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Léonard de la Breuille, et Port-Royal
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Je reviens à Léonard de la Breuille, qui, en 1649, après trois années intensives au Collège de Clermont, se trouve à un carrefour. Les enseignements jésuites ont profondément marqué son esprit, lui offrant une érudition solide et une discipline intellectuelle rigoureuse. L'idée d'embrasser la vie ecclésiastique, et plus particulièrement de rejoindre la Compagnie de Jésus, a sans doute été sérieusement envisagée. L'engagement de ses condisciples, la promesse d'une vie dédiée à la science et à la foi, et l'influence de ses professeurs, le poussent vers cette voie.
Cependant, à mesure que la fin de ses études approche, une certaine hésitation s'installe dans l'esprit de Léonard. Bien qu'attiré par la grandeur intellectuelle et spirituelle des Jésuites, la rencontre avec Pascal, a été décisive.
Port-Royal, ce monastère et centre intellectuel l'attire, non pas du fait de son austérité janséniste, mais par leur quête sincère d'une foi authentique, loin de ce qu'il perçoit comme les compromis jésuites. Il admire la clarté de leur raisonnement et l'intégrité de leur vie.
Port-Royal, lui paraît un milieu favorable à la recherche de la vérité ( aussi bien scientifique que religieux) où l'exigence intellectuelle et la ferveur spirituelle se nourrissent mutuellement. Sans la caricature des excès rapportés ensuite...
Léonard, rencontre Antoine Le Maistre, avocat distingué, neveu de la Mère Angélique Arnauld et l'un des premiers "Solitaires" de Port-Royal, connu pour sa culture et sa piété. Bien qu'il se soit retiré du monde, il maintenait des correspondances et des liens avec de nombreux intellectuels.
Séduit par cet environnement intellectuel et spirituel, Léonard propose ses services. Sa formation au Collège de Clermont, sa maîtrise du latin et du grec, son éloquence, et sa capacité de travail sont des atouts précieux. Il est engagé comme secrétaire par ce notable lié à Port-Royal.
Son rôle serait multiple : - Il recopierait des lettres, des traités, des manuscrits, assurant la diffusion des idées de Port-Royal, souvent sous le manteau en raison des controverses. - Il ferait des recherches dans des bibliothèques, compilerait des textes, et préparerait des dossiers pour son employeur, contribuant ainsi à l'élaboration d'ouvrages ou d'argumentaires théologiques. - Il rédigerait des courriers pour son maître, en contact avec d'autres figures de Port-Royal (comme les Arnauld, les Nicole, les Pascal eux-mêmes) ou des sympathisants à travers le royaume. Il serait aux premières loges des débats théologiques, des intrigues politiques et des pressions exercées sur Port-Royal par le pouvoir royal et les Jésuites.
Ce nouveau rôle offre à Léonard une voie stimulante : celle d'un intellectuel au service d'une cause qu'il estime juste, tout en conservant une certaine autonomie. Il ne sera pas enfermé dans un ordre, mais immergé au cœur d'une des plus grandes aventures intellectuelles et spirituelles du XVIIe siècle français, prêt à observer et à consigner les événements qui secouent le royaume.
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Au début de 1655, Pascal se retira quelques temps à Port-Royal. Il prit comme directeur spirituel Louis-Isaac Le Maistre de Sacy, poète et confesseur des religieuses. En 1655, il eut un entretien avec M. de Sacy, au cours duquel il réfléchit sur les rapports de la philosophie et de la foi.
À partir de 1656, suite à la grande offensive contre les jansénistes à la Sorbonne, Pascal s'engage publiquement dans une polémique avec les jésuites sur la question de la grâce, donnant naissance aux Lettres provinciales. Ces dix-huit lettres transforment rapidement le débat en une critique virulente de la casuistique jésuite, perçue comme laxiste et coupable d'indulgence envers l'amour-propre, au détriment de l'amour de Dieu. ( Des jésuites expliqueraient par exemple qu’en certains cas, on aurait le droit de tuer, de voler, ou qu’on ne serait pas obligé d’aimer Dieu pour être sauvé...). Pascal défend une position augustinienne sur la grâce, qu'il veut éloignée des erreurs symétriques du calvinisme et du molinisme, cherchant à sauvegarder à la fois la toute-puissance de Dieu et la liberté de l'homme.
