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Les légendes du Graal

Stanislas Breton, néoplatonicien

20 Novembre 2025 , Rédigé par Régis Vétillard Publié dans #Réel, #Réalité

Stanislas Breton

Elaine n'oubliait pas le conseil de Frappier; et elle réussit à rencontrer Stanislas Breton ( 1912-2005). Professeur à l'Institut Catholique de Paris, ami de Louis Althusser, proche de Ricoeur et de Certeau; le prêtre est un homme fort simple, et jovial. Il dit être '' entré en philosophie, par le chemin de la théologie''.

Elaine l'interroge sur son parcours:

- « Je suis un homme du Moyen Âge romain, né dans un faubourg d’Athènes, sous un arbre de Judée. » 

. En Judée, Stanislas fait sa découverte fondamentale: le paradoxe de la Croix, « scandale pour les Juifs et folie pour les païens » ( cf Paul). Le Tout se fait petit.

. A Athènes, avec Paul, il s'agit de donner à ce paradoxe de la Croix une consistance de pensée. Là, Stanislas Breton trouve chez les néo-platoniciens : Plotin, Proclus, une philosophie qui cherche un ''au-delà de l’être'', une origine première appelée l'Un; qui prône l’union de l’Un et du multiple comme inséparables, et qui oblige par la contemplation ( la prière et l'étude) à remonter au Principe.

Toute pensée doit donc chercher à remonter vers le Principe, l’Un, qui est au-delà de l’être et de la pensée, mais dont tout dépend.

Avec le Moyen-âge, après Augustin, c'est Thomas d'Aquin. Et pour Stanislas Breton, c’est sa familiarité avec la langue latine, et les philosophes grecs, qui lui permet à de structurer une synthèse philosophico-théologique où la rationalité scolastique dialogue avec l’héritage platonicien et aristotélicien, au service d’une intelligence de la foi.

En y intégrant la ''nuit du monde moderne'', et la crise du sujet, Breton relit ainsi le thomisme à partir d’une spiritualité du manque, d’une tension vers l’Invisible...

Après être entré chez les passionnistes, congrégation fondée au XVIIe siècle par Paul de la Croix, Breton fréquente l’université des dominicains à Rome. Lors de sa thèse, il tente de conjuguer la philosophie de saint Thomas et la phénoménologie. En 1969 à l’École normale supérieure, Stanislas Breton s’est révélé un professeur incomparable, en même temps qu’un philosophe.

Influencé par maître Eckhart autant que par Husserl, Stanislas Breton s’est aussi chauffé au feu du bouddhisme zen de l’école de Kyoto ; Dieu est comme ineffable, Il n’habite pas véritablement les mots qu’on utilise pour le désigner.

La faculté de philosophie organisait du 7 au 11 février 1972, une Semaine d’Épistémologie dans les locaux de de l'Institut Catholique de Paris. Elaine y a assisté, en partie. Le premier jour était une entrée en matière, avec une réflexion sur l'esprit scientifique et les sciences de la vie, proposée par le R. P. Roqueplo et le P. Dubarle. Beaucoup de discussions se centrèrent sur le livre de J. Monod : «Le Hasard et la Nécessité », et l'occasion de mises au point des P. Augier et Russo.

Elaine fut particulièrement intéressée par la conférence donnée par le P. Breton sur « le savoir philosophique ».

La philosophie a longtemps prétendu être le ''savoir absolu''. A présent, les sciences revendiquent leur propre autonomie et n’ont plus besoin d’un cadre philosophique pour être validées.

Breton défend l’idée que la philosophie conserve une fonction essentielle d’interrogation sur le monde et ses conditions de possibilité.

Un passage particulier décrit la tâche du philosophe, selon Stanislas Breton:

Il invite à ne pas prendre la "nature" comme une évidence donnée une fois pour toutes. Il s’agit de s’interroger philosophiquement sur ce qui rend possible la nature elle-même, sur ses conditions d’existence et d’intelligibilité; en l'intégrant dans une vision globale de la Réalité ( il parle de l'idée du Tout)

Breton insiste sur l’importance de la liberté de pensée dans l’acte philosophique. Aucune représentation du monde, qu’elle soit scientifique ou métaphysique, ne doit enfermer totalement la pensée. Il doit toujours exister un espace de questionnement et d’ouverture.

Toute connaissance est bornée par des perspectives encore inexplorées et la philosophie doit garder conscience qu’aucun savoir ne peut tout épuiser.

Même si on constate que tout savoir est limité ; il faut encore tenter de penser un "tout", d’élaborer un discours cohérent qui donne du sens à l’ensemble du réel.

Le philosophe doit assumer son rôle de "penseur du tout", cherchant à articuler une vision globale du réel.

Elaine note que cette intervention de Stanislas Breton qui l'a enchantée, manifeste plusieurs aspects d’un choix philosophique néoplatonicien.

Chez Plotin, la multiplicité du monde sensible doit être dépassée pour atteindre l’Un (l’Un-Bien), qui est l'origine et la finalité de toute connaissance. Le P. Breton adopte une démarche similaire en insistant sur une quête d’unité et d’intégration des limites du savoir à une vision plus englobante.

Le monde empirique, pour le néoplatonisme, n'est jamais une fin en soi mais un point de départ vers une réalité plus profonde et plus essentielle. Breton semble adopter cette perspective en suggérant que la nature elle-même doit être interrogée dans ses conditions de possibilité.

Pour Plotin, l’Un est au-delà de toute conceptualisation, et toute connaissance n’est qu’un écho partiel d’une vérité transcendante. Breton reprend cette idée en insistant sur la pluralité des approches qui bordent la connaissance sans jamais l’épuiser.

Plotin soutient que l’intellect (le Noûs) doit sans cesse organiser et structurer le réel pour tendre vers l’Un. Breton suit une logique similaire : il reconnaît les limites du savoir, mais insiste sur la nécessité de reconstruire une vision du tout.

 

Avant de revenir à Stanislas Breton; je vais continuer avec Elaine et l'un de ses projets, qui se précise. Pour cela nous reprenons notre questionnement sur La Réalité, et ceci dès le Moyen-âge. En effet, à partir de la fin du Moyen-âge, nous perdons la distinction entre le Réel et ses manifestations ( la réalité). Francis Bacon ( XVIe s.), puis Galilée et Descartes affirment que la réalité correspond à ce qui objectivable, mesuré, expérimenté... Pour les '' Les Lumières '', seule la réalité est le Réel...

Nous avons fortement tendance à réfléchir encore dans ce paradigme,

 

Pour être bien clair, nommons: - le "Réel" , tout ce qui existe, même indépendamment de notre perception, et - la "réalité", seulement notre perception, avec notre interprétation et compréhension, de ce réel.

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