Chez T. Mann, le style narratif est détaillé, insistant sur le contexte historique et social. Pour Musil, le style rejoint l'essai, afin d'examiner des questions intellectuelles et existentielles.

Les thèmes de Mann, sont le conflit entre les valeurs bourgeoises et les désirs individuels, ou sur des sujets tels que la maladie et la guérison. Alors que Musil se méfie de '' l'illusion du réel '' et se concentre davantage sur l’analyse de l’existence moderne, du rationalisme et de la morale.

 

J'ai interrogé Lancelot, sur un point de la pensée de Musil, que je n'arrivais pas à cerner. Comment le rationaliste qu'il était, pouvait craindre l'illusion du réel ?

- Pourquoi n'existerait-il pas plusieurs réalités coexistantes? M'interroge t-il ?

- Tu veux dire, plusieurs perceptions individuelles?

- Ne penses-tu pas que les conventions sociales, philosophiques, peuvent masquer la complexité de la réalité? Musil déconstruit ces conventions et révèle une réalité plus complexe....

Il adopte ce que l'on pourrait appeler une philosophie du présent ,,,, se concentrant sur l'expérience immédiate et les possibilités futures plutôt que sur des vérités fixes et établies que nous entérinons sans esprit critique.

- Ce que nous pouvons faire en suivant la méthode proposée par la phénoménologie ?

- Oui, en partie... La réalité est bien plus que ce que nous en percevons... Nous en avons souvent parlé, n'est ce pas?

Il faut revenir et réfléchir sur ce concept que Musil propose: le '' sens du possible", il nous permet d'imaginer des alternatives et des potentialités au-delà de ce qui est immédiatement perceptible. Cela élargit la compréhension de la réalité en intégrant les possibilités et non seulement les faits établis.

Je remarque que - souvent dans nos conversations, nous nous échappons d'un cadre rationaliste stricte ?

- Musil reste rationaliste, parce qu'il réfléchit aux différentes potentialités de l'existence humaine en restant ancré dans une logique rigoureuse. Il s'astreint à suivre une méthode rationnelle pour décrire les structures de la réalité.

- Musil croyait-il en Dieu ? ( pour aller au plus simple, j'utilise une formule pour interroger l'irrationnel …)

- Il était très intéressé par les religions, mais comme observateur extérieur. Il était attiré, je crois, par la mystique. Il a lu les mystiques rhénans, leurs écrits sur l'expérience directe de Dieu. Son intérêt pour les états de conscience alternatifs entrent dans sa quête d'une compréhension plus profonde de la réalité.

 

Dans le tome 2 de L'homme sans qualités, Ulrich et Agathe s’entretiennent longuement de l’amour et de l’expérience mystique. Ils abandonnent les investigations du Comité, pour emménager ensemble et former ce qu’ils appellent une « famille à deux ».

Musil s’intéresse à l'extase mystique comme à celle de l'érotique. N'écrit-il pas que l’aventure d’Ulrich et d’Agathe est comme un « voyage aux confins du possible, qui leur faisait frôler les dangers de l’impossible, de l’anormal, du scandaleux même » ?

Attention, Musil dénonce une récupération de l'extase, et les abus d'un culte de l'irrationnel. Il tente une rencontre entre la mystique et la science. Ulrich explique à sa sœur:« J’examine la voie de la sainteté en me demandant si l’on pourrait y circuler en automobile ».

Tous deux en font l'expérience, sans la médiation du religieux: « Agathe et Ulrich étaient tombés sur un chemin qui évoquait souvent les préoccupations des possédés de Dieu, mais ils le suivaient sans être pieux […] ; ils étaient tombés sur ce chemin en hommes de ce monde, et ils le suivaient en tant que tels : tout l’intérêt de l’aventure était là »

- Qu'appelle t-il extase ?

- Il écrit qu'il s'agit d'un « état particulier d’accroissement de la réceptivité et de la sensibilité […], état d’où l’on retire le sentiment d’être lié à toutes les choses comme dans le fluide miroir d’une étendue d’eau ». Il le décrit comme une abolition exaltée des limites du moi, une plongée dans l'illimitée... Et aussi, comme un « ondoiement d’émotions » et « quelque chose d’infiniment tranquille et d’infiniment vaste », comme « un entrelacement de soi et d’autrui, illimités ».

Ceci n'évoque t-il pas l'expérience du divin avec Maître Eckhart et son expérience du divin comme détachement vis-à-vis de soi-même, du monde et des représentations?

