roi pecheur
La Quête du Graal : Le Rétablissement - 20/21 -
* Quelle est votre Question ? ( en conclusion de l'étape précédente..) : Bohort..
- « En moi : où trouver la source de la force et de la fidélité….»
Entrez !
Dans une salle du Temple du Graal, Galaad est vêtu d'une cotte de maille en argent recouverte d'un surcot marqué de la croix templière...
Le Chercheur propose au Roi blessé ( son surcot est marqué de la croix Templière..) de boire au Graal... !
Dans les derniers chapitres des Mystères du Graal, Galaad ( fils de Lancelot et d'Elaine ( la fille du Roi blessé)) vogue sur la nef de Salomon, accompagné de Perceval, de Dandrane et de Bohort, vers le Château du Graal... Là, Galaad guérit le roi blessé en touchant sa blessure de la pointe de la Lance sacrée. En plus de guérir le Roi et lui permettre de mourir enfin, les terres deviennent à nouveau fertiles. De grande fêtes accompagnent cet événement, prédit bien longtemps auparavant par la Reine de Saba...
De nombreux chevaliers partis en Quête, peu sont revenus à Camelot.
Lancelot, tenaillé par son amour pour la Reine Guenièvre, s'approcha du mystère mais ne put se tenir éveillé... Gauvain, échoua également, pourtant l'un des meilleurs chevaliers de la Table Ronde, mais ses aventures nombreuses et galantes l'ont distrait de l'objectif même de la Quête...
Cependant, il serait plus judicieux de dire que chacun des chevaliers a pu se mettre à l'épreuve, et sans doute, découvrir pour lui, le véritable objectif qu'il donne à sa vie .
L'arcane N°20, correspond au ''Jugement'' : il s'ensuit un changement soudain, une évolution positive après une période difficile... Dans la légende arthurienne, on retrouve cela – après la ''mort d'Arthur'' – avec le retour d'Arthur : en effet, des histoires ont été contées de personnes audacieuses qui sont entrées dans la ''Colline Creuse'' pour y découvrir Arthur et sa cour endormis... Certains évoquent également, un retour d'Arthur de l'île d'Avalon...

Le retour d'Arthur est un événement prophétisé qui peut se produire au changement des marées du temps...
Pour continuer le Chemin : - Préparez votre question...
Sources : Le Tarot du Graal de John Matthews
La Quête du Graal : La Chute du Temple - 16/21 -
* Quelle est votre Question ? ( en conclusion de l'étape précédente..) : Lucifer...
- « Qu'est-ce qui me retient.. ? »
Entrez !

Cette image, lie l'histoire du Graal à la tradition templière avec la Chute du Temple (1307).
- Dans la tradition du Graal, le ''désordre '' est créé par un chevalier fougueux qui manque de jugement et de discipline.
Ici, sur la carte N°16 ( La Maison Dieu), la Chapelle du Graal tombe en ruine, et les Terres entourant le château sont dévastées … Le Chercheur est agenouillé les mains croisées au-dessus du Graal, pour le protéger...
L'histoire de Balin ( ou Balain – le sauvage - ) rejoint celle du ''coup douloureux'' : acte fatal et néfaste porté par l'une des armes appartenant aux ''objets sacrés'' ( ou talismans merveilleux). Ce coup frappe le roi du château féerique du Graal lui-même , qui devient le Roi blessé ou méhaigné. Le coup peut tuer sa victime ou l'estropier, particulièrement en l’atteignant dans ses parties viriles.
Une des plus curieuses version du '' Coup Douloureux'' est donc celle de Balin – le chevalier au deux épées - , que nous trouvons dans un roman du XIIIe s., le Huth-Merlin. Balin a tiré l'épée « aux estranges renges », c'est à dire au baudrier étrange, contre l'avis de Merlin qui lui avait prédit les effets désastreux de ce geste. C'est Balin qui portera le Coup Douloureux qui mettra les trois royaumes en « deuil et misère »...