Léonard partage l'idée que les « preuves de Dieu métaphysiques » sont inefficaces psychologiquement et ne conduisent pas au salut, qui ne s'obtient que par Jésus-Christ. Il rejoint Pascal dans sa fameuse critique de Descartes : « Je ne puis pardonner à Descartes ; il aurait bien voulu dans toute sa philosophie pouvoir se passer de Dieu, mais il n'a pu s'empêcher de lui faire donner une chiquenaude pour mettre le monde en mouvement ; après cela, il n'a plus que faire de Dieu ». Pascal reproche à Descartes de proposer un Dieu lointain, un « Dieu des philosophes et des savants », un Dieu uniquement conceptuel qui ne répond pas à l'angoisse existentielle de l'homme.
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Cependant, Pascal reconnaît que la philosophie peut permettre de découvrir des ''raisons de croire '' ( des ''voies'', plutôt que des preuves), comme l'existence de Dieu et l'immatérialité de l'âme, les considérant comme des "préparations à recevoir la révélation chrétienne". Il voyait même en Descartes un allié objectif dans l'affirmation de l'immatérialité de l'âme.
Léonard partage la pensée de Pascal, marquée par le péché originel augustinien, qui explique la misère de l'homme, tout en reconnaissant sa grandeur, vestiges de sa nature originelle. Cette dualité de misère et de grandeur fait de l'homme un « monstre et un chaos ». Pascal est aussi le théoricien de la distinction des ordres (corps, esprits, charité), soulignant que l'on ne peut dériver la charité de l'intelligence ou des corps.
C'est également en 1656, le 24 mars, qu'un événement à Port-Royal de Paris, la guérison miraculeuse de sa nièce Marguerite Périer par la sainte Épine, déclenche chez Pascal une réflexion sur les miracles comme preuve de la religion chrétienne, un argument qu'il développe dans les premières liasses de ses futures Pensées.
L’année 1659 sera celle d’une troisième conversion de Pascal ( selon Maurice Blondel), qui renonce à toute activité scientifique, comme il l’écrit à Fermat le 10 août 1660 : « … Car pour vous parler franchement de la géométrie, je la trouve le plus haut exercice de l’esprit ; mais en même temps je la connais pour si inutile, que je fais peu de différence entre un homme qui n’est que géomètre et un habile artisan. Aussi je l’appelle le plus beau métier du monde ; mais enfin ce n’est qu’un métier ; et j’ai dit souvent qu’elle est bonne pour faire l’essai, mais non l’emploi de notre force : de sorte que je ne ferais pas deux pas pour la géométrie, et je m’assure fort que vous êtes de mon humeur."
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Cette période finale de sa vie est caractérisée par une préoccupation intense pour les démunis et les malades. On le voit notamment s'engager dans le projet des "carrosses à 5 sols", mais aussi vivre de manière plus ascétique, se dépouiller de ses biens, et accueillir des malades chez lui.
Je reprendrais bien une part de l'héritage janséniste - pour ce qui est de notre lignée - à travers Pascal et Léonard. Ils proposent un modèle d'humanité qui intègre la fragilité, la profondeur intérieure et l'aspiration à l'infini, transcendant la seule rationalité cartésienne. Je retrouve d’ailleurs, cette influence chez des penseurs du tragique comme Kierkegaard ou Camus, et chez des figures chrétiennes modernes comme Bernanos, Mounier et Simone Weil.
Les jansénistes sont devenus malgré eux un symbole de résistance à l'autorité arbitraire. La destruction de Port-Royal a marqué les esprits comme un acte de violence du pouvoir contre la conscience. La persécution des jansénistes et leur insistance sur la conscience individuelle face aux injonctions du pouvoir ont, par contrecoup, contribué à préparer le terrain pour des idées de liberté de conscience qui émergeront pleinement au siècle des Lumières. Certains historiens y voient même une influence sur la Révolution française, notamment parmi le bas-clergé ou les parlementaires attachés aux libertés gallicanes.
