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Les légendes du Graal

edith stein

Le Graal, ça n'existe pas ! 5

9 Novembre 2024 , Rédigé par Régis Vétillard Publié dans #Phénoménologie, #Edith Stein, #Graal

'' Le Graal existe t-il ? ''

Je reviens à la question de l'être : '' est '' = ce qui est réel.

Georges Braque - 1939

La phénoménologie, me semble t-il, nous invite à approfondir la réalité des choses ; et examiner toutes les dimensions de l'être d'une chose.

Heidegger dirait que '' l'être de l'étant '' c'est la nature de la relation que nous avons avec cet ''étant'' ( un peu comme si je réfléchissait sur '' la vie de ce vivant'' .

La plupart des étants que nous côtoyons sont des outils : ils ont une fonctions utilitaire ; et l'être d'un outil ce n'est pas la subsistance de cette chose. L'outil n'est pas qu'une chose posée devant nous, l'être de l'outil est dans l'usage que nous en faisons.

L'être d'une chose est dans sa subsistance, il est aussi, et – en premier - dans la manière dont il se donne.

A noter que l'outil, n'est pas condamné à être un outil ; le mode d'être de la chose dépend de ce que nous décidons d'en faire : on peut s'asseoir sur un coffre, ou un rocher, on peut s'asseoir et profiter de l'ombre d'une arbre... L'être, comme outil, ne réside pas dans la chose, il réside dans le rapport à la chose.

La question essentielle, c'est l'être de l'humain. L'humain est-il un étant comme les autres ?

L'être humain, m’apparaît comme un étant qui s'interroge sur l'être ; et peut-être même, l'être de l'être humain est de se poser la question de l'être.

Il a la capacité de se questionner. Il ne peut donc se résumer à sa corporéité.

- Ok, je pense donc je suis... Descartes l'avait dit.

- Oui. Alors allons plus loin : Si l'être de l'homme est dans la conscience, peut-on ''substantialiser '' la conscience ?

- Descartes a dit : « l'homme est une substance pensante. »

- Il était dualiste : L’homme, comme être pensant, posséderait une nature constituée de deux substances distinctes : une substance pensante et une substance corporelle...

 

Husserl, rejette l'idée de Descartes, que la conscience serait une composante matérielle. Pour s'expliquer, Husserl propose ce qu'il appelle '' l'attitude transcendantale ''.

Je vais tenter de comprendre ce qu'il nous en dit : le monde apparaît à notre conscience, et nous constituons le sens du monde, à travers notre conscience. Il s'agit d’explorer comment nous donnons du sens aux choses et comment ce sens émerge de notre expérience.

Ce qui caractérise l'homme, en plus de sa conscience ; c'est qu'il n'est pas figé dans son être, comme on pourrait penser d'un animal ; sa conscience le rend capable de réinventer son ''essence ''.

Heidegger critiquait aussi la position de Descartes : il pensait que l'humain était d'abord un être engagé dans le monde, et que l'existence précédait la pensée. L'essence de l'humain résiderait dans son ''être au monde '', le '' Dasein ''…

- Mais .. ?! L'essence ne se distingue t-elle pas de l'existence, n'est-elle pas la nature véritable de l'être ? D’ailleurs, Husserl – dans sa méthode phénoménologique – suspend son jugement sur les contenus des phénomènes, afin de préserver leur essence ….

- En effet... Pourtant, pour Heidegger, l’essence de l’homme réside dans son existence.

Et Sartre rajoute : '' l’existence précède l’essence ''. L’homme n’a pas de nature prédéfinie ; il se définit par ses choix et ses actions.

Edith Stein (1891-1942)

- Edith Stein a encore une position différente, celle que je préfère : - l’essence est inséparable de l’existence concrète d’un être. L'essence n'est pas une abstraction, elle est une structure qui se manifeste dans l'existence ; elle réside dans la singularité de la personne, l'âme en étant le noyau.

 

- L'âme … ? Comment les philosophes abordent cette notion ?

- Je dirais, pour Husserl que l'âme se déploie dans la conscience, elle représente notre subjectivité. Elle n'est pas une substance distincte du corps... De même pour Heidegger, pour qui l'âme est sans-doute liée au Dasein et à la quête de sens...

