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Les légendes du Graal

contes mythes legendes

Balzac, et Catherine de Médicis...

15 Juin 2019 , Rédigé par Perceval Publié dans #Contes Mythes Légendes, #Histoire, #Littérature, #XIXe, #femme, #Balzac

Au cours d'une soirée chez la duchesse d'A. Charles-Louis de Chateauneuf participait au souper, lors de la seconde partie de soirée qui ne regroupe que quelques intimes, et quelque visiteur qui honore l’hôtesse de sa visite …

Ce soir là, il y a Balzac ( comme habitué) ; et comme visiteuse, une jeune femme, célébrée pour son intelligence, sa culture et sa beauté, - et qui va impressionner Charles-Louis -, la toute jeune épouse du comte de Medina Pomar bien plus âgé qu'elle et qu'elle vient d'épouser …

Maria de Mariategui, est la fille d'un noble espagnol marié à une anglaise petite fille du Comte de Northampton...

Maria Mariategui, peint par Winterhalter

Maria de Medina Pomar se dit attirée par l'étude de l'occulte.

Ce soir là, elle questionne Balzac, sur son ouvrage à propos de Catherine de Médicis... Elle s'étonne qu'il ait pu s’intéresser à cette figure noircie par sa légende qui la tient responsable du massacre de la Saint Barthélémy.

Pour Balzac, au contraire : « Catherine de Médicis, a sauvé la couronne de France ; elle a maintenu l’autorité royale dans des circonstances au milieu desquelles plus d’un grand prince aurait succombé. »

La comtesse plaisante l'auteur, qu'il ait pu s’intéresser à cette femme qu'il dit n'avoir eu « aucune des faiblesses de son sexe, qui vécut chaste au milieu des amours de la cour la plus galante de l’Europe »... !

Balzac rit de bon cœur, et reconnaît que son intérêt, ici, n'était pas tant Catherine, que … l'alchimie … ! C'est un comte philosophique, ajoute t-il...

Mary Stuart

Cette discussion devient alors passionnante pour Charles-Louis... Non pas du fait des positions légitimistes de Balzac, encore moins pour sa défense de la religion catholique … Mais, parce qu'après avoir reconnu les goûts de chacun pour le roman historique, et Walter Scott... Maria se dit passionnée par l'histoire de l'Ecosse, et fascinée par le personnage de Mary Stuart...

Maria de Medina Pomar se dit touchée par le portrait de Balzac, qu'il fait de la petite Mary toute jeune épouse et amoureuse de François II … Elle se demande comment il peut défendre une mère qui fait passer ce qu’elle estime être les intérêts de l’État avant la vie de son propre fils... Elle s’oppose à ce qu’Ambroise Paré soigne François II sur son lit de mort : elle laisse son fils mourir parce qu’elle sait que ce sera le seul moyen de le soustraire à l’influence de Marie Stuart et des Guise.

Balzac reconnaît que cette femme était manipulatrice, qu'elle a divisé pour régner... C'est pour cela que dans la dernière partie de son texte, Catherine apparaît en rêve à un personnage mystérieux plus de deux siècles plus tard... pour se justifier d'avoir autorisé le massacre de la Saint Barthélémy.

Ce personnage va s'avérer être … Robespierre.. ! Ses actes sous la Révolution donnent-ils raison à la morale politique appliquée par la reine mère... ?

 

Maria, toujours avec beaucoup d'humour ; constate que Catherine conseille une politique qui va aboutir à la mort de Louis XVI … et donc à la fin de la monarchie … ! Mais peut-être, aujourd'hui, en ce début de la deuxième moitié du siècle, choisirait-il une autre position... ?

Maria propose au grand écrivain, de mettre son talent à défendre la cause de Marie Stuart ; sacrifiée elle aussi à la raison d'état par la ''Reine vierge''

Tombeau de Marie Stuart à Westminster

Maria semble bien connaître la double reine de France, et d’Écosse : Marie Stuart (1542-1587) qui connaît la poésie, Pierre de Ronsard, en particulier. En mai 1555, elle donne un discours en latin devant la Cour où elle affirme qu’une éducation dans les lettres et les sciences humaines est adéquate pour une femme. Ces années qu'elle vécut en France ( de 1548 à 1560) furent les plus heureuses de sa vie mouvementée...

A dix-huit ans, veuve, elle revient en Ecosse, qu’elle a quittée, rappelons-le, alors qu’elle n’avait que six ans...

Avant sa mort sur le sinistre échafaud de Fotheringay ; Marie Stuart, pendant sa captivité, avait adopté une devise énigmatique : « En ma fin est mon commencement ».

La conversation continue à propos de Swedenborg, que la plupart autour de la table considèrent comme le précurseur de temps nouveaux... Ce siècle, avec ses découvertes scientifiques et le libéralisme de la pensée devrait permettre l'éclosion d'une nouvelle société plus sociale, plus égalitaire, plus spirituelle … !

Monsieur de Balzac revient à Catherine de Médicis, et par ses dons de conteur, retient l'attention de tous...

A l’époque de Catherine, - selon le Journal de P. de l’Estoille – on comptait pas moins de 30.000 alchimistes, astrologues et devins pour la seule agglomération de Paris.

Dès son plus jeune âge, elle avait été témoin des prédictions d'un certain astrologue : Gauric, en particulier celle de la date précise de la mort du pape Paul III le 20 novembre 1549. Prédire dès 1493, à Jean de Médicis, son grand-oncle, âgé alors de quatorze ans, qu’il serait un jour Souverain-Pontife. En effet, vingt ans plus tard, en 1513, Jean de Médicis coiffait la tiare sous le nom de Léon X.

Catherine de Médicis et Diane de Poitiers

Le pape Clément VII, tenait à unir sa nièce au Dauphin de France. Il vint lui-même à Marseille, y resta trente-quatre jours, patientant jusqu'à que sa jeune parente lui offrit les preuves visibles de la consommation, car, à quatorze ans, elle était nubile... Il bénit cette union complétée dans un lit qui avait coûté quelques soixante-mille écus et achevée, dit la chronique, sous les yeux même de François 1er, « ledit Seigneur Roi se réjouissant très fort des esbattements du petit couple ».

Malgré les mots du pontife, qui assurait que « A figlia d’inganno, non manca mai la figliuolanza : A fille d’esprit, la postérité ne manque ». Il fallut attendre dix ans pour que la postérité vint...

C'est qu'à cette époque, son mari avait pour élue de coeur, depuis longtemps déjà, la duchesse de Valentinois, Diane de Poitiers....

Catherine n'était pas belle, mais « elle est royne sur toute sa personne »... Elle attache à sa personne jolies femmes et jeunes seigneurs, tant et si bien que, nonobstant sa laideur, elle ne fut pas si chaste … on lui attribue plusieurs aventures. « La Cour de Catherine, écrit Brantôme, étoit un vray paradis du monde. On y voyoit reluire les dames comme étoiles en temps serein ».

 

Enfin, Balzac assure que Catherine – quand elle ne fait pas de politique - se livre à la pratique de la magie... Elle fait venir d'Italie, son astrologue et alchimiste Cosme de Ruggieri, dont la vie est un véritable roman d’aventures... Elle porte sur elle, bague et amulettes... D'ailleurs, une proche de Catherine, Léonora Galigaï, maréchale d’Ancre, comparaîtra en 1617, pour crime de sorcellerie.

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Romantisme allemand et Moyen-âge... Les Nibelungen

11 Juin 2019 , Rédigé par Perceval Publié dans #Nibelungen, #Allemagne, #Art, #Contes Mythes Légendes, #Histoire, #Moyen-âge, #Mythe, #Romantisme, #XIXe

Nous sommes au milieu du XIXe siècle... L'Allemagne n'existe pas... L'idée romantique des nations, renvoient les états allemands à '' l'Europe '' du Moyen-âge...

