1974
L'Eglise et le sacré
Son ami et prêtre Maurice Maillard, est venu visiter Lancelot à Fléchigné, pour trois jours. Il fait partie des rares amis que Lancelot revoie régulièrement, et avec un réel plaisir. Ils arrivent à manier humour, sérieux, et dispute sur des sujets religieux et même politiques.
Je rappelle que Maurice Maillard était ce prêtre jésuite, début des années 50, qui avait été autorisé par le provincial à accompagner Lancelot dans sa mission ''politique'' au Vatican.
( cf: Années 50 – Un parti chrétien a t-il du sens ?)
Lancelot fait part à Maurice Maillard, des résultats d'une enquête sur l’état du catholicisme français réalisé par la SOFRES en septembre 1974 et publié dans un numéro du Pèlerin. Un des points saillants est la chute de la confession. En 1952, plus de la moitié (51 %) des adultes catholiques déclaraient se confesser au moins une fois par an. Ils ne sont plus que 29% (1974). Ceci pour ceux qui restent fidèles à l'Eglise; et à cela s'ajoute la chute des vocations....
- C'est vrai; et cela correspond aussi à une pratique religieuse qui se doit d'être volontaire, et non pour répondre à une pression sociale, à de vieilles habitudes ou par crainte de Dieu...
Confession et communion, sont déconnectées, peut-être aussi du fait d'une plus juste conception du ''Salut''... La peur de l’enfer n'a t-elle pas été, pendant longtemps, l’un des principaux moteurs de la confession?
On peut ajouter, encore, qu’Humanae vitae en 1968 qui '' affirmait que l'utilisation de méthodes contraceptives artificielles est contraire à la loi morale naturelle et à la doctrine de l'Église '' a porté de cette manière un coup mortel à la confession...
Ne peut-on pas incriminer la trop discrète présence des prêtres ? Déjà, ils ne se distinguent plus des autres chrétiens... Il ne nous parle pas de Dieu, mais de l'homme... ?
- A mon avis, répond Maurice, tu as raison d'interroger le ministère des prêtres. Qu'est-ce qu'un prêtre ? Le prêtre est-il un ''super-chrétien'' ? Je ne le pense pas...
Maurice propose que l'on s'interroge d'abord sur les besoins de la communauté chrétienne, avant de regretter le statut du prêtre tel qu'il était... Il regrette que le Vatican n'aille pas plus loin, sur la voie dans laquelle le Concile l'avait engagé...
- Pourquoi, dit-il, ne pourrait-on pas dissocier la ''présidence de l'assemblée '' de la ''présidence de l'Eucharistie'' ; déjà pour une raison qui touche les femmes. Les femmes étant excluent de la présidence de l'Eucharistie, elles sont également excluent de responsabilités dans l'Eglise, ce qui a pour effet de marginaliser les femmes...!
Bien-sûr, ajoute Maurice, nous savons que la vraie grandeur devant Dieu, ne provient pas de la place dans la hiérarchie de l'Eglise...
Nous pourrions évoquer aussi, la possibilité pour une petite communauté chrétienne, de pouvoir fonctionner, en partie, sans prêtre ...
Enfin, concernant le célibat des prêtres... Peut-on prouver que le '' charisme du célibat '' favorise une présidence efficace et évangélique d'une communauté ? Un homme marié mûr qui a fait ses preuves, serait-il moins apte au sacerdoce qu'un jeune homme sans expérience ?
Je ne pense pas, conclue le père Maillard, que l'attachement à un passé traditionnel, soit la bonne réponse à la crise actuelle. Au contraire, à mon avis, la constitution Lumen Gentium de Vatican 2, qui introduit l'idée que l'Église est le "peuple de Dieu", et invite les fidèles à une participation active pendant la liturgie, nous donne la direction pour surmonter cette crise....
- J'aimerais te croire – l'avenir nous le dira – répond Lancelot.... D'autant que les questions que tu soulèves à juste titre, devraient déboucher sur les réponses que tu esquisses et que tu sembles déduire des réformes que proposent le Concile. Le pire ne serait-il pas de rester au milieu du gué...?
