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Les légendes du Graal

Nos fausses représentations

8 Février 2026 , Rédigé par Régis Vétillard Publié dans #Philosophie, #Réalité

Je vais tenter de vous faire revivre une discussion, avec Lancelot, Elaine et Yvain. Nous avons aligné sur la table plusieurs feuilles et des crayons. Ce soir, Yvain souhaite nous faire comprendre les illusions qui ont dirigé trois siècles de pensée scientifique.

- « Il y a quatre grandes illusions », dit-il en tapotant ses notes.

Il lit :

La séparation de l’esprit et du corps

La séparation de l’homme et de la nature

Le mécanisme : le monde-machine

L’illusion de prévisibilité et de contrôle absolu

Elaine lève les yeux.

Ce sont des illusions fondatrices, dit-elle. Elles n’ont pas seulement guidé la science : elles ont modelé notre manière d’habiter le monde.

 

Faute de tableau, comme à la Fac. Yvain écrit sur une feuille: ESPRIT ≠ CORPS

- Depuis Descartes, dit-il, nous croyons que l’esprit flotte au-dessus du corps. Que la pensée est un pur calcul, sans chair. La science moderne a repris l’idée : elle n’étudie que ce qui est mesurable, quantifiable.

Elaine intervient, doucement.

- Pourtant, tout nous montre que l’esprit naît du corps : émotions, perceptions, gestes.

Mais nous continuons d’agir comme si le corps était une machine, et l’esprit un logiciel.

Elle sourit. - Nous vivons dans la métaphore informatique… et nous ne la voyons même plus.

Lancelot : - C’est ce que tu appelais l’illusion du surplomb, Yvain ?

- Exactement. Il écrit le mot NATURE. Nous nous sommes crus au-dessus du vivant. La nature ? Une ressource à exploiter. La forêt ? Du bois. La rivière ? Un potentiel énergétique.

Je confirme, pour ma part, et résume : - Cette séparation a légitimé une exploitation de la nature, considérée comme une ressource à maîtriser et à dominer.

Elaine s'adresse à moi: - Ce dont tu parles : cette croyance d'être séparés de la nature, est une crise de la pensée, avant d'être une crise politique … !

Yvain reprend une autre feuille : - Et voici la troisième illusion : Le mécanisme (Newton...) a conduit à l'idée que l'univers est prédictible et déterminé. Il écrit : UNIVERS = MACHINE

- Si l’univers est une machine, dit-il, alors il suffit d’assembler les pièces pour tout comprendre. Cette vision a produit des merveilles… mais elle a aussi rétréci notre regard.

Elaine ajoute :

- Et elle a enfermé l’homme dans un rôle absurde : celui du maître du monde.

Je pose la question : cette croyance en une maîtrise totale n'a t-elle pas entraîné une surenchère technologique… et une banalisation du risque ?

Lancelot réagit : - Nous croyons contrôler le monde. Nous ne comprenons pas que c’est le monde qui nous porte.

Yvain reprend la parole : - Et, voici ce que la science actuelle nous oblige à reconnaître :

Il écrit : OBSERVATEUR = PARTIE DU RÉEL.

- En 1981–82, l’expérience d’Alain Aspect a confirmé que deux particules séparées restent liées. La physique classique affirmait que rien ne peut agir à distance instantanément. C’était Faux !

Il sourit, et nous lit lentement à voix haute les « fausses certitudes »:

- Le mouvement nécessite une force constante. Faux !

- Les objets lourds tombent plus vite que les légers. Faux !

- Les saisons sont dues à la distance Terre-Soleil. Faux !

- Il n’y a pas de gravité dans l’espace. Faux !

- L'air ne pèse rien. Faux !

- Les particules sont des objets concrets, comme des petites billes. Faux !

- L’espace et le temps sont des'' décors'' absolus. Faux !

- La matière et l’énergie visibles sont tout ce qui existe. Faux !

- Les lois de la physique sont les mêmes partout et pour toujours. Faux !

- Les modèles atomiques actuels sont définitifs. Faux !

Elaine éclate de rire.

- La physique adore les renversements de table.

 

Lancelot approuve pleinement et observe que les véritables penseurs sont ceux qui n’ont de cesse de faire évoluer nos représentations.

- Au XVIIᵉ siècle, nous imaginons que le monde est une machine parfaite et déterminée. Tout peut se prévoir, tout est causal... Et bien, non ! Kant détermine les limites de la raison, Heisenberg affiche un principe d'incertitude, et Bergson relativise le temps, au temps vécu...

- Au XIXᵉ siècle, n'affirmions-nous pas que : L’homme est maître de lui-même, libre et rationnel. L’individu est conscient de ses choix ? Non ! Freud découvre la nature de l'inconscient, Nietzsche la volonté de puissance et Marx dénonce l'aliénation des travailleurs.

Et Elaine rajoute :- Le langage reflète t-il fidèlement la réalité. Les mots correspondent-ils aux choses ? Non ! Wittgenstein, Derrida démontrent que le langage structure notre pensée, mais ne donne pas un accès "pur" au réel.

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