''L'Europe'' au XIIIe s

« Le Saint-Empire qui s'était étendu de l'Oder à la Meuse, de la Baltique à la Méditerranée, est demeuré dans l'esprit allemand à l'état de permanente hantise, de chimère endormie, comme cet empereur Frédéric Barberousse qui l'avait porté au plus haut éclat » (1)

Des romantiques allemands, comme Novalis (1772-1801), nourrissent une immense nostalgie de ce temps médiéval, interprété comme le moment privilégié de l'unité de la chrétienté. Henri d’Ofterdingen (1799-1801) est un roman initiatique dont le héros est un ménestrel légendaire qui participe à une joute poétique dont l’enjeu est la vie

L'Allemagne des Hohenstaufen ( famille qui a donné plusieurs empereurs germaniques) voit l'éclosion d'une première littérature allemande, aristocratique, courtoise et chevaleresque... Nous avons en mémoire les Minnesänger, ces trouvères germaniques rassemblés lors de festivités de la Wartburg...

« La poésie est le réel absolu.Tel est le noyau de ma philosophie. Plus il y a de poésie, plus il y a de vérité ; » « La philosophie n’est que la théorie de la poésie, elle nous montre ce que doit être cette dernière, c'est-à-dire l’un et le tout » Novalis

La Chanson des Nibelungen ( XIIIe s.), est alors la plus célèbre des épopées …

Les Nibelungen, dont le nom signifie « Ceux de la brume » ou « Ceux du monde d'en bas », sont les nains des légendes germaniques. Ils possédaient de grandes richesses qu'ils tiraient de leurs mines en dessous des montagnes, là où ils habitaient. (wiki)

Je rappelle le thème de cette légende : Le héros en est le valeureux chevalier Siegfried, fils du roi de Néerlande, tueur de dragons, libérateur de princesses captives, et détenteur du fabuleux trésor des Nibelungen...

Il aide le roi burgonde Gunther à conquérir la main de Brunehilde ( une guerrière et walkyrie de la mythologie nordique) ; puis Siegfried épouse la soeur de Gunther, Kriemhild, réputée pour sa beauté au-delà de son pays natal...

Suite à des malentendus d'adultère … Siegfried est assassiné par Hagen, vassal de Gunther, qui va dérober et dissimuler le trésor... Kriemhild élabore une longue vengeance, dont l'issue est le massacre des Burgondes sur les rives du Danube. Kriemhild va épouser Attila, qu'elle n'aime pas. ; et invite alors à sa cour le meurtrier de Siegfried et le fait périr avec tous ceux des Burgondes qui ont pris sa défense, c'est-à-dire ses propres frères et bon nombre de guerriers. Après cette scène de carnage, elle reçoit le châtiment de sa démesure.

Kriemhild est hanté par son remords, 1805 de Henry Fuseli

Siegfried va prendre l'image de la force et de la volonté. Il est une image solaire ; mais va devenir aussi la figure du ''surhomme'', et une figure (wagnérienne) dot on va se méfier ( germes du fascisme...)

A cette écriture d'épopée, je rajoute le long et touffu poème du chevalier bavarois Wolfram von Eschenbach : Parzival où apparaissent les thèmes connus de l'occasion manquée et des épreuves accompagnant la quête de la relique du Graal.

La figure de Parsifal, est plus poétique et liée à la métaphysique... Elle sera reprise pour illustrer la crise de la spiritualité européenne, la désertion du sacré... jusqu'à la déclaration de la mort de Dieu...

La tradition de la mystique allemande du Moyen Âge se retrouve dans la philosophie idéaliste allemande... Maître Eckhart mène à Fichte, Schelling et Hegel.

« La renaissance du mysticisme allemand du haut Moyen Âge de Maître Eckhart, la théosophie de Jacob Boehme, la spéculation visionnaire de Swedenborg, les traces de la tradition cabbalistique chez Friedrich Christoph Oetinger, la découverte de la mystique indienne, sont présentés comme autant d’inspirations qui se manifesteront dans la philosophie de l’histoire et de la nature de Hegel et Schelling. » Ernst Benz : 'Les sources mystiques de la philosophie romantique allemande'.

 

Malheureusement, comme nous l'avons suggéré, le mythe va devenir une matière trouble avec le pangermanisme nationaliste et guerrier … et bien sûr le nazisme ; au risque de rejeter en bloc toute cette intuition métaphysique ( et géniale) du Romantisme ...

A suivre …

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Réflexion autour du Mythe ( et du Graal) , avec Schelling...

7 Juin 2019 , Rédigé par Perceval Publié dans #Schelling, #Allemagne, #Contes Mythes Légendes, #Mythe, #La Quête du Graal, #XIXe, #Romantisme

Réflexion autour du Mythe ( et du Graal) , avec Schelling...

Au XIXème siècle ( et déjà à la fin du XVIIIe s.) , des philosophes, des écrivains craignent que la '' Raison '' n'étouffe la sensibilité, l'imagination, la passion, le sentiment religieux... Revenir au ''moi'', au génie individuel ; c'est aussi se révolter contre le despotisme de l'état et de la religion, contre les conventions sociales... Ce mouvement se nomme '' Sturm und Drang '' …

Goethe et Schiller

Ces premiers philosophes du Sturm und Drang sont d'ailleurs des théologiens plus ou moins en rupture d'église... Hamann (1730-1788), Herder (1744-1803) …

Ce sera alors, Goethe... et Friedrich Schiller, qui a quinze ans l'année où paraît Werther...

Friedrich Höderlin (1770-1843) rencontre Hegel et Schelling, au célèbre séminaire de théologie de Tübingen... Poète de l'idéalisme allemand, admirateur de Kant... Dans un syncrétisme des mythes, il explore la cosmologie et l'histoire pour trouver un sens en ce monde incertain.

 

Un mysticisme de la nature : Chez Schelling, le Moi n'est plus la seule mesure de l'univers. Le monde qui nous entoure s'anime, révèle à l'initié ses mystères, son langage, son âme. La nature se dresse comme un temple...

En même temps certaines découvertes récentes de la physique et de la chimie, en particulier l'étude du magnétisme et du galvanisme, viennent alimenter l'imagination des romantiques : la Nature et l'Esprit deviennent les deux pôles de signes contraires qui s'attirent et aspirent à l'union, au mariage cosmique qui ramènera l'âge d'or dans le monde.

Die Frau mit dem Raben am Abgrund) , a c. 1803

Ludwig Tieck (1773-1853) redécouvre la poésie du Moyen Âge et s'en inspire dans une série de contes : Les Quatre Fils Aymon, Mélusine, Barbe-Bleue.

Le Conte : «  (…)  le réel, le temps (passé/présent), les lieux, les individualités (récurrence du thème du Double) ne sont plus garantis par des frontières sûres. Tieck applique ce même principe, participant d'un processus ironique théorisé au sein du Cercle d'Iéna par Freidrich Schlegel ou Novalis, à ses productions dramatiques du tournant du siècle. Il reste à ajouter que cette propension qu'a Tieck à brouiller la perception du lecteur préfigure l'Unheimlichkeit du Marchand de sable de E.T.A. Hoffmann, et que l'auteur d'Eckbert est généralement considéré comme le précurseur du conte fantastique allemand qu'incarnera en son plus haut point Hoffmann. » ( Wiki)


 

Pour Schelling, les dieux sont pour l'art, ce que les idées sont pour la philosophie... Tout art est mythologique.

Le Graal, représente une Idée... grandiose et trouble … Le Graal, comme œuvre d'art totale contient un désir d’immortalité et d’éternité... À travers lui, l’homme cherche à transcender sa contingence pour s’élever à l’égal de Dieu. De plus, le Graal unifie autour de lui : le moi, la collectivité et le monde.

