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Les légendes du Graal

L'Homme sans qualités de Robert Musil

13 Mai 2025 , Rédigé par Régis Vétillard Publié dans #L'Homme sans qualités

La double monarchie (1915 – 1918)

Le roman de Musil se situe en Cacanie au début du XXe siècle, autour de l'année 1913, juste avant la Première Guerre mondiale et l'effondrement de l'Empire austro-hongrois et nous évoque une capitale impériale d'un vaste empire au passé flamboyant.

Le nom de Cacanie est formé à partir des initiales « k, u, k » (kaiserlich und königlich : impérial et royal).

Dans ce roman, Musil ''critique les blocages absurdes et aberrants d'une hiérarchie militaire et d'une administration décadentes qui tournent en rond, s'auto-justifient et dont l'action se borne grossièrement à distribuer des médailles et des récompenses officielles afin de continuer à donner une impression de cohésion et de logique.'' ( Wiki)

Ulrich, est un intellectuel mathématicien de 32ans, qui se donne le temps de réfléchir sur les événements et observe les personnes qui l'entourent. Il est intellectuellement, un existentialiste. Il est ''sans qualités'', il refuse de se définir.

 

* De quels événements s'agit-il, alors même qu'il se sent peu concerné par eux?

Dans le Tome 1, il s'agit de ''L’Action parallèle'', avec un « comité pour l’Elaboration d’une Initiative en vue du soixante-dixième anniversaire de l’Avènement de sa Majesté ...», dont Ulrich fera partie avec quelques jeunes bourgeois, en charge d’avoir des idées pour organiser ce jubilé. Ce qui s'avère, ici, à discuter sans déboucher sur aucun projet...

Musil utilise le comité pour critiquer la futilité des efforts de la haute société pour se redéfinir dans un monde en changement.

N'oublions pas qu'il s'agit ici de la description de ce qui sera la dernière année de l'Autriche, et dans ce contexte d'une réflexion sur « l'existence de l'homme moderne ».

Ulrich est en quête de soi et de sens dans un monde en mutation.

Musil interroge la nature de la réalité et de la vérité; il voit s'affronter la rationalité scientifique et la dimension irrationnelle de l'humain. Avec son personnage Ulrich en particulier, il relève les complexités et contradictions des désirs humains.

 

Il est également « question de savoir si l'on pouvait ou non condamner Moosbrugger à mort » ( Chap I – 62), ceci amène Musil à s'interroger sur le jugement humain, sur la société, sur la nature de la vérité...

Mais de quelle manière s'interroger et répondre ? Comme un savant ( rationnel), comme un philosophe ( mais Musil écrit: « Les philosophes sont des violents, qui faute d'armée à leur disposition, se soumettent le monde, en l'enfermant dans un système. », comme un écrivain ?

«... un homme qui cherche la vérité se fait savant; un homme qui veut laisser sa subjectivité s'épanouir devient, peut-être, écrivain; mais que dois faire un homme qui cherche quelque chose entre les deux? »

Ulrich est à la recherche, hors « obéissance bornée », hors interdictions; d'une confiance, d'une foi, « d'entrer dans un ordre.... une compréhension totale ».

« … un seul problème méritait réellement qu'on y pensât, celui de la vie juste. »

 

* Qui sont ces personnes qui entourent Ulrich?

Après Leone, sa maîtresse est celle qu'il nomme, Bona Dea et avec qui il peut explorer ses désirs irrationnels et ses aspirations au-delà des conventions sociales.

Le comte Leinsdorff est un aristocrate fonctionnaire influent, figure centrale du comité, représente la vieille garde de la noblesse autrichien attaché à la tradition. Autoritaire mais bienveillant, déconnecté des réalités sociales.

Diotime (Ermelinda Tuzzi), la cousine d’Ulrich, est une noble ambitieuse, membre du comité, qui voit en Ulrich un potentiel allié, pour réformer la société.

Autant Diotime est passionnée, idéaliste, autant son mari, le sous-secrétaire Tuzzi est un homme de convenance, pragmatique et conservateur. Elle se sent attirée par le docteur Arnheim avec qui elle partage des intérêts pour la philosophie, les réformes sociales. Malgré le dilemme moral, il devient son amant.

Walter et Clarisse, un couple d’amis d'Ulrich, leurs relations complexes et leurs propres crises personnelles sont des miroirs des préoccupations d'Ulrich. Artistes, Walter est musicien, ils illustrent des aspects plus émotionnels et irrationnels, alors qu'Ulrich est plus intellectuel et analytique.

Clarisse, énigmatique et instable, est fascinée par Moosbrugger, un fou qui a tué sauvagement une prostituée, et dont on discute la peine de mort. Moosbrugger représente les impulsions incontrôlables et les aspects sombres de l'âme humaine. Musil parvient à humaniser son personnage en montrant ses pensées et ses souffrances. Cela pousse les lecteurs à réfléchir sur la nature du mal et sur les frontières entre la folie et la criminalité.

 

Dans le deuxième tome de "L'Homme sans qualités", Ulrich revoit sa sœur Agathe à l'occasion du décès de leur père. Ces retrouvailles - un mélange de nostalgie et de redécouverte mutuelle - sont marquées par leur quête commune de sens et d'authenticité, ce qui devient un thème central du roman.

Ils partagent de nombreux moments en connexion intellectuelle et spirituelle, intense, et explorent des idées et des comportements qui défient les normes

Ulrich et Agathe cherchent à transcender les limites de la vie ordinaire pour atteindre un état de compréhension et de connexion plus profond.

Les éléments mystiques et spirituels prennent de l'importance, notamment à travers les réflexions d'Ulrich et Agathe.

De salon en salon, Musil nous immerge dans la complexité de la société viennoise à la veille de la Première Guerre mondiale.

Diotime cherche à réformer la société viennoise. La relation entre Clarisse et Walter se détériore.

Le projet du jubilé symbolise les efforts vains de l'élite pour maintenir une façade de grandeur face à un monde en mutation.

Le personnage de Hans Sepp est introduit lorsque Ulrich et Agathe commencent à fréquenter des cercles marginaux et alternatifs en quête de nouvelles expériences et d'idées. Il représente une forme de rébellion contre les normes et les valeurs établies de la société viennoise. Sepp exprime parfois des opinions qui reflètent les préjugés antisémites courants dans la société viennoise de l'époque.

Le général Stumm, qui est un personnage historique et évoque les conflits et tensions de l'époque, résume l'état d'esprit de chacun : « Nous nous étions tous habitués déjà à l'idée que rien ne se passait, mais que quelque chose allait se passer ! » 

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