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J'aimerais te provoquer sur un autre versant de la question... La question du ''Sacré ''…Je ne sais comment la poser...- L'Eglise a t-elle une mission à remplir dans le domaine du sacré?
Cette mission, ne s'arrête pas à l'éducation de la foi, ni à la liturgie !
Maurice réfléchit....
- La foi chrétienne ne s’accommode pas d'un '' vague divin '' … Et, te connaissant je sais que tu n'entends pas '' sacré '' dans le sens d'un mysticisme d'évasion, ou de celui de quelque festivité new-âge... Parlons du sacré qui oriente au Dieu de Jésus-Christ.
La mission de l’Église serait d'élever le besoin de sacré aux désir des sacrements.
Lancelot réagit: - Elle devrait donc se garder de rabaisser ce temps sacramentel à une ''festivité '' vaguement religieuse... !
Maurice reprend: - le sacrement fait référence au Christ, à son existence historique par ses paroles et ses gestes, et à sa présence vivante dans l'Eglise par l'intégration dans une communauté. Le sacré doit garder le lien avec le sacrement.
Dans l'esprit de beaucoup de gens, la demande de sacré présuppose, l'existence d'un personnel sacré, de lieux sacrés, et de cérémonies solennelles...!
Pour nous chrétiens, catholiques en particulier, une réflexion autour du sacré, peut nous permettre de mieux comprendre les enjeux du Concile. - Oui, Vatican 2 renverse les perspectives.
Le mot ''sacré'' signifie mise à part, un lieu sacré serait en retrait du monde, inspirant ( éventuellement) la crainte... L'espace pour Dieu serait-il donc le signe de séparation d'avec l'humain ?
Le danger était que le ''sacré '' qui investissait les lieux, les objets, les fonctions... investisse de fait, l'image que nous nous faisons de Dieu.
Vatican 2, privilégie '' le saint '' au '' sacré'' . Si le sacré instaure une séparation, la sainteté propose une relation à Dieu: « Soyez Saints parce que Je suis Saint » ( LV 19,2).
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Le sacré peut faire obstacle à la proximité de Dieu. On laisse penser que seuls des rituels , et des personnes, ''sacrés'', pourrait nous permettre d'accéder au divin... La conversion pèse davantage que le rite. Ne serait-il pas préférable de se déprendre de ''l'objet'' du sacré, pour le ''sujet'' de la sainteté.
La simplification du rite, l'utilisation du français, l'homélie, les échanges communautaires concourent à un fraternel rassemblement autour de l'Eucharistie.
Mais, je comprends que certains puissent regretter une banalisation de la liturgie en un type de réunion ordinaire, sans ouverture à la transcendance.
Par contre, je m'interroge lors d'une liturgie traditionnelle, en quoi provoque t-elle la personne à se tourner vers un quotidien qui laisserait entrevoir le Royaume …?
Dans un monde indifférent à Dieu, qu'est-ce qui témoigne en premier lieu de la Présence de Dieu, le sacré ou la sainteté?
Je pensais que Lancelot aurait rendu les armes, ou aurait conclu cet enseignement par une parole conciliante, du genre : le ''sacré et le ''saint'' sont complémentaires, l'un a besoin de l'autre ….
D'ailleurs, que l'on soit d'un côté ou de l'autre, relisons les termes exacts de l’enseignement de la Constitution conciliaire Sacrosanctum Concilium: il « appartient en propre » à la liturgie chrétienne « d’être à la fois humaine et divine, visible et riche de réalités invisibles, fervente dans l’action et occupée à la contemplation, présente dans le monde et pourtant étrangère » ( Concile Vatican II, Constitution sur la liturgie, n° 2. ).
A suivre ...
Souvenirs – Le récit d'Yveline
Lorsque je rencontre Régis, en 1974, je sors d'une relation un peu étrange avec un individu mystérieux qui se dit israélien et anarchiste, passionné par la vie communautaire du Kibboutz ..
Je n'ai jamais su la réalité de ce qu'il m'a conté La seule chose dont j'ai pu être sûre c'est qu'il était juif, bien circoncis ..
J'avais croisé cet homme au Larzac alors que je participais en tant qu'animatrice bénévole à un camp de vacances pour handicapés physiques et mentaux. .
