Overblog Tous les blogs Top blogs Littérature, BD & Poésie
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
Publicité
Les légendes du Graal

vatican ii

L'Eglise et le sacré

16 Septembre 2025 , Rédigé par Régis Vétillard Publié dans #Sacré, #1974, #Vatican II, #Sacerdoce

Son ami et prêtre Maurice Maillard, est venu visiter Lancelot à Fléchigné, pour trois jours. Il fait partie des rares amis que Lancelot revoie régulièrement, et avec un réel plaisir. Ils arrivent à manier humour, sérieux, et dispute sur des sujets religieux et même politiques.

Je rappelle que Maurice Maillard était ce prêtre jésuite, début des années 50, qui avait été autorisé par le provincial à accompagner Lancelot dans sa mission ''politique'' au Vatican.

Avant Vatican II

( cf: Années 50 – Un parti chrétien a t-il du sens ?)

Lancelot fait part à Maurice Maillard, des résultats d'une enquête sur l’état du catholicisme français réalisé par la SOFRES en septembre 1974 et publié dans un numéro du Pèlerin. Un des points saillants est la chute de la confession. En 1952, plus de la moitié (51 %) des adultes catholiques déclaraient se confesser au moins une fois par an. Ils ne sont plus que 29% (1974). Ceci pour ceux qui restent fidèles à l'Eglise; et à cela s'ajoute la chute des vocations....

- C'est vrai; et cela correspond aussi à une pratique religieuse qui se doit d'être volontaire, et non pour répondre à une pression sociale, à de vieilles habitudes ou par crainte de Dieu...

Confession et communion, sont déconnectées, peut-être aussi du fait d'une plus juste conception du ''Salut''... La peur de l’enfer n'a t-elle pas été, pendant longtemps, l’un des principaux moteurs de la confession?

On peut ajouter, encore, qu’Humanae vitae en 1968 qui '' affirmait que l'utilisation de méthodes contraceptives artificielles est contraire à la loi morale naturelle et à la doctrine de l'Église '' a porté de cette manière un coup mortel à la confession...

1970

Ne peut-on pas incriminer la trop discrète présence des prêtres ? Déjà, ils ne se distinguent plus des autres chrétiens... Il ne nous parle pas de Dieu, mais de l'homme... ?

- A mon avis, répond Maurice, tu as raison d'interroger le ministère des prêtres. Qu'est-ce qu'un prêtre ? Le prêtre est-il un ''super-chrétien'' ? Je ne le pense pas...

Maurice propose que l'on s'interroge d'abord sur les besoins de la communauté chrétienne, avant de regretter le statut du prêtre tel qu'il était... Il regrette que le Vatican n'aille pas plus loin, sur la voie dans laquelle le Concile l'avait engagé...

- Pourquoi, dit-il, ne pourrait-on pas dissocier la ''présidence de l'assemblée '' de la ''présidence de l'Eucharistie'' ; déjà pour une raison qui touche les femmes. Les femmes étant excluent de la présidence de l'Eucharistie, elles sont également excluent de responsabilités dans l'Eglise, ce qui a pour effet de marginaliser les femmes...!

Bien-sûr, ajoute Maurice, nous savons que la vraie grandeur devant Dieu, ne provient pas de la place dans la hiérarchie de l'Eglise...

Nous pourrions évoquer aussi, la possibilité pour une petite communauté chrétienne, de pouvoir fonctionner, en partie, sans prêtre ...

Enfin, concernant le célibat des prêtres... Peut-on prouver que le '' charisme du célibat '' favorise une présidence efficace et évangélique d'une communauté ? Un homme marié mûr qui a fait ses preuves, serait-il moins apte au sacerdoce qu'un jeune homme sans expérience ?

Je ne pense pas, conclue le père Maillard, que l'attachement à un passé traditionnel, soit la bonne réponse à la crise actuelle. Au contraire, à mon avis, la constitution Lumen Gentium de Vatican 2, qui introduit l'idée que l'Église est le "peuple de Dieu", et invite les fidèles à une participation active pendant la liturgie, nous donne la direction pour surmonter cette crise....