Après la mort de Pascal, Léonard revient en Limousin et sera sans-doute le dernier résident du Château de Laron déjà quasiment abandonné, ou le premier d'une bâtisse construite avec les matériaux du château de Laron : Le château de Saint-Julien-le-Petit, qui au XVIIIe siècle se composait d’un corps de bâtiment et de deux pavillons, daterait du XVIIe siècle. Avant la Révolution, il était habité par Marc Antoine de La Bermondie, décédé le 29 avril 1710. ( cf le Tome 2)
Léonard de la Breuille, choisit Pascal
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Léonard, au désespoir de Mersenne, choisit résolument le parti de Pascal. Ce débat renforce son admiration, et se rapprochant de sa famille, il va le suivre dans son cheminement spirituel.
Pascal vivait avec sa famille à Paris. Leur quartier était probablement proche du Palais de Justice, sur l'Île de la Cité, ou sur la Rive Droite (comme le Marais), correspondant à leur statut de noblesse de robe. Leur demeure à Paris n'était pas seulement un lieu de vie familiale, mais aussi un véritable laboratoire pour Blaise, où il menait ses expériences scientifiques (sur le vide, la pression atmosphérique) et un lieu de discussions intellectuelles et scientifiques. Étienne Pascal, le père, était lui-même un mathématicien et un magistrat très instruit, ayant personnellement éduqué Blaise et influençant sa vocation scientifique.
En 1646, toute la famille Pascal a connu une première conversion, adoptant une spiritualité exigeante inspirée par Saint-Cyran et le jansénisme. La vie quotidienne est imprégnée d'une piété profonde, avec une certaine sobriété et des prières régulières. Jacqueline Pascal, la jeune sœur de Blaise, est une figure de conviction et de dévotion, dont l'exemple a sans-doute influencé Léonard en quête spirituelle.
La famille Pascal est très unie et extrêmement instruite. Les membres du foyer, notamment Étienne, Gilberte (la sœur aînée et biographe de Blaise), et Jacqueline (qui devient religieuse à Port-Royal en 1652), sont tous des esprits vifs et très engagés tant intellectuellement que spirituellement. Cette unité contribue à créer un environnement stimulant et favorable à la réflexion. Léonard découvre un milieu où la recherche de la vérité est menée avec une passion égale dans les domaines scientifique et religieux, un lieu où l'exigence intellectuelle et la ferveur spirituelle se nourrissent mutuellement, le tout dans le cadre d'une famille unie et dévouée à ces quêtes.
En 1654, alors que les trois amis, Blaise, Léonard et Artus de Roannez, sont accaparés dans une discussion, dans leur carrosse ; ils subissent un accident de la circulation sur le pont de Neuilly, et se découvrent soudain sur le « bord du précipice ». Ils se croient proches de la mort ; mais le carrosse s’arrête in extremis au bord du précipice. Ils sont tous les trois sauvés, et voient dans leur sauvetage un véritable signe que Dieu leur a accordé.
Chacun se verra transformé. Artus, en 1667, cédera son duché à son beau-frère. Il se retirera dans une institution religieuse sans toutefois entrer officiellement en religion. Il mourra dans sa retraite, le 4 octobre 1696, sans postérité.