C'était en 1973. Les normes sanitaires et de sécurité n'étaient pas aussi contraignantes qu'aujourd'hui.. Le vent de liberté post soixante-huitard soufflait. Nous dormions avec eux sous la tente et nous nous lavions dans la rivière..
Je revois encore le sourire émerveillé du jeune garçons de dix ans qui dormait sous ma tente canadienne au moment où je l'avais libéré de l'attelle qui maintenait sa jambe paralysée,. Et aussi à ce jeune homme que mes collègues avaient plongé à deux dans l'eau fraîche de la rivière pour qu'il goûte le plaisir sensuel du contact d'une eau naturelle. Je repense à Carlos qui chaque matin se levait avant tout le monde pour faire la vaisselle et aussi ses promenades improvisées et solitaires qui nous obligeaient à le chercher partout : joie de la liberté pour eux et pour nous, à cette époque post révolutionnaire où il était interdit d'interdire.
Le soir, un feu de camp nous avait réunis avec les militants présents sur ce campus du Larzac que l'on occupait pour empêcher l'armée d'envahir ces lieux de pâturage pour d'immenses troupeaux de moutons. Un enjeu, une lutte essentiels qui déjà préfiguraient ce combat de la mort contre la vie qui prend tout son sens aujourd'hui avec la prise de conscience du réchauffement climatique..
J'avais beaucoup d'admiration pour toutes ces personnes qui s'engageaient dans cette lutte pour la survie de ces paysans bergers qui voulaient rester sur leurs terres.
Ce soir là, j''ai rencontré Michael.. Avec sa barbe et ses cheveux longs , il me faisait penser à Abraham.
Lorsqu'en septembre 72, je suis revenue de Worms, en Allemagne où j'avais travaillé un an comme assistante de français pour les élèves allemands, j'avais bien changé.. Je n'étais plus la petite étudiante ''bien sage'' qui avait passé sa licence avant de partir.
En Allemagne, l'émancipation des filles me semblait encore plus avancée que chez nous et les jupes rivalisaient d'audace pour découvrir les jolies gambettes des demoiselles ; et cette émancipation n'était pas pas seulement vestimentaire... On se lâchait, et m'éloignant de mon milieu familial conservateur, j'avais aussi découvert d'autres modes de pensées plus révolutionnaires qui décuplaient ma curiosité pour ceux qui les défendaient et que j'avais tendance à idéaliser...
Ceci explique aussi mon attirance pour celui qui allait devenir mon mari ..
Je croisais Régis au 'Resto U' en compagnie d'un copains Alain, lui même ami d'un de mes copains cathos, Eudes.
Eudes et Alain étudiants très sérieux, logeaient dans le couvent de dominicains qui à l'époque accueillait l'aumônerie étudiante. Une amie germaniste m'y avait introduite et j'avais aussitôt aimé cet endroit avec ses salles voûtées, le jardin clos, le lieu d'échange et de rencontres où soufflait un vent de liberté, impulsé côté église catholique, par le concile Vatican 2. Moi, qui commençait sérieusement à remettre en question la foi inculquée par ma mère et le catéchisme des années 50, j'étais séduite par cette nouvelle façon de vivre sa foi et cela me réconciliait, un peu, avec l'Eglise.
On se retrouvait dans ce couvent ou lors de week-end entre jeunes étudiants, pour une messe toute simple improvisée autour d'une table, animée par deux dominicains, Paul et Pierre très proches de nous en âge, l'un étudiant en médecine et l'autre en philosophie. J'avais beaucoup d'amitié pour Pierre mais je n'aurais jamais osé l'aborder autrement que comme un prêtre. J'ai appris plus tard que l'un et à l' autre avaient choisi de se marier.
Un jour j'avais croisé Alain au resto U et tout naturellement , il m'avait présenté son copain Régis, nouvellement débarqué de Marseille et qu'il avait rencontré lors d'un job en Écosse.
Avec son écharpe blanche, ses petites lunettes rondes et sa redingote noire qui flottait au vent sur sa mobylette, Régis , par son allure libre, dénotait de mes amis cathos, bien classiques dans leur façon d'être et de se comporter.