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A l'origine, survient à la cour une dame qui porte une épée qu'elle ne peut ni tirer ni ôter du baudrier autour de sa taille. Seul le chevalier Balin parvient à l'en délivrer ( le pouvoir de 'délier' ), mais refuse de rendre l'épée à la dame. Et ce chevalier peu galant, lorsqu’il est accusé par la Dame du Lac en personne d'avoir tué son frère, décapite celle-ci. Arthur furieux, le fait chasser de Camelot. Il n'en participe pas moins à la guerre d'Arthur contre le Roi Lot, au cours de laquelle c'est le seigneur Pellinore qui tue ce dernier.

Plus tard … Balin prend sous sa protection un chevalier qui est tué par un ennemi invisible ; qui est Garlon le Rouge, fils du roi Pellam. Balin se rend au château de celui-ci, tue Garlon, et quand Pellam se lance à sa poursuite, blesse ce dernier avec la première arme qu'il trouve. Cette arme n'est autre que la ''Lance qui Saigne'' ( de Longin), et la blessure qu'il inflige à Pellam, devenu le Roi Pêcheur, est ce fameux ''Coup Douloureux''... A la suite de cela, Balin et son frère Balan s’entretuent – chacun ignorant l'identité de l'autre - … Merlin prend alors l'épée du chevalier défunt, la fiche dans une dalle de marbre, et l'envoie flotter dans les airs jusqu'à ce que Galaad ( Galahad), le plus pur des chevaliers, la réclame.
Pour la tradition templière, cette carte fait référence à la destruction du Temple de Salomon et à la chute même de l'Ordre, le fatidique vendredi 13 Octobre 1307. Quelque chose de l'Ordre a t-il subsisté ? Son pouvoir a été brisé à tout jamais, et ses ''secrets'' - quels qu'ils fussent – perdus, jusqu'à … ?
Cette image parle de destruction, de ruine...
Lorsque dans nos vies nous installons les choses de manière permanente, immobile, la ''Maison Dieu'' nous rappelle l’ouverture. Nos principes installés sont remis en question (l'écroulement), on a besoin de sortir, on a grandi et la maison est trop petite.
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Sources : Le Tarot du Graal de John Matthews
Le Soi blessé et le Graal 1
Je voudrais montrer et réfléchir sur la manière dont un conte, un mythe – ici, le Conte de la Quête du Graal -, peut aider à relire sa vie :
Le mythe de la Quête du Graal, peut réellement nous faire plonger dans les profondeurs insondables de notre psyché ( l’âme ). De plus, au cours des ans , et même des siècles, le mythe s’est enrichi de personnages, d’aventures et de symboles, en fonction de la hauteur ( ou de la profondeur ) de vue du conteur… Au cours des siècles, s'est forgé ainsi, une véritable Tradition...
Bien sûr, ce qui m’est précieux, ce sont les versions de l'histoire du Graal qui recouvrent une interprétation chrétienne, mais avec un regard sur l’antériorité celtique ….
Dans la légende celtique, l’aspect féminin est présent : le plat est présenté par une « déesse ». Pour un chrétien, dieux et déesses sont généralement remplacés par des saint(e)s, qui peuvent seuls accéder au Graal.
Les histoires de la Quête du Graal m’offrent de nombreux personnages dont je peux tirer les images « archétypales » de ma propre quête intérieure.
Perceval, possède cette facilité d’identification pour une personne ( le masculin, en soi, particulièrement ) qui s'engage dans une quête … Perceval est comme « le Fou » ( ou le Chercheur ) dans un Tarot: celui qui provoque ‘ un déplacement ‘ vers une inquiétude spirituelle. ( Le Fou est un voyageur et un étranger dans son propre pays et il est condamné d’avancer et de progresser sur tous les plans… )
Perceval part ainsi, en pénétrant dans la forêt, là où il n'y a pas de chemin. ( J’y reviendrai )
Un jour, Perceval parvient jusqu’à un château au milieu d'un paysage désolé, " la ruine et le chaos. Le sol est infertile et sec, les cultures ne poussent plus, l’eau ne s’écoule plus, et une obscurité s'est abattue sur le pays, et le cœur des gens. "( Le « Gaste Pays » )
Perceval pénètre dans le château, il est amené dans une pièce où un roi souffre d'une blessure enchantée.
