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Les légendes du Graal

De la Nef Antique à la Quête du Saint-Graal – Le Mystère de l'Identité.

5 Mars 2026 , Rédigé par Régis Vétillard Publié dans #Philosophie, #Thésée

- Écoutez, chevaliers – nous dit Merlin - car les bateaux ont parfois une mémoire plus ancienne que les royaumes.

Le navire que nous appelons '' la nef de Salomon '', apparaît dans la Quête du Saint Graal, fabriqué par le roi Salomon à partir de différents bois, dont le bois de l'arbre de vie du Paradis terrestre, dit-on, et du bois d'un navire plus ancien, le navire de Thésée.

C'est sur cette nef - qui dans ''La Queste del Saint-Graal'' symbolise la Sainte Église (Ecclesia navis est) - que les trois chevaliers élus, Galaad, Perceval et Bohort, embarquent pour achever leur quête du Graal jusqu’à Sarras.

Ce navire n'est pas un simple vaisseau consacré. Il est l’ultime métamorphose d’une idée si ancienne que la mer elle-même en frissonne.

En effet, bien avant Salomon, avant les rois, avant même la montée du Graal en Occident, il y eut un autre bateau : le navire de Thésée.

Thésée revint d’Athènes après avoir vaincu le Minotaure. Depuis, les Athéniens conservaient son navire comme un monument, le maintenant en bon état génération après génération.

Plutarque raconte que les Athéniens remplaçaient les planches vieillissantes du navire au fur et à mesure, et les gardaient précieusement, mais... du bateau gardé ''intact'' : « On se disputait pour savoir s’il s’agissait encore du même bateau. »

Que signifie “intact”, lorsque chaque planche, une à une, est remplacée ? Le navire était-il encore le même, ou était-il devenu autre ?
Les sages se disputaient, les philosophes s’enflammaient, et la mer restait silencieuse.

Avec l'ensemble des planches vieillissantes, on bâtit même un autre vaisseau... Le même bateau de Thésée ?

 

Les siècles passèrent. Les hommes oublièrent, mais les charpentiers non.

Ce second vaisseau fut emporté vers l’Est, où des artisans du Temple ( à Jérusalem) le recueillirent.

Salomon, informé de la provenance singulière de ce bois, en fit une nef rénovée et destinée à un seul usage : porter ceux qui sauraient reconnaître la vérité derrière les symboles.

Des planches disparates, grecques, juives, de l'arbre de vie, des bois d’Ophir et des cèdres du Liban, ne formaient plus qu’un seul corps. Comme si l’unité pouvait surgir de cet assemblage.

Comme si le mystère du Graal exigeait d’être porté par un navire de l’entre-deux, où le même et l’autre s’étreignent.

On raconte que Salomon, en bénissant la nef, dit : - Tant que ce bateau questionnera ce qu’il est, il saura où aller.

Lorsque Galaad y monta, la nef se mit en route d’elle-même, comme un esprit ancien reconnaissant enfin sa destination.

La nef avait porté Thésée après sa sortie du Labyrinthe. Elle portait ensuite les chevaliers vers un autre Labyrinthe, celui qui mène au divin en soi. Dans les deux cas, elle transportait la même chose : le passage. C'est à-dire, la possibilité de devenir autre sans cesser d’être soi.

Et j'en arrive à cette question, toujours posée : - Qu’est-ce qui fait qu’un être reste lui-même, lorsque toutes ses parties changent ?Attention, la manière de poser la question pourrait nous induire en erreur… A mon avis, il serait plus juste de se demander : Qu’est-ce qui se continue de manière reconnaissable à travers le changement ?

La biologie nous dit que toutes les cellules du corps se renouvellent, entre quelques jours pour les cellules intestinales, et 10 ans pour celles des os. Les synapses du cerveau sont modifiées en permanence. Et pourtant : le corps garde sa cohérence. Pourquoi ?

Donc, nous pouvons reconnaître qu'un être ne reste pas lui-même parce que ses parties matérielles demeurent, puisqu'elles changent constamment. Mais alors, une substance immuable se cacherait-elle derrière les transformations ? La réponse induite, appartiendrait toujours au paradigme substantialiste.

Chez Whitehead, un être vivant est une société d’occasions actuelles. Ce qui se maintient, ce n’est pas une chose, mais un style de devenir.

Un être reste lui-même parce que se maintient une organisation de relations qui se maintient dans le temps tout en se renouvelant. Chaque nouveau moment reprend le passé comme forme, non comme matériau. Cet héritage du passé, que j'ai à cœur, est présent à chaque instant,

Chaque moment de l’existence préhende le passé du vivant et le réinterprète. L’identité est un acte répété, pas un donné. Un être vivant reste lui-même parce qu’il sent le monde d’une certaine manière, répond selon certaines habitudes et maintient une certaine tonalité.

La mémoire humaine n’est pas un simple stockage d’informations. Elle est le mode de transmission du soi. Une personne n’est pas identique parce qu’elle est la même matière, mais parce qu’elle se tient comme une histoire en cours.

L’ADN reste très stable au cours de la vie, mais ce n’est pas une identité au sens fort. L’ADN est un langage partagé, pas une personne. Deux jumeaux ont le même texte génétique, mais pas la même histoire. La biologie dit donc : - ce qui reste, ce n’est pas le code, mais l’histoire écrite dessus.

L’être vivant n’est pas une machine : c’est une activité continue de se produire soi-même ; un processus.

Et le '' cerveau artificiel '' … ? Nous en parlerons plus tard... 

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