Ce 23 novembre 1654, Blaise Pascal, alors âgé de 31 ans, part ce soir-là se coucher sur les coups de 22 h 30. Il va vivre, dans le silence, pendant une heure et demie, sa ''nuit de feu ''. Elle est qualifiée de seconde conversion, et elle fut définitive. Elle transforme sa perception de Dieu, faisant de Lui un "Dieu sensible au cœur". Le Mémorial mentionne les mots "Joie, joie, joie, pleurs de joie,…". Cette nuit est un moment de "rupture avec le rationalisme pur" et l'affirmation d'une "foi existentielle"
Pascal en consigne immédiatement le souvenir pour lui-même dans une note brève, connue sous le nom de « Mémorial » : « ✝ L’an de grâce 1654. Lundi 23 novembre, jour de saint Clément, pape et martyr […] Depuis environ dix heures et demie du soir jusqu'à environ minuit et demi, feu. Dieu d’Abraham, Dieu d’Isaac, Dieu de Jacob, non des philosophes et des savants. Certitude, certitude. Sentiment. Joie. Paix […] » ; le manuscrit s’achève sur cette décision : « Renonciation totale et douce. Soumission totale à Jésus-Christ et à mon directeur », avec cette citation du Psaume 119, 16 : « Non obliviscar sermones tuos. Amen »[f]. Il coud soigneusement ce document dans son manteau et le transfère toujours quand il change de vêtement ; un serviteur le découvrira par hasard après sa mort.
Après cela, Pascal effectue une retraite à Port-Royal des Champs. Dès lors la vie de Pascal change du tout au tout - bien qu'il ne soit jamais devenu un "solitaire de Port-Royal" - il consacre ses dernières forces au service de Jésus-Christ. Il cherchera, en particulier, à écrire une Défense du Christianisme dont les pensées éparses, sont aujourd’hui rassemblées dans '' Les Pensées de Pascal '''.
Malgré son engagement spirituel et ses séjours à Port-Royal, Pascal est resté impliqué dans des activités qui le liaient à Paris. Il a notamment organisé en 1658 le concours de la cycloïde (qu'il appelait la "roulette") et a fondé avec le duc de Roannez l'entreprise des "carrosses à 5 sols", précurseur des transports publics urbains. Ses œuvres majeures, Les Provinciales (1656-1657) et la plupart de ses Pensées (rédigées entre 1657 et 1658), ont été écrites durant cette période.
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Charlotte de Roannez, sœur de son ami Artus, est proche de Blaise Pascal. Elle se tourne vers le jansénisme et souhaite se faire religieuse à Port-Royal. Elle visite Port-Royal de Paris le 4 août 1656 et exprime son désir d'entrer dans cette maison. Elle a été fortement influencée par le "miracle de la Sainte Épine" qui a guéri sa nièce, Marguerite Périer, en 1656. Sa volonté de devenir religieuse à Port-Royal des Champs se heurte à une forte opposition familiale. Elle entre à Port-Royal de Paris où elle est reçue comme postulante sous le nom de Charlotte de la Passion.
La relation entre Charlotte de Roannez et Blaise Pascal est celle d'une amitié spirituelle profonde. Pascal a été un conseiller spirituel pour la famille et l'a aidée dans son cheminement vers la conversion. Ils ont eu une correspondance intense entre septembre 1656 et mars 1657, pendant la période où Charlotte souhaitait se retirer à Port-Royal. Les lettres de Pascal l'ont aidée à comprendre la signification théologique de ses tourments intérieurs et témoignent de la joie de Pascal face à son évolution spirituelle. Certaines légendes attribuent une histoire d'amour impossible de Pascal avec Charlotte, mais cette idée est rejetée par les chercheurs sérieux.
A partir de 1659, les maladies de Pascal s'aggravent. Il est en proie à des maux de tête, de violentes coliques et des douleurs intolérables. Il vend tout son mobilier pour en distribuer l’argent aux pauvres; il leur abandonne même sa maison où il héberge une famille d’ouvriers. Il écrit la Prière pour demander à Dieu le bon usage des maladies. Le douzième paragraphe de cette prière s’ouvre sur l’agonie actuelle de Jésus ; car c’est bien aujourd’hui, et « jusqu’à la fin du monde », que se produit cette agonie ; Pascal juge en effet honteuse l’indifférence présente des chrétiens qui, « tandis que vous suez le sang pour l’expiation de nos offenses, vivent dans les délices. »
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À Paris, dans l’appartement de sa sœur Gilberte au no 8 de la rue Neuve-Saint-Étienne-du-Mont. Le 17 août 1662, Pascal a des convulsions et reçoit l’extrême-onction. Gilberte l'accompagne jusqu'à la fin. Il meurt à 39 ans, le 19 août. Ses dernières paroles sont: « Puisse Dieu ne jamais m'abandonner ».