Il avait une petite étincelle de folie dans le regard noir et profond qui rejoignait mon besoin d'aventures et me l'a rendu aussitôt attirant... Il me parlait de ses voyages en Ecosse en stop et au bout du monde mais aussi, malgré sa formation scientifique, de son goût pour la littérature et la poésie.
Il habitait un appart qu'il partageait avec des copains dont le fameux Alain, dans un vieil immeuble en face de la cathédrale.
Je me souviens qu'on y accédait par un vieil escalier de pierres avec au milieu de l'escalier, des toilettes à la turque que tout l'immeuble devait se partager. Autant vous dire que ces messieurs les locataires ne se battaient pas pour les récurer. Quant à la cuisine, il valait mieux ne pas être maniaque sur l'hygiène, mais j'avais trouvé sa chambre très sympa avec une déco personnelle qui reflétait bien son côté artiste. Je me souviens d'un collage, qu'il avait réalisé, montrant un enfant crucifié dans un camp de concentration... Il m'avait dit : c'est le Christ, et il m'avait aussi parlé de son passé de séminariste...
Il m'a invité à ses soirées dans l'appart avec ses copains et ses copines anglaises... Un rock endiablé qui me révèle son sens de la musique et du rock, finit de me séduire. Un jour nous nous retrouvons dans une manif contre une énième réforme de l'éducation ou alors peut être pour défendre les langues régionales, en particulier l'occitan.. En tout cas, la manif va se terminer, d'abord par une crêpe au "1513 ", une crêperie pleine de charme avec ses caves voûtées, dans l'une de ces vieilles rues clermontoises aux maisons de pierre de lave et ensuite dans la chambre de mon militant qui achèvera de me convaincre de ses dons de séducteur...
C'est ainsi que commence notre histoire…
Il faut croire que mon nouveau chéri me porte chance car je réussis enfin mon CAPES d'Allemand qui déjà à l'époque se méritait car il n'y avait que 6 à 10 % de réussite à ce concours et j'ai mis 3 ans pour y parvenir... Régis m'avait bien soutenu dans cette épreuve, suant avec moi sur le poète Hölderlin qui visiblement l'inspirait plus que moi, et surtout , en m'offrant la veille du concours à Paris, une belle et longue robe style western, rose à carreaux. C'était l'époque baba cool où les filles passaient de la longue robe à dentelles, à la minijupe au raz des fesses.
Nous avons fêté cette réussite bien méritée en prenant le bateau pour un voyage en Écosse. Le voyage malgré ma robe de princesse s'avère cependant moins romantique que prévu avec la 4L de Régis qui tombait en panne à chaque sommet de côte, nous obligeait parfois à dormir recroquevillé à l'intérieur en attendant de redémarrer et de retrouver l'hospitalité toute relative des Youth Hostels avec ses obligations de "duty" à la fin de notre séjour ..
Cela mettait un peu de piment dans notre relation qui me sembla à ce moment là un peu en panne... Si bien qu'à notre retour, à Clermont, Régis, ayant abandonné la 4 L au bord d'une rue à Edimbourg, je ne me sentais un peu désabusée et sachant que Régis allait repartir pour un an pour des études de Civil-engineering à Dundee en Ecosse... Je n'avais plus trop d'attente de ce côté ; et surtout j'avais enfin mon précieux diplôme en poche et je goûtais au plaisir d'une vie clermontoise sans souci...
A cette époque la préparation pratique au CAPES pour valider le diplôme était vraiment des plus "light".. Quelques heures de cours seulement par semaine et toujours en présence d'un tuteur ; cela me laissait beaucoup de temps pour folâtrer et m'amuser à droite à gauche...
Mon avenir professionnel étant pour ainsi dire assuré, je pouvais m'offrir le luxe d'un logement un peu plus grand : une grande chambre avec douche, WC et coin cuisine. Elle était située dans un très vieil immeuble de pierre dans une petite rue sombre de la ville. Aujourd'hui, je ne voudrais sans doute pas y mettre les pieds car je ne m'y sentirais pas en sécurité, mais à l'époque je trouvais ça très romantique...