Notre être physique est connecté avec toute vie sur terre. ( Ecologie … ! ). Parce que le roi ne fait qu'un avec sa terre, il dépérit avec ses terres … .
Alors, Il suffirait que quelqu’un dise " Qu'as-tu? " pour que, par cet acte de compassion spontanée, la blessure - et, par conséquent, la terre - guérissent.
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Comme souvent dans les contes, celui qui peut rompre un enchantement ne sait pas de quelle façon il faut s’y prendre : il suffit, généralement, qu’il le fasse spontanément avec un cœur aimant. Perceval, en raison de sa formation selon les règles de la société, qui lui disent qu'il n'est pas « chevaleresque » de poser des questions personnelles, étouffe l'élan qui pourtant le remplit de pitié et d'amour.
La question qui vient à son cœur ne peut pas venir à ses lèvres. Sa quête échoue. Il lui faudra encore cinq ans de recherche et de défi avant que Perceval gagne assez de sagesse pour juger par lui-même ce qui est bon pour lui… C’est alors qu’il apprendra que le roi blessé est également le gardien du Graal.
Perceval deviendra, alors, le nouveau gardien, capable d'offrir ses bénédictions aux autres chercheurs…
La Quête du Graal : Le Roi blessé - 12/21 -
* Quelle est votre Question ? ( en conclusion de l'étape précédente..) : La Chekhinah...
- « Où aller chercher cette force... ? »
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| Une salle en ruine, aux murs craquelés et meubles en miettes. Le ciel est visible à travers les trous de la toiture. Un homme plein de dignité, portant couronne, est à moitié allongé sur le trône. De ses cuisses blessées le sang coule sur le plancher. Son visage tiré porte la marque de la souffrance. Près de lui se tient le Chercheur du Graal, armé d'une longue lance dont la pointe ensanglantée laisse tomber des gouttes de sang. Au-dessus du Roi Blessé volette une colombe blanche portant une hostie dans son bec. |
Le Roi Blessé apparaît, dans les légendes du Graal, comme son gardien privé de ses pouvoirs... Ses blessures non guéries le maintiennent dans une continuelle souffrance, et il ne peut être guéri, tant que le héros du Graal n'a pas obtenu le récipient rédempteur...
Mais le Graal ne peut opérer ainsi avant qu'un héros du Graal ne vienne poser la question : « Qu'est-ce que cela signifie ? », ou « A qui sert le Graal ? »
Rappelons-nous la visite de Perceval au Château du même Roi Pêcheur ; son manque de réaction devant le cortège du Graal... !
Ainsi, Perceval quitte le château du Roi Pêcheur sans avoir eu l’occasion de se renseigner sur le merveilleux cortège.
Dans la campagne alentour, toujours aussi dévastée et sans vie, il aperçoit une cavalière qui vient rapidement à sa rencontre, et l’interpelle en ses termes :
« Tu es un mauvais chevalier ! Pourquoi n’as tu pas demandé au Roi ton hôte ce qu’était le cortège qui a traversé trois fois la salle devant toi ? Tu aurais pu par cette simple question guérir le Roi de sa blessure et redonner vie à son royaume ! Mais tu n’as rien fait, tu ne t’es intéressé qu’à toi-même, et tu n’as fait preuve d’aucune compassion pour tous ceux qui souffrent dans ce royaume ! Va, maintenant, vivre tes aventures, mais que ta conscience ne trouve pas de repos tant que tu n’auras pas réparé ta mauvaise action ! ».