Edith Stein, rejoint Heidegger, mais rajoute que l'âme est le noyau dynamique de l'essence de chaque personne. Son intuition est que l''âme de l'humain ne serait pas que d'ordre naturel comme les autres vivants mais d’ordre proprement spirituel.

L’âme, par définition, impliquerait un espace intérieur dans l’organisme, humain ou animal.

Edith Stein souhaitait '' expliquer le mystère de l’existence humaine et surtout de son essence en devenir tout au long de sa vie libre et rationnelle.''

« Saisir le sens du réel » comme elle disait, consiste à articuler la rationalité philosophique à la vérité révélée.

Edith Stein adopte la méthode phénoménologique pour aborder le '' vécu de l'âme '' . Elle souhaite remplir cette notion d’un contenu d’expérience, et même '' redonner une pertinence philosophique à une notion devenue aujourd’hui très controversée.'' L'âme est « quelque chose qui peut nous apparaître et se faire sentir, tout en restant toujours pleine de mystère »

Edith Stein, en chrétienne, étend sa recherche dans le domaine de la personne pour passer « de la nature à la grâce ». C'est à dire passer à une anthroposophie ternaire ''corps-âme-esprit'' . L'âme aspire à une réalité au-delà de la nature. Nous le verrons plus tard...

Le Graal, est l'aboutissement du passage de la nature à la grâce. Il est une voie aux questions que je me pose et ne me pose pas encore. Le Graal représente l'existence de Ce qui ne peut se suffire à n'être qu'un objet physique. Le Graal se raconte et se transmet. Le Graal n'est pas le but, il est le Chemin.

Voilà, ce que Lancelot aurait pu répondre au libraire de Fléchigné.

Il aurait pu aussi parler de la Coupe, image du Graal.

Le Graal se reconnaît dans la Coupe du dernier repas qui annonce la mort, et la Présence vivante ( résurrection) de l'Homme-Dieu dans toute sa création. Je l'ai déjà évoqué, nous en reparlerons.

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Edith Stein, la Légende du Miroir de l'âme-3-

25 Septembre 2024 , Rédigé par Régis Vétillard Publié dans #Elyan, #Edith Stein, #Tarot, #Philosophie

Elyan se réveille , alors qu'il est allongé au pied d'un arbre. Son cheval est tenu par sa longe à un anneau près de la porte d'une chapelle. Il le rejoint, et entre dans la bâtisse où un prêtre célèbre la sainte Cène. Elyan, après avoir communié, dévoile au clerc sa quête représenté par le Miroir magique. Il reconnaît que pour l'atteindre , il doit d’abord comprendre la nature profonde de son être.

Élyan s'apprête à errer par des contrées méconnues, à frayer avec des érudits et des mystiques, et à jouter contre ses propres spectres intérieurs.

Quatre cartes, avancées par Séraphine, indiquent quatre philosophes qui méritent d'être nommés :

 

Le Bateleur, ( carte I ) représente la maîtrise, la compétence et la connaissance. Il a accès à la connaissance occulte et aux mystères de l’univers, il a la capacité de manifester sa volonté dans le monde matériel et possède les outils pour réaliser ses objectifs... Tout comme Husserl qui a exploré les profondeurs de la conscience et de la phénoménologie, et a cherché à comprendre et à décrire les structures de l’expérience et de la conscience. Parmi ses outils, la réduction phénoménologique qui l'aide à mettre de côté les préjugés et atteindre l’essence des phénomènes.

Ainsi, ce mage peut être un guide pour Elyan, l’aidant à naviguer dans les complexités de la perception et de l’intentionnalité, et à découvrir la nature véritable de l’âme.

 

L'Ermite ( IX) symbolise la réflexion profonde, la recherche de la connaissance intérieure et la compréhension des mystères cachés. Le voyage vers la sagesse est solitaire, ce qui reflète la démarche de Heidegger qui invite à se tourner vers l’expérience personnelle de l’être pour saisir la réalité de l’existence. De sa lanterne, Heidegger éclaire le chemin d'Elyan avec la lumière de la phénoménologie, et l’intentionnalité, intrinsèquement liée à l’existence.

 

Le Monde ( XXI), symbolise l’achèvement, l’intégration et l’harmonie. Elle représente la réalisation et l’unité de toutes choses. La connexion entre le soi et l’univers, un thème central dans la pensée de Merleau-Ponty, qui explore la manière dont notre corps est à la fois sujet et objet de la perception, ancré dans le monde et en interaction constante avec lui. Elyan expérimente l’entrelacement du corps et du monde, et la perception sensorielle comme fondement de notre expérience. Il comprend que l’âme est profondément enracinée dans le corps et que la perception sensorielle est une voie vers la connaissance de soi et la connexion avec les autres âmes.

