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Le contexte de la naissance de Charles-Louis de Chateauneuf
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De visite à Fléchigné, je m'entretenais avec Elaine et Lancelot pour leur présenter les résultats, plutôt minces, de mes recherches dans les archives et à la Bibliothèque de Limoges. En réalité, je n'avais rien trouvé concernant l'identité du père biologique de Charles-Louis de Chateauneuf, cet enfant adultérin né en 1816 à Limoges.
Face à ce "blanc" généalogique, je proposai alors d'imaginer un personnage de fiction, mais le plus réaliste possible, qui aurait pu être cet amant. Je vis aussitôt Elaine froncer les sourcils: « Ce n'est plus de l'histoire ! ».
Mon but, lui expliquai-je, dépasse la simple reconstitution d'un fait. Il s'agirait, par l'entremise de ce personnage, de comprendre profondément la culture de cette époque – c'est-à-dire comment l'on concevait le Monde et le Réel en ce début du XIXe siècle. Charles-Louis était lui-même un "enfant du siècle" pris par la fièvre romantique et les arcanes scientifiques.
Ce personnage imaginé - et rendu le plus "vrai" (c'est-à-dire doté d'une âme et sujet aux passions) possible - deviendrait alors le porteur idéal pour nous faire connaître les idées qui couraient à cette époque, notamment sur la philosophie et la science. Après tout, l'Histoire ne s'appréhende pas directement, mais se "construit". De plus, notre quête, qui se nourrit d'aïeux "réels et imaginaires", ne fait qu'imiter la démarche d'Augustin Thierry, connu de Charles-Louis, qui utilisait la "puissance de l'analogie" et intégrait les légendes pour "faire revivre" les individus du passé. Car, comme George Sand l'avait elle-même noté en son temps, certains mystères historiques ne peuvent être explorés que sous la forme d'un roman.
Comprendre le Réel d'une époque, c'est comme tenter de remonter le cours d'un fleuve : les cartes historiques nous montrent le tracé et les affluents (les faits), mais parfois seule l'imagination guidée par le savoir (le "personnage réaliste") permet de sentir le courant des idées et la vérité intérieure qui animaient les voyageurs de ce temps.
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La naissance de Charles-Louis de Chateauneuf en 1816 à Limoges confirme que Marie-Catherine-Louise de la Bermondie d'Auberoche (née vers 1780) résidait effectivement dans cette ville du Limousin au moment de la naissance adultérine présumée de son fils.
Cette situation s'inscrit dans un contexte social et culturel plausible pour l'aristocratie de l'époque :
Marie-Catherine était issue d'un milieu noble (sa mère, Jeanne de Villoutreys, et son père, Jean-Léonard de la Bermondie, sont mentionnés). Son père avait été page du Roi à la Petite Écurie à Versailles et officier dans les Gardes Françaises, ce qui lui donnait l'avantage de résider à Paris. Par ce biais, la famille connaissait la vie de cour et la société parisienne.
Il était une pratique courante, surtout dans la haute société, que l'épouse préfère résider dans un centre urbain comme Limoges, même si elle n'était pas à Paris. Les sources du XVIIIe siècle décrivent déjà ce mode de vie : les femmes nobles, pour qui la liberté sentimentale et la culture étaient des traits distinctifs, vivaient souvent en ville pendant que leur mari commandait un régiment en province.
Pour une jeune femme cultivée, la ville offrait des salons littéraires, des cercles mondains, et une vie sociale et culturelle plus riche que la propriété rurale de son mari, M. Joseph Châteauneuf. De plus, en ville se trouvaient les médecins, les boutiques et des églises de prestige (la ville de Limoges avait de puissantes traditions religieuses et sociales, comme les confréries).
Le rôle traditionnel de l'homme était de rester sur la propriété rurale pour gérer les terres, la chasse, ou exercer l'autorité locale.
L'éloignement du mari rendait donc plausible que l'épouse, habituée à la vie sociale (et dont le père lui-même avait goûté à la vie parisienne), ait profité de Limoges, reproduisant une dynamique observée dans l'aristocratie où le couple pouvait être géographiquement séparé (l'un à l'armée ou à la campagne, l'autre en ville).