Mon amoureux "écossais" ne m'oubliait pas, cependant, et je recevais souvent des missives enflammées de mon chéri qui m'envoyait des poèmes jusqu'au jour où une lettre arriva qui me laissait dans un état de stupeur... Régis me demandait en Mariage. !.
Je lui répondis aussitôt, et lui demandait de ne pas interrompre son séjour d'études pour moi, qu'il ne devait pas agir sur un coup de tête. Mais, quelques jours plus tard, on frappait à ma porte et c'était Régis qui apparaissait. Il était parti avant d'avoir reçu ma lettre... Le sort en était jeté…
Quelques mois plus tard, nous décidions de nous marier : le 21 février 1976.. Ce fut un mariage tout simple entre copains... L'un d'entre eux, J.Claude, un ami, militant du mouvement occitan Poble d'OC, nous avait prêté son appartement pour que nous puissions faire une petite fête entre amis... Ma mère nous a invité à midi à un repas dans un bon restaurant avec ma mère, mes frères, l'oncle et la tante de Régis, sa sœur et sa cousine et nos témoins de mariage, Alain et mon amie Françoise ..
Les parents de Régis ont refusé de venir.. Notre refus d'un mariage à l'Eglise suscita leur indignation..
Et pourtant 50 ans plus tard, nous sommes toujours ensemble...
Années 70 – Souvenirs... 4
Pendant l'été 1974, si je reviens à Marseille chez mes parents, il est hors de question d'y rester. Je ne souhaite rien leur demander, et la seule solution, faute de moyens, est de partir en Stop. Je réussis à trouver un job de serveur dans un hôtel-restaurant en Ecosse. Pour la première fois, je traverse la Manche, pour prendre conscience qu'il y avait véritablement ici, des gens qui parlaient cet anglais qu'on devait apprendre à l'école, matière dans laquelle j'ai toujours été nul. Je me rends compte du problème, puisque je ne comprends rien. Je dois me rendre au plus vite sur mon lieu de travail. A Londres, énorme difficulté pour acheter un billet de train pour Carlisle, ma destination. Étonné par le confort des sièges en tissu, je crains d'être en 1ère classe; j'interroge une jeune femme, je lui demande par signe, en signifiant deux avec les doigts, « here, two ? » pour confirmer que nous sommes en ''2nde classe''. Elle pense que je lui demande si elle veut bien être ''deux'', avec moi...? Malentendu !
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Arrivé sur mon lieu de travail, à la sortie sud de la ville; je ne comprends rien à ce que l'on me dit. Le chef de cuisine vient à l'aide, il parle italien. Il va m'appeler ''froggie'' ce qui me vexe, sans comprendre au début... Je suis attaché au service en salle, en complément de deux autres personnes, professionnelles, une jeune femme et un monsieur plus âgé, à l'élégance british et très professionnel. Je m'acclimate assez vite, et apprends les rudiments de la langue nécessaires en salle, pour servir, avec parfois quelques malentendus. Je vais sympathiser avec la jeune fille, assez jolie, qui gère l'accueil; mais je reste à mon grand regret '' empoté ''. Assez rapidement, est arrivé un autre étudiant français, Alain, pour compléter l'équipe au service. A midi, nous assurons le service de ''tours'' avec l'arrivée de cars; il faut être rapides et efficaces. Alain a du mal à porter plusieurs assiettes en même temps, et moi j'ai rapidement mal aux pieds... Les professionnels qui nous entourent s'en agacent. De plus, je n'apprécie pas le comportement du propriétaire, qui se fait servir chez lui. Sa compagne, désire apprendre le français, et je suis invité à le lui enseigner; et le jour où il me demande de laver sa voiture, je refuse, assurant que je ne suis pas employé pour cela. Il me demande s'il ne m'arrive pas de laver la voiture de mon père, je réponds:« certainement pas ! ».
Je devais rester trois mois, je crois, selon le contrat que j'avais signé. Au bout d'un mois, je prends la décision de partir. Avec Alain nous décidons de partir ensemble en stop, pour parcourir l'Ecosse.