Il est enterré dans l’église Saint-Étienne-du-Mont (il y a une plaque à son nom au fond du chœur). L’église accueille également les restes de Jean Racine (l’auteur d’Athalie et d’Esther) et d'Isaac Lemaistre de Sacy, le célèbre traducteur de la Bible de Sacy.
L'Histoire du baron Léonard de la Breuille de Laron né en 1630
Ma tante Elaine m'avait autorisé à fouiller dans nos coffres et cantines contenant les trésors de notre lignée. Il s'agit essentiellement de livres et de cahiers manuscrits, ainsi que de ces précieuses reliques rapportées par Roger de Laron : sa bague templière et une croix métallique médiévale. Nous possédons également de nombreux objets religieux en lien avec des baptêmes ou des communions. Les bijoux et la vaisselle sont stockés ailleurs. Alors que je feuilletais les vieux livres et carnets, je remarquai sur l'un d'entre eux, sur le contreplat intérieur de la reliure, une mention manuscrite : sans aucun doute le nom du propriétaire, « Leonardi de La Breuille de Laron ».
J'ai retrouvé plusieurs livres et écrits portant la même appartenance, soit en initiales, soit en entier, ou simplement datant de cette époque, du milieu du XVIIᵉ siècle. Un curieux crucifix avait également attiré mon attention.
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Elaine confirma l'existence d'un Léonard de La Breuille de Laron (1630-v.1680), qui, après avoir fait ses études à Limoges, puis à Paris, était redescendu assez rapidement dans son vieux château de Laron, en Limousin, inconfortable et délabré. Il n'avait jamais été marié et avait la réputation d'être très religieux.
Alors qu'Elaine feuillette l'un de ces livres, sans appartenance d'ailleurs, elle reconnaît un Augustinus de 1640, un ouvrage célèbre mais condamné. À l'intérieur, plusieurs passages sont annotés avec une minutie fiévreuse. Le mot « gratia » – grâce – apparaît encore et encore, souligné, encadré, commenté.
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J'avais également relevé une croix qui me semblait très ancienne, avec un Christ assez déformé, peut-être en ivoire... Elaine l'observe avec minutie et en conclut qu'il ne s'agit pas d'ivoire. Une recherche sur Internet me met sur une piste étonnante. Il pourrait s'agir d'un os !
Je me tourne immédiatement vers le livre pour y reconnaître un ouvrage de Cornelius Jansen, Augustinus, un écrit janséniste qui prônait une vision rigoriste du christianisme, s'inspirant de saint Augustin, avec une insistance sur la prédestination, la grâce divine comme nécessaire au salut et une vie morale austère. Il s'opposait au jésuitisme et à certaines pratiques de l'Église catholique qu'il percevait comme relâchées.
La croix porte un Christ en os, qui s'avère être un fémur !
Je découvre également un livre sur les Éléments d'Euclide, souvent annoté.
À mon avis, tout ceci converge. Léonard de La Breuille n’était pas un catholique ordinaire. De retour de Paris, il avait vécu dans l’ombre, discrètement, à l’écart de l’Église officielle. Il avait adhéré à la doctrine de Port-Royal, au jansénisme, un courant exigeant, pur, et même dangereux pour ceux qui en faisaient publiquement profession.
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C'est à partir de ces fragments que je vous propose de retracer l'itinéraire du baron Léonard de La Breuille de Laron, né en 1630.
Léonard est élève au Collège de Limoges, où la qualité de l’enseignement est élevée. Nous possédons un traité de rhétorique en vers, intitulé Rhetorice, écrit par Pierre Josset, jésuite et professeur au Collège. Le livre a été imprimé à Limoges par Antoine Barbou, typographe du roi, de la ville et du collège. Les enseignants publient généralement leurs écrits. Pierre Josset est un admirateur de Ronsard, un lecteur de Platon et des Pères de l'Église. Il est reconnu pour avoir contribué à l'effervescence intellectuelle de la ville au XVIIᵉ siècle.