Musil observe deux paradoxes: - L'extase se nourrit de l’inaccessibilité de son objet. Et, - L'extase est un état où les extrêmes se touchent, plénitude et vide, mouvement et immobilité, angoisse et euphorie, dilatation et fulgurance du temps...

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Musil: Quels sont les mondes possibles? - 2

23 Mai 2025 , Rédigé par Régis Vétillard Publié dans #L'Homme sans qualités, #Bouveresse, #1984

1984 d'Orwell - Un Monde possible...

Comment ce roman aurait-il pu finir?

Malheureusement, à la fin des années trente, si le monde que décrit Musil a disparu, celui qui annonce - devant ses yeux - , l'étonne par le fait de vivre le moment où « une quantité de volontés éparses, se fonde en une seule volonté massive », et alors que la plupart des gens « n'ont pour la plupart rien cultivé davantage de toute leur vie que la mesure et le sang-froid », elle devient « une foule capable des plus grands excès en bien comme en mal mais incapable de réflexion. »

Cette «  foule qui ne trouve aucune issue à ses sentiments se rue sans doute alors sur la première voie qui s'ouvre à elle. ». «... en elle les êtres les plus excitables c'est-à-dire les extrêmes, capables aussi bien de soudaines violences que de touchantes générosités, donnent l'exemple et fraient le chemin. »

Ce roman ne pouvait pas finir... Nous le continuons, aujourd'hui encore. Avec du recul, je constate que notre société progresse dans une alternance de bien et de mal, l'un sans-doute étant contenu dans l'autre.

En conclusion, il ne faut pas opposer le possible et le réel, l'un nourrit la réflexion et l'autre l'action. Ulrich propose de « voir dans l’idéal une possibilité parmi d’autres et dans le réel la réalisation d’une possibilité parmi d’autres »

 

L'Homme sans qualités, tente de marier la littérature de fiction, à la philosophie, et finalement Musil essaie au travers de la vie et la réflexion de ses personnages, à décrire la Réalité et l'interroger. Cette quête de l'auteur rejoint la mienne et me permet d'essayer de comprendre à sa suite, où cela pourrait me conduire...

J'apprécie la suggestion de Musil de se servir de la science, par la méthode que suit son héros mathématicien Ulrich, alors que les dialogues des personnages ne sont que ''littéraires'' et qu'ils n'évacuent pas les affects. Musil souhaite promouvoir à la fois ''l'âme'' et ''l'exactitude''.

Ce que j'attends, ce n'est pas seulement une description vraie des sentiments, ou la véritable nature des émotions. Je souhaiterais accéder par l'intermédiaire des personnages à la vraie nature de la question métaphysique, et à explorer des réponses rationnelles, ou même irrationnelles, mais vraies.

Musil traite du déterminisme, de la liberté, et il essaie de penser à partir du comportement de ses personnages au cours et autour des travaux du fameux ''comité'', au moins dans la première partie; ensuite, c'est la relation entre Ulrich et Agathe qui prend le dessus...

Cependant Musil semble douter de tout...

On peut constater qu'ici le Bien et le Mal, sont des valeurs « qui dépendent de toutes sortes de paramètres de circonstance » ( cf J. Bouveresse)

 

Jacques Bouveresse

Jacques Bouveresse (1940-2021) a été assistant puis maître-assistant au département de Philosophie de la Sorbonne de 1966 à 1971. Ensuite, il a été attaché de recherche, puis chargé de recherches au CNRS de 1971 à 1975. Il était une figure marquante de la Sorbonne, défenseur d'un humanisme rationaliste, il contestait l'impératif académique de la spécialisation, et préférait l'approche encyclopédique. Elaine se souvient qu'il maniait l'ironie pour critiquer les philosophes contemporains.

Je rappelle que les années 1960-1970, préfèrent les vedettes intellectuelles saturées d'idéologie que sont: Michel Foucault, Gilles Deleuze, Louis Althusser, Jacques Lacan, Jacques Derrida ... « Je suis convaincu que nous sommes utiles toutes les fois que nous apprenons aux gens la précision, la clarté et la valeur de l’argumentation » dit-il. Il est spécialiste de Ludwig Wittgenstein (1889-1951), et admire l'auteur des Principia Mathematica (1910-1913), Bertrand Russell (avec Alfred North Whitehead ). Bouveresse défend un réalisme scientifique, à l'image de la science qui vise une connaissance objective de la réalité et y parvient jusqu’à un certain point. Excellent germaniste, il n'est donc pas étonnant qu'il se consacre également à l’étude de Robert Musil dont il partage l'éthique intellectuelle en s'interrogeant sur la recherche de la vérité dans l'art et la religion. Il rejoint ce qu'a écrit Musil dans L’Homme sans qualités, « nous ne devons pas croire avant d’avoir épuisé toutes les chances de savoir » ( Tome 2)

Pour Bouveresse, la vérité est une valeur fondamentale qui ne doit pas être confondue avec la sincérité ou la croyance subjective. Il a souvent critiqué la tendance contemporaine à remplacer la recherche de la vérité par la sincérité des croyances.