L'hypothèse d'une construction biographique qui expliquerait la naissance de Charles-Louis de Chateauneuf en tant qu'« enfant adultérin » en 1816 à Limoges s'avère extrêmement cohérente. Cette cohérence repose sur la combinaison de différents facteurs sociaux et familiaux majeurs de l'époque, qui ont permis de légaliser ou, du moins, de dissimuler une filiation non-légitime.
- La naissance de Charles-Louis intervient dans un contexte de liberté de mœurs aristocratiques et bourgeoises. Son grand-père maternel, Jean-Léonard de la Bermondie (né en 1739), est une figure clef de cette tolérance. Ancien page du Roi et officier dans les Gardes Françaises, J.L. de la Bermondie avait évolué vers la Franc-Maçonnerie et les Rose-Croix, s'intéressant à la philosophie et au libertinage. Cette culture du XVIIIe siècle privilégiait l'esprit et la discrétion.
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Dans ce scénario, il est très plausible que Marie-Catherine-Louise de la Bermondie ait bénéficié d'une certaine liberté pour résider à Limoges, là où elle aurait rencontré son amant. Si cet amant était perçu comme un homme d'esprit, ou un savant attiré par les arcanes scientifiques (un domaine qui passionnait déjà Charles-Louis enfant), Jean-Léonard de la Bermondie aurait pu non seulement couvrir la relation, mais potentiellement l'encourager, en organisant des rencontres "sous prétexte de discussions scientifiques" ou philosophiques. Dans la société de l'époque, la discrétion et le maintien des apparences valaient souvent absolution.
- Le fait que Charles-Louis soit né à Limoges en 1816 et soit un « enfant adultérin » n'a pas empêché son intégration officielle : il fut reconnu par M. Joseph Châteauneuf, le mari de sa mère. Cependant, Charles-Louis connut très peu ce père "adoptif", témoignant d'un arrangement familial visant à légaliser ou dissimuler la filiation non-légitime.
Ce mode de transmission, qui « échappe aux règles ordinaires de la famille », est d'ailleurs une marque de fabrique de cette lignée, dont les membres sont des chercheurs du Graal. Ce schéma se reproduit d'une certaine manière une génération plus tard, puisque la fille de Charles-Louis, Cécile-Joséphine J. (née en 1851), bien que reconnue par l'époux de sa mère (Mme J.), était en réalité la fille de Charles-Louis de Chateauneuf.
Cette situation familiale s'explique aussi par les mœurs post-révolutionnaires, où il était fréquent, dans l'aristocratie ou la bourgeoisie, que le père âgé (ici J.L. de la Bermondie, né en 1739) aille résider chez une fille mariée après la mort de son épouse (Jeanne de Villoutreys, décédée après 1803), afin de servir de « façade morale » ou d'intermédiaire social. Cette structure de coexistence facilitait d'autant plus les arrangements non conventionnels au sein du foyer.
Le statut ambigu de Charles-Louis, qui est parfois mentionné comme le « fils ou le neveu » de M. Joseph Châteauneuf, suggère un arrangement visant soit à la tolérance, soit à la dissimulation, dans le cadre des mœurs aristocratiques de l'époque :
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- Tolérance dans les arrangements conjugaux : Dans la haute société du début du XIXe siècle, le mariage était avant tout un « établissement ». Tandis que l'infidélité masculine était généralement tolérée, le « code l'honneur » exigeait avant tout une « culture du secret » pour la femme, afin de préserver l'estime sociale. Le fait que M. Joseph de Châteauneuf ait reconnu l'enfant pourrait signifier que la liaison fut tacitement tolérée par l'époux afin d'éviter un scandale public et de maintenir l'honneur de la famille.
- Assurer une succession légale : En reconnaissant l'enfant adultérin, M. Joseph de Châteauneuf assurait une filiation légale, même si Charles-Louis ne connaissait « très peu » son père "adoptif". Cette reconnaissance légale était essentielle dans une société où la légitimité déterminait la position sociale. De fait, Charles-Louis a été reconnu, bien qu'il ait été considéré « hors lignée officielle ».
Cette situation familiale non conventionnelle est par ailleurs caractéristique de cette lignée, car la transmission échappe aux règles ordinaires de la famille.
A suivre..
Charles-Louis de Chateauneuf, un homme entre deux femmes.