Pour Schelling, la nature est l’Esprit encore inconscient de lui-même, et moi comme penseur, je me dois de la délivrer de sa gangue et de la faire parler comme si elle venait à la conscience … Fasciné par la beauté de la Nature, l’œuvre d'art n’est donc que la fascination de l’esprit pour sa propre vérité ensevelie dans le silence des choses :

« Ce que nous appelons Nature est un poème dont la merveilleuse et mystérieuse écriture reste pour nous indéchiffrable. Mais si l’on pouvait résoudre l’énigme, on y découvrirait l’Odyssée de l’esprit qui, victime d’une remarquable illusion, se fuit, tout en se cherchant, car il n’apparaît à travers le Monde que comme le sens à travers les mots » (Système de l’idéalisme transcendantal).

 

La Critique de la faculté de juger est publiée en 1790. Kant évoque lui aussi « le langage chiffré » de la Nature... Schelling s'interroge sur la véritable énigme, la présence de la réalité finie ; et non pas la présence de l'Absolu qui ne peut jamais, par définition, devenir objet de mon savoir...

Pourtant …. L'efficacité du mythe, est bien de réduire la distance entre les deux … ?

 

«Tu vois, mon fils, ici (dans le temple du Graal) le temps devient espace». Parsifal de Wagner ; cet espace sauve du temps et de la mort …

Claude Lévi-Strauss a entendu cette formule comme « la définition la plus profonde qu on ait jamais donnée du mythe»... »

 

N'oublions pas que c'est avec Schelling, que nous commençons à prendre les mythes au sérieux ; et admettre que l'homme s'est servi beaucoup plus de la pensée mythique que de la raison. Le mythe est né bien avant la philosophie ; il a fourni à l'homme une manière de penser le monde ; et, il est un élément de la Vérité …

La mythologie, s'est engendrée « dans la vie elle-même, et il a bien fallu qu’elle fût quelque chose de vécu et d’éprouvé» Schelling.

 

Le thème du Graal, s'est lui-même inscrit dans la Légende arthurienne. Il s'inscrit d'abord dans le mythe celtique puis nourrit la notion chrétienne de la misère de l'homme... De la ''Bretagne'' – avec le retour attendu du Roi Arthur - , à l'humanité – avec le Christ - ...

Aussi, le mythe d'Arthur illustre un christianisme fort teinté de paganisme …

Dans la Philosophie de la Révélation, Schelling considère le christianisme de la même façon qu'il a considéré la mythologie...

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Madame J.

5 Mai 2019 , Rédigé par Perceval Publié dans #Galanterie, #Littérature, #XIXe, #Contes Mythes Légendes, #Romantisme

Suite de: AU XIXE S. : UNE VIE INTELLECTUELLE ET MONDAINE...

Mme J. a profité de sa liberté, que lui donne un mari volage, pour parcourir l'Allemagne, mais aussi la Russie et la Pologne ...

Femme ravissante, blonde, le regard bleu plein de gaieté, aux manières simples et élégantes. Elle n’a pas froid aux yeux, c’est une femme libre. Elle est très liée à Marie d'Agoult (1805-1876). Elle est dit-on la maîtresse de Sainte-Beuve...

 

Alors qu'elle écrit à l'un de ses amants, pour lui évoquer des soucis d'argent ; on lui prêterait cette déclaration « Ce n'est pas mon mariage qui m'a gênée, mon mari n'a pas pris un sou de mon argent, il m'a même offert du sien mais comme il veut me ravoir je crains tout ce qui pourrait nous lier. C'est ce qu'on craint d'un mari, d'un maître. Ce n'est pas ce que je crains de toi, O mon amant, je te demanderais toute ta fortune sans craindre que tu ne me demandes, moi, à la fin »

Balzac-Massimilla Doni 1837

 

Ne serait-ce pas pour elle que Sainte-Beuve (1804-1869) entremêle agréablement, le latin, la philosophie et l'amour; et lui écrit quelques vers...?

 

Au lieu du frais chapeau, parure des bergères,

Au lieu d'un ruban bleu nouant vos cheveux blonds,

Vous voyez Hypatie, et la terre et les sphères,

Et vous courez aux plus grands noms.

 

Jamais de Charlemagne et de nos vieilles lois,

De certain Gondebaud, le Numa de nos bois,

Jamais du droit salique et du rang de la femme,

De cent, objets divers et de tous avec flamme,

Je ne me suis vu tant causer

Qu'auprès de vous, ce jour, lendemain du baiser !

 

Il est doux, quoi qu'on dise, avec celle qui charme,

D'échanger plus d'un mot, de croiser plus d'une arme,

De parler gloire et Grèce et Rome, et cœtera,

Pourvu qu'en tous propos la grâce insinuante

Mêle je ne sais quoi de Ninon souriante,

Que Dacier toujours ignora.

 

On écoute, on s'enflamme. A vous, sur toute chose,

La politique plaît, et pour vous plaire, on ose ;

Sur un fond de désir, je m'y sens animer ;

Pitt ou Thiers, peu importe, et ma verve est rapide...

Tout d'un coup, un regard humide

Avertit tendrement qu'il est temps de s'aimer.

Sainte-Beuve

Balzac- Dinah de la Baudraye - La Muse dép. 1837

A Paris, Mme J. s'est essayé au commerce des modes, sans réel succès; puis au roman, avec un récit qui traite fort mal le sexe fort, et qui fit scandale.

Elle est également connue pour ses récits de voyage et son intérêt pour le spiritisme.

Elle collaborera à la Revue cosmopolite...

Elle soutient, et aime chanter les chansons, aux idées libérales, de Béranger.

 

Mme J. s'intéresse à la plupart des " nouvelles " sciences en ce siècle bouillonnant : l'économie politique, l'anthropologie, l'astronomie et la philosophie. Elle lit en anglais, L'Origine des espèces de Charles Darwin (1859) , souhaite développer la philosophie populaire, et milite pour l'instruction des femmes...

 

Bien que tout ceci paraisse bien mondain; la fréquentation de cercles plus restreints, comme cette ''académie'' secrète, va permettre à Ch.-L de Chateauneuf de parfaire son chemin sur la quête du Graal …

 

Ces textes ci-dessus sont tirés, en particulier, des bio. De  : Hortense Allart ( et Sainte-Beuve) ; Olympe Audouard,

 

A suivre...

 

En notes, j'ai envie d'insister sur un ce féminisme romantique qui a pu s'imposer lors de ce XIXe siècle si misogyne …

Ariane Charton qui s’est spécialisée dans l’étude de l’époque romantique, l'a très bien décrit, avec :

- ''le Roman d'Hortense'' (2010) :

Hortense Allart (1801-1879), quitte son mari et en Italie, devient la dernière maîtresse de Chateaubriand... Puis à Londres, elle rencontre Henry Bulwer-Lytton avec qui elle vivra une histoire passionnelle, malgré des amours contingentes … Elle rencontrera Sainte-Beuve, puis se mariera en 1843, avec M. de Meritens dont elle se sépare bien vite... « c’était une femme fort galante. Intelligente d’ailleurs et très agréable ; très écriveuse aussi, et qui avait la rage d’être la maîtresse ou l’amie des hommes célèbres ». Jules Lemaître, critique.

 

et - '' Marie d'Agoult '' - grande aristocrate, mère de deux enfants qui s'éprend d'un musicien et quitte tout pour lui, et donc maîtresse de Franz Liszt – et selon les mots de A. Charton : « Marie d’Agoult représente un peu  pour Liszt la muse divine et elle, elle rêve une solitude à deux qui rendrait leur amour unique et divin. » ,

 

- Marie Dorval, la tragédienne la plus adulée du XIXe siècle, rencontre en 1829, Alfred de Vigny, le poète renommé...  Le poète installe sa muse dans un appartement de la rue Montaigne, où ils se retrouvent avec passion. Vigny est extrêmement jaloux, au point de faire suivre sa «vieille maîtresse» par l'inspecteur Vidocq lui-même, ne supportant pas sa liaison avec un poète plus jeune, Jules Sandeau. 