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Musil: Quels sont les mondes possibles?

18 Mai 2025 , Rédigé par Régis Vétillard Publié dans #L'Homme sans qualités

L’intérêt de la lecture de ''L'homme sans qualités'' est qu'elle nous interroge sur les divers mondes possibles, après une déflagration comme la Guerre de 14-18. Je rappelle: 74 millions de soldats mobilisés, 10 millions de morts. Près d'un soldat français sur cinq a été tué ( ceux âgés de 20ans, les plus nombreux). Des empires se sont effondrés, des idéologies se sont ancrés dans les esprits...

Robert Musil à sa table de travail

A la fin de la Première Guerre mondiale, un autre monde aurait pu naître.

Le roman se situe en 1913. Imaginez l'été 1913, le dernier avant la guerre... Nous sommes dans un train wagon-lits, nous faisons entièrement confiance, jusqu'au réveil brutal lors de la collision.

Cependant, Musil s'interroge si un autre monde est possible. La catastrophe est-elle une fatalité?

Les personnages principaux développent chacun des "mondes possibles", c'est-à-dire des visions ou des aspirations pour des réalités alternatives qui reflètent leurs propres désirs et aspirations.

Le comte Leinsdorf, en tant qu'aristocrate conservateur, rêve d'un monde où les valeurs traditionnelles et l'ordre social de l'Empire austro-hongrois sont préservés. Il aspire à une société stable et hiérarchique, ancrée dans les conventions du passé.

Paul Arnheim, en homme d'affaires et intellectuel influent, rêve d'un monde où il peut utiliser son pouvoir et ses ressources pour façonner la société selon ses idéaux. Il envisage une réalité où la culture et l'économie sont en harmonie, guidées par des dirigeants éclairés.

Clarisse rêve d'un monde où les individus peuvent se réinventer sans jugement.

Walter rêve d'une réalité où les artistes sont libres de s'exprimer sans les contraintes des normes sociales et économiques.

Diotime rêve d'un monde où les réformes sociales et intellectuelles transforment la société viennoise en une communauté plus éclairée et progressiste. Elle imagine une société guidée par des idéaux élevés et des valeurs humanistes, où les individus coopèrent pour le bien commun.

Enfin, la quête commune de sens, d'Ulrich et d'Agathe, qui occupe l'intérêt de ce deuxième tome, permet à Ulrich de commencer à remettre en question sa vision du monde purement rationnelle. Il s'ouvre à des expériences émotionnelles et spirituelles, cherchant des significations plus profondes et plus authentiques. Influencé par Agathe, Ulrich explore les "mondes possibles" et les réalités alternatives. Il devient plus ouvert aux irrationnels et aux mystiques, intégrant ces dimensions à sa quête de sens.

Les Mondes possibles

Au chapitre 4, intitulé: S'il y a un sens du réel, il doit y avoir aussi un sens du possible. Musil écrit:

« Mais s’il y a un sens du réel, et personne ne doutera qu’il ait son droit à l’existence, il doit bien y avoir quelque chose que l’on pourrait appeler le sens du possible.
L’homme qui en est doué, par exemple, ne dira pas : ici s’est produite, va se produire, doit se produire telle ou telle chose ; mais il imaginera : ici pourrait, devrait se produire telle chose ; et quand on lui dit d’une chose qu’elle est comme elle est, il pense qu’elle pourrait aussi bien être autre. Ainsi pourrait-on définir simplement le sens du possible comme la faculté de penser tout ce qui pourrait être « aussi bien », et de ne pas accorder plus d’importance à ce qui est qu’à ce qui n’est pas. »

Musil décrit ensuite ceux qui composent ces ''hommes du possible'', on les traite de fous, d'idéalistes; en effet, peut-être parmi eux y a t-il des rêveurs qui manqueraient de sens du réel; mais Musil met en garde:

« Néanmoins, le possible ne comprend pas seulement les rêves des neurasthéniques, mais aussi les desseins encore en sommeil de Dieu. Un événement et une vérité possibles ne sont pas égaux à un événement et à une vérité réels moins la valeur ''réalité'', mais contiennent, selon leurs partisans du moins, quelque chose de très divin, un feu, une envolée, une volonté de bâtir, une utopie consciente qui, loin de redouter la réalité, la traite simplement comme une tâche et une invention perpétuelles. La terre n’est pas si vieille, après tout, et jamais, semble-t-il, elle ne fut dans un état aussi intéressant. » ( L'HsQu. I, p35)

« C'est la réalité qui éveille les possibilités... » ajoute t-il, en utilisant l'image d'une grosse somme d'argent, avec toutes les possibilités qu'elle contient...

Le Questeur de Graal ( ou le Mat en tarot) , ne serait-il pas à l'écoute de celui ou celle ( le Bateleur) qui exprimerait le ''sens du possible '' c’est-à-dire, « la faculté de penser tout ce qui pourrait '' aussi bien être '', et de ne pas accorder plus d’importance à ce qui est qu’à ce qui n’est pas.». Ainsi, contrairement à l’homme de science, ce philosophe ne dira pas : « ici s’est produite, va se produire, doit se produire telle ou telle chose » ;  mais « il imaginera : ici pourrait, devrait se produire telle ou telle chose ; et quand on lui dit d’une chose qu’elle est comme elle est, il pense qu’elle pourrait aussi bien être autre».

Ce « sens du possible » se méfie du dogmatisme et ouvre au doute libérateur. Il met en question ce qui se présente comme une conduite ou une politique ''nécessaire''...

Musil, dans son roman, nous en offre une illustration cocasse avec l’«  Action parallèle  » : je rappelle: il s'agit de trouver des idées pour le jubilé de l’empereur autrichien, et au-delà pour révéler la véritable Autriche et la direction à lui donner, en consultant la population.

Le résultat ? Au chapitre 66, on lit « une moitié des propositions commence par les mots '' A bas!...'' et l'autre par les mots '' En route pour!...'' cela va de ''A bas Rome '' à '' En route pour la culture des légumes...'' »

Ulrich constate que se dessine une situation où «  on ne peut aller ni en avant ni en arrière, et où l’instant présent est lui-même ressenti comme intolérable  »

Aussi, il ne s'agirait donc pas de juger le présent intolérable, mais de préférer sonder le réel pour y déceler des occasions et des conditions de changements.

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L'Homme sans qualités de Robert Musil

13 Mai 2025 , Rédigé par Régis Vétillard Publié dans #L'Homme sans qualités

La double monarchie (1915 – 1918)

Le roman de Musil se situe en Cacanie au début du XXe siècle, autour de l'année 1913, juste avant la Première Guerre mondiale et l'effondrement de l'Empire austro-hongrois et nous évoque une capitale impériale d'un vaste empire au passé flamboyant.

Le nom de Cacanie est formé à partir des initiales « k, u, k » (kaiserlich und königlich : impérial et royal).

Dans ce roman, Musil ''critique les blocages absurdes et aberrants d'une hiérarchie militaire et d'une administration décadentes qui tournent en rond, s'auto-justifient et dont l'action se borne grossièrement à distribuer des médailles et des récompenses officielles afin de continuer à donner une impression de cohésion et de logique.'' ( Wiki)

Ulrich, est un intellectuel mathématicien de 32ans, qui se donne le temps de réfléchir sur les événements et observe les personnes qui l'entourent. Il est intellectuellement, un existentialiste. Il est ''sans qualités'', il refuse de se définir.

 

* De quels événements s'agit-il, alors même qu'il se sent peu concerné par eux?

Dans le Tome 1, il s'agit de ''L’Action parallèle'', avec un « comité pour l’Elaboration d’une Initiative en vue du soixante-dixième anniversaire de l’Avènement de sa Majesté ...», dont Ulrich fera partie avec quelques jeunes bourgeois, en charge d’avoir des idées pour organiser ce jubilé. Ce qui s'avère, ici, à discuter sans déboucher sur aucun projet...

Musil utilise le comité pour critiquer la futilité des efforts de la haute société pour se redéfinir dans un monde en changement.

N'oublions pas qu'il s'agit ici de la description de ce qui sera la dernière année de l'Autriche, et dans ce contexte d'une réflexion sur « l'existence de l'homme moderne ».

Ulrich est en quête de soi et de sens dans un monde en mutation.