- J'aimerais te croire – l'avenir nous le dira – répond Lancelot.... D'autant que les questions que tu soulèves à juste titre, devraient déboucher sur les réponses que tu esquisses et que tu sembles déduire des réformes que proposent le Concile. Le pire ne serait-il pas de rester au milieu du gué...?

 

J'aimerais te provoquer sur un autre versant de la question... La question du ''Sacré ''…Je ne sais comment la poser...- L'Eglise a t-elle une mission à remplir dans le domaine du sacré?

Cette mission, ne s'arrête pas à l'éducation de la foi, ni à la liturgie !

Maurice réfléchit....

- La foi chrétienne ne s’accommode pas d'un '' vague divin '' … Et, te connaissant je sais que tu n'entends pas '' sacré '' dans le sens d'un mysticisme d'évasion, ou de celui de quelque festivité new-âge... Parlons du sacré qui oriente au Dieu de Jésus-Christ.

La mission de l’Église serait d'élever le besoin de sacré aux désir des sacrements.

Lancelot réagit: - Elle devrait donc se garder de rabaisser ce temps sacramentel à une ''festivité '' vaguement religieuse... !

Maurice reprend: - le sacrement fait référence au Christ, à son existence historique par ses paroles et ses gestes, et à sa présence vivante dans l'Eglise par l'intégration dans une communauté. Le sacré doit garder le lien avec le sacrement.

Dans l'esprit de beaucoup de gens, la demande de sacré présuppose, l'existence d'un personnel sacré, de lieux sacrés, et de cérémonies solennelles...!

 

Pour nous chrétiens, catholiques en particulier, une réflexion autour du sacré, peut nous permettre de mieux comprendre les enjeux du Concile. - Oui, Vatican 2 renverse les perspectives.

Le mot ''sacré'' signifie mise à part, un lieu sacré serait en retrait du monde, inspirant ( éventuellement) la crainte... L'espace pour Dieu serait-il donc le signe de séparation d'avec l'humain ?

Le danger était que le ''sacré '' qui investissait les lieux, les objets, les fonctions... investisse de fait, l'image que nous nous faisons de Dieu.

Vatican 2, privilégie '' le saint '' au '' sacré'' . Si le sacré instaure une séparation, la sainteté propose une relation à Dieu: « Soyez Saints parce que Je suis Saint » ( LV 19,2).

Le sacré peut faire obstacle à la proximité de Dieu. On laisse penser que seuls des rituels , et des personnes, ''sacrés'', pourrait nous permettre d'accéder au divin... La conversion pèse davantage que le rite. Ne serait-il pas préférable de se déprendre de ''l'objet'' du sacré, pour le ''sujet'' de la sainteté.

La simplification du rite, l'utilisation du français, l'homélie, les échanges communautaires concourent à un fraternel rassemblement autour de l'Eucharistie.

Mais, je comprends que certains puissent regretter une banalisation de la liturgie en un type de réunion ordinaire, sans ouverture à la transcendance.

Par contre, je m'interroge lors d'une liturgie traditionnelle, en quoi provoque t-elle la personne à se tourner vers un quotidien qui laisserait entrevoir le Royaume …?

Dans un monde indifférent à Dieu, qu'est-ce qui témoigne en premier lieu de la Présence de Dieu, le sacré ou la sainteté?

 

Je pensais que Lancelot aurait rendu les armes, ou aurait conclu cet enseignement par une parole conciliante, du genre : le ''sacré et le ''saint'' sont complémentaires, l'un a besoin de l'autre ….