«Tout était passion chez elle, la maternité, l'art, l'amitié, le dévouement, l'indignation, l'aspiration religieuse ; et comme elle ne savait et ne voulait rien modérer, rien refouler, son existence était d'une plénitude effrayante, d'une agitation au-dessus des forces humaines...», écrit à propos de Marie Dorval son amie George Sand. Ariane Charton a établi l’édition de la correspondance entre Marie Dorval et Vigny intitulée Lettres pour lire au lit, correspondance amoureuse entre Marie Dorval et Alfred de Vigny (Mercure de France, Le Temps retrouvé, 2009)

 

Olympe Audouard (1832-1890), fut une « femme de lettres » comme elle se nommait, et un « bas-bleu » comme la pointait l'inamical Barbey d’Aurevilly... Une journaliste et une grande voyageuse... Elle fit de nombreuses conférences pour réclamer l’égalité complète pour les femmes, y compris le droit de voter et de se présenter aux élections.

Maîtresse d'Alexandre Dumas, Victor Hugo, dans ses carnets la soupçonne de concevoir pour les vieillards, pourvu qu'ils soient célèbres, d'étranges complaisances ... !

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Résumé de '' Notre Dame de Paris '' de Victor Hugo – 1831 - 1

16 Avril 2019 , Rédigé par Perceval Publié dans #Notre Dame de Paris, #Hugo, #Contes Mythes Légendes, #Littérature, #XIXe, #Moyen-âge

15 avril 2019 - Notre Dame de Paris en feu ...

15 avril 2019 - Notre Dame de Paris en feu ...

"Et la cathédrale ne lui était pas seulement la société, mais encore l'univers, mais encore toute la nature. Il ne rêvait pas d'autres espaliers que les vitraux toujours en fleur, d'autre ombrage que celui de ces feuillages de pierre qui s'épanouissent chargés d'oiseaux dans la touffe des chapiteaux saxons, d'autres montagnes que les tours colossales de l'église, d'autre océan que Paris qui bruissait à leurs pieds."
Victor Hugo, Notre-Dame de Paris, t. II => https://c.bnf.fr/BBm 

Victor Hugo 1802-1885

Victor Hugo apprécie beaucoup Walter Scott, très à la mode en ces années 1820-1830.

Il affirme aussi : « j'aime mieux croire au roman qu'à l'histoire, parce que je préfère la vérité morale à la vérité historique ».

Victor Hugo signe un contrat avec Gosselin, et s'engage à lui livrer « un roman à la mode de Walter Scott ».

 

Hugo évoque l'inscription « ἈΝΑΓΚΗ » ( Ananké: « Fatalité ») qu'il aurait vue « dans un recoin obscur de l'une des tours » de Notre Dame de Paris, et qui lui aurait inspiré le roman...

Le roman – qui gravite autour de la cathédrale - se compose de 59 chapitres répartis en onze livres

Notre Dame de paris - Gravure originale par Arnoux, retouchée par Wilmann, 1860

Paris -1482 -

Livre I et II – Nous suivons Pierre Gringoire, poète sans le sou. Gringoire est l'auteur d'un mystère représenté le 6 janvier 1482 au Palais de justice en l'honneur d'une ambassade flamande.

Pierre Gringoire

La cohue populaire encombre la grand'salle du palais de justice. Dans cette cohue, on fait connaissance avec quelques personnages du drame :

Jehan Frollo l'écolier, un étudiant dissipé qui fréquente les truands de la Cour des miracles, mais compte aussi Phœbus de Châteaupers parmi ses connaissances de taverne. Il est le jeune frère de Claude Frollo, archidiacre de Notre-Dame, mû par sa foi et son appétit de savoir.

Trouillefou, roi de Thunes, chef des truands. Il occupe une place importante à la Cour des miracles.

 

Malheureusement, l'attention de la foule est vite distraite, d'abord par le mendiant Clopin Trouillefou, puis par les ambassadeurs eux-mêmes, et enfin par l'organisation improvisée d'une élection du Pape des fous à l'occasion de la Fête des Fous qui a lieu ce jour-là, à Notre-Dame...

Le sonneur de cloches de Notre-Dame, Quasimodo - la plus abominable personnification de la laideur physique - est élu Pape des Fous.

Voici la bohémienne Esmeralda, qui danse, au milieu d'un cercle de badauds, sur le parvis de Notre-Dame.

Le mystère finit par s'arrêter, faute de public. Gringoire, à cette occasion, entend parler de la danseuse bohémienne, Esmeralda qui passe pour égyptienne. L'ayant aperçue, il la suit dans les rues de Paris à la tombée de la nuit.

Esmeralda manque d'être enlevée par Quasimodo accompagné d'un mystérieux homme vêtu de noir, mais elle est sauvée par l'intervention d'un superbe gentilhomme, capitaine de la garde, Phœbus de Châteaupers et son escouade d'archers.

Le poète Gringoire, qui a été renversé lors de l'intervention, reprend ses esprits un peu plus tard et erre dans les rues... Il se retrouve sans le vouloir au cœur de la Cour des miracles, le quartier hanté par les pires truands de la capitale. Il manque d'y être pendu, et doit la vie à l'intervention d'Esmeralda qui pour le sauver de la pendaison, accepte de se marier avec lui, alors qu'elle n'éprouve aucun sentiment à son égard. Gringoire se fait alors truand.

Claude Frollo, perdu dans sa science, qui apercevant la jeune fille - ne sachant ce que c'est que la femme et l'amour – a senti se réveiller en lui des passions féroces. C'est lui qui a tenté de faire enlever Esmeralda par son sonneur, Quasimodo....

Paris-quartier-de-notre-dame- Jean-Claude Golvin, architecte, archéologue français

Livre III – Victor Hugo évoque Notre-Dame de Paris, son histoire et ses restaurations mal pensées, puis donne une vision d'ensemble de la ville de Paris telle qu'elle apparaissait à un spectateur médiéval regardant la capitale du haut des tours de la cathédrale.

Paris-quartier-de-notre-dame- Jean-Claude Golvin, architecte, archéologue français

 

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Le juif errant - Ahasvérus et Rachel -

3 Avril 2019 , Rédigé par Perceval Publié dans #Contes Mythes Légendes, #La Quête du Graal, #Littérature, #XIXe, #femme, #Quinet, #juif errant

Minna à Grünstadt

Edgar Quinet - 1833 -

A Heidelberg, en ce printemps 1827, Edgar Quinet rencontre Minna, il découvre la femme idéale, avec ses qualités particulières : « la sérénité, la douce et profonde paix d'une âme allemande, la fraîcheur, la sympathie, la résignation et les courage, la foi »... Il croit respirer en sa présence « le souffle même de l'Allemagne.... »... La réalité est plus tourmentée, et -en 1831 - les fiancés se séparent... Pour elle l'amour conjugal ne consiste point en un feu dévorant (Eros), mais dans le rayonnement d'une chaleur bienfaisante ( Agapé..) ; Minna cherche à préserver sa féminité, sa pudeur... Croyant le libérer, elle congédie Edgar ; mais elle se sent indissolublement liée à lui, elle l'aime dit-elle, plus qu'elle ne croit qu'il l'aime ...

Minna Quinet en 1841

Ils se réconcilient, en décembre 1833... Pourtant, Quinet s'est laissé accrocher par Miss Mary Clarke, son aînée de dix ans, sorte de pythie de salon de laquelle peut dépendre le succès social...