 

Le Jugement (XX) représente un appel à une prise de conscience plus élevée et à une compréhension plus profonde, il invite à l’évaluation de nos actions passées... Ce qui reflète la philosophie de Levinas sur la responsabilité éthique et la reconnaissance de l’autre. Elyan découvre comment l’âme se révèle et s’enrichit dans la relation authentique avec autrui.

Après de nombreuses années, Élyan arrive dans une vallée sacrée où le miroir est gardé par les Gardiens de la Conscience.

Les gardiens, échangent et conviennent qu'Elyan est prêt à se confronter aux trois énigmes.

Ces gardiens posent à Élien trois énigmes, portées par trois cartes du Tarot.

 

La première est figurée par la carte de la Papesse ( II ) . Ici, ne figure qu'un miroir. C'est une des images du Maître, qui nous questionne sur soi, et la réalité. Le miroir révèle tous les aspects de notre âme. Il s'agit donc de l'épreuve de la Perception qui consiste à chercher la signification des choses au-delà de leur apparence immédiate.

 

La seconde est représentée par la carte de l'Etoile ( XVII ), elle annonce un but, un idéal ; mais il s'agit d'apprendre à distinguer ses propres intentions et se concentrer sur le fond de son désir. Elyan propose l'espoir ou la Foi pour soutenir sa volonté. Il s'agit de l'épreuve d'intentionnalité.

 

La dernière épreuve doit lui faire rencontrer l'expérience d'autrui. La carte est celle des Amoureux ( VI). L'intersubjectivité appelle à expérimenter comment nos consciences se croisent et interagissent, afin de créer un lien d'empathie et de compréhension mutuelle avec les autres.

Avec courage et introspection, Elyan résout les énigmes, il est autorisé à se regarder dans le Miroir de l’Âme. Ce qu’il voit n'est pas son reflet, mais un monde de pure conscience, où chaque pensée, sensation et émotion prend forme et couleur.

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Edith Stein, la Légende du Miroir de l'âme -2-

20 Septembre 2024 , Rédigé par Régis Vétillard Publié dans #Maître Eckhart, #Elyan, #Contes Mythes Légendes, #Edith Stein

Il était une fois, dans un royaume où la vérité et l’essence des choses étaient cachées par un voile d’illusions, un miroir magique appelé le Miroir de l’Âme. Ce miroir, dit-on, était capable de révéler la nature véritable de toute âme qui s’y reflétait.

Sur l'inspiration de Séraphine, Elyan se rend dans un prieuré. Là un ermite, lui enseigne la salutation divine qu'il tient de sa Tradition. Aujourd'hui encore, nous la pratiquons, gestuée, dans le cadre d'un enseignement sur Maître Eckhart.

(Les mains jointes vers le ciel,) - Dans le temple de l'Esprit ;

(puis la main gauche sur la main droite) – mon fond est le fond de Dieu ;

(la droite sur la gauche) – et le fond de Dieu est mon fond.

Les mains touchent le sol – J'y puise tout mon amour, et tout mon agir.

Droit, les bras en angle droit : - dans l'instant présent ;

Je pousse la main vers la gauche : - sans passé ;

l'autre main vers la droite, - sans futur.

Les mains ouvertes - sans attachement ;

Les bras ouverts – dans l'équanimité ;

Les mains jointes, - et dans l'unité .

Elyan, dans son errance et alors qu'il ne s'y attendait pas, trouve un étroit passage dans le sol, dissimulé par la végétation. Il laisse là son cheval, et se laisse glisser dans le trou qui mène à une grotte, il s'agit d'une salle qui donne sur plusieurs couloirs, plus ou moins étroits, tous obscurs.

Après avoir fait un choix, dans le noir complet, il avance et s'éloigne de la surface d'où il n'entend plus aucun bruit. Il finit par apercevoir du jour, mais ce n'est que la lumière qui provient d'une ouverture très haut au-dessus de lui. Une rivière souterraine se présente pour continuer le chemin. Elyan entre dans l'eau est continue à la nage, mais le courant l’entraîne vers des eaux tumultueuses qui s’engouffrent avec fracas entre les pierres. Les rochers sont menaçants comme des hommes d'arme, et le grondement sourd du courant semble annoncer une créature terrifiante.

