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Les légendes du Graal

varela

Mes années de transition :1976 -1981 -2

3 Février 2026 , Rédigé par Régis Vétillard Publié dans #Varéla, #Esprit

Dès 1982, c’est la rigueur. Les rêves collectifs se dispersent dans l’air sec des plans de restructuration. Le mécanisme économique écrase le souffle politique.

Dans mon lycée, l’espoir a le souffle court. L’affaire est entendue : l’idéalisme se heurte à l'économie. Les usines ferment, les diplômes se fanent dans les poches de jeunes qui n’entreront jamais dans le monde qu’on leur promettait.

La même année, la France annonce son premier bébé-éprouvette, et aux États-Unis, Barney Clark vit avec un cœur artificiel. Le paradigme mécaniste atteint son sommet : remplacer les organes, fabriquer la vie.

Plus la technique pénètre l’intime, plus une question se fait insistante : où commence l’humain ? Et que reste-t-il de l’âme dans une mécanique ? Elaine oppose à Descartes une vision plus ancienne, plus incarnée : « Pour Thomas d’Aquin, l’âme est la forme du corps… Il n’y a pas de pensée sans incarnation. »

film «Blade Runner», réalisé en 1982 par Ridley Scott

Dans les salles obscures, Blade Runner s’avance comme une prophétie. Des machines désirent être humaines : la pluie tombe sur les néons, un androïde regarde l’horizon : des machines plus sensibles que les humains ? « Tous ces moments se perdront dans le temps, comme des larmes dans la pluie. »

Le film n’interroge pas la machine. Il questionne notre propre humanité.

Au même moment, des penseurs comme Francisco Varela, Eleanor Rosch, George Lakoff et Mark Johnson montrent que la pensée ne vient pas d’un calcul abstrait, mais du corps vivant engagé dans le monde.

Pour Elaine. Le monde cesse d’être un objet. Il redevient un milieu, un tissu d’interdépendances. Il s'agit de penser le monde comme un réseau, un système vivant, non comme une machine.

Une théorie actuelle, que nous appelons du mot anglais '' embodiment '' nous invite avec des outils contemporains (neurosciences, linguistique, IA, phénoménologie…), à un retour à l'intuition thomiste : - le corps est fondamental à la pensée. - l’esprit naît de l’expérience vécue, incarnée, relationnelle. Et - le sujet pensant n’existe pas hors de son engagement corporel dans le monde.

On commence, assure Elaine, à ressentir les limites du dualisme moderne, dans l’école qui oublie le corps, la médecine qui soigne le symptôme, pas la personne, la technologie qui promeut des esprits dématérialisés, des intelligences "sans chair".

Francisco Varela Chili 1981

Comme je suis curieux d'en savoir davantage, Elaine me cite les travaux de chercheurs comme Francisco Varela (1946-2001), un biologiste chilien, philosophe des sciences, cofondateur de la théorie de l’autopoïèse avec Humberto Maturana, il a révolutionné notre compréhension du vivant comme système autonome et auto-organisé. Il est aussi l’un des pionniers de la cognition incarnée, affirmant que la conscience émerge de l’interaction entre le corps, le cerveau et le monde.

Dans cette quête du secret de la vie, Varela rencontre le dalaï-lama dans les années 1980 et fonde l’institut Mind and Life, consacré aux relations entre bouddhisme et sciences.

Eleanor Rosch ( 1938-) est une psychologue et chercheuse américaine, connue pour ses travaux fondamentaux sur la cognition, la catégorisation et la perception incarnée. Dans les années 1970, elle révolutionne la psychologie cognitive en montrant que nous ne pensons pas en catégories rigides, mais à partir de "prototypes", ancrés dans notre expérience sensorielle.

Collaboratrice de Francisco Varela, elle a aussi exploré les liens entre pensée occidentale et bouddhisme, proposant une vision de l’esprit comme processus dynamique, non dualiste et enraciné dans le vécu. Enfin, George Lakoff ( 1941 - ), linguiste, et Mark Johnson (1949 - ) philosophe montrent que nos idées les plus abstraites reposent sur des métaphores enracinées dans le corps et l’expérience sensorielle. Ensemble, ils ont développé une théorie puissante : la pensée est incarnée, façonnée par notre corps, nos émotions et notre interaction avec le monde physique.

Elaine insiste : quelle a été la conséquence de ce dualisme corps-esprit ?

- Une séparation nette entre, d’un côté, la culture et, de l’autre, une nature qui n’est plus assimilée à la Création et dont l’homme entend bien désormais se rendre « maître et possesseur ». C'est cette discontinuité majeure qui a eu lieu entre la période médiévale et la modernité. Dualisme, sur lequel nous revenons enfin !

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