 

En 1834, il épouse Minna... Elle décédera en mars 1851... En 1852 à Bruxelles il se mariera avec Hermione Ghikère Asaky (1821-1900)

« C'est avec la présence de Minna que Quinet pourra atteindre sa vocation spirituelle ; Minna est la sibylle qui l'a délivré du grotesque et élevé au sublime. Elle lui a montré la vertu de la simplicité.. » C'est ce qu'en dit Willy Aeschimann, dans son ouvrage majeur sur Quinet : La pensée d'Edgar Quinet...

 

M. Chagall - Le juif errant

Dans Ahasvérus le personnage principal tombe amoureux de Rachel, jeune femme qu'il rencontre en Allemagne au cours de son éternel périple. Il ignore que Rachel, humble servante de Mob, est en vérité l'ange qui pleura au ciel lorsque le Christ lança sa malédiction contre lui.

 

Au fond d'une maison noire, à l'angle d'un carrefour, une vieille femme se chauffe dans les cendres. Près d'elle est assise une jeune fille, Rachel... La femme qui passe pour être sa mère n'est autre que Mob...

Si la politique ne vous convient plus, jetez-vous dans la religion, conseille Mob à Ahasvérus: « où la vie se passe à vivoter. »...Mais, l'Amour a éveillé en lui le désir de l'infini …

 

Chagall, - Les Amoureux -

 « (…) Mob, la vieille, c’est la matière qui a vécu autant que le Juif errant, et qui vieillira comme lui ; tous les mauvais instincts, tous les appétits déréglés, les inclinations matérielles, Mob les résume et les représente. La jeune Rachel représente le contraire : c’est la spiritualité, l’âme, le dévouement confiant, l’amour inépuisable, l’espérance céleste. Rachel est la servante de Mob, comme l’esprit est soumis à la matière, comme l’âme obéit au corps. Sans ces deux femmes, Ahasvérus n’est rien, avec elles il est tout : un mélange de foi et de doute, de résignation et de colère, d’amour et de haine ; c’est le véritable homme moderne, tel qu’une civilisation en marche a dû le constituer. » P. A. E. Girault de Saint-Fargeau (1839)

 

Ahasvérus éprouve pour Rachel de la passion : « Oui, tout est attaché pour moi à la possession de cet être délicieux ;le reste du monde est vide. Je le sais, je le connais ; les mers, les lacs, les forêts, je les ai visités ; mais il me manquait une place dans ce cœur, et c'est là qu'est l'univers ».

 

Rachel incarne le pardon qui est seul capable de racheter le Juif errant. C'est elle qui en partageant la douleur de son amant lui apporte compassion et consolation. « Le paradis, c'est toi », déclare Ahasvérus ; Rachel lui répond qu'elle l'aime autant que Dieu. Dans la femme l'homme découvre la possibilité de recréer l'unité perdue. « Tu es toute chose », dit Ahasvérus à Rachel, « et tout ce qui n'est pas toi n'est rien ».

Lors de la ''troisième journée '' Les scènes à Heidelberg – entre Rachel et Ahasvérus sont la transposition de ce qui s'est passé entre Minna ( la fiancée ) et Edgar : la mort de cet amour ; et avec Mob, la mort d'un certain esprit catholique. Ensuite, lors des scènes à Strasbourg, la cathédrale représente la mort du christianisme médiéval...

Dans la quatrième « journée », Quinet met en scène un monde qui est en train de mourir, l'amour qui tarit, représente la condition spirituelle de l'homme moderne...

Ahasvérus se rend compte que l'amour d'une femme ne lui suffît plus .. !

Finalement, il n'y aurait que Dieu qui pourrait remplir le vide infini de l'âme : « Pour me rendre le repos, c'est une religion nouvelle qu'il me faudrait, où personne n'aurait encore puisé. C'est elle que je cherche. C'est là seulement que je pourrai abreuver la soif infinie qui me dévore »

A son amant Rachel répond que c'est dans le Christ qu'ils pourront se perdre tous deux.

 

Puis, la Femme affirme que son amour est plus fort que la mort : « Avec toi », dit-elle à son amant, « sans Dieu, sans Christ, sans soleil, je te jure que je n'ai besoin de rien ».

 

Au jour du Jugement Dernier Ahasvérus refuse le repos que le Christ veut lui accorder ; il préfère, au contraire, repartir à la recherche d'un dieu inconnu...

 

A la fin de cette quatrième journée du poème, Ahasvérus et Rachel, terre et ciel, ne forment plus qu'un seul être, « archange infini », sorte d'androgyne collectif parti à la conquête de l'avenir...

Ahasvérus, homme éternel est transfiguré sous la conduite de la femme, symbole de l'esprit, de la foi, de l'espoir, selon la mystique du couple...

 

Sources : Willy Aeschimann: La pensée d'Edgar Quinet...

 

A suivre : l'histoire de Viviane, Merlin de Edgar Quinet.

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Le juif errant: Ahasvérus d'Edgar Quinet

30 Mars 2019 , Rédigé par Perceval Publié dans #Contes Mythes Légendes, #Littérature, #XIXe, #Quinet

Les positivistes tiennent Quinet pour un idéaliste embrumé et mystique ; et, la critique catholique fait de ce pourfendeur des jésuites, un athée … ! En fait, Quinet a une pensée religieuse libre, ennemie du cléricalisme... Il se veut le prophète d'une religion affranchie de l'intolérance et du parti-pris, qui associerait les « cultes frères...dans la Cité promise »

La Compagnie de Jésus

 

Avec Michelet, il dénonce publiquement en 1843 « l’esprit de mort » de la compagnie de Jésus et prêche pour une Révolution, faisant naître des mobilisations de leurs étudiants au Collège de France. Ils sont dès lors tous deux suspendus du Collège de France. La Révolution de 1848 leur rouvre les portes du Collège de France. Mais Edgar Quinet préfère se faire élire député de l’Ain à la Constituante, puis à la Législative. Il s’oppose aux décisions visant à protéger le pape face aux troupes patriotes de Garibaldi, et en tant que républicain, il s’exile après le coup d’Etat de Napoléon III et la proclamation du Troisième Empire le 2 décembre 1852.

Edgar Quinet (1803-1875)

Commence alors la période de l’exil en Belgique, puis en Suisse, pendant laquelle il produit alors de nombreux ouvrages politiques, critiquant l’héritage de la Révolution responsable des échecs des Ière et IIème Républiques. A la proclamation de la Troisième République, en 1870, il se fait élire représentant de Paris en février 1871. Il rédige en 1872 La République et en 1874 L’Esprit nouveau. Jusqu’à sa mort le 27 mars 1875, il s'oppose au projet de Thiers d’une « République sans républicains ».

 

Auparavant, c'est la figure du '' juif errant '' qui a retenu son attention, avec une épopée en prose '' Ahasvérus'' (1833)

« chaque lieu de la nature, chaque moment de la durée ayant son génie propre, représente la Divinité sous une face particulière ; […] il n’est pas un point égaré dans l’espace ou le temps, qui ne figure pour quelque chose dans la révélation toujours croissante de l’Éternel. […] La terre enfante véritablement son dieu dans le travail des âges. » ( E. Quinet - Du Génie des religions, 1842 )

 

Ahasvérus

Wilhelm August Lebrecht Amberg

Cette œuvre, se présente comme un « mystère » (médiéval), avec une succession de tableaux, une succession chronologique d'épisodes majeurs qui ponctuent les rapports de Dieu et des hommes. Le prologue et l'épilogue se situent hors des temps historiques, et encadrent quatre journées qui correspondent chacune à une période ou un événement clef.

 

Dans le prologue, 3500 ans après le Jugement dernier ( la fin du monde) – la création (mauvaise) a été détruite et avant d'en créer une autre..., les archanges jouent, devant Dieu et ses saints, une pièce qui représente l’histoire du monde passé.

