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Les légendes du Graal

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Le Concile Vatican II – La Révélation et la Foi

2 Juin 2024 , Rédigé par Régis Vétillard Publié dans #Concile, #Révélation, #Foi

Le concile est l'occasion d'interroger sa foi, à la lumière des textes qu'il propose.

Ainsi de Lumen Genium ( 3ème cession) qui rompt avec une vision institutionnelle et juridique : elle établit l'Eglise comme sacrement ( ! à réfléchir...), et le ''Peuple de Dieu'' : peuple sacerdotal. Le pape et le évêques forment un tout : le collège apostolique. Et ce point fortement débattu : le terme de ''médiatrice'' pour la Vierge Marie n'a pas été retenu.

 

''Dei Verbum '' est promulgué en novembre 1965, il traite de la Révélation. La problématique soulevée est intéressante, et à la suite de Lancelot, j'ai envie de développer....

La Révélation est au cœur de ce que je peux dire de ma foi.

Question existentielle que celle qui touche à l'existence : l'existence de Dieu ( pour dire vite). La Révélation est la manifestation de Son existence ; et cette existence est aussi la mienne, celle que je ressens devant la mort, par exemple. Cette Révélation manifeste une autre face de la vie, la vie sous une autre forme.

Van-Eyck - l'agneau-mystique

Parlant de Dieu, nous tentons d'en prouver l'existence ! Une existence ne se prouve pas, elle s'éprouve ! Elle ne s'explique pas ; on ne peut que tenter de la décrire.... Ce qui se manifeste, c'est la Révélation

Le concile préfère poser l'acte de révélation en premier ( l’initiative est à Dieu qui se fait connaître), et ainsi situer la foi dans la réponse de l'homme à l'initiative de Dieu, et non dans une hypothétique liste de preuves, ou même dans un ensemble de '' vérités à croire''.

La révélation culmine, bien-sûr, en Jésus-Christ ( le Verbe fait chair), et la foi fait entrer dans la communion divine ( trinitaire).

Révélation et Foi sont liées.

- Mais la foi ne serait-elle que la soumission à l'enseignement de l'Eglise, gardienne de la Révélation ?

- Non, bien-sûr....

Plus précisément, qu'entend-on par '' Révélation '' ?

Manifestement, Dieu s'est fait connaître aux humains, de tout temps, à tous.... Conséquence : toute religion a sa part de Vérité.

- Ma culture, mon langage, ajoute Lancelot, me donnent un accès privilégié aux mythes, à l'art et à la Tradition d'une civilisation. Je la connais un peu, et la considère inépuisable ; j'y tiens et n'ai que le désir de m'en nourrir davantage.

J'ai confiance en mon Eglise, et je reconnais que son magistère détient un '' savoir souverain'' ; et du fait de la dignité propre à chaque personne, je n'entends pas être démuni de l'intelligence de la foi.

Autre volet de cette Révélation : les ''Ecritures ''. Ce sont des textes de main d'homme, ''inspirés par Dieu'' ; qui doivent être lus, compris, interprétés, sous le contrôle de la Tradition de l'Eglise.

 

A la différence de Lancelot, Julien Green ne pense pas que l'intelligence humaine puisse progresser sur la connaissance du '' mystère divin''. Les raisonnements théologiques le déçoivent ; son esprit abdique et il préfère ''s'incliner devant l'autorité de Dieu et de l'Eglise''.

Pour Green, et Lancelot, le rejoint un peu, mais uniquement '' par paresse '' : l'Eglise offre « un refuge hors du temps». Il lui suffirait de penser que la pérennité de l'Eglise exclut le néant et garantit la véracité de la foi : foi évidente pour lui - à la différence de Lancelot - « mais l'évidence, vue d'un monde de ténèbres. ». Green se reconnaît '' janséniste ''…

Détail Agneau Mystique - Van Eyck

 

En évoquant le Graal, avec Lancelot, Julien Green lui parle du retable de l’Agneau mystique, de Gand : « Sur l’autel saigne l’Agneau, le jet de sang tombe dans le Graal. C’est là toute la messe. »

 

Lancelot reprend la discussion sur la Révélation, avec Maurice Maillard.

- Admettons que Dieu puisse être connu par la raison humaine, cela serait-il suffisant ?

- Non.... D'ailleurs l’initiative de cette ''révélation'' est de Dieu, en particulier parce que cette connaissance '' dépasse absolument les possibilités de compréhension de l’esprit humain”.

Le Concile enseigne que s'il existe une connaissance « par la lumière naturelle de la raison humaine à partir des choses créées »; c’est à la Révélation, qu’il faut attribuer le fait que « ce qui dans les choses divines n’est pas de soi inaccessible à la raison humaine, puisse aussi, dans la condition présente du genre humain, être connu de tous facilement, avec une ferme certitude et sans aucun mélange d’erreur ».

 

Pour cette raison, et son expérience, Lancelot ajoute - encore une fois - qu'il n'est pas juste de parler de ''preuves de l'existence de Dieu '', qu'il suffiraient que la raison s'emparent.