Finalement, un dernier saut le plonge dans un lac souterrain, il distingue un rebord, et réussit à se hisser au sec. Dans l'eau immobile du lac, il s'observe, assisté d'une mystérieuse clarté. Complètement épuisé, il s'endort.

 

Ces épreuves ont mis en lumière les différentes facettes de l’âme humaine et ont offert à Elyan un voyage intérieur.

Il s'agit d'avancer malgré le ''Voile de la Réalité'', en soulignant l’importance du corps et de la perception sensorielle comme moyen de connexion avec le monde et les autres âmes.

Le voyage intérieur est représenté par une descente introspective . La solitude est une épreuve d’autosuffisance et de résilience. ( carte : le Mat, le Fou, et l'inconnu, la liberté...)

A la croisée des chemins, nous comprenons que chaque chemin est une possibilité d’être et que l’intentionnalité est liée à l’existence même.

Dans l'obscurité totale, il s'agit d'affronter ses peurs et apprendre à trouver sa lumière intérieure ( La Mort - XIII).

Le silence absolu teste notre capacité à être en paix avec nos pensées, jusqu'à pouvoir entendre la voix intérieure ( L'Ermite IX).

Rencontrer des énigmes ( les cartes du Tarot en sont...) nous approche des mystères de la vie. Ils nous obligent à la réflexion, à faire appel à notre intuition et à de la perspicacité. ( la Roue de la Fortune, X)

Traverser des courants d'eau souterraine représente notre travail sur nos émotions. ( La Lune, XVIII) , et finalement le lac souterrain agit comme un miroir ; il nous confronte à notre image, et nous invite dans l'apaisement à nous accepter.

 

Les cartes du Tarot, sont des dons de la fée Séraphine sous forme d'images que le chevalier reçoit lors des épreuves, des méditations, ou de rêverie consciente, et qui le guident vers le Graal. Elles se gardent en soi.

A propos... La carte qui représenterait la fée, pourrait être La Papesse (II). Voici pourquoi :

La Papesse est une carte qui symbolise la sagesse, le savoir caché et l’intuition. Une philosophe comme Edith Stein, pourrait en être une incarnation.

Pour répondre à la Queste d'Elyan, elle propose un chemin, de réflexion et de méditation, afin d'élucider la structure de l’âme humaine en tant que forme du corps, vie intérieure de la personne, image substantielle de Dieu et vaisseau spirituel. Tout ceci, bien sûr est à approfondir... Edit Stein écrit : «  L’être des humains [menschliche Sein] est un composé de corps, d’âme et d’esprit. (...) »

Le corps ( leib) est différencié du corps-enveloppe ( körper) inerte, matériel. Il est le lieu des impressions sensibles, le « fondement matériel qui porte la vie psychique ». Il est « formé et porté de l'intérieur ». Porte d’accès à l'expérience.

L’être humain – selon son essence – est esprit, (…) L'esprit est incorporé ( forme) dans une structure matérielle il aspire à fortifier l'âme.. » ( traduction approximative) L'esprit relie l'humain a son origine divine.

L’âme humaine en tant qu’esprit s’élève dans sa vie spirituelle au-delà d’elle-même. Mais l’esprit humain est conditionné à la fois d’en haut et d’en bas. L'âme fait la médiation entre le corps et l'esprit.

La subjectivité et la conscience sont des éléments constitutifs de l'identité humaine.

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La Phénoménologie – Edith Stein

17 Juillet 2024 , Rédigé par Régis Vétillard Publié dans #Edith Stein

Si Lancelot goûte sa retraite solitaire à Fléchigné, il apprécie les visites régulière de sa fille Elaine, qui l'entretient, en particulier, de ses études et de ses recherches.

Cette fois-ci, Elaine tient à partager sa nouvelle découverte : la phénoménologie...

Elle a appris à se douter que ce sera pour son père, l'occasion de faire écho à d'anciennes rencontres. C'est particulièrement le cas ici ; et elle constate que Lancelot l’entraîne dans un périple en Allemagne au début des années trente.