L'esprit de Charles-Louis était – depuis un certain temps déjà - occupé par une femme qu'il avait rencontré dans le salon de la duchesse d'A.... Mme J. est belle, fine ; et il la tient pour délicate, secrète; et considère que son amour naissant est sans espoir, puisqu'elle est mariée.. ! Tout juste se convainc-t-il de lui faire une cour digne d'un chevalier qui aime sa Dame d'un amour courtois...
Cette Dame, germanophile et dans la lignée de Madame de Staël, pratique la conversation en petit cercle d'intimes...
Mme J. a profité de sa liberté, que lui donne un mari volage, pour parcourir l'Allemagne, mais aussi la Russie et la Pologne ...
Femme ravissante, blonde, le regard bleu plein de gaieté, aux manières simples et élégantes. Elle n’a pas froid aux yeux, c’est une femme libre. Elle est très liée à Marie d'Agoult (1805-1876). Elle est dit-on la maitresse de Sainte-Beuve...
Alors qu'elle écrit à l'un de ses amants, pour lui évoquer des soucis d'argent ; on lui prêtait cette déclaration « Ce n'est pas mon mariage qui m'a gênée, mon mari n'a pas pris un sou de mon argent, il m'a même offert du sien mais comme il veut me ravoir je crains tout ce qui pourrait nous lier. C'est ce qu'on craint d'un mari, d'un maître. Ce n'est pas ce que je crains de toi, O mon amant, je te demanderais toute ta fortune sans craindre que tu ne me demandes, moi, à la fin »
A Paris, Mme J. s'est essayé au commerce des modes, sans réel succès; puis au roman, avec un récit qui traite fort mal le sexe fort, et qui fit scandale.

Elle est également connue pour ses récits de voyage et son intérêt pour le spiritisme.
Elle collaborera à la Revue cosmopolite...
Elle soutient, et aime chanter les chansons, aux idées libérales, de Béranger.
Mme J. s'intéresse à la plupart des " nouvelles " sciences en ce siècle bouillonnant : l'économie politique, l'anthropologie, l'astronomie et la philosophie. Elle lit en anglais, L'Origine des espèces de Charles Darwin (1859) , souhaite développer la philosophie populaire, et milite pour l'instruction des femmes...
Bien que tout ceci paraisse bien mondain; la fréquentation de cercles plus restreints, comme cette ''académie'' secrète, va permettre à Ch.-L de Chateauneuf de parfaire son chemin sur la quête du Graal …

Même si je sais peu de choses des relations entre Mme J. et Charles-Louis de Chateauneuf, elle semble avoir été finalement très intime, et essentielle pour lui... On lui a prêté, à tort, de nombreux amants...
Et, surtout..! Elle eut une fille, non pas de son époux - dont elle disait ne partager que le nom – mais bien de Ch.-L. de Chateauneuf .... Charles-Louis a toujours considéré Cécile-Joséphine J. comme sa fille, même si le mari de Mme J. lui donna son nom.
Le mariage de Charles-Louis de Chateauneuf et de Pauline
Ce mariage - semble t-il - n'eut pas de descendance ...
Pauline de Villenoi était la fille cadette d'une famille qui misait tout sur le fils aîné, promis à garder l'héritage familial...
Et si, Béatrix de Casteran, privée de dot par son père en faveur de son frère aîné, est livrée au premier venu... Là, Charles-Louis voulait bien devenir celui-là, et la garder du devenir de la perfide Béatrix... ( Voir l'histoire de la marquise Béatrix-Maximilienne-Rose de Rochefide : un personnage de La Comédie humaine d’Honoré de Balzac. Née en 1808, fille du marquis de Castéran, elle épouse à l'âge de vingt ans le marquis de Rochefide qu’elle trompe très rapidement....)
Charles-Louis, après l'avoir aperçue au Théâtre, la rencontra à nouveau dans un salon...
Un beau visage ovale, brune et presque orientale, un front innocent.. Elle restait silencieuse, comme recueillie... Quand elle parlait, ses mots caressaient, mais ses yeux trahissait une certaine volonté...
Charles-Louis, trouva là son ''ange'' … et sentit grandir en lui, ce sentiment que l'on appelle '' amour ''...
