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Les légendes du Graal

L'essor de la modernité et l'impasse du matérialisme

24 Janvier 2026 , Rédigé par Régis Vétillard Publié dans #Sciences, #Philosophie

La modernité, du XVIIᵉ au XIXᵉ siècle, a vu l’essor d’un matérialisme triomphant fondé sur la science expérimentale, le rationalisme et la foi dans le progrès.

Cette vision du monde, issue du cartésianisme et de la physique newtonienne, a peu à peu réduit la réalité à la matière mesurable et les phénomènes à des mécanismes. Mais l’évolution de la pensée philosophique et scientifique a montré les limites de ce paradigme, ouvrant une profonde crise du sens et de la raison.

Il me semble reconnaître, aujourd'hui dans la Quête de la « Théorie du Tout », qu’elle soit physique ou métaphysique, une quête de dépassement du matérialisme, perçu comme une impasse.

Ma lignée de la Quête, de Roger de Laron à Elaine de Sallembier, incarne cette résistance constante et cette recherche de synthèse métaphysique face à la réduction de l'existence à la seule dimension matérielle.

Moyen Âge Tardif : Fondements Spirituels (XIIIᵉ – XIVᵉ siècles)

La tradition thomiste, tout en valorisant la raison, rappelle son incapacité à atteindre par elle seule les vérités ultimes telles que l'origine du monde ou la Cause Première, nécessitant la Révélation. La raison est impuissante face aux mystères ultimes, et limiter la réalité à l'immanence conduit à l'insatisfaction du désir de connaître Dieu

Roger de Laron (XIIIᵉ – XIVᵉ siècles) cf Note (*) établit le socle spirituel que le matérialisme cherchera à nier. Sa quête du Graal est fondamentalement non matérialiste et vise la Vérité divine. Son intérêt pour l'alchimie vise le dépassement de la simple matérialité par l'union du corps et de l'esprit, insistant sur le fait que l'on cherche Dieu non par le mouvement des pieds, mais par les désirs

L'Essor de la Modernité (XVIIᵉ – XVIIIᵉ siècles)

L’essor de la modernité s’enracine dans la grande révolution scientifique du XVIIᵉ siècle.
Les travaux de Galilée (1564-1642), Kepler (1571-1630) et Newton (1643-1727) ont marqué une rupture décisive avec la physique qualitative d’Aristote.

Johannes_Vermeer_-_The_Astronomer_-_1668

Galilée, par ses expériences sur la chute des corps, montra que tous les objets tombent à la même vitesse — contredisant ainsi l’idée aristotélicienne selon laquelle la vitesse de chute dépend de la nature ou de la « lourdeur » des objets. Il fut aussi le premier à affirmer que les corps tombent sous l’influence d’une force universelle, la gravité, sans encore parler d’« attraction à distance ».

Newton, prolongeant cette démarche, chercha à décoder l’ordre divin à travers la formulation mathématique des lois naturelles. La gravitation, jusque-là phénomène mystérieux, devient une force universelle rationnelle gouvernant l’univers entier. Ainsi, la quête du Graal mystique se transforme en quête rationnelle de compréhension : la science se substitue à la théologie comme moyen d’expliquer l’ordre du monde. Ce tournant marque la fin d’une vision symbolique et spirituelle de la nature et le début d’une approche empirique fondée sur l’expérimentation vérifiable.

Cette mutation ne fut pas sans débats. Descartes (1596-1650), fondateur du rationalisme moderne, rejetait l’idée de forces invisibles agissant à distance. Pour les cartésiens, tout phénomène devait être expliqué mécaniquement, par le mouvement de particules matérielles dans un fluide universel — l’éther. L’univers était ainsi perçu comme une grande machine, traversée de tourbillons matériels : même la chute d’une pomme résultait du mouvement de ce fluide vers le centre de la Terre.
Dieu, chez Descartes, n’était pas absent : il restait le garant de la vérité et de l’ordre premier, mais sa présence devenait théorique, non opérante.

Newton, quant à lui, admettait que sa loi de gravitation faisait du monde une machine réglée, régie par des lois mesurables, où tout effet est prévisible. Pourtant, il conservait une dimension religieuse : pour lui, ces lois étaient l’expression de la volonté divine.
Mais un siècle plus tard, Laplace pouvait affirmer à Napoléon qu’il n’avait « pas besoin de cette hypothèse [Dieu] » pour expliquer l’univers. De là naquit l’idéale mécanique du « démon de Laplace » (1814) : une intelligence qui, connaissant la position et la vitesse de toutes les particules à un instant donné, pourrait prédire l’avenir tout entier.