D'ailleurs, que l'on soit d'un côté ou de l'autre, relisons les termes exacts de l’enseignement de la Constitution conciliaire Sacrosanctum Concilium: il « appartient en propre » à la liturgie chrétienne « d’être à la fois humaine et divine, visible et riche de réalités invisibles, fervente dans l’action et occupée à la contemplation, présente dans le monde et pourtant étrangère » ( Concile Vatican II, Constitution sur la liturgie, n° 2. ).

A suivre ...

Lire la suite
Publicité

1963 - Le Concile Vatican II

23 Mai 2024 , Rédigé par Régis Vétillard Publié dans #1963, #Concile, #Vatican II

Eté 1963, Lancelot s'est mis en ''retraite'' et a rejoint Fléchigné. C'est avec soulagement, qu'il estime ne plus avoir à se soucier de l'agitation politique.

Par contre, il reste fortement attaché à l'Eglise. Après sa retraite à Solesmes, il devient même un ''pratiquant '' régulier des services de sa paroisse. Il en était ainsi de sa mère, comme d'une très grande majorité des gens, avant la fin des années 60.

Le curé-doyen, le père Clavet - avec inquiétude - s’intéresse de près à ce qui se passe au Concile ( ouvert en Oct 1962), et en informe ses paroissiens. Très curieux de l'expérience de Lancelot au Vatican ; il cherche sa collaboration pour informer la population.

Lancelot modère les craintes du père curé : il ne s'agirait que d'un aggiornamento ( selon Jean XXIII), c'est à dire d'une mise à jour. Il imagine de nouvelles propositions sur le plan pastoral : ne conviendrait-il pas de présenter dans un langage plus moderne les vérités éternelles ? On pourrait imaginer une ''reprise'' de Vatican I qui, n'oublions pas, avait été suspendu suite à l'invasion de Rome par les troupes italiennes en septembre 1870 ; il pourrait durer une année, sur 2 ou 3 cessions...

 

Lancelot avait noté deux points points qui lui semblaient urgents à clarifier, lors de ce Concile.

- Le constat d'une Eglise en décalage avec le monde actuel.

- La place de l'Ecriture et de la Révélation au travers la diversité des genres littéraires que contient la Bible. Que ce soit en science exacte, ou en Histoire : «  la Bible ne contient pas d’enseignement scientifique » ! Déjà en 1903, le Père Lagrange était partisan de ''La méthode historique''. Le Père M.-J. Lagrange est le fondateur en 1890, de '' l’École Biblique de Jérusalem ''.

Le Père Clavet exprime ses craintes d'une réforme qui retirerait au petit peuple, ses repères, sa piété simple mais sincère...

A l'intime spirituel, qualifié d'individualisme, on préférerait - dit-on - un aspect communautaire, collectif de la liturgie... Clavet qui a horreur des grandes célébrations fascistes ou communistes y décèle plus de paganisme que de spiritualité.

Effectivement, Lancelot comprend ce point de vue ; à ce propos il retrouve un passage du livre de Raïssa et Jacques Maritain, Liturgie et contemplation (1959) : « La systématisation pseudo-liturgique confond les ordres et au lieu de tendre à élever le social humain par la vie de l’esprit, elle tend à soumettre la vie spirituelle au social humain. Ce qu’il faut lui reprocher avant tout, nous semble-t-il, c’est de rabattre sur le plan du social humain ce qui appartient de soi au social divin ».

D'ailleurs, Lancelot ne se cache pas de goûter le mouvement liturgique qui avait été initié par Dom Guéranger (1805-1875), abbé de Solesmes, restaurateur de la vie bénédictine en France, et du chant grégorien.

Il suit également le mouvement de la Patristique, avec Jean Daniélou et Henri de Lubac qui sont à l'origine de la création de publications des Pères anciens, « les Sources Chrétiennes ».

Et, ce n'est pas contradictoire, Lancelot espère que l'enthousiasme - de l'apôtre du mouvement Œcuménique qu'était l’abbé Paul Couturier (1881-1953) - de changer «absolument» le climat entre '' frères séparés '', sera repris. N'oublions pas que Pie XI dans Mortalium Animos, en 1928 : écrivait hélas encore: « L’union des chrétiens ne peut être pensée autrement qu’en favorisant le retour des dissidents à la seule véritable Église du Christ. » .