Le héros sera le Juif Errant et, après un rappel de l’aventure humaine depuis les origines, sur l’Himalaya, on suit les pérégrinations d’Ahasvérus, condamné à ne jamais mourir...

 

La première journée «  La Création » s’étend de la Genèse à la Nativité et s’attarde longuement au début sur la relation qui unit à Dieu les êtres primitifs, monstres : dialogue de quatre monstres de l’Orient : le Serpent, Léviathan, le Poisson Macar et l’Oiseau Vinateyna ; puis, on entend le chœur des Géants et des Titans , et l’Océan qui renâcle à l’idée d’être chargé d’anéantir la terre par le déluge.

La deuxième journée, « La Passion », introduit la légende du Juif errant : Jésus gravit l'âpre sentier qui mène au Golgotha, et, chancelant sous sa croix, il implore l'assistance d'Ahascerus, qui le repousse. Le Christ le maudit, et le condamne à marcher toujours plus avant. Il commence alors son errance jusqu’à assister à l’invasion des Barbares du Nord.

<-- Chacun meurt à son tour. Et moi je vis toujours. Le Juif errant G. Doré -1862

La troisième journée, « La Mort », se déroule au Moyen-Age et confronte Ahasvérus à deux personnages féminins antithétiques : Mob, figure cynique de la mort qui raille tout amour et toute croyance, et Rachel, ange banni du Ciel pour avoir éprouvé de la compassion pour Ahasvérus : changé en femme, il est condamné à devenir sa compagne à jamais... C’est elle qui aide le Juif errant à comprendre le sens de sa mission et le prépare à affronter « le Jugement dernier ». Rachel fait monter jusqu'au ciel un cri de miséricorde... Nous sommes arrivés à la dernière limite du temps présent.

La quatrième journée, « le jugement dernier », s’ouvre sur le jugement de l’Océan et se clôt sur celui d’Ahasvérus, consacrant par cet encadrement la superposition de ces deux figures dans l’affirmation d’un perpétuel dépassement de soi.

L'amour entre Rachel et Ahasvérus, vaut au maudit son pardon, et le couple s’élance alors à la conquête d’« étoiles inconnues », symbole de l’humanité qui progresse sans fin

L’épilogue enfin annonce la mort de Dieu, et du Christ : pour donner naissance à « un nouvel Adam ».

Le juif errant traverse les mers, les rivières, les ruisseaux - G. Doré

Dans la perspective de la conversion finale de Satan, image de la fin de l’histoire, Merlin l’Enchanteur récapitulera semblablement les temps et les dieux ; à l’occasion, on rencontre même : Ossian ; Psyché converse avec le roi Artus, Merlin et la fée Viviane consolent « le bon Encelade » enseveli sous l’Etna… Avec Ahasvérus et Merlin, Quinet nous donne une sorte de mythologie de l’histoire universelle. 

A suivre : avec l'histoire d' Ahasvérus et Rachel

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Edgar Quinet - Le juif errant.

26 Mars 2019 , Rédigé par Perceval Publié dans #Contes Mythes Légendes, #La Quête du Graal, #Littérature, #XIXe, #Quinet

Edgar Quinet (1803-1875)

Les leçons d'Edgar Quinet (1803-1875) sur les jésuites, créent la polémique... Quinet pense qu'il est nécessaire de bousculer les idées reçues, ou pour le moins user de sa liberté philosophique...

Ses cours sont émaillés d'applaudissements ou d'incidents ; et Ch.-Louis de Chateauneuf est passionné par les débats suscités...

A la fin d'un cours, guettant l'instant où Monsieur Quinet serait enfin libre, Ch. Louis réussit à s'approcher et le questionner sur le texte médiéval Parzival de von Eschenbach : cela suffit à attirer son attention, et croiser le regard scrutateur du professeur. Ch-L de Chateauneuf explique sa quête, et son questionnement religieux à la lumière de la philosophie allemande. Quinet l'encourage, et lui donne des pistes d'investigations, comme Lessing ou Schelling.. ; enfin, ils se découvrent tous deux une passion pour Mme de Staël...

Monsieur le professeur Quinet, lui promet un entretien plus long et personnel ; mais il est attendu chez la duchesse d'Orléans … !

Puis, subitement ; il revient vers lui ; et lui confie : « il vous faut rencontrer Ahasvérus; lui, il devrait pouvoir vous dire bien des choses sur le Graal … Je suis très sérieux » … !

* Rencontrer Ahasvérus ! Le juif errant, rien de moins !

En 1602, un livret de colportage allemand : '' Histoire d'un juif nommé Ahasvérus'', décrit la vie d'un simple cordonnier juif qui prétend avoir assisté à la crucifixion du Christ.

Auparavant, déjà au XIIIe siècle, un moine bénédictin anglais Roger de Wendover raconte qu'un homme appelé Cartaphile, a frappé le Christ dans le dos pendant sa Passion, et Jésus lui aurait répondu: «Moi, je vais, et toi tu attendras jusqu'à ce que je revienne.». Puis, Cartaphile se fait baptiser et a prend le nom de Joseph.

Ensuite, ce personnage se rencontre dans des complaintes françaises, il est identifié comme juif, juif errant et se nomme Isaac Laquedem. Depuis l'homme marche, témoigne de la passion du Christ et appelle au repentir. Il est alors une figure édifiante, qui parle toutes les langues et prédit l'avenir, suscitant plus de sympathie que de méfiance.

 

« Un jour, passe devant sa porte un lugubre cortège : un centurion à cheval, des soldats casqués, une foule insolente, tous ont l’injure à la bouche... Ils conduisent à son dernier supplice un galiléen, un juif – qui chemine sur les routes d'Israël – et qui - dit-on - veut devenir le roi d'Israël, un opposant aux romains et aux prêtres du Temple : Jésus portant sa croix d'infamie...

Sous le poids de la poutre qui meurtrit son épaule, sanglant, épuisé, Jésus tombe, face contre terre. Isaac, comme les autres, ricane. Relevant son front couronné d’épines, le Sauveur, un instant, le regarde. Ce regard semble attendre de la compassion, un sursaut de pitié, un secours...

Mais, lui, Isaac, dur et brutal, crie – en direction de ceux qui sont les plus forts - « Ôte-toi, criminel, de devant ma maison ! Avance et marche !...

Il croit alors entendre, une voix, très douce, qui dit : « Tu marcheras toi-même - après moi - pendant plus de mille ans. Le dernier jugement, finira ton tourment. » ( adapt d'un conte d'Adjutor Rivard )

C’est, dans une même sentence, le châtiment infligé pour la faute et le pardon promis à l’expiation.

Une force irrésistible pousse soudain le misérable : il lui faut marcher, marcher sans relâche, jusqu’à la fin des temps ! Et, tandis que le cruel cortège reprend la montée du Calvaire, Isaac Laquedem, de son côté, part, en quête du pardon. »

 

Eugène Sue (1804-1857) , sous l'influence du romantisme allemand, écrit un roman intitulé Le Juif errant.

Il fait de celui-ci un champion du combat pour la justice sociale.dénonce la persécution des juifs... Il inverse le motif antisémite du complot : ceux qui incarnent le mal sont ici ceux qui accusent les juifs de la mort du Christ... A l'organisation malveillante et secrète des jésuites, s'oppose l'action du juif errant, qui comme le peuple a connu l'oppression et travaille à sa propre rédemption ..  

Ce roman feuilleton d'Eugène Sue connaît un véritable succès populaire.... Nous sommes alors en 1845...

 

* Ahasvérus que connais-tu du Graal... ?

« Plus que tu ne penses... Comme lui, je suis le témoin de la mort de Jésus... Et comme lui, je suis toujours là ; puisque je l'ai remplacé... ! »

A présent le juif errant est le chrétien par excellence ; il est une preuve ''vivante'' de sa divinité...