Musil interroge la nature de la réalité et de la vérité; il voit s'affronter la rationalité scientifique et la dimension irrationnelle de l'humain. Avec son personnage Ulrich en particulier, il relève les complexités et contradictions des désirs humains.

 

Il est également « question de savoir si l'on pouvait ou non condamner Moosbrugger à mort » ( Chap I – 62), ceci amène Musil à s'interroger sur le jugement humain, sur la société, sur la nature de la vérité...

Mais de quelle manière s'interroger et répondre ? Comme un savant ( rationnel), comme un philosophe ( mais Musil écrit: « Les philosophes sont des violents, qui faute d'armée à leur disposition, se soumettent le monde, en l'enfermant dans un système. », comme un écrivain ?

«... un homme qui cherche la vérité se fait savant; un homme qui veut laisser sa subjectivité s'épanouir devient, peut-être, écrivain; mais que dois faire un homme qui cherche quelque chose entre les deux? »

Ulrich est à la recherche, hors « obéissance bornée », hors interdictions; d'une confiance, d'une foi, « d'entrer dans un ordre.... une compréhension totale ».

« … un seul problème méritait réellement qu'on y pensât, celui de la vie juste. »

 

* Qui sont ces personnes qui entourent Ulrich?

Après Leone, sa maîtresse est celle qu'il nomme, Bona Dea et avec qui il peut explorer ses désirs irrationnels et ses aspirations au-delà des conventions sociales.

Le comte Leinsdorff est un aristocrate fonctionnaire influent, figure centrale du comité, représente la vieille garde de la noblesse autrichien attaché à la tradition. Autoritaire mais bienveillant, déconnecté des réalités sociales.

Diotime (Ermelinda Tuzzi), la cousine d’Ulrich, est une noble ambitieuse, membre du comité, qui voit en Ulrich un potentiel allié, pour réformer la société.

Autant Diotime est passionnée, idéaliste, autant son mari, le sous-secrétaire Tuzzi est un homme de convenance, pragmatique et conservateur. Elle se sent attirée par le docteur Arnheim avec qui elle partage des intérêts pour la philosophie, les réformes sociales. Malgré le dilemme moral, il devient son amant.

Walter et Clarisse, un couple d’amis d'Ulrich, leurs relations complexes et leurs propres crises personnelles sont des miroirs des préoccupations d'Ulrich. Artistes, Walter est musicien, ils illustrent des aspects plus émotionnels et irrationnels, alors qu'Ulrich est plus intellectuel et analytique.

Clarisse, énigmatique et instable, est fascinée par Moosbrugger, un fou qui a tué sauvagement une prostituée, et dont on discute la peine de mort. Moosbrugger représente les impulsions incontrôlables et les aspects sombres de l'âme humaine. Musil parvient à humaniser son personnage en montrant ses pensées et ses souffrances. Cela pousse les lecteurs à réfléchir sur la nature du mal et sur les frontières entre la folie et la criminalité.

 

Dans le deuxième tome de "L'Homme sans qualités", Ulrich revoit sa sœur Agathe à l'occasion du décès de leur père. Ces retrouvailles - un mélange de nostalgie et de redécouverte mutuelle - sont marquées par leur quête commune de sens et d'authenticité, ce qui devient un thème central du roman.

Ils partagent de nombreux moments en connexion intellectuelle et spirituelle, intense, et explorent des idées et des comportements qui défient les normes

Ulrich et Agathe cherchent à transcender les limites de la vie ordinaire pour atteindre un état de compréhension et de connexion plus profond.

Les éléments mystiques et spirituels prennent de l'importance, notamment à travers les réflexions d'Ulrich et Agathe.

De salon en salon, Musil nous immerge dans la complexité de la société viennoise à la veille de la Première Guerre mondiale.

Diotime cherche à réformer la société viennoise. La relation entre Clarisse et Walter se détériore.

Le projet du jubilé symbolise les efforts vains de l'élite pour maintenir une façade de grandeur face à un monde en mutation.

Le personnage de Hans Sepp est introduit lorsque Ulrich et Agathe commencent à fréquenter des cercles marginaux et alternatifs en quête de nouvelles expériences et d'idées. Il représente une forme de rébellion contre les normes et les valeurs établies de la société viennoise. Sepp exprime parfois des opinions qui reflètent les préjugés antisémites courants dans la société viennoise de l'époque.

Le général Stumm, qui est un personnage historique et évoque les conflits et tensions de l'époque, résume l'état d'esprit de chacun : « Nous nous étions tous habitués déjà à l'idée que rien ne se passait, mais que quelque chose allait se passer ! » 

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