Sur ce, la jeune fille éperonne sa monture et s’enfuit dans la campagne.
- Pourquoi le Roi est-il blessé ? Cette question nous emmène dans les mythes profonds du pays. Les romans médiévaux parlent du Coup Douloureux, par lequel Balin blesse le Roi Pelles avec la lance de Longimus ( celle du Christ...), causant ainsi la désertification du Pays... Les coutumes celtiques imposent au chef estropié ou défectueux d'abdiquer.
Les romans médiévaux montrent qu'Arthur devient virtuellement un Roi Blessé, la Reine se tourne vers un autre chevalier ; l'unité du royaume est brisé... Le Gaste Pays est évidemment un royaume en dépression, comme aujourd’hui un homme ou une femme pourrait l’être.
Le héros du Graal est potentiellement un nouveau roi ; sa quête du Graal le met en relation avec l'Autre-Monde, avec la ''Souveraineté''...
D'autre part les blessures du Roi Blessé sont associées au sacrifice rédempteur du Christ, dans une parfaite union de la tradition ancienne et de la tradition chrétienne.
Le roi blessé fait partie d'une lignée de gardiens du Graal descendant de Joseph d'Arimathie
Le Roi blessé est notre volonté brisée, qui ne nous relaie plus les commandements de l’âme, sans laquelle nous ne trouvons plus de sens à la vie, sans laquelle nous ne savons plus pour quoi vivre.
Et pourtant le conte nous enseigne qu’il y a un trésor merveilleux dans ce royaume, et que pour délivrer le Roi et le royaume de la dépression qui les accable, il suffirait qu’un étranger de passage s’intéresse à ce trésor.
Cette lame suggère au ''Chercheur'' la vulnérabilité aux blessures, tant mentales que spirituelles ; et l'espoir, l'attente de la venue de celui qui le guérira... Il en est ainsi, pour 'Le Pendu' : c'est le moment de l'attente, de la réflexion, toute action semble exclue.
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Sources : Le Tarot du Graal de John Matthews
La procession du Graal au château du Roi Pêcheur
Episode du GRAAL, dans le château du Roi Pêcheur: Texte de Chrétien de Troyes
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Et il s'en va, la lance haute, armé comme il était venu.
Il tient chemin toute la journée, sans faire rencontre de nulle créature terrienne qui lui sache indiquer sa voie. Sans cesse il fait prière à Dieu, le Père Souverain, Lui demandant, s'Il le veut bien, de trouver sa mère en bonne vie et en santé.
Il priait toujours quand, descendant d'une colline, il parvient à une rivière. L'eau en est rapide et profonde. Il n'ose s'y aventurer. "Seigneur, s'écrie-t-il, si je pouvais passer cette eau, je crois que je retrouverais ma mère si elle est encore en ce monde!"
Il a longé la rive. Approche d'un rocher entouré d'eau qui lui interdit le passage. À ce moment, il voit une barque qui descend au fil du courant. Deux hommes y sont assis. Sans bouger il les attend, espérant les voir au plus près. Mais ils s'arrêtent au milieu de l'eau, ancrent leur barque fortement. L'homme à l'avant de la barque pêche à la ligne, piquant à l'hameçon le leurre d'un petit poisson pas plus gros que menu vairon.
Le chevalier qui les regarde, ne sait comment il peut passer cette rivière. Il salue les gens. Il leur dit: "Seigneurs, me direz-vous où il est un pont ou un gué?"
Le pêcheur lui répond:
"Non, frère, vingt lieues en aval ou amont il n'est ni gué, ni pont, ni barque plus grande que celle-ci qui ne porterait pas cinq hommes. On ne peut passer un cheval. Il n'est ni bac, ni pont, ni gué.
-Par le nom de Dieu, dites-moi où je trouverai un logis pour cette nuit.