Enfin, Lancelot, regrette que la fin du long pontificat de Pie XII ait maintenu certaines tensions inutiles autour de la ''nouvelle théologie'' avec la condamnation de théologiens. En effet, les Pères Henri de Lubac, Pierre Ganne, Henri Bouillard, Émile Delaye, Alexandre Durand Jésuites, ont du cesser leur enseignement et renoncer à publier !

 

Finalement, nous reconnaissons que les attentes sont énormes. Le Concile durera trois années, sous deux pontificats ( Jean XXIII et Paul VI) en quatre cessions. Le concile approuvera 4 constitutions, 9 décrets et 3 déclarations.

intervention du cardinal Liénart, le 13 octobre 1962

 

Seulement deux jours après l'ouverture de la première cession, un groupe de cardinaux français, dont le doyen le cardinal Liénart, évêque de Lille, rompt le ''rituel '' et s'oppose à l'organisation proposée de la Curie, sur la composition des commissions. Et si les évêques refusaient d'être une chambre d'enregistrement ?

Le calendrier est bouleversé, et chacun commence à prendre conscience que la durée du Concile est indéterminé, et s'annonce sur plusieurs cessions....

 

L'Esprit souffle fort, et déstabilise même les acteurs... Exemple : le dominicain Yves Congar (1904-1995) théologien autrefois suspecté et surveillé par le Vatican devient cependant, à sa grande surprise, « consulteur pour la commission théologique préparatoire ». Son souhait est « faire avancer l’Église », la faire évoluer dans son ecclésiologie, ses formes langagières, sa théologie, dans une perspective de « ressourcement », face à une tradition qu’il perçoit comme recouverte par le « juridisme romain » et une théologie « baroque ».

Autre nouveauté, ces ''experts'' – 480 prêtres nommés au titre de leur compétence académique – conseillent des évêques seul autorisés à voter... Hans Küng est l'un d'eux qui critique fortement la proclamation du dogme de l’infaillibilité pontificale par le concile Vatican I. Il se dit favorable à ce que le Concile revoit la question du célibat des prêtres et toute la question des ministères. ( ouverture aux femmes !)

Plus généralement, la curie et le cardinal Ottaviani ( le patron du Saint-Office) résistent au changement mais restent minoritaire.

La constitution sur la liturgie est le premier texte adopté ( 2ème cession) et statue sur la place du latin, la communion sous les deux espèces, l’importance de l'Ecriture et l'organisation du rite....

 

La correspondance de Lancelot avec le père Maurice Maillard, laisse entrevoir une discussion au sujet de la Liturgie, et il lui avait rapporté la citation des Maritain notée plus haut.

Le père Maillard reprend et défend la constitution conciliaire Sacrosanctum Concilium en date du 4 décembre 1963. Cette réforme s'inscrit dans une reconquête pastorale, les gens désertent la messe ! - Finalement, il s'agit d'une action sociale, celle d'instaurer le Christ dans la société. La liturgie est un instrument d’évangélisation, elle se doit d'être proche des fidèles.

La liturgie, comme prière collective, assure la visibilité de l'institution et – important – est catéchèse ; aussi est-il nécessaire de l'adapter au monde moderne : célébration face au peuple , utilisation du français, place centrale de l'Écriture Sainte, participation aux chants... etc.

Lancelot comprend bien cette argumentation, mais elle ne nourrit pas sa foi. Peut-être est-ce parce sa foi intime se rattache à une histoire lointaine, et qui n'exclut rien de ce qui l'a enrichie jusqu'à aujourd'hui. C'est précisément un point essentiel de cette Quête. Peut-être serait-il intéressant de réfléchir à la liturgie, à la lumière du Graal...

Lire la suite