La Révélation divine, n'est pas de l'ordre d'une révélation des mécanismes de notre univers : une révélation de type scientifique, qui propose différents modèles qui s'adaptent le mieux possible à la réalité matérielle.

Le père Maillard, insiste lui de son côté qu'avec Dei Verbum, le concile souhaite personnaliser la révélation : la Foi est la réponse de l'Homme à cette invitation à la relation.

- Comment s'accomplit-elle ?

- Il est proposé d'utiliser l'analogie de la Parole : présente dans la Bible. Attention : la Parole ne s'identifie pas à ''la lettre''.

 

Nous abordons ici, la nécessaire question du statut de l'Ecriture.

L’Écriture est un témoignage, et elle est déjà une interprétation.

Pour l'Eglise, la Révélation ne s'arrête pas là, parce le mystère ne peut être éclairé que par la parole des apôtres.

Pour Lancelot, il y a ''histoires et Histoire...'' dans la Bible il y a des histoires : la Genèse, l'Exode...etc, et des signes de l'Histoire : notamment avec Jésus, par ses Evangiles.

La Révélation chrétienne se concentre autour d'un événement : la Personne de Jésus, la « Parole faite chair » ( dans St Jean, le prologue).

Nous voyons bien que la révélation n'est pas réduite à un corpus de doctrines...

 

Point important : le concile insiste sur le lien entre Tradition et Ecriture ( pas l'un sans l'autre) , comme fondement de la Révélation. Lancelot s'interroge ainsi sur le bien fondé de certains dogmes comme l'assomption de Marie et même l'Immaculée conception qui n'apparaissent pas dans les Evangiles. De fait la Révélation ne se réduit pas à une série de dogmes ; mais à une rencontre...

 

Pour continuer sur l'Histoire, un autre texte important, Gaudium et Spes s'efforce de discerner les « signes des temps », c'est-à-dire la présence de Dieu dans les événements significatifs de l'histoire présente...

Ainsi, l'Eglise tente de se réconcilier avec l'histoire de la pensée, de la science ( on pense à Galilée... ).

Lancelot se réjouit de lire que le concile aborde la question oecuménique par une auto-critique. La liberté religieuse est l'objet d'une déclaration (  Dignitatis Humanae, 1965). Et, Nostra Ætate, affirme que l'Église ne rejette rien de ce qui est « vrai et saint » dans les religions non chrétiennes

 

En conclusion, Lancelot est enthousiaste, à la lecture des textes retenus ; ses seules réserves concernent la liturgie.

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1963 - Le Concile Vatican II

23 Mai 2024 , Rédigé par Régis Vétillard Publié dans #1963, #Concile, #Vatican II

Eté 1963, Lancelot s'est mis en ''retraite'' et a rejoint Fléchigné. C'est avec soulagement, qu'il estime ne plus avoir à se soucier de l'agitation politique.

Par contre, il reste fortement attaché à l'Eglise. Après sa retraite à Solesmes, il devient même un ''pratiquant '' régulier des services de sa paroisse. Il en était ainsi de sa mère, comme d'une très grande majorité des gens, avant la fin des années 60.

Le curé-doyen, le père Clavet - avec inquiétude - s’intéresse de près à ce qui se passe au Concile ( ouvert en Oct 1962), et en informe ses paroissiens. Très curieux de l'expérience de Lancelot au Vatican ; il cherche sa collaboration pour informer la population.

Lancelot modère les craintes du père curé : il ne s'agirait que d'un aggiornamento ( selon Jean XXIII), c'est à dire d'une mise à jour. Il imagine de nouvelles propositions sur le plan pastoral : ne conviendrait-il pas de présenter dans un langage plus moderne les vérités éternelles ? On pourrait imaginer une ''reprise'' de Vatican I qui, n'oublions pas, avait été suspendu suite à l'invasion de Rome par les troupes italiennes en septembre 1870 ; il pourrait durer une année, sur 2 ou 3 cessions...

 

Lancelot avait noté deux points points qui lui semblaient urgents à clarifier, lors de ce Concile.

- Le constat d'une Eglise en décalage avec le monde actuel.

- La place de l'Ecriture et de la Révélation au travers la diversité des genres littéraires que contient la Bible. Que ce soit en science exacte, ou en Histoire : «  la Bible ne contient pas d’enseignement scientifique » ! Déjà en 1903, le Père Lagrange était partisan de ''La méthode historique''. Le Père M.-J. Lagrange est le fondateur en 1890, de '' l’École Biblique de Jérusalem ''.

Le Père Clavet exprime ses craintes d'une réforme qui retirerait au petit peuple, ses repères, sa piété simple mais sincère...

A l'intime spirituel, qualifié d'individualisme, on préférerait - dit-on - un aspect communautaire, collectif de la liturgie... Clavet qui a horreur des grandes célébrations fascistes ou communistes y décèle plus de paganisme que de spiritualité.

