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De l'Identité à l'Identité française
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Parmi mes notes sur notre aïeul Jean-Léonard de la Bermondie, j'avais transcrit – concernant l’Assemblée des trois ordres de la ' Province du Haut-Limousin - Sénéchaussée de Limoges ' à laquelle il avait participé en 1789: « La nation n’est pas un héritage muet ; elle se forme et se confirme par le concours continuel de ceux qui la composent. » . On parlait déjà de '' nation '' comme d'une communauté des Français, sans distinction d’ordres. Je suis frappé de l'actualité de cette magnifique proposition. Qui sommes-nous, derrière l’étiquette de citoyen ?
Pour comprendre l'identité de la France, je dois, comme pour mon propre « Moi », monter à bord de la Nef de Salomon. Cette nef, faite de planches disparates — juives, grecques, bois de l’arbre de vie — ne forme qu’un seul corps grâce à son mouvement et à sa destination.
L’identité française n’est pas une « substance » figée, un bloc à défendre. Elle n’est pas non plus un simple contrat juridique, une « auberge espagnole » sans épaisseur historique.
En effet, ce constat met en difficulté les deux pôles opposés ( et caricaturés) qui saturent le débat public actuel :
- Le fixisme identitaire : Cette vision, portée notamment par Éric Zemmour, cherche l'identité dans une essence immuable — race, religion ou tradition figée. Elle voit dans le changement une trahison et dans la diversité une menace de disparition.
- Le contractualisme pur : À l’inverse, cette approche réduit l’identité à une décision présente, un choix instantané sans épaisseur historique ni racines. La nation n'est plus qu'une procédure juridique ou une « auberge espagnole » où l'on entre sans contrainte.
Comme l’individu de Whitehead, la France est une « société personnellement ordonnée » d’occasions d’expérience. Elle est un fleuve historique qui, pour rester lui-même, doit sans cesse renouveler ses eaux. Historiquement, elle s’est construite par une concrescence unique : la saisie (ou préhension) de la rationalité grecque, de l'ordre romain et du prophétisme judéo-chrétien, unifiés dans l'événement de la République. L'empreinte chrétienne est si profonde que même les Français incroyants ont intégré ces ''valeurs''.
Si je reprends l’analogie de la lampe, la France n’est pas le territoire physique (le boîtier), ni ses lois (la batterie), mais le faisceau lumineux lui-même : cette activité d’attention portée aux valeurs de liberté et de justice. L'identité française est un « style de devenir ». Ce qui reste à travers les siècles, ce ne sont pas les briques matérielles de nos monuments, mais les liens synaptiques de notre mémoire collective, cette Vibration (ou synthèse vivante) qui continue de résonner par-delà les révolutions et les guerres.
Dans cette perspective, les défis contemporains — qu’ils soient migratoires ou technologiques — ne sont plus des « matériaux étrangers » venant briser une substance pure. Ce sont de nouvelles données que la Nef doit intégrer pour continuer sa route. L'identité ne réside pas dans la conservation d'un patrimoine « sous cloche », mais dans la capacité du pays à rester une structure solide, un pont capable de laisser passer la vie nouvelle sans s'effondrer.
La véritable fidélité à notre identité s'opère à travers les transformations. Le christianisme a inventé l'individu libre en déplaçant la religion du contrôle communautaire vers la foi intérieure. Mais cet individu, en s'émancipant de l'Église lors des Lumières, s'est parfois retrouvé déraciné, ou dans une situation que certains ( comme Eric Naulleau) dénoncent : refuser toute limite dans la définition de soi, jusqu'à ce qu'ils nomment le wokisme, où l'individu devient son propre Dieu sans limites. L'individu moderne serait animé par un ressentiment contre ce qu'il n'a pas choisi (sa biologie, sa lignée, sa culture). À force de protéger les droits de l'individu à se définir de manière illimitée, on sacrifierait les droits de la collectivité et la cohésion du groupe.
Aussi, selon que l'on perçoit l'identité comme un socle immobile ou comme une dynamique vivante, la nature du « défi » posé par l'islam change radicalement de sens.
Pour les partisans d'une identité française définie comme une substance héritée et figée, l'islam est perçu comme une menace existentielle car il est considéré comme un « matériau étranger ». Le nombre grandissant de de musulmans finirait par imposer une « société musulmane » antagoniste, brisant ainsi la continuité historique de la France chrétienne.
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À l'inverse, si l'on adopte la philosophie du processus (Whitehead), mais aussi la vision de Renan, ou de Ricœur, le défi de l'islam n'est pas une fatalité de disparition, mais une nouvelle étape dans le « fleuve » de l'histoire de France.
Le défi contemporain de l'Islam s'insère dans cette dynamique de processus. Une vision processuelle (comme celle de Soheib Bencheikh) suggère que l'Islam de France peut s'intégrer s'il accepte de séparer la religion spirituelle (le domaine privé) de la loi politique (le domaine public). L'objectif serait de partager avec un « Islam des Lumières » conforme aux principes républicains. Le défi actuel est donc de savoir si le cadre laïque peut servir de « pont » plutôt que de « forteresse » pour transformer ce nouvel apport en citoyenneté.
À la suite d'Elaine, je perçois que l'intelligence nationale est une participation à l'ordre vivant du monde. Le Graal français n'est pas un secret jalousement gardé, mais un Objet Éternel : un potentiel pur de fraternité et de dignité qui attend d'être actualisé par notre attention pure. Comme Simone Weil l'enseignait sous les bombes de Londres, la France ne retrouvera son âme que si elle reconnaît que l'Obligation envers l'être humain prime sur le catalogue des droits.