À cette époque, Limoges abrite entre 17 000 et 18 000 habitants. La ville est alors séparée en deux entités principales : la Cité (la partie haute et ancienne, dominée par la cathédrale) et le Château (la partie basse et plus commerçante), chacune ayant ses propres fortifications. La ville possède quatre portes principales (la porte du Pont, la porte Neuve, la porte du Dour et la porte de Tartaret) et est entourée de faubourgs qui s'étendent le long des routes principales.
De nombreux établissements religieux sont présents, faisant de Limoges une ville riche en couvents, comparable même à Lyon en termes de nombre. On y trouve notamment les Carmes, les Cordeliers, les Feuillants et les Capucins.
La ville était un centre important de la Contre-Réforme et la culture jésuite visait à créer un nouveau modèle d'épopée chrétienne. Josset est considéré comme un « maître de la parole » et un « ancien missionnaire » ayant lutté contre l'hérésie, notamment en Angleterre et en Écosse.
L'influence de Jean Decordes, chanoine de Limoges décédé en 1642, est significative pour la culture de la ville. Il marque le début du XVIIᵉ siècle limousin par une profonde érudition et une rhétorique empreinte de latin et de grec. La collégiale Saint-Martial, autrefois prospère, ne participe pas à cette dynamique de croissance religieuse.
Le XVIIe siècle est une période de crises économiques récurrentes, marquée par de mauvaises récoltes, des famines, des gels et des épidémies entraînant une forte mortalité et une diminution de la population. L'activité économique reposait sur un artisanat et un commerce diversifiés. On y trouvait des tanneries, des cordonneries, des drapiers, des tailleurs, des boulangers, des bouchers, des charpentiers, des maçons, des serruriers, des couteliers et des orfèvres. La noblesse et la bourgeoisie constituaient les élites, tandis que la majorité de la population se débattait dans des conditions difficiles. Cette époque est complexe, alliant une vie intellectuelle et religieuse intense à une réalité socio-économique souvent précaire.
Le révérend père Pierre Josset, de la Compagnie de Jésus, remarque chez le jeune Léonard de La Breuille une vivacité d'esprit peu commune, alliée à une ferveur intérieure profonde et à une gravité précoce. Discernant en lui les prémices d'un esprit voué aux hautes études comme à la vie spirituelle, il y voit la promesse d'un futur jésuite d'exception. Il l'exhorte donc à quitter ses terres pour monter à Paris et poursuivre sa formation au Collège de Clermont, l'un des fleurons de l'éducation jésuite en France.
À 16 ans, Léonard est directement accepté en classe de rhétorique, grâce à sa bonne maîtrise du latin. Après la rhétorique, les élèves pouvaient suivre un cours de philosophie (souvent sur trois ans : logique, physique, métaphysique). C'est là que les sciences (mathématiques, astronomie) prennent une place plus importante, en lien avec la philosophie naturelle aristotélicienne, mais aussi avec les nouvelles avancées.
Le jeune homme est logé au collège, d'autant qu'il encadre de plus jeunes élèves en tant que répétiteur, puis précepteur, voire préfet de salle ou de dortoir. Il est chargé d'organiser des « répétitions » pour les élèves des classes de grammaire inférieure, afin de les aider à comprendre les leçons, à faire leurs devoirs et à mémoriser les déclinaisons ou les conjugaisons. En raison de son potentiel vocationnel, on lui confie certaines responsabilités, ce qui est aussi une manière de le former aux tâches d'enseignement et d'encadrement qu'il pourrait exercer en tant que membre de la Compagnie de Jésus.
Pour l'heure, Léonard fait preuve d'un intérêt et de bonnes aptitudes pour les mathématiques, la physique ou l'astronomie. Ses professeurs jésuites, souvent des savants renommés, ont reconnu son potentiel.
A suivre ...