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Les légendes du Graal

mersenne

Léonard de la Breuille et Blaise Pascal

15 Mars 2026 , Rédigé par Régis Vétillard Publié dans #XVIIe siècle, #Mersenne, #Pascal

Théologien, philosophe et mathématicien

Les jésuites, par l'intermédiaire de leurs propres savants ou de leurs réseaux sociaux, ont accès à certains salons et cercles. Le père Marin Mersenne, savant de l'Ordre des Minimes et ami de Descartes, est l'une de ces figures centrales du cercle scientifique parisien. Blaise Pascal est lui aussi très actif dans le monde scientifique. Il a déjà mené ses célèbres expériences sur le vide et la pression atmosphérique et participe à des débats sur la géométrie, la probabilité, etc. Il participe régulièrement à des réunions où ces sujets sont discutés et où des démonstrations peuvent avoir lieu.

Le jeune Limougeot, présenté par un jésuite, est alors introduit auprès du père Mersenne, qui est alors connu dans tout Paris comme l'intermédiaire des esprits les plus brillants de la chrétienté savante. Le prêtre, toujours prompt à encourager les jeunes esprits inclinés vers les sciences et la métaphysique, l'accueille avec bienveillance. Après quelques échanges au cours desquels le jeune homme s'enquiert des rapports entre les lois naturelles et l'ordre divin, Mersenne, intrigué, lui ouvre les portes de ses fameuses réunions au couvent des Minimes, où se croisent philosophes, mathématiciens et théologiens.
C'est là que Léonard, encore impressionné par le sérieux du cénacle, aperçoit pour la première fois Blaise Pascal (1623-1662), alors âgé de 24 ans. Le jeune homme y présente une démonstration sur le vide et la pression atmosphérique, illustrant son expérience des tubes de mercure et ses correspondances récentes avec son beau-frère Périer, à Clermont-Ferrand. L’assistance reste suspendue à ses paroles et Léonard, ému jusqu’au trouble, est saisi d’un profond respect mêlé d’admiration. Il découvre dans cet homme frêle et grave une intelligence fulgurante, mais aussi une inquiétude intérieure qui semble faire écho à la sienne.

Blaise Pascal 1650

Dans les semaines qui suivent, Léonard se rapproche discrètement de Pascal, d'abord par le biais de discussions scientifiques facilitées par Mersenne, puis en partageant avec lui ses propres interrogations sur la nature de l'infini, de Dieu et de l'âme. Pascal, d'ordinaire réservé, est étonné par la profondeur de ce jeune provincial passionné de géométrie et assoiffé de vérité.

Ce compagnonnage, d'abord intellectuel, prend avec le temps une tonalité plus spirituelle, car Léonard, formé à la rigueur jésuite, pressent chez Pascal un combat intérieur entre la raison et la foi. C'est dans cette tension, propre à leur époque comme à leurs âmes, qu'ils trouvent une complicité rare, nourrie de lectures communes (Augustin, Épictète, la Bible), de méditations silencieuses et d'une quête partagée : chercher, par-delà les apparences du monde, ce qui touche à l'éternel.

 

Un matin d'avril 1647, alors qu'ils traversent ensemble le cloître des Minimes, le père Marin Mersenne aborde Léonard. Il remercie Dieu de voir croître en lui ce zèle pour les sciences et pour la vérité. Mais il tient à lui délivrer ce message de prudence : Pascal est une âme vaste, aiguë, et profondément travaillée par Dieu. Cependant, il fréquente des esprits que la Compagnie de Jésus regarde avec réserve, pour ne pas dire inquiétude.
Le père de Blaise, Étienne, reçoit la visite de quelques disciples du monastère de Port-Royal, austères et éloquents, et depuis lors, on dit que toute la famille penche pour leurs doctrines sur la grâce et la prédestination, doctrines proches de celles du docteur Jansénius. Blaise, bien que retenu par ses travaux, s'est lui aussi rapproché de messieurs Arnauld et Nicole, du moins en esprit.

Si cela ne le rend pas moins admirable, le père préfère prévenir Léonard de ne pas laisser l'admiration devenir entraînement. La rigueur de Port-Royal a son prix, mais la Sainte Église n’a pas toujours reconnu leurs voies comme les plus sûres. La Compagnie de Jésus, quant à elle, s’efforce de conjuguer raison, piété et obéissance, dans la lumière de Rome. C’est là que Léonard est appelé.

 

Même si Léonard n'ignore plus les penchants religieux de Blaise Pascal qui le portent vers ces solitaires de Port-Royal. Il s'enquiert des idées sur la grâce qui inquiètent la Compagnie. Pourtant, loin de s'en détourner, il se sent secrètement attiré par cette ferveur grave, cette tension entre la science et l'absolu. Il avait l'impression, en contact avec Pascal, d'entrevoir une autre manière de servir Dieu, plus exigeante, plus radicale, mais aussi plus déchirante.

René Descartes

 

Le père Mersenne, par amitié pour Léonard, préférerait qu'il se tourne vers Monsieur Descartes (1596-1650), pour faire contrepoint peut-être.

Descartes offrirait à son esprit scientifique une méthode plus assurée, un système plus complet, un fondement plus solide pour bâtir ce qu'il cherche: une science claire, rationnelle, et ordonnée, qui ne contredit point la foi, mais la respecte.

Monsieur Pascal fait des expériences brillantes, mais il aime trop l’exception, le paradoxe, presque le désordre des phénomènes. Il incline vers une certaine sévérité de cœur, un goût de l’absolu qui pourrait le détourner d’une recherche patiente et continue de la vérité naturelle. Descartes, lui, propose une architecture entière du savoir, fondée sur la raison, la géométrie, le mouvement, et sur Dieu même, comme garant de la clarté et de la certitude.

Il sait qu’on reproche à Descartes son « doute » et son indépendance. Mais, Mersenne pense qu'il doute pour mieux fonder, il s’isole pour mieux construire. Il n’est point impie ; il est exigeant. Et sa pensée, toute rigoureuse qu’elle soit, demeure soumise à la vérité éternelle.

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