Être Français, c’est consentir à être un « adonné » (selon le mot de Jean-Luc Marion) : celui qui reçoit un héritage immense et complexe, et qui accepte d’en être le milieu de transmission. Nous ne possédons pas la France ; nous sommes l'événement par lequel elle continue de se produire.
Alors que nous naviguons vers les horizons incertains du XXIᵉ siècle, une question se pose, soufflée par nos chevaliers du Graal : - Quelle part de notre lumière acceptons-nous de transmettre à cette nouvelle Terre Gaste ( notre Terre en crise ), afin que le fleuve de notre histoire ne s'assèche pas ?
Ou autrement dit : La France ne se définit plus par la question « Qu'est-ce que fut la France ? », mais par la question : « Quelle histoire continuons-nous à reconnaître comme nôtre, et vers quoi voulons-nous l'orienter ? »
1958 Une nouvelle Constitution avec de Gaulle
Après avoir donné ses instructions à Michel Debré – chargé de préparer ce nouveau texte constitutionnel - de Gaulle s’envole pour Alger, en Caravelle, où il débarque le 4 juin au matin en tenue de général.
De Gaulle est accueilli par une population en délire, certaine d'avoir contribué à faire revenir le défenseur de l'Algérie française. Reçu par les généraux Salan, Massu, le cortège est acclamé dans les avenues, aux cris d’ "Algérie française'', ''Vive de Gaulle".
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Au balcon du gouvernement général vers 19 heures, il se montre, lève les deux bras en signe de victoire, et clame : « Je vous ai compris », parole saluée par une immense clameur de joie et d’applaudissements.
Dans ce dernier gouvernement de la IVe république, même si de Gaulle qui n'a pas de tendresse particulière pour les partis ; il a besoin d'eux pour la suite...
Il souhaiterait en grouper le maximum autour de lui : Les socialistes, les radicaux, le MRP, les indépendants ont chacun trois ministres.
Ainsi, Pierre Pflimlin participe au nouveau gouvernement de Gaulle, pour y représenter le MRP et l'associer au nouveau pouvoir qui s'installe. Il incarne une certaine continuité de l’État, mais au contraire de Georges Bidault qui avait approuvé le putsch d’Alger, il exprime, lui, la volonté de modifier la politique algérienne dans le sens libéral.
Un premier groupe de travail, avec des juristes, est chargé de proposer les premières rédactions sur chacune des dispositions de la Constitution.
Elles sont discutées sous la présidence de de Gaulle, avec un comité interministériel dont des leaders de l’ex-quatrième République, Guy Mollet, Pflimlin qui sont intervenus, en particulier pour défendre les droits du Parlement et pour limiter le recours au référendum mais le texte définitif reprend les orientations imposées par le général de Gaulle : rôle prépondérant du président de la République, limitations des prérogatives du "pouvoir législatif", et cet article 16, relatif aux pouvoirs exceptionnels attribués au président de la République en temps de crise que certains vont nommer ''dictature temporaire''.
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Le nouveau texte constitutionnel est adopté par le Conseil des ministres le 3 septembre, soumis au peuple par le référendum du 28 septembre 1958.
Comme beaucoup l'observent, Lancelot remarque que pour la plupart des électeurs, le référendum portera sur la confiance au général de Gaulle beaucoup plus que sur une constitution dont bien peu sont capables d’apprécier objectivement le contenu et moins encore les conséquences.
Il est clair que deux autres questions inquiètent beaucoup plus l’opinion : d’abord celle de l’Algérie et du terrorisme et ensuite celle de la hausse des prix qui continue d’entretenir un mécontentement latent.
Pierre Pflimlin, confie à Lancelot, que pendant ces quelques jours de son gouvernement, le plus difficile a été de se rendre compte qu'il se passait beaucoup de choses derrière son dos.
« Pendant quinze jours, j'étais dans une situation dramatique et je recevais de très nombreuses informations qui étaient toutes plus alarmantes les unes que les autres : ce qui se passait en Algérie, ce qui se préparait en France... Il y avait au sein du gouvernement une assez grande cohésion. J'avais conscience de la précarité du gouvernement. C'était évident. Mais quand on est en pleine action, on essaie de faire face à ce qui se passe. »
Il est certain que de Gaulle avait le souci de respecter la légalité. Ce qui ne l'a pas empêché de « forcer le rythme par son fameux communiqué : « le processus est engagé... »
Pflimlin reconnaît : « j'étais bien convaincu que le retour au pouvoir du général de Gaulle était sans doute la seule solution. »
Plus tard de Gaulle fera l'éloge de la conduite de Pflimlin pendant cette crise.
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Enfin, le 28 septembre 1958, Lancelot avec 79,2% des français ( seulement 15,6% d'abstention...) approuvent par référendum, le texte de la nouvelle Constitution ( la 5ème) . A noter le score de 96% en Algérie.
Aux législatives, l'UNR ( gaullistes) obtient 212 sièges ; les modérés, indépendants.. 118, et le MRP avec Pflimlin 56 sièges ; la SFIO 44 sièges et le PCF 10 sièges. La nouvelle chambre est nettement ''à droite''.
« Le général de Gaulle devint, le 15 mai 1958, le seul homme capable de rassembler pacifiquement les trois fragments de la nation française divisée : les Français d’Algérie, l’armée, les républicains de France, c’est-à-dire la grande masse de la nation. » ( Raymond Aron, « Discours à Harvard », Le Monde, 5 juillet 1958 )