C’est ici que se révèle l’impasse de la modernité : ne serait-ce au travers de questions, comme:- Comment, dans un monde parfaitement déterministe, expliquer la conscience, la pensée, la liberté ? - Comment la matière inerte peut-elle engendrer la vie et l’esprit ?

La modernité a donc gagné en puissance explicative, mais au prix d’un rétrécissement ontologique : tout ce qui ne se mesure pas — l’esprit, la finalité, la valeur — est évacué du réel.

Jean-Léonard de la Bermondie (XVIIIᵉ siècle), évolue durant le triomphe du rationalisme des Lumières, et dénonce le « matérialisme » axé sur le plaisir et le corps. Il se tourne vers la franc-Maçonnerie. Influencé par Charles de Villers et Madame de Staël, il rejette le « rationalisme sec » et découvre avec le Romantisme et l'Idéalisme allemand, une voie pour explorer l'irrationnel, rendant ainsi le rationalisme matérialiste « suspect ».

Crise du Déterminisme et Romantisme (Première moitié du XIXᵉ siècle)

À la fin du XVIIIᵉ siècle, la raison mécaniste entre en crise. Le Romantisme, en réaction, affirme la primauté de l’intériorité, de l’imagination et du sentiment contre la froideur du rationalisme. Là où le Classicisme croyait à l’universalité des lois, les Romantiques perçoivent la fragmentation et la perte du sens.

La métaphore du Graal illustre cette quête d’un absolu perdu. Le monde moderne, « écorce des choses », est perçu comme une terre gaste, un désert spirituel issu de la dégradation des valeurs. Les penseurs du XIXᵉ siècle – de Schelling à Wagner – cherchent à réconcilier raison et mystère, science et mythe, matière et esprit. L’Art devient une voie de salut : une religion esthétique (Kunstreligion) capable de redonner sens au monde désenchanté.

Charles-Louis de Chateauneuf (Première moitié du XIXᵉ siècle) s'inscrit dans un spiritualisme ésotérique, il démontre que le matérialisme est auto-destructeur. En référence à La Peau de chagrin (Balzac), il montre que le désir matériel épuise le « fluide vital », et que la vie véritable réside dans la Volonté tournée vers l'ensemble, par opposition à la richesse isolée

Fin de Siècle : Le Vide Spirituel et l'Art (Fin XIXᵉ – Début XXᵉ siècle

Le dualisme cartésien échoue à expliquer la conscience, réduite par le monisme matérialiste à de simples effets cérébraux. L'industrialisation et le matérialisme ont engendré un vide spirituel, poussant à la recherche de nouvelles formes de sacré (Kunstreligion).

Anne-Laure de Sallembier (Fin XIXᵉ – Début XXᵉ siècle). Contre la marginalisation de l'esprit, elle défend l'idée que l'Art et l'esthétique accèdent à l'Absolu. Elle expose l'échec de l'imagination matérialiste (le bovarysme) et insiste sur l'existence d'une « autre dimension » (inspirée de la « quatrième dimension » de Proust) qui prouve que les idées et le passé existent indépendamment de la perception matérielle.

Le Tournant Physique et Idéologique (Milieu XXᵉ siècle )

La modernité rationaliste repose sur le dualisme esprit/matière. Mais ce modèle échoue à expliquer la conscience. Comment la matière peut-elle produire l’esprit ? Le monisme matérialiste, en niant toute dimension spirituelle, réduit les phénomènes psychiques à de simples effets cérébraux, sans rendre compte du vécu subjectif.

Kant, en réaction, limite la portée du savoir : la science ne connaît que les phénomènes, non les choses en soi. Ainsi, le matérialisme qui prétend tout expliquer par la matière se place lui-même en contradiction, car il affirme comme vérité ce qui, selon sa propre méthode, est inconnaissable. Le positivisme, en bannissant la métaphysique, laisse l’homme face à un monde de faits sans sens.

Les découvertes de la thermodynamique au XIXᵉ siècle aggravent cette crise : la loi d’entropie, en introduisant l’irréversibilité et la finitude, contredit le rêve d’un univers éternel et déterministe. La physique elle-même révèle la fragilité du modèle mécaniste.