( Cela se passait ici ( suivre le lien) → 1931 - L'Allemagne - 3 – Heidelberg – Edith Stein - Les légendes du Graal (over-blog.net) )

Je rappelle qu'alors, Lancelot partageait sa vie avec une femme au nom de : Elaine de L. ; elle avait été malheureuse par une union désastreuse, et s’accrochait à la religion comme à une bouée au point de penser à la vie religieuse. Après une rencontre ''coup de foudre '', lors d'une soirée mondaine ; elle va entraîner Lancelot, à Meudon, chez les Maritain. Ils ne se quitteront plus, dans les limites de son mariage au début ; et … ensuite, jusqu'à sa mort en ...

 

En 1929, Paul Desjardins, rencontré à Davos, avait invité Lancelot et Elaine, aux fameuses décades d’été de Pontigny, qu'il animait. C'est en ce lieu, centre de rencontres intellectuelles, qu'ils ont entendu parler du philosophe Husserl et de la phénoménologie présentés par Bernard Groethuysen, allemand ( nationalisé français en 1938), qui parlait également admirablement de Goethe et d'Hölderlin...

Bernard Groethuysen, avec un ouvrage paru en 1926, sur la philosophie allemande, a introduit en France la phénoménologie. Il a fait connaître Husserl (1859-1938) et se prêtait volontiers au questionnement des non-spécialistes...

Dans la phénoménologie, on reconnaît que la connaissance ne repose pas seulement sur de la logique, ou du sensible; mais dans l'activité de la conscience... Husserl, nous disait-il, propose l'expérience de voir, comme s'il s'agissait d'une oeuvre d'art: le phénoménologue pratique ainsi l’épochè. Réapprendre à voir, c'est marquer un arrêt, mettre entre parenthèse le superflu...

 

La Phénoménologie, observe ce que la réalité laisse paraître... Nous y reviendrons.

Lors de leur voyage en Allemagne, Elaine et Lancelot avaient prévu un rendez-vous avec Édith Stein, comme ils l'avait promis à Jacques Maritain et à P. Desjardins, qui voulaient l'inviter... Ils étaient curieux de rencontrer cette femme de 40 ans, connue par sa carrière de conférencière, faute de n'avoir pu, comme femme, prétendre à un poste universitaire. Elle avait étudié la phénoménologie à Göttingen, et suivi Husserl. Elle avait soutenu son doctorat et devint son assistante, jusqu'en 1918. Sa demande d'habilitation à Göttingen fut refusée, bien que soutenue par '' le maître'', mais parce que ''femme''... A Breslau, elle donnait des cours chez elle, et enseignait au lycée...

 

Egalement, Lancelot raconte comment en 1952, à Ascona ( Italie) il côtoya pendant quelques jours C. G. Jung, sa femme Emma, et Henry Corbin dont il se mit à l'écoute avec chaque jour toujours plus de curiosité. ( à relire ici : 1952 – Ascona – Eranos – 2 - Les légendes du Graal (over-blog.net) )

Après être partis de la pensée allemande, avec K. Barth, puis Heidegger, Corbin expliqua sa découverte de l'Iran... Et en vint à la Phénoménologie, qui prend en compte tout acte de la conscience, tous : ainsi l'imagination, ou l'amour , bref : tout sentiment participe à la connaissance de l'objet. La connaissance du réel n'est pas seulement affaire de logique, mais l'affaire de l'acte de conscience.

Vue depuis l'oeil gauche, Ernst Mach 1886

C'est ainsi, je pense – reprend Lancelot – pourquoi les philosophes chrétiens s'intéressent à la phénoménologie. Cette méthode s’applique à décrire la manière dont l'Objet de notre recherche se donne à nous, se manifeste à nous, avant même que nous nous mettions à le considérer comme un objet dans une optique de connaissance.

 

Lancelot se souvient combien, lui et Elaine, avaient eu du mal à comprendre les tentatives d'Edith Stein à leur expliquer comment elle confrontait Husserl à Thomas d'Aquin, et comment finalement son explication s'était clôt par de grands éclats de rire...

Ensuite, Lancelot apprit à travers sa biographie – proposée par Elisabeth de Miribel et parue en 1954 - qu'en 1933, Edith Stein rejoindra le couvent Carmel de Cologne. Elle et sa soeur – qui l'avait rejoint - quittèrent l’Allemagne en 1938 pour résider au carmel d’Echt, en Hollande.

