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Les légendes du Graal

Alfred North Whitehead (1861-1947)

13 Avril 2025 , Rédigé par Régis Vétillard Publié dans #Whitehead

Pour justifier, la carte 0, comme représentant d'un personnage à l'immense intellect; je rapporterai son côté excentrique. Souvent absorbé par ses pensées philosophiques, Alfred North Whitehead pouvait se perdre en chemin pour aller à son propre bureau à Harvard. Le sujet de ses cours étaient imprévisibles: Il pouvait commencer une leçon sur la logique mathématique et finir par parler de poésie ou de la nature de la réalité, laissant ses étudiants à la fois perplexes et fascinés. Whitehead menait une vie simple et modeste, sa maison était ouverte à tous les esprits curieux.

 

Il considérait important de comprendre en quoi une certaine idée cartésienne était erronée: celle  selon laquelle la réalité est fondamentalement construite de morceaux de matière qui existeraient totalement indépendamment les uns des autres. Il s'opposait également à ce que Descartes sépare, une existence matérielle d'un côté, et une existence mentale de l'autre.

La philosophie de Whitehead, est une '' philosophie de l'organisme '' plus connue sous le nom de '' philosophie du processus''.

 

Son œuvre est difficile; Process and Reality (1929) a été qualifié de « sans doute le texte métaphysique le plus impressionnant du XXe siècle », mais il fut peu lu, peu compris; mais ses commentateurs prévoyaient qu'il ne pourrait être en mesure d'être compris, que plus tard. Le physicien théoricien David Bohm (1917-1992), en particulier, s'est dit influencé par la philosophie de Whitehead. Effectivement, ses remises en question philosophiques anticipaient des découvertes scientifiques du XXIème siècle.  

N'est-il pas étrange, qu'aujourd'hui ( ~2020), le gouvernement chinois encourage l’étude de la philosophie de Whitehead, et son œuvre est une lecture obligatoire pour les étudiants diplômés chinois?

 

Yvain, est persuadé que l'enseignement de Whitehead nous conduit à penser notre période post-moderne. Même si: la fragmentation des savoirs et des disciplines, la complexité croissante des systèmes étudiés, une position relativiste en matière de connaissance, l'évolution rapide des techniques, et une inflation d'informations... rendent difficile l'idée même d'une formulation d'un ( nouveau) paradigme universel complexe... Tentons l'exercice.

Nous représentions jusqu'à présent, la réalité comme un assemblage de choses ( objets, êtres, …), en constante évolution, mais en un assemblage statique, et les caractéristiques dynamiques étaient secondaires et dérivées...

Si, avec Whitehead, nous admettons que les entités de base de notre monde sont des processus, nous pouvons générer de meilleures implications philosophiques de nos expériences, concernant autant l’intrication quantique, que la conscience, ou les institutions ...

Ce que Whitehead nomme ''entité actuelle'' est un processus ( dynamique) plutôt qu'un objet ( statique).

Les entités actuelles ne peuvent pas être comprises isolément, mais seulement en relation avec d'autres. Whitehead met l'accent sur l'importance des relations dans la constitution de la réalité; et précise: chaque entité est un '' événement ''.

Il dit encore (schématiquement): - Les entités actuelles participent à la création de nouvelles réalités. - Chaque entité actuelle contribue activement à sa propre formation. - Chacune intègre les influences des entités passées, et chacune possède une dimension subjective unique.

Pour Whitehead, la réalité est un processus évolutif où les entités actuelles contribuent à l'évolution continue de l'univers. Nous en reparlerons en détail....

 

Il paraît que Gilles Deleuze l'admire et commente assez souvent Whitehaed: il aurait dit ( selon ses étudiants) que le projet de Whitehead était de penser '' le monde tel qu'en lui-même '', un monde hétérogène à notre mode de pensée, mais pas inaccessible. Pour avoir accès au mode propre du monde, il est impératif de ne pas le soumettre à nos catégories, en particulier celle de substrat ( cf Aristote, - le substrat désigne le support stable des propriétés et des changements). Bergson avait aussi relevé cette question et formulé une réponse similaire, au moins pour l'être.

Deleuze rappelle, qu'à l'opposé, Kant proposait un '' principe de permanence '' : « Tous les phénomènes contiennent quelque chose de permanent (substance) considéré comme l’objet lui-même, et quelque chose de changeant, considéré comme une simple détermination de cet objet, c’est-à-dire d’un mode d’existence de l’objet » Emmanuel Kant, Critique de la Raison Pure, 1781 Le ''changeant'' de l'objet ne faisant pas partie de l'essence de l'objet..

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