-Vous en aurez besoin, c'est vrai. De logis comme d'autre chose. C'est moi qui vous hébergerai pour cette nuit. Montez par cette brèche que vous voyez là dans la roche. Quand vous serez dessus le haut, vous apercevrez un vallon et une maison où j'habite près de la rivière et des bois."
Pousse son cheval par la brèche jusqu'au sommet de la colline. Il regarde au loin devant lui mais ne voit rien que ciel et terre. "Que suis-je ici venu chercher sinon niaiserie et sottise? Que Dieu couvre de male honte qui m'a enseigné mon chemin! Vraiment, je vois une maison à découvrir ici en haut! Pêcheur, tu m'as dit un beau conte! Tu as été trop déloyal si tu me l'as dit pour me suivre!"
À peine a-t-il ainsi parlé qu'il aperçoit en un vallon la pointe d'une tour. De ce lieu-ci jusqu'à Beyrouth on n'eût point trouvé une tour si bien plantée! Oui, c'était une tour carrée de pierre bise et deux tourelles. L'était en avant une salle et, devant la salle, des loges.
Le cavalier descend par là. "Celui qui m'enseigna la voie, il m'a bien conduit à bon port!" Maintenant se loue du pêcheur et, comme il sait où héberger, ne le traite plus de tricheur ou de félon ou de menteur. Joyeux il s'en va devers la porte. Trouve baissé le pont-levis.
Tout juste est-il dessus le pont qu'il rencontre quatre valets. Deux valets ôtent son armure, un autre emmène son cheval, lui donner avoine et fourrage; le dernier vient au cavalier et lui recouvre les épaules d'un manteau de fin écarlate neuf et brillant. Les valets le mènent aux loges. D'ici au moins jusqu'à Limoges on n'en eût trouvé de si belles. Le cavalier s'y attarde jusqu'au temps où viennent le quérir deux serviteurs. Il les suit. Au milieu d'une vaste salle carrée se trouve assis un prudhomme de belle mine, aux cheveux déjà presque blancs. Il est coiffé d'un chaperon de zibeline aussi noire que mûre. S'enroule autour du chaperon une étoffe de pourpre. De mêmes matières et couleurs est faite la robe du prudhomme. Penché, il s'appuie sur son coude. Au milieu de quatre colonnes, devant lui brûle un clair grand feu. Si grand que quatre cents hommes au moins auraient pu se chauffer autour sans que la place leur manquât. Les hautes et solides colonnes qui soutenaient la cheminée étaient oeuvres d'airain massif. Accompagné des deux valets, devant ledit seigneur paraît l'hôte qui s'entend saluer: "Ami, vous ne m'en voudrez point si pour vous faire honneur je ne puis me lever: mes mouvements sont malaisés."
L'hôte répond: "Au nom de Dieu n'ayez souci! Toutes choses sont bien ainsi."
Le prudhomme s'en soucie si fort qu'il fait effort pour se soulever de son lit. Il dit: "Ami, ne craignez point! Approchez-vous! Asseyez-vous tout près de moi. Je vous l'ordonne."
L'hôte s'assoit. Et le prudhomme lui demande:
"Ami, d'où venez-vous aujourd'hui?
-Sire, ce matin j'ai quitté un château nommé Beaurepaire.
-Dieu me garde! Vous avez eu longue journée! Ce matin vous étiez en route avant que le guetteur ait corné l'aube!
-Non sire. C'était déjà prime sonnée, je vous assure."
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Pendant qu'ils parlent entre un valet, une épée pendue à son cou. Il l'offre au seigneur qui la sort un peu du fourreau et voit clair où l'épée fut faite car c'est écrit dessus l'épée. Il la voit d'un acier si dur qu'en aucun cas elle ne se brise sauf un seul. Et seul le savait qui l'avait forgée et trempée.
Le valet, qui l'avait portée, dit: "Sire, la blonde pucelle, votre nièce la belle, vous fait présent de cette épée. Jamais n'avez tenu arme plus légère pour sa taille. La donnerez à qui vous plaira, mais ma dame en serait contente si cette épée était remise aux mains de qui serait habile au jeu des armes. Qui la forgea n'en fit que trois. Comme il mourra, n'en pourra jamais forger d'autre."