Il lui écrivit des lettres pour se déclarer... Pauline de Villenoi a noté plus tard qu'elle admirait la générosité du caractère de Monsieur de Chateauneuf... Elle dit encore qu'elle « ne portait dans son désir de mariage aucune idée vulgaire, elle ne se mariait pas pour être mère, [...] pour avoir un mari, elle se mariait pour être libre », pour « agir comme agissent les hommes »( Pierrette : roman d’Honoré de Balzac, publié en 1840. Il paraît pour la première fois sous la forme d’un feuilleton dans le journal 'Le Siècle' ) - En effet, une femme mariée, peut enfin sortir seule, porter des toilettes élégantes et prendre la parole dans le monde.
S'ensuivirent de longues promenades, et un mariage sous les plus heureux auspices... Il ne plut pas, et chacun remarqua qu'aucun des deux mariés n'étaient entrés dans l’église du pied gauche … ! Ce fut gai et simple... Simple, même si bien sûr la mariée était habillée de blanc, chargée de rubans, de dentelles, de perles, couronnée de bouquets de fleurs d’oranger dont les boutons satinés tremblaient sous leur voile... « L’église « retentissait du bruit que faisaient les carrosses, les bedeaux, les suisses, les prêtres. [...] On ne voyait que fleurs, que parfums, que cierges étincelants » Balzac '' La Vendetta''

Charles-Louis n'était pas de ces célibataires pour qui le mariage était une idée fixe parce « qu'ils n’ont que cette manière de conquérir et de s’approprier une femme » (César Birotteau )
A l'inverse de ce que disent ses amis, à savoir que « personne [...] n’est assez riche pour faire la folie d’épouser une femme pour sa valeur personnelle » (Modeste Mignon) , Charles-Louis souhaitait ce mariage avec la sage Pauline, qu'il admirait...
Il est vrai qu'il avait commis le risque d'arriver à cet âge de 40 ans, « seule époque de la vie où les hommes [...] puissent encore épouser des personnes jeunes » ( La Recherche de l’Absolu. )
Un couvent avait assuré jusqu'à sa première sortie dans le monde, l'éducation de Pauline... Education qu'elle critiquait alors parce que trop inférieure à celle des garçons : un peu de grammaire, d’orthographe, très peu de calcul, beaucoup de géographie, un peu d’histoire et beaucoup d’histoire sainte, un peu de littérature … Une culture adaptée, par des livres spécialement écrits pour les filles et qui ne comportaient rien de ce qui pouvait porter atteinte à leur pureté.
Les ''arts d'agrément '' tenaient aussi beaucoup de place : la danse, la musique, le dessin, et complétaient les travaux d'aiguille …
Même s'ils se connaissaient peu ( Balzac écrit : « Le mariage unit, pour toute la vie, deux êtres qui ne se connaissent pas. » La Physiologie du mariage) ... Chacun des deux époux, avait - semble t-il - osé exprimer l'idée qu'ils avaient de leur vie intime … Un pacte, même, avait été conclu entre eux : la première consommation de l’union ne viendrait que de l’expresse volonté de Pauline, et n'eut lieu que plusieurs semaines après la cérémonie …. On peut y lire également que « ni l'un , ni l'autre n'accepteront jamais qu'un éventuel confesseur puisse intervenir dans leur intimité... »

Si Pauline connaissait l'existence de la liaison de Charles-Louis, et celle de sa fille Cécile-Joséphine; il s'engagèrent à tout se dire... Si Pauline désirait tant être libre, c'était pour n'aimer que son mari, s'en faire aimer et profiter de tout avec lui...
Ainsi Charles-Louis avait envisagé un voyage en Allemagne, sur les trace de Wolfram von Eschenbach; ils s'engagea donc à ce qu'elle vienne... De même pour celui dont il rêvait de faire en Ecosse... Elle s’intéressa également, et de près, à ses études astronomiques ....
Je reviendrai sur ce voyage en Allemagne, accompli par Charles-Louis et Pauline, alors que j'accomplirai le même parcours cet été ; pratiquement un siècle et demi plus tard …
Pour l'heure je vais sauter une génération ; puisque je vais continuer cette Quête avec des documents qui concernent Anne Laure de Sallembier (1875-1951)
A suivre ...