Sous le nom de Thérèse Bénédicte de la Croix, Edith Stein était devenue ''invisible'' pour le monde... sauf pour les nazis, qui vinrent arrêter Edith et sa soeur le 2 août 1942.

Edith Stein

Edith Stein avait écrit au pape Pie XI au printemps 1933 pour l’informer de la situation des Juifs en Allemagne : « Comme fille du peuple juif, qui suis depuis onze ans, par la grâce de Dieu, fille de l’Église catholique » (...) « j’ose exprimer devant le Père de la chrétienté ce qui accable des millions d’Allemands. Des années durant, les chefs du national-socialisme ont prêché la haine des Juifs » et maintenant, « cette semence de haine a levé ».

« Cette idolâtrie de la race et du pouvoir étatique, martelée chaque jour aux masses par la radio, n’est-elle pas une hérésie ouverte ? », demandait-elle. « Ce combat en vue d’éliminer le sang juif n’est-il pas un blasphème contre la très sainte humanité de notre Rédempteur, de la bienheureuse Vierge et des Apôtres ? » Edith Stein précisait que « nous, les enfants fidèles de l’Église, […] craignons le pire pour l’image de l’Église, si jamais son silence durait encore ». Elle prévoyait de plus que le silence « ne sera pas en mesure d’acheter à long terme la paix face à l’actuel gouvernement ». Et si « la lutte contre le catholicisme est provisoirement encore menée avec discrétion », « elle n’est pas moins systématique ».

Edith Stein fut arrêtée avec sa sœur Rosa le 2 août 1942 au Carmel d’Echt et déportée avec six cent quarante Juifs néerlandais baptisés. Ils furent assassinés en 1942 au camp de concentration d’Auschwitz-Birkenau.

 

Lancelot fut particulièrement touché par la démarche de cette religieuse qui n'est pas entrée au Carmel pour philosopher mais pour vivre avec bonheur la vie quotidienne simple et exigeante d’une petite communauté de moniales vouées à la prière silencieuse, et qui se donne l'objectif, dans cette période de haine, de - selon ses mots - « se tenir devant Dieu pour tous. »

Cependant, Edith Stein reste fidèle à sa recherche qui l’habite au profond de son être. Elle est une chercheuse de vérité, une quêteuse de Graal, devenue, phénoménologue.

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1931 - L'Allemagne - 3 – Heidelberg – Edith Stein

24 Juin 2021 , Rédigé par Régis Vétillard Publié dans #1930, #Heidelberg, #Edith Stein

Au printemps 1931, Lancelot prévoit de retourner en Allemagne; Elaine propose de l'accompagner sachant que Maritain lui a demandé – si elle passait à Spire en Allemagne - de rencontrer une jeune femme philosophe Edith Stein de sa part, et l'inviter en France... Mais surtout, elle souhaite - comme Lancelot - retrouver cette intimité partagée qu'ils avaient connue à Davos... A Paris, chacun de son côté, il est difficile de se voir; ou peut-être est-ce Elaine, retenue par son milieu, qui n'est pas à l'aise pour afficher une liaison, alors qu'elle est toujours mariée, ce que désapprouve son confesseur....

 

Pour voyager à deux, dans les meilleures conditions, Lancelot laisse le chemin de fer, et change de voiture pour une Renault Vivastella jaune à deux portes. Et si dans son précédent séjour en Allemagne, seul, il n'avait fait aucun effort pour se loger convenablement, s'en remettant aux opportunités de dernière minute; il prévoit cette fois-ci de réserver dans les meilleurs hôtels, une chambre pour un couple...

Metz est la première étape, avec une rapide promenade autour du palais du gouverneur, et sur l'avenue Serpenoise.... avant de rejoindre leur logis d'étape au Grand Hôtel de l’Europe.

Le lendemain ; il joignent Heidelberg pour plusieurs nuits à l'hôtel Zum Ritter St. Georg ; un lieu que Lancelot ne retrouve pas sans émotion, puisque alors, il n'avait que huit ans, il avait accompagné sa mère à l'occasion d'un congrès de philosophie... Il se souvient avoir pu admirer le Codex Manesse, ce qui semble difficile à présent ; la Bibliothèque ne leur permet d'admirer qu'un fac-similé.... Peut-être à l'image de l'accueil reçu, qui lui semble en général moins cordial, que le souvenir qu'il en avait gardé....