Le propriétaire en colère m'avertit qu'il va prendre les dispositions pour que je ne puisse plus travailler dans un hôtel en Angleterre, ce qui me laisse indifférent.
Avec mon sac à dos, je suis enfin libre. La route, les rencontres avec en particulier des automobilistes très généralement sympathiques, l'auberge de jeunesse. Quelques jours plus tard, nous décidons avec Alain de nous séparer. Nous n'avons pas les mêmes envies, et le stop est plus facile seul. Cependant, nous prévoyons de nous écrire et nous suivre; d'autant, surprise, qu'il poursuit ses études à Sup. de Co. de Clermont-Ferrand.
Je parcours l'Ecosse, au gré des facilités de transport en stop, et à la présence d'une auberge de jeunesse. Le réseaux des A.J. est très satisfaisant, elles sont peu chères, pratiques avec des possibilités de faire sa cuisine, de faire des rencontres. Ne pas oublier avant de partir de faire son ''duty '' !
Après mon tour d'Ecosse, je rejoins l'Irlande du Nord, qui vit une période de ''troubles'' ( terme anglais). L'IRA revendique plusieurs attentats. Dans ce petit territoire du nord de l'Irlande s'affrontent protestants ( avec l'état britannique) et catholiques ( républicains et autonomistes). Je suis curieux et un peu excité de pouvoir observer ce conflit en réel... J'y passe quelques jours, la plupart du temps, seul dans l'auberge de jeunesse. A une exception près, mes rencontres sont très sympathiques. Je rajoute cette anecdote : dans une auberge ( AJ), je suis installé seul à une table, à la table voisine deux jeunes filles rient tout en m'observant. L'une finit par se lever et me demande si je suis français. - Oui. Et si je peux lui faire un ''french kiss'' ! Je lui réponds que les français sont romantiques; et qu'il est nécessaire, avant, de faire connaissance. Je lui propose d'aller se promener... Elle accepte, et nous partons nous promener. Nous échangeons quelques mots; et je finis par l'embrasser selon sa demande. Je crois que c'est avec elle, que j'ai compris ce qu'était un ''french kiss''.... Puis, je lui demande si demain je pourrais la revoir? Mais elle m'explique que ce n'est pas possible, elle sera avec son ''boy friend''. A ce propos, je suis frappé, que parmi les premières questions que les automobilistes me posent, elles concernent ma provenance, mes études, et invariablement, me demandent si j'ai une ''girl friend ''.
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Pour ma deuxième année à Clermont-Ferrand, je partage une colocation avec mon camarade ''waiter'' ( serveur) de Carlisle, Alain. Nous habitons à trois dans un appartement, d'un vieil immeuble, qui donne sur la place Victoire à côté de la cathédrale. Une année riche d'expériences de toutes sortes intellectuelles, politiques, amicales, amoureuses; et particulièrement, parce que je vais faire la rencontre d'Yveline, rencontre qui s'inscrit dans tout un parcours...
- J'ai le projet d'écrire des articles sur l'Anarchie ( à faire paraître dans la revue de Poble d'Oc) , par le biais de témoignages . Je cherche le contact de quelqu'un qui se présente comme anarchiste; je l'obtiens dans le cadre du ''Resto U'' important lieu de rencontres... J’interviewe Michaël , un personnage qui a roulé sa bosse, grande barbe, cheveux longs, sacoche indienne, accompagnée d’une menue et ravissante demoiselle. Il me propose de l'interroger chez la demoiselle ( Yveline) qui l'héberge , une chambre d'étudiante, où je me rends.
Je milite à ''Poble d'Oc.'', et je m'intéresse à tous les mouvements libertaires ou régionalistes; et rencontre un jeune homme passionné d'Ecosse, et de tout ce qui concerne le SNP ( Scottish National Party), drapeau, affiches. Il habite avec ses parents, une grande maison bourgeoise dans les vieux quartiers, et louent un studio, chaque année, à une assistante d'anglais. Il m'invite, moi et mon colocataire Alain, à une soirée organisée chez lui. Lors de cette soirée, je rencontre Susan et Ann, deux assistantes. Susan est écossaise, blonde et yeux bleus, Ann est petite, brune au visage de poupée.