Sitôt le seigneur la remet au jeune hôte, la présentant par les attaches valeureuses telle un trésor. Car le pommeau était en or, de l'or le plus fin d'Arabie ou bien de Grèce, le fourreau d'orfroi de Venise. Si précieuse, il lui en fait don: "Beau sire, cette épée fut faite pour vous. Et je veux qu'elle soit à vous. Ceignez-la et dégainez-la."
Ainsi fait le jeune homme en remerciant. Et, la ceignant, laisse un peu libre le baudrier. Tire l'épée hors du fourreau et, quand il l'a un peu tenue, il la remet. Elle lui convient à merveille, au baudrier comme au poing. Et il paraît bien être l'homme à en jouer en vrai baron.
Il confie l'épée au valet gardant ses armes, qui se tient debout près des autres autour du grand feu vif et clair. Puis volontiers vient se rasseoir auprès du généreux seigneur. Telle clarté font dans la salle les flambeaux qu'on ne pourrait trouver au monde un hôtel plus illuminé!
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Comme ils parlaient de choses et d'autres, un valet d'une chambre vint, qui lance brillante tenait, empoignée par le milieu. Il passa à côté du feu et de ceux qui étaient assis. Coulait une goutte de sang de la pointe du fer de lance et jusqu'à la main du valet coulait cette goutte vermeille. Le jeune hôte voit la merveille et se roidit pour n'en point demander le sens. C'est qu'il se souvient des paroles de son maître en chevalerie. Ne lui a-t-il pas enseigné que jamais ne faut trop parler? Poser question c'est vilenie. Il ne dit mot.
Deux valets s'en viennent alors, tenant en main des chandeliers d'or fin oeuvré en nielle. Très beaux hommes étaient ces valets qui portaient les chandeliers. En chaque chandelier brûlaient dix chandelles à tout le moins. Une demoiselle très belle, et élancée et bien parée qui avec les valets venait, tenait un graal entre ses mains. Quand en la salle elle fut entrée avec le Graal qu'elle tenait, une si grande lumière en vint que les chandelles en perdirent leur clarté comme les étoiles quand se lève soleil ou lune. Derrière elle une autre pucelle qui apportait un plat d'argent. Le Graal qui allait devant était fait de l'or le plus pur. Des pierres y étaient serties, pierres de maintes espèces, des plus riches et des plus précieuses qui soient en la mer ou sur terre. Nulle autre ne pourrait se comparer aux pierres sertissant le Graal. Ainsi qu'avait passé la lance, devant lui les pierres passèrent. D'une chambre en une autre allèrent. Le jeune homme les vit passer, mais à nul n'osa demander à qui l'on présentait ce Graal dans l'autre chambre, car toujours il avait au coeur les paroles de l'homme sage, son maître en chevalerie.
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Je crains que les choses ne se gâtent car il m'est arrivé d'entendre que trop se taire ne vaut parfois guère mieux que trop parler. Donc, qu'il en sorte heur ou malheur, l'hôte ne pose nulle question.
Le seigneur commande alors d'apporter l'eau, mettre les nappes. Et font ainsi les serviteurs. Lors le seigneur comme son hôte lave ses mains, dans une eau chauffée tout à point. Deux valets apportent une large tour d'ivoire faite d'une pièce, la tiennent devant le seigneur et son hôte. D'autres valets mettent en place deux tréteaux doublement précieux: de par leur bois d'ébène ils dureront un très long temps; nul danger qu'ils brûlent ou pourrissent. Rien de tel ne saurait leur advenir. Sur ces tréteaux les valets ont posé la table; sur la table étendu la nappe. Que dirai-je de cette nappe? Jamais légat ni cardinal ni pape ne mangera sur nappe plus blanche! Le premier plat est une hanche de cerf, bien poivrée et cuite dans sa graisse. Boivent vin clair et vin râpé servi dedans des coupes d'or. C'est sur un tailloir en argent que le valet tranche la hanche et en dispose chaque pièce sur un large gâteau.