Comme lui, il porte les anathèmes lancés contre ; il continue de subir les persécutions... Comme lui, il va, contre l'hypocrisie religieuse, mélange de piété et d'abus de pouvoir spirituel … Le juif errant, - au cours des siècles –- dénonce : la vente d'indulgences, les supplices de l'inquisition, le culte des saints, les processions de flagellants...

 

Le juif errant, comme le Graal, « mène une existence factice avec une personnalité d'emprunt » ( Willy Aeschimann – la Pensée d'E. Quinet) … Y sont attachés, dans un parcours semé d'obstacles et de mésaventures, les thèmes littéraires du chevalier et de l'alchimiste errant : « ce sentiment de l'errance est plus que la souffrance physique et morale d'une incessante marche en avant. Il est l'indice d'une obscure frustation : la route du monde reste étrangère à la ''maison de sin âme''. » ( W. Ae.)

 

Edgar Quinet (1803-1875) : historien français, professeur au Collège de France aux côtés de Michelet, d’où ils furent tous deux exclus par Guizot en 1846 pour anticléricalisme.

Un Républicain engagé, élu député de l’Ain en 1848, réélu en 1849, proscrit après le coup d’Etat, comme Victor Hugo, et comme lui ne rentrant en France qu’une fois la République retrouvée.

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Lohengrin – le chevalier au Cygne:

22 Mars 2019 , Rédigé par Perceval Publié dans #Lohengrin, #Allemagne, #Art, #Contes Mythes Légendes, #Eschenbach, #Graal, #Littérature, #XIXe, #chevalier, #Moyen-âge

Lohengrin et Elsa - Parzival et Condwiramurs - Gahmuret et Herzeloyde

Lohengrin et Elsa - Parzival et Condwiramurs - Gahmuret et Herzeloyde

À la fin du Moyen Âge, la légende du Chevalier au Cygne jouit d’un grand succès en langue française et connaît une extraordinaire diffusion dans la littérature germanique, qui, dès le XIIe siècle, l’associe à celle du Graal, avec l’établissement d’un lien de filiation direct entre Lohengrin et Perceval...

Pour Eschenbach, Lohengrin, en tant que fils de Parsifal, est prédestiné à la vie de chevalier du Graal.

On connait la légende du chevalier au cygne, avec Geoffroy d'Auxerre ( 1187)

«  Dans le diocèse de Cologne, se dresse au-dessus du Rhin un palais immense et fameux que l’on nomme Nimègue. C'est là que jadis, à ce que l'on dit, en présence de nombreux princes et de l'empereur, on vit aborder sur la rive une petite barque qu’un cygne tirait par une chaîne d’argent passée à son cou : tous les spectateurs se dressèrent, stupéfaits devant ce prodige. Alors un tout jeune chevalier, inconnu de tous, sauta de la barque ; et le cygne, comme il était venu, repartit en tirant la barque par sa chaîne.

Le chevalier se révéla preux au combat, de bon conseil, heureux en affaires, fidèle à ses maîtres, redoutable pour ses ennemis, plein d’amabilité pour ses compagnons et de charme pour ses amis ; il épousa une femme de noble naissance, dont la dot lui apporta la richesse et la parenté, la puissance. Enfin, après la naissance d’enfants, bien plus tard, alors qu’il se trouvait dans le même palais, il vit de loin son cygne qui revenait de la même manière, avec la barque et la chaîne. Sans attendre, il se leva précipitamment, monta dans le navire et ne reparut plus jamais. Mais de ses enfants sont nés bien des nobles et son lignage a survécu et s’est développé jusqu’à nos jours.  » ( Wiki)

 

Une autre version, qui se rattache aux miracles du Graal; raconte que celui-ci protège Elsa, fille du roi du Brabant: jeune et riche orpheline...

Lohengrin, alors qu'il vit au Château du Graal, entend qu'un tournoi se prépare en Flandres.. Le chevalier Telramund, tuteur de la princesse Elsa von Brabant, soutient ( à tort) que la jeune fille – par promesse devant le roi mourant - se devait de l'épouser, et exige qu'elle tienne sa promesse. La belle héritière nie cette version, et demande que justice lui soit rendue... L'empereur d'Allemagne, devant qui la question est posée, décrète que Telramund affronterait en duel le champion qu'Elsa voudrait bien choisir... Mais Telramund est craint, et nul chevalier n'ose se mesurer à lui...

Seul le ''Chevalier au cygne'', ainsi nommé, car il est apparu sur la rivière Scheldt assis dans une nacelle tirée par un cygne uniformément blanc, relève le défi du tuteur d'Elsa et le terrasse...

Elsa épouse son sauveur, qui lui fait jurer de ne jamais chercher à connaître ses origines ni lui demander son nom. Elsa promet, mais elle souffre de ce secret qui la sépare de son époux et fait de lui un étranger. Un soir, dans la tendresse des draps, elle ne peut s'empécher de l'interroger à ce sujet, arguant du fait de la vérité due à leurs deux enfants, elle ne pourrait pas refuser éternellement de leur réveler le nom et l'origine de leur père.

Alors, dans un grand soupir, le Chevalier au Cygne, l'emmene près de la rivière tout en lui disant:

- Mon nom est Lohengrin. Je suis l'un des chevaliers elfiques du château de Montsalvat, où est conservé le Saint-Graal.

A ce moment, le cygne à la nacelle fait à nouveau son apparition. Lohengrin grimpe dans la fragile embarcation et repart seul vers le château du Graal.

Cette version, est racontée, par des peintures murales dans le château de Neuschwanstein, construit selon les désirs de Louis II de Bavière, qui s'identifiait à Lohengrin...

 

La famille de Clèves, après l’extinction du lignage de Boulogne-Bouillon, s’est appropriée le Chevalier au Cygne comme ancêtre et rêvait de reprendre le flambeau de la croisade, pour donner à la chrétienté un nouveau Godefroy

Le duc de Clèves, le père de Marie de Clèves, s’était engagé à partir pour la croisade au fameux banquet du Faisan de Lille en 1454, avec Philippe le Bon, duc de Bourgogne. Selon Olivier de la Marche, la journée avait commencé par une joute, et la promesse au vainqueur d'un riche cygne d’or...

 

Pour ce qui est du lien entre le chevalier au cygne, et le Graal; - en plus de celui d'Eschenbach - on peut noter un roman d'aventures en vers, écrit entre 1270 et 1280, nommé ''Sone de Nansay'' rédigé à l'instigation d'Adélaïde de Bourgogne. Le roman contient nombre d'allusions à des situations réelles et des personnages connus liés la cour du duché de Brabant. L'ouvrage servira à ce titre à l'éducation de Jean Ier, second fils d'Adélaïde. L'auteur, célèbre son héros, chevalier au cygne, comme le fils spirituel de Joseph d’Arimathie et en lui accordant le privilège d’une visite au château du Graal, qu’il imagine en Norvège.

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Ondine - F. de La Motte-Fouqué - 2 - Commentaires

18 Mars 2019 , Rédigé par Perceval Publié dans #Ondine, #Allemagne, #Contes Mythes Légendes, #Fée, #Littérature, #XIXe

Ondine - Illustration de Benjamin Lacombe

Ondine - Illustration de Benjamin Lacombe

Nous avons découvert Ondine (Undine, en allemand), un conte de Friedrich de La Motte-Fouqué, paru en 1811, dans lequel ce génie féminin des eaux, cherche, en épousant le chevalier Huldebrand, à acquérir l'âme dont elle est dépourvue.

 En 1803, La Motte-Fouqué épouse en secondes noces Caroline von Briest, avec laquelle il a une fille, Marie, dans l'année. Elle est une femme de lettres romantique allemande qui anime à Berlin, un salon littéraire. En 1812, elle publie un recueil de sagas et de légendes...