Effectivement, Lancelot comprend ce point de vue ; à ce propos il retrouve un passage du livre de Raïssa et Jacques Maritain, Liturgie et contemplation (1959) : « La systématisation pseudo-liturgique confond les ordres et au lieu de tendre à élever le social humain par la vie de l’esprit, elle tend à soumettre la vie spirituelle au social humain. Ce qu’il faut lui reprocher avant tout, nous semble-t-il, c’est de rabattre sur le plan du social humain ce qui appartient de soi au social divin ».

D'ailleurs, Lancelot ne se cache pas de goûter le mouvement liturgique qui avait été initié par Dom Guéranger (1805-1875), abbé de Solesmes, restaurateur de la vie bénédictine en France, et du chant grégorien.

Il suit également le mouvement de la Patristique, avec Jean Daniélou et Henri de Lubac qui sont à l'origine de la création de publications des Pères anciens, « les Sources Chrétiennes ».

Et, ce n'est pas contradictoire, Lancelot espère que l'enthousiasme - de l'apôtre du mouvement Œcuménique qu'était l’abbé Paul Couturier (1881-1953) - de changer «absolument» le climat entre '' frères séparés '', sera repris. N'oublions pas que Pie XI dans Mortalium Animos, en 1928 : écrivait hélas encore: « L’union des chrétiens ne peut être pensée autrement qu’en favorisant le retour des dissidents à la seule véritable Église du Christ. » .

Enfin, Lancelot, regrette que la fin du long pontificat de Pie XII ait maintenu certaines tensions inutiles autour de la ''nouvelle théologie'' avec la condamnation de théologiens. En effet, les Pères Henri de Lubac, Pierre Ganne, Henri Bouillard, Émile Delaye, Alexandre Durand Jésuites, ont du cesser leur enseignement et renoncer à publier !

 

Finalement, nous reconnaissons que les attentes sont énormes. Le Concile durera trois années, sous deux pontificats ( Jean XXIII et Paul VI) en quatre cessions. Le concile approuvera 4 constitutions, 9 décrets et 3 déclarations.

intervention du cardinal Liénart, le 13 octobre 1962

 

Seulement deux jours après l'ouverture de la première cession, un groupe de cardinaux français, dont le doyen le cardinal Liénart, évêque de Lille, rompt le ''rituel '' et s'oppose à l'organisation proposée de la Curie, sur la composition des commissions. Et si les évêques refusaient d'être une chambre d'enregistrement ?

Le calendrier est bouleversé, et chacun commence à prendre conscience que la durée du Concile est indéterminé, et s'annonce sur plusieurs cessions....

 

L'Esprit souffle fort, et déstabilise même les acteurs... Exemple : le dominicain Yves Congar (1904-1995) théologien autrefois suspecté et surveillé par le Vatican devient cependant, à sa grande surprise, « consulteur pour la commission théologique préparatoire ». Son souhait est « faire avancer l’Église », la faire évoluer dans son ecclésiologie, ses formes langagières, sa théologie, dans une perspective de « ressourcement », face à une tradition qu’il perçoit comme recouverte par le « juridisme romain » et une théologie « baroque ».

Autre nouveauté, ces ''experts'' – 480 prêtres nommés au titre de leur compétence académique – conseillent des évêques seul autorisés à voter... Hans Küng est l'un d'eux qui critique fortement la proclamation du dogme de l’infaillibilité pontificale par le concile Vatican I. Il se dit favorable à ce que le Concile revoit la question du célibat des prêtres et toute la question des ministères. ( ouverture aux femmes !)

Plus généralement, la curie et le cardinal Ottaviani ( le patron du Saint-Office) résistent au changement mais restent minoritaire.

La constitution sur la liturgie est le premier texte adopté ( 2ème cession) et statue sur la place du latin, la communion sous les deux espèces, l’importance de l'Ecriture et l'organisation du rite....

 

La correspondance de Lancelot avec le père Maurice Maillard, laisse entrevoir une discussion au sujet de la Liturgie, et il lui avait rapporté la citation des Maritain notée plus haut.

Le père Maillard reprend et défend la constitution conciliaire Sacrosanctum Concilium en date du 4 décembre 1963. Cette réforme s'inscrit dans une reconquête pastorale, les gens désertent la messe ! - Finalement, il s'agit d'une action sociale, celle d'instaurer le Christ dans la société. La liturgie est un instrument d’évangélisation, elle se doit d'être proche des fidèles.

La liturgie, comme prière collective, assure la visibilité de l'institution et – important – est catéchèse ; aussi est-il nécessaire de l'adapter au monde moderne : célébration face au peuple , utilisation du français, place centrale de l'Écriture Sainte, participation aux chants... etc.

Lancelot comprend bien cette argumentation, mais elle ne nourrit pas sa foi. Peut-être est-ce parce sa foi intime se rattache à une histoire lointaine, et qui n'exclut rien de ce qui l'a enrichie jusqu'à aujourd'hui. C'est précisément un point essentiel de cette Quête. Peut-être serait-il intéressant de réfléchir à la liturgie, à la lumière du Graal...

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