Il faut dire que le climat général est à l'austérité... L'argent semble manquer, le prix du pain est élevé, le chômage est élevé... Les gens s'inquiètent de l'avenir, et voyagent beaucoup moins...

La nouvelle Université vient d'être inaugurée. Des tensions règnent parmi les étudiants, qui se cristallisent autour d'Emil Gumbel, professeur d’origine juive, un socialiste et pacifiste qui exprime ouvertement ses convictions... Alors qu'il est promu '' professeur agrégé extraordinaire '', les nationalistes radicaux parmi les étudiants de Heidelberg, les professeurs, ainsi que les partis nationalistes et leur presse s'opposent avec véhémence à sa nomination, affirmant qu’elle est inconstitutionnelle. Le 7 novembre 1930, lors de l’un des premiers rassemblements contre Gumbel, le Dr Vogel, membre du parti nazi d'Heidelberg, a décrit Gumbel comme un traître au peuple allemand qui, étant juif, infecte « l’esprit historique » de l’université.

Proches de Speyer, Elaine et Lancelot ont prévu un rendez-vous avec Édith Stein, comme promis... Ils sont curieux de rencontrer cette femme de 40ans, connue par sa carrière de conférencière, faute de n'avoir pu, comme femme, prétendre à un poste universitaire. Elle a étudié la phénoménologie à Göttingen, et va suivre Husserl, nommée à Fribourg en Brisgau, elle y soutient son doctorat et devient son assistante, jusqu'en 1918. Sa demande d'habilitation à Göttingen est refusée, bien que soutenue par '' le maître'', mais parce que ''femme''... A Breslau, elle donne des cours chez elle, et enseigne au lycée...

Juive, Edith Stein découvre la foi chrétienne; et se convertit en 1922. Elle souhaitait entrer au Carmel, mais son directeur spirituel lui conseille de patienter... Elle devient professeur de lettres chez les dominicaines de Speyre. En parallèle, elle donne des conférences en Allemagne et à l’étranger sur les questions de la femme et de l’éducation.

Edith Stein

A l'occasion d'une demande de traduction du De ente et essentia, puis du De veritate; elle rencontre la pensée de saint Thomas, qu'elle enrichit des acquisitions modernes de la phénoménologie et de l'existentialisme... En 1929, pour les 70 ans de Husserl elle publie un article intitulé : « La phénoménologie de Husserl et la philosophie de saint Thomas d'Aquin. Essai de mise en présence ».

Elaine et Lancelot, impatients de rencontrer Edith Stein, découvre une femme ordinaire, réservée, presque froide... Elle vit ici, comme une dominicaine, humble, au service de ses élèves comme professeur d'allemand; elle donne aussi des cours de latin, et de français; elle parle bien notre langue...! Elaine, lui rapporte sa rencontre à Davos du jésuite Erich Przywara, avec qui elle eut plusieurs entretiens... Edith Stein connaît bien le théologien, et se détend tout à fait, quand Elaine lui raconte qu'elle eut beaucoup de mal à comprendre son exposé sur l' ''Analogia Entis''.... !

A l'opposé de Karl Barth, Erich Przywara pense qu'il est possible d'associer la philosophie et la théologie... Edith Stein, tente d'expliquer à sa façon, ce que le principe de l'analogie peut apporter à la pensée de Thomas... Il y a une analogie entre l'homme et Dieu, en ce qu'ils sont tous deux des ''personnes'' ; il y a donc une communication possible entre immanence et transcendance.

Przywara l'a incitée à confronter Husserl à Thomas d'Aquin. La phénoménologie est un mouvement de pensée qui montre une ouverture renouvelée à la réalité, sans nier le rôle du sujet. Elaine et Lancelot ont du mal à comprendre ce que cela signifie, plus.. concrètement.. ? Edith s'amuse à simplifier : nous sommes - conscient - d'être... Dans cet effort, se rejoignent l'homme qui pense et l'homme qui est au monde... La conscience passe par le sensible … Le sensible n'est pas un obstacle... La phénoménologie analyse le sens que la conscience donne à son rapport au monde... L’explication se clôt par des grands éclats de rire...

Leur entretien se termine par l'invitation de Maritain, à participer à Juvisy aux travaux de la Société thomiste, en septembre 1932. Edith Stein va quitter Speyrer, au printemps 1932, et enseignera à l’Institut catholique allemand de pédagogie scientifique de Münster.

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