Alors, devant les deux convives une autre fois passe le Graal, mais le jeune homme ne demande à qui l'on en sert. Toujours se souvient du prudhomme l'engageant à ne trop parler. Mais il se tait plus qu'il ne faudrait.
À chaque mets que l'on servait, il voit repasser le Graal par-devant lui tout découvert. Mais ne sait à qui l'on en sert. Point n'a désir de le savoir. Il sera temps de demander à l'un des valets de la cour le lendemain dès le matin quand il quittera le seigneur et tous ses gens.
On lui sert à profusion viandes et vins les plus choisis, les plus plaisants qui sont d'ordinaire sur la table des rois, des comtes, des empereurs.
Quand le repas fut terminé, le prudhomme retint son hôte à veiller pendant que les valets apprêtaient les lits et les fruits. On leur offrit dates, figues et noix-muscades, grenades, girofles, électuaire pour terminer et encore pâte au gingembre d'Alexandrie et gelée d'aromates.
Ils burent ensuite de plusieurs breuvages: vin au piment sans miel ni poivre, bon vin de mûre et clair sirop.
Le Gallois s'émerveille de tant de bonnes choses qu'il n'avait jamais goûtées.
Enfin le prudhomme lui dit: "Ami, c'est l'heure du coucher. Si vous me permettez je vais retrouver mon lit dedans ma chambre. Hélas, je n'ai nul pouvoir sur mon corps! Il faut que l'on m'emporte."
Entrent alors quatre serviteurs très robustes qui saisissent la courtepointe où le seigneur demeure couché et l'emportent dedans sa chambre.
Le jeune homme reste là, seul avec valets pour le servir et prendre bien soin de lui. Puis quand le sommeil le gagne, ils le déchaussent, le dévêtent et le couchent dans un lit garni de draps de lin très fins. Jusqu'au matin il y dormit.
Dès le point du jour s'éveilla. Toute la maison était déjà levée mais personne ne se trouvait auprès de lui. Il lui faudra donc s'habiller seul, qu'il le veuille ou non. N'attend une aide de quiconque, se lève et se chausse, va prendre ses armes posées là sur la table proche. Dès qu'il est prêt, il va de porte en porte qui étaient ouvertes la veille. Mais c'est en vain: portes fermées et bien fermées! Il appelle, il frappe très fort et encore plus, mais personne ne lui répond.
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Il en est là, va à la porte de la salle. Elle est ouverte. Il en descend tous les degrés jusqu'en bas. Il trouve son cheval sellé, sa lance auprès de là et son écu contre le mur. Il monte et va partout cherchant mais il ne rencontre personne: sergent, écuyer ni valet. Le pont-levis est abaissé vers la campagne. Nul n'a donc voulu le retenir, quelle que soit l'heure, quand il voudrait quitter ce lieu! Mais il pense bien autrement: ce sont les valets, se dit-il, qui sont partis sur le chemin de la forêt relever des pièges et des cordes. Va donc aller de ce côté pour en trouver quelqu'un, peut-être, qui dise où l'on porte ce Graal et pourquoi cette lance saigne. Passe le pont pensant ainsi, mais quand il est dessus la planche il sent bien que les pattes de son cheval bondissent d'un coup. Par bonheur elles sautent à merveille, sinon cheval et cavalier auraient pu s'en tirer très mal! Il tourne la tête en arrière et voit qu'on a levé le pont sans que nul se soit montré. Il appelle, mais point de réponse.
Il crie: "Dis-moi, toi qui as levé le pont: Réponds-moi! Où te caches-tu? Montre-toi, car j'ai quelque chose à te dire!"
Vaines paroles! Nul ne lui répondra.