Lancelot de Sallembier (Milieu XXᵉ siècle) dénonce les idéologies totalitaires comme l'impasse du matérialisme qui privilégient la maîtrise des déterminismes matériels au détriment du spirituel. Influencé par Teilhard de Chardin, il cherche à dépasser le « dualisme stérile entre esprit ou matière » en postulant une complexité croissante qui intègre une « étincelle d'Esprit » dans la matière.

La philosophie postérieure à la modernité, notamment avec Heidegger, diagnostique que le matérialisme n’est que l’achèvement d’une longue dérive métaphysique : la réduction de l’Être à l’étant. La métaphysique occidentale aurait, depuis Aristote, oublié la question fondamentale : pourquoi l’étant est-il plutôt que rien ?

Heidegger voit dans le matérialisme l’ultime étape de cette déchéance : la réalité n’est plus qu’un ensemble d’objets mesurables, privés de sens et de finalité. La science ne répond plus qu’au comment, oubliant le pourquoi. Cette dérive entraîne une perte du sens de l’existence, que Nietzsche exprimera sous la forme du nihilisme.

Le matérialisme industriel et technique, en réduisant la nature à un simple stock de ressources, conduit à l’exploitation, à la destruction écologique et au nihilisme. La « foi dans la machine » devient la nouvelle idolâtrie, mais sans horizon moral.

Le XXᵉ siècle voit aussi l’émergence d’une crise au sein même de la science. La mécanique newtonienne est remplacée par des modèles énergétiques (Ostwald), puis par la physique relativiste et quantique. Ces découvertes mettent fin à la conception d’un univers strictement déterministe : l’indétermination, la probabilité et la relation deviennent des notions fondamentales.

Max Planck lui-même reconnaît que « toute matière trouve son origine dans une force soutenue par l’existence d’un esprit conscient et intelligent ». La science redécouvre ainsi, malgré elle, la nécessité d’un principe spirituel ou informationnel sous-jacent à la matière.

Les philosophies du dépassement

Elaine de Sallembier (Seconde moitié du XXᵉ siècle) critique le Structuralisme (qui rejette conscience et liberté) et utilise la Phénoménologie pour réaffirmer le sujet face au déterminisme. Elle s'appuie sur la philosophie du processus d'A.N. Whitehead pour rejeter le concept de ''substance'' statique au profit d'une réalité relationnelle et dynamique. Sa quête aboutit au thomisme renouvelé, affirmant l'« Unité corps / âme / monde / Dieu » comme réconciliation nécessaire.

Au XXᵉ siècle, des penseurs comme Whitehead et Teilhard de Chardin proposent un dépassement du matérialisme. Whitehead rejette le modèle de la substance inerte pour une métaphysique du processus : la réalité est faite d’événements relationnels, non de blocs statiques. L’univers est un devenir créatif, non une machine close. Le matérialisme, en séparant esprit et matière, commet l’« erreur de la concrétude mal placée ».

Teilhard, de son côté, voit dans la matière une dimension intérieure – un « dedans » spirituel – évoluant vers la conscience. La matière et l’esprit ne s’opposent pas ; ils convergent dans une montée vers le Point Oméga, symbole d’unité cosmique. Ainsi, la « Théorie du Tout » ne peut être purement matérielle : elle doit intégrer la conscience et la finalité.

L’évolution de la pensée, de Kant à Whitehead, montre que la réalité ne peut se réduire à des objets isolés. L’univers apparaît comme un réseau de relations dynamiques où la conscience, la matière et la valeur sont interdépendantes. L’impasse du matérialisme est celle d’un monde sans sujet, sans intérieur et sans finalité.

Les sciences contemporaines – mécanique quantique, cosmologie, théorie de l’information – confirment cette intuition : la matière n’est pas première, mais émerge d’un ordre plus profond, relationnel et peut-être spirituel. La philosophie du processus, la phénoménologie et le thomisme renouvelé tentent d’unir raison et transcendance.

Ainsi, l’impasse du matérialisme n’est pas la fin de la raison, au contraire, mais son appel à se dépasser : la quête d’une Théorie du Tout n’est pas seulement scientifique, elle est spirituelle et métaphysique — une recherche de l’Être au-delà de l’étant, de la lumière au-delà de la mesure.

Note (*) Je rappelle que : Roger de Laron ; Jean-Léonard de la Bermondie ; Charles-Louis de Chateauneuf ; Anne-Laure, Lancelot et Elaine de Sallembier, - sont des personnages de ma Lignée.

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