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Les légendes du Graal

Musil: Quels sont les mondes possibles? - 2

23 Mai 2025 , Rédigé par Régis Vétillard Publié dans #L'Homme sans qualités, #Bouveresse, #1984

1984 d'Orwell - Un Monde possible...

Comment ce roman aurait-il pu finir?

Malheureusement, à la fin des années trente, si le monde que décrit Musil a disparu, celui qui annonce - devant ses yeux - , l'étonne par le fait de vivre le moment où « une quantité de volontés éparses, se fonde en une seule volonté massive », et alors que la plupart des gens « n'ont pour la plupart rien cultivé davantage de toute leur vie que la mesure et le sang-froid », elle devient « une foule capable des plus grands excès en bien comme en mal mais incapable de réflexion. »

Cette «  foule qui ne trouve aucune issue à ses sentiments se rue sans doute alors sur la première voie qui s'ouvre à elle. ». «... en elle les êtres les plus excitables c'est-à-dire les extrêmes, capables aussi bien de soudaines violences que de touchantes générosités, donnent l'exemple et fraient le chemin. »

Ce roman ne pouvait pas finir... Nous le continuons, aujourd'hui encore. Avec du recul, je constate que notre société progresse dans une alternance de bien et de mal, l'un sans-doute étant contenu dans l'autre.

En conclusion, il ne faut pas opposer le possible et le réel, l'un nourrit la réflexion et l'autre l'action. Ulrich propose de « voir dans l’idéal une possibilité parmi d’autres et dans le réel la réalisation d’une possibilité parmi d’autres »

 

L'Homme sans qualités, tente de marier la littérature de fiction, à la philosophie, et finalement Musil essaie au travers de la vie et la réflexion de ses personnages, à décrire la Réalité et l'interroger. Cette quête de l'auteur rejoint la mienne et me permet d'essayer de comprendre à sa suite, où cela pourrait me conduire...

J'apprécie la suggestion de Musil de se servir de la science, par la méthode que suit son héros mathématicien Ulrich, alors que les dialogues des personnages ne sont que ''littéraires'' et qu'ils n'évacuent pas les affects. Musil souhaite promouvoir à la fois ''l'âme'' et ''l'exactitude''.

Ce que j'attends, ce n'est pas seulement une description vraie des sentiments, ou la véritable nature des émotions. Je souhaiterais accéder par l'intermédiaire des personnages à la vraie nature de la question métaphysique, et à explorer des réponses rationnelles, ou même irrationnelles, mais vraies.

Musil traite du déterminisme, de la liberté, et il essaie de penser à partir du comportement de ses personnages au cours et autour des travaux du fameux ''comité'', au moins dans la première partie; ensuite, c'est la relation entre Ulrich et Agathe qui prend le dessus...

Cependant Musil semble douter de tout...

On peut constater qu'ici le Bien et le Mal, sont des valeurs « qui dépendent de toutes sortes de paramètres de circonstance » ( cf J. Bouveresse)

 

Jacques Bouveresse

Jacques Bouveresse (1940-2021) a été assistant puis maître-assistant au département de Philosophie de la Sorbonne de 1966 à 1971. Ensuite, il a été attaché de recherche, puis chargé de recherches au CNRS de 1971 à 1975. Il était une figure marquante de la Sorbonne, défenseur d'un humanisme rationaliste, il contestait l'impératif académique de la spécialisation, et préférait l'approche encyclopédique. Elaine se souvient qu'il maniait l'ironie pour critiquer les philosophes contemporains.

Je rappelle que les années 1960-1970, préfèrent les vedettes intellectuelles saturées d'idéologie que sont: Michel Foucault, Gilles Deleuze, Louis Althusser, Jacques Lacan, Jacques Derrida ... « Je suis convaincu que nous sommes utiles toutes les fois que nous apprenons aux gens la précision, la clarté et la valeur de l’argumentation » dit-il. Il est spécialiste de Ludwig Wittgenstein (1889-1951), et admire l'auteur des Principia Mathematica (1910-1913), Bertrand Russell (avec Alfred North Whitehead ). Bouveresse défend un réalisme scientifique, à l'image de la science qui vise une connaissance objective de la réalité et y parvient jusqu’à un certain point. Excellent germaniste, il n'est donc pas étonnant qu'il se consacre également à l’étude de Robert Musil dont il partage l'éthique intellectuelle en s'interrogeant sur la recherche de la vérité dans l'art et la religion. Il rejoint ce qu'a écrit Musil dans L’Homme sans qualités, « nous ne devons pas croire avant d’avoir épuisé toutes les chances de savoir » ( Tome 2)

Pour Bouveresse, la vérité est une valeur fondamentale qui ne doit pas être confondue avec la sincérité ou la croyance subjective. Il a souvent critiqué la tendance contemporaine à remplacer la recherche de la vérité par la sincérité des croyances.

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