Je vais revoir régulièrement les deux assistantes anglaises; et plus intimement Susan. Avec Susan, nous partirons dans ma 4L, visiter ma région d'origine jusqu'à Marseille, mais mes parents refusent de me recevoir avec une copine. Nous rencontrerons mon père seul, dans un restaurant... Navrant!
Je continue la méditation transcendantale, et suit - lors de plusieurs soirées et week-end – une formation payante pour devenir instructeur. Avec la pratique de la méditation, et celles d' ''asanas'', nous ''étudions'' à l'aide du contenu d'une cassette qui contient un enseignement de Maharishi Mahesh Yogi, sur des sujets très divers. Ensuite nous devons répondre à une suite de questions, et surtout noter bien précisément les réponses aux questions... Sur ce dernier point, je montre quelques réticences à accepter les réponses... Je finis par '' gêner le groupe '', pour finalement le quitter.
Je lis la revue ''Planète'' qui ne paraît plus, et je recherche tous les anciens numéros. L'esprit Planète resurgit avec en 1973 la revue '' Question de '' à laquelle je m'abonne.
J'écris à Pauwels pour lui faire part de mon intérêt. Il me répond et m'invite à le rencontrer à Paris.
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Je lis avec beaucoup d'intérêt Alan Watts (1915-1973), philosophe, écrivain et conférencier anglo-américain, figure de sagesse et de spiritualité alternative. Ses idées sur la nature de la conscience, l'identité individuelle et la recherche du bonheur résonnent en moi. En particulier '' Amour et connaissance '' où il dénonce un certain nombre d'oppositions arbitraires qui ont fondé la civilisation chrétienne : " moi " et l'autre, bien et mal, amour et connaissance, et surtout esprit (masculin) et nature (féminine) - cette dernière faille étant reliée à toute une problématique sexuelle.
Alan Watts, relève que la religion chrétienne s'adapte à la faiblesse de l'homme de croire à une vie meilleure après la mort; c'est que l'homme se sent étranger à la nature, et « dénote une conscience encore superficielle de soi-même... ». Le christianisme serait une religion des villes, en opposition au paganisme. Il propose de réconcilier la science d'avec la nature en abandonnant son contrôle et son exploitation. Il préconise l'art de sentir, et le monde comme extase, ou la contemplation:'' au-delà du sens'' pour nous signifier que certaines vérités ne peuvent être entièrement captées par le langage ou la pensée rationnelle, et qu'elles doivent être vécues directement pour être pleinement comprises.
Il fait le parallèle entre « le rapport de l'homme à la nature et son rapport à la femme » : «L'occident chrétien et post-chrétien est caractérisé par une civilisation où la nature s'appelle Mère Nature , où Dieu est exclusivement masculin, et où le vocable homme désigne aussi l'humanité en général. »
Je retrouve la demoiselle qui accompagnait l'anarchiste Mickaël. Yveline est à présent seule. Lui, serait retourné en Israël, dans un kibboutz, ou tout simplement dans le midi de la France... De mon côté, Susan est retournée en Écosse.
Je la croise, avec ses amis germanistes au Resto U; et un jour nous nous retrouvons lors d'une manifestation. Je l'accompagne chez elle, et je parcours avec elle les poésies d'Hölderlin. Yveline prépare le Capes d'Allemand. Il se trouve que j'aime la littérature allemande, et particulièrement Thomas Mann, et Stefan Zweig. J'aime la poésie.
Yveline est une jolie jeune-fille, brune, les cheveux longs bouclés. Vivante, spontanée ; elle me plaît, et tout semble simple...
Le texte suivant sera d'Yveline. Elle retrace notre rencontre.
Années 70 – Souvenirs... 3
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Par chance, à quelques jours de la Rentrée, j'ai l'opportunité de m'inscrire au CUST de Clermont-Ferrand., et surtout d'être accepté en classe de première année de maîtrise.
C'est à Clermont-Ferrand, que véritablement, je prends conscience de la complexité, de la richesse du monde qui m'entoure. J'étudie peu, le stricte minimum pour ne pas être renvoyé, et réussir les contrôles. L'enseignement dans sa grande majorité ne m’intéresse pas; seuls les cours de psycho-socio. me motivent, et la deuxième année, je rajouterai les cours d'anglais...