Nennhausen

Il donne alors sa démission de l'armée, et le couple s'installe à Nennhausen, propriété installé près de Rathenow et appartenant à son épouse. L'un et l'autre se consacrent alors à la littérature... Le 21 août 1831, Caroline meurt à Nennhausen, et ses restes sont inhumés dans le parc du château

''Curieusement'' – je rapproche ce qui suit du ''couple à trois '' ( Huldbrand , Ondine, Bertalda) du conte - le 25 avril 1833, il se remarie avec la fille d'un officier suédois, la jeune Albertine Tode (1806-1876), de trente ans plus jeune... En effet, Charles Theodor Fournel (1817- 1869) qui est étudiant de Fouqué, et loge chez eux ( courant à l'époque); a une liaison avec Albertine; il est le véritable père des deux enfants d'Albertine...

Princesse Marie anne de Prusse

Fournel fut précepteur des enfants royaux de Prusse à Berlin. Il a publié des ''Légendes dorées'' …

Friedrich de la Motte Fouqué meurt le 23 janvier 1843 ; six jours après, sa femme donne naissance à son second fils …

Fournel, à la fin de son séjour en juillet 1853, se marie avec Marie Pauline Eyrich, âgée de 23 ans, née à Schlawe en Poméranie. rentre en France, et devient professeur d'allemand à Orléans, puis à Tournon.

Je peux ajouter encore , dans la série des ''liens'' ..., que La Motte-Fouqué avait une amie, une muse ... La princesse Marianne de Prusse (1785-1846), qui est la grand-mère du roi Louis II de Bavière...

 

''Ondine'' de Friedrich de La Motte-Fouqué a eu un succès immédiat, louée par Goethe, Heine, Hoffmann...

Dans une série de contes comme La Légende de Henno ( avec une femme-dragon), la légende de Diego Lopez ( avec une femme d'origine inconnue qui ne supporte pas le signe de croix...) la légende de Peter von Stauffenberg ( belle femme inconnue qui ne peut se marier …), nous retrouvons comme dans Mélusine, le thème de la double apparence, et l'union rompue par un interdit, celui d'une certaine connaissance... On sent que l'on a voulu marquer du sceau infernal, des figures de séduction païenne liées à la nature, à l'éros, et au féminin …

On peut encore aller un peu plus loin ... Avec quelques commentaires que j'emprunte à Christine Planté - Professeure émérite de littérature française du XIXe siècle - Université Lumière - Lyon 2

Pour l'homme, la femme constitue l'Autre, au point qu'à leurs yeux il n'est pas de différenciation ... Ainsi Ondine, parmi les ondines ... «chaque Ondine est l'Ondine — chaque femme La Femme ? — ce qui suffit à la définir... « Une femme exclut l'autre par sa nature, car on exige de chacune d'elles ce qu'il incombe à son sexe tout entier de donner. Il n'en est pas ainsi des hommes » (Goethe, Les Affinités électives). La réécriture du mythe par Giraudoux va accentuer l'identification d'Ondine à l'éternel féminin...

Ondine, dans les eaux comme sur terre, est soumise aux vouloirs des hommes. Ondine attend tout de l'amour ...

Dans la recherche de l'union avec l'autre, l'individualité de la femme se trouve menacée, et non constituée — autre façon de se perdre. C'est le sens que Marina Tsvetaeva ( poétesse russe, 1892-1941) donne au destin d'Ondine lorsqu'elle parle, dans une lettre d'amour, de sa propre soif, «  avant [elle] née, la soif la plus secrète de tout [son] être, scellée comme l'eau du puits par la pierre de Ringstetten pour qu'Ondine ne puisse pas retourner chez elle - se retrouver ».

Tsvetaeva refuse : « Devenir un être humain par le biais du mariage ou de l'amour -par le biais de l'autre - et nécessairement d'un homme - n'a aucune valeur pour moi... Autrement, si c'est ainsi que l'on devient un être humain, c'est que l'on est une espèce de demi-créature, une ombre léthéenne impatiente de prendre chair et sang. »

Arthur_Rackham_1909_Undine

Bertalda, - éprise de sa propre beauté, pleine de vanité sociale et séductrice sans scrupules- est dès le commencement soucieuse de paraître et victime des apparences, attirée par les surfaces et par les images brillantes, cède à la fascination de l'eau-miroir.

Huldbrand meurt – dans la culpabilité - d'avoir trahi et renié, avec sa femme Ondine, la fidélité à sa parole et une part de lui-même...

 

Ce qui fait la vérité de la fable ďOndine et son pouvoir de fascination ; c'est l'amour malheureux, la distance, voire la rupture.

 

Ondine et sa fable sont nées du cerveau et du désir de l'homme. C'est lui qui pose que, pour la femme, il n'est d'individuation que par l'amour, d'accès à la pleine humanité que par sa propre médiation. Wagner, qui aimait le conte de Fouqué, proposait une formulation exemplaire de cette thèse dans un chapitre de Opéra et Drame intitulé : « La musique est femme » :

« La nature de la femme est l'amour […] La femme n'atteint sa pleine individualité qu'au moment de l'abandon. C'est l'Ondine du fleuve qui passe en murmurant à travers les vagues de son élément, sans âme, jusqu'à ce que l'amour d'un homme lui donne une âme. »


 

Si l'union fusionnelle signifie la paix, mais, au moins pour un des deux amants, elle signifie la mort, abolition la plus simple des différences. Dans la littérature du XIXe siècle, où l'homme demeure le sujet de référence, cet effacement est presque toujours celui de la femme, se cherchant, dit Vigny, « au miroir d'une autre âme ».


 

Cela ne peut plus s'entendre... « Qu'on m'aime moi, et non l'être idéal et faux, issu de l'imagination de ce poète.. » disait Marina Tsvetaeva

Jean Giraudoux exprime dans sa version une certaine balourdise masculine, qui prend la forme d'un désarroi et d'un ressentiment moins subtils, malgré la dérision affichée par l'auteur : « Cela va s'appeler Ondine, ce conte où j'apparais çà et là comme un grand niais, bête comme un homme. Il s'agit bien de moi dans cette histoire !... »

 

Chez Fouqué, Huldbrand meurt dans les bras d'Ondine, « tremblant d'amour et de la proximité de la mort ».

Dans son enlacement et ses baisers, Ondine apporte à la fois la conciliation et la fin. Nous savons que la mort d'Huldbrand est acceptée, désirée peut-être. Il renoue, dans cet embrassement, avec une part de lui-même et d'humanité sans laquelle la vie lui serait devenue insupportable aux côtés de Bertalda.

Il y a réparation et rédemption d'Huldbrand : c'est Ondine, cette fois, qui le rend à la pleine humanité, et lui rappelle qu'il a une âme et une conscience. La reconnaissance et l'acceptation de sa propre faiblesse apportent le soulagement et la délivrance au dominateur. » Christine Planté

 

Ondine, Mélusine, et leurs soeurs apparaissent comme des victimes; alors qu'elles auraient pu apporter bonheur, prospérité... elles sont rejetées dans le monde figé de l'éternité: qu'il s'appelle paradis ou Avalon... Et finalement '' Château du Graal '' ( après que soit achevée la Quête ...)

Ce qui nous amène à une figure similaire et masculine: Lohengrin , en son château du Graal...

Pour Lohengrin, l'animal ( monstre pour Mélusine ...) est le cygne, compagnon symbolique de l'homme-fée.... Mélusine et Lohengrin, sont aussi des figures historiques, témoins des relations – au Moyen-âge – entre la religion et le paganisme...

 

A suivre: ... Lohengrin – le chevalier au Cygne:

Ondine - Illustration de Benjamin Lacombe

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