Je n'ai pas beaucoup de contacts avec la vingtaine de jeunes gens, qui fréquentent la première année de Génie-Civil ( structures en béton-armé) au CUST ( aujourd'hui Polytech Clermont aux Cézeaux), avec moi. Seul, Bernard Paul, est sans-doute le seul à accepter mon désintérêt pour le béton. Il vient de Grenoble, et il est déjà marié. Il va m'aider, par son extrême gentillesse à supporter des heures de présence en dessin technique, en labo. à casser des éprouvettes de béton. Seuls, la résistance des matériaux, et la mécanique des sols, par leur aspect mathématique, retiennent mon esprit.
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Je m'intéresse aux débats idéologiques de toute sorte , et m'engage dans le mouvement occitan. Je délaisse tout à fait mes liens avec l’Église catholique. Je suis à l’affût des conférences, des rencontres autour des spiritualités marginales; je fais pas mal de rencontres dans ces milieux. Je me souviens avoir entendu Claude Vorilhon, témoigner de sa rencontre avec des extra-terrestres, au Puy de la Vache. Un message lui aurait été délivré, avec pour mission de préparer leur venue... Il reçoit son nom '' Raël '' qui signifie '' messager des Elohim ''. Il fonde un mouvement, qui deviendra le mouvement raëlien, assez connu.
Je lis ( et j'écris) beaucoup, en particulier de la poésie. J'écris quelques articles ''culture'', dans une revue gratuite ''Info''.
Je découvre tant de choses nouvelles, que je garde aujourd'hui, un souvenir lumineux de cette période. En particulier lors de ma seconde année, pendant laquelle, je vais loger en colocation en plein centre de Clermont-Ferrand....
1973-74, l'actualité bouscule nos vies provinciales - commencées pour moi à Marseille, puis à Clermont-Ferrand - mais elle anime avec intérêt mes discussions sur l'avenir du monde : l'affaire du Watergate aux USA ( 1972-74); un tournant majeur dans la guerre du Vietnam avec un accord de paix, signé le 27 janvier; au Chili, le 11 septembre 1973, le président Allende est assassiné, renversé par Pinochet... ''Septembre noir'' à Munich nous interroge sur la Palestine, d'autant que à Kippour 1973, c'est la guerre en Israël, la Syrie et l'Egypte s'unissent pour tenter de récupérer leurs territoires occupés et prouver leur puissance militaire nouvellement acquise, grâce au soutien de l'URSS.
Les pays exportateurs de pétrole, membres de l'OPEP, mettent en place un embargo sur le pétrole ( Oct 1973) qui bouscule notre économie, en ce sens que se révèle notre fragilité due à la dépendance à l'égard d'une ressource limitée, et que notre modèle social pourrait en être transformé...
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Depuis 1945, nous vivons en France, une période de croissance économique rapide, de plein emploi et d’amélioration générale des conditions de vie. Sur la plan social, nous profitons de '' l'Etat-providence '' avec la redistribution et une offre de services publics.
A présent comment allons-nous réagir à la hausse des prix de l’énergie, l'intervention de l'état ne va t-il pas augmenter l'endettement public? Certains souhaiteraient que l'on s'engage vers la libéralisation des marchés, la réforme du système de protection sociale et la modernisation du marché du travail.
Changeons-nous d'époque ?
Les manifestations continuent, souvent anti-militaristes; également pour le droit à l'avortement. Les étudiants, contestent les réformes universitaires, et soutiennent les mouvements ouvriers.
Le 19 mai 1974, de façon inattendue, Valéry Giscard d'Estaing, candidat centriste, remporte la présidence face à François Mitterrand. Pour la première fois, un écologiste se présentait, René Dumont, un verre d'eau à la main, il introduit les concepts novateurs de développement durable et de préservation de l'environnement, dans le débat national.
Conséquence de l'irruption des '' jeunes '' au cœur du débat politique, le 3 juillet 1974, la loi abaisse la majorité civile de 21 à 18 ans.